1) Dossier médical de l'Hôtel-Dieu de Québec: la première phase de
l'inquisition
La qualité des soins donnés par un médecin sera jugée partiellement selon la valeur de ses notes. Le juge ou le jury, ou tous les deux les étudieront. Des notes illisibles, écrites sur des bouts de papier auront un effet adverse dans l'appui au témoignage. Les meilleurs soins médicaux seront discrédités par des notes fausses; l'absence des notes est encore pire.30
Toutes les notes de l'Hôtel-Dieu sont bizarres et inacceptable du point de vue
sémantique, orthographique, syntaxique et logique. Elles ne sont pas écrites mais bien
illisiblement griffonnées sur des bouts de papier. On peut se demander si l'auteur des
notes était dans un état normal ou sous l'effet d'une quelconque drogue. Il faut
vraiment le voir pour le croire!
Ainsi, pour mieux faire comprendre à quelle sorte de «médecins» j'ai eu affaire, je
m'en remettrai à leurs «dossiers» pour illustrer mes remarques quant à leur qualité
intellectuelle, professionnelle et leur sens de la dignité. On doit souligner, et cela,
nous le verrons plus tard, que plus ou moins, tous les médecins impliqués ont agit de
manière semblable.
Voici la première note du dossier de l'Hôtel-Dieu de Québec qui constitue ni plus ni
moins une insulte à l'intelligence de quiconque qui la lit. La note est écrite par le
docteur Jacques Grenier dix jours avant mon internement, lorsque j'habitais à Hamilton.
Ce qui n'est pas clair, c'est le but de cette note mais, de toute évidence, son dessein
était malveillant. On peut se demander pourquoi le docteur Grenier a appelé le docteur
Roy plutôt que de me contacter à Hamilton, soit mon domicile de l'époque. La note est
écrite sur un bout de papier de 4.25 X 5.5 pouces exactement et se lit comme suit:
«2-XI-7131
appel au docteur Louis Roy - de S. M. A. (abréviation pour l'Hôpital
Saint-Michel-Archange) qui conseille (à l'épouse de faire appel à la police - à la
cour - aux juges....» (pas de signature). (Voir Pièce No
06: Copie originale de la note).
* * * * *
Pièce No 07: Communication (complot) entre Dionne et
Hudon:
Il est extrêmement difficile de déchiffrer cette note qui est encore écrite sur un
petit bout de papier. On y retrouve mon nom, le numéro de téléphone du docteur Louis
Dionne à l'époque et les mots:
«Dionne appellera R-V. Demain matin au docteur Hudon».
Il n'y a pas de date mais implicitement, on peut comprendre quelle a été écrite à la
veille de mon internement. La note semble insignifiante mais le nom du docteur Dionne
revêt une grande importance. C'est un vil personnage qui, en me tendant un piège de
manière insidieuse, va contribuer à la destruction de ma vie personnelle,
professionnelle et familiale.
* * * * *
La note suivant (voir Pièce No 08: Note de
l'Hôtel-Dieu) se lit:
DOULEUR D'ESTOMAC.
Patient de 49 ans se présentant pour douleurs abdominales hautes soulagées par
l'alimentation et apparaissent fréquemment quelques heures après repas. Pas de
diarrhée. Un peu de constipation. Épisode de mélena il y a 2 ans pour lequel il y eu
diagnostic de ulcère duodénal au Centre hospitalier de l'Université Laval. La
symptomatologie dure depuis bientôt dix ans.
Ces derniers jours le patient a noté une certaine exacerbation des symptômes sans
toutefois d'épisode de mélena ou l'hématémèse.
(Pas de signature)
Note de l'auteur: Dans cette note, un passage en particulier indique que ce
personnage n'est pas tout à fait sain d'esprit. Regardez, il écrit «... mélena il y a
2 ans...» et dans la phrase suivante note «... dure depuis bientôt dix ans...». Même
l'adresse griffonnée est fausse (À l'époque j'habitais à Hamilton, Ontario). Dans le Code
de déontologie, le Règlement concernant la tenue des dossiers est clair au sujet de
cette question: «Le médecin doit insérer au dossier médical qu'il a constitué, les
renseignements, les observations et les documents suffisants pour décrire clairement
l'identité du patient, notamment ses nom, prénom, sexe, date de naissance et adresse, et
ce, à l'occasion de chaque consultation.».
