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Christianisme
1 PRÉSENTATION
christianisme, religion fondée sur la personne et l'enseignement de Jésus-Christ apparue au Ier siècle de notre ère. Le christianisme, qui a profondément marqué la culture occidentale, est aujourd'hui la plus répandue des religions du monde. Elle est fortement présente sur tous les continents du globe. Elle compte plus de 1,7 milliard de fidèles de par le monde.
2 HISTOIRE
Presque toutes les informations sur Jésus et sur le christianisme primitif proviennent de ceux qui se sont donnés pour ses disciples. Ces derniers consignèrent leur témoignage par écrit pour convaincre les générations futures et non pour restituer une quelconque vérité historique. Par conséquent, ces informations soulèvent plus de questions qu'elles n'apportent de réponses. Personne n'a jamais réussi à harmoniser toutes ces données en un corpus cohérent qui rende compte du déroulement chronologique des événements de façon satisfaisante. La nature même de ces sources d'information a donc rendu très difficile voire impossible, sauf d'une manière très hypothétique, la distinction entre les enseignements originels de Jésus et ceux qui ont été développés à son sujet par les premiers chrétiens.
Ce que l'on sait, c'est que le personnage de Jésus de Nazareth et son message interpellèrent très tôt ceux qui voyaient en lui un nouveau prophète. Les souvenirs que ses disciples gardent de ses paroles et de ses faits et gestes, transmis à la postérité par ceux qui écriront les Évangiles, évoquent la vie de Jésus sur terre à la lumière de certaines expériences que les premiers chrétiens assimilent au miracle de sa résurrection d'entre les morts le dimanche de Pâques. Ils se tournent vers les Écritures (la Bible hébraïque, appelée par la suite « Ancien Testament » par les chrétiens) pour mieux comprendre comment s'accomplit ce qui avait été annoncé et rendre témoignage de ce qu'ils avaient vécu auprès de Jésus. Croyant que le Christ avait souhaité les voir se regrouper en une nouvelle communauté appelée à sauver le peuple d'Israël, ces juifs chrétiens (on parle à leur sujet de « judéo-christianisme ») fondèrent, à Jérusalem, la première Église. C'est là qu'ils affirment avoir reçu le don de l'Esprit Saint que Jésus avait promis de leur envoyer et s'être senti investis de pouvoirs tout à fait neufs. (Voir aussi Pentecôte).
2.1 Les débuts de l'Église
Jérusalem resta le centre du mouvement chrétien jusqu'à la destruction de la ville par l'armée romaine en 70 apr. J.-C. Le christianisme rayonna à partir de ce centre, d'abord dans le pays, gagnant les autres villes de Palestine, puis au-delà. Les apôtres portèrent leur message essentiellement aux adeptes du judaïsme, auxquels ils présentèrent le christianisme comme « nouveau », non pas dans le sens d'une religion nouvelle venue d'ailleurs, mais comme un mouvement qui perpétue et accomplit la promesse de Dieu faite à Abraham, Isaac et Jacob. Dès le début, le christianisme entretint avec le judaïsme une relation duelle de continuité et d'accomplissement (« Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir », dit Jésus lorsqu'il est interrogé à propos de la Loi juive), d'antithèse et d'affirmation. La conversion forcée des juifs au Moyen Âge et la longue histoire de l'antisémitisme (bien qu'il ait été condamné par les chefs de différentes Églises) prouvent que l'antithèse prit vite le dessus sur l'affirmation. En revanche, il n'y eut jamais de véritable rupture de continuité entre judaïsme et christianisme. La présence d'un nombre important d'éléments liés au judaïsme dans la Bible rappelle aux chrétiens, si besoin était, que celui qu'ils vénèrent comme leur Seigneur était juif lui-même en tant qu'homme, et que le Nouveau Testament n'est pas indépendant de l'Ancien Testament auquel il fut annexé.
Le christianisme commença à s'éloigner de ses racines juives vers la fin du IIe siècle. En effet, un changement notable se produisit alors : les chrétiens d'origine non-juive, appelés les Gentils, dépassèrent en nombre les juifs convertis au christianisme. Ce phénomène vint principalement de l'action de saint Paul. Né juif et profondément engagé dans le judaïsme, il se convertit au christianisme et se perçut comme « l'instrument » désigné par Dieu pour porter la parole du Christ aux Gentils, c'est-à-dire aux païens. C'est lui qui formula, dans ses Épîtres adressées aux premières Églises chrétiennes, les idées et les termes qui constituèrent par la suite l'essentiel de la doctrine chrétienne. Saint Paul est considéré, à juste titre, comme le « premier théologien chrétien ». Bon nombre de théologiens après lui se fondèrent sur ses Épîtres, consignées depuis lors dans le Nouveau Testament, pour élaborer leurs idées et concepts.
Les Épîtres de saint Paul et d'autres sources datant des deux premiers siècles nous révèlent certaines informations relatives à l'organisation des premières Églises. Les Épîtres à Timothée et à Tite attribuées à Paul (à tort, selon les exégètes) attestent des débuts d'une organisation fondée sur une transmission de pouvoirs, par ordination, des premiers apôtres (y compris Paul lui-même) à des « évêques ». Les termes d'évêque, de prêtre et de diacre apparaissent dans les documents de l'époque comme interchangeables et laissent à penser qu'il n'y eut pas, au départ, de distinction entre ces différents ordres. Ce n'est qu'à partir du IIIe siècle que s'affirma l'autorité des évêques, considérés comme les dignes successeurs des apôtres, à condition de vivre et d'enseigner selon l'éthique de ceux-ci et en conformité avec leurs enseignements contenus dans le Nouveau Testament et dans la « profession de foi » transmise par les Églises apostoliques.
