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EXAMEN MENTAL:

Il s'agit d'un patient de 49 ans, qui paraît son âge; il paraît en bonne forme physique. Au début, la collaboration est difficile parce que le patient dit qu'il n'est pas malade et qu'il n'y a aucune raison qu'il soit hospitalisé. Il trouve cela très indigne qu'il ait été examiné quelques minutes par des psychiatres de l'Hôtel-Dieu et que seulement avec les allégués de sa femme, il soit interné. Il se présente d'une façon tonique au début, mais peu à peu, il collabore de plus en plus et revient calme. Il met en doute sa parole contre celle de sa femme étant donné les circonstances actuelles et le fait qu'il soit mal pris à l'hôpital. Son état demeure concordant, mais parfois le patient montre un sourire sarcastique. Il n'y a aucune évidence d'hallucinations ou de délire désorganisé. Si le patient présente un délire, c'est que le délire est extrêmement organisé et ce serait au sujet d'un délire de jalousie. Le patient nie avoir eu quelques phénomènes bizarres. Il est bien orienté dans le temps, le lieu et l'espace. Il semble être très intelligent. La mémoire est bonne. Le jugement et l'autocritique relatifs si on parle de délire de jalousie.49

Impression: État paranoïaque50

Le couple est connu de madame Jeanne Castonguay, assistante sociale, mère du ministre Claude Castonguay. Cette dernière se serait occupée du couple au sujet de l'immigration. Aussi, le couple est très bien connu du docteur et de madame Louis Dionne, tél.: 527-1029, de monsieur et madame Lyonnais, leurs anciens propriétaires, tél.: 663-3184, monsieur Delev est aussi connu de monsieur Zoran Majcen apparemment le seul ami du patient, tél. au bureau: 681-7321, domicile: 681-7001.

BUREAU MENTAL: 22-11-71

DIAGNOSTIC: État paranoïaque

Pierre Dorion m.d.

Le 17-11-197151


Note de l'auteur: Je n'ai jamais eu la chance d'être examiné par un «Bureau mental». Cette procédure m'a rappelé une expérience que j'ai vécue en Yougoslavie, il y en a presque un demi-siècle. J'étais emprisonné et torturé en Yougoslavie sur l'île de Goli Otok, un camp de «rééducation». En Yougoslavie, les gens qui ont vécu dans un camp de rééducation sont considérés comme des gens respectables. Dans les hôpitaux psychiatriques du Québec, les procédures d'internement sont presque les mêmes que celles qui étaient pratiquées en Yougoslavie. Tout est secret. Les psychiatres, sur la base de n'importe quelle allégation malveillante, classifient les gens sans examen et fabriquent des diagnostics à leur gré; ils les font arrêter et les internent, les kidnappent pratiquement, les maltraitent et les détiennent à volonté dans des hôpitaux psychiatriques. L'incertitude, en milieu psychiatrique, est beaucoup plus déprimante que dans un camp de travail forcé. La conséquence la plus désastreuse, pendant et après l'internement, est le stigmate qui s'attache pour toujours à votre personne. Comme le docteur Tomas S. Szasz a écrit: «Si j'emploie le mot schizophrénie hors de mon bureau, c'est une chose terrible... Ces termes diagnostiques ont donc un impact social énorme. Une fois que le mot est mentionné, vous êtes fini»52. Dans les hôpitaux psychiatriques du Québec, l'Inquisition règne dans toute sa splendeur. Psychologiquement, le camp de rééducation (Goli Otok) était un pique-nique en comparaison de ce que j'ai vécu dans ces institutions.

15-11-71

Dx: Impression état paranoïaque ou troubles transitoires situationnels. 53

Pierre Dorion m.d.

16-11-71

NOTE ÉVOLUTIVE:

Un appel téléphonique fait par madame Louis Dionne qui connaît bien la famille Delev depuis leur arrivée au Canada nous apprend que le cas de monsieur et madame Delev a été porté à attention de l'Ambassade yougoslave à Ottawa et au service de l'Immigration en Yougoslavie et au Canada. Le frère de monsieur Delev serait sur le point d'arriver au Canada à propos de l'histoire présente. D'autre part, elle nous apprend qu'elle n'a aucune raison de croire que madame Delev avait des attitudes louches envers les autres hommes et que d'autre part, monsieur Delev aurait surveillé sa femme pendant trois jours à Québec dernièrement. Madame se sent désemparée lorsque je lui dis que monsieur Delev allait probablement sortir de l'hôpital dans un temps indéterminé. Elle me dit que c'est un cas très grave et qu'il a menacé de tuer sa femme et que cette dernière avait passé trois jours avec ses enfants dans la maison du docteur Dionne.

D'autre part, le docteur Dionne rejoint au téléphone, se dit très surpris et trouve le procédé bizarre, le fait d'avoir appelé son épouse et de lui avoir demandé sa collaboration pour des informations. Il dit que son épouse fut en panique après l'appel téléphonique et il met en doute nos procédés, se basant sur la sienne au point de vue chirurgical. Je lui explique que nous voulons seulement leur collaboration et qu'ils ne sont pas forcés de nous la donner. Après quelques mises au point, le docteur Dionne confirme que le frère de monsieur Delev s'en vient au Canada. D'un autre côté, j'apprends du docteur Louis Roy que le docteur Dionne a été menacé par monsieur Delev.

Le docteur Filip Juretic, un psychiatre yougoslave à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Montréal, m'apprend par téléphone qu'il est très surpris de voir son ami et compatriote, le docteur Delev hospitalisé à l'Hôpital Saint-Michel-Archange. D'après lui, il met en doute que le docteur Delev soit psychotique mais dit n'avoir pas connu les troubles familiaux qui existent entre les époux. Il pense que c'est précisément une tempête dans un verre d'eau; à propos de la déportation, il dit que ce serait un scandale si nous mettons ce procédé en marche à propos du docteur Delev contre le gré de ces derniers, et ceci à cause des troubles politiques qu'il a eu dans son pays. Il dit que même si le docteur Delev n'obtient pas sa citoyenneté canadienne, il peut demeurer comme immigrant au Canada toute sa vie. Avec une très délicate intervention, il nous recommande d'être le plus objectif possible dans ce cas.

