Il est difficile de déterminer avec certitude le moment précis où mon épouse a commencé à comploter pour détruire ma vie. Selon un témoignage devant la cour, mon frère et elle, même en Yougoslavie, «ont eu une discussion pour demander à la police de m'emprisonner ou à l'hôpital de m'interner» parce que, selon elle, «ce n'est pas normal de vouloir émigrer au Canada» (sic).
D'autre part, selon la note de l'Hôpital Hôtel-Dieu «le frère a tenté d'ailleurs d'interner le docteur Delev il y a trois ans et demi, en Yougoslavie. À ce qu'il paraît, mon ex-épouse a comploté avec tout le monde, même avec mon frère, durant tout le temps de notre vie conjugale (voir Pièce No 04: correspondance entre mon épouse et mon frère).
Après le scandale avec les marins, je suis reparti pour Hamilton afin de poursuivre mes cours d'anglais sans en être arrivé à une solution définitive. Ma femme, dans les jours qui suivirent, me fit parvenir la lettre qui suit. Cette lettre a été écrite le 21 octobre 1971. La date coïncide avec la mise en route de ses «renseignements» pour me faire interner (trois semaines avant mon internement). Ce n'était qu'un leurre:
Cher Risto,
Je t'écris à la hâte en profitant de l'occasion pour t'expédier ton courrier. Je t'envoie tes choses car tu dois décider si nous sommes capables de payer la bourse universitaire du Canada15 pour Slobodan. D'après moi, c'est trop cher, mais je te laisse le soin de décider. Si est possible, transfère toutes ces choses-ci pour les recevoir toi-même à Hamilton: l'assurance-auto, l'assurance-vie etc; je vais m'occuper seulement du logement, de l'électricité et du téléphone.
Les enfants vont bien. Comment ça va chez toi? Est-ce que tu as trouvé un logement et comment te sens-tu?
Pense à nous. Essaye de penser plus à moi. Sois plus juste et sans égoïsme envers moi et mon amour sera plus grand. N'oublie jamais que je suis au Canada pour toi seulement. Après les derniers événements, je m'efforce de rester saine et habile pour garder les enfants.
Je me suis décidée définitivement à aller demander l'aide de quelques psychologues ou médecins. Plusieurs fois, tu m'as proposé ça mais je n'ai pas accepté ta proposition; maintenant je suis prête. Je crois que tu le feras aussi; il te revient de prendre la décision.
Bien des choses de la part des enfants. Bien des choses de ma part aussi et je t'aime beaucoup,
Vaska
À cette lettre, je répondis que je me réjouissais qu'elle accepte enfin que nous consultions un spécialiste pour tenter de trouver une solution à nos problèmes conjugaux.
Alors que je demeurais à Hamilton, à 900 kilomètres de Québec, selon le témoignage devant le tribunal, le docteur Dionne, «en qualité de médecin et voisin», s'est employé à «organiser tous les contacts avec les psychiatres» afin de me tendre un piège en vue de mon internement, une chose indigne d'un homme honnête.
Le 11 novembre 1971, à l'occasion de l'Armistice, j'avais un congé scolaire de près de quatre jours. J'avais décidé de me rendre à Québec pour voir mes enfants. Le temps était mauvais et mon logeur a tenté de me décourager d'entreprendre ce voyage mais je n'avais pas vu mes enfants depuis plus d'un mois.
En passant près de Kingston, j'ai eu un accident assez grave avec mon auto. Un des pneus arrières a explosé et l'auto a fait plusieurs tonneaux hors de l'autoroute. Heureusement, grâce à la ceinture de sécurité, je n'ai eu que des blessures mineures. Les policiers, venus à mon secours, ont tenté de me convaincre d'aller à l'hôpital et d'y rester quelques jours. Mais, ayant hâte de voir mes enfants, j'ai refusé et pris le premier autobus pour Québec sans me douter de ce que tramait ma femme.
Tout était en ordre. Les enfants, comme toujours, étaient ravis de me voir. Ma femme était exceptionnellement gentille et charmante.
