Episode 16

New York, il fait une chaleur torride, et je ne vous répéterai jamais assez que je suis toujours complètement sonné par tout ce que j’ai vu ici.
Vous me direz d’ailleurs que c’est un peu normal quand on saute directement de l’Ancienne Médina de Casa au cœur de Manhattan. Il y a vraiment de quoi être secoué, surtout quand c’est la première fois que je mets les pieds hors du Maroc.
Je ne sais pas si vous préférez que je commence en vous parlant de tout ce que j’ai vu à New York, ou bien en vous parlant de Chama. Car j’ai bien revu Chama.
Bon allez, on commence par New York. Tout d’abord, j’aimerais vous faire partager une expérience qui m’est un peu chère, vu qu’il s’agit de taxi. Eh oui, le taxi, mon amour de toujours… Je l’ai retrouvé ici aussi, mais en tant que client. Mais bien sur pas sous la même forme. Ce n’est plus cette petite caisse rouge qui ressemble à une chaussure ou à un sifflet et qui se fait son chemin en zigzaguant entre les autres véhicules supersoniques tels que les bus sales et salissant de Casablanca. Ici, vous devez le savoir, les taxis sont jaunes, gros et propres comme des soucoupes volantes. Les bus aussi sont propres, et mon frère m’a dit qu’il n’y en a aucun qui lâche des nuages noirs et hautement toxiques qui décorent les boulevards de Casablanca. " Ouach n’ta msetté oula ? ", m’a-t-il répondu lorsque je lui ai demandé si un bus supersonique qui sortent tout droit de Mad Max et qui pourrissent tranquillement Casa pourraient se trimballer dans New York.
Non, les bus sont clean, ils roulent a des vitesses normales (50 km/h) et ne font pas la course avec des fils à papa Casablancais qui foncent comme des fous dans des BMs, ne font pas de queues de poissons, ne brûlent jamais les feux rouges, alors qu’il n’y a jamais de flic aux rond-points, s’arrêtent aux stop, ne menacent jamais les piétons, ne trimballent jamais des gars qui sont collés à leur portière arrière qui menace de se détacher. J’ai même vu des chauffeurs de bus qui portent des casquettes, avec des chemises blanches et propres, et qui fument parfois le cigare aux arrêts.
Quand j’ai vu tout cet ordre, je me suis dit : " Larbi, imagine qu’ils engagent une centaine de chauffeurs de chez Rahabus ou Zahraoui ou toute autre écurie de formule 1 gros format, que deviendrait l’ordre de New York ? Si en plus, ils y ajoutent cinq cent érudits casablancais de la mobylette, champion du monde des acrobaties en ferraille sur deux roues, avec ou sans leurs casques qui ressemblent souvent à des bols de harira en plastic bleu renversés ? Et pour donner le coup de grâce, que se passerait-il s’ils remplaçaient, disons, un millier de leurs chauffeurs de taxi jaunes, par les nôtres qui conduisent les taxis blancs, ceux qui chassent les piétons avec leur pare-chocs ? " Arrête de délirer Larbi, tout ca est impossible, sinon, ca ne serait plus New York…
J’ai donc connu le taxi jaune, lorsque mon frère était en retard une fois pour un rendez-vous à Manhattan. Je ne vous cacherai pas d’ailleurs que je suis monté dans ce Yellow Cab avec un léger pincement au cœur, que mon frère n’a pas du soupçonner.
Une fois dedans, j’ai remarqué que notre siège à l’arrière était séparée de celui de l’avant par une vitre épaisse. On ne pouvait communiquer avec le chauffeur qu’au travers d’une petite fenêtre, qui servait aussi pour le payement. Puis le chauffeur, un noir Américain, a passé la seule vitesse qu’il a utilisée pendant tout le trajet. Le chauffeur portait une casquette jaune, et écoutait une musique en sourdine, peut-être une station radio de la ville. De temps en temps, on entendait des messages radios, entrecoupés avec des parasites. Eh oui Larbi… Ca aurait pu être toi ca… Pour la première fois, je me suis demandé comment les clients me percevaient dans mon