2.2 Conciles et Credo
La clarification de cette profession de foi devint nécessaire lorsque le message chrétien suscita des interprétations jugées trop éloignées des préceptes initiaux du christianisme. Les déformations ou hérésies les plus importantes furent celles qui touchèrent à la personne du Christ. Certains théologiens cherchant à protéger la sainteté de Jésus affirmèrent que sa nature humaine était différente de celle des autres hommes ; d'autres encore, sous prétexte de préserver la foi monothéiste, proclamèrent que sa nature n'est pas aussi divine que celle de Dieu le Père.
En réponse à ces deux tendances, les premiers credo définirent la divinité du Christ à la fois par rapport à la divinité du Père et à l'humanité de Jésus. La formulation définitive de ces relations fut consacrée par une série de conciles aux IVe et Ve siècles, notamment le concile de Nicée en 325 et le concile de Chalcédoine en 451, qui statuèrent sur les doctrines de la Trinité et les deux natures du Christ, et dont les décisions sont encore reconnues par la plupart des chrétiens de nos jours. Pour élaborer ces doctrines, le christianisme dut s'efforcer d'affiner sa pensée et son langage, créant par cette dynamique une théologie philosophique en grec et en latin, qui fut le système intellectuel dominant en Europe pendant plus de mille ans. Le principal artisan de la théologie occidentale fut saint Augustin, évêque d'Hippone, dont l'œuvre abondante (dont on peut citer les Confessions et la Cité de Dieu) contribua à façonner ce système.
2.3 Les persécutions
Toutefois, le christianisme dut d'abord déterminer clairement sa relation à l'ordre politique établi. Qualifiée de secte juive, l'Église chrétienne primitive partagea le statut réservé au judaïsme au sein de l'Empire romain. Toutefois, avant même la mort de l'empereur Néron en 68, elle était déjà considérée comme l'ennemi à abattre. Les charges retenues contre ses membres ne furent pas toujours les mêmes et se traduisirent souvent par des oppositions et des persécutions localisées. La loyauté des chrétiens au « seigneur Dieu Jésus-Christ » était toutefois à leurs propres yeux incompatible avec le culte de l'empereur romain considéré comme un « dieu ». Les empereurs les plus attachés aux réformes et à l'unité de l'Empire, tels que Trajan et Marc Aurèle, furent aussi les plus farouches persécuteurs des chrétiens qui constituaient, à leurs yeux, une sérieuse menace pour la réalisation de leurs projets. L'histoire des religions, en particulier celle de l'islam, abonde en exemples qui montrent comment l'opposition finit par servir la cause qu'elle voulait abattre. Selon Tertullien, un des pères de l'Église, le « sang des martyrs » devient la « semence de l'Église ». Au début du IVe siècle, le christianisme s'était tellement développé et consolidé qu'il devint urgent soit de l'éliminer, soit de l'accepter une fois pour toutes. L'empereur Dioclétien tenta vainement de le détruire ; l'empereur Constantin le reconnut et fonda ainsi un empire chrétien.
2.4 Reconnaissance officielle
La conversion de Constantin procura à l'Église une place de choix dans la société, où il devint désormais plus honorable d'être chrétien que de ne pas l'être. Toutefois, les préceptes éthiques chrétiens s'en ressentirent et l'on crut nécessaire, pour préserver l'intégrité des impératifs moraux du Christ, de se retirer du monde (et de l'Église implantée dans le monde, qui avait fini par être du monde) pour suivre pleinement la discipline chrétienne, et mener une vie de moine chrétien. Après sa naissance dans le désert égyptien, où se retira l'ermite saint Antoine, le monachisme chrétien apparut comme substitut du martyre et attente de l'imminente fin des temps. Il s'étendit à de nombreuses régions de l'Empire chrétien pendant le IVe siècle et le Ve siècle. Des moines chrétiens s'adonnèrent à la prière, à l'ascétisme et au service non seulement dans les régions grecques et latines de l'Empire mais bien au-delà de ses frontières orientales, au cœur même de l'Asie. Ils constituèrent, à l'époque byzantine puis à l'époque médiévale, la force dynamique la plus puissante et la seule apte à christianiser les non-croyants, à insuffler un renouveau dans le culte, dans la prédication et, malgré leur anti-intellectualisme farouche, dans la théologie et l'érudition. La plupart des chrétiens d'aujourd'hui doivent leur religion à l'activité des moines. Voir aussi Ordres religieux.
2.5 Christianisme oriental
L'un des actes les plus importants de l'empereur Constantin fut sa décision, en 330, de transporter de Rome à Byzance le siège de l'empire, la « Nouvelle Rome », à l'extrémité orientale de la Méditerranée. La nouvelle capitale, Constantinople (aujourd'hui Istanbul), était aussi le foyer intellectuel et religieux du christianisme oriental. Alors que le christianisme occidental devenait de plus en plus centralisé, formant une pyramide à la tête de laquelle siégeait le pape, évêque de Rome (voir Papauté), les principaux centres de l'Orient, Constantinople, Jérusalem, Antioche et Alexandrie, se développèrent de façon autonome. L'empereur occupa à Constantinople une place prépondérante dans la vie de l'Église. C'est lui, par exemple, qui convoqua et présida les grands conciles, organes suprêmes de législation ecclésiastique en matière de foi et de morale. Cette relation spéciale entre l'Église et l'État, qualifiée souvent, et de façon simpliste, de césaro-papisme, favorisa le développement d'une culture chrétienne dans laquelle (comme l'atteste la basilique Sainte-Sophie élevée à Constantinople par l'empereur Justinien en 538) les réalisations les plus nobles de la société tout entière témoignent du mariage heureux du christianisme avec l'Antiquité classique.
