
Episode 35
Bon Ramadan à tous. Mon frère est là
!
Jennifer a voulu sortir faire un tour toute seule après le F’Tour, pour se
faire les jambes. Biensûr, j’étais un peu réticent, mais je me suis retenu de
lui dire que le Maroc n’est pas l’endroit idéal pour une fille pour aller se
promener toute seule. Donc, elle est sortie. Et devinez quoi ! Elle s’est fait
harceler par une dizaine de dragueurs ? Non. Pire ! Elle s’est fait coincer
délicatement par si Mohamed Laaroubi, qui n’attendait que cette aubaine. Après
quoi, elle est revenue à la maison assez secouée. Et nous a raconté
l’entretien avec le gars. « Qu’est-ce qu’il t’a raconté alors ? », j’ai
demandé.
- Il a commencé par me dire « Bonsoir, Madame » ! Et moi j’ai répondu «
Bonsoir ? Je vous connais ? ». Puis le type me répond : « Non, mais moi, je
vous connais. » Et quand je lui ai demandé d’où, il a dit qu’il était un grand
ami de Noureddine. Et avec toi, Larbi, vous êtes comme des frères ! Et qu’en
fait, c’est mon frère de lait … Ca veut dire quoi ça, frère de lait au fait ?
- Ah bon ?
- Oui puis il m’a demandé si j’allais me promener… Et il a voulu m’accompagner…
Et j’ai dit pourquoi pas ? Il parle bien l’anglais, au fait. Où il a appris ?
- Tous les gens du coin se débrouillent bien en anglais. A cause du port. Ils
ont tous travaillé au port un jour, et ont appris avec les navigateurs… Et
alors ?
- Ah oui. Puis il m’a dit qu’il a sauvé la vie à Noureddine un jour, en lui
tirant la tête qui s’est concée dans le trou sur un bateau de pêche. C’est
vrai ça ? C’est dingue !
- Oui, oui… Enfin, il éxagère aussi un peu…
- Ah bon ? Comment ça ?
- Ouais enfin, c’est une vieille histoire…
- Tiens, Noureddine ne m’a jamais dit qu’il était en danger de mort…
- Oui, en ce temps là, on allait jouer souvent au port, et des trucs comme ça,
ça arrivait souvent…
- Ah bon ? Puis il m’a dit qu’il avait besoin de Noureddine pour un service…
- Quel service ?
- Il veut demander un visa pour les USA, et il veut un certificat d’
hébergement et une prise en charge. Il m’a demandé de parler à Noureddine.
- Merde alors… Et alors ?
- Ben j’ai dit que j’allais lui dire, même si je ne veux pas rentrer dans ce
genre d’histoires.
Après quoi, elle nous a dit qu’elle a préféré mettre court à cette promenade,
et rentrer à la maison. Après avoir écouté tout ça, Noureddine a voulu sortir
casser la gueule à Si Mohammed, mais ma mère s’est mise sur son chemin, et moi
aussi. Et sa femme a dit qu’il n’y avait pas de quoi faire tout un scandale
d’une histoire sans importance… Suite à quoi, il s’est calmé. Ensuite il a dit
à Jennifer de ne pas parler avec le premier venu dans la rue… et a commencé à
bouder. « Je commence déjà à regretter d’être venu au Maroc », disait-il en
arabe. « Calme-toi Noureddine… », disait ma mère… « Calme-toi, tu sais… »,
j’ai ajouté.
Pendant la courte promenade de Jennifer, nous avons reçu quelques visites à la
maison. Quand elle est rentrée, elle a trouvé une vielle femme qui était venue
rendre visite à ma mère, et a trouvé ma tante qui était aussi de passage. La
vieille était hyper sympa avec Jennifer, mais ma tante lui lançait des bombes
invisibles, chargées de haine.
Jennifer était sensible à la gentillesse de la vieille et ignoré l’autre.
- Qui est cette dame ?
- C’est la tante à ma grand-mère, j’ai répondu…
- Ouaou ! La tante à ta grand-mère ? Quel âge elle a ?
