
Episode 48
Rien ne va plus, je suffoque
Je reviendrai sur Anass ultérieurement. Là, en ce moment, j’ai envie de parler
de plusieurs choses différentes, en commençant par une petite mise au point
qui me paraît assez importante à faire. Je reçois pas mal de mails, avec des
commentaires sympathiques, des critiques, des flatteries et des insultes.
Certains me disent que les épisodes leur manquent et qu’ils aimeraient les
voir plus régulièrement, et d’autres me demandent d’arrêter de raconter mes
balivernes. Dans le lot, j’ai même eu droit à des déclarations d’amour, et
également à des menaces de la part de personnes (particulièrement d’Agadir)
qui ont prévenu que leurs « amis » me suivaient et « frapperaient fort » au
bon moment. Qu’est-ce que je pense de tout ça ? Rien du tout. Rien.
Autant ça me fait plaisir (comme tout le monde je crois) qu’on flatte mon ego,
autant je suis déçu de constater que parfois, certaines personnes n’ont pas
vraiment compris ce que j’essaye de raconter. Comment ça ? C’est très simple,
quiconque me prendrait pour un « guide », pour « un objecteur de conscience »
ou pour un « modèle » à suivre se trompe très lourdement. Je ne suis qu’un
simple type, un personnage comme il y en a des millions, qui vit sa vie comme
il peut en trimbalant le derrière des autres dans ma Uno rouge, qui essaye de
faire ce qu’il peut, non pas pour aider les autres, mais juste pour essayer de
faire en sorte que ma vie ressemble le moins possible à un enfer. Bon, si je
peux tromper le sort et faire en sorte que je me tape du bon temps, de temps
en temps, je ne crache jamais sur l’occasion. Capito ? Bene… Au fait, ça me
rappelle que j’ai plusieurs fois été invité en Italie par un gars très cool,
qui porte le nom de Jackal sur le Chat de Menara, et à chaque fois que je
dépose un candidat au Visa devant le Consulat d’Italie, j’ai l’impression de
le déposer devant l’entrée principale du Paradis…
En parlant de taxi, j’ai récemment pris un Marocain qui travaille en France.
Je crois qu’il avait parlé de « Mente » ou « Nantes » ou un truc comme ça… Ce
type, un jeune, la trentaine, bien sympathique et arborant la même naïveté
qu’arborent les Marocains vivant à l’étranger sans le savoir (sans doute parce
qu’ils s’éloignent trop de la vie du pays, de sa dimension « sans merci » (Lli
ferrat I Kerrat… c’est ça ?) et de ce cynisme sous jacent qui régit nos
relations dans la passivité joyeuse et individuelle, hè bien il a commencé à
me raconter sa vie, et il a eu le temps d’en déballer, puisqu’il voulait aller
à Sidi Maarouf. Ce qui m’avait donné de l’enthousiasme puisque comme les
autres chauffeurs de taxi, je privilégie particulièrement les longues courses,
surtout qu’au retour, je ferais un passage par Marjane, là où je suis
pratiquement certain que j’aurai un client pour le centre ville ou le Maarif.
Bref, le type en question commence à discuter juste au moment où j’ai mis le
compteur en marche. Il m'a paru un peu hors de propos puisqu’il portait un
appareil photo bon marché et portait des habits qui, sans être chics,
montraient bien qu’il venait de l’étranger. Et sa dégaine confirmait tout ça.
- Cette année, il fait très chaud au Maroc hein ?
- Oui. C’est vrai, cette année, il fait chaud…
- J’étais ici l’année dernière exactement à la même période, et c’était pas
comme ça. C’est drôle, a-t-il ajouté, sans doute pour que je lui demande d’où
il venait.
- Vous venez d’où ?
- Oh je viens de rentrer avant hier de France.
- Ah c’est bien. Vous travaillez là bas ? Où ça ?
- Oui je vis en France depuis onze ans. Je travaille et je rentre chaque été.
- Vous êtes de Casa ?
- Non non. Je suis de la région de Marrakech. Un village à 40 kilomètres.
- Il doit faire encore plus chaud là bas. Vous allez rester à Casa alors ?
- Non non… Je prends le bus ce soir même. Je suis juste venu prendre ma tante
et son mari. Ils viennent avec moi au village.
- Ah c’est bien ça…
- Oui en fait, je me marie avec la fille des voisins au village dans trois
jours.
