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Philosophie


1 PRESENTATION

philosophie (du grec philosophia, � amour de la sagesse �), recherche critique et rationnelle des principes fondamentaux. On divise la philosophie en quatre branches principales : la m�taphysique, investigation sur l'�tre, recherche des premiers principes et des causes premi�res ; la th�orie de la connaissance, �tude des sources, de la validit� et des limites de la connaissance ; l'�thique, �tude de la nature de la morale et du jugement et l'esth�tique, �tude de la nature du beau dans les beaux-arts. Les deux types sp�cifiquement philosophiques de recherche sont la philosophie analytique, qui est l'�tude logique des concepts, et la philosophie synth�tique, qui se donne pour t�che d'agencer les connaissances en un tout homog�ne.
En son sens originaire, le terme � philosophie � fut utilis� par les Grecs anciens pour d�signer la recherche d�sint�ress�e de la connaissance. La philosophie englobait tous les domaines de la pens�e sp�culative et comprenait les arts, les sciences et la religion. Au fur et � mesure que des m�thodes et principes particuliers se d�veloppaient dans diff�rents domaines de la connaissance, des disciplines philosophiques autonomes se constitu�rent, donnant naissance � la philosophie de l'art, de la science et de la religion. Dans le langage courant, le terme � philosophie � est souvent employ� pour d�signer un ensemble de valeurs et une attitude envers la vie, la nature et la soci�t�, comme dans l'expression � philosophie de la vie �. Du fait que les limites et les traits distinctifs des divers champs du savoir sont flexibles et susceptibles de changements, la d�finition de la philosophie demeure un sujet controvers�.
L'�volution de la philosophie occidentale, de l'Antiquit� grecque jusqu'aux temps modernes, constitue l'objet du pr�sent article. Pour la pens�e non occidentale, Voir Chinoise, philosophie, islam, bouddhisme, tao�sme et confucianisme.

2 PHILOSOPHIE GRECQUE
Il est g�n�ralement admis que la philosophie occidentale a d�but� dans la Gr�ce antique comme une sp�culation sur la nature du monde physique. Dans sa forme la plus ancienne, elle se confondait avec la science de la nature. Les �crits des premiers philosophes ne sont pas parvenus � nous, mis � part quelques fragments cit�s par Aristote et d'autres auteurs post�rieurs.

2.1 Ecole ionienne
Le premier philosophe mentionn� par l'histoire fut Thal�s, originaire de la cit� de Milet situ�e sur la c�te ionienne de l'Asie Mineure, qui v�cut aux VIIe et VIe si�cles av. J.-C. V�n�r� par les g�n�rations post�rieures comme l'un des sept sages de la Gr�ce, il se consacra � l'�tude des ph�nom�nes astronomiques, physiques et m�t�orologiques. Selon l'hypoth�se qui ressortit de ses recherches, tous les ph�nom�nes naturels constituent des formes diverses d'une substance fondamentale (sa doctrine s'apparente ainsi au monisme), � savoir l'eau, car il consid�rait que l'�vaporation et la condensation sont des processus universels. Anaximandre, disciple de Thal�s, soutenait que le principe premier dont d�rive toute chose est une substance intangible, infinie, insaisissable et ind�finie qu'il appelait apeiron. Aussi affirmait-il que l'on ne peut d�celer aucune substance observable dans aucune chose ; ainsi, son concept de l'infini annonce le concept moderne d'un Univers infini. Cette substance, selon lui, est �ternelle et indestructible. Son mouvement incessant fait na�tre continuellement les substances plus famili�res comme la chaleur, le froid, la terre, l'air, le feu, qui produisent � leur tour les diff�rents objets et organismes qui constituent le monde que l'on conna�t.
Le troisi�me grand philosophe ionien, Anaxim�ne, reprit l'hypoth�se de Thal�s selon laquelle il existe une substance originelle, mais il d�signait l'air, et non pas l'eau, comme l'�l�ment dont est compos�e toute chose. Il estimait que les changements auxquels sont soumis les corps peuvent �tre expliqu�s par la rar�faction et la condensation de l'air. Anaxim�ne fut ainsi le premier philosophe � expliquer des diff�rences qualitatives par des diff�rences quantitatives, m�thode essentielle � la science de la nature.
Dans son ensemble, l'�cole ionienne a franchi le premier pas d�cisif menant de l'explication mythologique � l'explication scientifique des ph�nom�nes naturels. Elle a d�couvert les principes scientifiques de la permanence de la substance, de l'�volution naturelle du monde et de la r�duction de la qualit� � la quantit�.

2.2 �cole pythagoricienne
Vers 530 av. J.-C., Pythagore fonda une �cole de philosophie � Crotone, en Italie m�ridionale, plus religieuse et mystique que l'�cole ionienne, synth�se de l'antique perception mythologique du monde et de l'int�r�t grandissant pour l'explication scientifique. Le syst�me philosophique, connu sous le nom de pythagorisme, int�gra des croyances �thiques et math�matiques � une vision spiritualiste de la vie. Les pythagoriciens enseignaient et pratiquaient un mode de vie fond� sur la conviction que l'�me est prisonni�re du corps, qu'elle est d�livr�e de celui-ci apr�s la mort et r�incarn�e dans une nouvelle forme de vie, sup�rieure ou inf�rieure selon le degr� de vertu auquel elle est parvenue. La fin supr�me de l'homme serait de purifier son �me en cultivant les vertus intellectuelles, en s'abstenant des plaisirs sensuels et en accomplissant divers rites religieux. Ayant d�couvert les lois math�matiques de la gamme musicale, les pythagoriciens en conclurent que les mouvements plan�taires produisent une � musique des sph�res � et d�velopp�rent une � th�rapie par la musique � dans le but de mettre l'humanit� en harmonie avec les sph�res c�lestes. Ils identifi�rent la science aux math�matiques, soutenant que toute chose est compos�e de nombres et de figures g�om�triques. Ils apport�rent d'importantes contributions aux math�matiques, � la th�orie musicale et � l'astronomie.

2.3 H�raclite
Poursuivant la qu�te ionienne d'une substance premi�re, H�raclite d'�ph�se affirma que le feu constituait l'�l�ment fondamental de l'Univers. Observant que la chaleur produisait des modifications de la mati�re, il anticipa la th�orie moderne de l'�nergie. H�raclite soutenait que toutes les choses se trouvent dans un �tat de fluctuation perp�tuelle, que la stabilit� est une illusion et que seuls le changement et la loi de la nature, ou logos, sont r�els. La doctrine du logos d'H�raclite, qui identifie les lois de la nature � l'esprit divin, a conduit � la th�ologie panth�iste du sto�cisme.

2.4 �cole d'�l�e
Au Ve si�cle av. J.-C., Parm�nide fonda une �cole de philosophie � �l�e, colonie grecque dans la p�ninsule italienne. Parm�nide adopta une position contraire � celle d'H�raclite sur la relation entre la stabilit� et le changement, soutenant que l'Univers ou l'�tat de l'�tre est une entit� sph�rique, indivisible et immuable, et que toute r�f�rence au changement ou � la diversit� est une contradiction en soi. � L'�tre est � repr�sente, selon lui, le seul �nonc� vrai, l'unique certitude dans notre monde o� nous sommes confront�s � l'apparence. Z�non d'�l�e, disciple de Parm�nide, tenta de prouver l'unit� de l'�tre en affirmant que la croyance en la r�alit� du changement, de la diversit� et du mouvement conduit � des paradoxes logiques que les philosophes et logiciens de toutes les �poques ult�rieures ont tent� de r�soudre. L'int�r�t des �l�ates pour le probl�me de la coh�rence logique a jet� les fondements du d�veloppement de la science de la logique.

2.5 Pluralistes
La sp�culation sur le monde physique amorc�e par les philosophes ioniens fut poursuivie au Ve si�cle av. J.-C. par Emp�docle et Anaxagore, qui �labor�rent une philosophie qui substitua � l'hypoth�se d'une substance primordiale unique celle d'une pluralit� de substances. Emp�docle soutenait que toute chose est compos�e de quatre �l�ments irr�ductibles : l'air, l'eau, la terre et le feu, qui tour � tour sont combin�s et s�par�s par deux forces oppos�es, � savoir l'amour et la haine. Par ce processus, le monde �volue du chaos � la forme puis retourne au chaos, dans un cycle �ternel. Emp�docle consid�rait le cycle �ternel comme l'objet appropri� du culte religieux et critiquait la foi religieuse en des divinit�s personnelles, mais il omit d'expliquer la mani�re dont les objets de l'exp�rience pouvaient exister et se d�velopper � partir d'�l�ments radicalement diff�rents d'eux. Anaxagore sugg�ra donc que toutes les choses sont compos�es de particules minuscules ou � semences � qui existent dans une infinie vari�t�. Pour expliquer la mani�re dont les particules se combinent pour former des objets qui constituent le monde connu, Anaxagore d�veloppa une th�orie de l'�volution cosmique. Il soutenait que le principe actif de ce processus �volutif est un esprit du monde qui s�pare et combine les particules. Sa conception de particules �l�mentaires a conduit au d�veloppement de la th�orie atomistique de la mati�re.

