Tome I
Chapitre 1
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 13
Tome II

 

 

Un aéroport ce n'est pas forcément immense et international, on faisait le tour de celui de Récife en cinq à dix minutes et on y rencontrait plus de politiciens du Nord-Est que de touristes européens. Malgré tout, cette ville était grande et avait des allures de premier monde avec son métro et ses nombreuses industries.
Assis au premier étage à la terrasse du seul restaurant qui servait un repas traditionnel pour un prix bien au dessus du marché brésilien, José et Louise regardaient par les baies vitrées qui s'ouvraient sur les pistes de l'aéroport, arriver et partir des avions qui n'étaient pas le leur.
Un nœud dans l'estomac, Louise se demandait encore comment ils en étaient venus à cette décision radicale : tout quitter, partir, aller voir ailleurs sans aucune certitude, tout juste une famille à l'autre bout de l'océan qui ne connaissait pas encore son mari et qu'elle n'avait pas vue depuis des années.
Pour José c'était l'aventure, la vraie, celle qu'il n'avait même jamais pensé vivre, parce que quand on naît américain sur un territoire si grand qu'on n'en connaîtra jamais la totalité, le vieux monde paraît loin, loin dans le temps, loin dans l'espace, loin par la pensée aussi. Ce monde où tout le monde ne jurait que par la tradition et la culture l'intéressait comme un fossile bien conservé fascine un paléontologue. Il allait marcher, découvrir, parler avec les gens, les pauvres, les riches, les aristocrates même, s'il en restait, les artistes même, s'il en rencontrait. Il n'avait pas peur d'un échec car il n'avait rien à perdre, s'ils ne trouvaient pas leur place là-bas ils reviendraient ici, après tout ils avaient trois mois pour se décider, trois mois qu'il comptait mettre à profit pour repartir avec une expérience neuve, des connaissances supplémentaires qui le placeraient devant bien d'autres journalistes de sa région.
Chacun occupé par ses propres pensées, ils mangeaient en silence. Louise avait du mal à ne pas regarder constamment sa montre, elle se sentait fébrile d'impatience. Leur café avalé le jeune couple s'en alla faire le tour des magasins de souvenirs, il y avait des choses qu'ils trouvaient jolies, des objets artisanaux de toutes les régions du Nord-Est, chapeaux en cuir et figurines en terre cuite, qui rappelaient la chaleur et le grand ciel qu'ils allaient quitter pour longtemps peut être. Les céramiques en forme de fruits, cajous jaune ou rouge, mangues, goyaves et tranches de papaye oranges pleines de graines noires toutes rondes, faisaient plaisir à voir avec leurs couleurs éclatantes.
La climatisation était repartie et un froid étrange commençait à envahir Louise. Ils décidèrent de descendre pour voir si l'enregistrement des bagages était ouvert. En bas des passagers arrivaient avec chaque nouvel avion, de nouveaux voyageurs partaient et revenaient, des familles leur disaient adieu ou bien les attendaient, qui étaient venues en bus ou en voiture jusqu'à cette porte de l'air.
"Allée ou fenêtre ?"demanda l'hôtesse qui venait d'examiner les billets de José et Louise.
José se sentait plutôt perdu fasse à toutes ces formalités de l'aviation internationale, il avait répondu"non-fumeur"par habitude puis"fenêtre"à cause de la vue.
Louise demandait si les valises étaient enregistrées jusqu'à Paris pendant que José attachait des étiquettes aux bagages à main qui resteraient avec eux en cabine.
Bientôt, ils passèrent la porte de verre qui menait à l'autre côté, le côté du départ, le côté du Transit, voilà ils étaient partis, déjà plus vraiment au Brésil, même la télévision était en anglais, un poste énorme au milieu de la salle diffusait en permanence les nouvelles sur la chaîne satellite internationale. Un défilé d'hommes politiques de tous pays animait l'écran, les paysages changeaient à tout instant, du désert arabe à la Maison Blanche, des hommes de toutes les couleurs, des femmes aussi, au milieu de situations plus difficiles les unes que les autres, au milieu des balles, de la sécheresse, d'accidents, de tremblements de terre… José priait le Seigneur de bénir leur voyage, d'être à leurs côtés à chaque pas.
Louise avait été chercher deux cafés, mais le café semblait amer, mais le café semblait brûlant, mais le café semblait sans goût, mais le café semblait déjà froid, il descendait mal dans les gorges serrées par l'anxiété et l'émotion du départ. Pour passer le temps, José se mit à observer les gens qui les entouraient, qui allaient eux aussi partir, certains discutaient, d'autres lisaient, d'autres encore attendaient les yeux perdus dans le vide. Un jeune couple retirait son pull à une petite fille blonde vêtue tout à fait comme sa maman. Des gens du Sud, pensa José. Une dame brune en salopette fuschia rappelait à Louise une vieille copine de faculté originaire de Marseille…
Enfin la queue se forma devant la porte qui mènerait au bus qui mènerait à l'avion qui mènerait à l'Europe. On présenta les billets, on retrouva la chaleur habituelle qui rendait tout tissu superflu, on se serra et on monta finalement les marches de l'appareil qui avait déjà pris sa place sur la piste.
La ceinture de sécurité plaquée au ventre, les yeux rivés sur le béton de la piste, Louise se remémorait tout ce qu'ils étaient en train de quitter, elle n'enseignerait décidément pas à l'Alliance Française, elle n'avait pas revu le vieux monsieur mais les bibliothécaires lui avaient dit au-revoir en lui faisant promettre d'envoyer des cartes postales, Socorro avait récupéré un certain nombre de petits meubles qu'ils n'avaient pas réussi à vendre et leur chat qu'elle avait commencé par attacher dans le jardin parce qu'elle volait les saucisses de la Lanchonete, leurs deux familles leur avaient souhaité bonne chance dans les larmes, la rédaction leur avait fait une petite fête d'adieu surprise avec un gâteau énorme préparé par Marilyne, le rédacteur avait même voulu offrir sa casquette d'américain à José qui avait dû user de son style le plus lyrique pour refuser ce présent de valeur bien trop inestimable pour la taille de sa petite tête de pauvre employé !
Louise sentit la vitesse augmenter et augmenter encore, enfin l'avion lâcha la piste, on flottait, on volait dans le ciel du Nord-Est.

 

Fin du tome I

 

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