
Episode 13
Je vous demande tout d’abord
d’excuser mon retard, mais j’ai été vraiment trop occupé pour écrire
dernièrement. J’ai aussi constaté que les lecteurs envoient de moins en moins
de messages. Ce que je ne trouve pas très encourageant. Je ne voudrais pas me
retrouver dans une situation ou je me parle tout seul.
Parmi les choses qui m’ont occupé, c’est la Coupe du Monde.
Je regarde tous les matchs. Il m’arrive de garer le taxi près d’un café, de
laisser tomber les courses pour aller voir un match.
Pour Maroc-Brésil, je me trouvais a Derb Soltan, et je suis entrée dans un
café ou je me suis entassé avec une foule de deux cent gars complètement
électrifiés. Je me disais que le Maroc pouvait égaliser avec le Brésil, et
juste au coup d’envoi, je me surprenais même a penser que le Maroc pouvait
gagner… On peut être bien naïf… hein ? Je me disais que Bassir qu’on n’avait
pas du tout vu pendant le match avec la Norvège allait enfin sortir son jeu.
Mais Bassir est resté égal a lui-même, c’est à dire inexistant. Ou est donc
passé le " Baaassiiir ! Ouh ! Ouh ! " ?
Apparemment, avec les brésiliens qui avaient l’air de faire un match
d’entraînement, le " Ouh ! Ouh ! " ne faisait peur a personne. Mais bon, il
faut dire que ce but encaissé 5 minutes après le début a du secouer les
joueurs marocains, les traumatiser même…
Après le deuxième but, j’étais moi-même traumatisé, et j’ai décidé de ne pas
suivre la deuxième mi-temps. J’ai quitté ce café, pris le taxi, et cap vers le
centre ville. A peine arrivé a Mers Sultan, un quart d’heure était passé, et
je n'ai pas pu résister à la tentation d’arrêter le taxi devant un café et de
regarder la deuxième mi-temps. Avant la fin du match, je me suis dit : " Larbi,
tu ferais mieux d’y aller… Ca ne sert à rien… "
Que faire pour me relaxer ? J’ai profité du fait que tout le monde était
accaparée par le match, et j’ai été au bain. Rien de tel pour se relaxer. J’ai
toujours des affaires et une serviette dans le coffre. Lorsque je suis entrée
au bain, il n’y avait qu’un petit vieux qui était assis au chaud, et un jeune
gars avec une barbe et des cheveux longs, qui remplissait un sceau et qui
parlait tout seul. " Peut-être qu’il est choqué par le match… ". Mais c’était
un peu plus que ca. Il était fou. Pendant qu’il continuait a parler tout seul
a voix haute, et a maudire des gens parce qu’ils étaient tous partis en Italie,
il versait de plus en plus d’eau dans un sceau qui était déjà plein. J’ai
pensé intervenir, mais je n’en ai rien fait… Après tout, si ca le rend heureux
de faire ca, ce n’est pas a moi de l’arrêter. Mais je voulais tout de même
m’en assurer. " Karita had l’match, a ? "
Il ne m’a pas répondu et a continué à discuter tout seul. Il a juste enchaîné
avec une petit rire frénétique.
Je ne suis pas tout à fait mécontent tout de même. Une semaine avant le déluge
sur l’équipe du Maroc, j’avais reçu un coup de fil de mon frère de New York.
Il était content de savoir que je pourrais aller lui rendre visite. Il m’a
faxé certains papiers au bureau d’un ami d’un cousin, pour que je puisse faire
la demande du visa.
Un matin, j’ai pris mon courage a deux mains, et je me suis dit que je n’avais
rien a perdre en allant demander le visa des USA. J’étais à l’entrée un peu
avant huit heures. Il y avait trois personnes avant moi. A l’entrée, un agent
en uniforme a fouillé tout ce que je portais avec moi, et une fille m’a
demandé de remplir le formulaire et d’attendre. Ce que j’ai fait. Ensuite on
m’a demandé d’entrer dans un couloir et de payer pour le dossier. Puis un
petit gars noir avec un uniforme m’a demandé d’entrer dans une autre salle,
une sorte de parloir avec des chaises comme dans une école, deux fenêtres en
face, et une drôle d’atmosphère qui fait un peu peur. En attendant, j’ai
constaté qu’un candidat parlait au téléphone avec une personne du consulat, et
qu’ils étaient séparés par une vitre épaisse.
Pourquoi ils ne se parlent pas directement ? La sécurité ? C’est un peu drôle,
non ?
Puis j’ai entendu mon nom, et j’ai été vers la fenêtre. J’ai vu que la femme (Américaine
?) de l’autre coté avait mon dossier a la main. Elle m’a fait signe de prendre
le combiné du téléphone. J’ai commencé à parler.
• Hello
• Hello, vous parlez anglais ?
• Yes
On a continué toute la discussion en anglais. Mais la je fais la traduction en
français.
Elle a parcouru ce que j’ai écrit dans ma demande. Puis vérifié les papiers
que j’ai mis avec.
• Pourquoi vous voulez aller aux États-Unis ?
• Je veux aller voir un frère a New York.
• Il habite la bas ?
• Oui
" Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? " " Avez-vous des personnes a votre
charge ici ? " " Ou avez-vous appris l’anglais ? " " Comment puis-je savoir
que vous n’allez pas rester la bas ? "
Elle m’a posé une flopée de questions, et pendant qu’elle le faisait, je me
disais que je perdais mon temps, l’argent que j’ai payé à l’entrée, et que je
n’aurais jamais du venir ici. Je n’ai aucune chance d’avoir ce visa. J’avais
hâte que ca finisse, et qu’elle me laisse juste partir. Au diable New York. Je
me disais qu’en sortant de la, j’irai faire un tour à Derb Ghallef. Ca me
changera les idées avant de remettre le compteur en marche…
• Ok, revenez a 16 heures pour récupérer votre passeport
Je n’en revenais pas !
• Ok, merci
Voilà. C’était aussi simple que ca ! Et pourtant tous ces gens qui n’arrivent
pas a avoir ce maudit visa. " T’as vraiment de la veine Larbi… ", je me suis
dit.
Je me suis senti très léger en sortant de la, et j’ai quand même été à Derb
Ghallef, un de mes coins favoris pour flâner et pour me destresser.
Lorsque j’ai récupère le passeport, je l’ai ouvert, et découvert ce petit
rectangle argenté et vert qui faisait rêver tant de monde, avec ma photo. Un
visa de cinq ans.
J’ai appelé mon frère le soir même. Et il m’a demandé de venir le plus tôt
possible, c’est a dire dans dix ou quinze jours.
Le lendemain matin, j’ai décidé de passer au café de Bourgogne pour voir s’il
y avait des nouvelles de Abderrahim