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Charles Darwin.
1 PRÉSENTATION
Darwin, Charles (1809-1882), naturaliste britannique qui posa les fondements de la théorie de l'évolution grâce au concept de la sélection naturelle.
Les travaux et de la pensée de Charles Darwin ont eu des répercussions et une influence colossales dans les domaines des sciences de la vie et de la Terre. De façon plus générale, ils marquent toute la pensée biologique et paléontologique modernes.
2 DE LA MÉDECINE À L’ÉGLISE ANGLICANE
Né à Shrewsbury, dans le Shropshire, Charles Robert Darwin est le cinquième enfant d'une famille riche et cultivée. Il a pour grand-père maternel un fabricant de faïence et de poterie, Josiah Wedgwood, et pour grand-père paternel, le médecin et savant Erasmus Darwin. En 1825, Darwin se rend à l'université d'Édimbourg pour y étudier la médecine. Toutefois, peu motivé pour ce type d'études, il abandonne la faculté de médecine deux ans plus tard pour l'université de Cambridge, afin de devenir pasteur de l'Église anglicane. Il y fait la connaissance du géologue Adam Sedgwick et du naturaliste John Stevens Henslow, qui ont, l'un comme l'autre, beaucoup d'influence sur lui. C'est d’ailleurs grâce à John Henslow qu’il se passionne pour l’observation méticuleuse et appliquée des phénomènes naturels, et devient un collectionneur de spécimens.
3 LE VOYAGE SUR LE BEAGLE
Darwin obtient son diplôme en 1831, à l'âge de 22 ans. Il est alors accepté, sur la recommandation de John Henslow, à bord du navire d'exploration britannique le Beagle. Ce dernier s’apprête à appareiller pour une expédition scientifique autour du monde. Darwin y est embarqué en tant que naturaliste officiel, mais sans gages.
Son travail à bord du Beagle lui permet de collecter une masse énorme d'observations géologiques et biologiques, sur lesquelles il travaillera ensuite toute sa vie. Il s'intéresse aux diverses formations géologiques des îles et des continents visités au cours du voyage, et recense une grande variété de fossiles et d'êtres vivants. Sur le plan de la géologie, il est surtout impressionné par l'effet des forces naturelles sur le relief de la surface du globe.
3.1 La confirmation des théories de Charles Lyell
En géologie, la théorie couramment acceptée à l’époque est celle dite catastrophique, inspirée de la Bible. Selon elle, la création des animaux et des plantes a eu lieu par vagues. Chaque vague est ensuite détruite par une catastrophe soudaine, telle qu'un soulèvement ou une modification de la surface terrestre. D'après cette théorie, la dernière catastrophe, le Déluge, a fait disparaître toutes les formes de vie, excepté celles qui ont pris place dans l'arche de Noé — les autres ne sont plus visibles que sous forme de fossiles. Les catastrophistes pensent que les espèces ont été créées individuellement et qu'elles sont immuables.
Le catastrophisme (mais non l'immuabilité des espèces) est cependant contesté par le géologue britannique Charles Lyell dans un ouvrage en deux volumes, Principes de géologie (1830-1833), un ouvrage que Charles Darwin a emporté avec lui sur le Beagle. Lyell est convaincu que la surface de la Terre est soumise à des changements continuels provenant de l'action des forces naturelles et opérant uniformément pendant de longues périodes.
3.2 Les « pinsons de Darwin » et autres observations
Au cours de son tour du monde, Charles Darwin s’aperçoit que ses observations coïncident avec la théorie de Charles Lyell. En revanche, ses études sur les fossiles et les êtres vivants jettent un doute sur la théorie des espèces en vigueur. Il note, par exemple, que les fossiles d'espèces supposées éteintes ressemblent étonnamment à certaines espèces vivantes. Une part importante de ses observations portent sur des tortues et oiseaux (les « pinsons de Darwin » — qui ne sont en réalité pas des pinsons) des îles Galápagos, au large des côtes de l'Équateur. Il note que les espèces des diverses îles sont étroitement apparentées. Les quelques différences qu'il observe correspondent à des différences dans les ressources alimentaires disponibles. Ces observations conduisent Charles Darwin à s'interroger sur les liens pouvant exister entre des espèces proches mais distinctes. Pour lui, la seule explication possible est que les espèces, loin d'être immuables, se modifient graduellement.
