Tome I
Chapitre 1
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 13
Tome II

 

 
Non, José n'était pas un homme difficile. Seulement chaque fois qu'il sortait de la rédaction du Journal un sentiment de révolte, mêlé à une intense fatigue mentale, l'envahissait. "Comment est-ce possible ?"disait-il chaque soir à Louise. Cette petite phrase répétée sur le ton de l'ébahissement était l'ouverture quotidienne à sa critique du journalisme, de la politique et de l'exploitation.
"Comment est-il possible qu'un journal publie de telles âneries ? Comment un rédacteur en chef peut-il laisser passer ça ??" José était debout à la porte de la cuisine et montrait à Louise le journal du jour qu'il tenait à bout de bras en tapant de l'index tendu sur un article en quatrième de couverture. "Le Parti Unifié vous invite à venir participer à sa grande fête annuelle qui aura lieu au Centre Culturel le samedi 23 mai à 20 heures. Le Parti Unifié a été fondé en 1984 par Wilson da Costa et défend des valeurs…" lut José offusqué en faisant de grands gestes de la main pour donner de l'emphase "tous les ans la fête du Parti Unifié attire plus d'enthousiastes et est désormais un événement culturel de premier ordre pour la ville" continua-t-il les yeux quasi révulsés"…il y aura un tirage au sort organisé en fin de soirée, le premier prix est une télévision couleur."ces derniers mots criés plus que lus, José rejeta le journal sur la table et continua à gesticuler derrière Louise qui préparait une omelette"je ne sais pas, vraiment ! Le journal est entièrement vendu alors ? Quelle honte ! Je n'ai jamais vu ça ! Non seulement ces 'journalistes' sont incapables d'écrire mais en plus ils sont corrompus !"
Louise avait beau être parfaitement d'accord avec les critiques de José, son instinct de femme 'presqu'enceinte' lui donnait toujours envie de défendre le journal qui finalement était leur source de revenus principale à tous les deux. Déjà elle imaginait le pire, si José ne supportait plus d'y travailler, s'il ne trouvait pas d'autre travail avec un salaire comparable, comment allait-on faire ? Sa ligne de réponses se situait entre"garde la tête froide"et"essaye de changer les choses à ton niveau". Cette dernière idée n'était pas sans provoquer de longs commentaires de José visant à lui prouver une chose et une seule, rien, jamais, ne changerait en aucune façon !
Mais le journal n'était pas seulement une feuille de chou surtout utile à garnir la caisse du chat, le quotidien Verde avait aussi sa réalité humaine. C'était Marilyne et Newton, le Shérif et la Taupe, l'ingénieur Créon et son adjoint Italo, la charismatique Joanna et Catarina la rêveuse, c'était aussi l'éditeur chef démagogue et sa maîtresse officielle et encore tout un tas de journalistes, reporters, pigistes et photographes sous payés toujours prêts à faire des blagues mais rarement à travailler. José allait lui raconter les dernières nouvelles du 'zoo', lorsqu'elle l'interrompit pour lui raconter ce à quoi elle pensait depuis qu'elle avait quitté la bibliothèque en fin d'après midi.
"Aujourd'hui j'ai rencontré un français à la bibliothèque"commença-t-elle l'air concentré sur son assiette"il m'a rappelé ma mère…"depuis la mort de sa mère Louise n'avait plus parlé français, elle ne cherchait pas d'ailleurs à rencontrer d'autres francophones, José pensait que la mort de sa mère avait coupé le dernier lien de Louise avec son pays d'origine, pour lui le Brésil ne laissait pas place à la connaissance d'une culture différente et Louise serait bientôt engloutie par les cent soixante millions de locuteurs lusophones. Il fut surpris d'entendre qu'elle avait discuté avec ce vieux monsieur pendant une bonne heure à la lanchonete où Cordélio leur avait servi des petits cafés très sucrés comme il savait les faire.
"Et tu sais, il doit être vraiment vieux, parce qu'il m'a parlé de son enfance et c'était tout dans les années d'après guerre, enfin la première guerre mondiale je veux dire, c'est vraiment étrange son histoire…"
"Comment ça 'étrange' ?"demanda José dont l'âme de journaliste commençait à être vraiment intéressée.
"Eh bien, c'est étrange parce qu'il m'a raconté comment il avait été déporté par les allemands pendant la guerre 40 mais…"
"Mais ?"
"Mais d'après les dates qu'il donne il est venu s'installer ici pendant la dictature militaire !"
"Ah…"José ne semblait pas comprendre ce que cela avait de tellement étrange.
"C'est fort étrange pour un communiste…"
"Il est communiste ?"José s'était redressé sur sa chaise comme un enfant qu'on emmènerait voir la femme à barbe.
"Oui… enfin il dit qu'il est communiste, je ne sais pas…"
"Ah oui, bien sûr…"le journaliste était maintenant occupé à tramer une embuscade… la bibliothèque serait le lieu de la rencontre 'inopinée', il emmènerait Felipe mais le laisserait dehors en embuscade, non, mauvaise idée, il demanderait au vieil homme s'il était d'accord pour qu'on prenne des photos… le titre, il l'imaginait déjà, sur six colonnes, 'Un Communiste Français se Réfugie au Brésil sous la Dictature Militaire', non, mauvais, 'Communiste Trouve Refuge au Brésil', non, trop vague, 'Dictature Militaire Accueille Communiste', non, décidément non, ce n'était tout de même pas un slogan publicitaire… bon on verrait bien le titre plus tard.
"Mais tu m'écoutes ?"lui demanda Louise d'un ton sec.
"Oui, oui, je t'écoute, je t'écoute ma chérie. C'est juste que je pensais que ça ferait un bon article…"
"Peut-être. Bon, il y a autre chose dont je voulais te parler. Après avoir discuté avec lui je suis passée à l'Alliance Française… ils m'offrent un poste à partir du mois prochain." José était plus que surpris, il n'en revenait pas qu'elle ait fait un tel bond en avant en une après-midi.
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