Dans le pire des cas, cette culture consacra l'asservissement de l'Église à la tyrannie de l'État. La crise provoquée au VIIIe siècle au sujet de l'utilisation des icônes dans les Églises fut également un conflit de pouvoir entre l'Église et l'Empire. L'empereur Léon III interdit le culte des images et entra en conflit avec les moines, qui devinrent les farouches défenseurs des icônes. Plus tard, la fin de l'iconoclasme marqua un point en faveur de l'indépendance de l'Église.
Au cours des VIIe et VIIIe siècles, trois des quatre centres du christianisme oriental tombèrent aux mains des adeptes de la nouvelle religion qu'était l'islam. Seule Constantinople échappa à la conquête des musulmans. Assiégée à plusieurs reprises, elle fut prise par les Turcs en 1453. L'affrontement avec les musulmans ne fut pas seulement d'ordre militaire. Les deux religions exercèrent l'une sur l'autre des influences réciproques dans les domaines spirituel, philosophique, scientifique et même théologique.
La querelle des images fut d'une importance capitale parce qu'elle menaça l'Église d'Orient dans son élément le plus essentiel : sa liturgie. Le christianisme oriental est depuis toujours d'abord un culte, sur lequel repose ensuite un art de vie et une croyance. Le mot orthodoxie, d'origine grecque, ainsi que son équivalent d'origine slave pravoslavie, fait référence à la manière juste de rendre grâce à Dieu qui est en définitive inséparable de la façon juste de proclamer sa foi en Dieu et de vivre selon sa volonté. L'importance accordée à cette démarche dans la liturgie et la théologie orthodoxes se traduisit par ce que les observateurs occidentaux, même à l'époque médiévale, qualifièrent d'aspiration mystique, rehaussée par le puissant courant néoplatonicien. La monarchie orientale, bien que souvent hostile à ces courants de pensée philosophiques, fonda néanmoins sa pratique sur les écrits des Pères de l'Église et des théologiens tels que saint Basile de Césarée, représentant d'un hellénisme chrétien dans lequel sont à l'œuvre tous les éléments soulignés par les orthodoxes dans leur démarche.
Tous les traits caractéristiques du christianisme oriental — l'absence d'autorité centralisée, l'étroite relation à l'Empire, la tradition mystique et liturgique, la continuité avec la langue et la culture grecques et l'isolement imposé par l'expansion musulmane — contribuèrent aussi à l'éloigner encore davantage de l'Occident, ce qui aboutit finalement au schisme entre les Églises d'Orient et d'Occident. Les historiens font remonter ce schisme à 1054, date à laquelle Rome et Constantinople s'excommunièrent mutuellement et qui semble plus probable que l'année 1204 donnée aussi, car elle vit la destruction de Constantinople par les armées des croisés en route pour délivrer Jérusalem des mains des musulmans (voir Croisades). Quelle que soit sa date, la rupture entre les Églises d'Orient et d'Occident se perpétua jusqu'à nos jours, malgré les nombreuses tentatives entreprises pour les réconcilier.
Parmi les différends opposant Constantinople à Rome figure la question de l'évangélisation des Slaves, entamée au IXe siècle. Bien que plusieurs peuples slaves — les Polonais, les Moraves, les Tchèques, les Slovaques, les Croates et les Slovènes — se soient ralliés à l'Église d'Occident, la grande majorité des peuples slaves embrassèrent la foi orthodoxe et se rattachèrent à l'Église byzantine d'Orient. À partir de ses premières fondations à Kiev, en Ukraine, l'orthodoxie slave gagna la Russie où les caractéristiques du christianisme oriental décrites plus haut prirent rapidement racine. Le tsar de Moscou emprunta au césaro-papisme byzantin certaines de ses sanctions pour consolider son pouvoir autocratique. Le monachisme russe adopta les pratiques de dévotion et d'ascèse des monastères grecs du mont Athos. En vertu de l'importance accordée dans l'orthodoxie à l'autonomie culturelle et ethnique, le christianisme slave posséda, dès le début, une langue liturgique propre (encore appelée aujourd'hui vieux slave ou slavon), et adapta à ses besoins les formes artistiques et architecturales importées des centres de l'orthodoxie dans les territoires de langue grecque. L'Église d'Orient comprend aussi certains Slaves des Balkans — les Serbes, les Monténégrins, les Bosniaques, les Macédoniens ; les Bulgares, les Albanais, descendants des anciens Illyriens ; et les Roumains, peuple roman. Durant les longs siècles de domination ottomane dans les Balkans, certaines de ces populations chrétiennes furent forcées de se convertir à l'islam, comme par exemple chez les Bosniaques, les Bulgares ou les Albanais.