2.6 Atomistes
C'est par un cheminement naturel que le pluralisme conduisit � l'atomisme, th�orie selon laquelle la mati�re est compos�e de minuscules particules indivisibles qui ne diff�rent que par des propri�t�s physiques simples telles que la grandeur, la forme et le poids. On doit cette �volution, qui se produisit au IVe si�cle av. J.-C., � Leucippe et � son disciple, plus c�l�bre, D�mocrite, � qui l'on attribue g�n�ralement la premi�re formulation syst�matique d'une th�orie atomistique de la mati�re. Sa conception de la nature �tait enti�rement mat�rialiste, expliquant tous les ph�nom�nes naturels en termes de nombre, de forme et de grandeur des atomes. Il r�duisait ainsi les qualit�s sensibles des choses telles que la chaleur, le froid, le go�t et l'odeur � des diff�rences quantitatives entre atomes. Les formes sup�rieures de l'existence, comme les plantes et les animaux, la vie et m�me la pens�e humaine, furent expliqu�es par D�mocrite dans des termes purement physiques. Il appliqua sa th�orie � la psychologie, � la physiologie, � la th�orie de la connaissance (gnos�ologie), � l'�thique et � la politique, pr�sentant ainsi la premi�re exposition compl�te du mat�rialisme d�terministe selon lequel tous les aspects de l'existence sont d�termin�s par des lois physiques inflexibles.

2.7 Sophistes
Vers la fin du Ve si�cle av. J.-C., des enseignants itin�rants nomm�s sophistes devinrent c�l�bres dans toute la Gr�ce. Les sophistes jou�rent un r�le important dans l'�volution qui fit passer les cit�s grecques de la monarchie agricole � la d�mocratie commerciale. Lorsque l'industrie et le commerce se d�velopp�rent en Gr�ce, une classe de marchands nouvellement enrichis, �conomiquement puissants, commen�a � exercer le pouvoir politique. L'�ducation des aristocrates leur faisant d�faut, ils cherch�rent � se pr�parer � la politique et au commerce en invitant les sophistes � leur enseigner contre r�tribution la rh�torique, l'argumentation juridique et la culture g�n�rale. Bien que les meilleurs sophistes aient apport� d'appr�ciables contributions � la pens�e grecque, le groupe dans son ensemble acquit la mauvaise r�putation d'�tre trompeur, d�magogue et int�ress�. Le terme � sophisme � est ainsi devenu synonyme de faute morale. La c�l�bre maxime de Protagoras, un des plus �minents sophistes, � L'homme est la mesure de toutes choses �, est caract�ristique de l'attitude philosophique de l'�cole des sophistes. Ils estimaient que les individus ont le droit de juger de tout par eux-m�mes. Ils niaient l'existence d'une connaissance objective, affirmaient que les sciences naturelles et la th�ologie ne sont d'aucune valeur parce qu'elles sont sans effet sur la vie quotidienne et d�claraient que les pr�ceptes �thiques ne servent qu'� poursuivre les int�r�ts particuliers.

2.8 Philosophie socratique
La plus grande personnalit� de l'histoire de la philosophie occidentale fut sans doute Socrate. N� en 469 av. J.-C., Socrate poursuivit son enseignement sous forme de dialogue avec ses disciples jusqu'� sa condamnation � mort, qu'il accepta en absorbant la cigu� en 399 av. J.-C. Contrairement aux sophistes, il refusait toute r�tribution pour ses enseignements, affirmant qu'il n'avait aucune connaissance positive � offrir, si ce n'est la conscience du manque de connaissances. Socrate n'a laiss� aucun �crit, mais ses enseignements furent pr�serv�s pour les g�n�rations post�rieures dans le portrait satirique que fit de lui Aristophane, dans les textes de X�nophon et surtout dans les dialogues de son disciple le plus c�l�bre, Platon. Socrate enseignait que chacun poss�de l'enti�re connaissance de la v�rit� absolue, inh�rente � son �me, et qu'il doit seulement �tre incit� � la r�flexion consciente pour la reconna�tre. Dans Menon, dialogue de Platon, Socrate conduit ainsi un esclave � formuler le th�or�me de Pythagore, d�montrant qu'une telle connaissance est inn�e dans l'�me et non apprise par exp�rience. La t�che du philosophe, selon Socrate, est d'inciter les hommes � penser par eux-m�mes et non de leur enseigner quelque chose qu'ils ignoraient. Sa contribution � l'histoire de la pens�e ne r�side pas dans une doctrine syst�matique, mais dans une m�thode de pens�e et un mode de vie. Il est n�cessaire, soulignait-il, d'analyser les raisons des croyances, de d�finir clairement les concepts fondamentaux et d'aborder les probl�mes �thiques de mani�re rationnelle et critique.

2.9 Philosophie platonicienne
Platon �tait un penseur plus syst�matique et plus positif que Socrate, mais ses �crits, en particulier les premiers dialogues, peuvent �tre consid�r�s comme la continuation et l'�laboration des intuitions socratiques. Comme Socrate, Platon tenait l'�thique pour la plus haute discipline de la connaissance ; il mit l'accent sur le fondement intellectuel de la vertu, identifiant la vertu � la sagesse. Cette position repose sur ce qu'on appelle le paradoxe socratique, tel qu'�nonc� par Socrate dans le Protagoras : � Nul ne fait le mal volontairement. � Aristote notera par la suite qu'une telle conclusion ne laisse aucune place � la responsabilit� morale. Platon explora aussi les probl�mes fondamentaux des sciences naturelles, de la th�orie politique, de la m�taphysique, de la th�ologie et de la th�orie de la connaissance, et �labora des conceptions qui allaient devenir des �l�ments constitutifs de la pens�e occidentale.
La philosophie de Platon repose sur sa th�orie des Id�es, ou doctrine des Formes. La th�orie des Id�es, formul�e dans plusieurs de ses dialogues, particuli�rement dans la R�publique et dans le Parm�nide, divise l'Univers en deux mondes : le � monde intelligible � form� d'Id�es ou Formes parfaites, �ternelles et invisibles, et le � monde sensible � form� d'objets concrets et familiers. Pour Platon, les arbres, les pierres, les corps humains et tous les objets connus par les sens sont de vagues copies irr�elles et imparfaites des Id�es. Il parvint � cette conclusion apparemment paradoxale par les crit�res exigeants qu'il imposait � la connaissance : par exemple, il demandait que tous les vrais objets de la connaissance soient d�crits sans contradiction. Comme tous les objets appr�hend�s par les sens sont sujets au changement, un �nonc� fait � un moment donn� sur de tels objets peut s'av�rer faux � un moment ult�rieur. Selon Platon, ces objets ne sont pas tout � fait r�els. Les croyances r�sultant de l'exp�rience de tels objets sont donc vagues et trompeuses, alors que les principes de la math�matique et de la philosophie, d�couverts par la m�ditation sur les Id�es, constituent la seule connaissance digne de ce nom. Selon la description que Platon fait dans la R�publique, le genre humain est emprisonn� dans une caverne et prend � tort les ombres projet�es sur le mur pour la r�alit� ; il y d�signe le philosophe comme celui qui p�n�tre le monde � l'ext�rieur de la caverne, parvient � une vision de la vraie r�alit�, c'est-�-dire du monde des Id�es, et retourne dans la caverne pour d�livrer ses cong�n�res. La conception du bien absolu de Platon, forme supr�me englobant toutes les autres, a �t� une source importante des doctrines religieuses, panth�istes et mystiques, de la culture occidentale.
La th�orie des Id�es de Platon et sa conception rationaliste de la connaissance sont au fondement de son id�alisme moral et politique. Du monde des Id�es �ternelles sont issus les crit�res, ou id�aux, selon lesquels tous les objets et toutes les actions doivent �tre jug�s. Chez une personne, la vertu r�side dans la relation harmonieuse entre les facult�s de son �me. La justice sociale consiste en l'harmonie entre les classes de la soci�t�. L'�tat id�al d'un esprit sain dans un corps sain implique que l'intellect contr�le les d�sirs et les passions, comme l'�tat id�al implique que les individus les plus sages gouvernent les masses en qu�te de jouissance. V�rit�, beaut� et justice sont contenues dans l'id�e du Bien ; ainsi, l'art supr�me exprime des valeurs morales. Cependant, dans son projet de soci�t�, Platon n'admit l'art que dans les limites o� il sert l'�ducation morale de la jeunesse.

