Une autre gifle (AGQ, 15 décembre 2000)
Le sort qu'a réservé la députation du Parti québécois à l'endroit d'Yves Michaud est une honte. Le Premier ministre et sa suite ne veulent pas de ce libre-penseur dans leur rang et ils ont pris les mesures en conséquence. Le procédé est simple et l'occasion était trop belle: en critiquant les actions politiques des groupes de pression issus de la communauté juive, il aura suffi de prêter des intentions antisémites à celui qui a osé dire la vérité.
Le procédé est connu, toutes les personnes qui critiquent de près ou de loin les interventions politiques des organismes juifs sont immédiatement taxées de néo-nazies. Le racisme virulent du B'Nai Brith à l'endroit des francophones du Québec et le silence complaisant du Congrès Juif Canadien ne doivent jamais être dénoncés. Rappelons que le B'Nai Brith est le principal promoteur international de l'idée que les Québécois sont des anti-sémites, voire des nazis en puissance, comme le reprennent abondamment les journaux xénophobes du Canada-Anglais. C'est cet organisme qui s'évertue à accréditer cette thèse.
Ce n'est pas parce qu'une minuscule secte moyenâgeuse, dont les membres ne peuvent débarrer leur voiture le dimanche sur ordre de Dieu, ou qu'un groupe politique extrémiste intègre le mot juif à sa dénomination, qu'ils sont automatiquement empreints d'une virginité morale; le racisme a tout à voir avec l'individu lui-même et l'appartenance à une religion n'y change pas grand-chose.
Les Québécois francophones ont le droit de critiquer les organisations politiques dont l'objectif est la folklorisation de leur culture. Le B'Nai Brith, et son aversion envers les francophones, fait partie de ces groupes et ce n'est pas la victimisation systématique et à outrance dans laquelle se complait cette communauté à travers le monde qui devrait nous faire taire. Si leur survie culturelle, et essentiellement anglophone au Québec, est importante, la nôtre aussi.
Que la communauté juive entretienne la confusion entre politique et religion, c'est son affaire, mais ce n'est pas le cas du mouvement souverainiste. L'intervention d'Yves Michaud n'a rien à voir avec les croyances religieuses mais plutôt avec l'action politique anti-québécoise d'un organisme pseudo-religieux.
Mais cela, Lucien Bouchard le sait. Profitant de l'opportunisme de Charest, qui tente de reprendre le coup de l'affaire Parizeau, Bouchard en profite pour enfiler son pire excès de démagogie, et cela afin de se débarrasser d'un député qui lui ferait ombrage.
Il a été bien appuyé pour cette sale besogne, notre premier ministre et leader du mouvement souverainiste. Bernard Landry a accusé à mots couverts Yves Michaud de négationniste et son échotier, Sylvain Simard, l'a répété, affirmant, en plus, que jamais il ne siègerait aux côtés d'Yves Michaud. Quant à Madame Malavoy, toujours aussi efficace dans son insignifiance, elle prépare le terrain afin que l'empereur bloque de la manière la plus harmonieuse possible les chances du renégat de devenir député, en lui permettant de trancher sans discussion lors du Conseil exécutif national.
La lâcheté en politique prend tout son sens avec cette affaire. Les dicktats du Premier ministre sont scrupuleusement observés.
C'est troublant. D'abord, par l'interdit que le gouvernement décrète
de facto concernant toute discussion mettant en cause un groupe anti-québécois
et extrémiste. Ensuite, et c'est le plus dramatique, parce que ce qui émane
du mouvement souverainiste indispose de plus en plus visiblement le Premier
ministre.
Combien de gifles devrons-nous recevoir pour le réaliser ?
Capables d'en prendre, mais pas cela (AGQ#12571, 18 décembre 2000)
Yves Michaud a décidé d'aller jusqu'au bout, fort d'un appui massif de la part des militants et de plusieurs organisations souverainistes. Il va obliger l'aile parlementaire du Parti québécois à se mouiller quant à la signification de la motion qu'elle a appuyée. C'est l'objectif qu'il poursuit. Loin de s'épargner un débat sur le rôle que jouent des organisations juives concernant la question nationale, il faudra bien que les élus s'expliquent devant la population québécoise et nous disent en quoi il faut se taire lorsque des organismes et des individus de cette communauté se servent de leur appartenance religieuse pour accuser la majorité des francophones, ceux qui votent pour le OUI, de nazisme.
À moins, bien sûr, que les députés se rétractent sur ordre du Premier ministre. Mais alors, cela n'empêchera pas la nécessité de s'expliquer sur l'interprétation erronée qu'ils ont prêtée aux mêmes propos du même homme. Les groupes de pression qui se sont dits satisfaits de la motion n'hésiteront pas à crier à l'antisémitisme. Mais qu'en est-il au juste de ces groupes de pression?
D'abord, il faut admettre que, si la volonté de se doter d'un pays soulève les passions chez les souverainistes, il en va de même chez ceux qui veulent conserver le Canada comme il est. Il est impensable que les adversaires demeurent les bras croisés et qu'aucun excès ne survienne. Notre projet est immense, nous l'oublions trop souvent.
La minorité anglophone du Québec est disparate, loin d'être homogène. Elle est incapable de s'organiser politiquement et est minorisée à l'intérieur même du parti qui la représente à l'Assemblée nationale. Les anglophones du Québec votent peut-être en très grande majorité contre la souveraineté, mais c'est à peu près le seul lien commun qui les distingue, à part la langue. C'est une minorité extrêmement diversifiée, impossible à mobiliser. Pour attirer l'attention, ils en sont réduits à des frasques médiatisées à l'extrême, comme l'affaire Michaud.
En fait, à l'intérieur de la minorité anglophone, c'est la communautés juive qui est la mieux organisée, la plus cohérente et celle capable le mieux de sécréter des politiciens ou des individus en mesure de défendre une cause culturelle avec opiniâtreté. Cela explique le nombre important de leaders d'opinion, quant à la question nationale, issus de cette communauté.
Malheureusement, ces leaders et organisations utilisent l'amalgame pour arriver à leur fin. Alors qu'ailleurs, en Europe et aux États-Unis, ces groupes brandissent le spectre de l'antisémitisme pour tenter de faire taire ceux qui critiquent Israël, ici on utilise la même méthode de dénonciation envers la souveraineté, cette dernière devenant antisémite par définition. Les organisations juives impliquées se transforment alors en groupes de pression spécialisés, entre autres dans la dénonciation du nationalisme québécois, et utilisent à cette fin les arguments propres à la défense du sionisme mondial. Mais en réalité, ce sont d'abord des anglophones, utilisant le procédé de l'éternelle victime juive, afin de combattre le projet souverainiste et l'affirmation nationale sous toutes ces formes. L'objectif est la folklorisation.
Il s'agit d'une stratégie d'action, et les membres de la communauté juive savent très bien qu'il n'y a aucun sentiment antisémite au Québec. Pour dire la vérité, les Québécois ne se préoccupent plus de la religion du voisin depuis très longtemps.
Ce débat semble irréel, complètement déphasé par rapport à l'époque. Ce qui provoque la colère des souverainistes, ce n'est pas vraiment les tactiques de culpabilisation des organisations pseudo-religieuses juives, c'est l'aplaventrisme de l'Assemblée nationale devant un adversaire coriace et démagogue.
Les souverainistes sont capables d'en prendre, mais pas cela.
Ces textes sont disponibles sur le site web VIGILE
http://www.vigile.net/
Dossier "L'affaire Michaud", Les défenseurs.