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Juda�sme

1 PRESENTATION

juda�sme, au sens religieux, le monoth�isme juif et ses lois ; au sens g�n�ral, l�ensemble de la culture juive.
Il n�existait pas de termes en h�breu classique pour d�signer le � juda�sme � ou la � religion �. Les juifs se r�f�raient exclusivement � la Torah, recueil des instructions divines r�v�l�es � Isra�l, laquelle imposait une fa�on de vivre selon la halakha, l�ensemble des lois, coutumes et pratiques du juda�sme. � la fois r�gle de vie et vision du monde, le juda�sme rabbinique classique offrait ainsi un syst�me culturel englobant la totalit� des activit�s individuelles et communautaires sous la loi de Dieu.
� partir du VIIe si�cle, la grande majorit� des juifs v�cut dans des univers domin�s par les cultures chr�tienne ou musulmane : ces deux religions, en partie issues du juda�sme, exerc�rent donc une influence sur son histoire.
Le juda�sme naquit sur le territoire de la Jud�e (aujourd�hui Isra�l) au Proche-Orient. Plus tard, des communaut�s juives v�curent � un moment ou � un autre dans presque toutes les parties du monde, par suite des migrations, des exils forc�s et des expulsions. En 1993, la population juive mondiale �tait estim�e � 18 millions de personnes, dont environ 6,8 millions aux �tats-Unis, 4,335 millions en Isra�l, et pr�s de 2 millions sur le territoire de l�ex-URSS. Environ 1,5 million de juifs vivaient dans le reste de l�Europe, dont 700 000 en France. D�autres communaut�s se sont install�es en Asie, en Am�rique latine et en Afrique.

2 HISTOIRE

La litt�rature et l�arch�ologie biblique (voir Bible ; Juifs) ont �t� les premi�res sources pour l�histoire du juda�sme.
Il semble que la premi�re religion d�Isra�l ne f�t pas monoth�iste mais h�noth�iste : les H�breux n�adoraient qu�un seul Dieu, mais admettaient l�existence d�autres dieux pour les autres nations. Avant l�exil, Isra�l, d�abord groupement de tribus puis monarchie, c�l�brait la lib�ration d��gypte et la conqu�te de Canaan comme les �v�nements fondateurs de son histoire. Le dieu national �tait Yahv� (voir J�hovah), dieu des patriarches, qui avait d�livr� les H�breux de la servitude et les avait guid�s vers la Terre promise. La religion isra�lite �tait alors tr�s li�e au cycle agricole annuel : de Yahv� d�pendaient la pluie ou la s�cheresse, les inondations ou la peste, selon que la nation se comportait avec ob�issance ou infid�lit�. Les sacrifices de gratitude et de propitiation exprimaient cette d�pendance de la nation � l��gard de Yahv�. Le culte sacrificiel fut centralis� � l��poque royale au sanctuaire de J�rusalem, mais ensuite les sanctuaires de Bethel et Dan, dans le Nord, lui firent concurrence. Sous les deux monarchies, des proph�tes charismatiques condamn�rent les cultes syncr�tistes en Isra�l (royaume du Nord) et en Jud�e (royaume du Sud), et d�nonc�rent les injustices sociales. Leurs mises en garde parurent approuv�es de Dieu lorsque les deux royaumes furent tour � tour conquis par des puissances �trang�res.

