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Extraits du procès-verbal de la cour et du jugement



Déclaration hors-cour (extraits)
du docteur Filip Juretic

LEQUEL étant dûment assermenté sur les Saints-Evangiles, déposa et dit ce qui suit:

Question: par Me Goulston (mon avocat): Est-ce que vous connaissiez ce Risto Delev avant cet appel-là?

Réponse: J'ai vu monsieur Risto Delev à deux reprises brièvement avant son hospitalisation quand il était de passage à Montréal.

Q. À quel titre? à titre d'ami ou à titre professionnel?

R. Non, je ne connaissais pas du tout monsieur Risto Delev à titre professionnel mais quelqu'un de ses compatriotes l'a dirigé vers moi lui donner des informations, de quelle façon la plus efficace il pourrait s'intégrer dans la profession médicale canadienne.194

Q. Vers quelle époque cette rencontre-là, le savez-vous?

R. Cette rencontre-là a été peut-être un mois avant son hospitalisation.

Q. Avez-vous apporté, à notre demande, le dossier de votre institution sur le cas du demandeur?

R. J'ai quelque chose de personnel comme observations et quelques pièces du dossier.195

Q. Alors à quel moment avez vous commencé à communiquer par écrit avec le demandeur?

R. Oui, après son congédiement, après son congédiement de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu, qui survenu...196

.....

Q. Dans le dossier que vous avez conservé vous-même, se trouvent-ils des diagnostics que vous avez faits personnellement sur le cas de cette personne?

R. Oui, monsieur Delev faisait... avait présenté une personnalité paranoïde caractérisée par l'agressivité, faux jugements, méfiance marquée et orgueil excessif. Sur cette personnalité s'est greffé un délire nettement paranoïde, délire de persécuteur.

Q. Alors cet ensemble...

R. Tout cela couronné par un état dépressif situationnel, qui nous faisait craindre «acting out» homicidaire, prenant comme cible sa femme, pouvoir prendre, à un certain moment psychotique, comme cibles ses enfants. Je parle de la dynamique psychotique pour les «acting out» que nous avons craint, n'excluant pas danger suicidaire car l'agressivité du patient dans une impasse pourrait être détournée vers lui-même.

Q. Je ne veux pas évidemment à ce stade de la cause entrer dans une polémique avec vous, mais n'est-il pas vrai quand même de dire que certains de ces phénomènes existent chez n'importe quelle personne, sinon dans l'ensemble?

R. Non, pas le phénomène comme tel, il n'existe pas à ce degré chez une personne normale, parce que ce qui est frappant chez monsieur Delev, qui apparaìt une personne bien normale en dehors de son délire, mais quand on touche la matière de son délire on s'aperçoit qu'il est gravement hypothéqué (sic) au point de vue psychiatrique..197

Q. Avez-vous apporté avec vous des lettres que le docteur Delev vous a écrites pendant sa période d'internement?

R. Non, il ne m'a pas écrit des lettres pendant,...198

Q. Êtes-vous capable quand même, comme ex-employé de l'hôpital et directement concerné, d'obtenir pour moi et de produire le dossier médical de cet individu?

R. ...199

.....

Q. Est-ce que le traitement que vous avez proposé pour le docteur Delev, comprend également des médicaments?

R. Oui.

Q. Le traitement d'ergothérapie?

R. Oui et les médicaments, mais le traitement le plus important a été psychothérapie.

Q. Et dans l'espace, la psychothérapie a été administrée par qui?

R. Par moi-même.

Q. Par vous-même?

R. Oui, par moi-même.

Q. Est-ce que le docteur Delev a consenti?

R. Évidemment, parce que c'était un dialogue entre le médecin et le patient.200

.....

Q. Si je comprends bien, vous avez bien rencontré l'épouse de demandeur?

R. Oui.

Q. A combien de reprises?

R. J'ai rencontré l'épouse je crois à trois reprises, mais on a échangé des lettres.

Q. Avez vous encore les lettres en question?201

R. Oui.

Q. Est-ce que vous voulez les produire?

R. Je ne sais pas si j'ai ici la lettre.

Q. Est-ce que vous vous engagez à me la faire parvenir?

R. Oui.

Q. Avez-vous jamais dû vérifier l'histoire sur la menace?

R. ... (pas de réponse)
PAR ME CLERK (avocat du docteur Juretic):

Q. Avez-vous la lettre ici?

R. Non, je n'ai pas cette lettre parce que les lettres sont une chose en-dehors du dossier médical (sic).

PAR ME GOULSTON:

Q. Pouvez-vous me résumer en substance ce que madame a écrit?

R. ... (pas de réponse)

Q. Je retire la question précédente et je vous demande de résumer les demandes.

R. L'épouse du patient m'a montré sans équivoque qu'elle se croyait en danger physique avec son mari. Elle m'a donné une version de l'accident dans la nuit, quand elle a été menacée par son mari, elle s'est échappée de la maison en déshabillé et fut amenée et protégée par un passant dans une automobile dont l'identité ne sera pas difficile à savoir.

Q. Est-ce que vous connaissez l'identité de cette dernière personne?

R. Non, je vous dis ce que la dame m'a dit. La police a trouvé la hache dans le sous-sol, les enfants pleuraient et ensuite...

Q. A quel moment les enfants ont-ils pleuré par rapport à cette histoire-là?

R. Les enfants pleuraient quand la dispute est survenue et l'agression s'est produite. Une agression sans qu'il ne touche la patiente, mais il se préparait...202

.....

Q. Pour reprendre et pour que la transcription soit plus ou moins fidèle, pendant l'absence de la sténotypiste, vous m'avez fait part d'une série de menaces?

R. Non, une menace203 une fois, il m'a téléphoné.

Q. A vous personnellement?

R. Oui, à moi personnellement, à mon bureau.

Q. A quel moment, monsieur?

R. Ah ça...

R. Toute procédure, toute attitude qu'il a prise après son congédiement, dénote cette personnalité qu'il ne change jamais et que l'on ne peut pas définir comme une psychose, qui dure toute la vie.

