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Economie : quelques facteurs non pris en compte dans les débats
sur le traité de Constitution européenne (suite)
3. Différences entre les
comptabilités apparentes et les comptabilités réelles
Pour ce qui est des conséquences des
orientations économiques et financières impulsées par les USA depuis les années
quatre-vingt, l'observation des faits au niveau des entreprises engendre la
constatation suivante : à de nombreux niveaux, il existe une différence entre
la théorie et la pratique :
Prenons l'exemple d'une résidence pour
personnes âgées Lambda, de 130 lits, en 2005 :
*
Pillage du personnel :
- Elle recherche officiellement des
infirmiers par l'intermédiaire de l'ANPE, à travers des offres de CDI. L'agent qui répond à l'annonce s'attend à un CDI. Or une fois devant l'employeur, il se voit proposer un
contrat d'intérimaire d'un mois, renouvelable, avec promesse d'un CDI à la clé.
Sur le plan financier immédiat, il est censé toucher 10 % de plus que le CDI en
raison des primes de précarité, paiement des congés inclus, etc. Donc il
accepte. Toutefois, pour l'entreprise, les contrats d'intérim ne sont pas
comptabilisés dans l'enveloppe des dépenses en personnel. Ce qui dégage dans
cette enveloppe un fond non utilisé dans l'objectif prévu.
- En raison des compressions de personnel, il
se retrouve au bout de quelques jours seul infirmier en service, avec une
charge de travail supérieure à sa capacité d'exécution, ce qui engendre une
impossibilité d'accomplir correctement les tâches qui lui sont dévolues,
préjudiciable aux résidents dans la mesure où le personnel présent n'est pas en
mesure de répondre à leurs besoins. La conséquence en est une dégradation de
leur qualité de vie et de leur santé. L'agent est alors confronté au fait que
s'il accepte ce poste, il engage sa responsabilité dans les conséquences de la
dégradation de sa qualité de travail sur la santé des patients. Il accomplit la
charge de travail de deux personnes dans le cadre d'un statut de travail
précaire et payé au minimum. A la fin de son contrat, ayant la possibilité de
ne pas le renouveler, il s'abstient de le faire. Comme les autres agents
embauchés dans de telles conditions ne feront pas non plus long feu dans
l'entreprise, ceux-ci se succèdent et vont voir ailleurs. L'employeur argue
alors auprès des autorités sanitaires (DDASS) auprès de qui il prétend vouloir
engager des CDI, qu'il lui est impossible de trouver du personnel stable,
évoquant la pénurie d'infirmières pour expliquer une situation qu'il crée de
toute pièce.
- Pour pallier à la différence entre la
charge de travail et les moyens d'exécution, une partie des tâches dévolues au
personnel qualifié est accomplie par des gens qui ne le sont pas : une partie
du travail infirmier est accomplie par les agents de service, qui sont
embauchés sans aucune formation et sont censés officiellement s'acquitter des
tâches d'entretien; la répartition du travail entre le personnel qualifié et
celui qui ne l'est pas repose sur des critères de confort du premier, les
tâches les plus pénibles et les moins valorisantes incombant au personnel non
qualifié. Le travail n'est pas réparti en fonction des compétences, ni des
besoins des résidents, mais par l'introduction de différences de statuts,
d'intérêts, etc., entre des agents censés au départ avoir des fonctions
complémentaires. Il y a alors un nivellement par le bas, et l'introduction de
critères de dominances.
Ceci présente l'avantage de faire accomplir
un travail qualifié par des gens non qualifiés, et payés non pas en fonction du
travail qu'ils réalisent pratiquement, mais de leur travail théorique, limité
aux tâches de ménage. Bien évidemment, en cas de problème pour les résidents
- Pour faciliter ce fonctionnement, plusieurs
techniques peuvent être préconisées par les employeurs :
* la disparition
de la communication entre différents niveaux : nouvelles grilles de roulements
avec des horaires différents selon le statut des agents : les infirmiers ne
rencontrent plus les agents de service au vestiaire, pour éviter qu'ils
communiquent entre eux,
* disparition de
la transmission orale des consignes : les équipes se chevauchent, inscrivent
les consignes sur un cahier sur lesquelles les autres les liront,
* vouvoiement
obligatoire entre différents niveaux : interdiction aux aides soignantes et
agents de service de tutoyer les infirmières pour instaurer une barrière
hiérarchique entre les deux, éviter les familiarités et la bonne entente entre
eux,
* traiter
différemment le personnel qualifié et non qualifié, au détriment du second
censé jouer les lampistes : exemple : une infirmière s'est trompée en préparant
les médicaments. La faute en est imputée non à celle-ci, mais à l'équipe des
aides soignantes et agents de service venue se laver les mains dans la salle de
soins au moment où l'infirmière préparait ses médicaments. D'où une
interdiction aux aides soignantes de venir dans la salle de soins pendant la
préparation des médicaments, afin de ne pas troubler la concentration de
l'infirmière,
Le nivellement par le bas décrit ici dans une
résidence pour personnes âgées existe également dans les hôpitaux, à l'égard des
médecins, en raison de leur diminution : les formations infirmières récentes
calquées sur des expérimentations canadiennes reposent sur le concept de
"diagnostic infirmier", donnant l'illusion au personnel qu'il peut
poser des diagnostics, alors que sur le plan déontologique, il lui est
impossible et interdit de le faire.