2.1 L�exil � Babylone

L�exil de 586 av. J.-C. suscita une transformation fondamentale de la religion isra�lite. Toute l�histoire pass�e d�Isra�l fut r�interpr�t�e � la lumi�re de cette catastrophe. Le proph�te �z�chiel et le deut�ro-Isa�e d�velopp�rent la th�orie selon laquelle Yahv�, ayant utilis� Babylone pour ch�tier Isra�l, pouvait donc aussi lib�rer les Juifs de leur captivit� s�ils se repentaient. Il s�instaura alors une religion v�ritablement monoth�iste, dans laquelle le Dieu d�Isra�l devint le Dieu r�gissant l�histoire universelle et le destin de toutes les nations. L�espoir messianique entretenu en exil d�un royaume jud�en restaur� sous l�autorit� d�un descendant du roi David sembla se r�aliser lorsque le roi perse Cyrus le Grand autorisa le retour des populations d�port�es et la restauration des temples locaux. Cependant, la Jud�e restaur�e n�accomplit pas compl�tement cet espoir dans la mesure o� les Perses n�autoris�rent pas le retour � la monarchie, mais seulement le r�tablissement d�un �tat-Temple vassal, administr� par le grand pr�tre.

2.2 P�riodes maccab�enne et romaine

La conqu�te de l�Orient par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. imposa l�hell�nisme et mit les cultures indig�nes en difficult�. La r�volte maccab�enne de 165 � 142 av. J.-C. d�buta comme une guerre civile entre Juifs hell�nistes et ceux qui y �taient hostiles ; elle se poursuivit par un soul�vement qui aboutit � l�ind�pendance politique de la Jud�e. Les guerres influ�rent sur le d�veloppement du juda�sme : les premiers �crits apocalyptiques furent r�dig�s � cette �poque. Ils pr�sentaient ces guerres comme un conflit cosmique entre les forces du Bien et du Mal, qui devait se terminer par la victoire des arm�es de Dieu. Pour la premi�re fois, la r�surrection corporelle fut promise aux Juifs morts � la bataille. Jusqu�alors, l�immortalit� ne consistait qu�en la survie de son peuple et de sa descendance ; l�individu ne pouvait aspirer qu�� une forme de vie post-mortem fantomatique dans le Sh�ol, ou monde du Dessous.
La Jud�e demeura ind�pendante durant quelque quatre-vingts ans. Cette �poque fut marqu�e par les troubles et les divisions religieuses. Les Maccab�es fond�rent la dynastie monarchique hasmon�enne et, bien qu�il n�appartinssent pas � l�antique lign�e sacerdotale, se proclam�rent �galement grands pr�tres h�r�ditaires. Ce comportement, joint � leurs pratiques de monarques hell�nis�s, suscita de violentes oppositions. Ainsi la communaut� de qumran, mieux connue aujourd�hui gr�ce aux manuscrits de la mer Morte se s�para-t-elle du Temple, qu�elle jugeait profan� par les hasmon�ens et s�exila-t-elle au d�sert, consid�r� comme un temple purifi�. On admet aujourd�hui que qumran doit �tre identifi� aux ess�niens, l�un des trois � partis religieux � d�crits par l�historien juif Flavius Jos�phe. Les deux autres furent les sadduc�ens, groupe de pr�tres aristocratiques du Temple, et les pharisiens (perushim, � s�par�s �) qui d�velopp�rent leur propre interpr�tation de la Torah. Les pharisiens furent les pr�curseurs directs du mouvement rabbinique apparu apr�s 70 apr. J.-C.
Lorsque les l�gions romaines mirent fin � l�ind�pendance politique de la Jud�e au Ier si�cle av. J.-C., le messianisme apocalyptique s�enflamma (le christianisme des origines en fut l�une des manifestations) jusqu�aux deux grandes r�voltes de 66 � 70 apr. J.-C., qui aboutit � la destruction du Temple, puis de 132 � 135, qui fut men�e par Simon Bar Kocheba.

2.3 D�veloppement du juda�sme rabbinique

La destruction du second Temple par Titus en 70 et la d�faite de Bar Kocheba en 135 constitu�rent pour le juda�sme une catastrophe aussi importante que la destruction du premier Temple en 586 av. J.-C. Le peuple juif avait perdu le contr�le de sa destin�e politique et sa r�f�rence identitaire au Temple. C�est dans ces circonstances qu�apparut le mouvement rabbinique : les rabbins, h�ritiers des pharisiens, insist�rent sur la vie communautaire et spirituelle. En attendant que Dieu accord�t la r�demption messianique � tout Isra�l, la Torah � l��tude et l�observation de ses commandements � devait tenir lieu de Temple. Certains rabbins affirm�rent que, si tous les juifs se conformaient � la Torah, le Messie serait oblig� de venir. Institutionnellement, la synagogue et la maison d��tude rabbinique remplac�rent le Temple d�truit.

