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Dedication Le Chapitre I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV
XVI XVII XVIII XIX XX XXI XXII XXIII XXIV XXV XXVI XXVII
Nous en
etions au huitieme jour de ma panne dans le desert, et j'avais ecoute l'histoire
du marchand en buvant la derniere goutte de ma provision d'eau:
-Ah! dis-je au petit prince, ils sont bien jolis, ts souvenirs, mais je n'ai
pas encore repare mon avion, je n'ai plus rien a boire, et je serais heureux,
moi aussi, si j pouvais marcher tout doucement vers une fontaine!
-Mon ami le renard, me dit-il...
-Mon petit bonhomme, il n s'agit plus du renard!
-Pourquoi?
-Parce qu'on va mourrir de soif...
Il ne comprit pas mon raisonnement, il me repondit:
-C'est bien d'avoir eu un ami, meme si l'on va mourrir. Moi, je suis bien content
d'avoir eu un ami renard...
Il ne mesure pas le danger, me dis-je. Il n'a jamais ni faim ni soif. Un peu
de soleil lui suffit...
Mais il m regarda t repondit a ma pensee:
-J'ai soif aussi... cherchons un puits...
J'eus un geste de lassitude: il est absurde de chercher un puits, au hasard,
dans l'immensite du desert. Cependant nous nous mimes n marche.
Quand nous eumes marche, des heures, en silence, la nuit tomba, et les etoiles
commencerent de s'eclairer. Je les apercevais comme dans un reve, ayant un peu
de fievre, a cause de ma soif. Les mots du petit prince dansaient dans ma memoire:
-Tu as donc soif aussi? lui demandai-je.
Mais il n repondit pas a ma question. Il me dit simplement:
-L'eau put aussi etre bon pour le coeur...
Je ne compris pas sa reponse mais je me tus... Je savais bien qu'il ne fallait
pas l'interroger.
Il etait fatigue. Il s'assit. Je m'assis aupres de lui. Et, apres un silence,
il dit encore:
-Les etoiles sont belles, a cause d'une fleur que l'on ne voit pas...
Je repondis "bien sur" et je regardai, sans parler, les plis du sable
sous la lune.
-Le desert est beau, ajouta-t-il...
Et c'etait vrai. J'ai toujours aime le desert. On s'assoit sur une dune de sable.
On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence...
-Ce qui embellit le desert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puits
quelque part...
Je fus surpris de comprendre soudain ce mysterieux rayonnement du sable. Lorsque
j'etais petit garcon j'habitais une maison ancienne, et la legende racontait
qu'un tresor y etait enfoui. Bien sur, jamais personne n'a su le decouvrir,
ni peut-etre meme ne l'a cherche. Mais il enchantait toute cette maison. Ma
maison cachait un secret au fond de son coeur...
-Oui, dis-je au petit prince, qu'il s'agisse de la maison, des etoiles ou du
desert, ce qui fait leur beaute est invisible!
-Je suis content, di-il, que tu sois d'accord avec mon renard.
Comme le petit prince s'endormait, je le pris dans mes bras, et me remis en
route. J'etais emu. Il me semblait porter un tresor fragile. Il me semblait
meme qu'il n'y eut rien de plus fragile sur la Terre. Je regardais, a la lumiere
de la lune, ce front pale. ces yeux clos, ces meches de cheveux qui tremblaient
au vent, et je me disais: ce que je vois la n'est qu'une ecorce. Le plus important
est invisible...
Comme ses levres entr'ouvertes ebauchaient un demi-sourire je me dis encore:
"Ce qui m'emeut si fort de ce petit prince endormi, c'est sa fidelite pour
une fleur, c'est l'image dune rose qui rayonne en lui comme la flamme d'une
lampe, meme quand il dort..." Et je le devinai plus fragile encore. Il
faut bien proteger les lampes: un coup de vent peut les eteindre...
Et, marchant ainsi, je decouvris le puits au lever du jour.