Entrevue avec monsieur Delev: Ce dernier se présente au bureau un peu déprimé. Il ne cesse de répéter que ce qui se passe, c'est une sale histoire. Puis il en vient à la conclusion que la seule issue possible, c'est la séparation et le divorce et à la pensée que ça va être fini pour toujours avec ses enfants, il se met à pleurer. Il dit que sa femme va retourner dans son pays avec ses enfants, qu'il ne verra plus. Puis il assèche ses larmes et décrit de nouveau la situation qui existe, en devenant plus agressif. Il raconte de nouveau l'attitude de sa femme en face du marin Yves54 qui l'a visitée, qui appelait à la maison même quand monsieur était là. Il demande comment un homme jaloux devait réagir devant cette situation: par l'indifférence ou en questionnant davantage ou se montrer intéressé à savoir ce qui se passe. Il demande si sa jalousie était pathologique? Il se décrit comme tel, un caractère qui veut tout savoir, un homme qui veut une femme qui ne se promène pas avec d'autres hommes et il dit même que s'il était hospitalisé pendant 100 ans, il ne changerait pas de caractère. Il affirme que sa jalousie n'est pas pathologique et qu'il est très sain d'esprit. Il me demande de lui prouver s'il est malade. Il me dit que même s'il a menacé son épouse, il l'a même frappé il y a plus d'un mois, il n'est pas assez fou à l'heure actuelle, dans les circonstances présentes de menacer son épouse de la tuer ou de faire quoi que ce soit envers elle. Il dit d'autre part, s'il a menacé ou frappé, ce n'est pas à l'hôpital qu'il devrait être mais en prison. À l'annonce qu'il n'aura aucun privilège pour le moment de communiquer avec l'extérieur, il dit que cette histoire est de plus en plus sale et amène d'autres arguments ou demande si vraiment il est malade. Mais à la fin, il me dit que dans les circonstances actuelles, il doute de tout le monde mais que au moins, je suis là pour l'écouter. Il accepte de collaborer.

Monsieur Yvon Gervais, notre travailleur social est actuellement en train de faire enquête et évaluation à l'extérieur auprès de madame Delev et les autres amis. Lorsque le dossier sera complété, nous devrons présenter le cas au docteur Louis Roy pour décisions ultérieures.

Dicté le 17-11-1971 Pierre Dorion m.d.d. Transcrite le 18-11-1971.


Note de l'auteur: (Pièce No 17) Après quatre jours d'internement, le docteur Pierre Dorion, psychiatre, était d'avis que «j'allais probablement sortir de l'hôpital». Confirmation implicite que mon état de santé était satisfaisant. De plus, le docteur Filip Juretic, professeur en psychiatrie, «pense que (mon internement), c'est précisément une tempête dans un verre d'eau».

Deux professionnels sont d'avis que je ne suis pas malade. D'autre part, deux autres personnes, non psychiatres, au contraire, pensent que mon cas, «est un cas très grave». Madame Dionne est une simple maîtresse de maison et, évidement, elle est aussi une fine mouche. Elle sait tout, même sur les plus intimes comportements de mon ex-épouse «envers les autre hommes», comme si elle avait vécu jour et nuit avec elle, comme si elle était gardienne de sa chasteté. Elle ne s'informe ni de ma santé ni de mon état et se sent même désemparée en apprenant que je suis en bonne santé! Lorsque ses «arguments» ne suffisent plus à confirmer ses opinions, elle fait appel à son époux.

Quoiqu'il en soit, une certaine incohérence se dégage de cette note. Tout d'abord, ce que le docteur Dorion écrit n'est pas sérieux et il est même interdit à un médecin de discuter par téléphone de l'état de ses patients. En outre, le comportement normal d'un médecin serait de manifester la plus grande prudence et de réprimander les gens en leur signalant qu'ils n'ont pas le droit d'intervenir dans son travail. S'ils persistaient, il se devait de leur demander pourquoi ils tenaient tellement à ce que je reste hospitalisé. Enfin, comment se fait-il que le docteur Dionne ait oublié, quelques instants auparavant, l'allégation la plus importante, à savoir qu'il «a été menacé»? Pourquoi communique-t-il cette menace par des voies détournées?

Logiquement, les remarques du docteur Dionne sont, moralement du moins, fort douteuses. Nous avons déjà vu que le docteur utilise exactement la même tactique avilissante dès le début de mon internement.

Après tout, j'avais défié le docteur Dorion durant l'entrevue, lui disant qu'après l'internement j'irais me soumettre à un examen psychiatrique et que si un psychiatre trouvait que j'étais mentalement malade, je retournerais chez lui pour y être interné à vie. Cependant, je lui avais aussi mentionné que si j'étais prouvé sain d'esprit, je le poursuivrais en justice.

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DÉPARTEMENT DE RADIOLOGIE: Rx du crâne:

La voûte apparaît normale. Pas de signe d'hypertension intracrânienne. La glande pinéale n'est pas calcifiée. La selle turcique apparaît normale. Pas de calcification endo-crânienne anormale. Pas d'asymétrie de la voûte ni des fosses temporales.

Radiologiste:
le 17-11-1971. Réginald Langelier m.d.

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Le 17-11-71

SERVICE DE PSYCHOLOGIE:

Délimiter l'aspect psychologique à investiguer:

Le patient fonctionne au niveau de la moyenne supérieure sur le plan intellectuel (Q.I. +-125).

Au plan de la personnalité, on trouve principalement des indices psychopatiques. Les dessins, de même qu'un test spécifique permettent de soupçonner chez ce patient certains signes d'organicité légère. Il pourrait s'agir d'un accident cérébral et la chose devrait être investiguée.

Jacques Fortier L.Ps.

Note de l'auteur: Il n'y a pas de corrélation entre psychopathie et accident cérébral. De plus, même mon psychiatre, le docteur Dorion, n'a pas «investigué l'accident cérébral». Bien que le psychologue m'ait fait des compliments sur mon intelligence (Q. I. + - 125).

17-11-71

Notes de l'infirmière:

Ne dort pas à 0:50 reçoit Noludar 300 mg 1 co. Dort bien par la suite.

Denise Prévost i.l.

Aucune médication. À jeun ce matin. Transit gastro-duodénal. Descend avec lui en radiologie. Passe l'avant-midi avec. Écrit tout le temps qu'il était en bas et écrit tout l'après-midi, écrit 2 lettres. Se promène un peu de la salle de long en large. Ne parle pas beaucoup avec les autres patients Patient s'hydrate et s'alimente bien. Patient méfiant. Nous sourit un peu lorsqu'on le croise. S'adresse à nous lorsqu'il a besoin au sujet de ses lettres surtout. Bon comportement, calme.

Monique Couture e.i.

Aucune communication avec les autres patients. Sourit quelque fois. Pensif, écrit beaucoup. N'a pas fait d'appel en soirée h.s. Noludar 1 co. per os.

Anne Tremblay e.i.

