Episode 37

Bon Ramadan à tous. Mon frère est là !

Le Ramadan se passe bien, comme prévu. Des bagarres dans les rues, les gens creuvés et qui ont l’air de zombies, des programmes hilarants à la TV, qui me poussent à me demander ce que c’est que ce cauchemar, des flics un peu plus méchants (il y en a plus aussi…), plein de nanas le soir qui ne se laissent pas draguer par n’importe qui, tout est au ralenti, rien ne marche en fait, tout est parfait. Mais, dommage, pour Jennifer et pour Noureddine, ça se passe plutôt mal…

Ils (surtout elle) n’arrêtent pas de se plaindre. Ils trouvent qu’ils y a trop de sucreries à table le soir. La menace a plané pendant quelques jours sur la table du F’Tour, puisque Jennifer voulait bannir les gateux au miel, le Msemmen au miel, Chebbakia et autres Sellou du repas. J’ai du intervenir discrètement auprès de ma mère pour mettre fin à cette menace d’embargo… Mais pour qui elle se prend cette folle ? Elle croit q’elle va venir ici, nous dicter ses conneries et nous faire bouffer ses horreurs américaines ? Des carottes crues, du broccoli, de la salade verte et de la purée? Et pourquoi pas du poulet à la betterave , tant qu’elle y est ???

Alors, ma mère lui a mené une guerre froide sans merci et discrète, et, chaque fois qu’elle se ramène avec son panier de courses, puisque madame a appris à aller à Bab Marrakech toute seule maintenant, dans l’espoir de nous préparer le F’Toutr, ma mère s’arrange pour lui voler ses provisions, ses putain de carottes, ses salades vertes et ses endives, et elle les donne aux pauvres. Elle ne sais pas ce qu’ils font avec… C’est leur problème… Ils n’ont qu’à acheter des livres de cuisine américaine, ok ?

Donc, après avoir réussi à nous faire rater un F’Tour, grâce à ses interventions auprès de ma mère (j’étais arrivé trop tard pour réagir à temps et forcer ma mère à faire de la Hrira), après avoir dréssé une table avec uniquement ses crudités et de l’eau, tout le monde était médusé devant la table alors que le Moudden donnait le coup d’envoi en criant pour que tout le monde se jette sur les bols de Soupe hallucinogène, et personne n’osait broncher, y compris mon père qui n’a pu que regarder la table, en récitant des "La Hawla Wala Kouwata Illa Billah", Jennifer croyant qu’il faisait la prière. Moi, je me suis dit qu’il n’y a rien de tel qui va s’imposer chez nous, et je suis sorti illico pour mettre fin au massacre.

Heureusement, Bba Omar n’avait pas vendu toute la Hrira, et le veudeur de Chebbakia était encore devant la mosquée, avec le vedeur de dattes et de Msemmen. Alors j’ai fait des vraies provisions, avec une pleine tanjra de Hrira, et je suis rentré nourrir toute la tribu. Elle n’a rien compris, et j’ai dit à Noureddine qu’il avait intérêt à se la fermer, lui. A elle, j’ai juste fait un sourire, et j’ai mis la série de 2 M, le volume à fond, et je me suis tordu de rire devant Miloud à chaque fois qu’il mentionnait Ould El Iyachya, juste pour emmerder Jenny…

Le Ramadan, ce n’est donc pas la bonne période pour Jenny pour venir passer ses vacances au Maroc. Elle n’arrête pas de se plaindre, de faire remarquer que les gens vont au travail « trop tard » le matin, qu’ils ne foutent rien même quand ils y vont, qu’ils sont trop nerveux et déconcentrés, et que comme ça, on ne risquait pas d’aller loin… Mais qui lui a dit que nous voulions aller quelque part ? On tient absolument rester où on est, et on ne veut pas être un Nouveau Dragon ! C’est clair ? Bon ! Alors le jour, nous sommes des zombies, et le soir, nous nous éclatons sur les sucreries, la bouffe, les cigarettes, les cartes, jusqu’au petit matin !