2.6 Le christianisme occidental
Bien que le christianisme oriental soit, à maints égards, l'héritier direct de l'Église primitive, le christianisme connut un essor particulièrement dynamique dans la partie occidentale de l'Empire romain. Parmi les causes de ce développement, il convient d'en distinguer deux qui sont étroitement liées : l'importance croissante de la papauté et la migration des peuples germaniques. Lorsque la capitale de l'Empire fut transférée à Constantinople, la seule autorité qui resta à Rome fut celle de l'évêque. La vieille ville, évangélisée par les apôtres Pierre et Paul, servit d'arbitre à l'orthodoxie toutes les fois que les autres centres, y compris Constantinople, furent menacés par des schismes ou des hérésies. Rome était la capitale de l'Église d'Occident lorsque l'Europe fut en proie aux attaques des peuples qui déferlèrent sur le continent par vagues successives, qu'on appela les « invasions barbares ». La conversion de ces envahisseurs à la foi catholique chrétienne, illustrée par la conversion de Clovis, roi des Francs, impliquait leur incorporation dans l'institution présidée par l'évêque de Rome. Le déclin de la puissance politique de Constantinople dans ses provinces occidentales aboutit à la création de plusieurs royaumes germaniques séparés. C'est finalement en l'an 800 que se forma un « Empire romain » occidental indépendant, à la tête duquel Charlemagne fut couronné empereur par le pape Léon III. Voir Saint Empire romain germanique.
Le christianisme médiéval en Occident, contrairement à son homologue en Orient, constitua une seule entité, ou du moins s'efforça de n'en constituer qu'une seule. Lorsqu'un peuple devenait chrétien en Occident, il apprenait le latin et perdait souvent de ce fait sa propre langue (comme ce fut le cas en France et en Espagne). La langue de l'ancienne Rome devint ainsi la langue liturgique, littéraire et savante de l'Europe occidentale. Archevêques et abbés, qui exerçaient une influence considérable dans leur propre région, dépendaient toutefois du pape, bien que ce dernier n'ait pas toujours eu les moyens de faire respecter son autorité. L'Occident des premiers siècles du Moyen Âge vit naître diverses controverses théologiques, mais celles-ci furent sans commune mesure avec celles qui fleurirent en Orient. La théologie occidentale ne put rivaliser avant l'an 1000 avec la sophistication philosophique de la théologie orientale. L'influence de saint Augustin continua de s'exercer sur la théologie latine.
L'image de la coopération entre l'Église et l'État que représenta le couronnement de Charlemagne par le pape ne doit pas laisser à penser qu'il n'y eut pas, au Moyen Âge, de conflit entre les deux instances. Bien au contraire, les deux pouvoirs ne cessèrent de s'affronter sur la délimitation exacte de leurs sphères d'influence respectives. La cause majeure de ces querelles concerna le droit du suzerain de nommer les évêques et les abbés (l'investiture par l'autorité laïque), qui opposa le pape Grégoire VII à l'empereur d'Occident Henri IV en 1075. Le pape frappa l'empereur d'excommunication et ce dernier refusa de reconnaître la papauté. Le conflit s'apaisa momentanément lorsque Henri sollicita son pardon du pape à Canossa en 1077, mais les tensions demeurèrent. Une lutte similaire opposa le pape Innocent III au roi d'Angleterre Jean sans Terre, qu'il excommunia en 1209, et se termina quatre ans plus tard par la soumission du roi au pape. La cause de tous ces conflits provint du rôle complexe de l'Église dans la société féodale. Les évêques et les abbés administraient de vastes terres et d'importantes richesses et constituaient par là même une force économique et politique majeure, que le roi devait pouvoir contrôler pour asseoir son autorité sur la noblesse séculière. La papauté, quant à elle, ne pouvait se permettre de tolérer qu'une Église nationale tombe sous la coupe d'un régime politique. Voir Investitures, querelle des.
L'Église et l'État combattirent cependant côte à côte face à un ennemi commun durant les croisades. La conquête de Jérusalem par les musulmans signifiait que les lieux saints associés à la vie de Jésus seraient désormais sous le contrôle d'une puissance non-chrétienne ; et bien que les rumeurs faisant état des obstructions rencontrées par les pèlerins dans l'exercice de leur culte aient été le plus souvent exagérées, on s'accorda à croire que Dieu voulait que les armées chrétiennes libèrent la Terre sainte. La première croisade, organisée en 1095, parvint à établir un royaume latin à Jérusalem et à y nommer un patriarche. Cependant, la ville passa à nouveau sous contrôle musulman un siècle plus tard, et le dernier bastion chrétien en Terre sainte tomba au bout de deux cents ans. À cet égard, les croisades furent un échec, voire une véritable catastrophe pour certaines d'entre elles (telle que la quatrième croisade de 1202-1204, mentionnée plus haut). En effet, elles ne réussirent ni à restaurer le christianisme à Jérusalem, ni à opérer l'unification politique ou ecclésiastique de l'Occident.
La période des croisades fut toutefois au sein de l'Église médiévale celle du développement de la théologie et de la philosophie scolastiques. Les théologiens latins, s'appuyant une fois de plus sur la pensée de saint Augustin, étudièrent la relation entre la connaissance de Dieu acquise intuitivement par la raison humaine et la connaissance de Dieu communiquée par la révélation. Saint Anselme adopta la devise suivante : « Je crois pour espérer comprendre », et élabora une preuve de l'existence de Dieu fondée sur la structure de la pensée humaine (la preuve ontologique). À la même époque, Pierre Abélard examina les contradictions entre les différents courants de la tradition doctrinale de l'Église dans le but de développer des méthodes visant à les harmoniser. Ces deux tâches occupèrent l'essentiel de la pensée du XIIe siècle et du XIIIe siècle jusqu'à ce que la découverte des œuvres perdues d'Aristote révélât une série de définitions et de distinctions qui parurent applicables à la fois à la philosophie et à la théologie. La philosophie théologique de saint Thomas d'Aquin chercha ainsi à rendre justice à la connaissance naturelle de Dieu, tout en exaltant sa connaissance révélée par les Évangiles. Elle tenta principalement d'intégrer les diverses parties de la tradition dans un tout unifié. Saint Thomas d'Aquin et plusieurs de ses contemporains, tel le théologien franciscain saint Bonaventure, furent les dignes représentants de l'idéal intellectuel du christianisme médiéval. Scolastique.