Le lendemain, le 12 novembre, ayant eu deux ans plus tôt des problèmes d'estomac, je décidai de me rendre à l'urgence de l'Hôtel-Dieu pour un examen et une radiographie. Je ne m'attendais pas au piège que m'avaient tendu ma femme et ses amis.
Mon internement avait été organisé à partir de ouï-dire. On verra dans le dossier que presque tout repose sur ce que «madame a dit».
Le même jour qu'elle écrivait la lettre, mon épouse préparait mon internement en donnant «les renseignements» qui suivent.
Les renseignements ont été fournis à mon avocat par le docteur Jacques Grenier, psychiatre de l'Hôtel-Dieu de Québec, comme étant «l'histoire rédigée» par lui-même, codifiée comme «Exhibit G-1», mentionnée et exigée durant l'interrogatoire hors-cour, le 23 août 1974. Il est évident qu'il s'agit d'une inepte supercherie plutôt qu'un document valide car on n'y trouve aucune indication qu'il ait été rédigé par le docteur Grenier. En outre, mon avocat, Me Goulston, a reçu cette «histoire» sans qu'elle ne porte la signature de la personne qui est censée l'avoir préparée, à savoir, l'infirmière Jeanne d'Arc Drouin.
C'est à partir de ces «renseignements» que j'ai été interné pour une période de six mois, sans examen préalable. C'est à partir de ces «renseignements» que j'ai été maltraité de la manière la plus barbare. À l'époque, mon ex-femme ne parlait pas suffisamment le français pour donner tous ces renseignements. Il est donc probable qu'une autre personne ait servi d'intermédiaire (le docteur Louis Dionne, sans doute).
Delev, Risto, 49 ans (14-02-22)
Conjoint: Grcheva Vasilka
273, rue Paquin, Ville Duberger.
527-9271
Renseignements fournis par l'épouse:
- Les époux sont mariés depuis 12 ans (1959).
- Ils s'étaient fréquentés environ 6 mois.
- Monsieur était alors étudiant en médecine. Il a obtenu son doctorat en 1960.
- Les époux étaient âgés 27 et 37 ans.
- Le mari avait commencé à étudier la biologie à 19 ans à Sofia, en Bulgarie.
- À cause de la guerre et de la révolution en Yougoslavie, le mari n'avait pu terminer ses études.
- A fait du service militaire durant plus ou moins six ans.16
- Après sa démobilisation en '46-'47, il a commencé sa médecine en Croatie.
- De là, s'est rendu à Belgrade.
- A ensuite fait trois ans et demi de prison (prisonnier politique soupçonné de supporter les idées russes. Il a nié mais n'a pas été cru).
- À sa sortie de prison, il avait marié une Yougoslave de trois ou quatre ans plus jeune que lui. Elle était dactylographe.
- L'entente n'a pas été bonne entre les époux.
- Ils ont eu un enfant après 9 mois de mariage. Il n'a pas voulu croire que cet enfant était de lui.
- Il a obtenu son divorce après plus ou moins deux ans de difficultés.
- Madame a rencontré son mari trois ou quatre ans après le divorce.
- Il l'a beaucoup attendrie en lui racontant comment il avait vécu en prison, comment il avait été trompé par son épouse.
- Madame dit l'avoir cru (aujourd'hui, toutefois, elle doute de la véracité de ce qu'il a raconté à cause de la manière dont il s'est comporté avec elle par la suite).
- Elle ne peut dire si lui-même l'a trompée. A toujours dit avoir été fidèle.
- Les soupçons du mari avaient commencé lorsque l'épouse, voulant parler à son mari, l'eut appelé Vasil17 au lieu de Risto. A su que Vasil était le nom de son patron. Ses doutes ont fermenté à partir de ce moment.
- Madame croit qu'il s'est montré dur, sévère et qu'il a beaucoup battu sa première épouse. Celle-ci l'aurait assuré de sa fidélité et il n'a jamais voulu la croire.
- Au début du mariage, madame dit que son mari a été très gentil pour elle.
- Madame enseignait la philosophie et la littérature. C'est elle qui apportait l'argent au foyer.
