
Episode 15
Bonjour mes amis. C’est un grand jour
pour moi que de pouvoir vous retrouver a partir d’ici, de New York ou je suis
(complètement paumé…) depuis une dizaine de jours.
Je dois vous dire que toute l’aventure a réellement été une succession de
chocs pour moi. Tout d’abord l’avion que j’ai mal supporté. Déjà la veille je
n’arrivais pas a trouver le sommeil. Une fois dans cette machine volante
bizarre, je pensais pouvoir dormir, mais impossible… J’étais trop excitée, ou
j’avais trop peur, ou… Ou alors c’était tout simplement ce gosse assis avec sa
mère juste à coté de moi, et qui n’a pas arrêté de gueuler pendant tout le
voyage. Sept heures pendant lesquelles je me demandais si je pouvais changer
de place. Je n’ai même pas osé le demander aux filles qui servent dans l’avion,
car je me suis déjà arrangé pour ne pas avoir de bons rapports avec l’une
d’elles. Avec ma nuit blanche, je suis monté dans cette machine volante avec
un début de mal de tête, qui a empiré juste après qu’elle se soit lancée dans
une vitesse à tout casser avant de nous donner l’impression de se renverser à
l’arrière, pour ce qu’ils appellent soi-disant " le décollage ". Pendant toute
cette séance qui a duré une demi heure, je crispais mes mains moites sur les
accoudoirs, en essayant de ne pas montrer la torture intérieure que je
subissais. " C’est quand même plus cool dans ton taxi, malgré tous les
chauffards de Casa, Larbi… "
Une fois que cette machine du diable s’est un peu stabilisé au dessus de ce
qui paraissait être un océan plein de danger et de mauvaises surprises (des
requins, des piranhas, des baleines, des orques, des extra-terrestres, des
sorcières, des sous-marins, des démons, des monstres… va savoir ce qui doit se
cacher sous cette nappe bleue luisante…), je me suis rappelé que j’avais un
mal de crâne terrible. J’ai demandé à une des filles en uniforme gris qui
passaient si elle pouvait me donner des aspirines et un verre d’eau. Elle m’a
répondu sèchement :
• Ce n’est pas le moment…
Et la, encore le voile blanc devant mes yeux… Bien sur, je ne lui avais pas
sauté dessus (c’était une femme et je n’osais pas me lever et lâcher les
accoudoirs…), mais je lui ai répondu :
- Ah oui ? Et depuis quand c’est le bon moment de demander des aspirines ?
depuis quand on choisit le moment d’avoir mal a la tête, madame ?
Elle a simplement répète qu’elle allait appeler un certain " chef de cabane (
?) " ou un capitaine ou je ne sais pas quoi, qui n’est d’ailleurs jamais venu…
Heureusement, la maman d’a coté avait des trucs pour les maux de tête, et elle
m’en a filé. Vraiment gentille. Alors du coup, je n’osais pas non plus
demander de changer de place, non seulement parce que je ne savais pas si j’y
avais droit, mais aussi de peur de décevoir cette femme qui devait d’ailleurs
s’en foutre…
Le voyage n’était pas bref, mais bref… On ne va pas y passer toute la vie…
Passons aux choses plus intéressantes. Une fois sur les pistes de l’aéroport
de New York, sans revenir à cette peur au moment de l’atterrissage ou j’ai cru
que tout allait exploser avant que cette machine du diable ne ralentisse à des
vitesses plus compatibles avec mes bonnes vieilles vitesses de taxi, j’ai
regardé par le hublot. J’ai vu un tas d’avions stationnés, tous avec des
couleurs bizarres, avec des écritures en espagnol, en chinois, en hindou, en
hébreux… Il y en avait même un qui avait une allure bizarre d’oiseau avec un
museau pointu, et des petites ailes.
Après la police et la douane, il y avait mon frère qui attendait à la sortie
des bagages, avec un autre gars, un marocain aussi.