NOTE ÉVOLUTIVE:

Monsieur Delev se présente à mon bureau d'une façon calme. Puis avec un sourire et un soupir, me dit que ça va plus ou moins bien dans un hôpital de fous. Il devient de plus en plus agressif en commentant son hospitalisation. Il trouve l'histoire de plus en plus sale et trouve les médecins de l'Hôtel-Dieu de Québec de moins en moins humains pour l'avoir fait interner. Il se montre très agressif envers eux, il dit qu'il va aller cracher sur eux. Puis il recommence à conter son histoire de ce qui s'était passé à l'Hôtel-Dieu, qu'il avait seulement donné un soufflet mais pas assez pour lui donner des bleus55. À ce moment là, il se montre très agité et il se promène de long en large dans mon bureau. Je lui demande de s'asseoir et je lui dis qu'il n'est pas facile d'argumenter avec lui, il me rétorque qu'il n'a aucune raison d'être ici et il me demande de lui dire si oui ou non il est malade. Je lui réponds que je n'ai pas d'opinion à lui donner ou je ne veux pas lui donner d'opinion à ce sujet là actuellement. Il affirme que la solution du problème va être la séparation d'avec sa femme et il va lui demander s'il peut garder un ou deux enfants avec lui sinon il va accepter que sa femme retourne dans son pays avec les enfants et lui, il va s'organiser ici au Canada. Questionné sur son retour possible en Yougoslavie, il dit qu'il n'est absolument pas question qu'il retourne dans son pays, prétextant qu'il a eu beaucoup de mauvais souvenirs autant avec la politique qu'avec ses troubles conjugaux dans son pays. En dernier, il me demande s'il pouvait rencontrer ses enfants à l'extérieur de l'hôpital ce que lui est refusé pour le moment. Le patient se met alors à pleurer quelques minutes puis se ressaisit et sort du bureau. Monsieur Delev a montré durant l'entrevue qu'il n'avait pas un caractère facile et qu'il pourrait être d'une agressivité verbale assez intense.

PD\gt Pierre Dorion m.d.
Dictée le 18-11-1971
Transcrite le 18-11-71

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18-11-71

Notes de l'infirmière:

Aucune médication de jour. Bon appétit. Ne se plaint pas de ses troubles d'estomac. Méfiant. Parle beaucoup de sa femme, du tort qu'elle lui a fait en l'envoyant ici. Affirme qu'elle aurait eu des relations sexuelles avec un autre homme. Mécontent qu'on doive faire venir son frère de Yougoslavie. «Ce sont des dépenses qu'on aurait pu éviter, dit-il». Trouve le temps très long. Écrit beaucoup, il trouve que ça passe bien son temps. Bonne coopération avec nous.

Patient a beaucoup dialogué avec moi ce soir. M'apparaît très lucide mais n'a aucune auto-critique. Croit que sa femme et non lui aurait dû être ici. Ne s'entend pas tellement avec son médecin, naturellement, il ne le comprend pas... Écrit beaucoup et parle d'un commentaire qu'il fera paraître dans les journaux en sortant d'ici. Se trouve bien traité dans ce milieu, mais ne comprend pas le pourquoi de sa présence ici. Dit qu'il croyait tout perdu à un moment donné. Mais ce soir en riant, me dit que la vie est merveilleuse, au fond et qu'il aurait vécu mille expériences diverses. Son rire est quand même triste. S'interroge sur la longueur de son stage avec «fous» comme il dit! Me demande de signaler qu'il est bien lucide. Joue aux échecs. A fait aussi un appel en soirée, Se retire en chambre suite pour lire, écrire, et jongler j'imagine. h.s. Aucune médication. Patient malheureux à mon humble avis.

M. Parent Naud i.a.

19-11-71

Notes de l'infirmière:

A bien dormi en chambre seul.

A. Rochefort i.l.

Aucune médication. Écrit beaucoup presque toute la journée. Joue aux échecs un peu cet avant-midi. Se promène de long en large lorsqu'il n'écrit pas. Parle très peu avec les autres patients. Demande à plusieurs reprises pour le téléphone Fait un ou 2 téléphones aujourd'hui. Méfiant, sourit peu. Bon appétit. Bonne coopération avec nous. Semble trouver le temps long Siffle en se promenant.

Monique Couture e.i.

Patient très calme, poli généralement. Fait le téléphone qu'il veut. Au moindre refus à une de ses demandes, le patient devient agressif verbalement. 21:00 Noludar 1 co. Rien d'autre.

D. Bergeron i.l.

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NOTE ÉVOLUTIVE:

Rencontre avec madame Delev, épouse de monsieur Risto Delev. Madame parle assez bien le français, mais elle n'est pas capable de saisir les nuances de la langue. Elle raconte que son mari est jaloux et que ce dernier pense qu'elle est nymphomane. Puis, elle raconte l'épisode de la dernière crise familiale où elle a servi d'interprète à un marin qui était le beau-frère d'une amie canadienne. Elle raconte comment son mari l'a chicanée à propos de cette histoire et l'a espionnée, la volkswagen stationnée une rue voisine alors que le mari était supposé d'être en Ontario. Elle dit que son mari l'accusait d'avoir fait des clins d'oeil au marin. Après l'épisode de la hache où le mari menaçait de couper tout le monde en petit morceaux, madame dit que guidée par son instinct a parlé à son mari d'une façon douce lui disant de regarder ses enfants qui allaient grandir et devenir quelqu'un et que toute la famille pouvait avoir un grand avenir. Elle rapporte qu'après ce geste, son mari regrettait, était déprimé et se demandait pourquoi il agissait de la sorte. Après l'une des nombreuses chicanes, les époux sont tombés d'accord pour divorcer. C'est alors que par la suite, madame Lyonnais, une amie de madame Delev, lui dit que c'est terrible de divorcer avec quatre enfants et qu'elle devait se réconcilier avec son mari, ce que madame essaya de faire par la suite.

Madame raconte qu'en Yougoslavie, son mari lui faisait quelque crise de jalousie, mais tout cela était endurable parce qu'il ne passait pas à l'acte et qu'il n'y avait pas autant d'agressivité verbale chez lui. Elle dit que son mari n'est pas toujours apparu jaloux, mais seulement lorsqu'il avait des difficultés, il accusait sa femme d'en être la cause. À propos de l'épisode de la longue vue en Yougoslavie, madame rapporte que son mari lui a raconté l'affaire. Madame dit s'être posé un peu des questions, mais avoir trouvé l'affaire drôle en disant «peut-être qu'il m'aime beaucoup». Madame me dit qu'elle a été élevée dans une bonne famille et que son mari est son premier amour et qu'elle ne l'a jamais trompé. Elle me dit que les deux familles avaient une très bonne estime l'une de l'autre et qu'elles vont être très désemparées à la connaissance de ce qui se passe aujourd'hui. Madame dit qu'elle continue d'aimer son mari parce qu'elle pense qu'il est malade. Elle pense qu'il est malade de son imagination. Lorsque je lui dis que leurs difficultés maritales durent depuis douze ans, madame me dit qu'il y a une grosse différence quand elle était en Yougoslavie et au Canada. Elle fait beaucoup de nuances quant aux circonstances.