Je ne crois pas que la note aie été écrite par un médecin mais les autorités de
l'Hôtel-Dieu, elles, ont produit cette note comme faisant partie du dossier et comme
étant écrite par un médecin. Pour cette raison, je vais traiter cette note de même que
les autres qui figurent dans mon dossier comme étant des documents officiels. En fait,
toutes les notes de l'Hôtel-Dieu me concernant sont étonnantes du point de vue médical
et du sens commun. J'espère bien que le lecteur en tirera la même conclusion.
Le «docteur» poursuit:
Patient vu; Va assez bien du coté digestif. Le patient ne veut absolument pas
demeurer à l'hôpital. Il devrait, selon la psych (sic) être hospitalisé pour
traitement de paranoïa? Exigeons que le patient soit vu par la psychiatrie et afin de
l'hospitaliser si nécessaire.
Patient vu par le docteur Dufour.
A. Hudon m.d.
Note de l'auteur: C'est une note singulière sur le plan logique. Si j'étais
«bien du coté digestif», pourquoi devrais-je «demeurer à l'hôpital?» Puis, dans la
phrase suivante, il dit que «selon la psych», je devrais «être hospitalisé pour
traitement de paranoïa». Cependant, il n'est pas claire qui est «la psych» et comment
elle a fait la conclusion que je doive «être hospitalisé pour traitement de
paranoïa». Pas un mot sur des signes ou symptômes de paranoïa. Ensuite, il «exige»
que je sois vu par la psychiatrie afin de me faire «hospitaliser si nécessaire». Tous
ces mots sont écrits dans le plus grand désordre. La logique nous donne les règles
auxquelles nous devons nous soumettre, à défaut de quoi, notre conversation peut être
complètement dénuée de sens. Ou, comme le professeur Gilbert Ryle32 écrit, les
idiots s'expriment à la manière des idiots et ils ne peuvent que bredouiller comme des
perroquets.
* * * * *
Pièce No 09: Note de l'Hôtel-Dieu.
Il s'agit d'une note d'évolution de la maladie. Il est à se demander s'il ne s'agit pas
plutôt de la maladie du docteur que celle du patient. En tout cas, elle mérite d'être
lue:
NOTES D'ÉVOLUTION DE LA MALADIE:
Le patient a été vu par le docteur Jacques Dufour qui voulait hospitaliser le
patient à l'Hôpital Saint-Michel-Archange; son épouse refuse de faire
interner son mari.
Le patient a refusé le traitement et a quitté l'hôpital sans
autorisation.
André Hudon m.d.
(Souligné par l'auteur).
Note de l'auteur: Voyons donc! Il n'y a pas un mot sur l'évolution de la maladie.
La note a plutôt pour but de détruire complètement ma famille qui était déjà
fragile. Le docteur Jacques Dufour «voulait» me faire hospitaliser (cependant omet de
dire pourquoi); mon épouse refuse de me faire interner; je refuse le traitement.
Pourquoi, dès lors, ne pas refuser le traitement si le psychiatre n'est pas compétent et
honnête? «Le médecin doit s'abstenir d'intervenir dans les affaires personnelles de son
patient sur des sujets qui ne relèvent pas de la compétence médicale...», selon le
Code de déontologie.
Et, le pire symptôme de ma «maladie», je présume, était le fait d'avoir «quitté
l'hôpital sans autorisation»! Ceci démontre que mes droits fondamentaux ont été
lésés avant mon internement, contrairement à la Déclaration canadienne des droits.
Pourquoi avais-je besoin d'autorisation pour quitter l'hôpital? Dans tous les pays
civilisés, les patients peuvent entrer ou sortir d'un hôpital à volonté.