À la mort de saint Thomas d'Aquin, les dissensions commencèrent à se manifester au sein de l'Église d'Occident. En 1309, la papauté fuit Rome et s'établit en Avignon, où elle demeura jusqu'en 1377. Cette période, appelée la « captivité de Babylone de l'Église », fut suivie par le Grand Schisme d'Occident, durant lequel la papauté devint bicéphale, voire à certains moments tricéphale. Cette question ne fut résolue qu'en 1417, avec l'élection d'un pape unique. Cependant, la papauté ne parvint plus à recouvrer son autorité perdue et réussit difficilement à se faire à nouveau respecter.
2.7 Réforme et Contre-Réforme
Des réformateurs de tous bords — notamment Jean Wyclif, Jan Hus et Jérôme Savonarole — dénoncèrent le laxisme moral et la corruption financière qui infestaient l'Église « dans la tête et les membres ». Ils appelèrent à un changement radical. Dans cette période de transformations sociales et politiques d'envergure, l'Occident fut marqué par le réveil des consciences nationales et également par le développement économique croissant de certaines villes, dans lesquelles apparut une nouvelle classe de riches marchands. La Réforme protestante peut être considérée comme le point de convergence de l'ensemble des forces à l'œuvre, telles que la volonté de réformer l'Église, le développement du nationalisme et, selon la thèse développée par le philosophe et sociologue allemand Max Weber, l'émergence de l'« esprit du capitalisme ».
Martin Luther fut le catalyseur qui accéléra l'avènement de ce nouveau mouvement. Son combat personnel pour acquérir une certitude religieuse le conduisit malgré lui à remettre en question le système médiéval du salut et l'autorité même de l'Église. Son excommunication prononcée par le pape Léon X fut une étape irréversible dans la division du christianisme en Occident. Ce mouvement ne se limita d'ailleurs pas à l'Allemagne de Luther. D'autres mouvements de réforme furent conduits en Suisse par Ulrich Zwingli et surtout Jean Calvin, dont l'Institution chrétienne constitua la somme théologique la plus importante de la nouvelle théologie. La Réforme anglicane, née de la politique religieuse d'Henri VIII, fut d'abord influencée par les réformes de Luther et de Calvin, mais elle finit par constituer une « voie moyenne » entre le catholicisme, dont elle conserva certaines formes, comme par exemple la hiérarchie épiscopale, et le protestantisme, dont elle maintint les grands principes doctrinaux, tels que la reconnaissance de la seule autorité de la Bible. La pensée de Calvin contribua à la création, dans sa France natale, du parti des huguenots, qui fut d'abord persécuté à la fois par l'Église et par l'État, puis reconnu par l'édit de Nantes en 1598 (qui devait être révoqué en 1685). Des courants plus radicaux de la Réforme, notamment les anabaptistes, s'insurgèrent à la fois contre d'autres courants protestants et contre Rome, rejetant le baptême des enfants ou certains dogmes comme la Trinité, et dénonçant l'alliance entre l'Église et l'État. Voir aussi Calvinisme ; Luthéranisme ; Presbytérianisme.
Cette alliance contribua à déterminer le sort de la Réforme, qui ne réussit à s'implanter que dans ceux des États nationaux récemment constitués qui la soutinrent. En vertu des liens étroits l'unissant aux mouvements nationalistes, la Réforme contribua à la création des littératures nationales, en particulier par les traductions de la Bible, qui façonnèrent la langue et l'esprit de ces peuples. Elle insuffla aussi un renouveau dans la prédication biblique et dans la célébration du culte qui se firent désormais en langue vernaculaire, ce qui donna naissance à un nouveau corpus de cantiques. L'importance accordée dans la Réforme à la participation de tous les croyants au culte et à la confession conduisit à la création de pôles d'instruction en matière de doctrine et de conduite éthique, en particulier sous la forme de catéchismes, et au développement d'une éthique de service dans le monde.
Pour répondre au défi lancé par la Réforme protestante, et pour satisfaire ses besoins propres, l'Église convoqua le concile de Trente, qui se tint de 1545 à 1563. Le concile entreprit de réviser la formulation des doctrines de façon à contrer les thèses protestantes et introduisit des réformes dans la liturgie, dans l'administration de l'Église et dans la formation de ses clercs. La responsabilité de l'application des actes du concile incomba en grande partie à la Compagnie de Jésus, l'ordre fondé par saint Ignace de Loyola (voir Compagnie de Jésus). La coïncidence chronologique de la Réforme avec la découverte du Nouveau Monde fut interprétée comme un signe providentiel d'encouragement à l'évangélisation de ceux qui n'avaient jamais entendu parler de l'Évangile. Le concile de Trente, du côté de l'Église catholique, et les diverses confessions, du côté des protestants, entérinèrent définitivement les divisions qui les séparaient. Voir Confession.
Pourtant, ces divisions ne furent pas, à vrai dire, définitives, puisque de nouvelles ne cessèrent d'apparaître. Historiquement, les plus remarquables parmi les nouvelles dissensions furent celles qui apparurent au sein de l'Église anglicane. Les puritains dénoncèrent les « vestiges du papisme » dans la vie institutionnelle et dans la liturgie de l'Église anglicane, et réclamèrent une réforme plus radicale. Du fait que le roi est le chef suprême de cette Église, cette agitation — qui se mua en de violentes émeutes — entraîna de graves conséquences politiques, qui furent à l'origine de la Révolution anglaise et de l'exécution du roi Charles Ier en 1649. Le puritanisme trouva son expression la plus pure aux plans tant politique que théologique, en Amérique du Nord. Les piétistes luthériens et calvinistes en Europe parvinrent, en général, à se maintenir au sein de l'ordre établi en tant que partis distincts plutôt que sous la forme d'Églises séparées, mais le piétisme marqua de son empreinte bon nombre des communautés européennes qui s'établirent en Amérique du Nord. Le piétisme fut aussi très présent en Angleterre, par son influence dans la vie et l'œuvre de John Wesley, fondateur du méthodisme.
