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Ferdinand de Saussure

1 PRESENTATION

Saussure, Ferdinand de (1857-1913), linguiste suisse, fondateur de la linguistique moderne.

2 DE LA LINGUISTIQUE HISTORIQUE…

Né à Genève, Ferdinand de Saussure abandonne en 1876 un cursus de sciences commencé un an plus tôt pour s’orienter vers des études linguistiques à Leipzig. Son œuvre la plus importante (publiée de son vivant) est le Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes, essai de linguistique historique écrit à l’âge de vingt ans. Il y démontre, d’après les défauts de concordance entre les sons de certains mots issus de différentes langues indo-européennes connues, l’existence dans la langue proto-indo-européenne de trois phonèmes supplémentaires disparus dans toutes ses descendantes. Vivement critiquée à l’époque, cette démonstration est confirmée de façon éclatante en 1915, lorsqu’est déchiffré le hittite, langue indo-européenne écrite en caractères cunéiformes, qui avait préservé deux des trois phonèmes prévus par Saussure dans les mots même où il avait conjecturé leur présence. On a souvent comparé cette découverte géniale à celle, due à l’astronome Le Verrier, de l’existence et de la position de la planète Neptune par des calculs fondés sur l’irrégularité des orbites des autres planètes.

3 …À LA LINGUISTIQUE STRUCTURALE

En 1891, Saussure devient professeur de sanskrit et de grammaire comparée à l’université de Genève. C’est son Cours de linguistique générale (1916), reconstitué après sa mort par Charles Bally et Albert Séchehaye à partir des notes de ses élèves, qui le rend célèbre et lui vaut parfois le titre de « père du structuralisme ». Il rend en effet explicites, dans cet ouvrage, les implications de l’approche structuraliste du langage, et opère une série de distinctions théoriques majeures, au fondement du structuralisme et de la sémiotique : distinction entre « langue » et « parole », entre dimensions « syntagmatique » et « paradigmatique », entre synchronie et diachronie, entre « signifiant » et « signifié ».

Son œuvre a eu d’importantes répercussions sur d’autres disciplines que la linguistique, notamment l’anthropologie, l’histoire, la psychanalyse et la critique littéraire. Saussure a passé ensuite le reste de sa vie à travailler sur des significations cachées de la poésie latine qui ont paru fantasmatiques à tous ceux qui se sont penchés sur les notes qu’il a laissées à ce sujet.




Linguistique

1 PRÉSENTATION
linguistique, étude scientifique du langage. Cette étude peut porter sur les sons, le vocabulaire ou la grammaire de langues spécifiques, sur les relations entre les langues, ou bien sur les caractères universels de toutes les langues. Les aspects sociologiques et psychologiques de la communication peuvent également être un objet d'étude pour la linguistique.
Sous le terme de linguistique sont rassemblés plusieurs types d'approche. Une approche synchronique analyse la langue à un moment précis de son évolution ; on étudiera par exemple le français parlé à Paris dans les années 1880. À l'opposé, une approche diachronique ou historique s'intéresse aux changements que connaît une langue sur plusieurs siècles. De ce point de vue, on a pu étudier les prolongements du latin dans les langues romanes. La linguistique diachronique était l'approche la plus commune au XIXe siècle tandis qu'au XXe siècle, on a adopté un point de vue à la fois diachronique et synchronique.
Les études linguistiques peuvent en outre être menées de manière théorique ou appliquée. La linguistique théorique vise à construire des modèles de langue ou à élaborer des théories permettant de décrire des langues ou d'expliquer leur structure. La linguistique appliquée utilise les découvertes de l'étude scientifique de la langue dans les domaines de l'enseignement des langues et de l'élaboration des dictionnaires (lexicographie). Avec le développement de l'informatique sont apparues la traduction assistée par ordinateur et la reconnaissance automatique de la parole, autant de domaines d'application de la linguistique.

