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2) Dossier de l'Hôpital Saint-Michel-Archange

12-11-71 Notes de l'infirmière:

15h35 Patient admis sur pieds accompagné de deux agents de la Sûreté municipale. Orienté dans le temps et le lieu. Docile - Calme. Temp.: 97. 3 Taille: 5 pi. 6 po. Yeux: bruns Cheveux: noirs. Bonne propreté du corps et des vêtements. Argent: 27 91 $ Alliances = 1 jonc. Ce patient est médecin. Yougoslave.

16h30 Entrevue avec le docteur Beaudoin39. S'alimente peu au souper, nous parle de ses troubles d'estomac.

19h30 En soirée fait de la correspondance. Dit qu'il a bien des choses importantes à régler, à rédiger. Veut se servir de la machine à dactylographier demain. H.s. Mellaril 50 mg «per os»40 Dit qu'il n'a pas tellement besoin de cela pour dormir. Couche en dortoir. À surveiller - A déjà eu des idées de suicide41.

M. Parent Naud i.a.


HISTOIRE DE CAS ET EXAMEN PHYSIQUE-2A:

(Renseignements donnés par relation avec le malade: 1. -Raison d'admission 2. - Ant. familiaux et pers. 3. - Hist. actuelle 4. - Questionnaire subjectif 5. - Examen physique 6. -Impression diagnostique):

Pièce No 16:
12-11-71: Patient admis contre son gré, sur les allégation de méfiance, d'agressivité et de menace contre l'épouse.

Patient bien orienté, se défendant bien verbalement, niant la violence par détournement de la conversation et tentant de nous faire croire que le malade serait sa femme.

Cependant dans son histoire antérieure, on retrouve qu'avec sa première femme, son comportement ressemblait à celui qu'on a aujourd'hui. Ainsi, il nous dit que sa femme n'était pas fidèle, de plus on retrouve dans son histoire antérieure de la méfiance, l'ayant conduit à rejeter l'enfant comme n'étant pas le sien, et divorça. Ainsi avec sa 2ième femme, soit aujourd'hui, on retrouve un schème d'idée et comportement semblable.

Durant toute l'entrevue, on sent chez lui une agressivité qu'il maîtrise par un sourire ironique.

Notre impression42 au moment de l'interview: État paranoïaque.

J. Boucher, étudiant


Note de l'auteur: Comme l'infirmière Parent Naud l'a déjà noté, le premier examen à l'Hôpital Saint-Michel-Archange a été fait par le docteur André Beaudoin. Je présume que l'étudiant Boucher était présent pendant l'examen. Néanmoins, l'étudiant a effectué un excellent travail, bien que je ne sois pas d'accord avec son raisonnement. Implicitement, il a nié ce que les docteurs Grenier et Dufour m'ont imputé: «Délirant, paranoide, a menacé de tuer sa femme avec une hache, halluciné, méfiant...Non coopératif. Dx Schizo-paranoide
43 Danger d'homicide».

Le fait que j'aie épousé deux femmes «semblables» ne prouve pas une «impression d'état paranoïaque». Il importe, au premier chef, de s'enquérir du comportement de ces femmes. Puis, le fait que le sujet soit mentalement malade n'est pas, selon la loi, une condition suffisante pour l'internement; il faut aussi prouver que le patient est dangereux pour lui-même ou pour la société.

Évidemment, les circonstances, arrestation sans examen et sans mandat d'arrêt, arrangement de mon internement de manière inouïe et indigne, justifiaient mon «agressivité». Quant au «sourire ironique», il ne prouve en rien que j'aie été dangereux pour quiconque. La situation ressemblait davantage à une tragi-comédie; je me trouvais devant des gens qui se disaient normaux mais qui posaient des questions inopinées et parfois même idiotes.

En outre, la phrase «une agressivité qu'il maîtrise par un sourire ironique» n'a pas de sens.

Ordonnances médicamenteuses:

Mellaril 50 mg H.s. Amphojel 1 co P.c. P.r.n.44

André Beaudoin m.d.

HISTOIRE DE CAS ET EXAMEN PHYSIQUE-2:

(Renseignement donnés par relation avec le malade: 1. - Raison d'admission 2. - Ant. familiaux et pers. 3. - Hist. actuelle 4. - Questionnaire subjectif 5. - Examen physique 6. - Impression diagnostique):


(Non daté): Sur pied par 2 agents de la Sûreté municipale de Québec dont monsieur Jean Cliche - venant de l'Urgence Hôtel-Dieu de Québec - 15:00 hres.

Yougoslave - arrivé au Canada en 1968 - De religion Orthodoxe.

