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Dedication Le Chapitre I II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV

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Il se trouvait dans la region des asteroides 325, 326, 327, 328, 329 et 330. Il commenca donc par les visiter pour y chercher une occupation et pour s'instruire.
La premiere etait habitee par un roi. le roi siegeait, habille de pourpre et d'hermine, sur un trone tres simple et cependant majesteuex.
-Ah! Voila un sujet, s'ecria le roi quand il apercut le petit prince.
Et le petit prince se demanda:
-Comment peut-il me connaitre puisqu'il ne m'a encore jamais vu!
Il ne savait pas que, pour les rois, le monde est tres simplifie. Tous les hommes sont des sujets.
-Approche-toi que je te voie mieux, lui dit le roi qui etait tout fier d'etre roi pour quelqu'un.

Le petit prince chercha des yeux ou s'asseoir, mais la planete etait toute encombree par le magnifique manteau d'hermine. Il resta donc debout, et, comme il etait fatigue, il bailla.
-Il est contraire a l'etiquette de bailler en presence d'un roi, lui dit le monarque. Je te l'interdis.
-Je ne peux pas m'en empecher, repondit le petit prince tout confus. J'ai fait un long voyage et je n'ai pas dormi...
-Alors, lui dit le roi, je t'ordonne de bailler. Je n'ai vu personne bailler depuis des annees. les baillements sont pour moi des curiosites. Allons! baille encore. C'est un ordre.
-Ca m'intimide... je ne peux plus... fit le petit prince tout rougissant.
-Hum! Hum! repontit le roi. Alors je... je t'ordonne tantot de bailler et tantot de...
Il bredouillait un peu et paraissait vexe.
Car le roi tenait essentiellement a ce que son autorite fut respectee. Il ne tolerait pas le desobeissance. C'etait un monarque absolu. Mais comme il etait tres bon, il donnait des ordres raisonnables.
"Si j'ordonnais, disait-il couramment, si j'ordonnais a un general de se changer en oiseau de mer, et si le general n'obeissait pas, ce ne serait pas la faute du general. Ce serait ma faute."
-Puis-je m'asseoir? s'enquit timidement le petit prince.
-Je t'ordonne de t'asseoir, lui repondit le roi, qui ramena majestueusement un pan de son manteau d'hermine.
Mais le petit prince s'etonnait. la planete etait minuscule. Sur quoi le roi pouvait-il bien reigner?
-Sire, lui dit-il... je vous demande pardon de vous interroger...
-Je t'ordonne de m'interroger, se hata de dire le roi.
-Sire... sur quoi regnez-vous?
-Sur tout, repondit le roi, avec une grande simplicite.
-Sur tout?
Le roi d'un geste discret designa sa planete, les autres planetes et les etoiles.
-Sur tout ca? dit le petit prince.
-Sur tout ca... repondit le roi.
Car non seulement c'etait un monarque absolu mais c'etait un monarque universel.
-Et les etoiles vous obeissent?
-Bien sur, lui dit le roi. Elles obeissent aussitot. Je ne tolere pas l'indiscipline.
Un tel pouvoir emerveilla le petit prince. S'il l'avait detendu lui-meme, il aurait pu assister, non pas a quarante-quatre, mais a soixante-douze, ou meme a cent, ou meme a deux cents couchers de soleil dans la meme journee, sans avoir jamais a tirer sa chaise! Et comme il se sentait un peu triste a cause du souvenir de sa petite planete abandonnee, il s'enhardit a solliciter une grace du roi:
-Je voudrais voire un coucher de soleil... Faites-moi plaisir... Ordonnez au soleil de se coucher...
-Si j'ordonnais a un general de voler une fleur a l'autre a la facon d'un papillon, ou d'ecrire une tragedie, ou de se changer en oiseau de mer, et si le general n'executait pas l'ordre recu, qui, de lui ou de moi, serait dans son tort?
-Ce serait vous, dit fermement le petit prince.
-Exact. Il faut exiger de chaqu'un ce que chaqu'un peut donner, reprit le roi. L'autorite repose d'abord sur la raison. Si tu ordonnes a ton peuple d'aller se jeter a la mer, il fera la revollution. J'ai le droit d'exiger l'obeissance parce que mes ordres sont raisonnables.
-Alors mon coucher de soleil? rappela le petit prince qui jamais n'oubliait une question une fois qu'il l'avait posee.
-Ton coucher de soleil, tu l'auras. Je l'exigerai. Mais j'attendrai, dans ma science du gouvernement, que les conditions soient favorables.
-Quand ca sera-t-il? s'informa le petit prince.
-Hem! Hem! lui repondit le roi, qui consulta d'abord un gros calendrier, hem! hem! ce sera, vers... vers... ce sera ce soir vers sept heures quarante! Et tu verras comme je suis bien obei.
Le petit prince bailla. Il regrettait son coucher de soleil manque. Et puis il s'ennuyait deja un peu:
-Je n'ai plus rien a faire ici, dit-il au roi. Je vais repartir!
-Ne pars pas, repontit le roi qui etait si fier d'avoir un sujet. Ne pars pas, je te fais ministre!
-Ministre de quoi?
-De... de la justice!
-Mais il n'y a personne a juger!
-On ne sait pas, lui dit le roi. Je n'ai pas fait encore le tour de mon royaume. Je suis tres vieux, je n'ai pas de place pour un carrosse, et ca me fatigue de marcher.
-Oh! Mais j'ai deja vu, dit le petit prince qui se pencha pour jeter encore un coup d'oeil sur l'autre cote de la planete. Il n'y a personne la-bas non plus...
-Tu te jugeras donc toi-meme, lui repondit le roi. C'est le plus difficile. Il est bien plus difficile de se juger soi-meme que de juger autrui. Si tu reussis a bien te juger, c'est que tu es un veritable sage.
-Moi, dit le petit prince, je puis me juger moi-meme n'importe ou. Je n'ai pas besoin d'habiter ici.
-Hem! Hem! dit le roi, je crois bien que sur ma planete il y a quelque part un vieux rat. Je l'entends la nuit. Tu pourras juger ce vieux rat. Tu le condamneras a mort de temps en temps. Ainsi sa vie dependera de ta justice. Mais tu le gracieras chaque fois pour economiser. Il n'y en a qu'un.
-Moi, repondit le petit prince, je n'aime pas condamner a mort, et je crois bien que je m'en vais.
-Non, dit le roi.
Mais le petit prince, ayant acheveses preparatifs, ne voulut point peiner le vieux monarque:
-Si votre majeste desirait etre obeie ponctuellement, elle pourrait me donner un ordre raisonnable. Elle pourrait m'ordonner, par exemple, de partir avant une minute. Il me semble que les conditions sont favorables...
Le roi n'ayant rien repondu, le petit prince hesita d'abord, puis, avec un soupir, pris le depart.
-Je te fais mon ambassadeur, se hata alors de crier le roi.
Il avait un grand air d'autorite.
Les grandes personnes sont bien etranges, se dit le petit prince, en lui meme, durant son voyage.

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