2 ASPECTS DE LA LINGUISTIQUE

Il existe différentes façons d'analyser et de décrire une langue et les changements qui s'y produisent. Néanmoins, chaque approche prend généralement en compte les sons de cette langue (phonétique), la morphologie (formation des mots) et la syntaxe. La plupart des analyses abordent également les problèmes du vocabulaire et de la sémantique.
La phonétique est l'étude de tous les sons de la parole et de la façon dont ils sont produits. Elle se distingue de la phonologie qui est l'étude et l'identification des phonèmes, c'est-à-dire des sons distinctifs d'une langue.
La morphologie traite des unités porteuses de sens dans la langue, qu'on appelle morphèmes. Il peut s'agir de mots autonomes (pomme, maison, joie), de terminaisons de mots comme le -s du pluriel (maisons, pommes), de désinences verbales -er et -ir pour l'infinitif des verbes du premier et du deuxième groupe, -ant pour le participe présent (jouant), de préfixes et de suffixes (dé- dans défaire, détourner ; in- dans incrédule, incroyable ; -ible dans impossible ; -ier dans sucrier, saladier). On compte également parmi les morphèmes des modifications internes indiquant des catégories grammaticales comme le nombre (cheval, chevaux).
La syntaxe porte sur les relations entre les éléments que constituent les mots dans une phrase. Par exemple, en français, l'ordre des mots est en général sujet-verbe-complément : Marie a acheté une tarte. L'ordre une tarte a acheté Marie n'a pas de sens sur le plan de la syntaxe française.

3 PREMIÈRES APPROCHES DE LA LINGUISTIQUE

Depuis les balbutiements, dans l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, la linguistique se résumait principalement à la philologie. Au Ve siècle av. J.-C., le grammairien indien Panini décrivit et analysa les sons et les mots du sanskrit. Plus tard, les Grecs et les Romains introduisirent la notion de catégories grammaticales qui, pour l'essentiel, sont celles qui servent toujours de noyau à la grammaire.
Par la suite, le développement de l'imprimerie, la multiplication des traductions de la Bible dans de nombreuses langues et l'essor de nouvelles littératures rendirent possible la comparaison des langues. Au début du XVIIIe siècle, le philosophe allemand Leibniz avait suggéré que l'égyptien, les langues européennes et asiatiques avaient peut-être un ancêtre commun. Même si ce postulat s'est révélé par la suite partiellement faux, il n'en a pas moins donné son impulsion initiale à la philologie comparée (ou linguistique comparée). Vers la fin du XVIIIe siècle, un érudit britannique du nom de sir William Jones observa que le sanskrit présentait des similitudes avec le grec et le latin, et il avança l'idée que ces trois langues avaient peut-être une origine commune. Au début du XIXe siècle, les linguistes allèrent beaucoup plus loin dans cette hypothèse. Le philologue allemand Jacob Grimm et le danois Rasmus Christian Rask remarquèrent que, lorsque les phonèmes d'une langue correspondaient selon un schéma régulier à des phonèmes qui occupaient une place similaire dans des mots d'une autre langue apparentés sur le plan du sens, les correspondances étaient cohérentes. Par exemple, les phonèmes initiaux du latin pater (« père ») et ped- « pied » correspondent de façon régulière aux mots anglais father et foot. Voir aussi Grimm, loi de.
À la fin du XIXe siècle, les correspondances des sons avaient été largement étudiées. Un groupe de spécialistes des langues européennes, connu sous le nom de néogrammairiens, avança l'idée que non seulement les correspondances de sons entre des langues apparentées étaient régulières, mais que les exceptions à ces règles phonétiques provenaient uniquement d'emprunts à une autre langue (ou d'une règle complémentaire portant sur la régularité des changements de sons). Par exemple, le latin d devrait correspondre à l'anglais t, comme dans dentalis qui signifie tooth (dent). Le mot anglais dental a toutefois un son d. Les néogrammairiens en ont conclu que l'anglais a emprunté dental au latin, tandis que tooth (qui contient le t attendu selon la règle de correspondance régulière) est un mot anglais « d'origine ».
On désigne du nom de méthode comparative la méthode qui consiste à comparer des mots apparentés de différentes langues pour découvrir l'existence de changements réguliers de sons. Cette méthode a permis de dégager des familles de langues, c'est-à-dire des groupes de langues apparentées. On a ainsi pu énoncer le principe d'une famille indo-européenne composée de nombreux sous-groupes ou branches.
La description de correspondances régulières de sons a également permis de comparer diverses formes d'une langue donnée telle qu'elle est parlée dans plusieurs régions par différentes populations. Ce domaine d'étude porte le nom de dialectologie. Il peut s'attacher aux différences de sons, de constructions grammaticales ou de vocabulaire, ou bien traiter ces trois thèmes en même temps. Par exemple, les études sur les dialectes ont permis de dégager en Allemagne un grand nombre de dialectes correspondant aux régions historiques. On citera notamment le dialecte du nord (Plattdeutsch), le souabe (Schwäbisch), le dialecte parlé dans le Palatinat (Tsälzisch), celui parlé dans la région de Cologne (Kölsch), le bavarois (Bayerisch). L'allemand parlé en Suisse alémanique et celui utilisé en Autriche sont également des variétés dialectales.