Scolarité: doctorat en médecine.

Maladie actuelle: Le docteur Delev, un schizo-paranoïde non coopératif, connu du docteur Grenier qui a déjà fait envoyer l'histoire à Saint-Michel-Archange est amené à l'urgence par le docteur Louis Dionne pour évaluation et investigation gastro-duodénale (ulcus?) -

Délirant - paranoïde, a menacé de tuer sa femme avec une hache, halluciné, méfiant.

Diagnostic: schizoparanoïde
danger d'homicide.

Recommandation: Internement

Dossier judiciaire: oui; 3 et demi ans: Yougoslavie -prisonnier politique. Certificat médical du docteur Jacques Dufour, le 12-11-71 (copie ce jour). Renseignement fournis par madame Risto Delev, épouse.

Pierre Dorion m.d.


13-11-71

Notes de l'infirmière:

Dort très bien toute la nuit. S'alimente bien au déjeuner. Continue d'écrire ce matin - calme

A. Rochefort i.l.

Calme. Appel à un ami qui vient lui rendre visite quelques heures plus tard. Il semble très heureux. Patient se dit convaincu qu'il est ici pour rien et qu'il s'agit d'une erreur. Ne se mêle pas du tout aux autres patients disant qu'il a de la difficulté à communiquer avec eux (à cause de la langue). Observe ce qui se passe dans la salle. S'occupe à lire et à écrire une bonne partie de la journée.

A. Marquis i.l.

Téléphone en soirée, agressif, dit qu'il est dans un hôpital de fous, je ne suis pas dangereux, etc.... Refuse sa médication au coucher, dit «avoir la bouche trop sèche». Joue aux échecs en fin de soirée.

F. P. Lemoine i.a.

14-11-71

Notes de l'infirmière:

Dort assez bien cette nuit. Accuse sécheresse de la bouche -

A. Rochefort i.l.

Aucune médication. Le patient a passé la journée à écrire des lettres. Nous avons décidé de cesser la permission de téléphoner parce que nous avons reçu un appel d'une dame que le patient tentait de rejoindre son épouse et cette dernière craint le patient. Très bonne attitude vis-à-vis le personnel cependant.

Thérèse C. Careau i.l.

Accaparant - Menaçant, agressif verbalement auprès sa femme. Avons du interdire téléphone en soirée. Ce dernier a mal accepté le refus. Reçoit la visite d'un ami ce soir - essaie de se servir de son visiteur pour s'en servir comme intermédiaire, joue un peu aux échecs en soirée. Mellaril 20 mg. Accepte bien sa médication.

Ginette R. Paré i.a.

Le 15-11-71

Notes de l'infirmière:

A bien dormi toute la nuit. Ponction veineuse F. S. sédimentation, v. d. r. l. Spécimen d'urine. Coopère bien, demande pour téléphoner aussitôt levé. S'alimente bien.

Denise Prévost i.l.

Aucune médication de jour. Calme, demande tôt pour faire des téléphones. Écrit deux lettres en Yougoslavie vu en interview par docteur Dorion. Semble satisfait par la suite. Tente de rejoindre le médecin à Montréal. S'occupe de ses assurances. Coopère bien mais demande beaucoup. Se renseigne des procédures nécessaires pour faire un télégramme. Ne se mêle pas aux autres patients. Paraît toujours bien occupé. Sourit facilement, ne se plaint pas trop de son hospitalisation.

M. Fréchette i.l.

Demande continuellement pour téléphoner. Docile - calme. Semble accepter assez bien son hospitalisation fait son téléphone à Montréal ce soir.

Ginette R. Paré i.a.

Ordonnances médicamenteuses:

a date Noludar 1 co H.s. P.r.n.
Amphogel 1 co P.C. P.r.n.

Pierre Dorion m.d.
Le 16-11-1971:

Notes de l'infirmière:

Dort bien toute la nuit. Communique peu, coopère bien.

Denise Prévost i.l.

Aucune médication per os de jour. Patient s'alimente bien. Écrit beaucoup, se promène de long en large. Écrit 3 lettres aujourd'hui s'adresse à nous quand il a besoin de quelque chose. Plus méfiant. Inquiet car il a eu de la difficulté à rejoindre un médecin de Montréal. N'est pas au courant qu'il ne peut appeler. Veut essayer de nouveau pour appeler à Montréal en soirée. Sourire ironiques à quelques reprises. Contacte quelques patients de la soirée.

M. Fréchette i.l.

Se promène de long en large. Écrit beaucoup. Dit que ce n'est pas sa femme qui a fait la déclaration car elle ne parle pas le français. Dit qu'on l'a emmené ici pour une raison: Ulcère. Aucune communication avec les autres patients. Se lève en sursaut de sa chaise et se rassoit. Il rit de se comportement. Calme et pensif. H.s. Noludar 1 co. per os.

