Nous avons écrit sur le jugement et le raisonnement que le juge
Boudreault a utilisé en écrivant le jugement. Il est bon d'ajouter quelques pages de
plus.
On peut assumer que le juge est bien informé sur son métier, l'éthique commun et la
justice. Il a bien expliqué quel est devoir du médecin envers le patient qu'il accepte
de traiter. Il ne dit rien quel est devoir du médecin envers le patient qui n'accepte pas
d'être traité comme dans mon cas.
J'étais présent pendant tout le temps du procès de ma cause et j'ai eu l'occasion
d'observer le juge et de me forger une opinion. Il était en général plaisant. Il a su,
comme moi, faire de l'ironie et des remarques sarcastiques, parfois cyniques, ce qui
faisait beaucoup rire l'audience. À plusieurs reprises, il était même verbalement trop
agressif, un caractère que le juge m'a imputé comme signe de ma «maladie mentale
sérieuse».
Mais, on se pose la question: est-ce que le juge a bien accompli son devoir? A-t-il
appliqué les principes mentionnés par lui-même (la formule de la Cour de cassation) ou
les principes «par présomptions» ainsi que la maxime «res ipsa loquitur»? Tous les
deux étaient applicables dans mon cas. Si le juge Boudreault a conclu que les critères
du juge Lajoie «s'appliquent en l'instance» pourquoi ne les appliquait-il pas? Est-ce
que les psychiatres se sont engagés à me prodiguer des soins médicaux ou barbares? Il
suffit de lire les dossiers écrits par eux-mêmes pour en venir à la conclusion
correcte.
Sans doute le juge est un excellent jongleur de la langue française mais si nous
appliquons les principes «de la raison qui sait discerner les conditions de temps, de
milieu, et de personnes», de Me Marchand, nous trouverons que le jugement est une
spéculation sans l'application de la raison.
a.- Tout d'abord, «les éléments de danger au dossier, soit l'assaut» et «la présence
de dangerosité virtuelle ou potentielle» ne sont jamais mentionnés dans mon dossier.
b.- Le juge interprète la volonté du législateur «à la lumière de la médecine» qui
est convenable aux psychiatres. Il semble joue à l'ignorant. Il classe les citoyens en
deux catégories: la première, celle des «fous», jugée à la lumière de la médecine,
c'est-à-dire, pouvant être tourmentée et perturbée à volonté par des psychiatres; et
la seconde composée de meurtriers, voleurs, fraudeurs et toutes sortes de saletés de la
société, jugée, d'après le juge Boudreault, à la lumière «du droit», avec «les
plus grandes garanties»!
c.- Le juge semble ainsi blâmer le législateur pour les malheurs des malades mentaux.
Cependant, je présume qu'il sait ou devrait savoir que les législateurs ont proclamé il
y a deux siècles la Déclaration des Droits de l'Homme (en France), selon laquelle «non
seulement tout homme a des droits, mais que tout être a des droits». Et la Déclaration
canadienne des droits, sanctionnée le 10 août 1960, est presque une réplique de
l'ancienne Déclaration. Elle dit: «... que la nation canadienne repose sur des principes
qui reconnaissent la suprématie de Dieu, la dignité et la valeur de la personne humaine
ainsi que»... «les droits de l'homme et les libertés fondamentales ci-après énoncés
ont existé et continuerons à exister pour tout individu au Canada». En plus, le juge
sait qu'avant et après la décision de la cure fermée, les surintendants ont omis
d'appliquer des actes légaux prévus par le législateur. De plus, le dossier ne porte
aucune mention du procès-verbal sur la décision de la cure fermée. Pour de plus amples
informations, je recommande au lecteur de lire attentivement les chapitres À propos des
droits de la personnes et Certificats médicaux
d.- Le juge est capricieux quant à son opinion sur les experts. Pendant le procès,
monsieur le juge n'était pas satisfait des experts des défendeurs. Il a maintes fois
réprimandé le docteur Villeneuve pour ses réponses évasives et son inhabilité à
servir à titre d'expert. Il n'était pas capable de répondre «depuis une demi-heure»
à la question «relativement simple» de «pathologie sérieuse» de mon ex-épouse.
Pourtant, l'extrait du jugement ci-dessus montre implicitement que le juge apprécie
l'expert comme étant digne de foi.
e.- À propos de la date de la cure fermée, les experts et le juge sont dans l'erreur. Je
dois répéter et souligner qu'il existe quatre différents certificats médicaux
comportant deux différentes dates de diagnostic: une datée du 12 novembre 1971 et
l'autre datée du 22 novembre 1971. J'affirme catégoriquement que les certificats sont
falsifiés durant le procès -- «hors dossier hospitalier», car le seul certificat que
mon avocat, Me Goulston, a reçu avant le procès était le certificat paraphé par
lui-même (Pièce No 14a). Les trois autres certificats
sont faussés pendant le procès -- «hors dossier hospitalier».
f.- «Les éléments de danger au dossier», sont inventés -- «hors dossier
hospitalier», par mon ex-épouse, par des «experts» et par le juge (lire le dossier).
g.- Quant à l'absence d'autocritique, ou plutôt l'extorsion de confessions dans le but
que le patient se déshonore comme un animal humain, si nous paraphrasons J.-P. Sartre,
c'est un délit criminel. Je présume que le juge le sait.
Le jugement, page 197:
Avant de quitter ces défendeurs, il est bon de noter que les médecins de
Saint-Michel-Archange, comme tous les autres défendeurs, ont témoigné «hors dossier
hospitalier», si l'on peut dire. Comme pour le docteur Dufour, dont le dossier était
beaucoup moins bien constitué, le tribunal estime que leur crédibilité n'en a pas été
de ce seul fait affectée.
Nous avons vu que le juge a argumenté que les patients sont à la merci des témoignages
des médecins et du personnel infirmier. Ainsi, le témoignage «hors dossier
hospitalier» est en contradiction avec l'opinion du juge Boudreault, avec la prescription
du juge Lajoie, et -- les mots du Code civil du Québec, l'art.1234, qui se lit: «Dans
aucun cas la preuve testimoniale ne peut être admise pour contredire ou changer les
termes d'un écrit valablement fait.». En agissant de cette façon, le juge,
effectivement, m'a improprement déni de justice.