- Je ne sais pas. Elle non plus d’ailleurs… Elle se rappelle de l’invasion de
Tanger par un bateau allemand, et elle dit que c’est à cause de ça qu’il y a
eu une guerre mondiale…
- Ouaou ! Ca veut dire quoi ça ? Je me demande à quoi ça correspond… En tout
cas, elle a la’ir en pleine forme ! Ca va madame ? Comment elle s’appelle ?
- Hadda
- Hadda ? Ca va Hadda ?
- Yes yes... ah ah ah... la vieille riait à pleine dent. Enfin façon de parler,
car en fait, elle n’a pas une seule dent dans la bouche…
- Ouaou. Elle habite où?
- Avec ses enfants, dans un quartier appelé M’rizigua…
- Ca c’est vraiment chouette. Chez nous, les vieux, on les jettes dans les
maisons pour vieillards, et les enfants se dispersent… Pas de famille, pas de
noyau. Chacun pour soi. Il y a des enfants qui ne revoient plus leurs parents
pendant des années…
- C’est triste ça, hein ? Non, ici, on est plus solidaire !
- C’est vraiment bien, la chaleur familiale. Et cette autre femme, c’est votre
tante ?
- Oui.
- Elle a l’air pas bien dans sa peau… Elle est malade ?
- Oui, j’ai répondu, pendant que Noureddine dormait devant la télé. Son mari
est un peu timbré. Enfin, il lui manque une case, d’après ce qu’ils disent… Il
voulait se présenter récemment aux élections et quand ils ont traffiqué ses
bulletins à la Moukataa, il s’est jeté sur la Caid et a voulu le rosser de
coups. En fait, c’est un ancien prof d’Aïkido. Ils ont eu beaucoup de mal à le
retenir, et à sauver le Caïd…
- Ouaou ! C’est ça, ce qu’ils devraient faire chez nous : organiser un match
d’Aïkido entre Gore et Bush, pour en finir avec leurs conneries… Et qu’est-ce
qu’il est arrivé au type alors ?
- Pour qu’il n’aille pas en taule, il a fallu le pistonner pour avoir un
certificat médical d’un asile psychiatrique, pour prouver qu’il était
irrespnsable de ses actes. Et pour ça, il a fallu qu’il passe quelques jours
dans l’asile. Le problème, c’est qu’ne fois là bas, ils lui ont fait des
injections par erreur, et apparemment, ça l’a esquinté. Il est ressorti
différent de ce qu’il était… Maintenant, il parle à la lampe à la maison, et
un jour, il a coupé son manteau en deux et a voulu se jeter de la terrasse, en
prétendant qu’il avait des ailes et qu’il pouvait voler.
- C’est dingue ça ! Et alors ?
- Ils l’ont empêché de sauter de justesse. Maintenant, ils essayent de le
faire renter à l’hôpital, et elle est venue en parler avec ma mère…
- Incroyable ! J’espère que ça va aller…
- Je ne sais pas… Ca a l’air délicat. Un cas difficile. Tu peux peut-être voir
avec Noureddine si vous pouvez lui trouver une place dans un hôpital à New
York… Je suis sûr qu’ils pourront le guérir là-bas ! On dit que vous avez de
très bons médecins, non ?
- Oh, je ne sais pas. Ca risque d’être difficile. A ce que je vois, tout le
monde veut aller aux Etats-Unis, Larbi. Ou alors, tu te fous de moi, hein ?
- Non non…
- C’est toi en fait qui devrait retourner là bas. Et recontacter tes copines.
Celles qui t’appellent au téléphone ! Ha ha ha…
- Oh oui, je devrais… Je sais…
- Sacré Larbi. Noureddine m’a parlé de toi, et je crois que tu es assez timbré
aussi. On va essayer de te trouver une place à l’hôpital psychiatrique de New
York ! Tu veux ?
- Pourquoi pas ?
- Ha ha ha … Eh Noureddine. Ca y est, réveille-toi, nom de Dieu !
Mon frère s’est révéillé, secoué. Il a dit bonjour à ma tante, et a du encore
écouter son sermon. Selon, il a fait une grosse erreur en se mariant avec une
« mécréante »… Il aurait du épouser une Marocaine, sa cousine qui est
amoureuse de lui, par exemple… Puis, Noureddine a répondu que c’était le
destin, et a suggéré que nous sortions, sa femme, lui et moi… Et nous avons
mis les voiles.
A demain.