À propos de la situation actuelle, madame me dit clairement que si je lui dis que son mari ne peu pas changer, elle va divorcer. Questionnée davantage, elle me demande si je peux guérir son imagination malade, sa jalousie et son caractère difficile. Je lui dis que c'est très difficile de répondre à cette question pour le moment.

Madame se présente comme une femme gentille, douce, avec une voix parfois mielleuse, qui établit un contact très facile dès le début et qui apparaît très vite séductrice. Elle a une facilité de communiquer effectivement, ce que son mari ne peut digérer. Madame ne m'a pas semblé dramatiser la situation et son exposé apparaît très logique. Elle a fait son exposé d'une façon qui m'a semblé assez détachée, mais vers la fin on pouvait sentir beaucoup plus d'affectivité en relation avec son histoire. Lorsque je lui suggère de faire venir son mari, elle refuse d'abord disant qu'elle avait extrêmement peur et par la suite accepta en me demandant de demeurer dans le bureau. 56

La confrontation fut assez calme et la conversation eut lieu seulement en français, à ma demande. Monsieur Delev dit au début qu'il n'avait rien à dire puis regardait sa femme en riant d'un rire moqueur. Puis, il lui demande si elle est venue le voir ou seulement me voir. Son épouse lui dit qu'elle est venue ici à ma demande et le patient devient plus en plus tonique disant à peu près ceci qu'elle n'était pas venue ici pour le voir mais pour le faire enfermer. Puis monsieur fait des commentaires sur le fait qu'il soit venu ici, que c'était une sale histoire. Sa femme lui explique qu'elle ne voulait pas qu'il vienne ici, mais qu'elle a dû signer le papier afin qu'il collabore mieux aux traitements. Le patient se fâche davantage en disant que sa femme le trouvait fou et que ça confirmait le fait qu'elle voulait le voir ici. Puis il l'accuse de putain et d'avoir flirté avec le marin etc... Madame essaie d'expliquer mais monsieur ne veut pas entendre un mot. Madame lui dit que s'il change, elle est prête à reprendre avec. Monsieur la traite de menteuse et dit ce qu'elle veut, c'est de retourner en Yougoslavie. Monsieur affirme devant sa femme que la seule solution à ce problème c'est le divorce. Puis demande si la rencontre est finie.

Après l'entrevue, madame n'a plus d'opinion à propos de sa décision. Elle attend de savoir s'il est traitable ou non et elle compte sur l'intervention de son beau-frère qui vient au Canada afin que ce dernier influence le patient à changer d'attitude et peut être à retourner en Yougoslavie, mais madame affirme que si son mari changera elle est prête à demeurer au Canada.

Après la rencontre avec sa femme, le patient est plus en plus décidé à divorcer et affirme qu'il a peur de sa femme qui a usé de ces moyens pour le faire interner. Il voit que sa femme veut le faire traiter ici et c'est pour cela qu'il veut divorcer. Puis il affirme que c'est une sale affaire. Puis monsieur demande si après cette histoire, il pourra demeurer au Canada. Ne connaissant pas au juste les lois de l'immigration, je lui dis que je ne peux répondre à cette question. Monsieur m'affirme qu'il fera appel au Protecteur du citoyen et qu'il ne laissera sûrement pas tomber l'affaire après sa sortie.

PD/jm Pierre Dorion m.d.

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20-11-71

Notes de l'infirmière:

A eu de la difficulté à s'endormir Comportement acceptable, rien de spécial.
Denise Prévost i.l.

22-11-1971

Notes de l'infirmière:

Patient calme, pensif, seul. Dit qu'il est dans un climat non favorable ici et que ce n'est pas un milieu pour lui. Dit qu'il ne doit pas être ici. Communique avec 1 ou 2 patients.
Anne Tremblay e.i.

Rencontre avec Mme Castonguay:

Cette dernière raconte que le cas Delev est un gros cas pour l'immigration: «c'est très complexe». Elle dit que monsieur Delev ne sera pas déporté même si l'immigration conclut à l'expulsion après enquête à cause du rideau de fer. Madame continuera à s'occuper de la famille et à apporter du support à monsieur Delev.

La réunion du Bureau mental s'est faite en présence du docteur Louis Roy. Le diagnostic d'état paranoïaque fut porté en raison de la personnalité prémorbide du patient, de ses difficultés et échecs antérieurs, de la situation actuelle, de l'imagination morbide et de prémices (sic) fausses à propos de sa femme, et de la dangerosité de son comportement actuel.

Il a été décidé de traiter le patient à l'hôpital pour une période indéterminée.

Pierre Dorion m.d.

* * * * *

SERVICE SOCIAL
(Yvon Gervais t. s. )

Évaluation psycho-sociale:

Personnes rencontrées:

L'épouse du patient

Des amis du couple Delev:

Monsieur et madame Jean-Marc Lyonnais
2716 Wilbrod
Québec Tel: 663-3184

Monsieur Majcen Zoran
397 des Franciscains
Québec Tel: 681-7001

Une assistante sociale du ministère de l'Immigration du Québec
Madame Jeanne Castonguay, a. s.
117 Rue St-André
Québec Tél: 643-2113

CONSTELLATION FAMILIALE:

Monsieur est né le 14-2-1922, médecin
Madame est née le 2-6-1932, professeur de langue. 57
4 garçons:
Gligor, 16-2-1960, étudiant
Slobodan, 8-5-1961, étudiant
Alexandre, 12-1-1963, étudiant
Konstantin, 15-5-1969

Famille du sujet:

Père: Assassiné par des voleurs alors que le patient avait 23 ans.
Mère: Agée de 80 ans.
Enfants: 2 garçons, 5 filles:
Risto
Maria
Helena
Konstantin
Lubitza
Bosilka
Desa

L'épouse du sujet dit qu'elle s'entendait bien avec sa belle-famille. Elle dit que Konstantin, frère de monsieur Delev, était celui qui a toujours eu le plus d'influence sur son mari.

Famille de l'épouse du sujet:

Père: Décédé.
Mère: Fée de 66 ans
Enfants: Alexandre
Un autre frère décédé.