Puis, le juge donne impression que le docteur Dufour a produit le dossier «beaucoup moins
bien constitué». Non, non, non! Ce n'est pas vrai!!! Le docteur Dufour n'a jamais
déposé le dossier à la cour. Pas de «beaucoup», pas de «moins bien constitué»,
rien de tout, point final. En plus, je me demande bien de quel dossier ou de quelle
crédibilité parle le juge.
Certainement, le juge appréciait le témoignage «hors dossier hospitalier», car le
dossier hospitalier n'a pas été «bien constitué», autrement, il n'aurait pas eu
besoin des «témoignages hors dossier», en fait, des mensonges sans pudeur. (Lire mes
commentaires sur les dossiers médicaux, les Certificats médicaux
et mon livre Psychiatry and Justice on
Trial).
(Page 197) Le demandeur n'a donc pas démontré par prépondérance, tel qu'il en avait
le fardeau, que les défendeurs ont négligemment établi leur diagnostic de maladie
mentale et de dangerosité.
Le juge se montre ignorant. Le demandeur (moi) a démontré, beaucoup plus que par
prépondérance, que les dossiers hospitaliers flagrants prouvaient que les défendeurs
n'ont pas établi le diagnostic de maladie mentale ou de dangerosité à l'égard de qui
que soit.
Citation de jugement (page 197):
Docteurs Juretic et Legault et l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu: Le peu de crédibilité
du défendeur Juretic a été antérieurement noté.
L'on doit donc douter des affirmations que le demandeur ne voulait quitter St-Jean de Dieu
qu'avec un écrit établissant qu'il n'avait pas été malade. Cependant, un fait demeure.
C'est que le 23 février 1972 le demandeur était placé en cure libre et qu'il le savait
après que le docteur Juretic eut diagnostiqué sa maladie comme une dépression
situationnelle causée sans doute par son hospitalisation involontaire antérieure et par
des problèmes de ménage. Il est clair qu'à partir de ce moment le docteur Delev, qui a
reconnu avoir su le changement de type de cure dès qu'elle fut opérée, devait être
considéré comme un patient volontaire qui pouvait quitter l'hôpital a volonté même si
son médecin ne voulait pas lui donner un congé médical. Le demandeur en l'instance ne
peut donc prétendre qu'il a été détenu à St-Jean de Dieu contre son gré. Il avait le
devoir de prouver que le docteur Juretic a été négligent en lui refusant un tel congé
médical.
Encore une perversion de la part d'un juge qui, supposément, dû à son titre, fait
preuve de sagesse et d'honnêteté. Avec l'embrouillement, le juge tente de disculper le
psychiatre. D'après lui, ce dernier peut jouer à son goût avec son patient. Le docteur
Juretic le contestait en écrivant deux fois à la main dans le dossier: «Pas de permis
de sortir de la salle. Aucune permission de téléphoner». Dans le dossier figure cette
note et le juge, dans son jugement, page 62, l'a réitérée: «Le patient qui se plaint
de la limitation de ses privilèges veut sortir immédiatement de l'hôpital». Un peu
plus loin, sur la même page, le juge écrivait: «Le médecin note que le patient est
anxieux, ses mains tremblent et il exige son congé de façon un peu plus agressive que
d'habitude».
Enfermé à huis clos, mes faits et gestes continuellement scrutés à la loupe et
constamment escorté partout par des gardiens, on se demande comment pouvais-je quitter
l'hôpital? Fuir par la fenêtre ou par la porte en assassinant un gardien?
Suit un autre exemple de la «doublepensée» ou hypocrisie du Juge Boudreault.
Je le cite (page 198):
Même si la cure fermée ne doit pas être considérée comme une mesure sociale mais
bien comme faisant partie d'un plan de traitement d'une maladie mentale sérieuse, rien
n'indique qu'une cure ouverte ne puisse être telle. C'est ce que semble avoir compris le
docteur Juretic, surtout après sa rencontre du 30 mars 1972 avec madame Delev à la suite
de laquelle l'on voit que le médecin modifie ses vues quant au moment du congé médical.
De l'avis du soussigné, le demandeur n'a pas prouvé qu'il était, dans les
circonstances, négligent de traiter en milieu hospitalier sa dépression et de retarder
le congé formel.
Dans ce paragraphe, le juge y est allé de plusieurs contradictions et spéculations qui
choquent le sens commun. Précédemment, le juge était d'accord que «la seule plainte
(par l'épouse) n'est pas suffisante pour interner une personne» et, maintenant, il
insiste noir sur blanc pour dire que la rencontre avec madame était suffisante et que le
docteur Juretic, «pour une dépression situationnelle causée sans doute par son
hospitalisation », peut «modifier ses vues quant au moment du congé médical», et
ainsi de suite indéfiniment!? Vraiment, je ne trouve pas de mots pour exprimer mon
indignation envers ce raisonnement d'un membre d'une des plus hautes instances.
Nul part, il n'était indiqué qu'une cure ouverte peut être convertie en cure fermée
«pour une dépression situationnelle». C'est un crime bien évident. Le calembour «la
maladie mentale sérieuse» n'est jamais «indiqué» dans le dossier. J'ai vérifié le
dossier à l'ordinateur et je n'ai rien trouvé. Le juge l'inventais.
Jugement, page 199:
Conspiration: l'action originale du demandeur faisant d'une conspiration
l'élément principal du recours. L'action réamendée réduisait l'importance de cette
allégation qui était cependant plaidée à l'argument. Généralement, la conspiration
emporte un ou des motifs. Le seul mentionné par le savant procureur du demandeur a été
que les défendeurs ont voulu priver le demandeur de ses enfants.
La bonne foi qui doit être présumée et que le tribunal n'a pas de raison de mettre en
doute pour aucun des médecins - sauf le cas particulier du médecin (Juretic) qui a
modifié le dossier hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu - et l'absence d'intérêt pour les
médecins à former une conspiration, de même que l'absence de toute preuve de
conspiration, doivent amener à la conclusion que le demandeur n'a pas fait preuve de ce
motif.
Les dossiers falsifiés et les déclarations fausses présentés au juge Boudreault ont
clairement prouvé que tous les médecins impliqués dans mon internement, lorsqu'ils
échouent aux insinuations abjectes de mon ex-épouse et du docteur Dionne, ont agi de
façon criminelle. Je me demande comment le juge peut alors parler de «bonne foi» car
qu'il s'agit des médecins indignes.
.....