- Après une année de mariage, il a commencé sa pratique (stage dans divers hôpitaux).
- Madame a eu un enfant neuf mois19 aussi après son second mariage.
- A accepté sa paternité cette fois-là.
- Était très amoureux de son épouse qui avait beaucoup d'ascendant sur son mari.
- En '61, ils ont eu un second fils qui a été aussi bien accepté que le premier.
- Ils se sont installés en Serbie (1961). Les gens de cette localité sont vite familiers, très chaleureux.
- Un voisin qui était instituteur venait souvant à la maison alors même que le mari n'y était pas (venait quêter sel, légumes).
- Le mari, pourtant, était ami avec lui.
- Madame n'était alors pas très experte en cuisine. Comme elle était l'épouse du médecin, elle devait recevoir. Se faisait aider par l'épouse du voisin qui était bonne cuisinière et très serviable.
- Un jour, le mari aurait demandé directement au voisin pourquoi il était toujours autour de sa femme. Le voisin est devenu très rouge et fâché mais il a continué à lui parler par la suite.20
- Le patient a défendu à son épouse de le voir mais lui-même lui rendait visite tous les jours.
- Le patient aurait dit à son épouse qu'il ne pensait plus grand chose d'elle, un jour qu'il avait des soucis.
- A toujours eu des difficultés au travail, soit avec ses infirmières, ses patientes, ses chefs.
- Était colérique, prompt.
- Se lie vite mais ne garde pas ses amitiés. Se les mésallie aussi vite.
- Le mari manquerait d'autocritique d'après l'épouse. N'est jamais en cause dans ses difficultés.
- A reproché à son épouse d'être la cause de ses échecs avec ses patientes, «qu'elle n'est pas aimable avec elles, qu'elle n'est jamais contente de l'endroit où elle est, qu'elle est trop grande dame.»
- Cette année-là, l'épouse enseignait le serbe. Ce n'était pas sa profession habituelle. Elle n'a pas eu de succès. A été mal notée par l'inspecteur. Madame a mal pris son échec. A pleuré. Cela fâchait le mari de la voir pleurer. Se montrait alors agressif.21
- Avait décidé avant cela de changer de village. Pourtant, aujourd'hui, quand il en parle, prétend qu'il a quitté l'endroit à cause de l'épouse.
- Ils ont déménagé dans une autre localité de la Serbie (1962). Ils y sont restés deux ans.
- Madame y a encore enseigné la langue serbe et a eu un grand succès cette année-là.22
- Le mari a eu beaucoup de difficultés23 pour sa part. Avait beaucoup de travail. Était seul. Difficultés avec les autorités communistes.
- Le couple a eu un 3e fils en 1963.
- Le mari était toujours maussade, critique, mais pas vraiment jaloux. Lui reprochait d'être trop familière avec ses amies féminines.
- En 1964, ils sont déménagés en Croatie à cause de fatigue et difficultés avec les autorités politiques.
- Il y sont restés quatre ans.
- Heureux comme toujours, au début.
- Enthousiaste - aimable - actif.
- Avec le temps, a changé d'humeur comme les autres fois.
- Son confrère était alcoolique. Il s'absentait souvent. Le mari devait en faire davantage.
- Le mari gagnait alors un salaire très élevé (plus qu'un spécialiste en temps ordinaire). A pu même offrir un bon train de vie à sa famille.
- Petit à petit, le mari a commencé à s'absenter du travail, à arriver en retard (puisque son collègue pouvait le faire!).
- S'est désintéressé de son travail.
- Avait pensé à aller en Algérie d'abord. Par la suite, a essayé son entrée en Allemagne, Autriche et Canada.
- Une amie lui a promis du travail à Paris en 1968. Il est allé un mois à Paris. N'a pu se trouver un emploi.
- En 1968, l'épouse est allé passer quelque temps à la mer avec ses trois fils (Mer Adriatique). Le mari est allé la rejoindre peu après. Il lui a avoué qu'il était là depuis trois jours et qu'il l'observait avec des lunettes d'approche.