HISTOIRE CONJUGALE:

Madame Delev raconte qu'elle a connu son mari en 1959 alors qu'elle était étudiante. Elle décrit monsieur comme étant alors très gentil et très poli, comme un type qui avait durement été éprouvé: 3 ans de prison durant (sic) la guerre, divorce avec sa première épouse qui l'avait trompé selon lui.

Après six mois de fréquentation, les Delev se marient. Madame était alors professeur, monsieur, étudiant en médecine. Celui-ci termine ses études en 1960. Cette même année, madame donne naissance à un premier enfant, puis monsieur s'en va à 100 milles de la demeure familiale pour un stage en milieu hospitalier. Il venait voir sa femme et son fils à tous les mois, madame dit que l`entente était très bonne entre eux à ce moment.

Après son stage, monsieur trouve du travail dans un village minier et madame, qui attendait un deuxième enfant, l'y rejoint un mois plus tard. C'est à ce moment, selon madame, que le comportement de monsieur a changé. il est devenu jaloux, accusant madame de vouloir le tromper avec un voisin.

Après avoir séjourné un an à ce dernier endroit, monsieur Delev décida qu'il fallait déménager.

Ils séjournèrent deux ans dans un autre village où monsieur a dû travailler très fort et subir les difficultés que lui causaient les autorités communistes parce qu'il avait déjà été emprisonné. Madame dit que son mari n'était pas capable d'envisager cette dure réalité, qu'il était souvent d'avis contraire à ses compatriotes et avait de la difficulté à réaliser ses idées. Elle dit que c'est ce grand besoin de se réaliser qui l'a poussé à offrir sa démission pour qu'on reconnaisse ses bons services (monsieur croyait qu'on ne lui trouverait pas de remplaçant). Ce qui ne fut pas le cas et monsieur se retrouva sans travail. Déçu, nerveux, monsieur refuse d'être aidé dans sa recherche d'emploi. Il se trouva un autre emploi et dit qu'il doit déménager parce que sa femme ne s'entend pas avec les voisins. Madame dit: «chaque fois qu'il y a problème, c'est à cause de moi».

Madame dit qu'elle n'était pas d'accord pour déménager mais qu'elle ne pouvait rien y faire. Elle dit qu'elle n'avait pas les mêmes idées politiques que son mari et que celui-ci était toujours en conflit: soit qu'il se sente persécuté ou qu'il persécute quelqu'un. Par exemple, à ce nouvel endroit, monsieur devait travailler beaucoup parce que son confrère, quoique très bon médecin, était presque alcoolique et s'absentait parfois. Monsieur se donnait corps et âme à son travail. Mais, après quelques mois, il commença à s'absenter du travail disant qu'il pouvait bien le faire puisque son collègue buvait. Il entreprit une campagne pour faire désister son confrère mais il fut blâmé pour ce geste. Madame lui dit qu'elle comprenait son attitude mais qu'il fallait qu'il considère que son collègue était compétent malgré tout. Madame dit que monsieur n'accepte jamais d'être repris et devient «agressif en paroles» lors de discussions.

Monsieur rétorqua à sa femme: «tu seras contente lorsque les communistes m'auront pendu»58. Il décida d'aller en Algérie mais la permission lui fut refusée par les autorités. Madame souligne que son mari est porté à entreprendre beaucoup de projets, à s'enthousiasmer pour du nouveau mais que son ardeur diminue rapidement. Il a ainsi perdu beaucoup d'argent dans ses démarches pour immigrer soit en Allemagne, en Australie ou au Canada. Il s'était mis à acheter et revendre des autos, ceci nuisait à sa réputation de médecin au sein de la communauté. Madame souligne que pour elle, deux choses sont importantes au niveau du couple: l'harmonie et une bonne réputation. Ce genre de situation la désolait et monsieur lui répondait que c'est de sa faute. Il l'aurait accusée d'éprouver un plaisir sexuel à parler avec un ouvrier venu peinturer à la maison. «Quand il me querelle, je sais qu'il y a un problème, je cherche ce qui se passe».

Madame poursuit en disant qu'elle avait l'habitude d'aller à la mer, l'été avec ses enfants. Monsieur se serait rendu l'espionner durant trois jours et lui aurait avoué sa grande satisfaction de ne pas l'avoir surprise avec un homme.

Monsieur lui annonça à ce moment qu'il avait décidé de quitter le pays pour aller travailler dans un laboratoire de recherche à Paris. C'était un ami rencontré par hasard qui lui aurait promis cet emploi. Madame dit: «ce n'était qu'une probabilité, mon mari lui, en était sûr». Encore une fois je n'étais d'accord59. Il n'y avait rien de sûr. Monsieur s'est rendu à Paris mais n'y a pas trouvé le travail attendu, disant que son ami ne l'avait pas aidé vraiment.
Monsieur s'est par après rendu en Autriche. Il n'y a pas trouvé de travail et son frère Konstantin l'y rejoint en compagnie de madame. Celle-ci avait dû vendre les meubles et se rendre avec ses enfants chez sa mère.

Monsieur dit à son frère que madame n'était pas fidèle et qu'elle l'avait ruiné; madame porte à notre attention le fait que son mari n'est jaloux que lorsqu'il vit une situation difficile. Monsieur aurait parlé de divorce à ce moment puis aurait fait une «nouvelle déclaration d'amour» à madame et manifesté le désir de venir au Canada. Le trio en serait venu à un compromis: monsieur et madame viendraient au Canada, laissant deux de leurs enfants en Yougoslavie. Ceux-ci devraient venir rejoindre leurs parents plus tard si monsieur trouvait du travail.

Madame dit que leur famille respective à monsieur et à elle, ainsi que leurs amis trouvaient ce projet très aventureux. Madame poursuit en déclarant qu'elle-même était découragée devant cette éventualité. «C'est ici que la jalousie de mon mari devient terrible».

Ici, Monsieur ne faisait que blâmer madame pour ce qu'elle faisait ou ne faisait pas. De plus, madame attendait un 4e enfant qu'elle ne voulait pas. Elle dit que son mari ne la chicanait plus en privé mais devant des tiers, ce qui était très dur pour elle. Il l'accusait de l'avoir empêché pour ses examens au Collège des médecins. «Ils n'avait pas ouvert ses livres». Madame dit qu'elle songeait, après 4 mois au pays, à retourner dans son pays puisque son mari l'accusait de vouloir le tromper avec un de leur ami marié. Monsieur invita alors ce monsieur et sa femme pour qu'ils persuadent sa femme de rester.