Je concède que mes commentaires sont loin d'être académiques mais comment débattre
avec des gens qui font partie du groupe des homo sapiens et qui n'hésitent pas à faire
ce que même les animaux ne font pas? Certains psychiatres sont en apparence des plus
respectables alors que leurs actions ne mériteraient rien de moins que la prison. Comment
appeler des gens détenteurs de diplômes universitaires, eux qui ne savent même pas
écrire correctement une ou deux phrases? On ne peut que les qualifier d'ignorants,
indignes de pratiquer leur profession et, de là, agissant de façon criminelle.
* * * * *
DEMANDE DE CONSULTATION: (Voir Pièce No 10: Note de
l'Hôtel-Dieu).
Suit une consultation «urgente» qui indique que, en fait, le «traitant» était un
malade.
CONSULTATION: Urgente
Monsieur Psychiatre vous êtes prié d'examiner ce malade actuellement Pt Connu au point
de vue de Opinion psych. Patient ne veut pas se faire hospitalisé.
A. Hudon m.d.
Médecin traitant
Note de l'auteur: La note est comme toutes les autres. D'une qualité
orthographique pitoyable, elle soulève beaucoup plus de questions qu'elle ne donne de
réponses. Pourquoi cette «consultation urgente»? De qui étais-je «connu» et de quel
«point de vue»? Pourquoi le docteur voulait-il me faire hospitaliser? Si j'ai refusé de
me «faire hospitaliser», quelle était ma raison? Évidemment, ce «monsieur» abusait
de la situation à l'extrême.
......
Sur la même feuille de la demande de consultation est écrit le «rapport» suivant (Pièce No 11: Note de l'Hôtel-Dieu), qui se lit:
12-11-71: Le docteur Delev, un schizo-paranoide (sic) non coopératif, connu du
docteur Grenier qui a déjà fait envoyer l'histoire à Saint-Michel-Archange, est amené
à l'urgence par le Dr Luc Dionne pour évaluation psychiatrique et investigation
gastro-duodénale (ulcus?)
Délirant, paranoide, a menacé de tuer sa femme avec une hache, halluciné, méfiant...
Non coopératif.
Dx Schizo-paranoide33
Danger d'homicide
Recommandation: internement.
(Pas de signature)34
Note de l'auteur: En fait, le rapport est le miroir exact de la «demande de
consultation». Le «spécialiste consulté», dont nous ignorons le nom, recommande
l'internement sous prétexte que je suis «un schizo-paranoïde non coopératif» connu du
docteur Grenier lequel est déjà censé avoir rédigé l'histoire du cas. Il est évident
que le «spécialiste» ne fit aucun examen. Il présume que j'aurais été «connu du
docteur Grenier». Il est pourtant prouvé que le docteur Grenier ne m'a pas connu avant
mon internement (lire sa Déclaration hors-cour),
De plus, l'évaluation, rédigée deux heures plus tard à l'Hôpital
Saint-Michel-Archange, s'écarte largement de l'avis du «spécialiste consulté» (lire la note par l'étudiant Jacques Boucher, du 12-11-1971, Pièce No 16).
L'élément le plus étrange de cette histoire est certes l'apparition soudaine de ce
diagnostic inexistant35.
Le médecin ne fournit aucune explication sur l'origine de «schizo-paranoide». Énoncés
sans aucune explication, les termes «non coopératif», «délirant», «paranoïde»,
«a menacé de tuer sa femme», «halluciné», «méfiant»..., ne signifient absolument
rien. Il est, en effet, nécessaire d'expliquer et de transcrire tous les mots en détail,
surtout lorsqu'il s'agit d'interner un patient.
De plus, selon le "Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders"
(DSM-III-R), il faut au moins six mois avant qu'un psychiatre ne puisse poser un
diagnostic de schizophrénie.36
* * * * *
Observations de l'infirmière:
(Voir Pièce No 12: Observations de l'infirmière).