Voir Contre-Réforme ; Réforme.
2.8 La période moderne
Dès la Renaissance et sous la Réforme, et bien plus encore au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, le christianisme dut se définir et se défendre contre les affirmations de la science moderne et de la philosophie. Ce problème se posa à toutes les Églises, quoique de façon différente. La condamnation de Galilée, accusé d'hérésie, par le tribunal de l'Inquisition trouva son pendant chez les protestants dans les controverses relatives aux implications de la théorie de l'évolution dans la lecture du récit biblique de la Création. Le christianisme se trouva ainsi souvent sur la défensive face à d'autres mouvements modernes. Ainsi, la méthode critique adoptée depuis le XVIIe siècle pour l'étude historique de la Bible fut-elle accusée d'ébranler l'autorité des Écritures, et le rationalisme du siècle des Lumières fut-il rejeté comme source d'indifférence religieuse et d'anticléricalisme (Voir Exégèse biblique ; Lumières, siècle des).
Dans cette optique, la démocratie peut elle-même faire l'objet d'une condamnation parce qu'elle est fondée sur la capacité de l'homme à prendre en main son destin. La sécularisation croissante de la société prive l'Église du rôle éminent qu'elle occupe dans divers domaines de la vie, en particulier dans l'éducation, qu'elle avait toujours entièrement contrôlée.
La cause et le résultat de cette situation sont à rechercher dans la définition de la relation du christianisme au pouvoir établi. La tolérance manifestée par l'Église à l'égard des confessions minoritaires et sa séparation progressive avec l'État marquèrent réellement le début de la transformation d'un système qui était resté sensiblement le même depuis la conversion de Constantin. Voir Église et État.
Face aux changements survenus dans la situation des Églises au cours de la période moderne, un engouement nouveau se fit jour pour la théologie. Des théologiens protestants comme Jonathan Edwards et Friedrich Schleiermacher et des penseurs catholiques tels que Blaise Pascal ou John Henry Newman reprirent à leur compte les apologies traditionnelles de la foi en faisant de l'expérience religieuse le fondement même de la validation de la réalité divine. Le XIXe siècle fut surtout le temps de l'étude de l'histoire du développement des institutions et des idées chrétiennes. Si cette recherche permit à certains théologiens d'avancer, preuves à l'appui, qu'aucune forme de doctrine ni de structure ecclésiastique ne peut se prévaloir d'être absolue et définitive, elle procura en revanche de nouveaux outils pour réinterpréter le message du christianisme. L'étude de texte des livres bibliques, considérée avec suspicion par les conservateurs, révéla de nouvelles informations sur la façon dont les différentes parties de la Bible ont été écrites et rassemblées. L'étude détaillée de la liturgie montra que les anciennes formes n'étaient pas forcément comprises dans les temps modernes et encouragea la réforme du culte.
Le mouvement œcuménique constitua le moteur de la réunion des différentes dénominations chrétiennes, et parfois même de leur unification. Au cours du deuxième concile du Vatican, dit Vatican II, l'Église catholique adopta d'importantes mesures en faveur de la réconciliation avec l'Église d'Orient et avec les Églises protestantes. Le concile exprima officiellement et pour la première fois une appréciation positive sur la puissance spirituelle authentique présente dans toutes les religions du monde. Le sort de la relation entre le christianisme et son parent éloigné le judaïsme mérite d'être signalé. En effet, après de longs siècles d'hostilité, voire de persécutions, les deux religions parvinrent à ce moment à un degré de compréhension mutuelle qu'elles n'avaient plus connu depuis le Ier siècle.
La relation ambivalente qu'entretient le christianisme avec la culture moderne et qui apparut à travers ces divers courants est aussi à l'œuvre dans le rôle qu'il joua dans l'histoire politique et sociale. Au XIXe siècle, les chrétiens adoptèrent sur la question de l'esclavage des vues diamétralement opposées qu'ils justifièrent, dans les deux camps, par des citations bibliques. Les différentes révolutions, de la française à la russe, furent d'inspiration antichrétienne. Les régimes marxistes du XXe siècle ont persécuté les chrétiens pour leur foi, leurs traditions et leurs croyances, que ces régimes dénoncèrent comme réactionnaires. Cependant, la foi révolutionnaire puisa souvent aux sources chrétiennes. Mohandas Gandhi a toujours affirmé qu'il agissait dans l'esprit de Jésus-Christ, et Martin Luther King Jr., le chef du mouvement mondial en faveur des droits civiques, fut un pasteur protestant qui œuvra pour faire du Sermon sur la Montagne le fondement de son programme politique.
Dans le dernier quart du XXe siècle, les mouvements missionnaires de l'Église portent le message chrétien aux confins de la terre. L'époque actuelle se caractérise par un changement au niveau des dirigeants des Églises issues des missions. Depuis la Seconde Guerre mondiale, au sein des différentes Églises catholiques, anglicanes et protestantes dans les pays en développement, les chrétiens occidentaux firent de plus en plus place aux chrétiens originaires du pays où ils se trouvaient. L'adaptation de coutumes locales posa des problèmes d'ordre théologique et coutumier, notamment autour de la polygamie en Afrique.