Par la suite, monsieur accusa sa femme d'avoir l'intention de le tromper avec un autre de leur amis. (Il lui défendait de rencontrer ces gens). Madame dit que c'était pénible pour elle puisque ces amis mariés leur avait rendu service et qu'elle aimait inviter ces couples d'amis. Elle cessa cependant de les inviter mais c'est son mari qui les invita.

Madame dit que la situation s'est aggravée lorsque monsieur est allé suivre des cours d'anglais à Hamilton. Lors d'une de ces visite au foyer, monsieur apprit de madame qu'elle avait reçu des couples d'amis. Monsieur l'accusa de vouloir le tromper et la frappa avec ses poings. Il revint trois jours plus tard et la menaça avec une hache. Il disait qu'il voulait la tuer, elle et les enfants. Madame raconte qu'elle parvint à se sauver et fit avertir la police. Faute de preuves, les constables venus sur les lieux n'ouvrirent pas l'enquête.

Le lendemain, monsieur pleura et demanda à sa femme de lui rester fidèle, sinon il ne savait plus que faire. Par la suite, madame consulta les psychiatres de l'Hôtel-Dieu. Elle tenta de convaincre son mari de se faire soigner par un psychiatre. Monsieur s'était rendu à l'Hôtel-Dieu pour se faire traiter pour un ulcère. Celui-ci refusa.

ATTITUDE DE MADAME EN ENTREVUE ET ÉVALUATION GLOBALE

Madame Delev est très à l'aise, communique facilement. Elle semble préoccupée par les faits qu'elle raconte. On sent chez elle une très grande culpabilité face à l'hospitalisation de son mari. Elle dit qu'elle cherche ses torts, à comprendre ce qu'elle faisait de nuisible à son mari. Elle admet qu'elle ne l'a pas toujours écouté lorsqu'il lui défendait de parler avec des hommes. Elle dit que c'était des hommes mariés et que les couples étaient leurs amis. Madame aime beaucoup recevoir des gens et ne voit pas pourquoi elle ne recevrait pas ces gens puisque ce sont des personnes qui les ont aidés depuis qu'ils sont au pays.

Madame dit que son mari est un «bon père» de famille qui aime les enfants. Elle ajoute qu'elle aimerait vivre à nouveau avec lui mais qu'elle ne peut plus endurer ses violences physiques. Elle est d'ailleurs terrifiée par l'idée que son mari pourrait vouloir se venger sur elle et les enfants suite à son hospitalisation. Elle dit qu'elle ne voulait pas le faire hospitaliser mais qu'elle s'est bien rendue compte qu'il était malade.

Madame ne sait pas si elle va retourner en Yougoslavie où demeurer ici: tout dépendra de la venue du frère de son mari qui doit arriver prochainement au pays.

Madame ne nous est pas apparue comme une personne manipulatrice qui tentait de tirer profit de la situation. Elle semble énormément affectée par celle-ci. On pourrait lui reprocher de n'avoir pas tenté de rassurer son mari sur sa fidélité. On peut cependant douter que monsieur qui avait divorcé une première fois parce que sa femme l'aurait trompé, eut été satisfait d'une telle attitude. On peut se demander pourquoi monsieur qui se dit trompé, n'a pas songé sérieusement à laisser sa femme, une femme qui est la cause du nombre de ses difficultés.

Monsieur et madame Jean-Marc Lyonnais

Monsieur et madame Lyonnais ont loué un appartement au sous-sol de leur maison à monsieur et madame Delev, de septembre 1968 à mai 1971. Ils les ont par la suite aidés de mille façons: meubles, transport, travail pour monsieur, etc. Ils disent avoir été témoins de scènes verbales orageuses. Monsieur Delev allait souvent se plaindre de sa femme auprès d'eux: elle l'avait, entre autres, empêché de préparer ses examens de médecine. Monsieur Lyonnais l'avait accompagné à Montréal pour un examen et que le sujet n'avait que fait demi-tour devant la porte plutôt que d'entrer à l'endroit de l'examen. Lors d'une soirée entre autre, monsieur Delev avait blâmé sa femme en présence de celle-ci, devant les invités.

Monsieur Delev a confié à madame Lyonnais qu'il ne pouvait supporter le doute sur la fidélité de sa femme. Les époux Lyonnais ont remarqué que monsieur Delev était très jaloux des hommes jeunes même s'ils étaient ses amis et qu'il les connaissait bien. Ils ajoutent que monsieur Delev essayait constamment de prouver qu'il était capable de.... Au niveau paternel, ils disent que le sujet adore ses enfants et qu'il leur accordait beaucoup d'attention.

En somme, monsieur et madame Lyonnais conservent l'image d'un homme très difficile, exigeant et intransigeant. Lorsque monsieur Delev a quitté leur logis, il dit qu'il s'était fait exploiter. De madame Delev, ils disent que c'est une personne gentille, douce, qui n'a peut-être pas des dons exceptionnels de ménagère mais qui n'est pas certes une mauvaise épouse.

Mme Jeanne Castonguay, a. s.

Madame Castonguay a aidé monsieur et madame Delev à s'installer au Québec. Pour monsieur, elle a surtout cherché du travail, le référant au département de recherche de la Faculté de médecine de l'Université Laval. Monsieur fut congédié étant incapable d'accomplir le travail. Il travailla aussi à l'Hôpital Saint-Sacrement (du 2-2-70 au 24-5-70) et à l'Hôpital de Loretteville, comme infirmier. Nos informations sont à l'effet que monsieur était un bon employé et qu'on avait été satisfait de son travail.

Madame Castonguay nous a appris qu'elle avait remarqué' qu'il y avait mésentente conjugale et que monsieur était assez brusque et intransigeant avec madame. Celle-ci apparaissant à madame Castonguay comme une personne gentille et craintive. Madame Castonguay avait référé (en fin août début septembre 1971), le couple, étant fatigué, à un omnipraticien. Celui-ci aurait suggéré que monsieur soit vu par un psychiatre. Ce à quoi, monsieur avait très mal réagi.

Madame Castonguay dit que Monsieur avait cancellé l'allocation de subsistance allouée aux Delev par le ministère des Affaires Sociales avant son départ pour Hamilton. Ceci avait laissé à madame Delev et ses enfants aucun vivre. Monsieur gagnait 80 00 $ par semaine pour suivre des cours à Hamilton mais ne versait rien à madame.

Monsieur Zoran Majcen, ami du couple

Monsieur Zoran dit que monsieur Delev est incapable de conserver des amis: il est «dictateur, ne tolère aucune opposition à ses idées et se choque facilement.»

