POUR RENDRE JUSTICE  
ET HONNEUR À 
YVES MICHAUD
(2)

 

par Thérèse-Isabelle Saulnier
 

J'ai donc répliqué à l'accusation que Lysiane Gagnon a faite à M. Michaud, de s'en être pris à (d'avoir "pris pour cible") la communauté juive. Malheureusement, il n'y a pas qu'elle qui l'ait fait, et il n'y a pas que cette fausse accusation d'antisémitisme qui ait été portée contre M. Michaud. On  a aussi tenté de le faire  passer pour un anti-démocrate qui ne reconnaissait pas l'égalité des votes de tous les citoyens ni le droit de quiconque à l'opinion, on l'a accusé d'avoir critiqué, blâmé, stigmatisé, fustigé le vote ethnique alors que, je le redémontrerai ici, il n'a fait que le constater, on l'a accusé d'avoir tenu les communautés ethniques responsables à elles seules de l'échec référendaire et d'être intolérantes, on est même allé jusqu'à le qualifier de raciste et de xénophobe, et, enfin, on l'a accusé d'avoir banalisé l'Holocauste et d'avoir fait une "comparaison de souffrances", une "quantification des souffrances juives", selon les mots mêmes de Lucien Bouchard.

Je vais ici reprendre une à une ces accusations et en démontrer la fausseté et l'exagération, qui reposent sur une pure déformation des propos de M. Michaud, pour ne pas dire sur l'ignorance crasse de ce qu'il a vraiment dit. Je procéderai dans l'ordre suivant:

1. Attaques contre la communauté juive?
2. Le B'nai Brith, incritiquable? antiquébécois?
3. Sur l'égalité des votes et le droit à l'opinion: M. Michaud, anti-démocrate?
4. Le vote ethnique: constat et non blâme
5. Les communautés ethniques, responsables de l'échec référendaire?
6. Les communautés ethniques, intolérantes?
7. La soi-disant banalisation de l'Holocauste et la soi-disant comparaison des souffrances juives (leur soi-disant "quantification", selon le mot de M. Bouchard)
8. Note sur le racisme


1. Attaques contre la communauté juive?

Il me semble que j'ai déjà suffisamment démontré, dans le précédent texte, que M. Michaud ne s'en est jamais pris à la communauté juive, comme on l'a si précipitamment prétendu et répété à satiété, mais comme nous faisons face à des sceptiques "purs et durs", endurcis, entêtés et têtus, qui ne semblent pas du tout vouloir réviser l'opinion bien hâtive qu'ils s'en sont faite, revenons tout de même à ce qu'on affirme être des propos antisémites qui auraient été aussi formulés aux Etats généraux et sur les ondes de CKAC.

Le "crime" de M. Michaud:

Je rappelle, ici, que M. Michaud a relevé le fait de ce vote monolithique pour montrer d'abord que ce "vote ethnique" existe (d'ailleurs, tout le monde le reconnaît comme un fait indéniable), qu'il peut expliquer la réaction de M. Parizeau le soir du référendum et, surtout, aux Etats généraux sur la langue française, que ce vote-là était une preuve de la faible capacité du Québec à intégrer les immigrants à la culture francophone. D'ailleurs, il s'y est présenté pour défendre un renforcement de la Loi 101 (dont l'obligation de fréquenter l'école française jusqu'au Cégep inclusivement), ce qui, selon lui, augmenterait cette capacité d'intégration.

Notons, aussi, qu'il n'y a là AUCUNE allusion aux juifs, ou à des juifs, ou à la communauté juive montréalaise, ou au vote juif. Or, ce simple rappel de la réalité d'un vote ethnique a mené aux accusations suivantes:

Les accusations portées contre lui :


Des accusations exagérées, disproportionnées, outrancières, abusives et fausses

Ouf! N'est-ce pas? Tout œil le moindrement attentif peut constater qu'entre le "crime" et les accusations portées, il n'y a aucune commune mesure, aucun lien,

Vraiment? S'est-on seulement demandé combien il y a de sections de votes dans cette seule municipalité, et où loge cette majorité juive? S'est-on demandé si les villes de Hampstead, de Montréal-Ouest et de Dollard-des-Ormeaux, dont M. Michaud a aussi parlé, sont à majorité juive ou autre? Peut-on logiquement déduire que M . Michaud a visé des groupes ethniques particuliers comme les Juifs, les Italiens, les Grecs, les Chinois, etc.? - Absolument pas. C'est là une déduction abusive et fausse.