PAR ME CLERK (avocat du docteur Juretic):

Q. Est-ce que vous savez si monsieur Delev s'est plaint à l'Ombudsman, le Protecteur du citoyen?

R. Oui, l'Ombudsman m'a téléphoné.

Q. Est-ce qu'il y a eu une enquête?

R. Oui, l'Ombudsman a trouvé que son internement à Saint-Michel-Archange était parfaitement légal.

PAR ME GOULSTON (mon avocat):
Q. Alors voulez-vous me fournir par l'entremise de votre avocat, si possible, les documents suivants: Tout document servant à prouver ou montrer plutôt l'étendue des enquêtes effectuées sur l'histoire de la hache, par cela j'entends, disons, soit des lettres ou des rapports de police ou d'autres choses que vous avez ramassées ou que vos prédécesseurs ont ramassées pour étayer, disons, cette crainte supposément légitime de la part de son épouse?204


Déclaration hors-cour (extraits)
du docteur Jacques Grenier

LEQUEL étant dûment assermenté sur les Saints Évangiles, dépose et dit ce qui suit:

Interrogé par mon avocat Me PHILIP GOULSTON:

Q. Est-ce que vous connaissez le demandeur dans cette cause?

R. Je ne l'ai pas rencontré. Je lui ai parlé au téléphone une fois, je pense.
205

Q. Vous souvenez-vous de la date de cette conversation-là?

R. Tout ce que je sais, c'est que c'est après qu'il soit.... après qu'il a été hospitalisé.

Q. Par rapport à la présente cause, son internement?

R. Oui.

Q. Selon le certificat médical ou le certificat d'internement signé par le docteur Dufour, vous auriez envoyé une histoire à l'Hôpital Saint-Michel-Archange si je ne me trompe pas?

R. Oui, exact.

Q. Alors, est-ce que vous pourriez m'indiquer la nature de cette histoire-là ou quel serait le contenu?

R. Le contenu, c'est une histoire qui a été rédigée à partir des déclarations de l'épouse.

Q. Uniquement de l'épouse?

R. Uniquement de l'épouse qui affirme que son mari lui a fait des menaces graves.

Q. Avez-vous gardé ou conservé une copie de ce rapport-là?

R. Oui.

Q. Est-ce que vous pourriez la produire sous la cote G-1, s'il-vous-plaìt?

R. Oui.

PAR ME BISAILLON (avocat du docteur Grenier):
Je crois que le document en question se trouverait dans le dossier hospitalier de Saint-Michel-Archange.206

PAR ME GOULSTON:
Je dois dire que c'est un dossier un peu éparpillé parce qu'il y a trois hôpitaux d'impliqués. Il y a peut-être eu des choses d'égarées à certains moments.

PAR ME BISAILLON:
Alors, l'histoire de cas envoyée à Saint-Michel-Archange comme exhibit G-1.207

PAR ME GOULSTON: Oui, c'est cela.

Q. Est-ce que vous connaissez le docteur Dufour?

R. Oui.

Q. Est-ce que lui aussi est psychiatre?

R. Oui.

Q. Avez-vous discuté avec lui de ce cas en particulier?

R. Oui, sûrement.

Q. Avant même l'hospitalisation du demandeur?

R. Avant, le docteur Dufour savait que j'avais été contacté.

.....

Q. A quel moment madame Delev serait-elle venue la première fois vous rencontrer?

R. Je ne l'ai pas avec moi ici, l'internement a eu lieu le douze (12) novembre alors...

PAR ME GOULSTON:
Q. Est-ce qu'elle est venue par rapport à un problème personnel ou un problème impliquant son mari?

R. Un problème impliquant son mari.

Q. Plutôt?

R. Oui.

Q. Quelle était la nature de ce problème en ce qui concernait le mari?

R. Un médecin de l'hôpital, le docteur Louis Dionne, qui était son voisin208, m'avait informé que le docteur Delev faisait des menaces de mort contre son épouse et l'épouse est venue nous confirmer effectivement que son mari faisait des menaces de mort, d'utiliser une hache, je ne peux pas aller plus loin parce que l'on a six (6) pages de déclaration là-dessus. Je ne l'ai pas le papier là-dessus, je ne l'ai pas avec moi.

Q. Alors, à la suite de ces plaintes?

R. C'est le même médecin, le docteur Dionne en fait qui m'a contacté, qui, le samedi aussi ou la veille, a contacté à son tour le docteur Dufour, c'est le même médecin, le docteur Dionne, qui a servi d'intermédiaire en fait, je ne devrais pas dire médecin mais c'est le voisin parce que l'épouse était terrifiée, ça, c'est exactement le mot, elle était terrifiée par son mari.

Q. Est-ce que vous pouvez qualifier ce mot-là d'objectif?

R. Non, c'est ce que l'on m'a rapporté.

Q. Selon vous, elle n'était pas terrifiée?

R. On m'a dit qu'elle était terrifiée, moi je n'ai pas constaté.

Q. Alors quelle démarche avez-vous faite vous-même à la suite de cette visite ou de ces visites de madame notamment concernant...

R. J'ai pris des renseignements.(sic!)

Q. Oui?

R. Et je les fait parvenir au surintendant médical de l'Hôpital Saint-Michel-Archange, le docteur Louis Roy.

Q. Avant même que monsieur soit interné?

R. Pour opinion.

Q. Bien. Est-ce qu'il vous a répondu sur cela?

R. Oui.

Q. Avez-vous encore une copie de sa réponse?

R. Cela, j'ai dans mon dossier, j'ai tout simplement une note d'appel du docteur Louis Roy. Je vous dis cela de mémoire là, appel du docteur Roy me suggérant de recommander à l'épouse de faire arrêter son mari. J'ai transmis cette recommandation-là à madame ou au docteur Dionne, peut-être, qui servait d'intermédiaire mais en tout cas.

Q. Est-ce que vous pourriez produire comme exhibit G-2, la note de votre dossier ou une copie de cette note-là indiquant l'appel? 209

R. Il faudrait que je vous fasse parvenir cela?

Q. Indiquant l'appel du docteur Roy.

R. Oui, très bien.

.....

Q. Alors, avez-vous vu d'autre personnes quelconques par rapport à madame et son supposé problème, d'autres témoins ou individus?

R. Le docteur Louis Dionne, le chirurgien, le voisin, m'en a parlé à plusieurs reprises dans les corridors, elle avait fait ci elle avait fait ça, on l'a entendu, on a entendu, ça criait ou des menaces, là disons que vaguement je vois Dionne qui est chirurgien qui n'est pas habitué aux problèmes psychiatriques, aux histoires de même, il était un peu énervé de cela lui aussi.

Q. Je sais que vous allez produire votre rapport ou l'histoire que vous avez envoyée mais en bref, avez-vous recommandé l'internement du mari?

R. Je ne pouvais pas parce que je ne l'avais pas vu.210

.....