2.10 Philosophie aristot�licienne
Aristote, qui commen�a ses �tudes � l'Acad�mie de Platon � l'�ge de dix-sept ans en 367 av. J.-C., fut le plus prestigieux disciple de Platon et compte avec son ma�tre parmi les penseurs les plus influents du monde occidental. Apr�s avoir �tudi� plusieurs ann�es � l'Acad�mie de Platon, Aristote devint le pr�cepteur d'Alexandre le Grand. Il retourna par la suite � Ath�nes pour fonder le Lyc�e, �cole qui, comme l'Acad�mie de Platon, allait demeurer pendant des si�cles un des grands centres intellectuels de la Gr�ce. Dans ses cours au Lyc�e, Aristote d�finit les concepts et les principes fondamentaux de maintes sciences th�oriques, telles que la logique, la biologie, la physique et la psychologie. En cr�ant la science de la logique, il �labora la th�orie de l'inf�rence d�ductive, illustr�e par le syllogisme (raisonnement de type hypoth�tico-d�ductif, usant de deux pr�misses et d'une conclusion) et un ensemble de r�gles r�gissant la m�thode scientifique.
Dans sa m�taphysique, Aristote critiqua la s�paration op�r�e par Platon de la Forme et de la mati�re et soutint que les Formes ou essences sont contenues dans les objets concrets. Pour Aristote, tout ce qui est r�el est une combinaison de potentialit� et d'actualit� ; en d'autres mots, toute chose est une combinaison de ce qu'elle peut �tre (mais n'est pas encore) et de ce qu'elle est d�j� (mati�re et Forme), parce que toutes les choses changent et deviennent diff�rentes de ce qu'elles �taient, exception faite des intellects actifs, divin et humain, qui sont de pures Formes.
La nature est pour Aristote un syst�me organique de choses ; leurs formes communes permettent de les r�partir en classes embrassant les esp�ces et les genres, chaque esp�ce poss�dant une forme, une fin et un mode de d�veloppement suivant lesquels elle peut �tre d�finie. L'objectif de la science th�orique est de d�finir les Formes, les fins et les modes de d�veloppement de toutes les esp�ces et de les classer selon leur ordre naturel en suivant la complexit� progressive de leurs Formes. Les principaux niveaux des esp�ces sont l'inanim�, le v�g�tatif, l'animal et le rationnel. Pour Aristote, qui oppose � puissance � et � actes �, l'�me est la Forme ou l'� actualisation � du corps, et les �tres humains (dont l'�me rationnelle est une forme sup�rieure aux �mes des autres esp�ces terrestres) constituent l'esp�ce supr�me parmi les �tres p�rissables. Les corps c�lestes, compos�s d'une substance imp�rissable, � savoir l'� �ther �, et mus �ternellement par Dieu dans une trajectoire parfaitement circulaire, sont plac�s encore plus haut dans l'ordre de la nature. Cette classification hi�rarchique de la nature fut adopt�e par plusieurs th�ologiens chr�tiens, juifs et islamiques au Moyen �ge comme la seule conception de la nature compatible avec leurs convictions religieuses.
La philosophie politique et �thique d'Aristote repose �galement sur l'examen critique des principes platoniciens. Selon Aristote, les r�gles de la conduite individuelle et sociale doivent �tre trouv�es dans l'�tude scientifique des tendances naturelles des individus et des soci�t�s plut�t que dans un monde divin constitu� de pures Formes. Insistant par cons�quent moins que Platon sur la conformit� rigoureuse aux principes absolus, Aristote consid�rait les r�gles �thiques comme des pr�ceptes pratiques en vue de parvenir � une vie heureuse et harmonieuse. Mettant l'accent sur le bonheur, en tant qu'�panouissement des talents naturels, Aristote illustrait en fait l'attitude envers la vie propre aux Grecs cultiv�s de son �poque. En th�orie politique, la position d'Aristote est plus r�aliste que celle de Platon. Il convenait qu'une monarchie gouvern�e par un roi sage serait la structure politique id�ale, mais reconnaissait que les soci�t�s diff�rent dans leurs besoins et traditions et estimait qu'une d�mocratie limit�e repr�sente en r�gle g�n�rale le meilleur compromis. Dans sa th�orie de la connaissance, Aristote rejeta la doctrine platonicienne de la connaissance inn�e et insista sur le fait qu'elle ne peut �tre obtenue que par la g�n�ralisation � partir de l'exp�rience. Il interpr�ta l'art comme le moyen d'obtenir le plaisir et l'illumination intellectuelle plut�t que comme l'instrument de l'�ducation morale.

3 PHILOSOPHIE HELL�NISTIQUE ET ROMAINE
Du IVe si�cle av. J.-C. � la mont�e de la philosophie chr�tienne au IVe si�cle apr. J.-C., l'�picurisme, le sto�cisme, le scepticisme et le n�oplatonisme furent les principales �coles philosophiques qui se d�velopp�rent dans le monde occidental. Pendant cette p�riode, l'int�r�t pour les sciences naturelles diminua progressivement et ces �coles s'occup�rent principalement d'�thique et de religion.

3.1 �picurisme
En 306 av. J.-C., �picure fonda une �cole de philosophie � Ath�nes. Comme ses disciples se rencontraient dans le jardin de sa propri�t�, ils furent surnomm�s les � philosophes du jardin �. �picure adopta la physique atomistique de D�mocrite en y introduisant plusieurs modifications importantes. Au lieu d'un mouvement al�atoire des atomes dans toutes les directions, il supposa qu'un mouvement uniforme se produisait vers le bas. Il introduisit de plus un �l�ment de hasard dans le monde physique en supposant que, parfois, les atomes d�vient de leur trajectoire de fa�on impr�visible, donnant ainsi une justification physique � la croyance dans le libre arbitre. Il soutenait que les sciences naturelles ne sont importantes que dans la mesure o� elles peuvent servir � prendre des d�cisions pratiques et � dissiper la crainte des dieux ou de la mort. La fin de la vie, d�clarait-il, est d'atteindre le plus possible de plaisirs, qu'il identifiait � un mouvement l�ger et � l'absence de douleur. Les enseignements d'�picure ont �t� conserv�s principalement dans le po�me philosophique De rerum natura (De la nature) par le po�te romain Lucr�ce, qui contribua largement � la popularit� de l'�picurisme � Rome.

3.2 Sto�cisme
Fond�e � Ath�nes vers 310 av. J.-C. par Z�non de Citium, l'�cole des sto�ciens prolongea le courant ant�rieur des cyniques, qui rejetaient les institutions sociales et les valeurs mat�rielles. Le sto�cisme devint l'�cole la plus influente dans le monde gr�co-romain et produisit des �crivains et des personnalit�s remarquables tels que l'esclave grec et plus tard philosophe romain �pict�te et l'empereur romain Marc Aur�le, c�l�bre pour sa sagesse et sa noblesse de caract�re. Les sto�ciens enseignaient que l'on ne peut atteindre la libert� et la tranquillit� qu'en �tant insensible au confort mat�riel et � la fortune ext�rieure et en se consacrant � une vie de raison et de vertu. Soutenant une conception quelque peu mat�rialiste de la nature, ils renou�rent avec H�raclite, reprenant � la fois son hypoth�se selon laquelle la substance primaire est le feu et son culte du logos qu'ils identifi�rent � l'�nergie, � la loi, � la raison et � la providence omnipr�sente dans la nature. La raison fut aussi consid�r�e comme une partie du logos divin et donc immortel. La doctrine sto�cienne selon laquelle chaque �tre humain est une partie de Dieu et selon laquelle tous les hommes constituent une famille universelle, contribua � lever les barri�res nationales, sociales et ethniques, et fraya le chemin � l'expansion d'une religion universelle. La doctrine sto�cienne du droit naturel, qui fait de la nature humaine le crit�re d'�valuation des lois et des institutions sociales, eut une influence consid�rable sur le droit romain, et plus tard, sur le droit en Occident.

3.3 Scepticisme
Prolongeant la critique de la connaissance objective exerc�e par les sophistes, l'�cole des sceptiques domina l'Acad�mie platonicienne au IIIe si�cle av. J.-C. Les sceptiques comprirent, � la suite de Z�non d'�l�e, que la logique est un outil critique puissant, capable de d�truire toute position philosophique. Selon leur th�se fondamentale, l'Homme ne peut atteindre ni la connaissance ni la sagesse portant sur la r�alit� ; le chemin du bonheur passe donc par une suspension compl�te du jugement. Comme illustration extr�me de cette attitude, on rapporte que Pyrrhon, un des plus illustres philosophes sceptiques, refusa de changer de direction alors qu'il s'approchait d'une falaise et que ses disciples durent l'en d�tourner. Carn�ade soutenait que les opinions tir�es de l'exp�rience par induction peuvent �tre probables, mais jamais certaines.

3.4 N�oplatonisme
Le philosophe jud�o-hell�nistique Philon d'Alexandrie int�gra la philosophie grecque, en particulier les id�es platoniciennes et pythagoriciennes, et la religion juive dans un vaste syst�me qui annonce le n�oplatonisme et la mystique juive, chr�tienne et islamique. Philon mit l'accent sur la transcendance de Dieu, qui d�passe l'entendement humain et est donc ineffable. Il d�crivit le monde naturel comme une s�rie d'�manations de Dieu dont la derni�re est la mati�re, source du mal. Il pr�conisa un �tat religieux, ou th�ocratie, et fut un des premiers � interpr�ter l'Ancien Testament aux non juifs (� gentils �).
Le n�oplatonisme, qui fut une des �coles philosophiques et religieuses les plus influentes et un rival s�rieux pour le christianisme, fut fond� au IIIe si�cle apr. J.-C. par Ammonios Saccas et son c�l�bre disciple Plotin. La doctrine de Plotin repose sur les �crits po�tiques et mystiques de Platon, des pythagoriciens et de Philon. Selon lui, la fonction principale de la philosophie est de pr�parer l'Homme � l'exp�rience de l'extase dans laquelle il s'unit � Dieu. Source de toute r�alit�, Dieu (ou l'Un) d�passe la compr�hension rationnelle. L'Univers �mane de l'Un par un myst�rieux processus de d�bordement de l'�nergie divine � des niveaux successifs. Les niveaux supr�mes forment la trinit� de l'Un : le logos, qui contient les formes platoniciennes, et l'�me du Monde, d'o� proc�dent les �mes humaines et les forces naturelles. Selon Plotin, les autres choses �manant de l'Un sont d'autant plus imparfaites et mauvaises qu'elles se rapprochent de la limite de la mati�re pure. La fin supr�me de la vie est de se purifier de la d�pendance des jouissances corporelles par la m�ditation philosophique et de se pr�parer � l'union extatique avec l'Un. Le n�oplatonisme a exerc� une forte influence sur la pens�e m�di�vale.