Le but ici est de diminuer le nombre de
personnel qualifié au maximum, de faire faire le même travail par des gens non
qualifiés, sous payés non seulement par rapport au travail qu'ils accomplissent,
mais également par rapport à leur statut réel. Ceci afin de diminuer au maximum
la part des dépenses en personnel de l'entreprise.
Entre ici en compte l'organisme dont dépend
dans une certaine mesure l'établissement, à savoir la DDASS, qui intervient
dans l'attribution des postes.
La généralisation de ces techniques à
l'ensemble des établissement se fait par le biais
d'organismes de formation dans les établissements de soin, auxquels les
entreprises doivent consacrer 15 % de leur budget. Bien évidemment, les
formations dispensées vont dans le sens de la "nouvelle gestion", et
ont pour but de diffuser et de légitimer les concepts et les mécanismes sur
lesquelles elle repose, sous une apparence de technicité : apparaissent de
nombreux acronymes, qui constituent un langage codé incompréhensibles aux gens
non formés, tout comme les documents traitant d'économie. Si vous m'êtes pas un
"spécialiste", il vous est impossible de comprendre une conversation
entre professionnels : Extrait de la "Lettre de qualité" du 2 mai
2005 d'un hôpital en Bourgogne : "Le DS se doit d'être le promoteur et
le soutien d'une DAQ par son investissement et sa motivation. Garante de la
qualité des soins (statutaire, valeur et convictions), je dois être au coeur
même d'une telle démarche (participation aux groupes de travail, recherche
documentaire, validation des écrits, soutien aux équipes impliquées dans la DAQ
et enfin mettre en oeuvre les conditions nécessaires à une harmonisation de
travail." Etc.
Ce galimatias prétentieux de mots abstraits
ne représentent strictement rien sinon qu'il élève au rang des beaux-arts la
technique qui consiste à faire prendre des vessies pour des lanternes, afin de légitimiser sous couvert de "gouvernance
d'entreprise" des postes d'agents parasitiques dépourvus de fonction
soignante, au détriment du personnel soignant et exécutant, littéralement
vampirisé, et soumis à des techniques de harcèlement psychologique. (Voir
l'enquête à ce sujet : Harcèlement moral: Remake des "Dix Petits Nègres": enquête
sur les facteurs de mortalité et de morbidité en milieu hospitalier et
propositions pour en sortir )
Ce système engendre au niveau de ce personnel
:
- une fatigue physique accrue, avec au bout
de plusieurs années, des séquelles physiques engendrant des incapacités de
travail (pathologies articulaires et osseuses)
- un stress engendrant un "burning-out" et un état dépressif,
- un dégoût du travail, qui devient synonyme
de pénibilité, et où le salarié a l'impression d'être un citron qu'on presse,
d'où un désinvestissement, et la perte du respect de l'employeur, du sens du
travail bien fait et du sens des responsabilité,
- une maltraitance vis à vis des résidents,
vécus non pas comme des clients, mais réduits à l'état d'objets, et sur
lesquels le personnel se défoule de ses frustrations,
- une dégradation de la qualité des soins se
répercutant directement sur la santé des gens, et l'abrégeant inéluctablement.
Sur le plan financier, ce modèle fait
également l'impasse sur les dons en argent donnés par les familles des
résidents à l'intention du personnel. Ces dons revenaient auparavant aux gens
auxquels ils étaient destinés; dans les nouvelles méthodes de gestion, il n'en
est plus donné aucun compte, et personne n'en entend plus parler. Ils sont
convertis en un pochon de croquettes en chocolat de mauvaise qualité pour Noël.
*
Pillage des résidents et de leurs familles :
* Economies sur
les fournitures et facturations :
Un autre créneau est celui des
surfacturations aux résidents : gonflement du prix des couches, des
médicaments, des séances de kiné, des visites de médecins, etc. Le client paye
donc dans le montant de sa facture une partie qui correspond à ce dont il a
réellement bénéficié, et une autre qui n'y correspond pas.
* Remplissage
provoqué du taux d'occupation des lits :
- Un nombre d'établissement inférieur aux
besoins de la population :
Dans la mesure où le nombre de places disponible
dans les résidences pour personnes âgées est inférieur à la demande, les
établissement sont quasiment toujours pleins. La difficulté pour obtenir une
chambre fait hésiter les résidents à changer d'établissement s'ils ne sont pas
satisfaits de la qualité des soins.