L'opinion du docteur Harry Grantham (page 152 du jugement):
Il (le docteur Grantham) fait aussi la liste des éléments qu'avait révélés
l'examen mental du 16 novembre pour permettre d'arriver à l'impression diagnostique,
soit: (a) collaboration difficile; (b) négation de l'existence d'une maladie chez lui;
(c) dires du patient qu'il n'avait pas besoin d'être hospitalisé et que cela été une
indignité; (d) accusation de mauvais traitements à l'Hôtel-Dieu; (e) son affirmation
qu'il était hospitalisé sur les seuls dires de son épouse alors qu'il avait été
mentalement examiné par le docteur Dufour; (f) sa présentation tonique plutôt
agressive; (g) son sourire sarcastique; (h) la mise en doute de la parole de son épouse;
et (i) l'absence de délires désorganisés ce qui n'exclut pas un délire systématisé.
D'autre éléments significatifs alors à la connaissance du docteur Dorion étaient le
fait que le patient ne cessait de répéter qu'il s'agissait d'une sale histoire, son
admission que s'il a frappé sa femme c'était il avait plus d'un mois, son affirmation
qu'il n'était pas fou aujourd'hui pour la tuer, et le fait que le patient doutait de tous
et chacun. Le docteur Dorion n'avait pas alors constaté d'hallucinations et le fait que
le délire n'était pas désorganisé d'autre part indiquaient que le patient n'était pas
schizophrénique.
L'«opinion» du professeur parle d'elle-même. Cependant, je trouve difficile à
comprendre qu'un juge puisse placer cette sorte de niaiseries pour supporter son jugement
en qualifiant le professeur d'expert apte et... honnête! Et c'est ce genre de professeur
qui a enseigné à mon fils Gligor en psychiatrie et en éthique!
Voici l'abrégé de ma critique du comportement du juge Boudreault
pendant mon procès et de son jugement. Le lecteur excusera quelques instances de
répétition avec ce qui se trouve dans mes notes énumérées dans le jugement.
Après une attente de huit ans, mon cas fut enfin inscrit au rôle de la Cour supérieure
du Québec, à Montréal. Le procès a commencé le 17 octobre 1979. Le juge était
l'Honorable Pierre Boudreault.
Le procès a consisté en deux jours d'interrogatoires préliminaires (hors-cour) et
vingt-huit jours à la cour. Les défendeurs étaient les six psychiatres (Jacques
Grenier, Jacques Dufour, Pierre Dorion, Louis Roy, Filip Juretic, Raymond Legault) et les
trois hôpitaux (Hôtel-Dieu et Saint-Michel-Archange, à Québec et Saint-Jean-de-Dieu,
à Montréal).
Un grand nombre de défendeurs furent impliqués en plus de personnes de haut rang, comme
le Protecteur du citoyen, trois bâtonniers du Barreau du Québec, deux juges en chef de
la Cour supérieure de Montréal, des ministres et politiciens fédéraux et provinciaux.
J'étais convaincu qu'il serait très facile pour un avocat, même sans grande
expérience, de régler mon cas devant la cour, vu l'évidence (les dossiers) produite par
les psychiatres et les hôpitaux impliqués. D'un autre coté, considérant l'importance
des personnes impliquées, il était évident qu'il serait difficile pour un juge de
s'élever au-dessus du climat de préjugés et de conflits d'intérêts. Dans cette
situation, on s'étonne que ni mes avocats ni le juge lui-même n'aient suggéré un
procès devant jury.
En effet, comme je le soupçonnais, le juge Boudreault ne réussit pas à rendre un
jugement impartial. Il a fait nombre de gaffes dès le début. En général, toutes
proportions gardées, ses erreurs se comparaient presque jusque dans leurs moindres
détails à celles des personnes responsables de mon internement.
Le jugement compte 217 pages. L'honorable juge a commis bon nombre d'erreurs. Parce que je
ne suis qu'un profane en droit moi-même, il serait impossible de les exposer toutes au
grand jour. J'espère que mon fils, Slobodan, ou quelqu'un d'autre, plus qualifié,
évaluera éventuellement le jugement du juge Boudreault. De plus, la nature de cet
ouvrage ne me permet pas de faire plus qu'indiquer les erreurs accablantes du juge.
À la fin de son jugement, monsieur le juge, au chapitre «Auteurs et jurisprudence aussi
consultés», mentionne un grand nombre d'ouvrages (56 en tout) qu'il est censé avoir
consultés pour la rédaction de son jugement. Avec tout le respect que je lui dois, je
suis désolé de devoir affirmer qu'il ne les a pas consultés ou qu'il a simplement
ignoré les doctrines et les principes professés dans les ouvrages qu'il a cités.
Autrement, il n'aurait pas eu à gaspiller 28 jours en cour, en plus de mettre plus de six
mois à rédiger son jugement.
Ma connaissance des questions légales est limitée et se fonde davantage sur le bon sens.
Je vais donc m'arrêter sur les «erreurs» qui illustrent le mieux les passages où le
juge est en contradiction non seulement envers les auteurs auxquels il se réfère mais
également envers nul autre que lui-même.
Le juge a disqualifié les dossiers, les déclarations faites hors-cour et les documents
produits par les psychiatres et les hôpitaux impliqués comme si les preuves écrites
sont les «aide-mémoires»!? J'ai déjà cité les autorités médicales et juridiques
qui, rappelons-le, sont unanimes à dire que:
Le dossier peut constituer une preuve prima facie218 des
faits relatés, l'omission d'éléments qui doivent normalement s'y trouver peut
constituer une preuve qu'ils n'ont pas eu lieu. 219
Les même autorités écrivaient:
Les documents sont moins susceptibles de perdre de leur crédibilité avec le temps
que la mémoire humaine. 220
(Pour de plus amples renseignement sur le rôle du dossier lire le chapitre Déontologie).
D'ailleurs, dans ce sens, le Code civil précise et distingue la signification entre la
preuve écrite et la preuve par témoin, ce qui est tout à fait logique:
Art. 1204. La preuve offerte doit être la meilleure dont le cas, par sa nature,
soit susceptible.
Une preuve secondaire ou inférieure ne peut être reçue, à moins qu'au préalable, il
n'apparaisse que la preuve originaire ou la meilleure ne peut être fournie.
Art. 1234. Dans aucun cas, la preuve testimoniale peut être admise pour contredire ou
changer les termes d'un écrit valablement fait. 221
Donc, en rejetant les dossiers -- prima facie, la meilleure évidence, et en permettant la
preuve hors dossier hospitalier, le juge contrevenait le Code civile, la vérité -- et la
justice.