4 PHILOSOPHIE M�DI�VALE
Pendant le d�clin de la civilisation gr�co-romaine, les philosophes occidentaux abandonn�rent l'investigation scientifique de la nature et la recherche du bonheur en ce monde pour se tourner vers le probl�me du salut dans un monde autre et meilleur. Au IIIe si�cle apr. J.-C., le christianisme s'�tait r�pandu parmi les classes cultiv�es de l'Empire romain. Les enseignements religieux des �vangiles furent associ�s par les P�res de l'�glise � plusieurs conceptions philosophiques des �coles grecques et romaines.

4.1 Philosophie augustinienne
Les �crits de saint Augustin illustrent la tentative de concilier le r�le de la raison mis en valeur par les Grecs et le sentiment religieux enseign� par le Christ. Saint Augustin a construit un syst�me qui, au travers de modifications et d'�laborations ult�rieures, allait finalement devenir la doctrine officielle du christianisme. Son influence explique largement que la pens�e chr�tienne ait �t� d'inspiration platonicienne jusqu'au XIIIe si�cle, date � laquelle la philosophie aristot�licienne deviendra dominante. Saint Augustin affirmait que la foi religieuse et la compr�hension philosophique sont compl�mentaires plut�t que contraires et que l'on doit � croire pour comprendre et comprendre pour croire �. � l'instar des n�oplatoniciens, il tenait l'�me pour une forme d'existence sup�rieure au corps et enseignait que la connaissance consiste dans la contemplation des id�es platoniciennes purifi�es � la fois de la sensation et du langage imag�.
La philosophie platonicienne fut associ�e � la conception chr�tienne d'un Dieu personnel, qui cr�a le monde et d�termina son �volution, et � la doctrine de la chute de l'Homme, n�cessitant l'incarnation de Dieu dans la personne du Christ. Saint Augustin tenta d'apporter des solutions rationnelles aux probl�mes du libre arbitre et de la pr�destination, de l'existence du mal dans un monde cr�� par un Dieu parfait et tout-puissant, et de la triple nature attribu�e � Dieu dans la doctrine de la Trinit�.
Saint Augustin concevait l'histoire comme le combat dramatique entre le bien dans l'humanit�, exprim� dans la loyaut� � la � cit� de Dieu � ou communaut� des saints, et le mal incarn� dans la cit� terrestre et ses valeurs mat�rielles. Sa vision de la vie humaine �tait profond�ment pessimiste : il affirmait que le bonheur est impossible dans le monde des �tres vivants o�, m�me pour les rares �tres favoris�s par la fortune, la conscience de l'approche de la mort compromet toute satisfaction. De plus, selon lui, sans les vertus religieuses, l'esp�rance et la charit� qui pr�supposent la gr�ce divine, une personne ne peut d�velopper les vertus naturelles telles que le courage, la justice, la mod�ration et la sagesse. Ses analyses du temps, de la m�moire et de l'exp�rience int�rieure de la religion furent une source d'inspiration pour la pens�e m�taphysique et mystique.
Durant les trois si�cles qui suivirent la mort de saint Augustin, le seul apport majeur � la philosophie occidentale est d� � l'homme politique romain du VIe si�cle Bo�ce, qui raviva l'int�r�t pour la philosophie grecque et latine, en particulier pour la logique et la m�taphysique d'Aristote. Au IXe si�cle, le moine irlandais Jean Scot �rig�ne �labora une interpr�tation panth�iste du christianisme, identifiant la divine Trinit� � l'Un, le logos et l'�me du Monde du n�oplatonisme et soutenant que la foi et la raison sont n�cessaires pour atteindre l'union extatique avec Dieu.

4.2 Scolastique
Le XIe si�cle connut un renouveau de la pens�e philosophique gr�ce � l'accroissement des contacts entre les diff�rentes parties du monde occidental et � l'int�r�t renouvel� pour la culture qui culminera � la Renaissance. Les ouvrages de Platon, d'Aristote et d'autres penseurs grecs furent traduits par des �rudits arabes et attir�rent l'attention de philosophes en Europe occidentale. Philosophes islamiques, juifs et chr�tiens interpr�t�rent et clarifi�rent ces �crits dans un effort pour concilier la philosophie et la foi religieuse, et pour fournir des fondements rationnels � leurs convictions religieuses. Leurs travaux ont jet� les bases de la scolastique.
La pens�e scolastique s'attacha moins � d�couvrir des faits et des principes nouveaux qu'� d�montrer la v�rit� de convictions existantes. Sa m�thode fut donc dialectique. Les recherches sur le raisonnement conduisirent � d'importants d�veloppements tant en logique qu'en th�ologie. Le m�decin arabe du XIIe si�cle Avicenne int�gra des notions n�oplatoniciennes et aristot�liciennes dans la doctrine religieuse de l'islam, et le po�te juif Avicebron r�alisa une synth�se similaire entre la pens�e grecque et le juda�sme. Saint Anselme de Canterbury, archev�que et philosophe scolastique, reprit la position de saint Augustin sur la relation entre la foi et la raison, et associa le platonisme � la th�ologie chr�tienne. Adepte de la th�orie platonicienne des Id�es, saint Anselme d�fendit l'existence s�par�e des � universaux � ou propri�t�s communes des choses. Il �tablit ainsi la position du r�alisme logique sur une des questions les plus vivement discut�es dans la philosophie m�di�vale.
La position oppos�e, le nominalisme, fut formul�e par le philosophe scolastique Roscelin, qui soutenait que seuls les objets individuels et concrets existent et que les universaux, les formes et les id�es sous lesquelles sont subsum�es les choses particuli�res, ne sont que de simples vocables ou des �tiquettes, et non des substances intangibles. Il affirmait que la Trinit� doit comprendre trois �tres s�par�s : d�s lors, ses positions furent jug�es h�r�tiques et il dut se r�tracter en 1092. Le th�ologien scolastique fran�ais Pierre Ab�lard, connu pour sa tragique aventure amoureuse avec H�lo�se au XIIe si�cle, proposa un compromis entre le r�alisme et le nominalisme : selon le conceptualisme, les universaux existent dans les choses particuli�res en tant que propri�t�s et hors des choses en tant que concepts dans l'esprit. Ab�lard soutenait que la religion r�v�l�e doit �tre justifi�e par la raison. Il �labora une �thique fond�e sur la conscience personnelle, qui annonce la pens�e protestante.
Le juriste et m�decin hispano-arabe Averro�s, le plus illustre des philosophes musulmans du Moyen �ge, fit de la science et de la philosophie aristot�licienne une composante majeure de la pens�e m�di�vale. Ses savants commentaires des ouvrages d'Aristote lui valurent d'�tre appel� le � Commentateur � par les nombreux scolastiques qui tenaient Aristote pour le � Philosophe �. Averro�s tenta de surmonter les contradictions entre la philosophie aristot�licienne et la religion r�v�l�e en distinguant deux syst�mes distincts de v�rit� : un corps de v�rit�s scientifiques, b�ti sur la raison, et un corps de v�rit�s religieuses, fond� sur la r�v�lation. Affirmant que la raison pr�vaut sur la religion, il dut s'exiler en 1195. La doctrine de la � double v�rit� � d'Averro�s influen�a de nombreux philosophes musulmans, juifs et chr�tiens, mais elle fut rejet�e par plusieurs autres et fit l'objet de d�bats dans la philosophie m�di�vale.
Le rabbin et physicien Ma�monide, une des plus �minentes figures de la pens�e juive, suivit l'exemple d'Averro�s, unissant la science aristot�licienne � la religion, mais rejeta l'id�e que deux syst�mes conceptuels incompatibles puissent �tre �galement vrais. Dans son Guide des �gar�s (1180), Ma�monide tenta de donner un fondement rationnel au juda�sme et d�fendit certaines croyances religieuses (comme la croyance en la cr�ation du monde) en contradiction avec la science aristot�licienne, car il �tait convaincu que des preuves concluantes manquaient des deux c�t�s.
Le th�ologien scolastique anglais Alexandre de Hales et le philosophe scolastique italien saint Bonaventure, tous deux philosophes du XIIIe si�cle, combin�rent des principes platoniciens et aristot�liciens, introduisant le concept de la forme substantielle ou substance immat�rielle pour expliquer l'immortalit� de l'�me. La conception de Bonaventure tendait vers la mystique panth�iste et faisait de l'union extatique avec Dieu la fin de la philosophie.
Le philosophe scolastique allemand saint Albert le Grand fut le premier philosophe chr�tien � approuver et interpr�ter le syst�me d'Aristote dans son ensemble. Il �tudia les �crits des aristot�liciens musulmans et juifs et r�digea des commentaires encyclop�diques sur Aristote et sur les sciences naturelles de son �poque. Le moine anglais Roger Bacon, un des premiers scolastiques � s'int�resser aux sciences exp�rimentales, �tait persuad� qu'il restait encore beaucoup � apprendre sur la nature. Il critiqua la m�thode d�ductive de ses contemporains et leur confiance dans les autorit�s du pass�, et pr�conisa une nouvelle m�thode de recherche scientifique fond�e sur l'observation contr�l�e.
La figure intellectuelle la plus �minente de l'�poque m�di�vale fut saint Thomas d'Aquin. Moine dominicain, il �tudia sous la direction d'Albert le Grand et le suivit � Cologne en 1248. Thomas d'Aquin int�gra la science aristot�licienne et la th�ologie augustinienne en un vaste syst�me de pens�e qui allait devenir la philosophie officielle de l'�glise catholique. Il traita de tous les sujets de la philosophie et des sciences et ses ouvrages principaux, Summa theologica et Summa contra gentiles, o� il pr�sente une somme syst�matique des th�ses th�ologiques, exerce toujours une influence consid�rable sur la pens�e occidentale. Ses �crits refl�tent le renouveau d'int�r�t de son �poque pour la raison, pour la nature et le pour le bonheur terrestre, de m�me que pour la foi religieuse et l'aspiration au salut.
Saint Thomas affirma contre les averro�stes que les v�rit�s de la foi et les v�rit�s de la raison ne peuvent se contredire, car elles s'appliquent � des domaines diff�rents. C'est en se penchant sur les faits observables que les sciences et la philosophie d�couvrent les v�rit�s, alors que les articles de la religion r�v�l�e, comme la Trinit�, la cr�ation du monde et autres articles du dogme chr�tien, d�passent les capacit�s de la raison humaine, bien qu'ils ne soient pas contraires � la raison et qu'ils doivent �tre accept�s par la foi. La m�taphysique, la th�orie de la connaissance, l'�thique et la th�orie politique de saint Thomas sont tir�es en grande partie d'Aristote, mais il ajouta � l'�thique naturaliste d'Aristote, dont le but �tait le bonheur en ce monde, les vertus pauliniennes de la foi, de l'esp�rance et de la charit�, et l'objectif du salut �ternel par la gr�ce.

