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5 : Les whistleblowers : commentaire :
CQFD
(28 juin 2005)
J'ai retranscrit
cette émission passionnante parce qu'elle me parait révélatrice d'un certain
nombre de facteurs concernant l'économie actuelle :
1. L'introduction
du whistleblowing dans la loi américaine est destiné à limiter les abus inhérents à cette économie. Or
ces abus reposent, comme le pointent les interviewés, sur un trucage des règles
de l'économie.
Autrement dit, en
imposant les nouvelles normes comptables internationales aux autres pays, les
Etats-Unis ont adopté des règles économiques truquées qu'ils imposent à toute
la planète à travers la mondialisation, tout en prétendant limiter les abus par
le phénomène du whistleblowing. Dans la mesure où,
pour le moment seules les entreprises cotées en bourse, qui représentent une
petite minorité, sont obligées de l'appliquer, il en découle que les autres,
qui sont la grande majorité, ne disposent d'aucun moyen de protection interne,
et que l'escroquerie et la corruption peuvent s'y développer sans limite et
sans vergogne.
Il devient alors
facile aux entreprises américaines sur le territoire français d'utiliser le
principe du whistleblowing pour accuser les
dirigeants d'entreprises françaises de corruption, et de les discréditer, alors
que ceux-ci ne font qu'appliquer les règles imposées par les Etats-Unis.
Le principe est
comparable à des joueurs de cartes utilisant un jeu truqué, que le meneur du
jeu accuserait de tricherie, alors que c'est lui qui met celle-ci en place.
2. Les acteurs du whistleblowing sont les salariés des entreprises : hors du
cadre de celle-ci, les abus sont indétectables, rien ne filtre. Ce qui signifie
que pour savoir exactement ce qu'il en est, le seul moyen consiste à devenir un
des acteurs interne à l'entreprise. Donc ici ce ne sont pas les dirigeants du
pays qui sont en cause, mais les gens de la base, qui seuls peuvent détecter
ces abus. En conséquence, ce n'est pas au niveau politique que les choses se
jouent ici, mais au niveau individuel. Comme le pointe Claude Mathon, le whistleblowing devient
ici un acte citoyen.
3. Dans la mesure
où il se révèle, dans les faits, que les whistleblowers
sont toujours sanctionnés, ce mécanisme de contrôle interne est en réalité
inopérant. En d'autres termes, cette économie neutralise par là même le
mécanisme qu'elle met en place : de là la mondialisation du phénomène de
harcèlement professionnel, qui consiste à éjecter purement et simplement les
salariés qui ne cautionnent pas les abus. Ce qui met ces derniers devant un
choix sans alternative : ou vous vous taisez et vous gardez votre emploi, ou
vous parlez, et vous vous retrouvez au chômage. D'où l'introduction, dans le
monde du travail, du phénomène de corruption à la base. Ainsi le slogan
"tous pourris" qui vise la classe politique à travers les affaires
n'a pas lieu d'être : ici c'est au niveau des salariés que les choses se jouent,
et attribuer la corruption dans ce domaine à la seule classe politique repose
sur une malhonnêteté intellectuelle et consiste à prendre celle-ci comme bouc
émissaire pour lui faire endosser la culpabilité d'une situation dans laquelle
elle n'est pas impliquée dans son ensemble dans la mesure où la mondialisation
de l'économie actuelle la dépasse et ne dépend pas d'elle.
Il en découle
également que cette économie engendre entre les différents acteurs de l'entreprise
des relations de conflits d'intérêts qui n'ont pas lieu d'être, qui sont
incompatibles avec le modèle de relation à la base de la constitution française
: "Liberté - Egalité - Fraternité", les divisant entre ceux qui
collaborent à ce système et ceux qui n'acceptent pas de le faire.
En ce qui concerne
les réticences culturelles françaises à utiliser la dénonciation, en fonction
d'une identification de celle-ci au phénomène de la collaboration pendant la
deuxième guerre mondiale, elles reposent sur un sophisme : qui est le collabo
ici ? celui qui cautionne la corruption ou celui qui
la dénonce ? Le whistleblowing n'est pas dans ce
contexte un acte honteux, il devient un acte de résistance. Il correspond de
surcroît au comportement qu'il convient légalement d'adopter face à des délits
dont on est témoin, sous peine d'en devenir complice, et partant de là,
pénalement responsable.
4. Devant la
diffusion de ce phénomène de corruption, dans la mesure où c'est la base qui a,
seule, le pouvoir d'y mettre un frein, on peut supposer que si celle-ci le
voulait vraiment, elle pourrait s'organiser, avec l'aide des syndicats, pour le
faire cesser : il serait dans l'ordre des choses que les salariés saisissent
ces derniers, toutes tendances politiques confondues, et que ceux-ci les
soutiennent en mettant en place les procédures permettant de faire sanctionner
légalement ces pratiques. Ceci est possible, mais se fait rarement : pour avoir
été personnellement harcelée et éjectée, je n'ai pu saisir aucun représentant syndical , en dépit d'un certain nombre de tentatives au
niveau local et régional : au niveau local, il m'a été impossible d'entrer en
contact avec les représentants syndicaux autrement que par un répondeur qui
n'enregistrait pas les messages, et au niveau régional, les gens concernés
m'ont renvoyée vers le niveau local qui était injoignable. Autrement dit, si
les syndicats jouaient leur rôle, ces abus n'existeraient pas. Il en découle
que ce système neutralise les syndicats. D'où, là encore, la malhonnêteté des
partenaires sociaux, et des partis de gauche qui les appuient, quand ils
imputent aux gouvernants une situation qu'ils contribuent à créer de toute
pièce et qui n'existerait pas s'ils faisaient leur travail.
5.