- S'est montré très heureux de la retrouver seule avec ses enfants. S'est montré très amoureux.
- L'épouse n'a pas voulu suivre son mari à Paris24 malgré les belles promesses qu'il faisait, il a vendu tout ce qu'il possédait. L'épouse s'est réfugiée chez sa mère avec ses enfants.
- Après l'échec de Paris, le mari alla en Autriche sans plus de succès.
- C'est ainsi qu'il a décidé d'immigrer au Canada en 1968. Madame y venait à contre-coeur. Personne de sa parenté, de ses amis n'était d'accord d'ailleurs.25
- Il n'a pas voulu laisser son épouse là-bas en attendant qu'il se trouve du travail. A dit ne pas avoir assez confiance en elle pour la laisser là-bas.
- En arrivant au Canada, ils ont pris des cours de français. Madame était enceinte du 4e enfant.
- Après deux mois, le mari a commencé à Laval. A laissé après quelque mois car il n'a pas passé les examens requis, d'une part parce qu'il ne comprenait pas la langue et d'autre part, parce qu'il n'avait pas étudié.
- A repris des cours de français durant cinq mois, puis des cours d'anglais. S'est présenté aux examens et a échoué (1969).
- A travaillé alors comme infirmier à Saint-Sacrement durant quelques mois. On l'a renvoyé probablement à cause de ses troubles de caractère.26
- A ensuite travaillé au laboratoire de l'Université durant quelques mois. A encore perdu cet emploi (souvent en retard, absent). Salaires peu élevés.
- A ensuite travaillé dans une «compagnie de médicaments naturels». Donnait des conseils à la compagnie pour ouvrir une succursale à Ontario. Il y serait allé durant quelques mois.
- N'était pas tranquille. Nerveux. Était instable (été '71).
- Prend actuellement des cours d'anglais à Hamilton.27
- Le mari est beaucoup plus irritable depuis qu'il est au Canada. A une fois frappé son épouse.
- La famille doit vivre de l'aide sociale. Cela ne semble pas le déranger.
- En octobre, l'épouse a reçu la visite de parents d'une amie28 qui parlaient le yougoslave. Elle a servi d'interprète. Le mari l'a vue. Devenu méfient, soupçonneux.
- A supposément quitté Québec pour l'Ontario. Est revenu à l'improviste de toute façon. A appris à son épouse qu'il était allé parler à la famille qu'elle avait reçue en son absence. A semble-t-il fait un scandale.
- Mercredi, il y a 15 jours, a fait une scène de jalousie, a frappé son épouse. Celle-ci lui a dit qu'elle ne pouvait plus vivre avec lui. Elle lui a parlé de divorce. Le mari a accepté apparemment le divorce. Il est parti pour l'Ontario. Est revenu le samedi suivant.
- A commencé ses questions, ses enquêtes. Il semble très fâché. A menacé son épouse de la couper en petits morceaux. Elle s'est réfugiée dans sa chambre. Il est arrivé avec une hache, l'a injuriée, lui a reproché leur venue au Canada. A parlé de couper son épouse et ses enfants en morceaux. Le bébé a pleuré. Dit lui montrer comme ses enfants étaient bien, comme il sera fier d'eux un jour. Elle a réussi à s'enfuir dans la rue en appelant à l'aide pendant que son attention était tournée sur le bébé qui pleurait.
- Deux hommes en voiture l'ont secourue. Elle a pu appeler la police. On a ramené l'épouse au foyer. Le mari s'est montré très calme. A présenté son épouse comme une hystérique.
- Le mari a alors dit à son épouse dans sa langue de ne jamais rien faire pour le faire emprisonner ou hospitaliser car après sa sortie, il la retrouverait dans n'importe quel pays. - Lui a dit qu'il avait besoin d'elle et de ses enfants.
- Après le départ de la police, a parlé à son épouse d'un suicide par pendaison car ils étaient tous deux des misérables, qu'ils feraient des délinquants de leurs enfants.
