La
Presse
Lundi
le 4 décembre 2000
Comment
faire face à un risque fiscal
La fiscalité est aujourd'hui une des préoccupations
majeures des entreprises, et ce, pour diverses raisons. En premier lieu, le droit
fiscal est une contrainte pour l'entreprise qui impose à celle-ci le respect de
dispositions importantes en nombre, complexes et évoluant. rapidement dans le
temps. En outre, le législateur a prévu des mécanismes permettant de
contrôler l'application qui est faite de ces règles et de sanctionner les
errements constatés afin de préserver l'intérêt de l'État, créancier de
l'impôt.
L'entreprise est ainsi en situation de risque fiscal, risque
dont la mesure peut être un élément d'information pour les dirigeants. De
même, et plus que toute autre discipline juridique, l'incidence du droit fiscal
sur la gestion de l'entreprise est plus largement ressentie du fait de son
incidence financière directement mesurable.
Outre le prélèvement obligatoire que représente en
lui-même l'impôt, prélèvement dont l'importance se traduit dans les charges
de l'entreprise, la fonction de collecteur d'impôt assignée à l'entreprise
est elle-même génératrice d'un coût additionnel.
Coût administratif tout d'abord; dans la mesure où la
satisfaction des obligations fiscales mobilise du personnel interne ou externe
à l'entreprise, et des moyens qui vont des locaux à la documentation. Le
sur-coût est également financier. Ainsi, on peut déterminer aisément
l'incidence des règles d'exigibilité et de droit à déduction en matière de
TVA sur la trésorerie des entreprises et les besoins de financement que ces dispositions pouvaient
créer. Ainsi, l'entreprise est chargée d'opérations d'assiette, de
déclaration, de perception et de reversement de l'impôt. Elle supporte un
coût qui lui est transféré. II s'agit d'un coût subi par l'emprise auquel
elle ne peut se dérober.
Contrainte financière, risque, gestion fiscale sont des
éléments suffisamment importants pour justifier un contrôle approfondi,
spécialisé, qui puisse apporter des éléments d'information, notamment aux
dirigeants de l'entreprise.
L'intérêt d'un contrôle des questions d'ordre fiscal est
clair, il doit permettre en premier lieu de recueillir des informations sur la
nature et l'étendue du risque fiscal encouru par l'entreprise, mais aussi sur
l'aptitude de celle-ci à utiliser la fiscalité au mieux de ses intérêts. De
ce fait, l'examen de l'ensemble des questions fiscales qui intéressent
l'entreprise contribue à élaborer un bilan de santé fiscale, un diagnostic
fiscal, élément de diagnostic général de l'entreprise. Ainsi, l'audit fiscal
apparaît comme l'examen du traitement que l'entreprise réserve aux questions
d'ordre fiscal. Cet examen s'opère par référence à des critères:de régularité et d'efficacité. Par un contrôle de régularité, l'audit fiscal
s'assure du respect des dispositions fiscales, auxquelles l'entreprise est
soumise; par un contrôle d'efficacité, l'audit fiscal mesure l'aptitude de
l'entreprise à mobiliser les ressources du droit fiscal (avantages fiscaux)
dans le cadre de sa gestion, afin de concourir à la réalisation des objectifs
de politique générale qu'elle s'est assignée.
Objectifs de l'audit fiscal
L'audit fiscal a pour objectif l’examen de la situation
fiscale de l'entreprise. Il s'agit en fait, en ayant recours à des
spécialistes de la matière de voir de quelle façon l'entreprise
appréhende la fiscalité, comment elle intègre le paramètre fiscal.
L'auditeur fiscal va s'assurer que l'entreprise respecte
effectivement les obligations légales auxquelles elle est soumise, qu'elle se
conforme à la règle fiscale. L'audit fiscal opère ainsi un contrôle de
régularité qui va permettre à l'entreprise de connaître non seulement ses
erreurs mais aussi et surtout le risque inhérent à ces erreurs.