2.4 Le juda�sme m�di�val

L�autorit� des rabbins sur l�ensemble de la communaut� juive, y compris sur les importantes Diasporas d�Europe et de la M�diterran�e, ne s�instaura que progressivement. Ils se heurt�rent parfois � des mouvements anti-rabbiniques comme les kara�tes. Apr�s le VIIe si�cle, la conqu�te arabo-musulmane du Proche-Orient favorisa l�installation d�un juda�sme rabbinique uniforme. Install�s � proximit� du califat abbasside de Bagdad, les chefs des acad�mies rabbiniques de Babylone (geonim ; pluriel de gaon, � excellence �) s�efforc�rent d�harmoniser les pratiques, les rites et la liturgie juifs au travers des avis (responsa) qu�ils envoyaient � la demande des communaut�s de la Diaspora. C�est ainsi que le si�ge de l�autorit� rabbinique se d�pla�a de la Palestine � Babylone et que le Talmud babylonien devint l�autorit� rabbinique de r�f�rence.
Le juda�sme rabbinique fut � cette �poque confront� � la philosophie grecque, transmise et interpr�t�e par les commentateurs musulmans. Les rabbins entreprirent d��tudier cette philosophie, � la fois pour r�agir aux pol�miques anti-juives lanc�es par des th�ologiens musulmans et pour montrer aux juifs la rationalit� de leur foi et de leur Loi. Les plus remarquables de ces philosophes du juda�sme furent le gaon babylonien Saadia ben Joseph au IXe si�cle, le po�te Judah Halevi et surtout Mo�se ben Maimon, dit Ma�monide, au XIIe si�cle (le Guide des �gar�s, vers 1190). L�influence de la pens�e logique s�imposa �galement aux codifications post-talmudiques de la Loi : la plus fameuse fut la Mishn� Torah de Ma�monide.
Le juda�sme m�di�val d�veloppa deux cultures distinctes, s�farade (dans l�Espagne andalo-musulmane) et ashk�naze (surtout pr�sente dans les territoires du Saint-Empire romain). La philosophie et l��tablissement de syst�mes de codification de la Loi furent essentiellement l�affaire des s�farades, tandis que les ashk�nazes se consacr�rent � l��tude approfondie du Talmud. La grande �cole � rh�nane � de commentaires du Talmud fut fond�e par le savant Salomon ben Isaac, dit Rashi, qui v�cut � Troyes au XIe si�cle ; elle se poursuivit avec ses �l�ves et ses petits-fils, les tosaphistes, qui r�dig�rent la litt�rature tosaphoth, c�est-�-dire les � additions � aux commentaires de Rashi.
Tout au long du Moyen �ge, le juda�sme fut travers� de courants mystiques et de pi�t�. Les plus importants furent le mouvement hassidique (� pieux �) en Allemagne au XIIe si�cle et la kabbale espagnole du XIIIe si�cle.
La kabbale, dont l�ouvrage fondamental fut le Sefer Zohar (Livre de la splendeur) de Mo�se de Le�n, fut une philosophie �sot�rique qui incluait des �l�ments gnostiques et n�oplatoniciens. Elle formula une symbolique complexe de la Torah et des commandements. D�abord limit�e � de petits cercles d��rudits et de savants, elle se transforma en un courant tr�s populaire � la suite de l�expulsion des Juifs d�Espagne impos�e par l��glise catholique en 1492. Cette extension de la kabbale s�accomplit en partie gr�ce � la r�-interpr�tation messianique formul�e par Isaac Louria de Safed. La kabbale lourianique donnait un sens aux souffrances des exil�s en leur offrant un r�le crucial dans le drame cosmique de la r�demption. Les id�es de Louria fray�rent la voie � un immense mouvement messianique qui bouleversa toute la communaut� juive du XVIIe si�cle autour de la personne de Sabbata� Zevi.
Ces id�es influenc�rent �galement l�essor du hassidisme polonais � partir du XVIIIe si�cle. Le hassidisme fut lanc� par Isra�l Baal Shem Tov. Il proclama que la d�votion fervente et enthousiaste du juif pauvre et illettr� pouvait mieux servir Dieu que l��tude approfondie mais routini�re du talmudiste. L�opposition initiale des rabbins au hassidisme se trouva bient�t temp�r�e par une menace s�rieuse pour les deux groupes : le d�veloppement des Lumi�res en Europe occidentale et leur influence jusqu�au sein du juda�sme.