- Oh ça c’est vraiment bien. M’barek Messaoud. C’est une nouvelle vie, le
mariage…
- Oh c’est pas si nouveau pour moi.
- Ah bon ?
- Oui. J’ai déjà été marié avec une Française pendant cinq ans. Et ça n’a pas
marché.
- Ah bon ? C’est vrai que c’est difficile…
- C’était très difficile, mais c’est quand même important d’avoir les papiers
!
- Sûr ! Les papiers, c’est le plus important quoi… Vous voyez ce que je veux
dire ? Ca vaut tous les sacrifices.
- Pourquoi ? Quels sacrifices ? Qui a parlé de « sacrifices » ?
- C’est vous qui avez dit que c’était difficile, non ? Oui ça vaut tous les
sacrifices.
- Enfin, c’est vrai, y a pas mal de trucs… D’abord elle était trop grosse.
Obèse même. Et quand je l’emmenais ici, on ne pouvait pas faire 20 mètres sans
qu’elle s’arrête pour se reposer dix minutes…
- Ah ça… Ecoutez, j’en connais pas mal qui adorent les femmes bien rondes. Ici,
ça passe plutôt bien, non ?
- Oui mais il y a des limites. Et puis même en France, elle n’arrêtait pas de
piquer des crises de jalousie. A chaque fois que j’appelais ma famille, elle
croyait que je conspirais pour me remarier ici.
- Ah bon ? C’était invivable alors…
- Oui, invivable et ça a duré des années. A tel point que quand j’ai voulu la
quitter, elle a menacé de se suicider et maintenant elle fait une dépression
profonde… Elle m’a envoyé les flics à deux reprises en m’accusant de la
poursuivre dans la rue. L’avocat m’a coûté une fortune !
- Eh ben ça alors…
- Je te dis mon ami, si tu veux te marier fais bien attention à la nana. T’es
peut être déjà marié, non ?
- Oui oui. Enfin non. C’est compliqué. Je suis en instance de divorce aussi,
mens-je, sans raison…
- Bienvenue au club. T’as des enfants ?
- Hein ? Non non. Enfin c’est trop compliqué comme histoire.
- Eh ben c’est déjà ça. Estime toi heureux mon vieux. C’est quoi ton nom au
fait ?
- Si Mohammed. On sait jamais. Rien ne me dit que ce type n’est pas un flic…
- Moi c’est Brahim. Enchanté. Moi par contre, j’ai deux enfants et c’est
vraiment un calvaire… Enfin.
- Ah bon ?
- Oui. Ils ne parlent pas un mot d’arabe. Ils savent à peine dire bonjour. Et
je n’ai jamais pu poser la main sur eux. A plusieurs reprises je voulais leur
foutre une raclée, mais ils menaçaient d’appeler la police !
- C’est dingue ça… Tu veux dire que tu ne pouvais même pas tabasser tes
propres gosses ? Ca alors…
- Donc j’ai décidé de venir me marier au bled et d’emmener ma femme, puis de
refaire ma vie. Elle, au moins s’occupera des enfants et de la maison sans
avoir à appeler la police toutes les demi heures.
- Ca c’est toi qui le dit, mon vieux…
- Hein ?
- Non je veux dire… Heuu oui, ce que tu viens de dire est vraiment bien dit.
Tu as raison de penser à ton avenir…
- T’as pas l’air très convaincu…
- Ecoute il n’y a pas de raison que ça marche. Ca marche toujours en fait. Il
n’y a rien de tel que les femmes d’ici, les « vraies », les Marocaines. Tu
vois ce que je veux dire ?
- Enfin il faut pas exagérer non plus. J’ai quelqu’un de la famille, un cousin
éloigné, qui s’est fait balancer par sa femme marocaine en Hollande, une fois
qu’elle a eu la nationalité hollandaise.
- Ah bon ? Merde alors…
- Et en plus, elle l’a balancé pour aller avec un Egyptien ! Tu te rends
compte ? Un Egyptien !
- Ca, c’est pas étonnant Brahim… Avec toutes ces saletés de films égyptiens
dont ils nous gavent nuit et jour à la télé, tu veux t’attendre à quoi ? Dès
qu’une femme voit un putain d’Egyptien, elle tombe amoureuse de lui. C’est à
ne pas y croire… Quand je pense que même à Sidi Othmane, les femmes parlent
l’Egyptien, on va où comme ça ? Tu vois ce que je veux dire ?