Le juge a tout simplement ignoré le fait que mes droits avaient été lésés de la
manière la plus brutale du tout premier contact avec les psychiatres de l'Hôpital
Hôtel-Dieu jusqu'au jour de mon congé final: arrestation sans mandat (ce que le juge a
noté aussi, voir page 24 du jugement), la détention, l'emprisonnement et l'exil
arbitraire, infligeant des peines ou traitements cruels et inusités, privation de mes
droits d'être informé sur la raison de mon internement, privation de mes droit de
retenir un avocat et du recours par voie d'habeas corpus et caetera). Presque tous les
paragraphes de la Déclaration canadienne des droits ont été violés.
Le juge a accepté un témoignage-marathon «hors dossier hospitalier», en fait, des
mensonges flagrants (lire les notes de juge dans son jugement sur l'«attitude» de mon
ex-épouse, le couple Lyonnais, du docteur Juretic).
Monsieur Boudreault a acquitté la personne dont la responsabilité était la plus grande
dans mon internement, soit le docteur Grenier, comme s'il n'avait rien fait de reprochable
(il est en preuve que ce docteur a admis avoir organisé mon internement avec les docteurs
Dufour et Dionne et avoir «rédigé l'histoire» qu'il «a fait envoyer à l'Hôpital
Saint-Michel-Archange», étant connu de lui comme «un schizo-paranoïde» (lire la Déclaration hors-cour (extrait) du docteur Jacques Grenier, son
Plaidoyer spécifique du docteur Jacques Grenier, consulter
aussi les Certificats médicaux)
Monsieur le juge a qualifié les falsifications faites par le docteur Juretic, de
«modifications», une infraction punissable par le Code criminel. Malgré cela, il a
pourtant acquitté le docteur comme étant un psychiatre honnête et compétent.
Sur l'«omission d'éléments», on a bavardé «hors dossier hospitalier» pendant
presque 28 jours en cour, et ce, bien que les fait relatés et indiscutables fussent très
clairement indiqués dans les dossiers.222
Voici un exemple clair de la «doublepensée» de l'honorable juge. Dans son jugement, à
la page 115, il écrit:
Il suffit de lire les réponses de ce témoin (monsieur Lyonnais) durant le
contre-interrogatoire pour s'imaginer son attitude à l'audience et comprendre qu'il n'a
pas impressionné le tribunal par son comportement. Le tribunal s'interroge aussi sur la
crédibilité de madame Lyonnais quand l'on compare ce qui apparaìt au rapport du
travailleur social avec l'abondance de détails dont elle se souvenait environ 8 ans
après les événements.
Monsieur et madame Lyonnais furent les principaux «informateurs» qui ont contribué à
mon internement. Ils ont constamment menti devant le tribunal. Ils ont même nié les
mensonges notés dans le dossier (à la page ). Monsieur Lyonnais a été l'un des plus
actifs initiateurs de mon internement. C'est lui qui a pris l'initiative de mon
arrestation, de voler mes affaires personnelles et ma correspondance (lire la Pièce No 34). Cependant, monsieur le juge a accepté leur
témoignage à l'effet qu'ils (monsieur et madame Lyonnais) avaient «vu certaines
tuméfactions du côté gauche de la figure de madame Delev» et que mon épouse était
une femme irréprochable - autant de «faits relatés» qui ne se retrouvaient pas dans le
dossier.
Un peu sur l'attitude et respect du monsieur Boudreault envers les lois et actes en ce qui
concerne la justice.
Monsieur Boudreault révoquait toutes les manoeuvres frauduleuses des psychiatres
malhonnêtes: les dossiers écrits par eux-même, leurs documents et des témoignage
(prêtés sur Saint-Évangiles), Code criminel du Canada, Code civil du Québec,
Déclaration canadienne des droits, Déclaration québécoise des droits, Code de
déontologie de l'Association médicale canadienne, Code de déontologie médicale
québécois, Code de déontologie professionnelle, adopté en 1974, par l'Association du
barreau canadien, Magna Charta (Art. 39), Habeas Corpus, la Charte canadienne des droits
et libertés, le Code de déontologie médicale, Code de procédure civil, La Loi
concernant les hôpitaux pour le traitement des maladies mentales... Est-ce qu'on peut
présumer qu'un juge ait pu négliger ces règlements par hasard?
En plus, le juge est même allé jusqu'à déprécier les règlements internationaux
respectés par tous les pays civilisés membres de l'Organisation des Nations Unies, par
exemple, Code international de déontologie des médecins, Déclaration universelle des
droits de Genève promulguée 1948. Ce qui me concerne le plus, étant moi-même médecin,
c'est que le juge a discrédité la Classification internationale des maladies,
décrétée par Assemblé des Nations unies. J'ai insisté pendant le procès sur le fait
que les psychiatre avaient commis des erreurs scandaleuses, en utilisant des codes
impropres à ceux »de la Classification. Le juge écrivait: «La question des nombreuses
erreurs de numéro de classification a paru au tribunal sans importance», et que leur
usage est pour «un personnel non médical, et qu'elle ne sert qu'à des fins statistiques (non médicales)»!? Au risque de choquer le juge,
la vérité est loin d'être telle.
La Classification internationale des maladies est, comme son nom l'indique, d'une
signification internationale, inventée et créée par l'Organisation mondiale de la
santé, comité des Nations Unies, donc une organisation mondiale de la plus haute
importance. Cette classification est créée par des médecins à l'intention des
médecins compétents afin de codifier proprement les diagnostics, ainsi que pour aider
les statisticiens à bien accomplir leur travail. Dans notre cas, les psychiatres ont
commis «de nombreuses erreurs de numéro de classification», comme le juge l'a noté.
Les mots de la note sont corrects mais la réflexion sur l'importance de la Classification
est perverse. Elle est présentée, selon le juge, comme si les diagnostics et codes sont
destinés à des ignorants de la médecine, ou, comme le juge l'a inscrit, pour «un
personnel non médical».
Cependant, le juge a pris soin, pas comme un ignorant de la médecine ou comme un
psychiatre, mais bien comme un juge, d'argumenter prolixement sur les numéros des codes
297.0 et 301.0 -- les codes inexistants dans les dossiers. Il a même cité certains
passages de la Classification pour défendre les malhonnêtes. Pas un seul mot sur le code
300.0, pourtant bien noté dans le dossier. Serait-ce la double nature du juge
Boudreault!!?