2.5 Les courants modernes

L��mancipation civile et politique de la communaut� juive d�buta en Europe avec la R�volution fran�aise. Bien que limit�e parfois par un antis�mitisme persistant, elle provoqua bien des changements dans le juda�sme europ�en. En France et en Allemagne, le juda�sme adopta largement les formes des autres religions constitu�es, catholique ou protestante.
La r�forme abr�gea le culte, se soucia de le rendre plus harmonieux, imposa les sermons en langue vulgaire, rejeta une grande partie des coutumes juives jug�es les plus archa�ques. Les rabbins r�form�s adopt�rent l�allure et nombre des fonctions du pr�tre ou du pasteur. Les premiers th�ologiens de la r�forme mirent l�accent sur l��thique et la confiance dans le progr�s humain. Cependant, d�autres r�formateurs plus mod�r�s conserv�rent les sermons en h�breu et l�ensemble des coutumes traditionnelles, tandis que l�orthodoxie moderne oppos�e aux r�formateurs chercha � r�aliser l��quilibre entre la tradition et un enseignement moderne.
� l�Est, o� les juifs formaient un vaste groupe social distinct, la modernisation prit la forme d�une revendication nationale semblable � celle de beaucoup d�autres mouvements nationaux d�Europe orientale. Le mouvement juif insistait sur le regain de sa langue nationale (le yiddish) et revendiquait la cr�ation d�une litt�rature et d�une culture modernes et la�ques.
Enfin, fond� par L�on Pinsker en Russie et Th�odore Herzl en Autriche, le sionisme, mouvement militant pour la cr�ation d�un �tat juif dans l�ancien territoire d�Isra�l, s�implanta �galement en Europe orientale. Bien que la�c, le sionisme formulait une id�ologie profond�ment enracin�e dans le messianisme juif traditionnel. Il aboutit � la cr�ation de l��tat d�Isra�l en 1948.

3 LE JUDAÏSME CONTEMPORAIN 3.1 Le juda�sme am�ricain

Aux Etats-Unis, o� la communaut� juive am�ricaine contemporaine descend en grande partie des Juifs �migr�s d�Europe centrale depuis le milieu du XIXe si�cle, les multiples formes du juda�sme, r�form�, conservateur et orthodoxe sont le produit de l�adaptation de ces groupes d�immigrants au mode de vie am�ricain. Le juda�sme a ainsi adopt� l�organisation congr�gationaliste du christianisme am�ricain : bien qu�affili�es � des mouvements nationaux, la plupart des communaut�s conservent une grande autonomie.
Le juda�sme r�form�, influenc� par le protestantisme lib�ral, est rest� d�orientation lib�rale et non autoritaire. Le juda�sme conservateur incarne le sens de la communaut� et de la pi�t� populaire des juifs europ�ens de l�Est. Le juda�sme orthodoxe constitue moins un mouvement qu�une galaxie de groupes traditionalistes. L��migration aux �tats-Unis de nombreux hassids et traditionalistes survivants de l�Holocauste a renforc� le courant orthodoxe am�ricain.