4 APPROCHES MODERNES

Au XXe siècle, l'étude de la linguistique s'est développée dans plusieurs directions.
4.1 Linguistique descriptive et structurale
En linguistique descriptive, les spécialistes recueillent des données auprès de locuteurs natifs ; ils analysent les composants de leurs discours et organisent les données en fonction de niveaux hiérarchiques distincts : phonologie, morphologie et syntaxe. Ce type d'analyse a d'abord été effectué par Franz Boas et par Edward Sapir quand ils décrivirent les langues amérindiennes qui n'étaient pas encore consignées. Contestant les méthodes et les techniques de description linguistique qui s'appuyaient sur les textes écrits, ils élaborèrent des méthodes permettant d'identifier les sons distincts ou signifiants d'une langue et les unités minimales de combinaisons de sons porteuses de sens (par exemple, les racines des mots et les affixes).
S'appuyant sur le travail de linguistes descriptifs comme Boas et Sapir, Leonard Bloomfield proposa une analyse béhavioriste de la langue, qui s'éloignait autant que possible de considérations sémantiques. Il mit l'accent sur les procédures permettant de découvrir les sons et la structure grammaticale de langues qui n'étaient pas encore consignées. Ces procédures sont à la base de ce que l'on a appelé le structuralisme américain.
Alors que le structuralisme américain portait toute son attention sur les énoncés de parole, en Europe, le structuralisme mettait l'accent sur le système abstrait et sous-jacent de la langue que l'on pouvait distinguer des instances du discours. Cette approche se manifesta pour la première fois en 1916 avec la publication posthume de l'œuvre du linguiste suisse Ferdinand de Saussure. Ce dernier établissait une distinction entre les concepts de langue et de parole. Par langue, Saussure entendait la connaissance commune aux locuteurs d'une langue de ce qui est grammaticalement correct dans leur langue. Le terme parole désignait les propos qui sont effectivement tenus dans la langue.

4.2 Cercle linguistique de Prague
Les partisans d'une autre forme de linguistique, qui s'est épanouie à Prague dans les années trente, se sont partiellement détachés de l'idée de structure de la langue — qui demeure néanmoins centrale dans leurs travaux — afin d'essayer d'expliquer la relation existant entre ce qui est dit et le contexte. Ces linguistes mirent l'accent sur la fonction des éléments d'une langue et ils insistèrent sur le fait que la description d'une langue doit inclure celle de la façon dont les messages sont communiqués. Dans le domaine de la phonologie, le concept de traits distinctifs, qui permet de dégager dans les phonèmes les points d'articulation et les éléments acoustiques, a été adopté par d'autres écoles d'analyse de la langue.