4.3 Philosophie m�di�vale apr�s saint Thomas
Les plus importants critiques de la philosophie thomiste furent John Duns Scot et Guillaume d'Occam. Duns Scot, qui �labora un syst�me de logique et de m�taphysique subtil et hautement technique, rejeta la tentative de saint Thomas de concilier la philosophie rationnelle et la religion r�v�l�e. Modifiant la doctrine de la � double v�rit� � d'Averro�s, il soutenait que toutes les croyances religieuses sont une question de foi, exception faite de la croyance en l'existence de Dieu, qu'il estimait logiquement d�montrable. Contre la position de saint Thomas, selon laquelle Dieu agit conform�ment � sa nature rationnelle, Duns Scot affirma que la volont� divine pr�vaut sur l'intellect divin et cr�e les lois de la nature et de la morale plut�t qu'elle ne les observe et se d�marqua ainsi de la conception du libre arbitre de saint Thomas. Sur la question des universaux, Duns Scot d�veloppa un nouveau compromis entre le r�alisme et le nominalisme, consid�rant que la diff�rence entre les objets individuels et les formes que ces objets r�alisent est une distinction plut�t logique que r�elle.
Le scolastique anglais Guillaume d'Occam formula la critique nominaliste la plus radicale de la croyance scolastique en des entit�s invisibles et intangibles telles que les formes, les essences et les universaux. Il soutenait que de telles entit�s abstraites ne sont que des mots se r�f�rant � d'autres mots. Son principe c�l�bre, nomm� le � rasoir d'Occam �, selon lequel � il faut �viter de supposer l'existence de plus de choses qu'il n'est logiquement n�cessaire �, est devenu un principe fondamental de la science et de la philosophie modernes.
Aux XVe et XVIe si�cles, le renouveau de l'int�r�t scientifique pour la nature s'accompagna d'une tendance � la mystique panth�iste. Le pr�lat catholique Nicolas de Cuse pr�para l'�uvre de l'astronome polonais Copernic en avan�ant l'id�e que la Terre tourne autour du Soleil, ce qui �tait � l'humanit� la place centrale dans l'Univers. De plus, il affirma que l'univers est infini et identique � Dieu. Le philosophe italien Giordano Bruno, qui identifia de fa�on semblable l'Univers � Dieu, d�veloppa les cons�quences philosophiques de la th�orie copernicienne et aboutit � un humanisme panth�iste qui lui valut d'�tre condamn� au b�cher par l'Inquisition. La philosophie de Bruno marqua les esprits et contribua � l'essor de la science et � la naissance de la R�forme.

5 LA PHILOSOPHIE MODERNE
� partir du XVe si�cle, la philosophie moderne fut toujours le carrefour de deux syst�mes de pens�e, l'un fond� sur une interpr�tation m�caniste, mat�rialiste de l'Univers, l'autre sur la foi en l'Homme comme seule r�alit� ultime. Ce croisement d'influences refl�te l'effet croissant des d�couvertes scientifiques et des changements politiques sur la sp�culation philosophique.

5.1 M�canisme et mat�rialisme
Les XVe et XVIe si�cles constituent une p�riode de progr�s radical sur les plans social, politique et intellectuel. Les grandes d�couvertes, la R�forme, centr�e sur la foi en l'individu, l'essor de la soci�t� urbaine et commerciale, et le renouvellement culturel, esth�tique et id�ologique entra�n�rent l'apparition d'une nouvelle vision philosophique du monde. La vision m�di�vale d'un ordre hi�rarchique d'�tres cr��s et gouvern�s par Dieu fut supplant�e par une image m�caniste du monde, repr�sent� comme une immense machine d�nu�e de fin et de volont� et dont les composantes �taient mues par les rigoureuses lois de la physique. La satisfaction des d�sirs naturels de l'Homme l'emporta sur la qu�te du salut dans l'au-del�. Institutions politiques et principes moraux cess�rent d'�tre consid�r�s comme le reflet de l'ordre divin et en vinrent � �tre con�us comme des moyens pratiques cr��s par les hommes. Dans cette nouvelle optique philosophique, l'exp�rience et la raison humaine devinrent les seuls crit�res de v�rit�.
Le premier grand repr�sentant de cette nouvelle philosophie fut le philosophe et homme d'�tat anglais Francis Bacon, qui attaquait la foi dans l'autorit� et dans le pouvoir du raisonnement et critiquait la logique aristot�licienne. Bacon revendiquait une nouvelle m�thode scientifique fond�e sur l'induction g�n�ralisante � partir d'observations et d'exp�riences minutieuses. Il fut le premier � formuler les r�gles de l'inf�rence inductive.
Mais l'importance de l'�uvre de Galil�e contribua encore plus � l'essor de la nouvelle vision du monde. Galil�e accordait une importance particuli�re aux math�matiques dans la formulation des lois scientifiques. Ainsi cr�a-t-il la science de la m�canique, qui applique les principes de la g�om�trie aux mouvements des corps. Gr�ce � la m�canique, on d�couvrit des lois naturelles fiables et utiles, ce qui entra�na Galil�e et d'autres scientifiques apr�s lui � croire que la nature ob�issait toute enti�re � des lois m�caniques.

5.1.1 Descartes
Math�maticien, physicien et philosophe rationaliste, Ren� Descartes fit siennes les critiques de Bacon et de Galil�e des m�thodes et croyances de leur �poque mais, � la diff�rence de Bacon qui pr�conisait une m�thode inductive fond�e sur les faits observables, Descartes fit des math�matiques le paradigme de toute science, appliquant sa m�thode d�ductive et analytique � tous les domaines. Il publia en 1637 son premier ouvrage important, les Essais philosophiques, qui comprenait le Discours de la m�thode. Il prit la r�solution de reconstruire l'ensemble de la connaissance humaine sur un fondement absolument certain, refusant toute croyance, m�me celle de sa propre existence, avant d'en avoir �tabli la v�rit� et la n�cessit�. C'est pr�cis�ment en doutant de sa propre existence que Descartes en d�couvrit la preuve logique. Sa c�l�bre proposition Cogito, ergo sum (� Je pense, donc je suis �) lui fournit le seul fait certain ou axiome dont il put d�duire l'existence de Dieu et des lois naturelles �l�mentaires. En d�pit de son point de vue m�caniste, Descartes acceptait la doctrine religieuse traditionnelle de l'immortalit� de l'�me et affirmait que l'esprit et le corps sont deux substances distinctes, soustrayant ainsi l'esprit aux lois m�caniques de la nature et garantissant la libert� de la volont�. Avec cette distinction fondamentale du corps et de l'esprit, Descartes a formul� une philosophie relevant du dualisme. D�s lors s'est pos� le probl�me de savoir comment s'effectue l'interaction de deux substances aussi diff�rentes, mais Descartes ne trouva pas de r�ponse � cette question.

5.1.2 Hobbes
Le philosophe anglais Thomas Hobbes �difia un vaste syst�me de m�taphysique mat�rialiste qui apportait une solution au dualisme en r�duisant l'esprit aux mouvements internes du corps. En appliquant les principes de la m�canique aux domaines de la connaissance, il a d�fini les concepts fondamentaux (vie, sensation, raison, valeur, justice) en termes de mati�re et de mouvement, et r�duit de la sorte tous les ph�nom�nes � des relations physiques et toute science � la m�canique. Dans sa th�orie morale, Hobbes d�duisait les r�gles du comportement humain de l'instinct de conservation et justifiait l'action �go�ste comme �tant une tendance naturelle de l'Homme. Dans sa th�orie politique, il qualifiait les gouvernements et la justice sociale de cr�ations artificielles reposant sur un contrat social. Il d�fendait la monarchie absolue, dans laquelle il voyait le moyen le plus efficace de pr�server la paix. Il acheva en 1642 le De cive (Du Citoyen), expos� de sa th�orie du gouvernement, et poursuivit son travail d'�rudit et de philosophe jusqu'� sa mort en 1679.