12-11-71 à 10:15 heures: Arrivée du patient sur pied à urgence - se présente
pour douleur épigastrique. TA: 130/80; Pouls 80;37 Respiration: 20/minute. Appel au docteur
Dionne. Vu en psychiatrie.
(Pas de signature)
Note de l'auteur: Les observations de l'infirmière ne montrent rien de bien
spécial sauf qu'il y est noté un «appel au docteur Dionne» et «pour douleur
épigastrique» «Vu en psychiatrie». Nous pouvons remarquer que les communications avec
le docteur Dionne sont bien amorcées. Aucune explication sur leur raison d'être. Plus
tard, cependant, alors que j'étais interné à l'hôpital, et plus tard encore, à la
cour, j'ai appris qu'il travaillait activement depuis longtemps à ruiner ma vie.
Pour réaliser sa diabolique besogne, il n'a pas hésité à faire ce qu'un homme ne doit
jamais faire: mentir en disant qu'il était mon voisin et qu'il était au courant de mes
problèmes familiaux. Ce ne sont là que d'effrontées insinuations. Il n'a jamais été
ni mon voisin ni mon ami. Il n'est jamais venu chez moi! Il n'est même jamais venu me
rendre visite au cours de mon internement. Mais il sera, par contre, un des acteurs
obscurs qui régira mon internement. Ainsi, le jour même de mon internement, alors que je
le suppliais par téléphone de me faire sortir de l'hôpital, il se montra très surpris
quand je lui dis que j'étais examiné par un psychiatre qu'il n'avait pas choisi. Trois
jours après mon internement, alors que j'étais sur le point d'être libéré, il se
livrera à de sales machinations pour que je demeure interné. Même à l'occasion de mon
transfert, il en a été «avisé», ce qui est formellement interdit par le Code de
déontologie (lire le Code, Art. 52, paragraphe. 10).
* * * * *
Suit la note la plus effrayante:
(Voir Pièce No 13: Note de l'Hôtel-Dieu).
(Non datée) Appel du docteur Louis Dionne au docteur Dufour:
lui disant que le docteur Delev l'avait appelé chez lui samedi et qu'au cours de la
conversation, il aurait laissé entendre que «deux couples allaient y goûter» à sa
sortie de Saint-Michel, soit lui-même: docteur Dionne et son épouse ainsi qu'un autre
couple. Le docteur Dionne demande (sic) que le docteur Roy de Saint-Michel-Archange garde
le patient jusqu'à l'arrivée de son frère qui arrivera à Québec en fin de semaine.
Le frère a tenté d'ailleurs d'interner le docteur Delev il y a trois
et demi ans en Yougoslavie.
Signé par: Reine Lord
Note de l'auteur: Je n'arrive pas à comprendre pourquoi cet individu se montre à
ce point intéressé à mon internement. Comme le lecteur peut le remarquer, il apparaît
partout. Il veut m'interner par tous les moyens. Pourquoi? La note soulève quand même
des questions: si mon ex-épouse fut la source de cette note, ce qui est le plus
plausible, pourquoi n'a-t-elle pas communiqué cette information directement, au docteur
Dorion? En d'autres termes, pourquoi utilise-t-il la voie indirecte (Lord - Dufour - Roy -
Dorion) au lieu de transmettre le message directement au docteur Dorion, mon psychiatre
d'alors? Or, aucune trace de cette allégation n'existe dans les notes du docteur Dorion
(lire le dossier). Il se peut qu'elle ne constitue qu'une tromperie de plus. Mon
ex-épouse finira par désavouer cette allégation mais d'autre part, elle a allégué
devant la Cour qu'elle et mon frère ont conspiré pour que je sois emprisonné ou
interné.
Il était pourtant facile de vérifier cette insinuation et de clarifier immédiatement le
rôle du docteur Dionne et celui de mon ex-épouse. Il était également facile et logique
de poser la question à mon ex-épouse: comment se fait-il qu'elle soit venue au Canada,
dans un pays étranger, avec un mari criminel ou mentalement malade!?