Episode 2

Trois jours avant le d�but de Ramadan, l’ambiance dans la rue est effervescente. Cette ann�e, le d�but du mois sacr� co�ncide avec le Jour de l’An. Les gens sont un peu paum�s�

Apr�s une dure journ�e de travail, j’ai d�pos� le taxi, et je suis pass� au caf� d’en bas avant de monter chez moi. J’ai command� un caf� cass�, et j’ai allum� une cigarette. Sur la table, un journal tra�nait. Je n’avais aucune envie de lire, et je l’ai donc pas touch�. Cependant, mon attention a �t� captiv�e par deux photos. Je me suis pench� au-dessus du journal, et j’ai �t� stup�fait de reconna�tre les portraits des deux jeunes filles que j’avais prises quelques jours auparavant, et qui voulaient accompagner le jeune gars qui allait � Beaus�jour. Sous le choc, j’ai lu le titre : " Deux jeunes filles disparues, leurs familles les recherchent depuis deux semaines. " La lecture du titre, ajout�e � la fatigue de la journ�e en cavale, m’a donn� une sensation de l�ger vertige. Je me suis dit que ce n’était pas possible, mais c’était vrai. C’était bien les portraits des deux filles qui me fixaient de leurs yeux frais. " Aouaaah ! Je r�ve ou quoi !" me suis-je dis. " Qu’est ce qui se passe Larbi ? m’a r�pondu le vieux voisin d’à cot�. Tu parles tout seul ? T’flippiti oulla ? Oua layster aouldi� " Dans l’article, on expliquait qu’il s’agissait de deux copines de vingt ans et de dix-huit ans. Elles habitaient le m�me quartier, allaient � la m�me �cole, et �taient toutes les deux des �tudiantes mod�les.

Je n’ai m�me pas r�pondu, autant j’étais absorb� par ce que je venais de voir. Tous leurs mots m’étaient revenus � la m�moire, et j’avais l’impression bizarre qu’elles �taient juste � cot� de moi. J’ai bu une gorg�e de M’hersa, suivi d’un verre d’eau, et j’ai d�cid� de quitter le caf�. Je me suis dirig� vers la voiture o� mille pens�es m’ont rejoint. J’ai err� dans la ville, me suis dirig� vers la corniche, sans faire attention aux clients qui m’appelaient. Mon esprit �tait comme paralys� � la pens�e de ces deux filles. Je me suis pos� mille questions � leur sujet. Pourquoi avaient-elles quitt� leurs familles ? Etais-je l’un des derniers � les avoir vues ? Qu’est-ce qui a pu leur arriver apr�s que je les ai d�pos�es avec ce jeune gars ? �taient-elles toujours en vie ? Et si elles �taient mortes ? Et ce gars, �tait-il impliqu� dans cette histoire ?

Rong� par tout sorte de question, je commen�ais � me poser des questions sur mon r�le dans cette histoire. Aurais-je du refuser de les prendre dans mon taxi pour accompagner ce gars ? Ai-je bien fait d’avoir refus� d’aller prendre un pot, tel qu’ils m’avaient invit� � le faire ? Peut-�tre que si j’y avais �t�, leur destin aurait �t� autre� Peut-�tre aurais-je r�ussi � percer leur secret et � les reconduire chez elles� Ces filles vivaces et joyeuses �taient-elles mortes parce que j’étais trop n�gligent ? Je me suis retrouv� � Sidi Abderrahmane sans m’en rendre compte. Je d�cidais quand m�me de retourner chez moi, et de penser � tout cela plus tranquillement. En passant � cot� du Dawliz, j’ai n�glig� sans faire expr�s, un couple qui m’appelait. En passant � sa hauteur, j’ai capt� une insulte qui m’était destin�e de la part du mec qui voyait que je ne m’arr�tais pas. Mais je ne m’en fis pas, trop hant� que j’étais par la r�cente image de ces deux filles, de leur fous rires et de leurs expressions.

Sur le chemin du retour, je me suis pos� la question de savoir si je devais en parler � quelqu’un, � un ami, � la police� Je me suis pos� la question de savoir si je devais tenter quelque chose pour percer ce myst�re dans lequel je me sentais de plus en plus impliqu� dans cette sombre histoire.

J’ai d�cid� de n’en parler � personne pour le moment. Et je ne sais pas si c’était par curiosit� ou par sentiment de responsabilit�, ou peut-�tre les deux, d’essayer de trouver une piste qui pourrait me mener � quelque chose. Pour le moment, j’avais le nom du quartier o� elles habitaient, lu dans le journal, et j’avais en m�moire le dernier endroit o� je les avais vues, Beaus�jour. Je d�cidais de commencer mon investigation personnelle d�s le lendemain, en commen�ant par Beaus�jour.
Je suis donc rentr� chez moi, d�cid� � me reposer et � oublier cette histoire qui m’obs�dait depuis plusieurs heures maintenant. En arrivant, j’ai trouv� une lettre pour moi, venant des Etats-Unis. Je vous tiendrai au courant du reste. A la prochaine.


Episode 3

 

Mustapha Gazi -- Gazi's World

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