Anne Tremblay E.I.

Ordonnances non médicamenteuses:

Aucun privilège aucun téléphone aucune visite

Pierre Dorion m.d.

RAISON D'ADMISSION:

Patient délirant, paranoïde, a menacé de tuer sa femme avec une hache. Halluciné, méfiant, non coopératif. Certificat médical émis par le docteur Jacques Dufour qui note que le patient est un schizo paranoïde, non coopératif, connu du docteur Grenier de l'Hôtel-Dieu de Québec qui a déjà fait envoyer l'histoire à l'Hôpital Saint-Michel-Archange.
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ANTÉCÉDENTS FAMILIAUX:

Pas de maladie mentale rapportée dans la famille.

Père assassiné à l'âge de 46 ans par un ami de la famille qui a voulu le voler. Le patient avait 23 ans. Mère, 80 ans, possibilité de diabète, en bonne santé par ailleurs. Une soeur souffrirait d'ulcère gastrique. Un frère et quatre autres soeurs en bonne santé.

ANTÉCÉDENTS PERSONNELS:

Le patient est le premier de sept enfants. Jusqu'à l'âge de 17 ou 18 ans, le patient rapporte qu'il n'a eu aucune maladie et qu'il n'a eu aucun problème, ni dans l'enfance, ni dans l'adolescence et qu'il a été élevé comme les autres enfants, avec l'espoir qu'un jour il irait en médecine.

Vers l'âge de 17, 18 ans, il fait son service militaire et travaille comme pharmacien dans un hôpital. Il débute ses études en médecine en 1946, à l'âge de 23 ans, cinq mois après le décès de son père. Après sa cinquième année de médecine, le patient est considéré comme prisonnier politique et est mis en prison pour trois ans. Il raconte que sous le régime de Tito, il ne fallait pas parler des communistes et des injustices sociales. En prison, il rapporte qu'il a été très maltraité. Il fut libéré après trois ans, mais a toujours été sous la surveillance de la police par la suite. Il rapporte qu'il a toujours eu des difficultés avec le gouvernement parce qu'il ne voulait pas dénoncer personne. Il se décrit à ce moment-là comme chicanier et tête dure, et explique qu'il n'avait pas à changer d'idée à propos de la situation dans son pays.

Après son emprisonnement, le patient finit son cours de médecine et obtint le droit de pratique à l'âge de 37 ans.

Le patient raconte qu'entre-temps il s'était marié à une femme qu'il décrit être à peu près comme la femme qu'il a à l'heure actuelle, c'est-à-dire portée à le tricher. Selon lui, sa première femme aurait eu un bébé d'un autre et après un an, le couple a divorcé. Peu de temps après, le patient se remarie à la femme qu'il a à l'heure actuelle. Le patient rapporte que peu de temps après son second mariage, les troubles conjugaux ont commencé. Il décrit sa femme comme une hystérique qui a toujours eu des relations un peu particulières avec des amies. Il dit qu'à cause de l'attitude de sa femme à l'extérieur et son caractère pessimiste et négativiste (sic) à la maison, il a dû changer d'endroit à plusieurs reprises. Au début de sa pratique, il s'installe dans le même village que ses parents. Mais sa femme n'aimait pas l'endroit, n'aimait pas ses parents et ses amis et se faisait des amis à elle-même. Aussi, elle parlait plusieurs langues, et servait comme interprète à des amis. Le patient, devant ces faits, change d'endroit et va pratiquer où il avait une mine de charbon. Il raconte qu'à cet endroit, encore une fois sa femme ne fréquentait pas ses amis à lui, mais plutôt aimait fréquenter une voisine qui se disait prostituée. Le patient raconte que sa femme recevait des amis d'hommes à la maison qui étaient un peu amis avec le patient, mais ce dernier disait que les visites n'avaient aucune raison d'être. À cause des attitudes louches de sa femme, dit-il, il doit encore changer d'endroit, puis il vient à penser à immigrer dans un autre pays. Il immigre au Canada en 1968. Apparemment, selon les allégués, sa femme était en instance de séparation ou de divorce, puis à la suite d'un voyage en Autriche, Monsieur aurait convaincu sa femme de le suivre au Canada. Celle-ci, durant le voyage en Autriche, tombe enceinte et s'aperçoit de ce fait une fois rendue au Canada. Le couple s'installe à Québec et les difficultés d'immigration commencent à se faire sentir. Apparemment, selon les allégués, madame n'avait pas pu obtenir un avortement au Canada, se serait découragée et aurait tenté de se suicider en ingurgitant des pilules et elle fut hospitalisée à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus.