5.1.3 Spinoza
Le philosophe hollandais Baruch Spinoza �difia un syst�me philosophique qui proposait de nouvelles solutions au dualisme, au conflit entre science et religion, et au probl�me que posait la science m�canique en �liminant de la nature les valeurs morales. � l'instar de Descartes, il affirmait qu'il est possible de d�duire la structure enti�re de la nature de quelques d�finitions et axiomes �l�mentaires. Spinoza vit que la th�orie cart�sienne des deux substances cr�ait le probl�me insoluble de l'interaction du corps et de l'esprit ; il en tira la conclusion que l'ultime sujet de connaissance ne peut �tre que la substance elle-m�me. Selon lui, Dieu, la substance et la nature sont identiques : toute chose est un aspect ou un mode de Dieu. Il repr�senta par l� le panth�isme fond� sur le d�terminisme. Aussi affirmait-il que la libert� de l'Homme ne repose que sur l'ignorance de ce qui le d�termine. D'origine et d'�ducation juive, en 1656 Spinoza fut excommuni� et banni d'Amsterdam par le rabbin en raison de ses vues peu orthodoxes.
La solution qu'il apporta au probl�me du dualisme par la th�orie dite du parall�lisme psychophysique reposait sur l'id�e que l'interaction du corps et de l'esprit n'�tait qu'une apparence et qu'il fallait en fait les consid�rer comme deux formes de la m�me substance. Comme l'�thique de Hobbes, celle de Spinoza se fondait sur une psychologie mat�rialiste qui fait de l'int�r�t personnel l'unique source de motivation des hommes, mais, � la diff�rence de Hobbes, il affirmait que l'int�r�t personnel co�ncide avec l'int�r�t des autres et que la vie la plus satisfaisante est celle consacr�e � l'�tude scientifique culminant dans l'amour intellectuel de Dieu.

5.1.4 Locke
Une des figures les plus influentes de la pens�e anglaise, John Locke, poursuivit la tradition empiriste amorc�e par Bacon. Il dota l'empirisme d'une structure syst�matique avec la publication en 1690 de son Essai sur l'entendement humain. Locke s'attaquait � la croyance rationaliste de son temps en une connaissance ind�pendante de l'exp�rience. S'il acceptait la distinction cart�sienne du corps et de l'esprit et la description m�caniste de la nature, il imprima une nouvelle orientation � la philosophie en recommandant l'�tude de l'esprit apr�s celle du monde physique. Il �rigea ainsi la th�orie de la connaissance en discipline majeure de la philosophie moderne. Locke s'effor�ait de r�duire les id�es � de simples �l�ments de l'exp�rience, mais op�rait une distinction dans les sources de l'exp�rience entre sensation et r�flexion, la sensation fournissant la mati�re de la connaissance du monde externe et la r�flexion celle de la connaissance de l'esprit.
Locke, qui lui-m�me n'�tait pas sceptique, exer�a une influence consid�rable sur le scepticisme de la pens�e britannique ult�rieure pour avoir attir� l'attention sur l'impr�cision des concepts m�taphysiques et sur le fait que l'on ne peut �tablir la preuve certaine des inf�rences qui portent sur le monde externe. Ses �crits �thiques et politiques eurent une influence tout aussi consid�rable sur la pens�e post�rieure. Les fondateurs de l'�cole moderne de l'utilitarisme, qui font du bonheur du plus grand nombre le crit�re du bien et du mal, s'inspir�rent largement des id�es de Locke. En tant que d�fenseur du gouvernement constitutionnel, de la tol�rance en mati�re de religion et du droit naturel, il a marqu� le d�veloppement de la pens�e lib�rale en Europe et aux �tats-Unis.

5.2 Id�alisme et scepticisme
Philosophe, math�maticien et homme d'�tat allemand, Gottfried Wilhelm Leibniz �labora au XVIIe si�cle un syst�me de philosophie original en y int�grant des d�couvertes math�matiques et physiques de son temps et des conceptions religieuses issues de la pens�e antique et m�di�vale. Leibniz consid�rait le monde comme un nombre infini d'unit�s de force infiniment petites, appel�es monades, chacune d'elles constituant un monde clos, qui, cependant, refl�te toutes les autres monades dans son propre syst�me de perceptions. Toutes les monades sont des entit�s spirituelles ; mais celles dont les perceptions sont les plus confuses forment les objets inanim�s, tandis que celles dont les perceptions sont les plus claires et qui incluent la conscience de soi et la raison constituent les �mes et les esprits de l'humanit�. Dieu est con�u comme la � Monade des Monades � qui cr�e toutes les autres monades et d�termine leur d�veloppement suivant une harmonie pr��tablie, ce qui cr�e l'apparence d'une interaction entre les monades. La conception de Leibniz selon laquelle toute chose est organique et spirituelle est � l'origine de la tradition philosophique de l'id�alisme.

5.2.1 Berkeley
Le philosophe irlandais et �v�que anglican George Berkeley fit de l'id�alisme une puissante �cole de pens�e en y associant le scepticisme et l'empirisme. Approfondissant les doutes formul�s par Locke sur la connaissance du monde ext�rieur par l'esprit humain, Berkeley affirmait qu'il n'existe aucune preuve de l'existence d'un tel monde, �tant donn� que les seules choses observables sont nos propres sensations et que celles-ci se trouvent dans l'esprit. Exister, d�clarait-il, signifie �tre per�u ou percevoir (� Esse est percipi vel percipere �), et pour exister lorsqu'on ne les observe pas, les choses doivent continuer � �tre per�ues par Dieu. Sa philosophie expos�e dans le Trait� sur les principes de la connaissance humaine (1710) et les Dialogues entre Hylas et Phylonous (1713) suscit�rent le m�pris de ses contemporains. Mais, en affirmant que les ph�nom�nes sensoriels sont les seuls objets de la connaissance, Berkeley introduisit dans la th�orie de la connaissance le ph�nom�nalisme, selon lequel la mati�re peut �tre analys�e en termes de sensations, et ouvrit la voie au courant positiviste de la pens�e moderne.

5.2.2 Hume
Philosophe et historien, l'�cossais David Hume retourna la critique de la substance mat�rielle op�r�e par Berkeley contre la propre croyance de Berkeley en une substance spirituelle, arguant que nous ne disposons d'aucune preuve observable de l'existence d'une substance spirituelle (�me ou Dieu). Son �uvre philosophique la plus importante, Trait� de la nature humaine, fut publi�e en trois volumes en 1739-1740. Selon lui, toutes les propositions m�taphysiques portant sur des choses qui ne peuvent pas �tre imm�diatement per�ues sont d�nu�es de sens et devraient �tre � livr�es aux flammes �. Dans ses analyses de la causalit� et de l'induction, Hume montra qu'il n'existe aucune raison logique de croire que deux �v�nements donn�s sont li�s par une connexion causale objective ou d'anticiper le futur � partir du pass�. C'est l'habitude qui, confort�e par la r�p�tition, renforce cette connexion illusoire qui n'a lieu en fait que dans l'esprit. L'�uvre de Hume a eu de profondes r�percussions sur la science moderne en incitant � utiliser les proc�d�s de la statistique plut�t que les syst�me d�ductifs et en encourageant � red�finir les concepts fondamentaux.

5.2.3 Kant
En r�ponse au scepticisme de Hume, le philosophe allemand Emmanuel Kant construisit un syst�me de philosophie qui compte parmi les plus importants dans la culture occidentale. Kant a affirm� que toute connaissance est au confluent de l'exp�rience (structur�e par les formes a priori de la sensibilit�) et de l'id�alit� transcendantale (les cat�gories de l'entendement). L'esprit impose sa forme et son ordre a priori � toute exp�rience. En soutenant que la causalit�, la substance, l'espace et le temps sont des formes impos�es � l'exp�rience par l'esprit, Kant corroborait l'id�alisme de Leibniz et Berkeley. Mais sa position ne relevait pas du pur id�alisme, car il adh�ra � la th�se empiriste selon laquelle les choses en soi, c'est-�-dire les choses telles qu'elles existent en dehors de l'exp�rience, ne sont pas connaissables. Ainsi, Kant limitait la connaissance au � monde ph�nom�nal � de l'exp�rience, affirmant que les croyances m�taphysiques sur l'�me, le cosmos et Dieu (le � monde noum�nal � transcendant l'exp�rience humaine) sont plus affaire de foi que de connaissance parce qu'elles exc�dent les limites de l'aperception humaine. Dans ses �crits �thiques, Kant affirmait que les principes moraux rel�vent de l'imp�ratif cat�gorique, par lequel il entendait des commandements absolus de la raison qui ne souffrent aucune exception et qui sont �trangers au plaisir et aux avantages pratiques. Dans ses r�flexions sur la religion, qui ne manqu�rent pas d'influencer la th�ologie protestante, il accorde une importance particuli�re � la conscience individuelle et repr�sente Dieu essentiellement comme un id�al moral. Sur le plan de la pens�e politique et sociale, Kant fut une figure de proue du mouvement soutenant la raison et la libert� contre la tradition et l'autorit�.
En France, l'activit� intellectuelle culmina durant la p�riode connue sous le nom des Lumi�res, qui contribua � stimuler les changements sociaux r�clam�s par la R�volution fran�aise. Parmi les principaux penseurs de cette �poque figure Voltaire, qui, d�veloppant la tradition du d�isme inaugur�e par Locke et d'autres penseurs, r�duisait les croyances religieuses � celles qui, dans l'�tude de la nature, peuvent �tre justifi�es par d�duction rationnelle. Autre penseur majeur des Lumi�res, Jean-Jacques Rousseau consid�rait que la civilisation corrompt la nature humaine et soutenait que l'�tat fond� sur le contrat social repr�sente la volont� g�n�rale. Enfin, Denis Diderot, avec l'Encyclop�die ou Dictionnaire raisonn� des sciences, des arts et des m�tiers (1751-1772) qu'il dirigea avec d'Alembert et � laquelle contribu�rent de nombreux scientifiques et philosophes, forgea une arme contre le fanatisme religieux, l'absolutisme politique et finalement contre l'Ancien R�gime.