Q. Est-ce que vous avez été contacté par madame Louis Dionne?

R. Je ne sais pas si... c'est possible, oui, c'est possible que madame Dionne m'ait appelé, oui, ce sont des amis ça aussi. Alors c'est possible qu'elle m'ait appelé un peu directement, relation autant par amitié que sur un plan professionnel; mais quand même, si elle ne m'avait pas connu, elle ne m'aurait pas communiqué directement, mais c'est possible qu'elle m'ait parlé.

Q. Par rapport à ce cas en particulier, est-ce que les contacts avec ces personnes-là ont continué après l'internement du demandeur?

R. Avec Louis Dionne peut-être, une remarque par-ci par-là, Delev est rendu quelque part, Delev...

Q. Quelles ont été vos propres réactions à l'histoire de la hache?

R. Bien ma réaction, je me suis dit que ça pouvait être sérieux et si c'est sérieux...

Q. L'avez-vous pris au sérieux?

R. Il fallait absolument voir ce qu'il y avait.

Q. Vous l'avez pris au sérieux?

R. Oui, moi je l'ai pris au sérieux.

Q. Avez-vous poussé l'enquête là-dessus?

R. Non, c'est là que j'ai demandé à madame de venir, je n'ai pas pris ça au sérieux au point...

Q. D'aller sur les lieux ou d'envoyer quelqu'un sur les lieux?

R. Non, on ne l'aurait pas fait plus que ça. J'ai peut-être dit, bien à ce moment-là, écoutez ce n'est pas impossible que j'ai dit: «faites-le arrêter». C'est possible que j'ai dit cela, la première chose que j'ai dite ou que j'ai fait dire si c'est dangereux à ce point-là, faites-le arrêter et par après, bien comme monsieur n'a pas été arrêté, c'est là que j'ai probablement fait dire à madame par le docteur Dionne ou sa femme de dire à madame de venir nous voir pour que l'on rédige une histoire.

Q. Avez-vous continué à voir madame Delev après l'hospitalisation de son mari?

R. Je ne crois pas, non je n'ai pas ça dans mon dossier, moi je ne crois pas mais...

Q. Lui avez-vous prescrits traitements avant disons l'internement de son mari ou pendant l'époque où vous la voyiez?

PAR ME BISAILLON:
Je me demande Maìtre, la pertinence de vos questions. Je veux bien vous laisser toute la latitude mais à quelles allégations de la procédure.

PAR ME GOULSTON:
C'est pour savoir au juste les événements qui ont mené justement à l'internement du demandeur.

PAR ME BISAILLON:
Je veux bien croire mais je mets en doute la pertinence des prescriptions...

PAR ME GOULSTON: Je retire la question tout simplement.

PAR ME BISAILLON: Très bien.

Q. Avez-vous été convoqué à la suite de son internement à une étude de son cas ou discussion quelconque?

R. Non, je n'ai plus eu affaire, non sauf que le docteur Dufour évidement me dit, je pense le lundi suivant, le lundi suivant, m'a raconté qu'il avait vu lui-même le docteur Delev à l'urgence et qu'il l'avait hospitalisé et qu'il savait que moi j'avais demandé des renseignements à son sujet.

Q. Ce qui m'embêtait, une des raisons pour cet interrogatoire, c'est que dans le certificat d'internement il indique que le demandeur est connu du docteur Grenier.

R. Bien là, connu par les renseignements fournis par son épouse.

Q. Alors étant donné, disons, votre compétence professionnelle, êtes-vous capable de me donner une indication sur le terme schizo-paranoïde à un individu?

R. C'est diagnostic.

Q. Oui, est-ce que ça existe?

R. Schizophrénie, ça veut dire un schizophrène.

Q. Lui, a qualifié le docteur Delev de schizo-paranoïde?

R. Il fait sauter la dernière syllabe, c'est un schizophrène paranoïde, c'est un diminutif de schizophrène.

Q. Y a-t-il un moyen de définir ce terme combiné de schizophrène et paranoïde?

PAR ME BISAILLON:
Le meilleur témoin pour vous donner les définitions des termes employés est le médecin qui a rédigé le rapport.

PAR ME GOULSTON:
Q. En vous basant sur les renseignements que madame vous a donnés, est-ce que vous estimez que la possibilité d'un cas de schizophrène ou schizophrène-paranoïde existait chez son mari?

R. Oui, moi je faisais plus un diagnostic de paranoïa.

Q. En vous basant sur quels éléments au juste?

R. Sur la description de comportement, les menaces et l'attitude d'ensemble là, il faut prendre presque le texte.

Q. Mais en vous basant...

R. Il faut prendre tous les renseignements, un diagnostic de paranoïa, ça peut se faire presque uniquement avec des renseignements qui se tiennent.211

.....

Q. Alors il se peut que vous ayez simplement approuvé le rapport rédigé par la garde ou l'infirmière en question?

R. Oui, c'est cela mais j'ai dû la voir mais parce que je ne suis pas capable de dire je l'ai vue. Probablement parce qu'elle venait me voir.212

Q. Est-ce que l'infirmière en question est encore à votre emploi?

R. Oui.

Q. C'est tout213. Merci, docteur Grenier.


Extrait du témoignage à la cour
du docteur Jacques Grenier

L'extrait suivant du témoignage du docteur Jacques Grenier à la cour démontre sa «bonne foi», celle de son procureur et du juge lui-même. Tous les trois se livrent à un exercice de haute voltige quant au sens des mots et de là, la vérité n'est plus du tout claire. L'avocat du docteur Grenier intervient notamment dans l'interrogatoire pour indiquer les réponses à son client, afin de l'amener à contredire sa déclaration antérieure.
214

La question par l'avocat du docteur Grenier, Me Louis Lacoursière:

Est-ce, je vais référer docteur Grenier, à l'interrogatoire (il se réfère à la Déclaration hors-cour), est-ce que vous avez parlé du cas de monsieur Delev avec le docteur Dufour avant le 12 novembre 1971?

R. Je n'ai pas parlé du cas du docteur Delev avec le docteur Dufour, avant le 12 novembre.

Q. Vous êtes sûr de ça?

R. Je suis sûr de ça.

Q. Si je vous réfère, docteur Grenier, à l'interrogatoire après défense, du 23 août 1974, votre interrogatoire après défense, à la page 6, il y a une question qui vous était posée à ce moment-là par Me Goulston, «avez-vous discuté avec lui», on parle du docteur Dufour, «de ce cas particulier»; réponse «oui, sûrement». Question: «avant-même l'hospitalisation du demandeur?» Réponse: «avant, le docteur Dufour savait que j'avais été contacté».