4.3 Grammaire générative et transformationnelle
Au milieu du XXe siècle, Noam Chomsky a proposé une nouvelle approche selon laquelle la linguistique devait dépasser la description de la structure des langues pour fournir une explication sur la façon dont les phrases sont interprétées et comprises dans n'importe quelle langue. Il avança que ce processus pouvait être analysé à l'aide d'une grammaire universelle (conçue comme modèle ou théorie de la connaissance linguistique, également désignée comme compétence). La compétence linguistique se réfère à la connaissance innée et souvent inconsciente qui permet aux individus de produire et de comprendre des phrases qu'ils n'ont jamais entendues auparavant. On appelle grammaire générative un système d'analyse de la langue qui permet de générer toutes les phrases grammaticalement correctes dans une langue et d'éliminer les constructions incorrectes.
Selon Chomsky, il existe d'une part des règles de grammaire universelle et, d'autre part, des règles propres à chaque langue. Dans le cas de langues spécifiques, on utilise à la fois des règles universelles et des règles particulières. Ces dernières permettent d'agencer les éléments de la phrase de différentes façons (par exemple, dans le cas de ce que la grammaire traditionnelle appelle la transformation passive, « Le chat mange la souris », et « La souris est mangée par le chat », le contenu sémantique est stable à travers chacune des deux phrases, qui peuvent être interprétées comme des paraphrases). On appelle grammaire transformationnelle une grammaire qui prend en compte les unités sémantiques sous-jacentes et les transforme pour produire des phrases compréhensibles, composées d'unités rangées selon un ordre reconnaissable. Par conséquent, une grammaire générative et transformationnelle génère toutes les phrases acceptables d'une langue et utilise des règles, appelées transformations, qui permettent de changer les éléments sous-jacents en propos tenus par un individu.

4.4 Linguistique comparée moderne

Au XXe siècle, la linguistique comparée vise à définir des familles de langues dans des zones comme l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, la Nouvelle-Guinée et l'Afrique. Dans ces régions, il ne fut possible que récemment de collecter les nombreuses données nécessaires à la reconstitution des stades antérieurs des langues parlées actuellement. Ces résultats ont permis de dégager les relations des familles de langues.
La linguistique moderne est également impliquée dans la recherche des universaux du langage. Un intérêt nouveau s'est porté sur les caractères typologiques des langues du monde, et les linguistes comparent maintenant les langues du point de vue de leurs structures syntaxiques et de leurs catégories grammaticales (telles que les langues à genres, par opposition à celles qui n'en ont pas, et les langues avec sujets par opposition aux langues avec thèmes). Ainsi, dans le projet sur les universaux du langage de l'université de Stanford, le linguiste américain Joseph Greenberg et ses collègues ont montré que les langues qui partagent le même ordre de mots fondamentaux (tel que sujet-verbe-objet, objet-verbe-sujet ou objet-sujet-verbe) ont également en commun d'autres éléments de structure. De telles études comparées traduisent les efforts entrepris pour révéler dans toute leur diversité les systèmes sonores, structuraux et sémantiques des langues du monde.

4.5 Analyses sociologiques et psychologiques

Le champ de la psycholinguistique est à la confluence des études de psychologie et de linguistique. Elle a, par exemple, pour centres d'intérêt l'acquisition du langage par l'enfant, la perception de la parole, l'aphasie et l'étude des rapports entre le langage et le cerveau ou neurolinguistique. Voir variation (linguistique).
La sociolinguistique est l'étude des fonctions de la langue en société. Cette discipline s'efforce de décrire la façon dont les individus appliquent des règles de parole différentes selon les situations. On peut, par exemple, étudier les raisons pour lesquelles un individu s'adresse à une personne en la vouvoyant et en l'appelant par son nom de famille ou par son prénom.
Les sociolinguistes pensent qu'il est possible de comprendre les mécanismes des changements de langue en étudiant les forces sociales qui déterminent l'usage de formes différentes selon les circonstances. Par exemple, dans certains dialectes de l'anglais américain, la prononciation du son -r est liée à la classe sociale du locuteur. Dans des expressions comme « fourth floor », certaines personnes prononcent le -r et d'autres pas, et l'usage du son -r correspond apparemment à un créneau socio-économique précis. Selon une étude portant sur l'anglais de la ville de New York, les personnes qui souhaitent passer de la petite à la haute bourgeoisie attachent un certain prestige à la prononciation du -r. Parfois même, ils pratiquent une hypercorrection et prononcent le -r là où ceux qu'ils prennent pour modèle ne le font pas.



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