Tous les deux, ils n’en peuvent donc plus. « A part les cafés, il n’y a rien à faire, se plaignent-ils… Pas de boite de nuit, pas de bar, pas de restos… On ne peut pas sortir… » Et puis quoi encore ? Ils ne voudraient pas qu’on leur ouvre une maison de passe, non plus ? Bon, encore elle, disons qu’elle n’est pas habituée, et qu’elle ne connaît pas… mais lui ? Noureddine ne va pas se mettre à jouer à la comédie avec moi. Je le connais depuis toujours, et il ne va pas commencer à se la ramener avec ses trucs américains. Sinon, et je lui ai insinué discrètement, ce sera le retour au bon vieux temps et à la fessée, lorsque je lui fermais la gueule à coup de poings… Donc, il l’a bouclée.

Et devinez quoi, pour que Madame ne rate pas ses vacances, ils ont programmé de quitter Casa pour quelques jours, pour aller à Marrakech. Et comme Monsieur est devenu Américain, et que ma mère a peur que les Marrakchis mangent tout ce monde là au F’Tour, elle m’a prié de les accompagner. En fait, elle ne faisait que transmettre un message. C’étaient eux qui voulaient que je vienne avec eux, mais Jenny n’osait pas me le demander… Donc, je me suis dit, je leur vaut bien ça.

Nous avons donc été à Marrakech et ses environs, et Jenny a enfin pu respirer, pensant avoir enfin retrouvé le Maroc dont elle rêvait. Pas celui où on se met devant la télé pour regarder des programmes stupides qui durent une éternité, des comédies qui ne font pas toujours rire, des films égyptiens où on se marie et on divorce quatre fois par heure, des informations où le présentateur sourit en parlant d’une catastrophe qui a fait 92 morts, des films marocains où on fait un concours de larmes et de lamentations, et des documentaires sur 2 M qui datent du début de l’ère de la TV et qu’on présente comme étant le dernier cri.

Donc, ils ont loué une voiture, et nous voilà sur la route pour la ville rouge. Ramadan oblige, pas beaucoup de trafic sur la route. Donc c’est plutôt calme. Un chaufeur de car a quand même trouvé le moyen, alors qu’il n’y avait aucun péril, de rentrer dans une fourgonnette par l’arrière, à 130 à l’heure, alors que la fourgonnette roulait à 70. En fait, le chauffeur s’est endormi en conduisant… Normal, il était au volant depuis dix huit heures…

Bref, Jennifer ne parlait pas, et prenait le temps d’admirer le paysage. C’était moi qui conduisait (bien sûr, je ne vais pas mettre ma vie entre les main d’un autre, lui ou elle, et risquer de me faire rentrer de derrière par un car, donc quand je vois un car arriver derrière, j’accèlère à fond, jusqu’à ne plus le revoir… Voilà la tactique, un truc de Larbi ça…).

Pour leur faire chier un peu, j’ai décidé de ne pas m’arrêter sur le chemin, en sachant qu’elle voulait qu’on s’arrête pour « profiter de la nature » Ha ha ha ! Il a vraiment fallu que je me fasse prier pour m’arrêter à Ben Guerir, et encore, c’était pour une urgence ! Jenny voulait aller … enfin… aux toilettes quoi. Et puis tous les cafés et épiceries étant fermées, c’est normal, il faut être fou pour ouvrir avant 2 heures de l’après midi en plein Ramadan, elle n’a même pas pu acheter de papier Q. Finalement, n’en pouvant plus (elle avait Srisra ou quoi ?), sous la pression ultime, elle a disparu derrière une station d'essence. Comment elle a fait ?


Une fois à Marrakech, on a pris un hôtel bien, et ils j'ai pris une chambre à part, et j’ai joué au Pacha. Bon, j’ai fait le chauffeur et le guide, et je ne m’en plains pas. Lui se la bouclait la plupart du temps. Quant à elle, eh bien, elle a retrouvé le sourire et a été charmée par la beauté de cette ville, la gentillesse des gens, Jammaâ Lefna et tout ça. Je vous donnerai les détails de la visite très bientôt, ok ? Dans 2 jours… Ciao !



 

Episode 38

 

Mustapha Gazi -- Gazi's World

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