Tome I
Chapitre 1
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 13
Tome II

 

 

L'ordinateur de José était en permanence connecté, un système de câble permettait une liaison constante et rapide à Internet. Ce n'était pas la première fois que Louise utilisait un ordinateur, ni son premier contact avec le monde virtuel, malgré tout la jeune-femme demeurait un peu timide face à l'outil informatique. Elle possédait déjà quelques adresses électroniques de pages d'informations mais ne savait pas vraiment par où commencer. José lui suggéra de faire un tour sur le site du Monde pour voir les nouvelles du jour. Le site était tout simple, tout blanc, à l'image du sérieux de ce grand quotidien, au début on avait l'impression d'une immobilité, une page figée dans l'espace et le temps, comme reproduite d'un livre quelconque, puis on voyait la date du jour, et peu à peu, au fil de la lecture des thèmes internationaux et des nouvelles locales, on s'apercevait qu'on était en train de regarder par une fenêtre ouverte sur la France. C'était étonnant, extraordinaire, le langage, les photos, c'était vraiment comme un premier pas vers son autre pays, elle retrouvait les sensations de la vie là-bas, les bonnes comme les mauvaises. Dans le menu à gauche de l'écran, elle chercha les petites annonces, cliqua et attendit que la page choisie se charge et apparaisse à l'écran, elle regarda quelques annonces d'appartements à louer, les prix lui paraissaient élevés mais elle n'était plus depuis longtemps au fait des variations ni du change ni du coût de la vie en France. Encouragée par ces nouvelles en direct, Louise tapa l'adresse du premier site dans le rectangle blanc prévu à cet effet, en haut de l'écran. Après quelques messages indiquant que le site avait été trouvé, qu'on attendait maintenant qu'il réponde et qu'en fait on la priait de patienter, elle vit apparaître sur l'écran le drapeau français dont le rectangle central avait été remplacé par le profil blanc d'une tête de Marianne en bonnet.
Le site de la Préfecture de Police donnait des renseignements sur toutes les formalités possibles et imaginables, elle cliqua deux ou trois fois et arriva à l'article qui l'intéressait : quelque chose qu'elle ne comprit pas très bien, il semblait qu'il fallait pour demander le permis de séjour, entrer avec un visa de trois mois, ou un visa de moins de trois mois portant la mention demande de permis de séjour, le permis de dix ans donnait le droit à travailler, mais combien de temps fallait-il attendre pour l'obtenir ? l'information restait obscure. Tout cela paraissait compliqué à Louise, n'y avait-il donc pas de limite de temps absolue ? tout était-il relatif à l'une ou l'autre des actions en cours ? Les indications disaient que pour le permis de dix ans on demandait des preuves des moyens d'existence, que cela signifiait-il ? pourrait-elle dire que sa famille les aiderait jusqu'à ce qu'ils trouvent du travail ? devrait-elle trouver un emploi avant même de déposer le dossier de José ? et si elle mettait plus d'un mois à trouver, cela empêcherait-il José de faire cette démarche ? Assombrie par ces questions embrouillées, Louise résolut de téléphoner au Consulat de France, peut-être saurait-on là lui expliquer plus clairement comment elle devait procéder.
"Alors ?"
"Ca ne répond pas, ce doit être l'heure du déjeuner."
Ils décidèrent d'aller manger à la cafétéria du journal, un petit café où la famille Costa servait tous les jours des PF, plats tout faits, plats du jour, spécialités du chef qu'une petite dame noiraude en bonnet de coton blanchâtre servait aux clients assis dans de profondes chaises de jardin en plastique -qui avaient l'avantage d'être bon marché et confortables mais l'inconvénient de limiter considérablement le nombre de clients pouvant s'asseoir en même temps aux petites tables carrées alignées contre les murs. Le couple s'approcha de la porte où se tenaient deux ou trois reporters qui s'étaient probablement arrêtés sur le chemin de la rédaction pour jeter un œil à l'écran de télévision diffusant en permanence les programmes de la chaîne du journal Verde.
Le gros monsieur à moustache que tout le monde appelait"Seu Neto"s'extirpa du fauteuil en plastique où il s'était assis pour regarder un petit homme éructant et gesticulant sur l'écran de la télévision qui surplombait la pièce. José ne perdit pas une seconde et tout en le saluant s'assit à sa place. Comme ils n'avaient pas de télévision à la maison, le jeune journaliste ne perdait jamais une occasion de regarder les programmes qui passaient sur les écrans qu'il rencontrait au fil des salles d'attente, self-services et autres lieux publics. Imperméable au bruit ambiant et parfaitement indifférent au fait que sa femme était assise dos à l'écran, il gardait les yeux fixés sur l'objet lumineux, riant, pestant, marmonnant et commentant tout haut comme un enfant au spectacle. Mais Louise aimait bien déjeuner là, la macaxeira y était fondante et le jus de goyave épais, tout le monde la connaissait et lui adressait des sourires sans malice.

