Années
 
 

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Mai 1980
 
Essentiellement II

Aller à Neuschwanstein
Par un clair matin d’automne
Où le vent murmure aux branches
Les jours de neige à venir.
Imaginer puis revenir
Guidé par le vol étrange
D’un grelot. Scintiller dans
La blondeur d’un elfe étendu
Quand le soleil révèle au soir
Ces tours illuminées de vie.
S’abandonner à l’alchimie
De songes baroques d’espoir.
Bénir le génie revenu.

Languir à Neuschwanstein.
Entre l’amour et la mort
Pleurant dans l’ombre du château.
Sentir l’humeur du sol frémir
Par la force du souvenir.
Marcher vers le temple des mots
Les miens délirent, glyphes d’or,
Pour Vous rejoindre au-delà
Du temps, constellés de grâce,
De sagesse longtemps rêvée.
 


Licornes, aigles couronnés,
Serpents de Nuage, fasse
Le vent pur que jamais l’aura
De ce lieu ne s’estompe dans
La pale froideur du matin.
Vaincre l’aube et ses atours,
Retenir la nuit tout un jour,
Devant tant de raison enfin
Dire merci en Vous saluant.

Epouser Neuschwanstein.
Concept mythique sublimé
Par des années de silences
Voués au culte de l’esprit.
Marier le superbe et l’écrit
Dans l’éclat d’une révérence
Complice. Rêver, méditer
Sous l’emprise des Nornes
Et par le charme des feuilles
Chasser le temps d’une infamie.
Ecouter au passé l’esprit
Que cette vallée effeuille
Quand il n’y a plus personne
Et s’y noyer. Allein
 
Août 1980
 
Idéogrammes

Regarde Bételgeuse au soir,
Demande-lui de revenir demain
Elle sera là.
Flâne dans les ruines l’hiver
La neige parfois sert de voie aux Dieux
Emprunte-là.
Promène-toi dans la forêt,
Plante un orme dans l’ombre d’un adieux
Il grandira.
Poudre tes yeux au vent d’espoir,
Blottis ta vie en son reflet marin
Et tu verras.
Relis les grimoires du temps,
Tourne les pages : l’une est sans teint:
Dépose ton histoire elle en est digne.

Rencontre un jour ton destin,
S’il te plaît, prends-le dans tes mains,
Pardonne-lui ses chimères. Il t’ira bien.
Pense à moi de temps en temps
Et l’esprit léger poursuis ton chemin,
Je serai loin rêvant dans un interligne.

Habille ton cœur de moire,
Ouvre ses portes dans un murmure:
Tu aimeras.
Poursuis ton rêve au matin,
Brode-les tout le jour, au lendemain
Il reviendra.
Cherche le lac aux ivoires,
Trempe tes secrets en ses eaux pures
Et tu vivras.
Regarde la beauté en face
Elle te donnera de son éternité:
Sois en sur.
 
 
Septembre 1980
 
Décidément

L’archipel de ta vie à ses marées,
Les montagnes qui m’abritent ont leurs étés.
L’absolu les inonde pareillement
Ils s’allient à l’occasion
Mais ne se marient que de feu,
De rouges, lambris et masques.

Poussières que gestes d’alors.
Trop de silences pour partager,
Tant de mots pour être sûr. Trop d’attente.

Seul l’inconscient aurait pu
Faire fi de nos coutumes.
A-t-il eu la parole ? Imprudence.
Nous croire capable de donner,
L’impression peut-être, l’illusion sûrement.
Quant au reste … manœuvres.
   
 
Septembre 1980
 
Août. Sous le soleil, je n’ai rien senti,
En cela trop de lumière et de bruits.
Octobre. Le ciel revit, s’anime
De facéties encore innocentes.
Les nuages se plient à ses humeurs
Prennent l’apparence du moment
Musardent entre les cèdres
Avec l’humidité du matin
Rendant au vert le relief d’antan :
Si diverse, transparent, plus clair.
Verte l’eau, verts les murs signés de lierre.Pour qui Le fin gravier des allées,
Les parterres de roses blanches ?
Qu’importe, la distance est de mise.
S’égayant dans les forêts du Wiltshire
L’aube du temps rejoint ici le jour
Alliant fugace et imprévu.
Il suffit de d’égarer, de trouver
Par où l’instant confond le silence.
Dans cet endroit délicat la vie
Par son quotidien frise l’insulte :
Pudeur de ne rien vouloir déranger.