Depuis qu'il est hospitalisé, monsieur Delev a demandé à monsieur Zoran de le visiter à deux reprises. Lors de ces visites, le sujet a décrit sa femme comme une «putain» qui n'avait rien fait mais dont les intentions sont mauvaises. Monsieur Zoran dit que madame est une «bonne épouse et une bonne mère» et qu'il comprend mal l'attitude de monsieur Delev avec sa femme.

Yvon Gervais, t. s.
Service Social Psychiatrique

* * * * *


Note de l'auteur: Monsieur et madame Lyonnais et monsieur Zoran Majcen, les «amis du couple», sont bien choisis - par mon ex-épouse. Ils prétendent être mes amis, disent qu'ils m'ont aidé «de mille façons» mais que je ne suis pas un homme qui apprécie l'aide et que je suis «incapable de conserver des amis». Allons donc! Je serais en même temps leur ami et un très, très mauvais ami!? D'autre part, mes enfants, mes vrais amis, comme le Père Claude Lavergne, recteur de CÉGEP, le docteur Jaromil Danek, professeur de l'Université Laval et son épouse, le docteur Georges Sotiroff, professeur de l'Université Laval, le docteur Michel Jean, médecin, étaient mes visiteurs réguliers, et monsieur Gervais ne les mentionne pas. Pourquoi? Peut-être sont-ils d'aussi mauvais amis que moi?

Néanmoins, les allégations -- les «preuves» soutenant le fait que je sois mentalement malade, comme dire que je suis «un dictateur», que je me «choque facilement», que j'ai «loué un appartement au sous-sol», que les Lyonnais «conservent l'image d'un homme très difficile, exigeant et intransigeant», qu'ils ont «été témoins de scènes verbales orageuses», etc. etc., sont des niaiseries simplistes, avancées simplement pour prouver que j'étais malade mentalement.

D'autre part, les allégations - échappées par inadvertance - à l'effet que «il adore ses enfants et qu'il leur accordait beaucoup d'attention,» que «j'avais fait demi-tour devant la porte plutôt que d'entrer à l'endroit de l'examen», que j'ai été «très jaloux des hommes jeunes» (seulement les hommes vraiment dérangés sont jaloux des vieillards décrépits) -- prouvent sans équivoque que je suis un homme parfaitement sain d'esprit.

En bref, ce rapport, comme d'ailleurs presque toutes les notes portées à mon dossier, est une honte pour l'hôpital qui les conserve comme un «document».

L'allégation selon laquelle nous avons loué un appartement chez les Lyonnais, de septembre 1968 à mai 1971, est fausse et ce n'est pas par hasard. Nous n'avons habité leur maison que durant quatre mois. Madame et monsieur Lyonnais connaissent très bien le français, ce qui indique, sans l'ombre d'un doute, qu'ils ont formulé cette allégation dans l'intention criminelle de me nuire.

Naturellement, les gens habituellement n'agissent pas sans intérêt. Je suis convaincu que tout a commencé par la relation de mon ex-épouse avec monsieur Lyonnais. Celui-ci venait souvent la voir, apparemment pour lui venir en aide «de mille façons». Mon épouse a toujours su trouver les prétextes qu'il fallait pour rencontrer des hommes. Pour monsieur et pour mon ex-épouse, il était facile d'exciter madame Lyonnais contre moi. Ironie du sort, elle et sa soeur ont été mes patientes psychiatriques pendant notre séjour dans leur maison. Tous les trois, les Lyonnais et mon ex-épouse, je crois, ont amené madame Dionne à penser comme eux, car avant mon internement, elle s'était toujours montrée amicale envers moi. Celle-ci, au cours des événements et bien qu'elle soit profane en psychiatrie, a commencé à collaborer avec les autres pour me faire interner. En outre, elle a convaincu son mari (chirurgien) de se transformer en principal partisan et le plus frénétique instigateur, de la nécessité de mon internement. Morale: les femmes exercent sur les hommes un pouvoir extraordinaire.

D'autre part, mon ex-épouse n'a jamais eu de problèmes d'argent, ni en Yougoslavie ni au Canada. C'est elle qui a préféré recevoir l'argent de deux sources, soit du Bien-Être social et de moi-même. J'ai travaillé très dur, après mes heures de cours d'anglais et au cours des week-ends, pour que ma famille ne manquât de rien.

En outre, le raisonnement de monsieur Gervais est biscornu, comme celui de ses patrons psychiatres. Il est évident que madame a tiré un certain profit lorsqu'elle a réussi à m'interner. Et bien qu'elle n'ait pas «tenté» ou plutôt qu'elle n'était pas capable «de rassurer son mari sur sa fidélité», il trouve que madame est irréprochable! Pourtant, monsieur pose la question qu'il aurait dû poser à madame, car c'est elle qui s'est plainte: si elle n'était pas satisfaite d'un mari fou comme elle se plaisait à me présenter, pourquoi madame n'a-t-elle pas songé sérieusement à laisser son mari, un homme «la cause du nombre de ses difficultés»? Je n'ai jamais rencontré ce monsieur Gervais.

En fait, madame Castonguay était dupée par mon ex-épouse ou ses amies. Au contraire de l'allégation qu'elle a faite, c'est moi-même qui ai demandé à madame Castonguay de nous recommander quelqu'un qui puisse nous aider à régler nos problèmes conjugaux. Et c'est mon ex-épouse qui se méfiait de la suggestion que nous voyions tous les deux un psychiatre. Pour l'amour de mes enfants, j'étais disposé à faire tout mon possible pour sauver notre famille. Hélas, ce fut un échec. D'ailleurs, il était très facile pour monsieur Gervais de téléphoner au médecin et de vérifier les allégations (j'ai en ma possession un enregistrement sur bande magnétique dans lequel le médecin confirme ces faits en réponse à mes questions).

Il est peut-être opportun à ce stade-ci de citer le docteur Szasz, qui nous indique bien sous quel angle envisager ces notes:

Le résultat est que, de nos jours, particulièrement dans les pays de l'Ouest dont l'influence est fort grande, toutes les difficultés et les problèmes que posent la vie sont considérés comme des maladies psychiatriques, et que tous, sauf les personnes qui font le diagnostic, souffrent de maladies mentales. De fait, il n'est pas exagéré de dire que la vie est maintenant perçue comme une maladie qui commence à la conception et se termine à la mort, exigeant, à chaque étape, l'habile intervention de médecins et, en particulier, de professionnels de la santé mentale.60

Ordonnances non médicamenteuses:

Téléphone via infirmières - Visite permise sauf pour amis - Voir au cardex - Peut recevoir des téléphones.