Lysiane Gagnon a écrit, dans son article "Le pourquoi du scandale" (23 décembre 2000): "De tous les "votes ethniques", c'est le vote juif que vise Michaud. Bien qu'il dise avoir eu accès au registre complet du directeur des élections, il ne dénonce qu'un seul et unique exemple de monolithisme électoral: une douzaine de sections de vote de Côte-Saint-Luc. Or, il faut savoir (et Michaud le sait) que Côte-Saint-Luc égale "ville juive" ; 77% de ses habitants sont des juifs issus d'une communauté établie à Montréal depuis plus d'un siècle… mais Michaud persiste à les qualifier d' "immigrants". "

Or, qu'a réellement et objectivement dit M. Michaud? Référons-nous au verbatim de son intervention aux Etats généraux sur la langue française: " … dans Côte St-Luc, ce ne sont pas des Anglo-Québécois; la majorité, ce sont les fils et les enfants d'immigrants qui sont dits... que l'on appelle par un mot que je n'aime pas, des allophones.  C'est la grande majorité des habitants de Côte St-Luc." Il a aussi dit : "Je le répète, Côte-St-Luc, vérifiez dans le rapport du directeur général des élections.  Et c'est pas les seuls cas, hein.  Je n'ai pas fait toute l'étude ". Dans "Paroles d'un homme libre", il fait référence à des "circonscriptions québécoises de majorité de langue française " et à "certaines communautés autres que de langue française. "

M. Michaud n'a donc pas du tout visé, ou montré du doigt, les Juifs, ou la communauté juive. Il n'a pas, comme le prétend et l'extrapole injustement Lysiane Gagnon, visé le vote juif. Il n'a fait aucun "commentaire désobligeant" (P. Anctil), ni de commentaire tout court,  sur la communauté juive montréalaise (il n'en a même pas parlé!) et il a encore moins remis en cause sa légitimité (le même P. Anctil).  Je défie quiconque ayant porté de telles accusations de trouver de tels commentaires - ne serait-ce qu'un - à l'appui de ses affirmations. Des preuves, M. le Juge!

Enfin, parler d'un débat, sur la place publique, que M. Michaud aurait provoqué autour de la place de la communauté juive dans notre société relève tout simplement de l'aberration: il n'y a jamais eu un tel débat et M. Michaud n'a jamais eu pareille intention. C'est d'ailleurs là un pur procès d'intention à son égard, un procès d'intention qu'il faut dénoncer. C'est ce procès même qui doit être mis - remis - sur la place publique!

Quant au fait que M. Michaud aurait tenu les Juifs, ou tout autre groupe, responsables de l'échec référendaire,  j'y reviens plus loin, au point 5. Pour ce qui est des énormes et odieux propos du journaliste Mario Roy, de La Presse,  accusant M. Michaud de souffrir d'une "visible obsession tournée vers la communauté juive" et d'avoir "une lourde attitude d'acrimonie, d'accusation et de confrontation", j'y reviens au point suivant, puisque si M. Michaud a effectivement fait preuve d'une telle attitude, ce n'est pas envers la communauté juive, mais envers un groupe très particulier, juif, certes, mais très particulier quand même, le B'nai Brith.

Complément

Extrait de la lettre de M. Michaud à Lucien Bouchard, 31 décembre 2000, sur cette question

"Il serait fort étonnant que je me découvre soudainement, à mon âge, une vocation tardive d'antisémite. J'habite depuis plus de 37 ans un quartier juif de Montréal, en parfaite harmonie et convivialité avec mes voisins. Il n'y eut jamais l'ombre d'une anicroche entre nous. J'ai toujours eu, autant que vous, une grande admiration pour le peuple juif, que je décrivais en ces termes (qui plus est en présence de Robert Libman, directeur régional (sic) pour le Québec du B'nai Brith), en citant Lionel Groulx, lors de mon intervention devant la Commission des états généraux de la langue française: "J'invite les Canadiens français à posséder comme les juifs leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale.

L'antisémitisme est une attitude antichrétienne et les chrétiens sont en un sens spirituellement des sémites." J'ajouterai que si le peuple canadien-français avait suivi l'exemple du peuple juif, le Québec serait un pays souverain depuis des décennies.

Mes propos admiratifs à l'égard du peuple juif n'ont pas été relayés par les médias et à plus forte raison par les représentants du B'nai Brith qui m'ont entendu, assis dans la salle, et qui devaient me succéder à la tribune de la Commission des états généraux. De pareils propos ne servaient évidemment pas l'entreprise de démolition visant à me discréditer dans l'opinion publique, conduite par le B'nai Brith, entreprise à laquelle l'Assemblée nationale a été malheureusement associée avec une rapidité et une complicité dont je cherche encore à comprendre les véritables motifs. Passe que l'opposition libérale se livre à de vilains procès d'intention. Mais que les députés et les ministres de mon propre parti fassent l'"union sacrée" avec nos adversaires pour me déshonorer me laisse encore pantois. En voyant chacun d'entre eux se lever prestement pour voter ma mort politique, je croyais assister à une séance de politique-fiction. Hélas! la réalité dépassait la fiction.