Pour qui ce calme, cette harmonie ?
Le parc, la maison, le pont. Le pont …
Une main gantée de gris l’effleure : Redmond.
Des fastes de Bavière attristée
L’automne séjourne à Wilton House.
 
 
Décembre 1980
 
Ecoute-moi. Prends ce temps.
Je ne te connais pas
Pourtant déjà j‘ai tant besoin de toi.
Ecoute-moi. Tu ne sais pas.

Parle à mon cœur
L’esprit qui le conduisait voyage,
Il est parti un soir automne.
Si telle devait être ma mort
Je n’aurais pas eu le courage
De lui confier ma vie.

Ecoute-moi. N’essaie pas
De le rejoindre.
Surtout ne vas pas à sa rencontre
Pense pour moi, pense pour nous

Parle à ma vie,
Ta vérité l’emplit déjà.
Calme l’angoisse qui l’étreint,
Sache accepter les silences
Des questions sans réponses
Qui ont fait fuir son maître.
 
Ecoute-moi. Viendra le jour
Où le vent posera
A ta main, l’esprit de celui
Qui te devra sa raison.
   
 
Décembre 1980
 
Des Dieux posent leur fardeau,
D’autres se mettent en route
A l’aube sur l’allée des émaux.
Nous penserons à eux plus tard
Dans le besoin. Pour l’instant
Nous les ignorons.

Nouvelle année, vieille année.
L’une s’en va, l’autre arrive
On la veut meilleure, on le dit,
On ne parle que d’elle, des espoirs,
Des joies promises. On s’embrasse.
On est content.

Qu’en est-il ? Ces congratulations
Ne sont là que pour mieux cacher
La crainte diffuse du devenir.
En fait, ce que sera cette année 
Nul ne le sait. Tous se persuadent.
Tous se rassurent.

Et l’autre, celle qui s’achève.
Aucun regard, pas le moindre geste,
Même pas un remerciement attendri
Si elle passe dans l’indifférence
Son contrat rempli.

Vieille année je t’accompagne
En ces jours : tu m’auras gâté.
Mais le piège est trop tentant
Pour ne pas soumettre une requête
Aux Dieux guidant celle qui te suit :
Vivre à ses côtés.
 
 
Décembre 1980
 
Parfois le déchirement du silence l'emporte
Sur l'inutilité d'une telle initiative,
Le téléphone qui abrita nos aveux
Répète ton absence jusqu'à l'obsession.
J'ai par moments une telle envie de pleurer, 
De crier pour libérer l'étau d'affection
Rentrée qui m'obsède à tutoyer la folie.
L'incapacité à faire surface, à vouloir
Choisir une issue et m'y tenir ponctuent
Les journées d'un vide panique.
Un ennui majuscule les gouverne
Et les habitudes résistent mal
A ces insinuations, les pauvres!
L'angoisse au cœur, le doute et
Le déchirement se battent pour savoir
Lequel laissera le plus de traces vives.
Tu m'as dis: "C'est pour la vie".
Ce soir là je n'en demandais pas tant,
Mais que faire de celle qu'il me reste
Si je ne peux plus te dire "Je t'aime"?
L'évasion et les voyages me sont inutiles
Les rêves que tu habites tournent au cauchemar
Une fois réveillé: tu ne peux être là,
Alors à quoi bon te faire revivre ainsi.
  Je flotte, je traîne sans même la force
Ou l'orgueil d'avoir trouvé la belle solution.
J'étais prêt à tout te donner et voilà
Que tu me prends ma joie et mon humour.
Je sais confondre amour et besoin
Mais à qui dire combien tu me manques,
Combien, par instants, je retiens mon souffle
Pour ne pas éclater, ne pas m'effondrer.
Pour toi j'étais plus direct, plus vrai,
Plus simple et sincère, plus touchant qui sait,
Le mal n'en est que plus vif.
Plus quoi encore, le sais-je au moins?
Plus tout ce que l'on a écrit,
Plus tout ce que l'on dira.
J'ai mal. Mal de ne plus être à tes côtés
De ne plus passer ma main dans tes cheveux
Mal de ne plus pouvoir te serrer contre moi.
J'ai peur et froid à essayer de me convaincre
Que de ma vie tu n'étais pas le génie, la source
Qu'il m'aurait suffit d'admirer au matin
Pour dire: "Je suis heureux, je vis dans ses yeux"
Cela aurait été ma plus belle façon de te remercier
D'être là, de m'aimer ... moi l'éternel inquiet.
 
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