R. Donc, je dis que j'ai discuté, lorsqu'on me demande est-ce avant, je réponds, avant le docteur Dufour savait que j'avais été contacté, mais ça ne veut absolument pas dire que j'ai discuté avec le docteur Dufour.

Q. Et vous vous souvenez très clairement, ne pas avoir effectivement discuté avec le docteur Dufour?

PAR ME WOLOFSKY (MON AVOCAT):

Bien, avec tout le respect, Votre Seigneurie, ça, c'est mettre des paroles dans la bouche du témoin.

PAR LA COUR:

C'est très, très suggestif.

PAR ME LACOURSIERE:

Alors, je répète...

R. Je n'ai pas....

PAR LA COUR:

Maintenue.

PAR ME LACOURSIERE:

Je comprends, Votre Seigneurie, d'ailleurs la question avait déjà été posée.

R. Avant le docteur Dufour savait, c'est par après, moi, que j'ai pu me rendre compte que le docteur Dufour, lorsque le docteur Delev est venu le rencontrer, ce jour là, le docteur Dufour a su que je l'avais vu, c'est dans ce sens-là que je dis qu'avant, le docteur Dufour savait que j'avais été contacté, mais ma réponse ne veut absolument pas dire que moi j'ai discuté ou, ce n'est pas ça que je voulais dire, je n'avais pas discuté avec le docteur Dufour.

PAR ME WOLOFSKY:

Avec tout le respect, Votre Seigneurie, les réponses parlent par elles-mêmes, c'est un essai de changer les mots clairs par un psychiatre qui veut utiliser une nuance psychiatrique, je m'objecte, Votre Seigneurie, il a témoigné clairement qu'il a dit clairement, le 23 août, 1974, quand il était assermenté et pour essayer, interpréter ce qu'il a voulu dire, ce qu'il a voulu prétendre maintenant, en détournant ce qu'il a fait, je m'objecte à cette réponse.

PAR LA COUR:

Je ne suis pas certain que je comprends votre objection, Maìtre. Est-ce que ce n'est pas un élément qui va me permettre de déterminer la crédibilité du témoin, est-ce que la preuve en soit, est inadmissible, est-ce que ce ne sera pas un élément qui va me permettre d'accepter ou de ne pas accepter ce que le médecin dit? Réellement, je ne crois pas que la preuve ne soit pas admissible. On ne lui demande pas d'interpréter un document validement fait, mais...

PAR ME WOLOFSKY:

Non, on lui demande d'interpréter son propre témoignage, il y a trois ans.

PAR LA COUR:

Et puis là, je jugerai de ce qui en est. Je pense que le docteur met sa crédibilité au crible, en agissant de la façon qu'il agit, enfin on va voir. Et si vous faites une objection là, je crois que je dois la renvoyer.

PAR ME LACOURSIERE:

Votre Seigneurie, pour les fins du dossier, et que mon confrère a dit au soutien de son objection va apparaìtre au dossier. Je pense que, premièrement, qu'un témoin n'est pas lié que par les questions qui lui ont été posées...

PAR LA COUR:

J'ai renvoyé l'objection, Maìtre. Quand vous avez gagné votre point, il n'est pas nécessaire de me convaincre encore.

PAR ME LACOURSIERE:

Q. Je vous remercie, Votre Seigneurie.

C'est le plus accablant et le plus scandaleux témoignage que j'aie jamais entendu: l'avocat enseigne à son client à mentir devant le juge! Le juge rejette l'objection de mon avocat tout en disant «qu'il (le docteur) met sa crédibilité au crible»...!? L'objection est parfaitement appropriée et Me Wolofsky est bien clair. Et le juge est aussi clair - il tente d'intimider mon avocat, en donnant sa bénédiction au menteur Grenier. Dans ce cas, il n'est pas question d'une nuance psychiatrique. Il s'agit purement et simplement d'un gros mensonge bien resplendissant. Contrairement à ce que dit le juge, l'avocat demande à son client d'interpréter justement un document validement fait - une déclaration faite par le docteur «dûment assermenté sur les Saints- Évangiles»!.

Pourtant le juge ne semble pas s'inquiéter du fait que le docteur ait menti auparavant ou qu'il mente maintenant. Dans un cas comme dans l'autre, le docteur Grenier fit sans doute un faux serment punissable aux termes du Code criminel.

* * * * *



Plaidoyer spécifique
du docteur Jacques Grenier

(Pièce No 30)

Étant un homme sans pudeur, le docteur Grenier est allé un peu plus loin. Il a écrit le plaidoyer contradictoire, qui se lit:

Montréal, ce 15e jour de janvier 1975

C A N A D A
. COUR SUPÉRIEURE
PROVINCE DE QUÉBEC
DISTRICT DE MONTRÉAL
No: 05-005500-73


Docteur Risto Delev,
demandeur,
-vs-
Docteur Jacques Grenier,
et al.,
défendeurs.

PLAIDOYER SPÉCIFIQUE
EN RÉPONSE À LA DÉCLARATION DU DEMANDEUR,
LE DÉFENDEUR, LE DOCTEUR JACQUES GRENIER, PLAIDE CE QUI SUIT:

1. Il nie tels que libellés les paragraphes 1, 4, 5, et 6 de la déclaration du demandeur;

2. Il ignore les paragraphes 2 et 3 de la déclaration du demandeur;

ET SOUS RÉSERVE ET SANS PRÉJUDICE À CE QUI PRÉCEDE, LE DÉFENDEUR, LE DOCTEUR JACQUES GRENIER, AJOUTE CE QUI SUIT:

3. Il est un médecin compétent, détenant toutes les qualifications l'habilitant à exercer sa profession;

4. En 1971, il pratiquait sa profession de psychiatre à l'Hôtel-Dieu de Québec;

5. Au mois d'octobre 1971, le docteur Louis Dionne, chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Québec, lui rapporta que le demandeur présentait un comportement qui le rendait potentiellement dangereux pour lui-même ainsi que pour son entourage;

6. Il fut avisé lors de cette rencontre que le demandeur nécessitait des soins psychiatriques d'urgence;

7. Le 27 octobre 1971, le demandeur se présenta à la clinique psychiatrique de l'Hôtel-Dieu de Québec et son histoire médico-psycho-sociale fut rédigée;

8. Il essaya ensuite d'interviewer le demandeur mais celui-ci refusa obstinément de collaborer;

9. Devant le refus du demandeur à se faire examiner, il n'eut d'autre alternative que de transmettre les renseignements déjà obtenus sur le demandeur au co-défendeur, le docteur Louis Roy;

10. Les dommages réclamés ne peuvent en aucune façon être conséquence directe ou indirecte des actes du défendeur, le docteur Jacques Grenier, envers le demandeur;

11. Les dommages réclamés sont inexistants ou tout au moins grossièrement exagérés et de tout façon ne peuvent être exigés du défendeur, le docteur Jacques Grenier;

12. L'action du demandeur quant au docteur Jacques Grenier est mal fondée en faits et en droit.

Pourquoi, le défendeur, le docteur Jacques Grenier, conclut que par jugement de cette honorable Cour son plaidoyer soit maintenu et l'action du demandeur soit renvoyée, le tout avec dépens.