3 DOCTRINE ET PRATIQUES
Une communauté, un mode de vie, un système de croyances, une observance liturgique, une tradition : le christianisme est tout cela et bien autre chose encore. Chacun de ces aspects présente certes des points de ressemblance avec d'autres religions, mais porte aussi la marque indélébile de ses origines chrétiennes. Ainsi s'avère-t-il utile, sinon nécessaire, d'examiner les idées et les institutions chrétiennes en les comparant avec celles des autres religions, tout en privilégiant les notions purement chrétiennes qui s'y rattachent.
3.1 Doctrine
3.1.1 La personne de Jésus
Tout phénomène aussi complexe et capital que le christianisme est plus facile à décrire d'un point de vue historique que logique. Une telle description contribue toutefois à mettre en lumière ses caractéristiques essentielles et la continuité de ses éléments. L'un de ces éléments est constitué par la figure centrale de Jésus-Christ, que l'on retrouve au cœur de toutes les différentes croyances et pratiques chrétiennes à travers les siècles. Les chrétiens ne sont pourtant pas d'accord entre eux sur la définition et la compréhension de ce qui rend la figure du Christ si distincte et unique. Ils affirment certes tous que la vie de Jésus et son exemple doivent être suivis et que son enseignement sur l'amour et la communion doit servir de fondement à toute relation humaine. Ses enseignements, pour la plupart, trouvent de larges échos ailleurs, chez les rabbins par exemple, ou encore dans la sagesse de Socrate ou de Confucius. La tradition chrétienne considère Jésus comme le prédicateur suprême et le guide exemplaire en matière de conduite éthique et morale mais, pour la plupart des chrétiens, cela ne justifie pas en soi la signification profonde de sa vie et de ses œuvres.
Tout ce que l'on sait du personnage historique de Jésus nous est révélé dans les Évangiles du Nouveau Testament de la Bible. D'autres passages du Nouveau Testament résument les croyances des premiers chrétiens. Paul et les autres auteurs des Écritures voient en Jésus celui qui non seulement révèle la vie humaine dans sa perfection mais aussi la réalité divine elle-même. Voir Christologie.
3.1.2 Le Père et l'Esprit Saint
Le mystère ultime de l'univers, appelé différemment selon les religions, est invoqué par Jésus comme « Père ». Par conséquent, les chrétiens considèrent Jésus comme « Fils de Dieu ». Le langage de Jésus ainsi que sa vie témoignent, pour le moins, d'une étroite intimité à Dieu et d'un accès direct au Père, et donnent aux disciples désireux de suivre son exemple l'espoir de vivre auprès du Père dans les cieux et de devenir eux-mêmes fils de Dieu. La crucifixion de Jésus et sa résurrection furent considérées par les premiers chrétiens comme la preuve éclatante que Jésus est celui qui a réconcilié l'humanité avec Dieu. La croix est ainsi devenue le thème central de la foi chrétienne et le symbole principal de l'amour salvateur de Dieu le Père.
Cet amour sera considéré, dans le Nouveau Testament et dans la doctrine chrétienne par la suite, comme le plus important des attributs de Dieu. Les chrétiens enseignent que Dieu est tout-puissant, que sa domination s'étend partout, sur terre aussi bien que dans les cieux, qu'il est juste quand il juge le bien et le mal et qu'il est au-delà du temps, de l'espace et de tout changement. Néanmoins, ils affirment que « Dieu est amour » avant toute chose. La création du monde à partir du néant, la création de l'humanité et l'avènement du Christ sont autant de manifestations de cet amour. Cet amour de Dieu est affirmé par Jésus, dans son Sermon sur la Montagne, en ces termes : « Voyez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu'eux ? » (Évangile selon saint Matthieu VI, 26). Le christianisme des premiers temps considéra ces paroles comme le fondement du statut privilégié de l'homme en tant que fils de Dieu et de celui encore plus extraordinaire du Christ, qui lui vaut, à leurs yeux, d'être invoqué, avec le Père, et plus tard avec l'Esprit Saint (envoyé par le Père au nom du Christ) dans la formule qui sera retenue pour l'administration du baptême et dans les credo successifs des premiers siècles. Après maintes discussions et controverses, cette confession prendra la forme de la doctrine de la Trinité, qui conçoit Dieu comme un en trois personnes distinctes. Voir aussi Esprit Saint.
3.1.3 Baptême et eucharistie
Le baptême administré « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » ou tout simplement « au nom du Christ » constitua, dès l'origine, le rite d'initiation au christianisme. Il semble avoir été donné, au départ, principalement aux adultes qui professent leur foi et s'engagent à transformer leur vie, mais il sera aussi administré aux enfants par la suite, de la même manière. Le deuxième rituel reconnu par tous les chrétiens est celui de l'Eucharistie, ou la Cène, dans lequel les chrétiens partagent du pain et du vin par lesquels ils reconnaissent la réalité de la présence du Christ et le célèbrent par leur communion les uns avec les autres. Le rituel de l'eucharistie s'est transformé, avec le temps, en une cérémonie élaborée d'adoration et de consécration, dont les textes furent mis en musique par de nombreux compositeurs de messes. L'eucharistie devint aussi l'objet principal de conflit entre les différentes Églises chrétiennes qui divergèrent sur la définition de la « présence » du Christ dans le pain et le vin consacrés, et sur l'action de cette présence sur les communiants. (Voir aussi Liturgie ; Messe (religion) ; Eucharistie ; Messe (musique)).