- Bof. C’est possible, mais l’Egyptien en question, le type là, eh bien il est
riche. C’est surtout ça ! Moralité, il faut faire attention quoi…
On a continué à discuter, et en déposant ce type, qui, tout compte fait,
n’était pas si naïf que ça ( les gènes de cynisme d’origine étant indélébiles),
il m’a demandé si j’allais dans un café particulier à Casa, comme ça, il
pourrait peut-être passer me voir à son retour du Bled, dans une semaine. Je
lui ai dit que j’habitais au quartier Bournazel pour brouiller les pistes, et
j’ai ajouté que j’étais tous les jours à 18 heures à un café très connu, le
Ouad Ennil. Et voilà. Je suis rassuré de ne plus avoir à revoir Brahim et à
subir ses histoires.
Bon, juste une parenthèse avant de continuer, certains lecteurs pensent (et
c’est normal) qu’il y a toujours un enseignement à tirer de mes histoires, ou
ce qu’on appelle « la morale de l’histoire ». Il n’y en a pas. En tout cas moi,
je n’en vois aucune. Si quelqu’un veut interpréter les faits comme bon lui
semble, c’est un choix… En d’autres termes, aurais-je un avis sur les mariages
mixtes ? Non. Je ne suis ni pour ni contre. Et en plus, je m’en fous… Est-ce
que les autres doivent se marier avec des étrangères ou se méfier des
Marocaines ? Je n’en sais rien, et ce n’est même pas mon problème non plus.
Est-ce que les Egyptiens sont des salauds ? Je n’en sais rien non plus et je
ne veux même pas y penser...
Surtout qu’on vient de bien leur mettre au foot, pas parce que nous avons
gagné, c’est normal, le Maroc a toujours battu l’Egypte. Mais parce que nous
avons gagné en jouant très très mal. Et, soit dit en passant, le commentateur
égyptien (j’ai tenu à suivre la rencontre sur la chaîne égyptienne, puisque je
trouve nos commentateurs arrogants et sans intérêt…) a fait preuve d’un grand
sens de noblesse à la fin du match. Au lieu de se mettre à critiquer l’arbitre,
à en vouloir au public ou à l’état du terrain ou au vent ou Dieu sait quoi, il
a conclu humblement en disant que l’essentiel, c’est qu’un pays arabe aille en
Coupe du Monde, que ce soit l’Egypte ou le Maroc, c’est la même chose. Un
grand bravo. Une belle leçon pour les nôtres…
Ceci dit, pour revenir au match, si ce n’était ce très beau but de Hajji,
l’équipe marocaine qui a fait une très mauvaise prestation, n’a fait que
renvoyer la balle vers l’arrière et la touche, et n’a fait que ralentir le jeu,
et intensifier ce que les footballeurs appellent le « non-jeu » comme l’a
montré ce gardien de but lâche qui a fini par récolter une carte jaune pour
son manque d’esprit sportif et sa couardise.
A mon avis, encore une fois, ce n’est pas avec ce genre de stratégie qu’on va
s’en sortir, même si on va au Mondial. S’ils appliquent la même approche, il
suffira qu’ils tombent avec une bonne équipe pour qu’ils prennent une raclée.
C’est tout ce que je voulais dire à propos du match.
Le même jour, après le match, j’ai décidé de me faire un bon hammam, et par
pur miracle, il n’y avait pas beaucoup de clients. J’ai demandé si Mustapha,
mon Kessal préféré était là, et par chance, hè bien il y était. Donc, suite à
une bonne séance de transpiration et de gommage et une bonne Teksila, je suis
sorti m’étendre sur un banc, après avoir épluché une orange bien fraîche, et
c’est là que des conversations d’un intérêt aléatoire ont fusé dans la salle
de repos, entre les clients excités par le match : « Pourquoi ce con n’a pas
fait entrer Bassir avant ? »- « Heureusement que Naybet était là ! »- « Les
Egyptiens ne vont pas danser ce soir ! »- « Il faut absolument que Hajji soit
écarté ! »- « Mais où est donc ce foutu Kachloul ??? »- « C’est sûr que nous
passerons au moins aux quarts de finale en 2002 ! », une série de conneries
qui m’ont laissé indifférent au début, pour finir par m’irriter un peu.