.....

À la lecture de ce plaidoyer, je n'en croyais pas mes yeux. Premièrement, dans la Déclaration hors-cour précédente, le docteur a admis qu'il ne m'a «pas rencontré» avant mon internement. Deuxièmement, il a été prouvé qu'à la date mentionnée, je suivais un cours d'anglais en Ontario.

Selon la Déclaration hors-cour (extrait) du docteur Jacques Grenier et ce plaidoyer, il est clair que le docteur, comme tous ses collègues, est un vulgaire imposteur. Nous avons plusieurs versions de son implication dans mon internement. Les principales sont:

1.- Selon sa déclaration, il a «pris des renseignements» (par l'entremise de mon épouse) sur mon état mental et «les a fait parvenir au surintendant médical» de l'Hôpital Saint-Michel-Archange, d'après le Certificat médicale.

2.- Selon les certificats médicaux (lire Pièces No 14a,b,c,d), je suis «un schizo-paranoïde non coopératif, connu du docteur Grenier».

3.- Dans ce plaidoyer «spécifique», le docteur écrivait que je me suis «présenté à la clinique» et qu'il «essaya de m'interviewer»;

4.- Devant la cour, à plusieurs reprises, il affirmait qu'il ne m'avait pas vu.

5.- Ci-après, nous avons la deuxième version de l'original sur le plaidoyer ci-haut mentionné:

Par Me L. Lacoursiere (avocat du docteur Grenier):

Votre Seigneurie, avant que mon confrère ne commence, j'aurais une requête pour amender le plaidoyer spécifique du docteur Grenier, selon l'article 189, pour qu'il soit, il y a une inexactitude au paragraphe 7.

PAR LA COUR:

Alors, vous voulez amender, Me Lacoursière, le paragraphe?

PAR ME LACOURSIERE:

Le paragraphe 7, pour le rendre conforme aux faits. Le paragraphe 7 se lit comme suit: le 27 octobre '71, le demandeur se présenta à la clinique psychiatrique de l'Hôtel-Dieu de Québec et son histoire médico-psycho-sociale fut rédigée. Alors, j'aimerais le modifier pour qu'il se lise comme suit: le 27 octobre '71, l'épouse du demandeur se présenta à la clinique psychiatrique de l'Hôtel-de Québec et l'histoire médico-psycho-sociale du demandeur fut rédigée. Alors au lieu d'être le demandeur, c'est l'épouse du demandeur. C'est dans ce sens-là, Votre Seigneurie, que je voudrais amender.

PAR LA COUR:

Vous avez des commentaires, Me Wolofsky.

PAR ME WOLOFSKY (MON AVOCAT):

Non, aucun commentaire.


Ayant en vue le plaidoyer, si nous acceptons l'«amendement» comme l'avocat suggère, on verra qu'il est impossible d'expliquer le contexte des autres paragraphes. Il est bien évident que le plaidoyer ne se rapporte pas à «l'épouse du demandeur» mais bien au «demandeur» (moi).

Pour ce témoignage, ou plutôt cette moquerie, tous les trois sont responsables - le client et l'avocat, pour leur plaidoyer mensonger et le juge, en acceptant l'«amendement», qui n'avait pas de sens. En fait, c'est un outrage à la cour et au juge lui-même.

C'est une bonne et simple façon d'amender de faux documents avec l'approbation de mes avocats intimidés ou opportunistes.

Ces démonstrations d'escroquerie de la part du docteur Grenier indiquent non seulement comment les psychiatres inventent les maladies mentales mais également comment des avocats leur viennent en aide dans leur sale besogne. Alors que mes avocats hésitent à demander la plus raisonnable et légitime des questions, les procureurs de mes «traitants» se permettent de répondre à la place de leurs clients et de freiner mes avocats dans leur interrogatoire. De plus, nous avons vu l'avocat Stephen Clerk qui a l'audace de falsifier le dossier. Tout ça, avec l'approbation du tribunal!

Pour leur part, les «malades mentaux» se retrouvent seuls, sans procureur, dans le bureau des psychiatres qui sont en mesure de poser toutes sortes des questions. Si le psychiatre souhaite prouver que le «patient» est malade, il peut le faire avec facilité. Ce que le patient répondra aux questions ne changera strictement rien. S'il refuse de répondre, on qualifiera son comportement de manque de coopération; si le patient se défend, on lui attribue un manque d'auto-critique; la critique des psychiatres sera l'agressivité impardonnable - symptômes que l'on m'a d'ailleurs attribués. Si l'attitude et la conversation apparaissent normales, le psychiatre a toujours le loisir d'imputer au patient ce qu'il veut, selon ce qu'il entend démontrer. Or, comme dans mon cas, sans examination, en plus, sans même savoir pourquoi j'étais interné, j'ai vécu la vie la plus brutale qui soit durant six mois, or, comme on écrivait dans mon dossier, parce que je me «suis verbalement bien défendu» et ai «maìtrisé un sourire ironique» (sic).

Le patient n'est jamais cru puisqu'il est «fou». C'est le psychiatre qui est cru puisque lui est sain d'esprit et que, de plus, il parle du haut de son expertise. Qu'importe si la qualité du dossier médical est scandaleuse, le psychiatre peut toujours l'altérer à son goût. À la cour, il peut mentir, changer son allégation plusieurs fois, même falsifier les documents et, pourtant, il est cru et les juges le favorisent toujours parce qu'il est psychiatre. En bref, les chances du psychiatre de prouver son point de vue sont illimitées tandis que celles du patient sont nulles. Lorsqu'on décrète qu'un individu est un malade mental, il est, comme l'affirme le docteur Szasz, fini pour la vie si les psychiatres le veulent. Ou, pour reprendre les dires du juge Boudreault, le patient est toujours à la merci des témoignages des psychiatres et du personnel infirmier pour établir les responsabilités des psychiatres. Dans bien des cas, exiger la preuve rigoureuse d'une faute hospitalière ou médicale équivaudrait à priver la victime de tout recours et lui causer un déni de justice. Voilà ce que c'est que la psychiatrie!