4 LE RETOUR EN ANGLETERRE
4.1 Une vocation de naturaliste
À son retour, en 1836, Charles Darwin décide de continuer dans la voie de la recherche. Un héritage familial confortable et bien géré lui permet de se consacrer à sa vocation de naturaliste sans jamais avoir à se préoccuper de subvenir à ses besoins. En 1839, il épouse sa cousine germaine, Emma Wedgwood, et le couple s'installe trois ans plus tard sur le petit domaine de Down House, dans le Kent, qu'ils ne quitteront jamais.
4.2 Carnets de notes
Charles Darwin commence à noter ses idées sur la non-fixité des espèces dans ses Carnets sur la transmutation des espèces. Celles-ci se précisent lorsqu'il lit l'Essai sur le principe de population (1798) de l'économiste britannique Thomas Robert Malthus, étude des populations humaines et de la façon dont celles-ci restent en équilibre. Malthus soutient qu'aucune augmentation de la quantité disponible d'aliments nécessaires à la survie humaine n’est capable de suivre le taux de croissance naturel des populations. Cette croissance doit donc être freinée par des facteurs naturels tels les famines, les maladies ou des événements comme les guerres. Darwin applique immédiatement les concepts de Malthus aux animaux et aux plantes.
5 LA THÉORIE DE LA SÉLECTION NATURELLE ET L’ORIGINE DES ESPÈCES
En 1838, il a établi les grandes lignes d'une théorie de l'évolution par la sélection naturelle, qu'il affine pendant les deux décennies suivantes. Il s'intéresse également à d'autres projets d'histoire naturelle. En 1839, il est élu membre de la Royal Society.
5.1 La compétition avec Alfred Wallace
Vingt ans après les premières ébauches de sa théorie, Charles Darwin reçoit un courrier d'Alfred Russel Wallace, jeune naturaliste ayant formulé une théorie de l’évolution fondée sur la sélection naturelle, et dont les concepts sont très similaires aux siens. En juillet 1858, des papiers de Charles Darwin et d’Alfred Wallace sont lus à la Linnaean Society, mais passent relativement inaperçus. Un mois plus tard, les deux naturalistes publient un article commun. Toutefois, devant l’avancée des travaux de son concurrent, Charles Darwin doit se mettre à la rédaction finale de son ouvrage, qu’il ne considère pourtant pas comme abouti.
5.2 La « survie du plus apte »
C’est ainsi que la théorie complète de Darwin est publiée en 1859 : De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle (ou la lutte pour l’existence dans la nature) est né. Souvent présenté comme le « livre qui ébranla le monde », il est épuisé dès le premier jour de sa mise en vente, et réédité six fois du vivant de Charles Darwin.
La théorie de Darwin sur l'évolution par sélection naturelle (« la survie du plus apte ») stipule que les jeunes de chaque espèce entrent en compétition pour leur survie. Les survivants sont, par définition, ceux qui vont donner naissance à la génération suivante. Ils possèdent des caractéristiques naturelles favorables, car elles leur ont permis de survivre. Ces caractéristiques sont transmises à leurs descendants par l'hérédité. Chaque génération est donc mieux adaptée que les précédentes à son environnement. Ce processus continu de variations est la source, pour Darwin, de l'évolution des espèces — « Je suis pleinement convaincu que les espèces ne sont pas immuables ».
5.3 Le « livre qui ébranla le monde »
Les réactions à De l’origine des espèces, qui va à l’encontre des bases fondamentales de la biologie telles qu’elles sont admises à l’époque, sont immédiates. Certains biologistes reprochent à Darwin d’être incapable de prouver son hypothèse. D'autres s'en prennent au concept de variation : comment l’auteur explique-t-il l'origine des variations et la façon dont elles sont transmises aux générations suivantes ? Il a fallu attendre la naissance de la génétique moderne au début du XXe siècle (avec la redécouverte des lois de Mendel) pour pouvoir répondre à cette objection. En fait, de nombreux scientifiques continueront à exprimer des doutes pendant les cinquante à quatre-vingts années qui suivent.
Les attaques les plus véhémentes ne viennent cependant pas de scientifiques mais des hommes d'Église. Bien que des savants aient déjà, auparavant, supposé que les espèces n’étaient pas immuables, la théorie de Darwin sur l'évolution des êtres vivants par des processus naturels est la première à remettre réellement en question, en postulant que les espèces actuelles descendent d’ancêtres communs, le récit biblique de la Création. Néanmoins, la quasi-totalité de l'Église admet avant la fin du XIXe siècle qu'il n'y avait pas de contradiction fondamentale entre le concept d'évolution et les textes bibliques.