Concernant le phénomène du harcèlement professionnel, qui est devenu
aujourd'hui une véritable institution dans les entreprises françaises (voir le document interne à la médecine du travail sur le
harcèlement moral : "Eléments d'orientation pour la consultation liée à un HARCELEMENT
moral", qui démontre qu'il s'agit ici d'une stratégie
parfaitement organisée consciemment) , il est une conséquence du système de corruption,
et sans lui, celle-ci ne pourrait pas s'exercer. Il en découle qu'une lutte
efficace contre la corruption passe par une condamnation de facto du
harcèlement professionnel, et par le soutien aux salariés, afin de leur
permettre de se défendre effectivement. Actuellement, la neutralisation à
différents niveaux des moyens de protection des salariés fait le jeu de ce
système économique truqué et les prive de toute possibilité pour sortir des
impasses auxquelles ils sont acculées. Autrement dit,
le principe consiste à mettre les gens dans une situation impossible, et à les
priver de tout moyen d'en sortir, ce qui est le propre d'un système de
contrôle.
6. Concernant le
taux de chômage actuel, celui-ci n'est pas seulement la conséquence d'un manque
d'emploi, il est créé de toute pièce par l'éviction des salariés qui menacent
l'économie actuelle : ainsi la pénurie d'infirmières, qui repose non pas sur un
manque de professionnels, mais par la quasi impossibilité pour ceux-ci de
travailler dans des conditions conformes à leur fonction et à leurs moyens. La
conséquence en est qu'une proportion importante des gens quittent
la profession, complètement écoeurés. D'autres se retrouvent en longue maladie,
devenant pour les entreprises, et l'ensemble de la société, une charge
financière que leurs employeurs préfèrent payer plutôt que de remettre en cause
leur fonctionnement. Dans les faits, il y a des infirmières, mais elles n'ont
pas les moyens de travailler correctement.
7. Autre charge
financière, qui est en réalité un gouffre, est l'apparition des agents dévolus
à des tâches administratives, qui ne sont nullement nécessaires aux fonctions
de l'entreprise, mais servent en réalité à justifier cette économie truquée, à
coup de statistiques également truquées qui ne correspondent pas aux faits :
voir à ce sujet l'article Description des conséquences de la privatisation et de
l'économie de marché observées dans le secteur de la psychiatrie publique . Ainsi une partie de l'argent dévolu dans
l'enveloppe du personnel consiste à entretenir des parasites, dont l'existence
est tributaire du phénomène de corruption, et sans lequel ils n'existeraient
pas.
8. Autre charge
financière pour les entreprises, qui joue également un rôle fondamental dans
l'institutionnalisation de cette économie truquée, est l'introduction obligée
des organismes de formation, qui ont pour but d'accréditer les concepts sur
lesquels repose cette économie, et de les généraliser. Les salariés sont alors
formés, à divers niveaux, à des techniques de manipulation mentale importées du
continent américain, qui vont ensuite structurer leur travail et leurs
relations avec les autres salariés, et qu'ils devront appliquer sous peine de
se retrouver eux-mêmes en butte au harcèlement professionnel: écoles des
cadres, formations sur le "diagnostic infirmier", les
"transmissions ciblées", etc. :
En France, le
financement de la formation repose sur le principe d'une contribution annuelle
de l'ensemble des entreprises. Le montant de cette contribution est établie en fonction de la masse salariale de l'entreprise.
Ainsi, les
entreprises de moins de 10 salariés doivent participer à hauteur d'une somme
égale à 0,15 % des rémunérations versées pendant l'année civile en cours.
Quant à la
contribution dues par les entreprises d'au moins 10 salariés, elle s'élèvent à
1,5 % des rémunérations. Selon ce barème, les entreprises peuvent s'acquitter
de leur contribution soit en organisant les actions de formation elles-mêmes
(ou avec l'intervention d'organismes de formation), soit en la versant à un
organisme paritaire ou au Trésor Public, ce qu'elles font le plus souvent.
D'où une
multiplication des "réunions de travail" qui n'aboutissent à rien, à
l'issue desquelles aucune décision n'est réellement prise, et qui n'ont d'autre
but que leur propre existence : permettre aux participants des réunions de ne
rien faire d'autre et de justifier leur présence et leur salaire hors de tout
travail indispensable à la fonction.
Rien d'étonnant
que dans ce contexte les seules formations dispensées visent à légitimer et
crédibiliser ce système, autrement dit, à institutionnaliser la corruption et
l'escroquerie. D'où les liens entre les centres de formation et les mouvements
sectaires spécialisés dans la manipulation mentale (scientologie et ses
filiales qui se présentent sous d'autres noms, PNL, etc.), importés des
Etats-Unis.
Dans tous les cas,
le but est le détournement d'argent, qui consiste à faire passer l'argent d'une
main dans une autre, et bien souvent, comme nous avons tout loisir de le
constater actuellement, d'un pays dans un autre.
"La théorie magique de l'Histoire :
l'univers magique présuppose que rien n'arrive à moins que quelqu'un ou un
pouvoir donné ou une quelconque entité vivante ne veuille que cela arrive. Il
n'existe pas de coïncidence ni d'accident. Une situation chaotique est toujours
produite délibérément. Demandez-vous qui ou quelle sorte de créature pourrait
bénéficier d'une telle situation. Même dans les conditions économiques les plus
rudes il y a ceux qui profitent du chaos - les spéculateurs, ceux qui font du
marché noir, en fin de compte les maîtres de la guerre et les bandits..."
William S. Burroughs - "The Place of Dead Roads".
Suite : 6. Les nouveaux
mensonges du capitalisme
Interview de John
Kenneth Galbraith par François Armanet
Rédaction : @ [email protected]
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