2. Sur le B'Nai Brith, antiquébécois et "phalange extrémiste du sionisme mondial"
 

Le "crime" de M. Michaud:


Les accusations portées contre lui:


Réponse à ces accusations

Commençons par régler le troisième chef d'accusation. Abus, extrapolation linguistique tout à fait incongrus et injustifiés. Le terme "anti-québécois", que M. Michaud a bel et bien prononcé, ne l'a été qu'à l'égard du B'nai Brith et de personne d'autre.

Relevons, aussi, que ce n'est pas en tant qu'organisation juive que M. Michaud s'est "attaqué" au B'nai Brith, mais en tant qu'organisation tout court qui s'est elle-même attaquée à la personne du chanoine Lionel Groulx et à d'autres personnalités québécoises francophones, plus récentes, celles-là, comme Lucien Bouchard en personne, Jacques Parizeau, Bernard Landry et Pierre Bourgault; le chroniqueur Pierre Foglia, de La Presse, ainsi que le journaliste Michel Vastel, du Soleil, y ont aussi goûté, et la liste est loin d'être complète.

Je ne connaissais même pas l'existence de cet organisme avant que M. Michaud ne le mette ainsi sur la sellette, alors, je ne peux guère me prononcer, pour le moment, sur ce qu'il en est exactement des activités de ce B'nai Brith et du fait qu'il puisse effectivement être extrémiste et anti-québécois. Cependant, ce que je peux voir, à l'examen des propos de M. Michaud, c'est:

1) Qu'il a expliqué, particulièrement dans sa lettre du 31 décembre à Lucien Bouchard,  pourquoi il le considérait comme un groupe extrémiste et anti-québécois:

"Dans les deux cas, le salissage de la mémoire de Groulx et le dépeçage éventuel de notre territoire national, sont des positions extrêmes. Elles ne peuvent être que le fait d' "extrémistes", propos que les porte-parole du Parti Québécois ont eux-mêmes tenus pour qualifier un rassemblement de " partionnistes" à l'Université McGill, dont M. Libman était une tête d'affiche.
/…/
Le Grand Robert définit une phalange comme "un groupement humain dont les membres sont étroitement unis ". J'imagine que ce propos ne prête guère à contestation. En revanche,  la définition suivante est donnée au sionisme: mouvement politique et religieux visant à l'établissement d'un État juif en Palestine. " "   Assimiler une référence au sionisme comme de l'antisémitisme témoigne d'une ignorance consternante. Le sionisme a été l'objet de sévères  condamnations  par des grandes autorités du judaïsme depuis le début du dernier siècle, dont le grand rabbin français Emmanuel Levyne dans son livre Judaïsme contre sionisme  (Edit. Cujas) publié en 1969 : " Le sionisme politique nie la foi essentielle d'Israël. C'est la plus dangereuse hérésie de toute l'histoire juive. Il faut donc la combattre avec la plus grande énergie ".  ( Cité par Michelle Parent, auteur de Palestine ma déchirure (Stanké) dans Le Devoir du 27 septembre 2000 sous la rubrique IDÉES.) Cela dit, le fait est avéré que l'État d'Israël existe et je reconnais son droit à l'existence comme à tous les autres peuples, dont le mien, de se constituer en État-Nation.  Ce droit n'était pas reconnu par un éminent membre de la communauté juive de Montréal, M. Charles Bronfman, qui déclarait le 15 novembre 1976, dans le Montreal Star, jour de la prise du pouvoir par le Parti Québécois : " C'est un groupe de bâtards qui tentent de m'enlever mon pays. Je vois la destruction de mon pays, la destruction de la communauté juive. Si le P.Q. est porté au pouvoir ce sera l'enfer, l'enfer absolu. " M. Bronfman, que je sache, n'a pas été l'objet d'un vote de blâme de l'Assemblée nationale du Québec."
2) Que les accusations portées, à partir de ces deux mots, sont abusives et disproportionnées, et qu'il n'y a là rien d'antisémite ou de ressemblant à des "relents", jeunes ou vieux, d'antisémitisme. Ce n'est pas parce que je critique l'attitude inconsidérée de députés péquistes que je suis "anti-péquiste"; ce n'est pas parce que je dis que le FLQ a été extrémiste que je suis "anti-québécoise"; ce n'est pas parce que je critique la politique afghane sur les femmes que je suis "xénophobe" ou "anti-islamique"; ce n'est pas parce que… - Mais voilà, c'est ce qu'on a fait des propos de M. Michaud! Et c'est, semble-t-il, la spécialité même du B'nai Brith: accuser toute personne se montrant critique à son égard d'être antisémite. (Voir texte)

3) Qu'au lieu de blâmer unanimement M. Michaud et de le déshonorer ainsi sur la place publique, on aurait dû, plus sensément, faire enquête sur ce B'nai Brith ou, à tout le moins, examiner ce qu'il fait exactement et ce qu'il défend comme idéologie. En tout cas, ça ne valait certainement pas un tel vote de blâme. Nous nageons, dans toute cette Affaire, dans l'extrémisme le plus monstrueux!
 