D'autre part, l'auditeur fiscal va évaluer l'aptitude de
l'entreprise à utiliser, au mieux de ses intérêts les possibilités que lui
offre la législation fiscale, son aptitude à faire preuve d'efficacité dans
le cadre de sa gestion fiscale.
L'audit fiscal se présente ainsi sous un double aspect : il
permet de mesurer le risque fiscal, il apprécie la performance fiscale de
l'entreprise.
Mesure du risque fiscal
Le fait pour une entreprise de ne pas se conformer à la
règle fiscale l'expose à des sanctions en cas de contrôle. Il y a un risque
fiscal, risque d'autant plus important que la législation est à la fois
complexe et mouvante.
Pour faire face à ce risque, il n'existe pas d'équivalent
fiscal du commissariat aux comptes, une sorte de contrôle fiscal qui
permettrait d'obtenir périodiquement des attestations ou des certifications de
régularité fiscale. Seul le recours à une mission contractuelle d'audit
fiscal peut permettre à l'entreprise de mesurer son risque fiscal éventuel.
Les états financiers ont pour mission de refléter la
situation de l'entreprise, force est de constater que le respect ou non des
règles fiscales conditionne largement l'appréciation que les dirigeants ou
les partenaire de l'entreprise peuvent porter sur la situation de l'entreprise.
En effet, compte tenu de l'interdépendance entre
comptabilité et fiscalité, la régularité fiscale rejaillit sur la
régularité des comptes et par voie de conséquence sur la qualité des états
financiers.
L'audit fiscal apporte à l’entreprise une information sur
l'existence ou l'absence de risque fiscal et, le cas échéant, sur l'ampleur
d'un tel risque. L'intérêt d'une «vérification blanche» de la régularité
fiscale réside ainsi dans la possibilité donnée au chef d'entreprise
d'obtenir une vision plus claire, plus affinée de la situation fiscale. Cette
connaissance résulte d'un examen méthodique, d'un contrôle approfondi auquel
a procédé un spécialiste de la matière fiscale.
Les conclusions de la mission sont précieuses car elles sont
l'occasion d'un éclairage nouveau de l'information comptable et financière.
Dans les pays développés, les banques et les organismes
prêteurs afin de garantir le remboursement des avances qu'ils consentent aux
entreprises, sont conduits à examiner la situation de leurs clients, en
s'intéressant notamment aux perspectives de développement et à l'absence de
risques fiscaux. II existe ainsi un intérêt commun aux membres et à certains
partenaires de l'entreprise pour la mesure du risque fiscal. Cet intérêt
partagé naît du fait que pratiquement, toute opération de l'entreprise a une
répercussion fiscale.
Mesure de la performance fiscale
Parler de performance fiscale de l'entreprise peut paraître
aujourd'hui encore bien singulier, dans la mesure où ce qui touche de près ou
de loin au domaine fiscal reste encore largement associé à l'idée
d'obligation, de contrainte administrative et financière mais également de
risque.
Le concept de gestion fiscale, et plus largement de gestion
juridique de l'entreprise, connaissent une bien meilleure fortune dans les pays
développés, notamment en Grande Bretagne et aux États-Unis. La situation
semble cependant évoluer peu à peu dans un sens tout à fait favorable.
Cette évolution est liée soit à l'appartenance de certaines entreprises à
des groupes internationaux qui pratiquent la gestion fiscale, soit encore à la
pression exercée par les conseils fiscaux d'entreprises en vue de sensibiliser
leurs responsables aux questions fiscales, et aux avantages qu'une judicieuse
utilisation de la loi fiscale peut leur procurer.
Le développement de la gestion fiscale s'est opéré par la
prise de conscience de l'existence d'une marge de manœuvre fiscale, de
l'existence d'un espace de liberté fiscale. A côté des règles
impératives, un certain nombre de dispositions laissent au contribuable la
possibilité d'exercer des options.
Les entreprises ont la possibilité de prévoir l'impôt et
de bénéficier au maximum des avantages fiscaux offerts par la législation en
vigueur.
La gestion fiscale naît ainsi du comportement de
l'entreprise et de sa perception du paramètre fiscal.
Lassaâd DHAOUADI
Conseiller fiscal |