3.2 Le juda�sme en France

Le juda�sme fran�ais a �t� profond�ment marqu� par l�arriv�e massive des Juifs d�Afrique du Nord, apr�s l�ind�pendance de la Tunisie et du Maroc (1956) puis celle de l�Alg�rie (1962). Leur forte demande religieuse a suscit� � la fois un regain des institutions communautaires et un certain rigorisme des autorit�s religieuses, qui eut pour effet paradoxal de remobiliser les courants la�cs et lib�raux du juda�sme fran�ais.
Cependant, un grand nombre des juifs de France, y compris parmi les plus r�cemment arriv�s, sont demeur�s fid�les � une tradition individualiste et jacobine qui s�oppose � la culture communautariste.

3.3 Signification d�Isra�l

Le juda�sme a �t� profond�ment boulevers� par la destruction de la communaut� juive europ�enne par les nazis, puis par la fondation de l��tat d�Isra�l. La Shoah et la fondation d�Isra�l sont apparues �troitement li�es dans une symbolique de la mort et de la renaissance collectives. Isra�l, qui contribua si fortement � r�tablir une dignit� personnelle juive, poss�de aussi une dimension religieuse qui �voque la promesse messianique. Tous les courants du juda�sme, � l�exception de certains ultra-orthodoxes, se sont tour � tour ralli�s au sionisme et davantage tourn�s vers Isra�l.
Aujourd�hui, les mouvements r�form�s et conservateurs s�efforcent d�obtenir de l��tat d�Isra�l un statut �quivalent � celui de l�orthodoxie, dont les rabbins ont le contr�le exclusif des mariages, des divorces et des conversions.

4 DOCTRINES FONDAMENTALES

La diversit�, y compris religieuse du juda�sme, fit qu�il n�a jamais �t� monolithique. N�anmoins, certains traits demeur�rent constants.
Le plus fondamental fut un monoth�isme radical. Un Dieu unique et transcendant a cr�� l�Univers et continu� de le gouverner par Sa providence. Parce qu�il repose sur une seule intelligence divine, le monde est donc � la fois intelligible et rationnel : toute chose et tout �v�nement poss�dent un sens en derni�re analyse. L�esprit de Dieu s�est manifest� dans l�ordre naturel � travers la cr�ation, et dans l�histoire � travers la r�v�lation : le m�me Dieu qui cr�a le monde se r�v�la aux H�breux sur le mont Sina�. La Torah (ou � loi r�v�l�e �) a formul� cette r�v�lation sous forme de commandements (mizvoth) qui expriment la volont� de Dieu pour les hommes. L�humanit� peut atteindre l�harmonie dans l�Univers en vivant conform�ment � la Loi.