Quelques hauts faits du B'nai Brith

Dans ses "Paroles d'un homme libre", M. Michaud a parlé d' "inquisiteurs d'un groupe d'extrême droite au service du B'Brith ", et il visait, par là, ceux - et seulement ceux - qui ont suggéré (c'était en 1996) de changer le nom de la station de métro Lionel-Groulx par celui d'Itzak Rabin (suggestion de Stephen Scheinberg, vice-président du B'nai Brith).  Cette modification aurait eu pour but de "contrer les attitudes antisémites et l'intolérance interethnique", soulignait le B'nai Brith, et Robert Libman invitait, à la même époque,  M. Bouchard à lancer un débat au sein du PQ sur l'intolérance et le racisme. C'est peut-être de là, d'ailleurs, que vient le fait que M. Michaud juge le B'nai Brith anti-québécois: nous traiter d'intolérants, de racistes et d'antisémites; salir la mémoire de grands Canadiens-Français comme le chanoine Lionel Groulx, accusant ce dernier, et tous ceux qui l'admirent, du même coup, de défendre un nationalisme "xénophobe", "tribal" et "intolérant"; obliger Pierre Bourgault à démissionner de son poste de conseiller spécial de Parizeau; accuser des Jean-Louis Roux, Lucien Bouchard, Bernard Landry, Pierre Foglia, Michel Vastel  et j'en passe, d'être antisémites; être à l'origine du partionnisme et, enfin, comment M. Michaud aurait-il pu ne pas réagir au fait que le B'nai Brith, dans un communiqué du 12 décembre 2000, l'ait qualifié de "dinosaure" aux remarques intolérantes? (Sous-titre du communiqué: "B'nai Brith condemns P.Q. dinosaur's intolerant remarks ".) C'est dans ce même communiqué que le B'nai demande que l'on rejette la candidature de M. Michaud dans Mercier, précisant que la demande a été faite au premier ministre Bouchard d'indiquer clairement ("to make clear") qu'il refusait que M. Michaud soit candidat péquiste.

Donc, en conclusion sur cette catégorie d'accusations portées contre M. Michaud, la "punition" est-elle méritée et, surtout, proportionnelle au "crime"? Et crime, même entre guillemets, y a-t-il? Comment se fait-il qu'un organisme comme le B'nai Brith ne saurait souffrir d'aucune critique ou d'aucune observation un tant soit peu hors de l'éloge inconditionnel sans que cette critique soit qualifiée d'antisémite? - Voilà, précisément, sur quoi devait et devra porter le débat! Examiner les écrits de M. Michaud et déterminer si, oui ou non, dans les activités et déclarations du Brith, il y avait effectivement, ou non, "des relents de haine, des ferments d'intolérance, des graines de discorde et de division semées à tous vents contre le peuple québécois et les valeurs qu'il attache à son passé et à ses racines." (Paroles d'un homme libre, p. 30)
 

Compléments: deux textes de John Hogan
 


3. Sur l'égalité des votes et le droit à l'opinion: M. Michaud, anti-démocrate?
 

Le "crime" de M. Michaud:

Les accusations portées contre lui :


(Décidément, face à de telles énormités, j'ai l'impression de me battre contre de véritables moulins à vent! Il ne me vient à l'esprit que: "Franchement!" et "Ça a-tu de l'allure!" Mais continuons quand même notre travail de récusation.)
 

Réponse à ces accusations

M. Michaud n'a jamais insinué nulle part que les votes contre la souveraineté (le fait d'avoir voté non au référendum) étaient anti-québécois ou anti-démocratiques, et ce, qu'ils viennent de néo-Québécois ou de "Québécois dits de souche". Que tous les citoyens puissent exercer leur droit de vote comme ils l'entendent, M. Michaud lui-même l'a affirmé dans son livre: "Chacun est libre de voter comme il l'entend". (p. 32)

Il n'a certainement pas "ethnicisé le droit de vote", comme le prétend Pierre Anctil, et n'a jamais "mis en doute la capacité de ce groupe d'exercer son jugement ". M. Michaud sait très bien que la majorité des néo-Québécois et des Anglo-Québécois sont fédéralistes et non souverainistes et que c'est leur droit de l'être, de choisir le Canada, de même qu'il sait très bien que "les circonscriptions québécoises de majorité de langue française /ont voté/ à 60 % pour le "oui" et 40 % pour le "non". " (Paroles d'un homme libre, p. 32).