- Après s'être calmé, il a voulu avoir une relation sexuelle qu'elle n'a pas osé lui refuser. Il a dormi par la suite.
- Calme le lendemain mais a beaucoup pleuré. A exprimé des regrets de sa conduite. Il est reparti pour l'Ontario. Madame n'a pas eu de nouvelles de lui depuis.29
- Madame trouve que son mari traverse un moment difficile. Très déçu de ne pas avoir fait carrière au Canada comme il s'y attendait. A l'impression d'être descendu très bas, d'avoir tout perdu, y compris son épouse.
- Dans le passé, le mari a exprimé sa jalousie quand il avait des problèmes. Se décharge aussi sur son épouse de ses difficultés au travail.
- L'épouse dit être très ambivalente à l'endroit de son mari.
- Les enfants aiment beaucoup leur père, cela lui fait craindre la séparation.
- Par ailleurs, trouve qu'il serait mieux qu'elle se sépare du père s'il ne change pas parce qu'il rend l'atmosphère du foyer insupportable et peut compromettre l'équilibre psychologique des enfants.
Le 27 octobre 1971.
Jeanne d'Arc Drouin.
(pas de signature)
Ceci est la photocopie conforme des documents mentionnés dans l'examen du docteur Grenier tels que reçus de son avocat. Ci-inclus, la lettre de transmission et six pages dactylographiées, que j'ai paraphées, comme Exhibit-1. (Traduction)
Sgd. Philip Goulston
Voir Pièce No 05: Copie de la dernière page des «renseignements».
Note de l'auteur: Le «document» en question est dactylographié et ne porte aucune signature. Il est donc sans valeur. Interrogé par mon avocat, le docteur Grenier dit avoir «rédigé» lui-même cette «histoire de cas», qu'il a produite à sa demande. Les documents produits, cependant, ne permettent pas d'établir avec certitude qui en est le véritable auteur. Étonné que Me Goulston ait reçu ces inappréciables documents, je lui ai demandé de les parapher et de consigner officiellement leur réception, ce qu'il a fait.
Les «renseignements» que nous avons sont problématiques dans la forme, tant sur le plan psychiatrique que légal. Ce sont ces renseignements qui ont servi de document, le seul et unique, dans la justification de mon internement. Bien sûr, il y a eu l'autre document - le Certificat médical - qui est encore plus problématique que les «renseignements» car il a été rédigé ultérieurement et ce, de la manière la plus odieuse. J'y reviendrai plus tard.
Les «renseignements», en fait, ne constituent pas un document car ils ne renferment pas ce que tout document doit posséder, à savoir l'identification de l'auteur (la signature de son auteur ou le sceau qui atteste que les renseignements sont un document légal), le nom de la personne qui a dactylographié le document, ce qui démontrerait que l'auteur et enquêteur est une infirmière.
Même si nous acceptons que les renseignements soient légitimes, précisons que les gardes-malades n'ont ni la formation ni la compétence leur permettant de rédiger des anamnèses aux fins d'internement des malades mentaux.
De plus, les renseignements sont faux ou à tout le moins empreints de partialité; la véracité des données n'a jamais fait l'objet de vérification. Mon ex-épouse étant celle qui a fourni ces renseignements, on se doit de remettre en question leur véracité et leur objectivité. La vie quotidienne nous apprend que bon nombre d'épouses et d'époux, (selon certaines statistiques, plus de 85 %) ne sont pas satisfaits de leur conjoint. Ils ont beaucoup de choses à se reprocher l'un à l'autre. Doit-on interner tous les conjoints parce qu'ils sont insatisfaits de leur conjoint? Ce que je veux dire, c'est qu'il aurait été sage, légal et professionnellement correct pour un psychiatre d'effectuer à tout le moins une petite enquête et de s'informer auprès d'une personne autre que l'épouse soit, dans notre cas, les enfants, la police, les parents, les amis communs ou les voisins.
Ce qui est le plus incroyable, c'est que l'on ne m'ait jamais posé pas même une question au sujet des données inscrites dans les «renseignements». J'ignorais même l'existence de ce «document», avant et pendant mon internement.