4.1 L�Alliance

Un deuxi�me concept essentiel du juda�sme est l�Alliance (berith) entre Dieu et le peuple juif. Selon la tradition, le Dieu de la cr�ation proposa son alliance au peuple h�breu sur le mont Sina�. Le peuple dut reconna�tre Dieu comme son seul roi et l�gislateur supr�me et accepter d�ob�ir � Ses lois ; en retour, Dieu le reconnut pour Son peuple particulier sur lequel Il veillait. La Bible et la tradition juive ont replac� l�Alliance dans un contexte universel : c�est apr�s avoir �chou� plusieurs fois � �tablir une alliance avec l�humanit� rebelle que Dieu se tourna vers une partie de cette humanit�. Isra�l devait devenir un � royaume de pr�tres � et instaurer un ordre social conforme aux lois divines, offrant ainsi un mod�le pour toute l�humanit�. Isra�l se trouvait de la sorte plac� en m�diateur entre Dieu et l�humanit�.
Cette notion d�alliance a influ� sur la vision juive de l�histoire. Un lien causal fut �tabli entre l�action des hommes et leur destin d�termin� par Dieu. Toute l�histoire d�Isra�l fut interpr�t�e en fonction de son ob�issance aux lois divines. Ce lien rendit plus aigu le probl�me de la th�odic�e (justice de Dieu) dans la mesure o� l�exp�rience historique du peuple juif fut souvent celle de la souffrance. Depuis le livre de Job, la pens�e juive s�est beaucoup pr�occup�e du probl�me du Juste souffrant. Au fil du temps s��baucha l�id�e que la vertu serait finalement r�compens�e et le p�ch� puni, lors d�un jugement divin apr�s la mort. De m�me, la domination �trang�re et l�exil forc� loin d�Isra�l devaient �tre r�par�s � la fin des temps, lors de la venue du Messie (mashiah, � oint �, comme un roi), issu de la lign�e de David. Le messianisme, pr�sent tr�s t�t dans la pens�e du juda�sme, fut particuli�rement vif dans les p�riodes de crises. Peu � peu, un lien s��tablit entre le messianisme et le respect de la Torah : chaque juif pouvait h�ter la venue du Messie par l��tude assidue et l�observation des lois.

4.2 La tradition rabbinique

Le juda�sme plonge ses racines dans la Bible h�bra�que, comprenant la Torah ou Pentateuque, les Nebiim ou litt�rature proph�tique et les Ketubim, qui regroupent les autres �crits canoniques. Pourtant il serait erron� d�assimiler le juda�sme � la � religion de l�Ancien Testament �. Le juda�sme d�apr�s la destruction du Temple (70) est issu du mouvement rabbinique des premiers si�cles de l��re chr�tienne, en Palestine et � Babylone : on parle de juda�sme rabbinique. Rabbi �tait un titre signifiant � mon ma�tre � et les rabbins furent des docteurs juifs attach�s � l��tude des �critures et de la Tradition. Les rabbins soutinrent que, sur le Sina�, Dieu avait r�v�l� � Mo�se non pas une, mais deux Torah : la seconde, ou Torah orale, fut transmise de ma�tre � disciple en une cha�ne ininterrompue jusqu�aux rabbins eux-m�mes. Cette Torah orale fut mise par �crit dans la Mishnah (� ce qui est appris par c�ur �), r�dig�e en Palestine au d�but du IIIe si�cle. Les commentaires rabbiniques de la Mishnah, appel�s Gemara, donn�rent naissance, en Palestine et � Babylone, au Talmud. Le Talmud de Babylone, achev� vers le VIe si�cle, devint le texte fondamental du juda�sme rabbinique.
Les rabbins nous ont aussi laiss� des commentaires sur des passages de la Bible, ou Midrashim (voir Midrash) et des traductions de la Bible en aram�en, ou Targums (voir Targum). Les rabbins du Moyen �ge contribu�rent aussi � �tablir la codification de la loi talmudique : le Choulhan Aroukh (La Table mise) de Joseph ben Ephra�m Caro, dat� du XVIe si�cle, faisait autorit� en ce domaine. L��tude de la Torah implique l��tude de toute cette litt�rature et non du seul Pentateuque (� Torah �, au sens restreint).

5 PRATIQUES ET CULTE

Un juif religieux, � place toujours le Seigneur devant soi �, selon le verset du psaume XVI inscrit sur la fa�ade de nombreuses synagogues, et toute sa vie constitue un culte divin ininterrompu.