Logiquement, le Canada, ou plutôt le Québec, devrait être un pays civilisé avec les
institutions civilisées qui devraient améliorer, ou à tout le moins aider, les
préoccupations d'une population. Les lois, les cours et les professionnels de la justice
sont ceux qui jouent un rôle primordial à cette fin. De par leur importante fonction,
les juges sont également ceux qui doivent trancher les lignes, avec une impartialité
totale, en mettant en pratique les lois et les règlements promulgués par l'Assemblée
nationale.
Force est d'admettre que dans mon cas, je suis en droit de me demander si le juge
Boudreault n'interprétait pas les règlements de la justice à sa façon, de manière à
protéger honteusement les erreurs des psychiatres.
* * * * *
Lorsqu'il a terminé la rédaction de son jugement, il a ajouté quatre pages
supplémentaires - les pages 196.1, 196.2, 196.3 et 196.4 - sans donner de raison, sans
date de correction et sans signer, ce qui est une condition sine qua non aux termes de la
loi. Ceci jette le doute sur le jugement et démontre la mauvaise foi du juge.
D'après Bernardot et Kouri223,
les autorités citées par le juge lui-même, disent:
Des erreurs cléricales ou autres lacunes de même genre, nous pensons que la personne
responsable peut rayer d'un seul trait de stylo la partie à corriger pour la remplacer
par les bonnes informations. De plus, la personne apportant la rectification doit la dater
et signer. Ainsi, évitera-t-elle les soupçons qui sont normalement éveillés par des
ratures.
Cette citation se rapporte aux médecins. Elle dit comment les médecins doivent faire
correctement des rectifications aux dossiers. Est-ce que les juges sont exempts de ce que
les médecins doivent faire? Au contraire, les juges, vu leur position dans notre système
juridique et leur formation légale, en cas d'infractions, sont plus coupables que les
médecins. Enfin, le jugement est plus qu'un dossier.
* * * * *
L'une des fautes les plus graves du juge Boudreault est le manège impardonnable auquel il
s'est livré en accord avec Me Stephen Clerk, l'avocat des docteurs Juretic et Legault.
Me Clerk, dans la tentative dolosive d'exonérer ses clients, avait produit devant la cour
le dossier falsifié, ce qui est relevé par le juge qui l'a même qualifié de geste
«accablant». Selon le Code de déontologie, Me Clerk aurait dû être réprimandé pour
son geste ou même proscrit du Barreau du Québec.
En dépit de cela, non seulement le juge n'a pas condamné l'avocat mais encore lui a-t-il
confié les cassettes (bobines) de magnétophone de la cour sur lesquelles se trouvaient
des témoignages de ses clients, les docteurs Juretic et Legault. En fait, le juge s'est
associé avec Me Clerk, dont il savait pouvoir se livrer à des manoeuvres douteuses.
C'est comme si le juge avait confié l'Hôtel de la Monnaie à un faux-monnayeur notoire
(lire Pièce No 36: Preuve que le juge Boudreault a agi
maladroitement).
Évidemment, les bobines (cassettes) furent manipulées et les dactylos de Me Clerk ont
fidèlement noté les espaces effacées, en écrivant «les blancs totaux en second».
Ce qui est encore plus incroyable, c'est qu'il n'existe aucune trace (recueil des arrêts)
de mon cas dans les annales juridiques. Sachant que j'avais affaire à des gens
malhonnêtes, j'ai pris soin de me procurer tous les documents originaux - médicaux et
juridiques.
* * * * *
Pour s'efforcer de tout raconter sur le jugement, il faudrait occuper plus d'espace que le
jugement lui-même n'en occupe. Le juge s'est employé à sauver des gens qui auraient dû
être sévèrement punis. Si Dieu me prête vie, je consacrerai un autre livre à
l'analyse du jugement.
Dans la Grèce antique, on appelait les juges et avocats, des rhétoriciens, et le droit,
la rhétorique. Il arrive quotidiennement qu'avec la rhétorique, des innocents soient
jetés en prison, alors que des criminels déambulent paisiblement dans la rue comme
d'honorables citoyens. Monsieur Boudreault avait certainement une raison pour agir comme
il l'a fait mais il est allé plus loin qu'un rhétoricien. Le raisonnement du juge
Boudreault et celui des psychiatres nous rappellent la doublepensée du roman satirique de
George Orwell, 1984 224
:
Le contrôle du passé dépend surtout de la discipline de la mémoire. S'assurer que
tous les documents s'accordent avec l'orthodoxie du moment n'est qu'un acte mécanique. Il
est aussi nécessaire de se rappeler que les événement se sont déroulés de la manière
désirée. Et s'il faut rajuster ses souvenirs ou altérer des documents, il est alors
nécessaire d'oublier que l'on a agi ainsi. La manière de s'y prendre peut être apprise
comme toute autre technique mentale. Elle est en effet étudiée par la majorité des
membres du Partie (dans notre cas les autorités judiciaire, surtout le juge Boudreault)
et, certainement, par tous ceux qui sont intelligents aussi bien qu'orthodoxes. En
novlangue, cela s'appelle doublepensée, mais doublepensée comprend aussi beaucoup de
significations.
La doublepensée est le pouvoir de garder à l'esprit simultanément deux croyances
contradictoires, et de les accepter toutes deux. Un intellectuel du Parti sait dans quel
sens ses souvenirs doivent être modifiés. Il sait, par conséquent, qu'il joue avec la
réalité, mais, par l'exercice de la doublepensée, il se persuade que la réalité n'est
pas violée. Le processus doit être conscient, autrement il ne pourrait être réalisé
avec une précision suffisante, mais il doit aussi être inconscient. Sinon, il
apporterait avec lui une impression de falsification et, partant, de culpabilité.
La doublepensée se place au coeur même de l'Angsoc, puisque l'acte essentiel du parti
est d'employer la duperie consciente, tout en retenant la fermeté d'intention qui va de
pair avec l'honnêteté véritable. Dire des mensonges délibérés tout en y croyant
sincèrement, oublier tous les faits devenus gênants puis, lorsque c'est nécessaire, les
tirer de l'oubli pour seulement le laps de temps utile, nier l'existence d'une réalité
objective alors qu'on tient compte de la réalité qu'on nie, tout cela est d'une
indispensable nécessité.