Le patient raconte qu'à cause de l'atmosphère familiale non propice aux études et à cause de son manque de facilité avec le français. Il essuie deux échecs en février 1969 en février 1970 pour l'obtention de son permis de pratique au Québec, comme médecin. Il dit qu'il commence son stage d'internat à l'Hôpital Saint-Sacrement, mais ne peut satisfaire aux exigences parce qu'il ne savait pas parler le français; il doit abandonner son stage. Il se met à travailler comme infirmier, mais à cause des difficultés syndicales, explique-t-il, on le congédie sans explication. Par la suite, il a un emploi à la Faculté de médecine avec le docteur Fortier, en endocrinologie, de mai 1970 à octobre 1970, mais encore là, il est remercié de ses services parce qu'il ne semblait connaître rien dans le laboratoire. Le patient explique qu'il n'avait jamais travaillé dans un laboratoire et que c'est vrai qu'il n'était pas au courant de ce qui se passait. Par la suite, le patient se retrouve sans emploi, demeure chez lui, mais travaille de temps en temps comme remplaçant, comme infirmier à l'Hôpital de Loretteville. Puis en mais dernier, il décide de tenter sa chance du côté anglais. Il se fait aider par des amis et décide d'aller étudier l'anglais en Ontario au Mohawk Collège, 481, Barton Street; Stony Creek, tél.: 389-4461, extension 451. Apparemment, selon les allégués, il y aurait vingt mille de ses concitoyens vivant dans la région. Avant son hospitalisation, le patient était encore aux études à cet endroit. Il dit qu'il avait l'intention de passer ses examens de médecine en anglais.

HISTOIRE ACTUELLE:

Selon les allégués rapportés par l'épouse du patient, les soupçons du mari auraient commencé en Yougoslavie lorsque l'épouse, voulant parler à son mari, l'appela Basile au lieu de Risto. Le patient a su que Basile (sic) était le nom du patron46, ses doutes sont fermenté à partir de ce moment. Madame croit qu'il s'est montré dur, sévère et qu'il a beaucoup battu sa première épouse. Puis, madame raconte comment son mari aurait questionné les voisins sur leur relation avec sa femme et comment elle aurait mise très mal à l'aise. Aussi, elle raconte comment son mari l'accusait d'être toutes les causes d'échecs avec ses patientes. Aussi, elle raconte comment, à cause des difficultés avec les autorités policières et les difficultés que son mari avait, la famille a dû déménager de plusieurs endroits. Aussi raconte comment son mari l'avait une fois espionnée pendant trois jours avec des lunettes d'approche et comment elle est venue au Canada, à contre-coeur après s'être fait convaincre par son mari que tout irait très bien. Aussi, elle parle de ses difficultés qu'il a eu à étudier le français et l'anglais et ses échecs aux examens. Elle parle aussi de son caractère de plus en plus irritable qui se manifestait. Elle rapporte qu'il l'aurait frappée une fois. La famille doit vivre de l'aide sociale.

Selon les allégués, les événements se seraient précipités en octobre, quand la femme du patient a reçu la visite de parents d'une amie qui parlaient yougoslave. Elle a servi d'interprète. Le mari l'a su et est devenu méfiant, soupçonneux. Il aurait supposément quitté Québec pour l'Ontario, mais il est revenu à l'improviste de tout façon et il a appris à son épouse qu'il était allé à la famille amie qu'elle avait reçue en son absence et il a semblé faire un scandale. Quinze jours après, il revient au Québec, fait une scène de jalousie et frappe son épouse. Celle-ci lui dit qu'elle ne pouvait plus vivre avec lui et elle lui parle de divorce. Le mari, apparemment, accepte le divorce, puis part pour l'Ontario. Le samedi suivant, il revient à la maison et recommence ses questions et son enquête et il était très fâché. Il menace son épouse de la couper en petits morceaux; elle se réfugie dans sa chambre. Il arrive avec une hache, l'injurie et lui reproche leur venue au Canada. Il parle de couper son épouse et ses enfants en morceaux. Par la suite, son épouse réussit à s'enfuir sur la rue en criant «Au secours» pendant que l'attention de monsieur était tournée sur le bébé qui pleurait. Deux hommes en voiture secourent madame et celle-ci appelle la police. On ramène la patiente au foyer et le mari se montre très calme. Il présente son épouse comme une hystérique. Apparemment, les policiers ne peuvent retrouver la hache47 et conseillent aux époux de régler leurs problèmes ensemble. Apparemment, le mari dit alors à son épouse, dans sa langue, de ne jamais rien faire pour le faire emprisonner ou hospitaliser car après la sortie, il la retrouverait dans n'importe quel pays. Il lui a dit qu'il avait besoin d'elle et de ses enfants. Après le départ de la police, le patient parle à son épouse d'un suicide par pendaison car ils étaient tous les deux des misérables, qu'il feraient des délinquants de leurs enfants. Après s'être calmé, il a voulu avoir une relation sexuelle que madame n'a pas osé lui refuser. Il a dormi par la suite. Calme, le lendemain, il a beaucoup pleuré, a exprimé des regrets de sa conduite et il est reparti vers l'Ontario. Par la suite, madame se serait rendue à l'Hôtel-Dieu de Québec et aurait raconté ses problèmes au docteur Grenier et ce dernier aurait fait faire l'enquête psychiatrique par garde Jeanne Drouin, qui est actuellement au dossier. Le docteur Grenier a fait parvenir ce document à l'Hôpital Saint-Michel-Archange et apparemment, le docteur Roy aurait refusé l'hospitalisation à ce moment-là.