Et puis, heureusement que la discussion a viré vers autre chose. Quelqu’un,
une espèce de squelette ambulant, annonçait qu’un chauffeur de taxi venait de
se faire agresser à Sidi Othmane et qu’on lui a planté un couteau dans le
buste pour 45 DH. Un autre a continué en annonçant l’arrestation du gars qui
travaille chez Moul Lefernatchi, accusé par la bonne des voisins de l’avoir
violée. A ce point là, alors que j’avais l’intention de me lever et de foutre
le camp, vu la nouvelle tournure que la discussion prenait, j’ai décidé de
rester un peu plus longtemps, à l’affût de plus de précisions. Mais rien.
Juste au moment où le type allait continuer à donner des détails, son copain
l’a coupé et s’est mis à me lancer à voix haute des trucs du genre : « Alors
Larbi où t’es passé ? T’as vu le match ? » Et des banalités de ce type… J’ai
répondu et je me suis barré.
Le lendemain, j’ai décidé de prendre la matinée, et de ne pas travailler pour
célébrer la victoire. A vrai dire, après une nuit blanche, une nuit d’insomnie
comme j’en ai souvent en été, avec la chaleur, je n’étais pas en état d’aller
conduire et je me suis dit que je reprendrais des forces en allant au café en
bas de chez moi, prendre un café et peut-être discuter avec le vieux
propriétaire qui ne veut pas lâcher le morceau. Ne l’ayant pas trouvé là (il
était allé faire des courses), je me suis attablé avec H’mad, le fils du
propriétaire de la téléboutique qui s’est fait expulser d’Angleterre il y a un
an, après sept années passées comme « clandestin ». Comme toujours, il s’est
mis à me raconter sa vie en Angleterre, et à regretter sa femme et son fils
qu’il fut obligé d’abandonner, menottes au poing.
- Mais arrête un peu de parler de ça H’mad… Qu’est-ce qui t’a pris de battre
ta putain de femme ? Tu te croyais au Maroc ou quoi ? Tu as de la chance
qu’ils ne t’aient pas envoyé en taule avant de te virer de Londres. Tu le sais
ça au moins ?
- D’abord ne dis pas ma « putain de femme » ! Oui je sais, mais je me suis
fait avoir… J’aurais dû me méfier des autres…
- Mais enfin H’mad, ne sois pas stupide, je t’ai prévenu avant que tu ne
partes : « Fais attention à qui tu fréquentes ! », je te disais… Je me
rappelle bien…
- Comment je pouvais savoir que ces Marocains que je rencontrais à la mosquée
étaient en fait entrain de me tendre un piège, moi ? Ils me répétaient que je
devais la forcer à ne plus manger de porc et tout ça. Et j’ai poussé ça au
point où même lorsque nous étions invités chez ses parents, je leur dictais
quoi faire…
- Oui, tu m’as répété ça 100 fois. Et tu ne te rends même pas compte de ta
connerie ! Tu te permets de jouer au patron, alors que tu n’as même pas les
papiers. Mais comment diable on peut être si bête ? C’est tout de même le
comble !
- Les autres étaient jaloux de moi, et ils m’ont manipulé.
- Bon alors bien fait pour ta gueule ! Et ne vient plus me faire chier avec
cette histoire ok ? Et si tu veux mon avis, tu n’as qu’à mettre une croix
définitive sur le Visa d’Angleterre.
- En tout cas toi tu as de la chance Larbi. Tu as des nouvelles de
l’Américaine là ?
- Cindy ?
- Oui.
- Non. Aucune. En fait, elle m’avait envoyé une lettre en me disant qu’elle
avait un copain là bas, et que je ne devais plus compter sur elle, et depuis,
plus rien…
- Merde alors…
- Eh oui… C’est ça les femmes mon vieux… De toute façon, même si je partais
aux Etats-Unis, ça aurait été juste pour une certaine période, juste pour
m’amuser un coup, et puis je serais revenu pour fonder une famille…
- Ha hah ha ! C’est ça… Tu dis ça juste parce que Cindy t’a laissé tomber…
- Non non non ! Je le pense vraiment. C’est la vérité. Tu crois que j’ai
vraiment envie de devenir américain ? Et même si je le voulais, tu crois que
je pourrais le devenir ? Si je partais, ça serait juste pour m’amuser un coup
et revenir… Tu sais, j’aurais très bien pu aller à New York, et me faire jeter
là bas par Cindy, malgré ses engagements. Les Américaines sont très difficiles
à manier. Elles sont trop indépendantes, et ce sont elles qui utilisent les
hommes comme des objets sexuels et les jettent ensuite, surtout à New York.