Pour se servir même du mot doublepensée, il est nécessaire d'user de la dualité de la
pensée, car employer le mot, c'est admettre que l'on modifie la réalité. Par un nouvel
acte de doublepensée, on efface cette connaissance, et ainsi de suite indéfiniment, avec
le mensonge toujours en avance d'un bond sur la vérité.
Lorsque je me suis retrouvé entre les mains de personnes infâmes, je
me suis juré, sur mes enfants et sur ma vie, que jusqu'à la fin de mes jours, je me
battrais et ferais tout pour obtenir justice et rétablir ma réputation de même que
celle de mes enfants. Ils étaient jeunes à l'époque et je ne voulais pas les
inquiéter. Même plus tard, au cours du procès, je ne voulais pas les troubler.
Ce fut tout un choc pour eux de voir leur père dans un hôpital psychiatrique. Je me
souviens qu'au cours d'une de leurs visites, le plus jeune, Alexandre, m'a demandé:
«Papa, je comprends que tu sois malade mais pourquoi es-tu avec ces fous?» Mes
«médecins» ne pouvaient pas les empêcher de venir me voir.
J'ai déjà dit que les psychiatres n'ont jamais contacté les enfants. Pourquoi? Parce
que, je suis convaincu, si on les avait interrogé au moment de mon internement sur ce
qu'ils pensaient de leurs parents, ils auraient sûrement répondu qu'ils aimaient «le
meilleur père du monde» beaucoup plus que leur mère. Pourquoi? Parce que leur mère
s'était montrée aussi cruelle envers eux qu'envers leur père. Pouvez-vous imaginer des
enfants qui aiment un «schizoparanoïde» et «père détestable» plus qu'une bonne
mère?
Je crois également que si les psychiatres avaient approché les enfants, je ne serais pas
resté à l'hôpital et que leur attitude actuelle serait complètement différente.
Les psychiatres ont failli à leur tâche. De plus, en aidant une femme mentalement
dérangée dans ses machinations diaboliques, ils ont choisi de détruire l'enfance de
trois garçons innocents. Les enfants étaient heureux car en dépit de tout, ils se
sentaient «forts et comme des rois» aux côtés de leur père!
Ce n'est pas que je n'étais pas perceptif mais je ne voulais pas tout savoir des
aventures de leur mère. J'ai tout donné pour eux, y compris ma réputation.
J'étais sur le point de divorcer ma femme, bien avant notre venue au Canada. Dans
l'intérêt des enfants j'ai fermé les yeux et ai continué à travailler comme un
esclave, seulement pour connaìtre la pire humiliation et, finalement, me retrouver dans
un hôpital psychiatrique. Oui, si nous parlons de maladie, j'étais et je suis toujours
malade - malade de mes sentiments à l'égard de mes enfants.
Avant mon internement, au lendemain d'une querelle avec ma femme au sujet de ses relations
avec des marins yougoslaves, en sa présence, je m'adressai à mes deux fils les plus
âgés, Gligor et Slobodan et, de la façon la plus délicate qui me soit possible, je
leur expliquai que leur mère et moi ne pouvions plus vivre ensemble et que la meilleure
solution serait de nous séparer. Ils se mirent à pleurer, en particulier, Gligor, qui
criait: «nous ne voulons pas la séparation», tandis que ma femme m'invectivait de la
façon la plus vulgaire et la plus méprisante qui soit. De sorte qu'aucune solution n'en
découla.
Après mon internement, on m'a informé qu'il fallait que j'obtienne la permission de ma
femme pour voir mes fils. Je ne suivis pourtant pas l'avis de mon «psychiatre traitant»
et «ami» Juretic. J'étais impatient et me rendis les voir. Nous étions de nouveau tous
très heureux ensemble.
Par la suite, chaque fois que l'occasion se présentait, je leur rendais visite. Ils
étaient toujours impatients de me voir. Mon second fils Slobodan, l'avocat, plus
empressé, vint me voir à Toronto sans la permission de sa mère. C'est lui qui prit les
lettres de sa mère et me les apporta à l'hôpital. À partir de ces lettres, j'ai
découvert des choses horribles - que mon frère et sa mère complotaient pour ruiner ma
vie et ma famille. Slobodan a même écrit à M. René Lévesque, alors premier du
Québec, afin qu'il intervienne en ma faveur.
J'ai enduré les crises d'hystérie et les insultes de leur mère uniquement pour eux. Ils
se développaient très bien, tant intellectuellement que physiquement, malgré notre
relation. Les moments que j'ai passés avec mes fils avant mon internement sont les
meilleurs moments de ma vie. J'étais très fiers d'eux et prêt à faire tous les
sacrifices pour les aider à bien démarrer dans la vie.
J'ai déjà décrit la façon dont mon ex-femme traitait cruellement les enfants. Quelques
jours après leur arrivée, elle a battu Gligor comme un animal. Dans une telle situation,
j'imputais la cruauté de ma femme à l'égard des enfants à sa haine envers moi ; elle
exprimait sa haine pour moi par sa violence sur les enfants. Au cours de ces moments
difficiles, mon amour pour les enfants n'en devint que plus grand.
Au cours de nos brèves rencontres, la plupart du temps, nous errions dans la ville et les
centres commerciaux où je leur achetais des gâteries. Bien que je fusse dans une
situation financière terrible, je ne voulais pas le leur montrer. Néanmoins, j'avais
l'impression que mes visites leur faisaient plaisir. Comme je l'ai mentionné plus haut,
j'avais une certaine difficulté à les tenir les trois à la fois. Nous avions pourtant
trouvé une solution; deux d'entre eux me tenaient par la main alors que l'autre était
sous mon bras. Il m'était difficile de les convaincre, le soir venu, de rentrer pour
aller dormir. Un jour, Gligor m'a demandé: «papa, lequel d'entre nous préfères-tu?»
Je répondis, usant de diplomatie, que pour un père, tous ses enfants sont égaux.
Je les observais et ils se plaignaient ouvertement de se battre entre eux et avec leur
mère. Les luttes étaient particulièrement intenses lorsque je devais aller leur rendre
visite. Mon ex-femme trouvait toujours quelque chose pour créer de la discorde et les
bouleverser. Et, de leur côté, ils lui répondaient sur le même ton. Pour ma part,
j'essayais de les convaincre de voir les choses en face: qu'ils vivaient avec leur mère
et qu'il fallait faire en sorte que tout le monde s'entende.
