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Août 1976
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Un jour j'ai rencontré un serpent,
D'étranges personnages à ses flancs.
Il glissait vers l'Est
Une trace de sang
Derrière lui laissant.
Je l'ai recueilli et l'ai soigné,
Nous avons longtemps parlé.
Quand sa blessure fut guérie
Aldébaran était au zénith
Le Dame aux Trois silex
Referma son codex.
Ils sont repartis vers l'Ouest
Au pays où le turquoise est sacré
Apprendre les arts et la beauté. |
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| Août 1977 |
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Yei Calli ( Trois Maison )
Dans la fumée, dans le brouillard,
Près des Dieux ont combattu les grands.
Dans leurs habits d'or, boucliers peints
Et flèches fleuries à la main.
Près des Dieux ont péri les princes du sang.
Le vent se lève, s'efface le brouillard.
Les nuages de félicité, délaissant
Notre vallée en feu, les ont rejoints
Dans les montagnes au loin
A l'ombre de l'Arbre de Vie, au Temoachan.
Le chagrin nous étouffe, les larmes coulent.
Sur ces pierres blanches, rougies
Sous le soleil triste, les Dieux sont tombés.
Que restera-t-il demain de ce qu'ici,
Sur ces paisibles lacs, nous avions bâti? |
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| Juillet 1977 |
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South Pier Parade
A l'image du soleil blasé
J'usais mes journées dans Southsea,
Inutile silex esseulé
Maudissant mon pouls indécis.
Un chapeau de paille effiloché
Sur des cheveux courts à la Gary,
Te remarquer n'était pas sorcier
Etre à tes côtés tenait du pari.
Dans cette disco de Pompey,
A l'ombre du Pier victorien,
Comblé je n'ai pu endiguer
Ce doux sentiment qui m'atteint.
Brian, là contre toi, sève de mes envies,
Tu allumais mes yeux au contact de ton corps.
Pour le première fois se mêlaient nos folies
Emplies de ces aveux tendres mouillant au port.
Ta silhouette, acide amer,
Sans que je ne le saches
Cet été là, dans mes yeux
A gravé ses traits réguliers.
Mais il a plu sur Portsmouth.
Les flammes avec le Pier,
Avant qu'elles ne les étouffent,
Ont brûlé vif mes souvenirs.
Sur ces madriers couchés
Je soigne mes yeux au bleu
Nuit piqué de naines blanches
Du crépuscule d'Angleterre.
Les vagues s'allongent sur la grève brune
Avide de leur fraîcheur salée, brefs échos
De nos joies passées. Cette vision me brûle
Mais ma mémoire vit du reflet de ces eaux. |
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| Septembre 1977 |
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Anonymement
C'est dans les maisons de turquoise
Que s'épanouissent les fleurs du cœur,
Plumes vertes de quetzal si fragiles.
C'est dans les maisons des livres
Qu'elles ouvrent leurs corolles ourlées.
Ce sont les fleurs de l'Auteur de la Vie.
Mais les pierres se fêlent,
Les plumes se déchirent,
Les fleurs se fanent.
Alors, les manteaux brodés, l'or,
Les émeraudes, les plumes vertes,
Tout ce qui était précieux
Ne sera compté pour rien. |
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| Novembre 1977 |
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Pas deux fois
Ta chambre me paraît si vide
Que s'en est banal à dire,
Pourtant si pleine de souvenirs
Que j'en reste tout livide.
Sortant de l'enfance, candide
Tu ne demandais qu'à vivre
Mais dans ton cœur de saphir
Le temps creusait trop vite ses rides.
Douze ans de joies et de peines,
Hélas le fil de ton destin
Etait bien trop fin
Avant que tu ne t'en serves.
Tu n'as pas eu le temps de choisir,
D'exercer ta pensée créatrice.
Il faut bien que je te survive.
Mais pourquoi si tôt partir ?
D'un coup j'ai vieilli de douze ans
Héritant de toutes tes rides.
J'existe par habitude
Loin des règles du présent.
Je ne crois plus en rien. Oui
J'accepte de payer ce prix
Mais pas deux fois. Par dépit,
Les enfants des autres m'ennuient. |
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| Juillet 1978 |
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Morganite
Quelques entailles l'ont sortie de l'ombre,
Mieux que l'émail prétexte au dédain,
Elle renie sa beauté dans la pénombre
De salons enfumés. Pour certains
Cinglant défi distillé avec soin
Accrochée au beau milieu d'un orgueil
Dont seule la vanité marque le seuil.
Autour d'elle regards en coin
Et politesses forcées de gens aigris.
Perdue dans un dédale de jalousie,
Arme aiguisée et non plus parure
Elle cristallise ainsi en goutte d'envie pure.
Délaissées, béryl rose ou topaze bleue
Ne recueillent qu'ignorance et mépris.
Diamants, émeraudes, saphirs, rubis
Se partagent la fascination des yeux.
Mais elles n'évoluent que pour paraître
Désuète destiné au vu de tous
De constructions si parfaites.
Loin de la décadence des goûts
D'un monde sans retenue ni décence
D'autres se penchent sur l'opalescence
Chatoyante d'une pierre de lune polie.
Béryl rose, aux reflets étranges, pétale
Soigneusement plié laissant jaillir
Les feux de sa rosée matinale.
Vision fugace et volatile glissant
Sur une robe d'ottoman gris perle
Souligne le charme délicat et frêle
De celle qu'elle embellit discrètement.
Mais béryl rose ou diamant bleu,
Au petit matin, elle s'éteindra lourde
Dans son écrin de satin pourpre
Sombre cachot de ses feux. |
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| Septembre 1978 |
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La tradition de Pâques
Le jour de Pâques, Anne reçut un paquet.
Fiévreusement elle l'ouvrit sans tarder
Découvrant un oeuf en chocolat glacé
Guère plus gros que ceux du fermier.
Anne connaissait bien la tradition:
Ce soir, au village, quelqu'un pensait
Fortement à elle. Avec appréhension
Anne alla se coucher et rêva de bouquets.
Oh, bien sur, elle se doutait bien,
Seul Hans! Mais comment le savoir.
Il n'y avait ni carte, ni mot, rien.
Il faudrait attendre le courrier du soir ...
Un jour, une semaine, maintenant
Plus d'un mois. Toujours pas de message.
Tante Anne attendit si longtemps
Que passa le temps du mariage.
Elle vit ses frères et sœurs partir
Et ses neveux grandir ...
Pendant l'année elle semblait oublier
Mais dès que Pâques approchait, on sentait
Dans ses gestes une douce fébrilité.
Chaque année son récit s'enrichissait
De nouvelles réflexions et pensées,
Alors seulement et précautionneusement
Elle sortait son oeuf, petit bonheur passé.
Pour un jour, une heure, elle avait vingt ans.
Une nouvelle tradition s'était instaurée:
Pour Pâques, nous rendions visite à Anne.
Bientôt ses petits neveux vinrent écouter
Le récit de la vieille dame ...
On n'a jamais su exactement comment,
Un courant d'air, un geste gauche,
L’œuf se brisa livrant son essence
Quelques mots sur une feuille blanche:
"Anne, voulez-vous m'épouser. Hans". |
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