taxi. Ca me faisait un peu bizarre… Je me demandais si je leur faisait le même effet que ce chauffeur noir de New York. Je ne parierais pas sur ca… Autre chose, le taxi était climatisé. Ce qui rendait le voyage encore plus cool. On avait plutôt l’impression de flotter sur cette autoroute à quatre voies qui allait dans toutes sortes de sorties. On avait l’impression que le chauffeur ne faisait pas d’effort, et qu’il laissait simplement glisser son taxi jaune à une vitesse pratiquement constante. Jusqu’à ce qu’on soit arrivé à l’entrée d’un tunnel ou il a du ralentir et jeter des pièces de monnaie dans une bouche en métal, suite a quoi une barrière s’est ouverte pour nous laisser passer dans le Holland Tunnel. D’après mon frère, et j’ai eu du mal à le croire, nous y avons fait près de dix minutes sous l’eau !
Puis nous sommes sortis à un endroit qui par la hauteur de ses buildings, indiquait bien que nous étions à Manhattan, dans la partie sud appelée Brooklyn Bridge, dans le quartier administratif de City Hall. Et c’est à coté de la mairie de New York, logé dans un très beau parc juste derrière les Twin Towers ou World Trade Center, que nous sommes descendus. La course nous a coûté près de trente dollars ! Plus le tips, deux dollars. Et le gars nous a dit " Thanks a lot… "
Eh oui Larbi… Ca aurait pu être toi ce mec cool qui écoute de la musique en sourdine et qui glisse sur les routes avec son vaisseau climatisé, puis qui dit " Thanks a lot… " plutôt que " Lla y aoun ". Pour la même course, j’aurais peut être eu vingt ou vingt cinq dirhams à Casa… Mais c’est New York ici… Est-ce qu’on peut " glisser " sur les chaussées de Casablanca, même avec un taxi jaune Plymouth nickel ? Sûrement pas ! Et les piétons qui traversent même les autoroutes ? Et les gosses qui poursuivent les ballons qui leur échappent ? Et les queues de poissons des bus ? Et les camions qui sortent des stop comme on sort de sa chambre ? Et les motos qui vous dribblent comme Maradona ? Et les trous dans les chaussées ? Sans oublier les taxis blancs…
A part ca, mon frère m’a montré les endroits un peu fétiches de la ville. L’Empire State Building dans la 34 eme rue dans le Midtown, tous les magasins à coté, comme Macy’s le plus grand du monde et le Manhattan Mall qui est juste à coté. Lorsque nous y sommes entrés, j’ai eu le vertige, tant c’était spacieux, grandiose et brillant. Nous sommes passés devant le Madisson Square Garden, la ou ils font les matchs de basket, de boxe, et les concerts de musique.
Nous avons aussi remonté Broadway, jusqu’a la 42 eme rue et Time Square, ou j’ai aussi eu une sensation de vertige avec tous ces panneaux lumineux géants, surtout que la nuit commençait à tomber.
En d’autres occasions, nous avons été à Soho, le quartier des artistes, à Greenwich Village, à coté du campus de New York University, à Chinatown, à Little Italy, à Tribecca, à Central Park dans le Uptown, un coin riche ou on trouve des hôtels très chics et des limousines noires.
Mon frère ne voulait pas aller dans le Bronx ou a Harlem, car il dit qu’il n’y a rien a y voir… " Bon ben j’irai peut-être seul un jour… "
J’ai pris mes habitudes dans ce cyber café de Soho, à l’intersection de Prince Street et de Lafayette Avenue. Parfois j’y vais pour surfer un peu, pour écrire, ou simplement pour prendre un café. Mon frère m’a montré comment utiliser le métro, et ce n’est pas difficile avec une carte. Avec un jeton d’un dollar et demi, on peut aller là ou on veut.
Et un jour j’ai été voir Chama. Bien sur après lui avoir parlé au téléphone. Et devinez quoi… Chama a un copain ! Un Américain… Décidément, bonnes ou mauvaises, New York est pleine de surprises !
A bientôt les gars…

 

Episode 17

 

Mustapha Gazi -- Gazi's World

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