Ainsi, l'honorable juge Boudreault a acquitté des psychiatres méprisables comme des innocents agneaux dans les vertes prairies!


Extrait du témoignage
du docteur André Villeneuve

Comme je l'ai déjà mentionné, il est nécessaire de lire les transcriptions de la cour, de la cause et le jugement complet pour croire à ma présentation du juge, de son jugement et des psychiatres impliqués.

Pendant le procès, de temps à autre, le juge s'est montré comme ayant l'intention d'être impartial. Dans le cas du docteur Villeneuve, il s'est montré même fâché, le docteur étant vague dans ses longues réponses, évasif ou simplement ne voulait pas répondre aux questions de monsieur le juge.

Le docteur André Villeneuve, principal expert de mes adversaires et professeur en psychiatrie, avec plusieurs références comme un «psychiatre réputé», a témoigné pendant quatre jours comme expert en dossier médical. En outre, il était présent dans la cour dix jours durant avant qu'il ne témoigne. Durant la majeure partie de son témoignage, il a bégayé (d'après la psychiatrie, la personne qui bégaye encore à 47 ans est considérée psychologiquement dérangée
215. Suit juste un exemple des témoignages du docteur Villeneuve à la question est-ce qu'il était nécessaire de faire l'examen psychiatrique de mon ex-épouse avant d'accepter ses allégations parce qu'elle était déjà hospitalisée comme patiente psychiatrique? Lorsque même le juge est alors devenu impatient, il a pris l'initiative:

Docteur, est-ce que je peux interrompre? On vous demande une question qui est relativement simple puis, depuis une demi-heure, vous ne répondez pas à la question. L'avocat vous demande, lorsqu'un patient, qui était médecin, c'est pas un pauvre pékin qui n'a aucune connaissance, qui vous dit, lorsque vous faites son histoire de cas, mon épouse est... vous vous souvenez...

R.. Est malade.

Q. ... est malade, elle a été hospitalisée, elle a tenté de se suicider, puis elle a été hospitalisée après. Est-ce que avec votre expérience clinique, il n'y a pas une lumière là, comme phare de Ford, qui s'allume dans votre esprit, qui dit, peut-être que cette madame-là a un problème, peut-être pas plus loin que ça, peut-être qu'il y a un problème, est-ce que vous êtes d'accord avec moi, jusqu'ici?

R. Oui.

Q. D'accord, là, là, qu'est-ce que c'est qui est le pas suivant, est-ce que vous ne devez pas, c'est la question qu'on vous pose, en temps que clinicien, aller plus loin dans votre investigation de cette condition possible... Et lorsque vous interviewez la madame, en plus de porter votre jugement personnel sur les observations de visu que vous faites, de lui poser quelques questions sur ceci, et sachant qu'elle était hospitalisée, lui dire: madame, avez-vous objection à ce que j'apprenne qu'est-ce que c'est qui s'est passé, puis là vous obtenez...

R. Oui, non...

Q. ... est-ce que c'est anormal le processus que je viens de relater ou c'est un processus normal dans l'investigation clinique, c'est la question qu'on vous pose, docteur?

R. Bon, alors, posée, disons, là, comme vous me l'exposez c'est que, c'est que effectivement, si on me souligne une pathologie qui me semble sérieuse, je vais certainement investiguer, maintenant, je répondais de la façon que j'ai répondu, tout simplement, on me demande de parler, à partir de notes inscrites à un dossier...

Q. C'est ça qui est la qualité d'expert, docteur...

R. Oui, oui, bon, alors...

Q. ... c'est ça qui est votre qualité d'expert.

R. ... bon, alors, je ne sais pas si ces questions-là à partir du dossier ont été posées par le docteur Dorion.

Q. Non, okay, mais une fois que vous savez la prémisse que ç'a été souligné, est-ce que dans l'investigation clinique, il aurait été bon que des questions soient posées à madame et qu'on consulte son dossier, c'est la question, ça?

R. Oui.

Q. Techniquement, à titre d'expert, est-ce que c'est une chose qui aurait dû être faite?

R. Disons, que, c'est, comme je disais là, je réponds, techniquement, c'est une question de jugement de la part du psychiatre, c'est que si le psychiatre juge que effectivement, l'informant ou l'informante lui semble présenter ou lui semble avoir présenté une pathologie qui est sérieuse, il va certainement investiguer la crédibilité de l'information qu'il, que l'informant ou l'informante lui donne, par ailleurs...

Q. Si on vous dit qu'il y a eu une tentative de suicide, qu'il y a eu hospitalisation de quelques jours, est-ce que dans votre esprit, dans les termes des psychiatres, c'est une pathologie sérieuse, il faut quand même?

R. Oui, non, alors...

Q. Est-ce que c'est une pathologie sérieuse?

R. C'est que là, on ne peut pas répondre ni par un oui, ni par un non, c'est évidemment, une pathologie, mais c'est du ressort de notre travail de chaque jour...

Q. Mais la simple affirmation froide là, est-ce que ça apparaìt être une pathologie sérieuse, la simple affirmation froide, ma femme a tenté de se suicider en prenant, en ingurgitant des pilules et a été conduite à l'hôpital, sans aller plus loin, l'affirmation froide, est-ce que ça indique une pathologie qui peut-être sérieuse?

R. Ça indique une pathologie qui peut être peu sérieuse ou très sérieuse...

Q. C'est pas sérieux de tenter de se suicider?

R. Non, non, c'est que les gens prennent des pilules ou font des tentatives d'intoxication pour toutes sortes de raisons, alors, c'est pour ça que je ne peux pas paraìtre, disons, le mot anglais, c'est «illusive», le mot français exact, je ne veux pas paraìtre pas précis, c'est que toute cette question de désintoxication médicamenteuse et des motifs qui poussent les gens à prendre des pilules ou à faire des tentatives de suicide est une chose extrêmement complexe et je ne serais pas un expert honnête si je répondais par un simple oui ou par un simple non.
Q. D'accord, on ne peut pas tirer aucune conclusion de l'affirmation froide dont je parlais tantôt?
R. Non.
Q. Mais est-ce qu'on peut tirer la conclusion clinique que ça vaut la peine d'être investiguer, pour savoir si c'est une pathologie sérieuse ou non?