Pas l’inverse…
- Je crois que tu as un peu raison. D’ailleurs quand j’habitais à Agadir, je
voyais bien que les touristes étrangères venaient au Maroc juste pour se taper
un nombre incalculable de mecs et repartir… Elles sont toutes les mêmes. Des
salopes.
- Bon. Il faut que j’y aille. T’es sûr que t’as vu Bba Omar prendre sa voiture
?
- Ouais ouais…
- Et la téléboutique ça marche ?
- Ca va. On trouve de temps en temps des pièces de monnaie italiennes, mais ça
va…
- Allez à plus…
- T’halla a Larbi
- T’halla
Je sors de là, et me mets à marcher, sans trop savoir où je vais, mais me
dirigeant du coté de la Place de France, et sur la route je suis tombé sur El
Haj Brahim, et j’ai du m’arrêter, malgré moi, pour me plier aux politesses,
puisque c’est l’un des anciens voisins du quartier et qu’à chaque fois que je
le vois, je dois subir ses questions et le rassurer sur ma vie et celle de
tous ceux que je connais :
- Ah Ouldi Larbi, comment ça va ?
- Ca va très bien Al Haj, et vous ?
- Moi ça va, et la famille ça va ?
- Oui oui, très bien, et vous ?
- Oh ça va… Ca va…
- Et ton père, il va bien ?
- Oui oui, très bien merci, et vous ?
- Oh ! Et L’hajja, elle va bien ?
- Ah très bien et vous ? Tout va bien ?
- Oh très bien ! Très bien mon fils ! Et tes frères ça va ?
- Ouiiii Oui. Ca va, ils sont là et ils vont bien. Et vous ?
- Et tes sœurs ? Ca va ?
- Oh très bien… Très bien. Lhemdou Llah… Ca va, vous ?
- Toute la famille va bien, alors ?
- Ouiii L’haj… Tout le monde. Et vous ça va ?
- Oh moi tu sais, il ne me reste plus longtemps, hein…
- Oh noooon… Il faut pas dire ça. On ne sait pas qui sera le premier Al Haj…
- Et le travail ça va ?
- Ah le travail va très bien… Un peu fatiguant mais ça va.
- Ah ben ça va alors…
Et je crois que si un ami à El Haj n’était pas passé par là, me permettant de
profiter du moment où il le saluait pour me tirer, j’aurais passé le restant
de la matinée à transpirer et à trembler, coincé par El Haj. Je me promets que
la prochaine fois que je le vois, je fais demi tour. Et je n’ai pas tardé à
tenir ma promesse, puisque je l’ai distingué au bout d’une ruelle une demi
heure après, alors que je retournais chez moi, et j’ai pris mes jambes à mon
cou. Je me suis juré, en même temps, que la prochaine fois que quelqu’un se
mettrait à débiter cette série de questions, hè bien je lui répondrais par la
vérité ! « Ca ne va pas ! En fait, pire, ça va très mal ! J’en ai plus que ras
le cul ! J’ai pas envie de voir ta gueule ! Ni celle des autres ! J’ai envie
d’être ailleurs ! J’ai envie d’étrangler quelqu’un ! C’est dommage que le
tremblement de terre n’ait pas été de 9,5 ! Je veux participer à la Troisième
Guerre Mondiale ! Ah si je pouvais avoir un F16 avec du Napalm et des ogives
nucléaires ! Vive les rats ! Si je pouvais, j’obligerais TOUT LE MONDE à
porter des walkman avec de la musique Techno qui joue à fond 24 heures sur 24,
avec des batteries immortelles ! Que le soleil brûle et ne se couche jamais !
Vive la canicule ! J’aimerais que des vipères sortent des trous de toutes les
chiottes ! Que tous les garçons de café de Casa défilent sur les boulevards
dans l’ordre et avec des mitraillettes ! Que les camions de l’armée bloquent
toutes les sorties ! Que l’eau s’arrête de couler de tous les robinets ! Et
que tous les murs soient maculés de lézards ! » Il faut que j’aille dormir.
A bientôt.