5.3 Id�alisme absolu
En Allemagne, sous l'influence de Kant, l'id�alisme devint la tendance dominante. Johann Gottlieb Fichte transforma l'id�alisme critique de Kant en id�alisme absolu en �liminant la � chose en soi � kantienne et en faisant de la volont� la r�alit� derni�re. Fichte soutenait que le monde est cr�� par un ego absolu dont la volont� humaine n'est qu'une manifestation partielle et qui tend vers Dieu comme vers un id�al non r�alis�. Ses th�ses pass�rent pour ath�es et Fichte fut contraint d'abandonner sa chaire de philosophie � l'universit� d'I�na en 1799. Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling alla encore plus loin en r�duisant toute chose � l'activit� d'autor�alisation d'un esprit absolu qu'il identifiait avec l'impulsion cr�atrice de la nature. L'accent plac� par le romantisme sur les sensations et sur le caract�re divin de la nature trouva son expression philosophique dans la pens�e de Schelling, qui influen�a le mouvement transcendantaliste am�ricain dirig� par le po�te et essayiste Ralph Waldo Emerson.

5.3.1 Hegel
Un des philosophes les plus influents du XIXe si�cle fut l'Allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Son syst�me, marqu� par l'id�alisme absolu, se fondait sur une nouvelle conception de la logique qui faisait du conflit ou de la contradiction l'�l�ment n�cessaire � la v�rit�, celle-ci �tant con�ue comme un processus et non comme un �tat de choses fig�. La source de toute r�alit� est, pour Hegel, l'Esprit absolu ou Raison universelle qui, d'une existence abstraite, indiff�renci�e, progresse vers une r�alit� de plus en plus concr�te, suivant un processus dialectique compos� de stades de triades, chaque triade impliquant premi�rement un stade initial (ou th�se), deuxi�mement un stade oppos� (ou antith�se) et troisi�mement un stade sup�rieur, ou synth�se, qui r�unit les deux oppos�s. Dans cette optique, l'histoire ob�it � des lois logiques, si bien que � tout ce qui est r�el est rationnel et tout ce qui est rationnel est r�el �. Les phases historiques tardives constituent des r�alisations plus concr�tes de l'Esprit absolu, dont on d�couvre le stade supr�me de la r�alisation de soi dans l'�tat national et dans la philosophie. Hegel a renouvel� l'int�r�t pour l'histoire en la repr�sentant comme un degr� de r�alit� sup�rieur � celui de la science naturelle. Sa conception de l'�tat national comme la plus haute incarnation sociale de l'Esprit absolu fut consid�r� par certains comme la source majeure de l'id�ologie totalitaire moderne, bien que Hegel lui-m�me ait largement plaid� en faveur de la libert� individuelle.

5.3.2 Philosophes influents
L'Allemand Arthur Schopenhauer rejetait l'optimisme de la foi h�g�lienne dans la raison et le progr�s. En 1819, il publia le Monde comme volont� et comme repr�sentation, expos� de sa philosophie ath�e et pessimiste. Schopenhauer soutenait que la nature et l'humanit� sont toutes deux des produits d'une volont� irrationnelle � laquelle on ne peut �chapper qu'� travers l'art et le renoncement philosophique au d�sir de bonheur. Math�maticien et philosophe, Auguste Comte formula la philosophie du positivisme qui, r�cusant toute sp�culation m�taphysique, ne voyait de connaissance v�ritable que dans les sciences dites positives, ou factuelles. Comte pla�ait la sociologie, dont il est le fondateur, au sommet de sa classification des sciences. L'�conomiste britannique John Stuart Mill d�veloppa et affina les traditions empiriste et utilitariste en publiant l'Utilitarisme en 1836, dont il appliquait les principes � tous les champs de la pens�e. Stuart Mill et d'autres utilitaristes influenc�rent nombre de r�formes lib�rales sociales et �conomiques en Grande-Bretagne. Le Danois S�ren Kierkegaard attaqua la pr��minence de la raison dans le syst�me h�g�lien. Brillant d�fenseur du sentiment de l'approche subjective des probl�mes de la vie, il est devenu l'une des principales sources de l'existentialisme au XXe si�cle.

5.4 La philosophie �volutionniste
Si la vision m�caniste du monde propre au XVIIe si�cle et la foi dans la raison et le sens commun qui pr�valait au XVIIIe si�cle ne perdirent pas compl�tement leur influence, elles furent modifi�es au XIXe si�cle par un grand nombre d'id�es plus complexes et plus dynamiques issues de la biologie et de l'histoire plut�t que des math�matiques et de la physique. Particuli�rement influente fut la th�orie de l'�volution biologique par la s�lection naturelle, expos�e en 1858 par Charles Darwin, dont l'�uvre inspira des conceptions de la nature et de l'humanit� mettant en valeur le conflit et le changement, en opposition � l'unit� et � la permanence de la substance. Karl Marx et Friedrich Engels, qui se rencontr�rent en 1844 � Paris, �labor�rent le mat�rialisme dialectique, fond� sur la logique dialectique de Hegel, dans lequel la mati�re, et non plus l'esprit, constituait la r�alit� derni�re. Ils emprunt�rent � Hegel l'id�e que l'histoire se d�ploie selon des lois dialectiques et que les institutions sociales ont une r�alit� concr�te sup�rieure � celle de la nature physique ou de l'esprit individuel. L'application de ces principes aux probl�mes sociaux prit la forme du mat�rialisme historique : selon cette th�orie, toutes les formes de culture sont d�termin�es par les relations �conomiques et toute l'histoire humaine est l'histoire de la lutte des classes. Cette th�se constitua la base id�ologique du communisme. Le philosophe britannique Herbert Spencer d�veloppa une philosophie �volutionniste fond�e sur le principe de la � survie des plus forts �, qui explique tous les �l�ments de la nature et de la soci�t� en termes d'adaptation � la lutte cosmique pour la survie. � l'instar de Comte, il fondait la philosophie sur la sociologie et l'histoire qu'il consid�rait comme les sciences les plus avanc�es.

5.4.1 Nietzsche
L'Allemand Friedrich Nietzsche reprit l'id�e ch�re � Schopenhauer de vie comme expression d'une volont� cosmique, mais il fit de la � volont� de puissance � la source de toute valeur. Un texte de Nietzsche publi� sous le titre la Volont� de puissance parut en 1901, un an apr�s sa mort. Violemment critique � l'�gard de l'�thique religieuse, notamment chr�tienne, il pr�nait un retour aux vertus plus primitives et plus naturelles du courage et de la force. Dans le sillage de la r�volte romantique contre la raison et l'organisation sociale, il pr�conisait le � renversement des valeurs � et pla�ait le bien dans l'affirmation de la puissance du moi, et le mal dans ce qui le contrarie. Il esp�rait l'av�nement du � surhomme � qui pourrait s'affirmer sans entraves.

5.4.2 Pragmatisme
Vers la fin du XIXe si�cle, le pragmatisme devint l'un des plus puissants mouvements de pens�e aux �tats-Unis. Il s'inscrivait dans la tradition empiriste qui fonde la connaissance sur l'exp�rience et qui a recours aux proc�d�s d'induction de la science exp�rimentale. Charles Sanders Peirce, qui donna � la th�orie son nom, formula une th�orie pragmatique de la connaissance, pour laquelle le sens d'un concept r�side dans les pr�dictions que rend possibles son usage et qui sont v�rifiables par l'exp�rience future. William James fut � l'origine d'une th�orie pragmatique de la v�rit�. Il d�finit la v�rit� comme la capacit� qu'a une croyance � nous guider vers une action r�ussie, et proposa d'�valuer toutes nos croyances en fonction de leur aptitude � r�soudre des probl�mes. C'est sur cette base pragmatique que James justifiait la religion.
L'id�alisme devint un puissant courant de pens�e en Grande-Bretagne � travers l'�uvre de Francis Bradley qui, � l'instar de Hegel, affirmait que toute chose doit �tre con�ue comme un aspect de la totalit� absolue. Bradley r�cusait l'existence des relations, arguant que le seul et unique sujet r�el de la pens�e pouvant �tre postul� est l'Absolu et que la dualit� n'est qu'apparence. Pour lui, d�s lors qu'on affirme qu'une chose a une certaine caract�ristique, il faut que ladite chose, en tant que sujet, soit le monde dans sa totalit� et la r�alit� en soi. Toute autre hypoth�se est contradictoire, car la r�alit� en soi est la derni�re chose � avoir des pr�dicats contradictoires (par exemple, un po�le est tant�t chaud, tant�t froid). Le philosophe britannique John McTaggart poursuivit lui aussi l'id�alisme h�g�lien, affirmant que l'espace et le temps sont irr�els parce qu'on ne peut les concevoir sans se contredire. La seule r�alit� �tait � ses yeux l'esprit. Un autre philosophe britannique, Bernard Bosanquet, qui reprit comme McTaggart l'id�alisme h�g�lien, mit l'accent sur le c�t� esth�tique et dramatique du monde en marche.