5.1 Pri�res et services

Traditionnellement, les juifs prient le matin (shaharith), l�apr�s-midi (minhah), et le soir (arbith). Cet horaire devait correspondre aux heures des sacrifices dans le Temple de J�rusalem : ainsi le juda�sme rabbinique poursuivit-il le culte du Temple sur un mode m�taphorique. La r�union de dix hommes (minyan) est n�cessaire pour la pri�re.
Le rite commun � tous les services religieux juifs est une s�rie de b�n�dictions appel�e Tefillah (� pri�re �), Amidah (� pri�re debout �), ou Shemoneh Esreh, parce qu�on y compta dix-huit b�n�dictions. Aujourd�hui, on en compte dix-neuf. Aux jours du Shabat et des f�tes, les b�n�dictions sont remplac�es par des pri�res sp�cifiques. Le Shema (� �coute Isra�l ... �) est �galement r�cit� matin et soir. Chaque service se termine par deux pri�res messianiques, l�alenu, et le kaddish, en aram�en.
Pour la pri�re du matin, en semaine, les hommes portent un ch�le de pri�re � franges (le tallith, dont les franges sont appel�es zizith) et des phylact�res (bo�tes de pri�re appel�es tefillin), usages inspir�s de divers passages de la Bible (comme l�est la coutume de placer une mezuzah, ou bo�te de pri�re, sur le montant de la porte de sa maison). Par respect pour Dieu, les participants se couvrent la t�te durant la pri�re avec un chapeau ou une calotte (kippah ; en yiddish yarmulke). Les Juifs pieux le portent constamment pour manifester la permanence de la pr�sence divine.

5.2 Lecture et �tude de la Torah

L��tude de la Torah fut toujours consid�r�e comme un acte de pi�t� par le juda�sme rabbinique. Des passages de la Bible, de la Mishnah et du Talmud sont r�cit�s au cours de la pri�re du matin. Les lundis et jeudis , un rouleau manuscrit de la Torah est sorti de l�arche situ�e sur le devant de la synagogue et lu devant la communaut�. Cependant, les principales lectures de la Torah se font lors du Shabat et des f�tes et, au terme d�une ann�e, la Torah a �t� lue en entier ; ce cycle des lectures d�bute � l�automne, lors de la f�te de Simhath Torah (� joie de la Torah �), qui a lieu le dernier jour de Soukkoth. Les jours de Shabat et de f�tes, la lecture d�extraits des Proph�tes (Haftarah, qui signifie � conclusion �) accompagne celle de la Torah. La lecture des �critures constitue donc une part importante du culte et fut sans doute � l�origine de l�institution de la synagogue.

5.3 B�n�dictions

Les juifs r�citent en outre diff�rentes b�n�dictions tout au long de la journ�e dans diverses circonstances pr�cises. La Terre appartient � Dieu et les hommes n�en sont que les usufruitiers : par cons�quent, le locataire doit rendre gr�ce au propri�taire avant de jouir de ses fruits.

5.4 R�gles alimentaires

Les r�gles de l�alimentation juive constitu�rent un substitut au culte du Temple. La table de chacun, dans son foyer, repr�senta la Table du Seigneur. Certains animaux impurs ne peuvent �tre mang�s (voir Deut�ronome), XIV, 3-21) : par exemple, les porcs ou les poissons sans nageoires ou sans �cailles. Les animaux comestibles, essentiellement des ruminants au sabot fendu, doivent �tre tu�s de fa�on rituelle (kasher ; � adapt�e �) et vid�s de leur sang. Viande et produits laitiers ne doivent pas �tre m�lang�s.

5.5 Le shabbat

Le calendrier juif perp�tue les prescriptions de la Torah observ�es � l��poque du Temple. Le shabbat, pendant lequel il est interdit de travailler, s�impose chaque septi�me jour. En ce jour, le juif rend le monde � son Cr�ateur, et reconna�t que les hommes n�en jouissent que par Sa bienveillance. Le shabbat est consacr� � la pri�re, � l��tude, au repos et � la f�te en famille. Un service suppl�mentaire (musaf) est r�cit� � la synagogue en souvenir du sacrifice suppl�mentaire offert au Temple en ces jours particuliers.