Quant à la folle extrapolation de madame Alexandra Szacka, à savoir que M. Michaud espérerait exclure du prochain référendum tout groupe reconnu pour avoir voté non en 1995, c'est d'une telle absurdité que vaut mieux laisser choir.

Enfin, aurait-il, comme Michel Venne le prétend, insinué que les communautés ethniques ayant voté non soient anti-québécoises et anti-démocratiques?  Non, pas du tout. D'abord, l'épithète "antiquébécois" s'adresse uniquement à l'organisme B'nai Brith et non à ceux et celles qui votent contre la souveraineté. Ce que M. Michaud trouve peu démocratique (et non anti-démocratique), c'est précisément un vote monolithique à 100%. Il l'a dit et répété, d'ailleurs:

"La démocratie doit reposer sur un certain équilibre des forces et des opinions qui sous-tendent le débat public." (Paroles…, p. 32)
"Des votes massifs à 100 %, sans l'ombre d'une dissidence, d'une provenance ou d'une autre, ne me paraissent pas être une bonne indication du fonctionnement démocratique. Il y a des clivages dans notre société, des lignes de fracture qui doivent être nommées si l'on veut créer les ponts qui permettront la poursuite commune des meilleurs intérêts du Québec. C'est un exercice difficile, j'en conviens. Périlleux même, je puis en témoigner dans les moments difficiles que je traverse." (Lettre à Lucien Bouchard, 31 décembre 2000)

M. Michaud veut donc simplement qu'on étudie ce phénomène de vote monolithique qui, dit-il, n'est pas normal dans une société démocratique. C'est un phénomène sociologique, politique, anthropologique qui doit être étudié - donc d'abord nommé - pour permettre la compréhension et le dialogue.

Sur les soi-disant reproches d'intolérance qu'il leur aurait faits, voir plus bas, au point 6.
 


4. Le vote ethnique: constat et non blâme
 

Le "crime" de M. Michaud:


Les accusations portées contre lui:

Réponse à ces accusations

Réglons d'abord l'énormité prononcée par le Chef de l'Opposition à l'assemblée nationale, M. Jean Charest.  "… parce qu'ils sont juifs, grecs, italiens, anglophones, parce qu'ils habitent Côte-St-Luc…" - M. Michaud n'a jamais identifié qui que ce soit ni quelque groupe que ce soit nulle part, et il a parlé de votes ethniques, et non DU vote ethnique. Aux Etats généraux sur la langue française, il a précisé à Madame Lopez qu'il parlait DES votes ethniques et non de LES votes ethniques; plus précisément et essentiellement, il a relevé le fait d'un vote monolithique (à 100%) contre la souveraineté dans certaines sections de vote de quelques municipalités, et on sait pourquoi il l'a fait. (Voir le point précédent.) Alors, M. Charest a versé dans la plus basse politicaillerie en faisant pareille affirmation, qui n'a rien à voir avec les dires de M. Michaud, et  en ayant, en plus, eu le front d'affirmer que M. Michaud lancerait comme message que "ces gens sont "coupables d'un quelconque délit de citoyenneté" parce qu'ils refusent de souscrire à une démarche politique ".

Quant aux soi-disant sarcasmes dont M. Michaud aurait emballé ses dires ("boul. Ariel-Sharon"), dixit Mario Roy, il a précisé, aux Etats généraux, que c'était évidemment "un peu satirique, en boutade un peu " qu'il disait cela, mais face à une telle exagération (changer le nom de la station de métro Lionel-Groulx par celui d'Itzrak Rabin), il y avait de quoi l'être un peu.

Abordons maintenant le soi-disant blâme et non le simple constat. M. Michaud lui-même a déjà fait là-dessus des mises au point, et ce, à plusieurs reprises. Mais, décidément, il y a refus d'examiner puisque personne n'y revient ni ne relève! Alors relevons.

