
Episode 38
Une américaine, toujours des
américaines !
Nous voilà donc à Marrakech, et Khoukoum entrain de jouer au Pacha dans un
hôtel 4 étoiles, avec piscine, TV et parabole, et même un bar dans la chambre.
Et ce sont eux qui payent… Et, je suis entrain de jouer aux touristes, puisque
je trimballe l’appareil photo de Jenny, bien coincé entre les deux mains, pour
qu’ils ne le volent pas… Bien sûr, je ne lui ai pas dit qu’elle pourrait se
faire piquer son Nikon, mais je lui ai juste dit que je voulais avoir l’air
d’un touriste…
Donc, eux se réveillent tôt, prennent le petit déjeneur dans la chambre, et
m’appellent au téléphone pour qu’on sorte. Bien sûr, moi je dors tard, et je
les fait poireauter un maximum. Quand je descends à la reception, il est
généralement 11 heures, et ils ont eu le temps de piquer plusieurs crises et
de se calmer.
Entre temps, Madame a commencé, comme par enchantement, à apprécier ce qu’elle
refusait de manger à Casa. Comme je devais m’arrêter chaque soir dans un café
pour le F’Tour, Jenny en profitait pour prendre aussi un bol de Hrira, des
gateaux, de la Chebbakia et toutes les sucreries. Au début, c’était
soit-disant juste pour goûter. Mais, elle s’est mise à ingurgiter autant que
moi, sinon plus, alors qu’elle déjeunait dans la journée. Esprit de
contradiction ? Qui sait ? Les nanas, toutes bizarres, ici ou ailleurs, toutes
bizarres…
Noureddine a été plus conséquent, et ne prenait qu’un café quand moi je
prenait le F’Tour… Sa femme, continuant dans son hystérie, s’est même mise à
demander les recettes de cuisine pour préparer ce qu’elle mangeait au F’Tour.
Et moi, discrètement, je glissais au garçon en arabe de ne pas la lui donner,
devant le regard de Noureddine, qui feignait l’indifférence. Elle n’a qu ‘à
s’acheter un livre de cuisine…
Nous voici donc, au deuxième jour, sur les routes dangereuses montagneuses
dans la vallée de l’Ourika, et Jenny n’arrêtait pas de répéter que c’était «
magnifique », alors que je m’emmerdais à mourir devant les montagnes, les
grosses pierres, les villages et les arbres… Ce n’est pas mon truc. Puis, on
est tombé par hasard sur une auberge, détenue par des Français, et qui porte
comme nom : Le Sanglier qui fume.
Jennifer avait le souffle coupé devant le spectacle, et s’est mie à discuter
avec le propriétaire, qui parlait un anglais élastique, qui lui détaillait
toutes les activités qu’ils organisent : Randonnée, vélo tout terrain,
équitation, chasse, un certain nombre de choses qui ont eu pour effet de la
faire rêver, alors que mon frère faisait semblant de s’intérersser à ça, et
que moi, je mourais d’ennui… Ceci dit, je me suis dit que si un jour j’avais
assez d’argent, quand je serai vieux, disons quand j’aurai atteint les 87 ans,
je m’achéterais bien une bicoque dans le coin, pour attendre tranquillement la
mort et voir s’il y a moyen d’aller au paradis.
Alors que Jenny, elle, avait des projets beaucoup plus imminents. Elle a
commencé à demander à Noureddine combien il faudrait d’argent pour investir
dans un projet pareil dans la région. Acheter une maison, l’équiper, et en
faire une auberge du même style, et fuir New York. Lui a répondu qu’il ne
savait pas, alors que lorsqu’elle m’a demandé, je lui ai dit que ce serait
vraiment très très cher ! Trop cher… Sans doute dix ou quinze millions de
dollars… Ce qui a eu pour effet de mettre fin à son rêve stupide… J’ai tout de
même eu l’impression qu’elle a douté de ce que j’ai répondu.
Bref, alors qu’ils se prélassaient sur la terrasse qui donne sur la montagne
et le vide, moi, je ne pensais qu’à une chose, rentrer à Marrakech et jouer au
Pacha dans ma chambre… En attendant de rentrer à Casa. Jusqu’à ce que le
destin s’en mêle. Car voici que deux nanas, des Américaines aussi, se pointent
là, vraiment par hasard. Elles ont tout de suite commencé à discuter avec
Jenny, voyant qu’elle parlait anglais. Ces deux filles font partie du Peace
Corp, et sont venues passer 2 ans au Maroc. Elles habitent un petit village
bebère de l’Atlas. Bizarrement, elles ont même appris à parler la langue
locale…
Elles ont donc commencé à discute entre elles, après que Jenny aie fait les
présentations. Elles sont venues dans le cadre d’un programme d’étude
sanitaire et culturelle, qu’elles doivent approfondir une fois aux Etats-Unis,
à travers des écrits. Pendant qu’elles en parlaient, je me demandais s’il y
avait un Marocain, un seul, qui en savait autant sur le Maroc que les
Américains. Ca m ‘étonnerait… Bref, en plus, il se trouve que l’une des nanas
est originaire de New York. Ce qui m’a donné l’occasion de sauter sur
l’aubaine, et de commencer à discuter avec elle, d’autant plus que je la
trouvais pas mal du tout. Peut-être que… Qui sait… ?
Pour l’accrocher, je lui ai bien sûr parlé de ce que je connais sur NY, les
quartiers, les endroits en vue etc…, mais j’ai surtout axé sur le fait que je
trouvais que ce qu’elles faisaient au Maroc me paraîssait très intéressant.
Puis, pendant que Jenny discutait ave l’autre, que Noureddine regardait le
vide et les montagnes, Cindy (c’est son nom) et moi-même discutons d’un tas de
choses, et on en arrive au fait qu’elles étaient sur le point de descendre à
Marrakech pour trois jours. Elles avaient une voiture, et nous avons décidé de
faire la route ensemble.
Je n’allais pas rater l’occasion, j’ai demandé à Cindy si elle voudrait bien
aller faire un tour à Marrakech le soir avec moi. Puis elle a répondu, à mon
grand étonnement, pourquoi pas ? Et nous voilà donc après le F’Tour, entrain
de sillonner les ruelles de la Médina de Marrakech. J’ai essayé de lui en
mettre plein la vue en lui montrant que je la connaissais bien, mais en fait,
il s’est révélé qu’elle connaît Marrakech mieux que moi. A tel point que je me
suis perdu dans les dédales de la Médina, et que c’est elle qui a retrouvé le
chemin du retour. Sur le chemin, nous nous sommes arêtés à un café sur la
place Jamâa Lefna, pour prendre un thé. Et nous avons fait quelques Hlakis. Et
c’est-là que j’ai pu me distinguer, car elle avait beau savoir parler le
berbère, Cindy ne comprenait pas un traitre mot de ce que le conteur disait.
Elle tenait donc à ce que je fasse la traduction. Je n’ai pas trop changé
l’histoire de ce type, mais je me suis arrangé pour y glisser mon grain de sel,
en y ajoutant une énigme d’amour, pour mettre Cindy dans le bain.
Pendant que je faisais ça, je me suis arrangé, aidé par la foule qui nous
bousculait, à prendre la main de la fille dans la mienne. Pas de résistance.
Un très bon signe. En ayant décidé de quitter la place, je propose à Cindy de
venir prendre un pot avec moi à l’hôtel. Il était presque onze heures du soir.
A suivre…