3.1.4 L'Église
Un autre élément essentiel de la foi et de la pratique chrétiennes est constitué par la communauté des croyants ou Église. Certains théologiens et certains exégètes du Nouveau Testament mettent en doute que Jésus ait eu l'intention de fonder une Église (le mot « Église » n'apparaît que deux fois dans les Évangiles), mais ses disciples ont toujours été convaincus que Jésus avait, en choisissant Simon et en lui disant : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église », et en réunissant douze apôtres, l'intention de fonder une Église. Ils pensèrent plus tard également que la promesse que fit Jésus à ses disciples, selon l'Évangile, de demeurer avec eux « pour toujours et jusqu'à la fin des temps » trouvait sa réalisation dans « son corps mystique sur terre », la sainte Église catholique (« universelle »). Les relations de cette sainte Église catholique avec les diverses organisations ecclésiastiques du monde chrétien constituent une source de division majeure entre ces différentes organisations. En effet, le catholicisme romain eut tendance à confondre sa structure institutionnelle propre avec l'Église catholique universelle, le terme de « catholique » figurant dans les deux appellations. Certains groupes extrémistes protestants prétendirent également représenter, à eux seuls, la véritable Église invisible. Cependant, les chrétiens de tous bords commencent de plus en plus à reconnaître qu'aucun groupe ne peut prétendre au droit exclusif de se considérer l'« Église », et à œuvrer pour réunir tous les chrétiens. (Voir Œcuménique, mouvement ; Protestantisme).
3.2 Culte
Quelle que soit sa forme institutionnelle, la communauté des croyants à l'église constitue le lieu premier où s'exerce le culte chrétien. En effet, les chrétiens de toutes les traditions ont toujours mis l'accent sur l'importance de la dévotion et de la prière personnelle enseignées par Jésus. Cependant, Jésus enseigna aussi une prière connue dans toutes les Églises comme le Notre Père, dont la première invocation souligne la nature communautaire du culte voué à Dieu : « Notre Père, qui êtes aux cieux ». Depuis l'époque du Nouveau Testament, le jour désigné pour le culte communautaire fut le « dimanche premier jour de la semaine », en commémoration de la résurrection du Christ. Le dimanche est traditionnellement le jour de repos des chrétiens, comme l'est le shabbat pour les juifs. C'est l'occasion pour les croyants de se réunir pour écouter la parole de Dieu énoncée dans la Bible, pour participer aux sacrements, et adresser au Seigneur prières, louanges et actions de grâce. Le besoin de pratiquer en groupe est à l'origine de la composition de milliers de cantiques, de chorals, de chants et de musiques instrumentales, en particulier pour orgue. Les communautés chrétiennes construisirent, dès le IVe siècle, des édifices spécialement destinés à la pratique de leur culte, qui influencèrent considérablement l'histoire de l'architecture. (Voir Basilique ; Église (architecture) ; Paléochrétien, art ; Hymne ; Prière).
3.3 Vie chrétienne
Les prescriptions et les exhortations contenues dans la prédication et l'enseignement chrétiens concernent tous les aspects de doctrine et de morale et sont fondés sur l'amour de Dieu et du prochain, les deux commandements principaux laissés par Jésus en matière de conduite éthique (voir Évangile selon saint Matthieu XXI, 34-40). Ces commandements, appliqués aux situations de la vie ordinaire, personnelle ou sociale, ne donnent pas lieu à un comportement moral ou politique homogène. Par exemple, certains chrétiens considèrent l'absorption d'alcool comme un péché, alors que d'autres l'admettent parfaitement.
Ainsi les chrétiens adoptent-ils aujourd'hui face aux questions contemporaines des attitudes diverses et contrastées, comprises dans un large éventail, allant de l'extrême droite à l'extrême gauche, en passant par les positions modérées. Il est toutefois possible de parler d'un mode de vie chrétien caractérisé par la vocation au service et à l'apostolat. La valeur intrinsèque de l'être humain créé à l'image de Dieu, le caractère sacré de la vie humaine, et par conséquent du mariage et de la famille, le besoin impératif de lutter en faveur de la justice dans le monde, même à une époque difficile, sont autant d'engagements moraux qui s'inscrivent dans une ligne d'action qu'un chrétien prendrait pour sienne même si sa conduite personnelle n'est pas toujours à la hauteur de ces valeurs. La difficulté de vivre selon une éthique fondée sur l'amour a toujours existé, même au temps du Nouveau Testament, et il n'y a jamais eu à cet égard d'« âge d'or » ou il en aurait été autrement.
3.4 Eschatologie
Toutefois, l'aspiration à une telle époque existe dans la doctrine chrétienne. Elle s'exprime dans l'espérance d'une vie éternelle. Jésus insista tellement sur l'urgence de cette espérance que bon nombre de ses disciples s'attendirent à assister, de leur vivant, à la fin des temps et à l'avènement du royaume éternel. Dès le Ier siècle, les spéculations à ce sujet allèrent bon train, fluctuant entre un enthousiasme fervent et une apparente acceptation du monde tel qu'il est. Les credo de l'Église évoquent cette espérance par le langage de la résurrection, la promesse d'une vie nouvelle auprès du Christ ressuscité. Le christianisme peut donc sembler être une religion de l'au-delà, et il est vrai qu'elle le fut parfois presque exclusivement. Cependant, au cours des siècles, l'espérance chrétienne servit également de motivation pour rendre la vie sur terre plus conforme à la volonté de Dieu telle qu'elle fut exprimée par le Christ. (Voir aussi Catéchisme ; Eschatologie ; Christologie).
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