Slobodan se plaignait que sa mère était «hystérique» et qu'elle le traitait de
«paranoïaque» et qu'elle accordait des privilèges à Gligor et qu'en quelque sorte,
son autre frère et lui souffraient de «distinctions injustes». Je l'ai entendu à un
certain moment se fâcher contre sa mère au téléphone et la traiter de «menteuse». Il
m'avait également appris que Gligor avait tenté de battre sa mère. En dépit de mes
sentiments à l'égard de leur mère, je les ai vertement réprimandés pour leur attitude
et leur comportement. Mon intention était d'apprendre à mes enfants à être des
personnes raisonnables et obligeantes en toute circonstance.
Au cours de mes visites, les enfants se plaignaient aussi de la dureté de leur mère.
Elle criait et les battait pour des riens. Lors de son témoignage, même elle a avoué à
la cour qu'elle les «battait de temps en temps, pour leur bien». Je crois qu'en mon
absence, sa conduite terrorisante et l'appui de ses amis ont contribué à retourner les
enfants contre moi.
L'attitude actuelle de mes fils me laisse des plus perplexes. Avant mon internement, ils
vivaient dans l'abondance et le bonheur, bien que leur mère fût comme une bombe à
retardement dont on ne savait jamais à quel moment elle allait exploser. J'étais l'idole
des enfants. Même après mon internement, ils étaient ravis de me voir. Je croyais
qu'ils n'oublieraient jamais ce que j'ai fait pour eux.
Je croyais qu'en grandissant, ils tenteraient d'élucider le problème de leur père, qui
est par le fait même aussi le leur. Ils sont dans une position, Gligor étant médecin,
et Slobodan, avocat, de réhabiliter le nom de leur père et le leur. C'est davantage leur
question que la mienne. Hélas, non seulement m'ignorent-ils aujourd'hui, mais encore
sont-ils des plus impolis à mon égard. Leur attitude ne peut être expliquée que par le
syndrome de Stockholm, qui se développe dans des situations où naissent chez les
victimes des sentiments paradoxaux à l'endroit de leurs oppresseurs-ravisseurs. Les
opprimés s'identifient aux oppresseurs avec lesquels ils sympathisent et collaborent.
La lumière sur mon histoire bénéficierait à mes enfants qui ont si longtemps vécu
dans l'obscurité et la confusion. On ne leur a pas dit toute la vérité. J'espère
qu'ils apprendront qui est leur père et quelle sorte de personne il est. Ce livre est
écrit dans cet esprit et avec cet espoir. J'espère qu'ils vont se réveiller, voir la
vérité en face et faire ce que leur père désire le plus, cracher à la face de tous
ceux qui ont contribué à cette tragédie.
Si mes fils sont réellement les miens, ils devraient se sentir concernés par le nom de
leur père qui est également le leur. Je sais que leurs sentiments à mon égard sont
diminués mais les miens, eux, sont intacts, sinon plus forts encore. Il aurait mieux valu
pour nous tous de ne pas connaìtre la vérité. Bien que nous vivions dans un monde
insensible et sans pitié, comme père, j'ai pu faire en sorte qu'ils se sentent en
sécurité et «fiers comme des rois», comme ils l'ont déjà écrit. Et, en tant que
père, j'étais plus qu'heureux avec mes trois fils.
Les moyens qu'ont utilisés mon ex-épouse et ses amis pour me réduire au rang de malade
mental ont éveillé en moi des doutes quant à la paternité de mes enfants, en
particulier le quatrième, en raison du fait qu'il est né dans des circonstances
particulières. Après mon hospitalisation, bien que nous vivions séparés, nous avions
beaucoup de plaisir à chacune de nos rencontres, jusqu'à ce que je leur dise que j'avais
découvert que leur plus jeune frère n'était pas mon fils. (Des tests en laboratoire en
ont fait la preuve.)
C'est à contrecoeur que j'écris au sujet de mon ex-femme, qui a été l'instigatrice de
mes difficultés et de celles de mes enfants et qui, plus tard, a joué le jeu des
scélérats. Je sais que les enfants n'aiment pas que je dise du mal de leur mère mais
comme ils sont des adultes, ils devraient connaìtre la vérité qui leur a
systématiquement été cachée. Ils ne connaissent que des demi-vérités. Comme je leur
ai déjà dit, vaut mieux connaìtre la vérité que de s'enfouir la tête dans le sable.
Pour mes fils et moi, la réalité est terriblement douloureuse mais en faisant face à la
vérité, la douleur serait moins grande. Après tout, leur père approche de la fin de
ses jours mais eux, devront souffrir à jamais du stigmate d'être les descendants d'un
«schizo-paranoïaque».
Mon hospitalisation, aussi dégradante qu'elle fût, compte tenu des abus physiques et
psychologiques, est la moindre de mes souffrances. Même le stigmate d'être reconnu comme
malade mental, je pourrais le surmonter. Mais la perte de mes enfants est la blessure la
plus profonde que je porte en mon coeur depuis un si grand nombre d'années et qui ne peut
s'estomper malgré le passage des années. Je crains de mourir avec cette blessure.
Je n'ai jamais été jaloux de façon morbide et la fidélité ou l'infidélité de ma
femme, en soi, n'ont jamais été au coeur de mes considérations. La question de mes
enfants, de leur sort et de l'amour que je leur porte - voilà la question qui m'a
tourmenté et me tourmente encore. Si ce questionnement est le fruit d'une imagination
démentielle alors, par cette définition, je suis malade. Selon la logique des
psychiatres impliqués, je devrais être interné dans un institution psychiatrique pour
le reste de mes jours. Cependant, je suis en liberté. Plusieurs psychiatres m'ont fait
subir des examens depuis que j'ai reçu mon congé de l'hôpital mais aucun n'a encore
trouvé quelque signe de maladie. Au contraire, tous m'ont déclaré tout à fait normal!
Comme je l'ai mentionné à plusieurs reprises, ce qui est pour moi le plus horrible et
troublant, c'est l'aliénation de mes enfants. En voyant des psychiatres après mon
internement, j'avais deux objectifs principaux: le premier et plus important, obtenir de
l'aide pour maintenir une bonne relation avec mes enfants et proches parents, et le
deuxième, me débarrasser du stigmate de malade mental.
