____________________            SRI LANKA
AU FIL DES MISSIONS

SOMMAIRE

mission d'évaluation du 07 février au 07 mars 2005

mission du 19 décembre 2007 au 15 janvier 2008

mission du 09 au 30 octobre 2007
mission du 18 juin au 11 juillet 2007
mission du 17 avril au 08 mai 2007
mission du 05 au 21 janvier 2007
mission du 03 au 27 octobre 2006
synthèse de la mission fin juillet 2006
mission du 25 juin au 23 juillet 2006
mission du 10 janvier au 10 mars 2006
mission du 18 novembre au 1er janvier 2006
mission du 09 septembre au 13 octobre 2005
mission du 17 juin au 07 juillet 2005
mission d'évaluation du 07 février au 07 mars 2005

PHI - MISSION D’ EVALUATION AU SRI LANKA
POST TSUNAMI

07 février au 07 mars 2005

Après un mois de mission d’évaluation, il est possible de raconter avec la plus grande objectivité possible la situation actuelle « post Tsunami » telle qu’elle a été vue, vécue et ressentie.
Nous avons parcouru près de 1.000 kms de côtes, Ouest, Sud et Est, avec quelques percées intérieures et fait la traversée du pays, de Colombo à Trincomalee au Nord Est.

Nous sommes arrivés au Sri Lanka au moment charnière où le gouvernement de Colombo déclarait officiellement la fin des urgences du Tsunami. Cela s’est traduit par un blocage total des douanes qu’il a fallu déverrouiller au prix de nombreuses heures d’attentes et de tractations. Les cantines d’urgence que nous avions apportées en bagages accompagnés devaient servir au travail du groupe pharmaciens et médecins constituant cette mission, sans devoir être considérés comme dons, ni taxés. Ce qui ne fut pas le cas.
Le groupe d’Aide humanitaire des Pompiers de Grasse-Menton (06) avec lequel nous étions venus n’eut pas plus de facilités que nous, pour dédouaner leur matériel.

Durant ces quatre jours d’affres de dédouanement et de dépenses inutiles dans un hôtel de Colombo, nous avons eu la surprise de rencontrer le nouveau président de la Croix Rouge française, ancien ministre de la Santé, J.F Mattei et son staff.

Nous pouvons signaler l’aide de l’Ambassade de France qui nous a redonné courage.

Lorsque le miracle du dédouanement se produisit à 4h du matin, grâce à l’initiative personnelle d’un Sri Lankais de la SEDEC, groupe de protection sociale locale de Caritas, nous décidions de louer un camion et de prendre la route du sud en direction du Port de Galles, coincés à six dans la cabine.

Des quantités de cartons sont engrangés dans les locaux et les cours du Ministère où chez Caritas, par 45° de chaleur et sous le soleil. Ils arrivent de Russie, de Hollande (IDA), du monde entier. Je n’ai pas vu de cartons Cyclamed, contrairement à ce que certains ont eu la prétention de dire auprès des médias français dans le but de continuer à dénigrer le système de générosité des médicaments de collecte. Les Français ont suivi les consignes diffusées partout, de ne pas envoyer ce genre de donations, non conformes aux situations d’urgence, et ont préféré confier leur argent à des associations expérimentées dans ce domaine, comme PHI. Je ne vois pas non plus un intérêt majeur de déployer argent et énergie pour déstocker les dons du Ministère.

Nous avons immédiatement travaillé dans les Temples bouddhistes où les bonzes ont accueilli partout sur leurs terrains où dans leurs bâtiments les camps de sinistrés. Ceux-ci ne semblent avoir reçu, ni promesses ni dons. Nous avons donc pratiqué chez eux consultations et dispensation de médicaments.
Il n’y avait pas de grandes pathologies à constater, hormis un besoin de se rassurer. Les malades présentaient pour la plupart des tendinites, par le fait d’être restés suspendus un peu partout. Ils toussaient pour avoir ingurgité de l’eau et présentaient des blessures des membres inférieurs, particulièrement des pieds crevassés par le fait de la marche nus pieds ou en tongs, ce qui équivaut à la même chose, au milieu des gravats.

La vie sous les tentes demeure impossible dans la journée à cause de la chaleur intense. Les cocotiers qui, seuls, ont tenu diffusent un peu d’ombre.