Dans ses "Paroles d'un homme libre", à la page 32 (encore et toujours elle! seulement elle!), il écrit: "Le constater, le dire, voire le regretter, n'est pas une infamie quoi qu'en pensent et quoi qu'en disent les zélotes du discours "politiquement correct". Une telle unanimité ne me paraît pas saine et n'est guère susceptible de favoriser une meilleure entente entre des citoyens qui devront bien apprendre à vivre ensemble avec leurs divergences et leurs confrontations, mais sans haine et sans rejet de l'autre. "

N'est-ce pas suffisamment clair? Relevons à nouveau, pour plus de sécurité. Dans sa lettre au premier ministre Lucien Bouchard (31 décembre 2000), il écrit: "En français, une "ethnie" se définit par la langue qu'elle parle. Au Québec, le canon du discours de la rectitude politique interdit de prononcer ce mot sacrilège. Humaniste, démocrate et amant comme vous des dictionnaires et des lettres, je crois que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit, ce qui se traduit dans le domaine politique par l'irréfragable droit de tous les citoyens du Québec de se prononcer comme ils l'entendent lorsqu'ils sont appelés à exercer leurs suffrages. Cela ne contredit pas mon propre droit de citoyen, libre de ses opinions, de faire le constat, suite à l'analyse d'un vote massif et à 100 % contre la souveraineté du Québec dans un secteur donné de Montréal, qu'il y eut un vote linguistique contre le projet souverainiste québécois. Le constater, le dire, regretter qu'il en soit ainsi, n'est pas une infamie. Des votes massifs à 100 %, sans l'ombre d'une dissidence, d'une provenance ou d'une autre, ne me paraissent pas être une bonne indication du fonctionnement démocratique. Il y a des clivages dans notre société, des lignes de fracture qui doivent être nommées si l'on veut créer les ponts qui permettront la poursuite commune des meilleurs intérêts du Québec."

Michel Rioux, dans sa "Lettre d'un souverainiste à un honnête homme" (il s'agit de Norman Spector), datée du 4 janvier 2001, écrit que "lorsque, par un fait qui ne relève pas du hasard, 2375 votes contre zéro s'expriment du même bord, ce n'est pas faire preuve d'intolérance ou de manque de respect envers ces voteurs aussi unanimes que quelques questions puissent être posées. Des questions qui s'adressent bien sûr à nous aussi, souverainistes, qui n'avons pas su trouver les arguments pour briser ce monolithisme opaque."

- Remarquons que M. Michaud n'a fait, ni dit, ni écrit rien d'autre.
 


5. Les communautés ethniques, responsables de l'échec référendaire?
 

Le "crime" de M. Michaud:


Les accusations portées contre lui:


Réponse à ces accusations

Elle est bien facile et bien simple. D'abord, M. Michaud n'a jamais écrit ou dit une telle chose, et j'ai montré, au point précédent, qu'il n'avait pas blâmé ce vote. Par ailleurs, il a souligné et relevé à plusieurs reprises que le vote des Québécois francophones était partagé. Il l'a écrit noir sur blanc dans ses "Paroles d'un homme libre ", page 32, et il l'a aussi mentionné lors de son intervention aux Etats généraux sur la langue française.

Relever un vote francophone de 60-40 et de 55-45 nous mène-t-il à déduire que cela signifie que l'échec du oui est dû aux communautés québécoises autres que francophones? Faire une telle déduction relève, encore une fois, de l'abus et du pur sophisme.
 
 


6. Les communautés ethniques, intolérantes?
 

Le "crime" de M. Michaud:


Les accusations portées contre lui:


Réponse à ces accusations

Réglons d'abord les accusations 2 et 4. J'ai déjà largement démontré que M. Michaud n'a jamais, ni nulle part, "fustigé" qui que ce soit ni remis en question le droit de quiconque de voter comme il l'entend. Bien au contraire, nous avons plusieurs preuves de cette reconnaissance, dont cet extrait de sa lettre du 31 décembre à Lucien Bouchard:  "Humaniste, démocrate et amant comme vous des dictionnaires et des lettres, je crois que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit, ce qui se traduit dans le domaine politique par l'irréfragable droit de tous les citoyens du Québec de se prononcer comme ils l'entendent lorsqu'ils sont appelés à exercer leurs suffrages."

Nulle part, M. Michaud n'a reproché à des gens d'avoir voté contre la souveraineté du Québec ou en faveur du Canada. Par contre, il a bien utilisé, sur les ondes de CKAC, l'expression "Intolérance 0". Mais avant de clamer haut et fort que cela se traduit par "tous les néo-Québécois qui votent contre la souveraineté sont intolérants", il faut replacer cet "Intolérance 0" dans son contexte. Or, ce dernier est le constat de l'existence d'un vote monolithique, et c'est précisément dans ce vote monolithique qu'il y a, dit et a dit M. Michaud, une "tolérance 0" au projet souverainiste, comme la loi fait preuve d'une "tolérance 0" face à l'alcool au volant.

Il a déjà été dit et souligné que des clivages existent dans notre société, des clivages qu'il faut avoir le courage de nommer pour permettre une réelle ouverture, pour, comme l'a écrit M. Michaud à Lucien Bouchard, "créer les ponts qui permettront la poursuite commune des meilleurs intérêts du Québec."