6 « L’HOMME DESCEND DU SINGE »
Charles Darwin consacre ensuite le reste de sa vie à développer dans des ouvrages spécifiques des questions abordées dans De l’origine des espèces. Ainsi, la question de la filiation de l’homme fait l’objet d’un ouvrage à part entière, la Descendance de l’homme et la sélection sexuelle (The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, 1871 — également traduit sous le titre la Filiation de l’homme).
Cet ouvrage, que les amis de Charles Darwin, en particulier Charles Lyell et Thomas Huxley, le poussent à publier depuis la parution de De l’origine des espèces, déclenche à nouveau les foudres de l’Église. Non content de placer l'humanité sur le même plan que les animaux, il implique en effet que « l'homme descend du singe ». Les débats font rage. L’anecdote veut, qu’au cours d’un débat public en présence de Thomas Huxley, la femme de l’évêque de Manchester se soit exclamée : « Descendre du singe ! Espérons que ce n’est pas vrai. Mais si ça l’est, prions pour que la chose ne s’ébruite pas ».
7 UNE ŒUVRE MAJEURE
Outre la Descendance de l’homme, Charles Darwin publie notamment Variation des animaux et des plantes domestiques (1868) et l'Expression des émotions chez l'homme et les animaux (1872). Ces ouvrages sont des exposés détaillés des sujets choisis, et contiennent des documents qui n'avaient pas trouvé leur place dans De l’origine des espèces. Malgré les controverses qu’elle déclenche, l'importance de l'œuvre de Darwin est reconnue par ses contemporains, en Angleterre mais aussi dans le reste de l’Europe. En 1878, presque quarante ans après avoir été élu membre de la Royal Society (1839), il est admis à l'Académie des sciences française. Charles Darwin s’éteint le 19 avril ; il est enterré à Westminster Abbey.
Le darwinisme a jeté les bases des principales théories modernes sur l'évolution, et en particulier de son courant majeur : la théorie synthétique de l'évolution, ou néodarwinisme. Il a non seulement bouleversé en profondeur toute la pensée biologique mais, bien au-delà, la conception de la nature de l’humanité.
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L'EVOLUTION BIOLOGIQUE
1 PRESENTATION évolution biologique, processus par
lequel les espèces vivantes se modifient au cours du temps et engendrent
de nouvelles espèces. Le terme évolution fait également référence au
résultat de ce processus de transformation, tel qu'il s'observe dans la
grande diversité des formes de vie qui se sont succédé sur notre planète
depuis plus de 3 milliards d'années, mais aussi dans celle du monde vivant
actuel.
2 FIXISME ET TRANSFORMISME Après les premières
classifications d'Aristote, puis l'œuvre de Linné, les naturalistes du
XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle avaient minutieusement décrit et
classé le monde vivant, animal et végétal. Malgré la mise en évidence de
caractères communs qui suggéraient des liens de parenté entre espèces, on
pensait généralement que les espèces étaient le fruit d'une création
divine et que leurs formes étaient immuables. Ce concept créationniste ou
fixiste (le monde vivant apparaissait fixe, ne se transformant pas) fut
toutefois marginalement remis en question sous l'influence de penseurs
tels que Maupertuis et Erasmus Darwin. Dès la fin du XVIIIe siècle, Buffon
exprimait des idées transformistes, annonciatrices des théories de
l'évolution. Le premier scientifique à présenter clairement le concept
d'espèces se transformant en d'autres espèces fut Lamarck : selon lui, les
êtres vivants ont la capacité de s'adapter aux modifications de leur
milieu de vie par l'acquisition de caractères nouveaux et peuvent
transmettre ces caractères acquis à leur descendance. Dans le modèle
transformiste de Lamarck, ni l'aspect finaliste du processus ni la
possibilité de transmission des caractères acquis n'ont pu être établis ;
ils sont souvent l'un et l'autre expliqués par des images caricaturales :
le finalisme par l'image des girafes dont le cou s'est allongé parce
qu'elles cherchaient à brouter les hautes branches des arbres, et la
transmission des caractères acquis par l'image du forgeron musclé par
l'exercice de son métier, dont les enfants seraient naturellement musclés.