Beaucoup de bises et de " comment ca va, comment va x, comment va y, et z… ? "
Il m’a présenté son copain Noureddine qui est aussi un voisin du quartier. Et
on est sorti vers sa voiture. Je l’ai trouvé en bonne forme, et j’ai été
étonné de voir qu’il faisait partie de ce paysage qui m’échappe complètement.
Surtout lorsqu’il s’est dirigé vers cette voiture américaine blanche, avec un
toit noir et un intérieur en velours rouge… Waw ! C’est mon frère ca ? Bien
sur ca parlait beaucoup sur le chemin, mais j’étais tellement épaté que je
faisais peu attention à ce qui se disait.
• T’as l’air vraiment fatigué, hein ?
• Eh oui, je n’ai pas fermé l’œil depuis deux jours…
• Alors tu vas te reposer un peu, hein ?
• Oui, oui…
Mais je continuais à être impressionné par mon frère. Comment il faisait pour
ne pas se tromper de route, entre toutes ces autoroutes, ces sorties, ces
voies, ces voitures, ces signaux ? Il est vraiment fort le frangin… Ah si les
gars du quartier pouvaient voir ca… Lui le petit Abdelilah timide qui n’osait
parler à personne, qui ne rentrait même pas dans les cafés ou je faisais mes
parties de cartes.
• On va ou, la ? Ton quartier, il s’appelle comment ?
• Ah oui, c’est Brooklyn. Ca va te plaire, tu vas voir… C’est paisible, un bon
voisinage, plein de petites maisons en briques rouges et de verdure. Et la, ce
que tu vois devant, c’est Manhattan. C’est la que je travaille.
Lorsque j’ai tourné la tête devant moi, j’ai failli avoir le souffle coupé. Je
voyais devant moi une chaîne de montagne de gratte-ciels, encore très loin,
mais majestueux et impressionnants dans leur bleu-gris acier. Toute une chaîne
interminable.
• Ouaw !
• C’est une île là-bas. Nous n’allons pas y passer maintenant, mais nous y
irons plus tard.
A la maison, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une méga sieste qui a duré
près de cinq heures.
Avec Abdelilah et son copain, nous sommes ensuite sortis faire un tour à pied
dans Brooklyn, dans la région de Bayridge, entre la 2eme et la 4 eme avenue.
Le lendemain, mon frère a voulu qu’on aille à Manhattan avec son copain
Noureddine, qui travaille comme vendeur de matériel électronique à Chinatown.
Mais il a voulu qu’on y aille en bus, parce qu’en voiture, les stationnements
sont trop chers, et qu’en métro, on ne voit pas la ville. Des le départ de
Brooklyn, j’ai bien sur embarrassée Abdelilah et son copain, avec mon manque
de " savoir vivre " à la Casablancaise. Nous étions à peu près une dizaine de
personnes à attendre devant la plaque, et lorsque le bus bleu et gris est
arrivé, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir le reflex naturel de courir devant
tout ce groupe de gens tranquilles et ordonnés, et de sauter comme on le
faisait avec le 9 qui ramène de Ain Diab un dimanche a 7 heures du soir en été.
Tous ces gens m’ont regardée comme si j’avais deux têtes et cinq bras, et dans
mon élan fou, j’ai même entendu une vieille qui disait : " Oh my God ! "
Lorsque j’ai compris ce qui s’est passé, je me suis dit que je n’aurais pas
aimé être à la place de mon frère et de Noureddine… Mes tous les deux étaient
braves. Ils en ont simplement ri, et l’ont raconté à tous leurs autres amis…
Larbi, déjà la risée de toute la communauté Arabe, et l’horreur de toutes les
dames de New York…
Quant à ce qui s’est passé avec Chama, je vous le raconterai bientôt. Je dois
vous dire que je vous envois cet épisode d’un cybercafé de Manhattan, dans le
quartier de SoHo… Alors a bientôt