Ce que M. Michaud appelle donc de la "tolérance 0", c'est lorsque des communautés, ne parlant pas ou ne comprenant pas notre langue,  s'excluent elles-mêmes de toute forme de participation aux valeurs de la société québécoise de langue française et forment des sortes de ghettos favorisant l'exclusion, voire même l'auto-exclusion, et la fermeture, avec comme résultat que les citoyens ne s'adressent pas la parole. Montréalais vivant à Snowdon, M. Michaud est très sensible à tous ces murs linguistiques qui font barrage à l'ouverture  des communautés les unes aux autres. Selon lui, nous n'en sortirons que si nous avons le courage de dire et de nommer les choses, et non de les gommer ou de les occulter au nom de la rectitude politique qui interdit, entre autres, de prononcer le mot "ethnique".
 


7. Sur la soi-disant banalisation de l'Holocauste et la soi-disant comparaison des souffrances juives (leur soi-disant "quantification", selon le mot de M. Bouchard)
 

Le "crime" de M. Michaud:


Les accusations portées contre lui:

Notons que toute cette histoire de banalisation de l'Holocauste est partie de Robert Libman, président du B'nai Brith, qui, suite à cette entrevue, a demandé à Lucien Bouchard de bloquer la candidature de M. Michaud dans Mercier "parce qu'il aurait insinué  que les juifs relativisent la souffrance des autres peuples" (Alexandre Sirois, La Presse, 14 décembre 2000) ) et, selon Robert Libman lui-même, dans une lettre adressée à M. François Tremblay, "pour ses paroles extrêmement insensibles". (Réf.)
 

Réponse à ces accusations

En ce qui concerne ce qu'a dit le futur Premier Ministre du Québec, Bernard Landry, à savoir que M. Michaud aurait "fait une erreur monstrueuse en banalisant l'Holocauste", en le "niant dans son exceptionnalité", M. Michaud l'a lui-même souligné dès le départ de toute cette affaire: il a simplement dit que ce peuple n'était pas le seul à avoir souffert dans l'histoire. De là à conclure, comme le fait M. Landry, que c'est NIER l'Holocauste dans son exceptionnalité et commettre une "erreur historique monstrueuse", il y a un pas à ne pas franchir mais que notre futur Premier Ministre a franchi allègrement et bien légèrement, comme lorsqu'il a parlé d'un désormais célèbre "bout de chiffon rouge". Voilà, comme tout le reste, une autre extrapolation abusive, enflée, gonflée et sans allure. Toutes les réponses suivantes expliquent la monstruosité des dires de M. Landry.

Quant aux beaux mots de "quantification" et de "comparaison" de notre cher Lucien, je mets quiconque au défi de trouver où M. Michaud aurait fait l'une ou l'autre. On pourra toujours invoquer le fait, véridique, qu'il ait nommé les peuples arménien, palestinien et rwandais comme étant des peuples ayant souffert ou souffrant encore. Mais dans ce simple énoncé, où se trouve la quantification ou la comparaison? Cherchez, M. le Juge! - Nous voici encore, et toujours, dans les aabusives et fausses extrapolations.

Mais notre Lucien aurait-il enfin raison en affirmant que M. Michaud aurait eu "des expressions d'impatience à l'endroit des juifs"? (Il faut entendre, par là, tous les juifs).  - Mais non, encore une fois! M. Michaud a effectivement manifesté de l'impatience, mais uniquement à l'égard de certains juifs qui, justement, ne peuvent souffrir, ne peuvent tolérer que l'on puisse invoquer autre chose que la Shoah comme crime contre un peuple. C'est le cas, en particulier, du B'nai Brith qui est, en fait, à l'origine de toute cette "affaire Michaud".

Rappelons, ici, ce qu'a écrit Pierre Foglia, le 16 décembre dernier:  "On l'accuse de banalisation. Chaque fois que quelqu'un parlant du massacre des Arméniens, des Tutsis, des Palestiniens, des Cambodgiens, chaque fois que quelqu'un a le mauvais goût, ou l'incongruité, ou l'innocence d'évoquer la Shoah, ou seulement d'employer le mot "génocide", le voilà accusé de banaliser la Shoah. Un débat récurrent qui ne fait pas l'unanimité parmi les juifs. Il y a des juifs qui trouvent indécente "cette concurrence de victimes". Les plus nombreux, il est vrai, défendent l'unicité absolue de la Shoah et perçoivent comme une banalisation de leurs souffrances toute évocation ou comparaison avec la souffrance des autres. Mais je répète, j'insiste: un débat récurrent. Un débat. Pas quelque chose d'unanimement partagé et ressenti comme l'est l'horreur même de la Shoah, par exemple."