Pierre Dorion m.d.

23-11-71

Notes de l'infirmière:

Dort assez bien. Se mêle peu aux autres, rien de spécial.

Denise Prévost i.l.

24-11-71

Notes de l'infirmière

Aucune médication de jour. Très méfiant face au médecin, dit qu'il ne se fait pas une bonne réputation. Doute de tout ce qu'on lui affirme. Interprète. Aucune auto-critique. Sourire sarcastique face aux règlements établis en ce qui le concerne. Écrit une partie de la journée. Se mêle peu aux autres patients. Tient beaucoup à rencontrer le Protecteur du citoyen. Non satisfait du rapport que celui-ci doit lui parvenir (sic). En rit car dit-il qu'on ne peut faire un rapport sans avoir rencontré une personne. Accaparant. Désire appeler son frère en Yougoslavie. Accepte de passer ses tests en psychologie.

M. Fréchette i.l.

Se mêle peu au groupe. Patient n'a plus confiance en personne. Se dit toutefois bien traité ici. Fait de la correspondance. Répète qu'il n'est pas «fou» et très lucide. Demande s'il aura des E.C.T. ce qui semble l'inquiéter un peu. Facilement irritable, agressif. Considère son séjour ici comme une honte, une déchéance. Patient malheureux. Accepte bien le refus lorsqu'il demande pour appeler son frère en Yougoslavie.

Anne Tremblay e. i.

Notes évolutives:

Très interprétant et paranoïde. Tonique et patient essaye par tous les moyens de prouver qu'il a raison.

Pierre Dorion m.d.


Note de l'auteur: J'ose dire que les plus interprétants, paranoïdes et toniques (agressifs) sont les politiciens, les avocats et... les psychiatres. Ils essaient par tous les moyens de prouver qu'ils ont raison. La politique, la justice et la psychiatrie ne disposent pas de moyens précis et objectifs pour se justifier. Prenons comme exemple les psychiatres; pendant les procès devant la Cour, les psychiatres servent très souvent à titre d'«experts». Un psychiatre très renommé prétend que le sujet est mentalement malade et un autre psychiatre aussi réputé affirme que celui-ci est bien portant. Tous les deux se servent d'interprétations car ils n'ont pas d'autres moyens; ils essaient de prouver verbalement leur point de vue. Selon les critères du docteur Dorion, l'un ou l'autre, ou encore tous deux, sont mentalement malades. Est-ce qu'ils ont besoin d'être traités ou d'être internés dans des maisons d'aliénés?

25-11-71

Notes de l'infirmière:

Ne dort pas au début de la nuit. Demande un somnifère à 12:00 reçoit Noludar 300 mg 1 caps. Dort bien par la suite.

Denise Prévost i.l.

A fait un appel à son épouse en soirée parle gentiment sans se fâcher, il pleure après ce téléphone. A eu la visite d'un avocat. Descend à la danse. Revient souriant, dit qu'il a bien aimé sa soirée. Collaboration bien. Aimerait une table et une chaise pour écrire à sa chambre sans être dérangé par la T.V. etc. etc. Demande quelque chose pour dormir h.s. Noludar 300 mg «per os». Bonne soirée.

M. Parent Naud i.a.

Ordonnances médicamenteuses:

Chloralol 1 co H.S. P.r.n. à répéter P.r.n.

Pierre Dorion m.d.

Ordonnances non médicamenteuses: Permission de lire au coucher.

Pierre Dorion m.d.

26-11-71

Notes de l'infirmière:
A bien dormi

A. Rochefort i.l.

Aucune médication de jour. Se mêle peu aux autres patients. Écrit une partie de la journée. Se promène de long en large en sifflant. Calme, semble d'assez belle humeur. Fait quelques téléphones avec la permission des infirmières, elle signale le numéro. Accaparant vis-à-vis des téléphones. Méfiant, sourit peu. Bon appétit. Bon comportement. Coopère assez bien avec le personnel. Participe pas aux activités de la salle.

Monique Couture e.i.

Fait un appel à son épouse qui vient le voir ce soir avec ses quatre fils. Patient très content. L'atmosphère entre le couple m'a paru assez bonne, quoique je ne les ai vu que quelques instants. Madame m'apparaît douce, aimable et bien affectée par la maladie de son mari ici. Le patient fait de la lecture et me demande des explications pour les questions d'un «tests» qu'il doit remettre lundi. Ne saisit pas toujours le sens de la question. Je lui consacre une heure en le laissant bien répondre lui-même aux dites questions. Demeure méfiant et inquiet de l'avenir. Un peu moins tonique. Me remercie pour services rendus. Poli et souriant h.s. Noludar 300 mg «per os».

M. Parent Naud i.a.

27-11-71

Notes de l'infirmière:

A bien dormi. Parle très peu aux autres patients.

A. Rochefort i.l.

Aucune médication de jour. Appel chez lui à 2 reprises. Parle de sa rencontre avec un avocat. Il dit qu'il ne peut faire grand chose pour lui vu que sa femme est responsable de lui. Selon lui sa femme voudrait le libérer de l'hôpital. Croit qu'elle est influencée par ses amis et le docteur Dorion. Parle de tout cela sans trop d'agressivité. Nous fait toujours remarquer que ce qu'il dit est logique. Reçoit la visite de son garçon en après midi. Il en paraît très content. S'occupe à faire des test en psychologie. Nous demande souvent le sens des questions posées. Bonne journée.

M. Fréchette i.l.

Aucune auto-critique. Nous raconte que sa femme est malade mentalement, mais non lui - que toute est la faute de son épouse et que le problème doit se régler avec elle et non avec le docteur Dorion. S'occupe à son test psychologique, y est très intéressé. Dit qu'il n'est pas agressif, mais très désappointé de tous ceux qui complotent contre lui.

Ginette R. Paré i.l.

28-11-71

Notes de l'infirmière:

Passe une bonne nuit - le sommeil est bon.

A. Rochefort i.l.

Aucune médication de jour. Fait plusieurs téléphones encore. Inquiet car selon lui sa femme serait malade physiquement. Continue toujours son test en psychologie. Peu de changement dans son comportement. Demeure sans autocritique. Participe au tournoi d'échecs. S'occupe de cette façon une bonne partie de l'après-midi.

M. Fréchette i.l.
Le malade termine ce soir son «Test psychologique» Méfiant - craint beaucoup qu'on essaye de le tromper encore - Comportement sensiblement le même. Aucune auto-critique. Ne pardonne pas du tout à sa femme de l'avoir casé ici - dit qu'elle est malade «mentalement».

Ginette R. Paré i.a.
29-11-71


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