John Hogan et la banalisation de l'Holocauste



Qui banalise l'Holocauste? (20 décembre 2000)

Le débat s'enlise, à chaque développement, les choses deviennent de plus en plus confuses. La déclaration de Lucien Bouchard, hier, pour justifier l'action du gouvernement dans l'affaire Michaud, ne fait pas exception.

Incapable de préciser quels sont les propos reprochés à Yves Michaud, le Premier ministre y est allé d'une description morbide et détaillée des souffrances vécues par les victimes du génocide. Le procédé est honteux, ce ne sont plus les propos qui sont en cause mais ce qui se cache derrière et n'a pas été dit. Voir tous ces politiciens demander à M. Michaud de retirer ses paroles devient une mascarade.

M. Bouchard est obligé de transformer les déclarations aussi fautives que furtives en un procès d'intention. La description macabre du PM n'avait d'autre objectif que de sous-entendre que le condamné niait la souffrance des victimes de l'Holocauste.

Il est accusé de banaliser l'Holocauste, mais qui sont ceux qui vraiment banalisent cette horreur? Le B'Nai Brith et consorts s'en servent à tout vent, en associant la souveraineté du Québec à un projet nazi. Ils défilent dans les rues avec une immense photo de prisonniers de camps de concentration, laissant entendre que c'est ce qui attend les Juifs du Québec. Ils traquent une  personne aussi inoffensive que le crooner Fernand Gignac parce qu'entre deux histoires de Newfies, il y en a une mettant en vedette un Juif. À ce compte, les francophones québécois devraient se doter d'un régiment entier pour traquer ce qui se dit aux Canada-anglais à leur sujet.

Concernant toujours cette fameuse banalisation, le Premier ministre est bel et bien en train de se servir de l'Holocauste pour couvrir une décision hautement politique, celle d'empêcher Yves Michaud de devenir député. Si cela n'est pas une banalisation, qu'est-ce que c'est?

C'est par l'utilisation à des fins politiques, comme le font le B'Nai Brith et Lucien Bouchard, que l'Holocauste se banalise, pas par les propos d'Yves Michaud.

D'ailleurs, il n'y a rien de nouveau; lorsque Raymond Aaron a commencé à parler des 20 millions de Soviétiques morts dans les camps de travail, tout comme dans le cas d'Yves Michaud, des représentants d'organisations militantes juives se sont empressés de crier à l'antisémitisme sous prétexte d'une volonté de banaliser. Il s'agissait, là aussi, d'une utilisation politique de l'Holocauste.

Mais les temps changent, cette exclusivité de la souffrance, qui s'apparente de plus en plus à de l'arrogance, est contestée par des membres éminents des communautés juives à travers le monde. Le sionisme n'est plus inconditionnel, Israël n'est plus une cause, il est devenu un pays avec tout ce que cela comporte de responsabilités. Les signataires d'une lettre écrite au président Américain pour qu'il intercède auprès d'Israël en faveur des Palestiniens, et dont les noms sont reproduits plus bas, témoignent d'un changement profond des mentalités et d'une ouverture sans précédent.

Mais la vraie question: Comment se fait-il que le mouvement souverainiste, le Gouvernement du Québec et la communauté juive soient aux prises avec ce débat inextricable?

Il y a un abcès à crever. Ce n'est pas vrai que les Québécois sont insensibles aux mépris injustifiables, frôlant la xénophobie, que manifestent le B'Nai Brith et d'autres aussi. Chaque fois qu'ils le font, ils retournent le couteau dans la plaie. Mais les Québécois sont pacifiques, ils ne savent pas se défendre. Même le Premier ministre exige que celui qui dit son exaspération retire ses paroles, une manière comme une autre d'en redemander. Sans colonne vertébrale, il est impossible de se tenir debout.

Comment peut-on demander aux membres éclairés de la communauté juive de se lever et de dénoncer l'utilisation à des fins politiques de l'Holocauste par des fédéralistes, si le représentant de cette nation est incapable lui-même de se tenir debout pour discuter?

Il est temps d'en finir avec les procès d'intention, comme celui dont nous a gratifié ce sociologue dans Le Devoir, Victor Armony. Il en arrive à la conclusion déroutante que si Michaud ne sait pas ce qu'il dit, lui par contre, il le sait. C'est exactement ce genre d'argumentation que reprend Lucien Bouchard.
 

Texte disponible sur le site web VIGILE
http://www.vigile.net/
Dossier "L'affaire Michaud", Les défenseurs.
 
 
 

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