Nous nous sommes habitués à ce paysage de désolation qui, le premier jour, nous avait saisis violemment. Il est entré en nous. Il fait partie de nous. Nous traversons les gravats, marchons sur les débris d’assiettes, de verres, de souvenirs éclatés d’une vie.
Nous écoutons les chants des enfants qui nous accompagnent. Puis soudain, ils sont en pleurs, avec de vraies larmes « plus de maison, plus d’argent… ». On se sent un peu bête. On les console, les cajole, puis on rechante et on danse. La plupart ont perdu un père, une mère, des frères et sœurs. On le sait plus tard, par les voisins, lors des consultations. Tout le monde arbore le sourire. Nous voir dans l’eau quand nous pouvons nous échapper un instant pour nous refaire une santé thermique, terrorise les enfants. Ils nous rappellent avec de grands signes.
Je regarde les photos prises dans ces camps de misère. Pourtant, chose étrange, c’est comme le sourire des visages, elles n’arrivent pas à restituer la situation dramatique, réelle, car elles sont pleines de soleil. Et les cocotiers apportent une vision de vacances impossible à gommer. Vacances, mort et vie font un tout.

Nous avons pris un « tuk tuk » (rickshaw) pour nous rendre à Wanatuna, plage renommée de Galle. Les restaurants, les hôtels ont été laminés. Mais on constate partout une volonté de reconstruire au plus vite. Ici, un vieillard fait le va et vient avec sa gamate remplie de pierres sur le dos. Là, un homme a attaqué ses plaques de béton à la masse. Il y parviendra au bout de deux jours. Un restaurateur affiche « open » dès la troisième semaine de notre séjour. Quelques touristes arrivent. Des échoppes se sont ouvertes. Des stocks de marchandises font partout leur apparition. De l’argent privé, étranger, facilite cette reconstruction.

Pourtant, tout au bout de cette baie idyllique, un pauvre restaurateur reste démuni de tout.
Il ne lui reste plus que le pan de mur de 1 m50 de large de son restaurant avec le dessin d’un bateau. Il a perdu en même temps toute sa famille. Il montre sans arrêt deux photos anciennes de son restaurant qu’il a mises précieusement sous plastique et désigne sa tente sous laquelle il vit désormais. Nous faisions l’effort d’aller boire régulièrement le coca cola chaud qu’il nous propose et organisons un dimanche un barbecue avec la délégation des pompiers, en payant d’avance, bien sûr, pour acheter le poisson qu’il nous fait griller sur une grille arrachée à l’unique fenêtre existante.

Au bout d’un mois, cette situation nous paraissant peu soutenable, et voyant tous les autres établissements qui se remontaient autour de lui, nous avons décidé d’un commun accord, notre séjour se terminant, de lui remettre la somme de 1000€ que nous gardions en réserve, et qui lui paraissait nécessaire à la reconstruction de son outil de travail. Nous avons pensé que nos donateurs ne nous en voudraient pas, si au lieu d’acheter 1.000 € de médicaments qui ne représentaient pas l’urgence actuelle, nous lui donnions cet argent. Le lendemain, dernier jour de notre séjour, nous lui remettions discrètement l’enveloppe pour reconstruire ainsi sa vie.

Mais le provisoire de la situation nous semble devoir durer longtemps. Et pour le Sri Lanka, cela risque d’être partout le cas !
Colombo a décrété qu’il n’y avait plus de besoins car toutes les populations étaient logées… sous des tentes.

Un coordinateur français d’ONG résidente nous a accueilli en disant « Qu’est-ce que vous venez faire ici, il vaudrait mieux que vous repartiez. Il n’y a rien à faire» A Colombo, on oublie qu’un drame a eu lieu. Discours, télévisions, promesses se succèdent dans une surenchère effrénée.
La position de l’Ambassade de France dans cette affaire reste digne et efficace quoique submergée.