Malheureusement, même les psychiatres consultés après mon internement ont failli dans
leur tâche. Ce n'est pas suffisant de dire ou d'écrire que je suis en bonne santé. Une
hospitalisation injustifiée a un impact incroyable sur la vie du patient. Je disais aux
docteurs Divic, Littmann et Pivnicki qu'il était primordial de voir les enfants et
d'entendre leur témoignage. Et je disais également aux enfants que les psychiatres que
je connaissais les rencontreraient. Je crois que les enfants ont commencé à mettre en
doute la compétence des psychiatres ainsi que ma parole du fait de ne pas avoir été
contactés.
Avec le temps, ma relation avec les enfants s'est graduellement atténuée, si bien que
nous ne nous voyons plus du tout. Il y a deux ans, après une longue période de silence,
j'ai téléphoné à Slobodan. En réponse, je n'ai reçu que des sarcasmes. Il a
également insulté Me William Schabas, professeur de droit à l'Université du Québec.
Il a même menacé d'intenter une poursuite contre Me Schabas pour m'avoir supporté dans
la rédaction de mon histoire et pour ses bons offices visant à tenter de l'aider, lui et
ses frères, à établir des relations plus humaines avec moi.
Ce livre, tout comme sa première version anglaise, est d'abord et avant tout dédié à
mes enfants et rédigé pour eux. Mon récit n'a rien d'agréable pour personne; ni pour
les enfants ni pour moi. Je l'ai écrit parce que je me devais de l'écrire. C'est avec un
coeur lourd que tout cela a été rédigé.
Pour ce que je dis de leur mère, je n'avais aucune l'intention de le faire jusqu'à ce
qu'elle complote pour ruiner ma vie et celle des enfants. Et quoique j'aie écrit, ils
savent que tout est véridique et que je peux tout prouver sans l'ombre d'un doute.
Après avoir imprimé la version anglaise, j'ai expédié des copies à Gligor et Slobodan
dans l'attente d'une éventuelle réponse de leur part. Je n'ai jamais rien reçu.
Avant d'imprimer ce manuscrit, je leur en ferai parvenir une copie dans l'espoir que cette
fois, ils y répondent. Mon objectif est d'abord de tenter de rétablir une relation
père-fils appropriée et, en deuxième lieu, dans l'édition de la version finale, de
trouver quelque moyen de ne pas écrire contre leur mère. Malgré tout, je garde la
conviction qu'elle est malade et incapable de faire seule tout ce qu'elle a fait. J'accuse
d'abord et avant tout les autorités psychiatriques et judiciaires. Je suis convaincu que
ce livre sera favorable - moralement et financièrement - tant pour les enfants que pour
moi et même leur mère.
Autrement, je mets au défi toutes les personnes impliquées. Je suis disposé à me
soumettre à un examen psychiatrique afin de prouver ma bonne santé mentale - et que les
personnes impliquées dans mon internement sont méprisables.
Ordinairement, dans les ouvrages scientifiques et, surtout,
littéraires, l'épilogue suppose ni plus ni moins une conclusion ou encore un quelconque
résumé de l'ouvrage. Dans ce cas-ci, il est impensable de produire ni conclusion ni
résumé. Pourquoi? Pour la simple et bonne raison que l'histoire n'est pas tout à fait
terminée. Le lecteur s'en sera rendu compte, le récit de mon cas soulève infiniment
plus de questions qu'il ne donne de réponses.
Dans le chapitre intitulé Post hoc, ergo propter hoc, j'ai tenté en quelque sorte
de résumer le pénible épisode de mon hospitalisation. Toutefois, les événements
ultérieurs apparaissent d'une complexité telle qu'ils peuvent contribuer à jeter un
certain doute sur ma constante insistance à affirmer que je suis un homme sain de corps
et d'esprit. Au risque de me répéter, mon histoire peut paraìtre tout simplement
invraisemblable considérant l'importance sociale et le rang hiérarchique des personnes
que j'accuse directement. Est-il vraiment possible qu'un homme ait été, sur les seules
déclarations d'une femme avec des antécédents de maladie mentale, interné
illégalement et inutilement pendant plus de six mois? Est-il vraiment possible que tant
de psychiatres aient pu agir de façon aussi malhonnête pour ruiner la vie et la
réputation d'un être humain qui ne cherchait qu'à se tailler une place dans une
société civilisée? Est-il vraiment possible que d'éminents juges aient pu passer
l'éponge sur tant de preuves concrètes confirmant l'existence d'une machination
diabolique en exonérant de tout blâme les personnes concernées? Est-il vraiment
possible que tout cela me soit véritablement arrivé? Je ne puis qu'affirmer que j'en
suis la preuve vivante.
Toutefois, je mets quiconque au défi de me contredire. Pour ce faire, je demeure prêt en
tout temps à me soumettre à tous genres d'examen psychiatrique afin de prouver à jamais
mon argumentation. Tel est l'unique but de ce livre: faire ressurgir une vérité qui
aurait dû éclater au grand jour il y a maintenant 25 ans afin de réhabiliter mon nom et
celui de mes enfants. Pour eux, j'ai juré de me battre jusqu'à mon dernier souffle pour
que mon désir le plus cher soit exaucé et c'est ce que je ferai.
Cette «tempête dans un verre d'eau», telle que mentionnée au tout début par un
psychiatre qui qualifiait ainsi mon hospitalisation en institut psychiatrique, aura bel et
bien pris l'allure d'un ouragan aussi déchaìné que dévastateur. Un ouragan qui n'a
cessé de déferler depuis maintenant un quart de siècle. Un ouragan qui a déchiré
l'enfance paisible que méritaient trois jeunes garçons innocents et sans défense; un
ouragan qui a démoli la vie d'un homme qui ne demandait qu'à contribuer à l'essor et à
l'épanouissement d'une société qu'il avait adopté comme patrie.
Encore aujourd'hui, je tente de m'expliquer toutes les situations qui m'ont mené à vivre
dans cet enfer; je tente toujours de comprendre comment tant de personnes tenaient à
m'humilier ainsi. Je cherche sans cesse les raisons qui justifieraient toutes ces
machinations aussi absurdes que diaboliques.
Un jour, j'obtiendrai les réponses. Un jour, les coupables seront démasqués. Un jour,
je serai moralement réhabilité, même après ma mort. La justice et la vérité absolue
triomphent toujours... Sinon, une vie dénuée de la dignité, dénuée de sens est sans
aucune valeur. Comme le déclare Friedrich Wilhelm Nietzsche, «chacun devrait pouvoir
mourir fièrement s'il n'est plus possible de vivre fièrement...»