5.6 F�tes calendaires

L�ann�e liturgique compte sept f�tes, cinq principales et deux moins importantes. Trois des grandes f�tes furent d�abord agricoles et li�es au cycle saisonnier en terre d�Isra�l. Pessah (la P�que), f�te du printemps, marquait le d�but des moissons, et Chavouot (f�te des Semaines ou Pentec�te), cinquante jours plus tard, leur fin. � l�automne, Soukkoth (f�te des Tabernacles) c�l�brait les vendanges. Tr�s t�t, ces f�tes furent associ�es � des moments fondateurs de l�histoire d�Isra�l. La P�que comm�mora le d�part d��gypte (Exode). Chavouot �voqua le don de la Torah sur le Sina� : on y lisait solennellement les dix commandements. Soukkoth demeura longtemps la f�te des vendanges et des r�coltes d�automne ; mais ses huttes de saisonniers, sous lesquelles les juifs mangent rituellement pendant les sept jours de f�te, furent assez t�t assimil�es aux tentes du d�sert lors de l�exode vers la Terre promise.
Dix jours de contrition et de purification pr�c�dent la f�te de Soukkoth : ils d�butent par Rosh Hashanah, le nouvel an, et se terminent par le Yom Kippour, jour de l�Expiation. Selon la tradition, le monde est jug� lors de chaque nouvelle ann�e et le jugement est rendu le jour de l�Expiation. Pour le nouvel an, le shofar (cor form� d�une corne de bouc) appelle les fid�les au repentir. Le jour de l�Expiation est la journ�e la plus sainte de l�ann�e juive : elle se passe dans le je�ne, la pri�re et la confession. Son culte d�bute par le chant du Kol Nidre et �voque les rites quotidiens (avodah) du Temple.
Les deux f�tes mineures, Hanoukkah et Pourim furent instaur�es plus tard. Pourim (les sorts) c�l�bre la l�gende d�Esther et Mardoch�e (voir Esther, Livre d�) et la d�livrance de la communaut� juive de Perse. La f�te, qui a lieu un mois avant P�que, a pris un caract�re joyeux de carnaval ; on y relit chaque ann�e le Rouleau (megillah) d�Esther. Hanoukkah (la d�dicace) comm�more la lib�ration du Temple par les Maccab�es en 165 av. J.-C. et sa recons�cration apr�s qu�il ait �t� souill� par le roi grec Antiochos IV. Enfin, quatre jours de je�ne, qui rem�morent les si�ges et la destruction du Temple (en 586 av. J.-C. puis en 70 apr. J.-C.), compl�tent cette ann�e liturgique. La plus importante est le Tishah b�Ab (9 du mois de Ab), date anniversaire de la destruction des deux Temples.

5.7 F�tes occasionnelles

La communaut� f�te �galement les moments importants de l�existence individuelle. Huit jours apr�s la naissance d�un gar�on se tient la circoncision (berith milah), qui l�intronise publiquement dans l�Alliance. � l��ge de treize ans, les gar�ons atteignent leur majorit� religieuse et viennent pour la premi�re fois lire solennellement la Torah � la synagogue (bar-mitzvah). Pour les filles, la majorit� est � douze ans ; dans le juda�sme lib�ral, elles font �galement une lecture de la Torah (bat-mitzvah). Au XIXe si�cle, le mouvement r�formiste instaura un rite de la confirmation pour les jeunes des deux sexes ; la c�r�monie avait lieu � l�occasion de Chavouot et symbolisait l�acceptation de la Loi r�v�l�e sur le Sina�. M�me � l�occasion du mariage (kiddushin, � sanctification �), le rituel juif �voque le souvenir des souffrances du peuple juif : les sept b�n�dictions incluent ainsi des pri�res pour la reconstruction de J�rusalem et pour le retour � Sion. De m�me, lors des fun�railles, l�espoir dans la r�surrection est inclus dans une pri�re pour la r�demption du peuple tout entier. Les juifs pieux sont enterr�s dans leur tallith.


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