- Des résidents aiguillés à mauvais escient :
Existe entre les services hospitaliers et les
maisons de retraite une convention occulte qui consiste à orienter
systématiquement les personnes âgées hospitalisées vers une résidence à sa sortie
au lieu de les renvoyer chez elles, et ceci même si elles sont en mesure de
revivre chez elle :
Exemple : Madame Untel, 80 ans, fait un petit
accident vasculaire cérébral et tombe chez elle. La chute est sans gravité,
mais elle se retrouve aux urgence dans un premier
temps. L'hospitalisation dans ce service se révélant inutile, elle est envoyée
pour observation en médecine, où lui seront faits un ensemble d'examens
permettant de s'assurer de son état général. Au bout de deux semaines, sa
présence n'étant plus justifiée en médecine et les examens s'étant révélés
satisfaisants, elle est alors envoyée pour deux mois en maison de repos, alors
qu'elle a une maison, une aide ménagère, des animaux, qu'elle s'est jusqu'ici
débrouillée seule.
Au bout de deux mois en maison de repos, elle
a pris l'habitude d'avoir ses repas préparés et servis, elle a eu moins
d'activité physique et a pris de l'embonpoint. Devant ses demandes pour
retourner chez elle, et ses questions sur l'état de sa maison, la santé de ses
animaux, le paiement de ses factures, etc... le médecin lui a prescrit, à la demande du personnel, un
traitement anxiolytique pour diminuer ses inquiétudes Elle passe une partie de
la journée à somnoler. Et petit à petit elle a perdu pied avec la réalité physique
extérieure et une vie autonome.
Les changements de résidences successifs
entraînent une difficulté de se situer dans l'espace, ("Je ne sais plus
très bien où je suis ici") l'absence de contraintes et la coupure d'avec
la vie sociale entraîne une difficulté à se situer dans le temps, ("Je ne
sais plus très bien depuis combien de temps je suis ici."
) et la difficulté à mémoriser les souvenirs récents entraînent une
désadaptation et la perte de contact avec le réel.
Elle est alors jugée incapable de vivre
seule, et orientée vers la maison de retraite Lambda. Jugée démente, atteinte
de la maladie d'Alzheimer, une demande de mise sous tutelle est demandée dès
son arrivée. Elle demande à se rendre chez elle pour y prendre des affaires, y
est accompagnée, mais n'a pas le droit d'avoir les clefs de sa maison, ni de
sortir de l'établissement. En l'absence de visites et de contacts avec
l'extérieur, elle dépend alors uniquement de l'établissement. Une fois sous
tutelle, elle perd tout pouvoir de décision sur ses biens et sur son argent, et
toute possibilité de recours légal, dépendant du bon vouloir du tuteur.
Celui-ci a en charge un certain nombre de personnes âgées, de l'établissement.
En fonction d'une entente occulte avec le directeur de l'établissement, l'argent
de cette dame est alors détourné purement et simplement de sa poche dans celle
du directeur.
Au chapitre du pillage des résidents, existe
également la technique qui consiste, pour le directeur, à obtenir une
procuration des résidents, dont il peut ensuite user à sa guise en prélevant de
l'argent sur leur compte à leur insu. Si la victime s'en aperçoit, reste alors
la possibilité de le traiter comme un délirant persécuté, et de le faire interner en
psychiatrie.
Ce n'est plus l'établissement qui est au
service des résidents, mais ces derniers qui ont pour fonction d'alimenter
celui-ci. L'établissement décrit ici n'est pas une "résidence pour
personnes âgées" ni un établissement de repos ni de soin, il devient un
camp d'extermination.
* Où va l'argent ?
Bien évidemment, tout ce système implique un
trucage de la comptabilité, justifiant par des opérations comptables fictives
l'argent qui s'évapore. Ceci implique alors une entente entre le directeur et
son comptable.
Au bout de quelques années d'accumulation de
ces différentes sources d'argent occulte, le directeur fait généralement sa
valise en emportant l'argent qu'il a mis de côté.
L'observation, sur le long terme, de la
fréquence des directeurs de résidences pour personnes âgées qui s'évaporent
ainsi dans la nature amène à la constatation suivante : Quand ce qui est décrit
ici se produit une fois, qu'aucune poursuite n'est engagée par les instances
impliquées dans la gestion de l'établissement (conseil d'administration, action
sanitaire et sociale), que le voleur réapparaît quelques temps plus tard et
trouve du travail dans la région comme si de rien n'était et que le directeur
suivant applique exactement les mêmes techniques, le système décrit ici n'est
pas seulement le fait d'un individu malhonnête isolée, une exception. Ce dont
il est question ici est de réseau occulte, d'association de malfaiteurs et
d'escroquerie organisée. Les méthodes utilisées sont tout simplement des
méthodes mafieuses, non pas du tout aux mains d'une organisation du même type
comme le voudrait l'ordre des choses (il faut de tout pour faire un monde),
mais au sein de services publics et d'institutions officielles.
4 : Le whistleblowing:
prévenir avant de guérir en démocratie :
Retranscription
de l'émission "Le Bien Commun" du 4 juin 2005 sur France Culture
Rédaction : @ [email protected]
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