"Allô ?"
"Consulat de France, bom dia ."
"Bonjour, je souhaiterais des renseignements sur les permis de séjour en France"Louise n'hésita pas à parler directement en français, elle connaissait l'importance de sa nationalité et souhaitait être traitée en tant que citoyenne française, évitant ainsi les discours compliqués et décourageants du personnel local envieux et malveillant qui ne souhaitait aider personne à sortir du pays.
"Un moment"le standardiste transféra la ligne et elle entendit à nouveau sonner.
"Pierre Martin, bonjour"
"Bonjour Monsieur"dit Louise d'une petite voix soudain intimidée par la proximité de la France"voilà, je suis d'origine française, enfin, de nationalité française, et je souhaite m'installer là-bas avec mon mari qui est brésilien, mais je ne sais pas… enfin… pourriez-vous m'indiquer les formalités à accomplir ?"
"Bon, votre mari va entrer comme touriste et une fois arrivé là il va aller à la préfecture de police pour demander un permis de séjour."
"Mais si je n'ai pas encore de travail, vont-ils accepter ?"
"Hmm, ça Madame, je ne peux pas vous dire, effectivement il vous faudra donner des preuves de vos moyens d'existence…"
"Mais si je mets quelques mois à trouver un travail ?"
"Eh bien, il serait peut-être judicieux de chercher d'abord un travail, et lorsque vous serez installée, de faire venir votre mari."
"Ah, je comprends, oui… mais si nous habitions dans ma famille ?"
"C'est une possibilité mais je ne sais pas si cela compterait comme moyen d'existence aux yeux de l'administration. Vous savez qu'il y a un sérieux problème de chômage en France, il n'est pas si facile de trouver un emploi, quelle est votre profession ?"
Louise pensa rapidement qu'elle n'avait quasiment pas d'expérience professionnelle et fit une évaluation express de ses compétences"professeur"répondit-elle enfin, délivrée de l'angoisse d'avoir à répondre qu'elle était femme au foyer.
"Oui, je suppose que vous pouvez travailler dans une école, vous avez des diplômes français ?"
"Maîtrise de géographie" répondit-elle à la vitesse d'un concurrent de jeu télévisé.
"Vous avez de l'expérience ?"
"J'ai enseigné deux ans au collège Cabral de Tapamirim !"énoncia-t-elle fermement. Elle se sentait maintenant plus sûre d'elle, elle avait les réponses, elle était préparée pour le prochain round.
"Bon, le mieux est de prendre des contacts en France"dit M. Martin mettant un terme à l'épreuve"votre famille peut sans doute vous aider et recueillir de plus amples renseignements. Chaque cas est particulier." ajouta-t-il sur un ton définitif.
"Oui, entendu Monsieur, je vous remercie pour ces informations, merci, au revoir !"Louise raccrocha, essoufflée comme après une course d'obstacles, elle regarda autour d'elle encore nerveuse et vit José concentré sur son article, dans la salle de rédaction tout était normal, l'animation du journal et les éclats de voix en portugais emplissaient l'espace qui lui avait un instant paru vide comme un studio sans public.

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