Pourtant, si Lamarck ne pouvait en expliquer le mécanisme, il exprimait
déjà les idées centrales de l'évolutionnisme : celle de la transmission de
modifications au cours des générations et celle de la complexification
progressive du monde vivant au fil du temps. Le biologiste britannique
Charles Darwin (le petit-fils d'Erasmus) mit en avant le mécanisme de la
sélection naturelle pour expliquer comment des espèces nouvelles pouvaient
être issues d'autres espèces. Dans son ouvrage majeur, De l'origine des
espèces par voie de sélection naturelle, qu'il se décida à publier en
1859, prenant connaissance des travaux indépendants, mais très proches de
Wallace, Darwin indique que les espèces vivantes subissent des variations
aléatoires et que seules celles qui se révèlent favorables à la survie
dans leur environnement particulier sont conservées et transmises, celles
qui se révèlent défavorables étant éliminées : c'est ainsi qu'opère la
sélection naturelle, qui est, en quelque sorte, la sanction de
l'environnement sur l'aptitude des êtres à survivre et à se reproduire.
Certaines données fossiles étaient connues de Darwin et il s'en est
servi pour démontrer la réalité de l'évolution, bien que les géologues de
son temps n'aient pas été capables de dater correctement les fossiles.
Darwin utilisa d'autres arguments, d'une façon plus convaincante : la
modification rapide des plantes et des animaux par la domestication
montrait que des changements évolutifs étaient possibles, sous l'effet
d'un équivalent artificiel de la sélection naturelle, la sélection
agricole. Il reprit ses observations sur la distribution géographique des
animaux. La présence de races locales dans les îles, par exemple, était
facile à expliquer par l'évolutionnisme tandis que le créationnisme était
forcé d'invoquer un concept compliqué de nombreux « foyers de création ».
Darwin se servit également du fait que certains organes chez les adultes
et les embryons semblent être vestigiaux. Ainsi, les petits os enfouis
dans le corps des baleines sont les vestiges des pattes postérieures de
leurs ancêtres terrestres. Après 1859, la doctrine évolutionniste de
Darwin, ou darwinisme, fut progressivement admise par l'ensemble des
milieux scientifiques.
3 LE NÉODARWINISME À l'époque où il
postulait que des variations aléatoires apparaissaient spontanément chez
les êtres vivants, Darwin ignorait tout de la génétique et des lois de la
transmission héréditaire des caractères, établies par un de ses
contemporains, Gregor Mendel. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que la
connaissance des lois de Mendel et la découverte des mutations génétiques
allaient permettre d'expliquer l'apparition et la transmission de ces
variations aléatoires. L'évolution pouvait alors être interprétée comme le
résultat des modifications de fréquence des différentes formes («
originales » ou « mutantes ») des gènes dans les populations d'êtres
vivants. Cette vision était celle des généticiens des populations R.A.
Fisher, J.B.S. Haldane et Sewall Wright, dans les années 1920 et 1930. En
1937, le généticien américain T. Dobzhansky interprétait l'apparition
d'espèces nouvelles comme l'accumulation, dans une population d'une espèce
donnée, de modifications génétiques retenues par la sélection naturelle. À
ces données s'ajoutèrent celles recueillies dans les années 1940 par le
zoologiste américain E. Mayr sur la répartition géographique de variétés
d'oiseaux et par un autre Américain, G. Simpson, sur des fossiles. Au
début des années 1950, la synthèse des apports de la génétique, de la
paléontologie et de la biogéographie à la théorie darwinienne de
l'évolution avait donné naissance au courant majeur des modèles actuels de
l'évolution : le néodarwinisme ou théorie synthétique.
4 LES
AUTRES THÉORIES DE L'ÉVOLUTION Selon le néodarwinisme, l'évolution est
un processus lent et graduel d'accumulation de petites modifications
génétiques qui ne conduisent à l'apparition d'espèces nouvelles qu'en
fonction du contrôle exercé par la sélection naturelle. Cependant, dès le
début du XXe siècle, le botaniste néerlandais Hugo De Vries, qui avait
découvert les mutations, soutenait l'idée que l'évolution pouvait résulter
de modifications brutales et de grande ampleur, validées par la sélection
naturelle, minimisant ainsi l'aspect graduel et progressif qu'implique le
néodarwinisme. De Vries et sa théorie mutationniste sont à l'origine d'un
courant minoritaire mais important, fondé sur deux apports, le modèle
neutraliste du Japonais Motoo Kimura et le modèle saltationiste ou des
équilibres ponctués des Américains Stephen Jay Gould et Niles Eldridge.