Le patient revient à Québec le 12 novembre. Il se rend à l'Hôtel-Dieu pour faire examiner son ulcère d'estomac, le samedi 13 (sic) novembre. En arrivant à l'Hôtel-Dieu, le docteur Dionne48 lui suggère l'hospitalisation dans le but de le faire voir par un psychiatre. Le patient s'aperçoit de leur stratégie, affirme qu'il ne veut pas être hospitalisé et qu'il veut retourner en Ontario continuer à prendre ses cours d'anglais. On fait venir à l'urgence le docteur Dufour et l'épouse du patient, afin de convaincre ce dernier à demeurer à l'hôpital. Le patient donne un coup de poing à sa femme, puis sort de l'hôpital. Le docteur Dufour fait le certificat médical et deux policiers rejoignent le patient près d'une station d'autobus et le reconduisent à Saint-Michel-Archange.

Selon la version du patient, les troubles qu'il a à l'heure actuelle auraient été constants avec sa femme. En mai dernier, il reçoit chez lui la visite d'un marin yougoslave de passage à Québec. Sa femme lui sert d'interprète à ce moment-là. Le patient trouve bizarre que ce personnage peu connu de la famille se rende à la maison, il trouve cela d'autant plus bizarre qu'il a une idée peu louangeable des marins. Apparemment, il fait une remontrance à sa femme et la met en garde contre ces fréquentations. Après la chicane, le patient rapporte que tout rentre dans l'ordre et il retourne en Ontario. En octobre, lorsqu'il était chez lui, en train de discuter avec un ami, de situation politique dans son pays, sa femme fait un lapsus et dit que le marin est revenu chez elle. Le patient la questionne davantage et dit que sa femme avoue que le marin est revenu pour quelques heures seulement. Il dit qu'il s'est informé ailleurs et que le marin serait resté plus longtemps que quelques heures. Il dit que ce n'est pas important que sa femme ait couché avec ou non, la conclusion vient d'elle-même. Mais ce qu'il n'aime pas, c'est ce genre de relations qui arrivent à sa femme. Il affirme s'être engueulé avec sa femme à ce sujet, puis est reparti en Ontario, est revenu une semaine après et s'est de nouveau engueulé. Il dit qu'il aurait menacé sa femme, mais pas avec une hache. Il nie avoir mentionné de la tuer, d'avoir mentionné de se pendre. Il dit qu'après la forte discussion, sa femme se serait sauvée à l'extérieur, comme hystérique et aurait gonflé toute l'affaire. Il dit avoir pensé au divorce, mais ne pouvait accepter que sa femme retourne en Yougoslavie avec les enfants. Il aurait suggéré à sa femme de couper toutes les relations avec les autres; sa femme aurait accepté et le patient aurait été satisfait de l'entente et serait retourné en Ontario très heureux. Il raconte qu'il a eu quelques lettres de sa femme où elle disait qu'elle était heureuse et que tout allait très bien. Le patient affirme qu'il aurait consulté un médecin il y a deux mois et qu'il était prêt à toutes sortes de sacrifices pour ses enfants et qu'il était prêt à supporter sa femme telle quelle. Il confirme les allégués et comment il est venu ici à l'Hôpital Saint-Michel-Archange, mais nie avoir frappé sa femme à l'Hôtel-Dieu.

Dans ses antécédents, il rapporte avoir eu de l'arthrite à 15 ans et s'être fait une blessure au front à l'âge de 5 ans, cette blessure étant superficielle.
P. Dorion M.D


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