R. Là, encore là, ça dépend du, ça dépend du jugement du psychiatre qui rencontre l'informant ou l'informante, moi, dans certains cas, je vais le faire, dans d'autres cas, je ne le ferais pas. Selon, la, l'impression clinique que j'ai de la personne qui m'informe.

* * * * *


Me J. Wolofsky, mon avocat:

Q. Okay, si moi, je suis incarcéré pour un mois et je demande à un ami de m'aider et il refuse de m'aider, j'ai pas le droit d'être agressif, j'ai pas le droit d'être fâché, d'après vous, est-ce que c'est ça?

R. J'ai tout simplement lu ce qui était au dossier...

Q. Non, mais vous dites que c'est un signe d'agressivité.

R. ... ce qui était au dossier.

Q. Vous dites qu'un mois et deux jours après son incarcération, après sa visite à l'hôpital, quelqu'un veut pas lui aider à sortir et lui en étant fâché, ça démontre agressivité physique, non, pas physique.

R. Excusez-moi, mon, non, je n'ai pas dit, agressivité physique.216

Q. Agressivité. Mieux sera, okay, j'ai essayé, «good bye» et rester tranquille, ça c'est normal, est-ce que c'est ça que vous dites? Si en appelant un ami, un mois après, vous êtes mis dedans, lui demandant de vous aider et il refuse, la meilleure chose, la chose normale sera, seulement de raccrocher le récepteur, «thank you very much» et continuer?

R. Une autre réaction qui aurait pu survenir et que, à la suite d'une démarche comme ça, aurait été que, effectivement, le docteur Delev, au lieu d'être choqué, ait réagi par une réaction de tristesse, ait pleuré, puis ensuite ait dit, je suis découragé, personne ne veut, ne veut m'aider, on me laisse tout seul, c'est une possibilité.

Q. Et si vous auriez lu ça dans le dossier, vous auriez trouvé une confirmation de ça, de ses problèmes, n'est-ce pas? Ensuite, n'importe, quelle sera la réaction de docteur Delev ou agressivité ou pleurer ou n'importe quoi, encore d'après vous, ça prouve, ça prouve quoi, qu'est-ce que le docteur Delev était de faire pour que vous en lisant le dossier, vous auriez capable de trouver une réaction d'un homme normal et pas anormal?

R. Une réaction d'un homme normal...

.....

Q. Oui, normal, sain d'esprit.

R. ... dans le dossier, si, on regarde le dossier puis ensuite comme on a discuté, c'est que la maladie est c'est ce qui en fait la complexité, c'est la co-existence d'un noyau pathologique à côté d'un comportement d'apparence normale, si vous me dites qu'est-ce que j'aurais fait, qu'est-ce que j'aurais fait dans une telle situation si le, ayant parlé avec le docteur Delev, le docteur Delev, par exemple, m'avait dit, écoutez, je me rends compte là, que finalement c'est une situation qui a quand même pris une grosse extension, je me rends compte que peut-être, je n'ai pas eu, que certaines choses dans mon raisonnement, dans mon comportement, ont pu prêter, montrent des symptômes, et caetera, et caetera, j'aurais dit, bon, écoutez, ce monsieur-là commence quand même, à évaluer une situation, à faire des distinctions entre certaines choses et puis...


* * * * *

En fait, le professeur Villeneuve a papoté presque tout le temps «hors-dossier», en inventant des événements et des termes non existants dans le dossier.

Et, comme ça, à infini. Le juge estimait dans son jugement que le docteur est un expert compétent et par conséquence, plausible.

* * * * *

Me Wolofsky:

Q. Mais encore, la structure doit être, la structure on parle toujours de structure fondée sur une fausse interprétation d'un événement, que le malade se sert pour procéder souvent de façon logique. Encore les événements, est-ce que le docteur avant d'arriver au diagnostic de paranoïa, doit essayer à investiguer si les événements ont eu lieu dès le début, s'il y avait un tel événement, s'il y avait un attaque avec une hache, s'il y avait autre chose, ou seulement prendre les paroles de quelqu'un qui vient dire, ça m'arrivé?

R. Je me réfère encore au dossier là, disons que dans le dossier, je considère quand même, qu'il y a eu des efforts de faits pour recueillir le plus de renseignements possible compte tenu des circonstances.

Q. Quels efforts est-ce qu'on a faits de vérifier, disons, avec la police, si l'affaire de hache, madame a dit que la police est venue, monsieur a admis qu'à un moment donné, la police est venue, lui il a dit qu'il n'y a rien qui est arrivé madame avec une hache, est-ce qu'il avait été parlé disons, les polices sont les plus désintéressées du tout, de parler avec les policiers, savoir qu'est-ce qu'ils ont vu, qu'est-ce qu'ils ont découvert, si la version de madame est croyable, si la version de monsieur est plus croyable, est-ce qu'on a fait quoique ce soit d'investiguer pas des opinions, mais des faits, indépendamment des amis?

R. Là, là, c'est une question, à laquelle je ne peux pas répondre, parce que d'après la connaissance que j'ai du dossier, c'est une question, auquel, peut-être, le docteur Dorion pourrait répondre, ou à laquelle, peut-être, monsieur Gervais, le travailleur social pourrait répondre. PAR LA COUR: Mais dans le dossier, docteur, vous ne retrouvez aucune affirmation, aucun écrit, aucune note, indiquant que les policiers qui seraient venus à la résidence des Delev, le soir en question, ont été interviewés ou ont été questionnés, est-ce que vous trouvez quelque chose dans le dossier, c'est la question qu'on vous pose?

R. Je me rappelle pas, avoir trouvé ça, alors, c'est pour ça que je dis que c'est une question à laquelle le docteur Dorion ou monsieur Gervais pourrait répondre, parce que peut-être que eux ont effectivement fait cette vérification-là sans l'avoir inscrite au dossier.

PAR ME WOLOFSKY:
Q. Mais, vous avez utilisé, vendredi, les mots que le docteur Dorion a consacré tant de temps exceptionnel au docteur Delev et a fait tous, a utilisé tous les moyens d'éclaircir une situation complexe, ça c'était vos paroles, maintenant, en ne vérifiant pas avec des gens totalement indépendants, comme un hôpital, comme un policier..., comme un tiers d'avoir les informations d'un tiers complètement indépendant et des faits qui sont capables à vérifier.

