
Episode 39
Une américaine, toujours des
américaines !
Et voilà que je sillonne les rues de Marrakech avec Cindy, main dans la main.
Alors qu’elle était installée dans un hôtel simple dans la Médina, et que
j’avais une chambre à l’hôtel avec Jenny et Noureddine, la première nuit que
nous avons passée ensemble était arrivée un peu par hasard, après toute une
journée de marche, crevante, un peu partout dans la ville.
Nous avons fait la moitié de Marrakech à pied, à parler et à échanger ce que
Cindy pensait du Maroc, et ce que moi je pensais de New York. Et comme ça,
sans trop nous en rendre compte, nous avons fait Bab Doukkala, et sommes
revenus vers Jamaa Lefna, puis nous avons poussé jusqu’à la Menara. Un tel
périple, qui aurait du normalement me fatiguer, s’est terminé trop tot, et
pour le F’Tour, nous nous étions arrêtés dans un petit café de Guiliz où nous
avons continué de parler, cette fois-ci du programme de Cindy qui comptait
rentrer à New York pour les fêtes de fin d’année.
- Ah bon?
- Oui je pars dans cinq jours. Ca fait un an que je n’ai pas revu ma famille.
- Ca fait beaucoup, effectivement. Tu sais quoi?
- Quoi…?
- New York me manque terriblement…
- Ah oui?
- Oui oui, c’est vraiment une ville qui m’a marqué. Je me demande parfois si
j’ai bien fait de rentrer…
- Tu peux toujours retourner, non?
- Je crois… Oui…
J’ai hésité à parler à Cindy de l’histoire avec Sue, mais je l’ai finalement
fait, décidant de jouer franc jeu.
- Ouaou… C’est dommage Larbi. Et tu n’as plus de ces nouvelles?
- Non, aucune.
- Désolée. J’imagine que pour le moment ses portes sont fermées, et qu’il faut
respecter ça…
- Oui. De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix… Et toi alors, raconte,
tu as quelqu’un dans ta vie?
- Oh, pas vraiment… Enfin si, mais rien de bien sérieux. Nous nous sommes
connus aux US l’année dernière et nous avons passé un mois assez passionné,
puis nous avons gardé le contact surtout par mail, mais ça s’est estompé petit
à petit. Ca fait plus de deux mois que je n’ai pas eu de nouvelles…
- Ah.
Puis après avoir mangé (Cindy, je ne sais pour quelle raison, avait décidé de
jeûner ce jour là, comme elle le faisait de temps en temps, peut-être pour le
régime), nous avons repris la route, et nous dirigions vers la Médina en
direction du petit hôtel. Et sur la route, là, en dessous des palmiers, dans
un coin sombre et assez en recul, sans aucune préméditation, je me suis arrêté
et j’ai posé un baiser sur les lèvres de Cindy, qui s’est laissée faire… Puis
je l’ai prise dans mes bras, et nous avons continué à nous embrasser pendant
un long moment.
Nous étions à proximité de mon hôtel, et j’ai demandé à Cindy si elle voulait
visiter ma chambre, puis, après une hésitation de 10 secondes et un sourire,
elle a dit OK. J’avais peur en entrant que le concierge ne nous empêche de
monter ensemble, nous demandant un acte de mariage ou une autorisation signée
par le Caid et le Maire de New York, mais cet abruti était trop sous l’effet
de la soupe hallucinogène pour réagir.
Une fois dans la chambre, j’ai reçu un appel de Noureddine qui me demandait où
j’étais passé, et je lui ai dit de ne pas s’en faire, en raccrochant. D’autres
sonneries ont retenti et je n’ai pas répondu, décidant de me consacrer
entièrement à Cindy qui ne semblait pas très déçue.
C’est comme ça que nous avons commencé une série de plusieurs nuits passées
ensemble, après avoir décidé de repartir en taxi dans la vallée de l’Ourika,
et de louer une chambre dans un chalet. Je n’ai donc pas vu Noureddine et sa
femme pendant les derniers trois jours à Marrakech, me consacrant entièrement
à Cindy. Peut-être ont ils compris, mais ils n’ont pas insisté et m’ont fichu
la paix. Cool.
Alors que nous rentrions à Marrakech, je paniquais à l’idée que c’était la fin
de cette rencontre, et, alors que je pensais être vacciné pour l’éternité, je
me demandais si je n’étais pas, encore, amoureux de cette fille. Sans doute
l’étais-je, puisque sur tout le trajet, je ne faisais que regarder le paysage,
complètement taciturne, en tenant la main de Cindy qui devait rentrer à Casa
pour prendre son avion pour New York dans deux jours.
C’était aussi le jour où nous rentrions à Casa, puisque mon frère et sa femme
reprenaient le même vol. alors que moi, encore une fois, je me retrouverais à
Casa livré à moi-même et à cette ville sans ame, sale et ennuyeuse, sans la
moindre perspective.
Cindy a fait le chemin avec nous vers Casa, et elle a passé les deux derniers
jours chez une amie enseignante. Le premier soir, nous nous sommes retrouvés,
puis nous sommes promenés, avec quelques arrêts intermittents pour des café
crèmes.
- Tu as l’air triste, Larbi, me disait-elle la dernière soirée, sur une
terrasse de café en ville.
- Triste? Non… Je ne crois pas… C’est juste que j’ai quelques petits tourments
professionnels. Le taxi, mon père…
- Allez arrête Larbi. C’est la dernière soirée, soit un peu plus positif.
- En fait, tu as raison, je suis triste que tu partes.
- Ooo, que c’est romantique. Tu es si romantique que ça?
- Je ne sais pas à propos de romantique, mais ça me fait chier que tu parte.
- Tu sais, mon contrat se termine dans trois mois ici, et je rentre
définitivement aux US.
- Oui je sais, tu me l’avais dit…
- Il faut bien s’y faire, non?
- Oui. Un long silence s’en est suivi.
- Est-ce que tu voudrais venir à New York à ce moment là?
- Quoi?
- Viendrais-tu à NY?
- Je pense que si…
- Sérieusement?
- Je crois…
- Et bien on verra, quand je reviens. Je ne reste q’une semaine, et si ça te
dit, on pourra en parler, d’occord?
- Oui. Bien sur…
Et c’est comme ça que j’ai raccompagné Cindy chez sa copine, et que je suis
rentré chez moi, tellement déboussolé que je n’ai même pas osé aller au café
de Bba omar. Mais je n’ai pas osé non plus rentrer chez moi, et je me suis mis
à errer en pensant à tout ça, au visa, à New York, au billet et à cette
histoire où je me suis emballé.
J’ai du rentrer à la maison, puisque Jenny et Noureddine repartaient le
lendemain aussi. Puis en tête à tête, je me suis confié à Jenny qui m’a
encouragé à aller à New York. Par contre, elle, avait l’air d’être tombée
amoureuse du Maroc, et parlait même se revenir pour s’installer dans le sud.
Ils ont décliné l’offre que je les raccompagne le lendemain à l’aéroport,
préférant prendre le train.
Le lendemain, malgré la fatigue, je me suis réveillé à six heures du matin,
mais je suis resté dans mon lit à imaginer Cindy et à méditer sur tout ça.
Puis à me poser des questions sur moi–même: Qu’est ce que tu veux, Larbi ? Le
sais-tu vraiment? Es-tu un paumé? Un vulgaire opportuniste? Ou simplement
quelqu’un qui essaye de vivre sa vie, à jour le jour? Des questions pour
lesquelles je n’ai aucune réponse.