USAID a embauché 3.000 sri lankais pour le déblaiement de certaines places et quartiers. Le salaire étant le double de ce qu’ils gagnent habituellement, ils ont quitté leur propre entreprise. Mais pendant un mois, nous n’avons vu aucune reconstruction, ni gros outils de travaux.
Ou est passé l’argent donné ou promis ? celui du gouvernement, celui des pays étrangers ou celui des grandes ONG ?
Caritas affiche 450 millions d’euros de dons.
Bill Clinton, venu avec Bush père, a promis 950 millions de dollars.
Les populations commencent à se battre, lassées des promesses. Elles nous ont dit n’avoir vu personne ! Nous avons dû nous interposer dans une colère de femmes qui attendaient en file depuis le matin avec des tickets de rationnement pour recevoir un kilo de sucre. Nous avons assisté à une seule distribution de riz par le Croissant Rouge Turc.
Les pompiers, qui ont fait un travail de forçat de reconstruction, ont été submergés de demandes.

Nous sommes allé rejoindre à Beruwala les représentants du Conseil Général de l’Hérault qui ont mis à l’eau le premier bateau offert par les pêcheurs de Sète.

Descendus dans le sud à Hambatota, alors que nous parcourions les ruines de la ville avec un sentiment d’impuissance et presque de colère, un Anglais, sponsorisant des supermarchés britanniques, nous a interpellés du plus loin qu’il nous a vu. Où est passé l’argent de l’Angleterre, nous a-t-il dit ! Même sentiment à Tangalle, où nous avons trouvé le Français qui a perdu sa petite fille et qui, courageusement, a monté une association et rassemblé des fonds pour reconstruire des maisons. Idem à Merissa où un Français, restaurateur à Lacanau, construit des petites maisons en bois sur pilotis. On se croirait presque dans les Landes si les cocotiers étaient des pins.

Il est évident que les grandes ONG sont venues sur place dans les tout débuts de l’urgence. Nous avons vu beaucoup de leurs panneaux. Repartis, ils préfèrent sans doute rester sur leurs réserves pour faire des projets à plus long terme. Mais ne devraient-ils pas débloquer un minimum de fonds pour l’urgence immédiate pour acheter, ici, des matériaux pour donner à ces populations qui attendent sous leur tente, au bord des routes dans la chaleur et la poussière les moyens de reconstruire leur maison ; sur le socle en béton qui leur reste, là, pour financer un bateau afin que les pêcheurs désœuvrés reprennent leur activité.
La mousson va arriver. Le jour de notre départ, il avait plu et des tentes commençaient à nager dans la boue. Les maisons endommagées sont aussi inondées dans les villages à cause des canalisations défectueuses ou inexistantes.
Voilà ce qu’a fait très généreusement, et concrètement, le Prince Albert de Monaco venu en visite dans les camps où nous avions préalablement travaillé.

Nous avons eu l‘opportunité de partir dans le Nord Est sur Trincomallee, même paysage, même désastre. Mais si les besoins de la Côte Ouest Sud sont immenses, à Trincomallee les populations sont à l’abandon et ne peuvent compter que sur la solidarité des moines bouddhistes qui partagent leurs réserves. Certains se sont construits des maisons en tôle. Nous y avons trouvé une jeune mère, veuve avec ses cinq enfants, aidée par ses voisins. Dans deux bâtiments cédés par les moines, des familles dorment à terre, organisant leur coin de vie, avec au milieu un vieillard semi-mourant couché sur une natte. Si rien n’est fait pour eux, cette situation va durer.

Quoique la situation soit pour nous plus difficile par son éloignement et certainement moins médiatique, nous avons décidé de choisir ici un projet de relogement des familles. Ce dossier sera présenté à nos partenaires français, et auprès des nombreux pharmaciens et de ceux qui se sont mobilisés pour nous envoyer des dons. Un rapport chiffré est en cours ainsi que la demande des autorisations.

Notre correspondant sri lankais qui nous a été désigné par le coordinateur du Prince de Monaco, nous garantissant son intégrité, a déjà acheté un terrain boisé à quelques kilomètres du port et possède l’argent pour construire 70 maisons. Il faut en construire 100, ainsi qu’une école et un dispensaire.

Je veux rappeler qu’il n’y a pas de petits dons. Tous sont valables, tel celui des enfants d’une école de France qui ont recueilli la somme de 30 €. Cette somme pourra servir à acheter d’innombrables cahiers et stylos d’écoliers, sinon au moins 10.000 comprimés de médicaments essentiels.

Continuons donc à travailler ensemble pour la reconstruction de ce pays.

« The best obligation of man to serve man »

Par Marie-Agnès CROS - DG PHI en mission au Sri Lanka
7 février/7 mars 2005

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