R. Alors, la phrase que vous me citez, il faut quand même, là, disons, la situer lorsque j'ai dit cette phrase que vous citez, j'ai dit cette phrase par rapport à la pratique courante, normale qui se fait en psychiatrie.

Q. Est-ce que c'est le temps normal qui se fait en psychiatrie pour les gens qui sont à l'hôpital contre leur gré, la cure fermée, sans voulant être là, vous parlez des gens qui sont là de consentement, qui viennent, qui coopèrent, et caetera, est-ce que le même temps doit être dévouer à chacun des cas?

R. Non, il y a des cas qui nécessitent moins de temps, d'autres cas qui nécessitent beaucoup plus de temps, c'est variable.

* * * * *

PAR LA COUR:

Docteur, la question qu'on vous a posé, c'est, prenant en considération les circonstances qui vous ont été données, les faits, est-ce qu'il est du devoir d'un psychiatre de s'assurer de la véracité des faits sur lesquels est fondée l'incarcération ou la mise en cure fermée, oui ou non, et après on vous posera peut-être la question, croyez-vous que ceci a été fait dans le dossier, oui ou non, voyez-vous c'est ça la question qu'on vous pose, oui ou non, théoriquement, là prenant les faits, les prémisses posées.

R. Okay, si c'est une question théorique, disons que je vérifierais les faits qui sont allégués (sic).

* * * * *

PAR ME WOLOFSKY:

Vous m'avez indiqué qu'il a divorcé sa première femme parce que la paternité de l'enfant était suspecte. On n'a pas l'histoire, on ne sait pas si c'était la vérité ou non, c'était suspect. Mais supposons que c'était la vérité, que sa première femme était infidèle, l'enfant n'était pas le sien, voulez-vous dire que dès cela un monsieur devient paranoïaque, ou commence une paranoïa de n'importe quelle femme, il peut se marier, parce que sa première femme était, a eu un enfant qui n'était pas le sien. Est-ce que c'est ça que vous voulez dire?

R. Je n'ai pas, c'est pas du tout ce que j'ai dit, j'ai dit que ça pouvait être dans le cheminement longitudinal de l'histoire clinique, que ça pouvait être un première indice, je n'ai rien dit de plus.

Q. Ça peut être, mais dans le dossier tel quel, quand est le première indice si on dit que monsieur Basile n'existe pas?

R. Là, ça me force à reprendre.
Q. Non, je ne veux pas que vous, vous avez témoigné de toute l'histoire, je veux savoir quand est le première indice?

R. Écoutez, si on reprend l'histoire psycho-sociale, on...

Q. Je ne veux pas vous interrompre, mais à une question simple, quand? Quand?

PAR LA COUR:
C'est de la répétition, Me Wolofsky, c'est de la répétition.

PAR ME WOLOFSKY:
Mais, je n'ai pas voulu de la répétition, j'ai pas voulu.

PAR LA COUR:
Mais, votre question est répétitive. Allez.

R. C'est que, alors disons que si on enlève que, qu'on dit que cet élément n'existe pas et qu'on reprend l'histoire conjugale, on lit qu'après six mois de fréquentations les Delev se marient, et caetera, et caetera. Alors, termine ses études en '60, et on lit dans le, après son stage monsieur trouve du travail dans un village minier et madame qui attendait un deuxième enfant, là, trois mois plus tard, c'est à ce moment, selon madame, que le comportement de monsieur a changé, il est devenu jaloux accusant madame de vouloir le tromper avec un voisin. Alors, disons que si vous dites que la première femme comme je vous dis là la raison de divorce est vraie, est valable, on peut certainement dire d'après l'histoire psycho-sociale que lorsque monsieur, à cette époque-là, a trouvé du travail déjà démontre des signes de jalousie. Si on va un petit peu plus loin alors, ils séjournèrent deux ans dans un autre village, si on va à la page suivante madame dit qu'elle n'était pas d'accord pour déménager mais qu'elle ne pouvait rien y faire, elle dit qu'elle n'avait pas les mêmes idées politiques de son mari, que celui-ci était toujours en conflit, qu'il se sente, soit qu'il se sente persécuté ou qu'il persécuté quelqu'un.

PAR ME WOLOFSKY:
Q. Ça c'est la jalousie?

PAR ME CANTIN:
Non, c'est l'histoire psycho-sociale.

PAR ME WOLOFSKY:
Q. Ça c'est un signe de jalousie?

R Là vous me demandez de retrouver des signes, alors je vous parle de jalousie, je vous parle de persécuter, persécution, je vous parle de psycho-rigidité, n'accepte jamais d'être repris et devient agressif en paroles lors de la discussion. Alors, disons que, pour répondre d'une façon courte à votre question, on retrouve certainement des éléments dès le début du deuxième mariage du docteur.

Q. Je n'ai pas d'autres questions.


.....

Il est bien évident que tous deux - le docteur Villeneuve et Me Wolofsky, sont de grands jaseurs. Je m'attendais à ce que les psychiatres essaient de détourner l'attention du dossier en introduisant des «experts» corrompus et des témoins malhonnêtes. J'ai donc suggéré à mes avocats de présenter le dossier comme étant incontestable et seule évidence admissible de mon internement. Toute autre chose en dehors du dossier devrait être considérée inadmissible, donc sans valeur légale.

Compte tenu du dossier falsifié par mes adversaires, j'étais sûr et certain que nous gagnerions la cause aisément. Un psychiatre comme conseiller (et non comme témoin) suffirait. J'ai même suggéré de ne pas introduire de témoins ou d'experts de notre part. Les dossiers et les faits parleraient d'eux-mêmes.

Comme prévu, par de nombreux détours, les accusés ont jeté la confusion sur notre cause. Dans la logique et le droit cela s'appelle ignoratio elenchi217. Tandis que mes adversaires exploitaient ce procédé pour se tirer d'affaires, mes avocats, eux, ont perdu leur temps - et bien sûr - la cause. Comme nous voyons dans ce cas, le docteur Villeneuve, un bègue notoire, avec ses réponses évasives, a réussi à berner mon avocat, le rendant ainsi inefficace. Me Wolofsky, mon avocat (qui n'était pas vraiment à l'aise en français) a semblé même donner un coup de main à mes adversaires.

Dans son jugement, monsieur Boudreault a même complimenté le bon docteur, le qualifiant d'expert compétent, plausible et de «bonne foi».

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