Pour Kimura, la sélection naturelle ne s'exerce pas nécessairement sur
toute modification génétique : certains changements ne représentent ni un
avantage ni un inconvénient pour l'individu qui les porte, ils sont
neutres vis-à-vis de la sélection naturelle. Ainsi, tout changement
évolutif ne serait pas forcément adaptatif. Au niveau moléculaire en
particulier, l'idée que la plupart des changements évolutifs sont en fait
neutres gagne du terrain. Le modèle neutraliste n'implique pas que la
plupart des gènes n'ont aucun rôle, il suggère plutôt que certaines formes
d'un même gène ne peuvent être distinguées par leurs effets. Une forme
mutante d'un gène peut très bien coder pour une protéine ayant toujours la
même activité que son homologue « normal ». Kimura et ses collègues ont
montré que la majorité des substitutions de gènes dans la nature sont
neutres. C'est, d'après eux, la principale cause de la variation génétique
des populations sauvages. Une notion importante en découle : celle d'«
horloge moléculaire ». Si la plupart des substitutions de gènes sont
neutres, on peut estimer que le taux de substitution est à peu près
constant au cours du temps. À partir de cette hypothèse, on peut calculer
l'époque à laquelle vivait l'ancêtre commun de n'importe quel couple
d'espèces d'après le nombre d'éléments de leurs protéines ou de leur ADN
qui diffèrent. Au départ, les durées peuvent être calculées en unités
arbitraires, mais elles peuvent ensuite être calibrées en millions
d'années pour un gène donné sur la base de lignées pour lesquelles on
dispose de documents fossiles particulièrement riches. Cette méthode a
permis de calculer la date de divergence entre la lignée humaine et celle
des grands singes. Le modèle des équilibres ponctués de Gould et
Eldridge, quant à lui, va à l'encontre de la notion d'évolution graduelle.
Les espèces connaîtraient de longues périodes d'équilibre, sans
transformation, ponctuées de courtes phases de transformations génétiques
importantes entraînant l'apparition brutale (à l'échelle des temps
géologiques) de nouvelles espèces. Ce modèle, proposé à partir de
l'observation de fossiles, fait l'objet de vives critiques de la part des
tenants du néodarwinisme.
5 L'ORIGINE DE LA VIE ET L'ÉVOLUTION
La Terre s'est formée il y a environ 4,6 milliards d'années. Il y a
plus de 3 milliards d'années, la vie était déjà apparue et nous disposons
de fossiles de formes microscopiques, ressemblant à des bactéries
actuelles, pour le prouver. L'origine de la vie, il y a environ 3,5
milliards d'années, est un phénomène encore mystérieux pour les
scientifiques. Les théoriciens s'accordent à penser que la clé fut
l'émergence spontanée d'entités chimiques capables de se reproduire, mais
les opinions divergent sur la façon dont cette apparition s'est produite.
L'atmosphère de la Terre primitive était probablement composée de
méthane, d'ammoniaque, de gaz carbonique et d'autres gaz qui sont encore
abondants de nos jours sur d'autres planètes du Système solaire. Des
chimistes ont reconstitué expérimentalement ces conditions primordiales en
laboratoire. Si ces gaz sont mélangés dans un flacon avec de l'eau et si
on y ajoute de l'énergie sous forme de décharges électriques (simulant des
éclairs dans l'atmosphère primitive), des substances organiques se forment
spontanément y compris, fait significatif, des acides aminés (les éléments
constitutifs des protéines, en particulier des enzymes indispensables aux
processus chimiques vitaux), ainsi que des éléments entrant dans la
structure des acides nucléiques, l'ARN et de l'ADN. Il paraît probable que
quelque chose de similaire s'est produit sur la Terre primitive. Les
étendues d'eau à la surface de la planète formaient ainsi une sorte de «
soupe primitive » de composés organiques précurseurs de la vie. Il ne
suffit pas, bien sûr, que des molécules organiques apparaissent dans la
soupe primitive. L'étape cruciale consiste en l'apparition de molécules
capables de réplication, des molécules capables de fabriquer leurs propres
copies. Ce rôle est celui des acides nucléiques, mais l'on pense pourtant
que l'ADN n'a pas pu être présent à l'origine de la vie, car sa
réplication exige l'intervention de mécanismes spécialisés. L'autre type
d'acide nucléique, l'ARN, est un meilleur candidat à ce rôle de molécule
réplicative originale, mais il devait s'agir d'une molécule possédant
aussi une activité enzymatique : on a effectivement découvert dans
certaines bactéries des fragments d'ARN doués de propriétés catalytiques,
comme des enzymes, et appelés pour cette raison ribozymes. Quoi qu'il en
soit, une fois apparues ces molécules réplicatives, une forme de sélection
naturelle darwinienne à l'échelle moléculaire aurait pu intervenir sur les
variations qui se sont manifestées par suite d'erreurs de copie
aléatoires. Les variants particulièrement doués pour la réplication
auraient automatiquement pris le dessus dans la soupe primordiale. Les
variétés qui se répliquaient mal seraient devenues de plus en plus rares.