Selon le B'nai Brith, M. Michaud, du seul fait d'avoir osé dire que d'autres peuples ont aussi souffert, se serait montré  "insensible" à la souffrance du peuple juif… - Autre extrapolation abusive et non fondée.

Accusation 4, venant encore de Lucien Bouchard: M. Michaud aurait "reproché (sic) aux juifs d'être traumatisés par l'Holocauste"… - Encore là, l'extrapolation est tellement évidente qu'il est inutile de revenir là-dessus.

Accusation 5, toujours de Lucien Bouchard: M. Michaud aurait décidé qu'on devait se poser la question de savoir si les juifs ont raison. - Eh! bien là-dessus, accordons à M. Bouchard qu'il n'a pas entièrement tort! Pour une fois, une parcelle de vérité, même si elle est bien minime, sort de sa bouche! Oui, il faut se poser la question, mais celle-ci est à nuancer fortement. Il faut se demander si certains juifs ont raison d'être si intolérants face à la critique ou face à l'évocation de la souffrance d'autres peuples. C'est là-dessus que doit, et devrait, et devra porter une partie du vrai débat découlant nécessairement de toute cette incroyable affaire dans laquelle, finalement, on a transformé une toute petite souris en un énorme et gigantesque mammouth.
 

Complément: un texte de John Hogan sur la banalisation de l'Holocauste


8. Note sur le racisme
 
"Les Noirs de Harlem sont racistes, puisqu'ils regardent de travers les Blancs qui s'y aventurent "…
Dire du B'nai Brith, un organisme juif, qu'il est extrémiste ou qu'il fait preuve, parfois,  d'intolérance, c'est être antisémite
Relever l'existence d'un vote linguistique (ou ethnique) monolithique, c'est être anti-ethnique
Dire qu'il existe un peuple canadien-français, ou juif, ou arabe, ou chinois, c'est être ethnique


Ça va faire, l'abus des mots!
Ça va faire, les conclusions hâtives et injustifiées!
Ça va faire, les extrapolations à tout venant!
Ça va faire, les interprétations abusives!

Suivons le conseil de M. Bouchard (conseil qu'il n'applique même pas à lui-même, mais enfin, passons) et consultons le ou les dictionnaires avant de s'aventurer dans les grandes déclarations et les grandes condamnations à l'emporte-pièce. Le mien est le Petit Robert, édition 1995.

Pour être raciste, il faut prôner la théorie de la hiérarchie des races et conclure à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. Utilisé abusivement, le mot racisme signifie "hostilité violente contre un groupe social". (En fait, ce sens abusif devrait être remplacé par "anti-ethnique", puisque c'est exactement ce qu'il signifie ou veut signifier.)

L'antisémitisme est un "racisme dirigé contre les Juifs". Pour être antisémite, il faut donc prôner l'infériorité des Juifs et la nécessité de les dominer ou,  encore, se montrer violemment hostile contre les Juifs.

On fait un large abus de ces termes en les utilisant à qui mieux-mieux et à propos d'un peu n'importe quoi. En tout cas, M. Michaud n'a jamais, ni nulle part, fait preuve de racisme, d'antisémitisme ou d'"anti-ethnicité ". Rappelons, pour terminer, ce qu'il a écrit à Lucien Bouchard, le 31 décembre dernier:

"En français normatif, une "ethnie" se définit par la langue qu'elle parle. Au Québec, le canon du discours de la rectitude politique interdit de prononcer ce mot sacrilège. Humaniste, démocrate et amant comme vous des dictionnaires et des lettres, je crois que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit, ce qui se traduit dans le domaine politique par l'irréfragable droit de tous les citoyens du Québec de se prononcer comme ils l'entendent lorsqu'ils sont appelés à exercer leurs suffrages. Cela ne contredit pas mon propre droit de citoyen libre de mes opinions, de faire le constat suite à l'analyse d'un vote massif et à 100% contre la souveraineté du Québec dans un secteur donné de Montréal, qu'il y eut un vote linguistique contre  le projet souverainiste québécois. Le constater, le dire, regretter qu'il en soit ainsi, n'est pas une infamie. Des votes massifs à 100%, sans l'ombre d'une dissidence, d'une provenance ou d'une autre, ne me paraissent pas être une bonne indication du fonctionnement démocratique. Il y a des clivages dans notre société, des lignes de fracture qui doivent être nommées si l'on veut créer les ponts qui permettront la poursuite commune des meilleurs intérêts du Québec. C'est un exercice difficile, j'en conviens. Périlleux même, je puis en témoigner dans les moments difficiles que je traverse. Je paye le prix fort ma liberté d'expression face à une censure  et un bête discours de rectitude politique qui  n'ont jamais favorisé le progrès des sociétés."

 
 
Suite: "Pour rendre justice et honneur à Yves Michaud (3): Honte à..."

 
 
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