5.4.3 L'id�alisme pragmatique
Josiah Royce, qui appartenait au courant id�aliste am�ricain, associa � l'id�alisme certains �l�ments du pragmatisme. Royce interpr�tait la vie humaine comme l'effort d�ploy� par le moi fini pour devenir le moi absolu � travers la science, la religion et la loyaut� envers de plus larges communaut�s.
Philosophe, p�dagogue et psychologue am�ricain, John Dewey reprit les principes pragmatiques de Peirce et de James pour �laborer un vaste syst�me de pens�e qu'il appela � naturalisme exp�rimental � ou instrumentalisme. Dewey mit l'accent sur le fondement biologique et social de la connaissance et sur le caract�re instrumental des id�es comme plans d'action. Il pr�conisait une approche exp�rimentale en �thique, capable de rattacher les valeurs aux besoins individuels et sociaux. Par l'importance qu'elle accordait � la pr�paration de l'individu � une activit� cr�atrice au sein d'une soci�t� d�mocratique, sa th�orie de l'�ducation exer�a une profonde influence sur l'�volution des m�thodes d'�ducation aux �tats-Unis.
En France, une des pens�es les plus influentes du d�but du XXe si�cle fut le vitalisme �volutionniste d'Henri Bergson, d�fenseur de l'�lan vital, �nergie spontan�e du processus d'�volution qui permet � la vie de durer et de prendre de nombreuses formes. Dans l'�volution cr�atrice (1907), Bergson opposait la sensation et l'intuition � l'approche analytique de la nature adopt�e par la science et la philosophie scientiste. En Allemagne, Edmund Husserl, fondateur de l'�cole de la ph�nom�nologie, �labora une philosophie qui �tudiait les structures de la conscience qui permettent � celle-ci de se rapporter � des objets externes. Selon lui, il existe une science des essences, car la conscience, gr�ce � l'intentionnalit� (c'est-�-dire la conscience qui est toujours la conscience de quelque chose) peut atteindre la chose elle-m�me en tant qu'elle est distincte du sensible. Dans Recherches logiques (1900-1901), Husserl a �galement essay� de fonder une science des relations entre les objets id�aux qui ont n�cessairement une existence ind�pendante de la conscience psychologique qui les saisit.

5.4.4 Whitehead
Le math�maticien et philosophe Alfred North Whitehead ranima l'int�r�t pour la m�taphysique sp�culative en construisant un syst�me de concepts qui reliait la th�orie platonicienne des id�es � l'organicisme de Leibniz et de Bergson. Whitehead, qui �tait aussi physicien, montra l'impuissance de la science m�canique � donner une interpr�tation exhaustive de la r�alit�. Pour Whitehead, les choses ne sont pas des substances immuables bien d�limit�es dans l'espace mais des processus d'exp�rience vivants, exprimant des objets �ternels (ou universaux) et li�s � ceux-ci par Dieu.

5.4.5 Santayana et Croce
Le po�te et philosophe am�ricain George Santayana voulut fondre pragmatisme, platonisme et mat�rialisme en une vaste philosophie qui mettait l'accent sur les valeurs intellectuelles et esth�tiques. Benedetto Croce �rigea � son tour l'id�alisme en un courant dominant de la philosophie italienne. Il renouvela le concept h�g�lien de r�alit� comme processus de d�veloppement historique � travers l'opposition des contraires, en insistant plus sur la sensation et l'intuition que sur la raison abstraite comme source de v�rit� ultime.

5.5 La philosophie analytique
Bertrand Russell poursuivit les traditions empiriste et utilitariste de la pens�e britannique. Par son application aux probl�mes de la philosophie des d�couvertes faites en logique, en math�matique et en physique, Russell exer�a une influence consid�rable sur l'�cole de l'empirisme logique. Dans Principia mathematica (1910-1913), il exposa sa � th�orie des types logiques � qui hi�rarchisait les classes pour r�soudre certaines antinomies. Le philosophe britannique G.E. Moore, principale figure de ce que l'on a appel� la r�volte r�aliste contre l'id�alisme, d�fendait la r�alit� des objets de croyance du sens commun. Russell et Moore ont marqu� de leur influence la philosophie analytique.
L'�cole de l'empirisme logique ou positivisme logique, fond�e � Vienne, devint un puissant courant de la pens�e am�ricaine. L'empirisme logique, qui unit le positivisme de Hume et de Comte � l'exigence cart�sienne et kantienne de rigueur et de pr�cision logique, rejette la m�taphysique comme �tant un jeu de mots d�nu� de sens, insiste sur la d�finition de tous les concepts en termes de faits observables et assigne � la philosophie la t�che de clarifier les concepts et la syntaxe logique de la science.
Le courant de la philosophie analytique, appel� analyse linguistique, inspir� par l'�uvre de Moore et d�velopp� de fa�on explicite par Ludwig Wittgenstein dans son Tractatus logico-philosophicus (1921), domine jusqu'� nos jours la philosophie britannique. Cette �cole de pens�e rejette elle aussi la m�taphysique sp�culative et limite la t�che de la philosophie � l'�lucidation, par l'analyse des mots du langage ordinaire, des contradictions et des apories produites par l'ambigu�t� du langage. Elle identifie le sens d'un mot � la fa�on dont le mot est g�n�ralement utilis�.

5.6 La philosophie existentielle
Plongeant ses racines dans la r�volte romantique du XIXe si�cle contre la raison et la science en faveur de l'engagement passionn� dans la vie, la philosophie existentielle fut introduite en Allemagne par l'interm�diaire des �uvres de Martin Heidegger et de Karl Jaspers. Heidegger op�ra une synth�se de l'approche ph�nom�nologique de Husserl, de la th�se de Kierkegaard sur l'intensit� des �motions et de la conception h�g�lienne de la n�gation comme force r�elle. La philosophie de Heidegger affirmait que l'histoire de la philosophie occidentale repose sur un oubli de l'�tre de l'�tant et que les philosophes ont ainsi expliqu� l'�tre � partir d'un autre �tant (Dieu, par exemple). Dans �tre et Temps (1927), il entendait marquer la fin de la m�taphysique en d�clarant que l'�tre est la somme de tous les �tants, de tout ce qui est. Jaspers trouva Dieu, qu'il appela Transcendance, dans les intenses exp�riences �motionnelles des hommes. Jos� Ortega y Gasset, principale figure de la philosophie existentielle en Espagne, opposait l'intuition � la logique et critiquait la culture de masse et la soci�t� m�canis�e des temps modernes. Le philosophe isra�lien et homme de lettres Martin Buber, n� en Autriche, m�lant le mysticisme juif � certaines tendances de la pens�e existentielle, interpr�ta l'exp�rience humaine comme un dialogue de l'individu avec Dieu.
Diff�rentes synth�ses de la th�ologie traditionnelle et de la conception existentialiste de la connaissance, relevant davantage de l'�motion que de la science, furent op�r�es en Suisse par Karl Barth, et aux �tats-Unis par Reinhold Niebuhr et Paul Tillich.
En France, Jean-Paul Sartre fut la figure de proue de l'existentialisme. Ses ouvrages th�oriques, ses romans et ses pi�ces de th��tre renouent avec nombre de th�mes trait�s par Marx, Kierkegaard, Husserl et Heidegger. Ils offrent une conception de l'�tre humain libre qui se projette lui-m�me dans la vie sociale en affirmant ses propres valeurs morales et en assumant la responsabilit� morale de ses actes.
En Europe, le marxisme connut un nouvel essor, notamment en France avec Louis Althusser, en Italie avec Antonio Gramsci et en Allemagne avec les h�ritiers de l'�cole de Francfort comme J�rgen Habermas (Th�orie de l'agir communicationnel, 1981).
La th�orie de la connaissance fut marqu�e en France par les ouvrages de Gaston Bachelard (le Nouvel esprit scientifique, 1934), d'Alexandre Koy� (Du monde clos � l'univers infini, 1957), de Georges Canguilhem (�tudes d'histoire et de philosophie des sciences, 1968) et d'Ilya Prigogine (la Nouvelle Alliance, 1979). Le structuralisme, issu des travaux de Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique g�n�rale, 1922) dominait les sciences humaines gr�ce aux travaux de Claude L�vi-Strauss (la Pens�e sauvage, 1962) et de Michel Foucault (les Mots et les Choses, 1966). La pens�e de Heidegger a laiss� des traces profondes en France, comme en t�moignent les ouvrages de Jacques Derrida (la Voix et le Ph�nom�ne, 1967) qui entreprit une � d�construction � de la m�taphysique occidentale. La r�flexion sur l'apport de Nietzsche et de Freud, sur le symbolisme renouvel� par Ernst Cassirer (Philosophie des formes symboliques, 1923-1929) donna l'occasion � Paul Ric�ur de traiter des grands th�mes de la philosophie morale et de la m�taphysique (Finitude et culpabilit�, 1960). En France, la philosophie continue de figurer parmi les mati�res obligatoires du baccalaur�at, malgr� les critiques qui sous-estiment la valeur �ducative de cette discipline.

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