Selon ce modèle de sélection, les molécules que le hasard dotait de
dispositifs permettant une meilleure protection et une réplication plus
rapide étaient avantagées. De tels dispositifs ont pu être construits par
la mise en jeu d'autres molécules, des protéines peut-être. D'autres
dispositifs ont été les précurseurs des membranes biologiques, qui ont
permis la réalisation de réactions chimiques à l'intérieur de volumes
circonscrits et protégés. C'est sans doute peu après cette étape que des
organismes de type bactérien ont donné naissance aux premiers fossiles. La
suite de l'évolution peut être considérée comme la continuation de la
sélection naturelle des molécules réplicatives, maintenant appelées gènes,
en vertu de leur capacité à fabriquer des dispositifs efficaces (cellules
et organismes multicellulaires) pour leur propre préservation et leur
reproduction. Trois milliards d'années représentent une durée très longue,
assez longue pour avoir produit des dispositifs aussi incroyablement
complexes que le corps d'un vertébré ou d'un insecte. Les fossiles ne
se sont formés qu'en petit nombre jusqu'au cambrien, il y a près de 600
millions d'années. À cette époque, les principaux embranchements (les
grands groupes dans lesquels sont classés les êtres vivants) étaient
apparus. Avant le cambrien, la plupart des organismes n'étaient pas
pourvus de parties dures, une coquille ou des dents, par exemple, ils
laissaient donc exceptionnellement des traces fossiles, comme à Ediacara,
en Australie. Les premiers vertébrés apparaissent en nombre dans les
couches fossilifères datées de 300 à 400 millions d'années : des êtres
ressemblant à des poissons, entièrement recouverts d'une armure de
plaques. Les premiers vertébrés à s'aventurer sur la terre ferme
descendaient probablement de poissons pulmonés à nageoires lobées il y a
environ 250 millions d'années, suivis par des amphibiens, puis par les
divers groupes d'animaux que l'on rassemble dans le groupe des reptiles.
Les mammifères puis, plus tard, les oiseaux proviennent de deux branches
différentes de reptiles. La rapide divergence des mammifères en la grande
diversité de types que nous observons de nos jours, des souris aux
éléphants et des kangourous aux gorilles, s'est probablement effectuée
dans les niches écologiques libérées par l'extinction des dinosaures, il y
a 65 millions d'années. Les vertébrés, dont nous venons d'évoquer les
représentants, ne constituent qu'une petite partie de la diversité de la
vie. Plusieurs dizaines d'embranchements animaux peuvent être décrits,
parmi lesquels les vertébrés ne forment qu'un sous-embranchement. En plus
du règne animal, d'autres groupements évolutifs se sont diversifiés : les
végétaux, les champignons et les protistes, qui font tous partie d'un seul
grand groupe, les eucaryotes. Les organismes qui ne sont pas des
eucaryotes, c'est-à-dire l'ensemble des bactéries, sont appelés
procaryotes. On pense que la cellule eucaryote proviendrait de l'union de
plusieurs cellules procaryotes. Des éléments de la cellule eucaryote, les
mitochondries et les chloroplastes, possèdent leur propre ADN et sont
presque certainement les descendants de procaryotes vivant en symbiose
dans des cellules eucaryotes primitives. Notre propre espèce
appartient au groupe des primates, comme les singes. C'est l'unique
représentant actuel d'une famille apparue au cours d'une rapide poussée
évolutive, durant les quelques derniers millions d'années. Des données de
biologie moléculaire suggèrent que notre dernier ancêtre commun avec les
grands singes vivait il y a 6 à 8 millions d'années (voir Homme, évolution
de l'). Avant cela, nos ancêtres lointains étaient probablement de petites
formes insectivores ressemblant à des musaraignes, des animaux nocturnes
vivant dans un monde dominé par les dinosaures. Ces petits mammifères
descendaient du groupe des « reptiles mammaliens » qui connut son apogée
avant l'expansion des dinosaures.
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