Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Coopère bien. Spécimen de selles.
Denise Prévost i.l.
Aucune médication de jour. Continue ses test en psychologie. Calme, belle humeur. Demeure
seul, se mêle pas aux autres. Participe pas aux activités de la salle. Pose des
questions sur son test en nous demandant notre avis. Comportement peu de changement.
Coopère bien avec le personnel. Semble méfiant encore un peu.
Monique Couture e.i.
Manque toujours d'autocritique. Coopération bonne avec nous S'isole - ne s'intéresse pas
à son entourage. Agressif en soir. Parle à sa femme en disputant. Rejette tout le tort
à sa femme. Dit qu'il n'oublie pas ce qu'elle lui fait h.s. Chloralol 1 co.
Ginette R. Paré i.a.
30-11-71
Notes de l'infirmière:
Sommeil très léger, dit qu'il se réveille souvent. Demande un somnifère. à 2:45
reçoit Chloralol 1 co. Dort par la suite.
Denise Prévost i.l.
.....
LE PROTECTEUR DU CITOYEN
14, rue Haldimand (angle Mont-Carmel) 1255, Place Philips
Québec (4E) Montréal (111E)
Téléphone 643-2688 Tel. 873-2021
Québec, 30 novembre 1971
Monsieur Risto Delev
Hôpital Saint-Michel-Archange
Mastaï
GIFFARD - Que.
Monsieur,
Il y a quelque temps, vous m'avez fait parvenir une plainte à l'effet que vous étiez
indûment retenu à l'Hôpital Saint-Michel-Archange. J'ai donc fait enquête, dont je
vous fais parvenir les résultats aujourd'hui.
Je veux d'abord vous préciser quel est le but des enquêtes que je conduis lorsque je
reçois des plaintes semblables à la vôtre. Je n'ai aucune compétence pour me prononcer
sur le diagnostic posé ou la thérapie décrétée par les médecins qui ont pris
connaissance de votre cas. Mon rôle est de m'assurer que les procédures prévues dans la
loi des institutions pour malades mentaux sont bien respectées. Ils suffisait donc que je
m'assure que le surintendant de l'hôpital avait en main tous les documents l'autorisant
à vous admettre à l'hôpital. C'est pourquoi je n'ai pas jugé bon que l'un de mes
assistants ou moi-même vous rencontre personnellement.
Conformément à la loi, votre dossier contient un certificat médical récent demandant
votre admission à l'hôpital. C'est sur la foi de ce certificat que le surintendant a
décidé de votre admission à l'hôpital. Par la suite, le conseil médical de l'hôpital
a étudié votre cas et décidé de vous traiter en cure fermée. Je ne vois là aucune
irrégularité que je puisse reprocher à la direction de l'hôpital.
Si vous êtes malgré tout persuadé que votre présence dans cet l'hôpital n'est pas
justifiée, je vous suggère de consulter un avocat et de décider avec lui des
procédures judiciaires à entreprendre pour obtenir votre élargissement. Pour ma part,
je ne saurais vous être très utile dans le sens que vous souhaitez.
Je regrette sincèrement de vous décevoir ainsi, mais je devais en toute honnêteté vous
faire part de mon opinion.
Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Le protecteur du citoyen
Louis Marceau
Note de l'auteur: Monsieur le «Protecteur», dans mon cas, a agi comme un
collaborateur de mes oppresseurs. Dans le dossier, on retrouve quatre certificats
médicaux fabriqués par les malfaiteurs. En outre, je n'ai jamais eu l'occasion de voir
ou de rencontrer le conseil médical.
LE PROTECTEUR DU CITOYEN
14, rue Haldimand 1255, Place Philips
Québec, (4E)Montréal, (111E)
Québec, 30 novembre 1971.
Docteur Louis Roy
Surintendant
Hôpital Saint-Michel-Archange
Mastaï, Giffard - Québec
SUJET: Monsieur Risto Delev
Section M-2E
Monsieur,
Pour faire suite à notre entrevue du 24 novembre 1971, à laquelle participait aussi le
docteur Dorion, il me fait plaisir de vous informer que monsieur Marceau, Protecteur du
citoyen, écrit aujourd'hui même à monsieur Delev pour lui faire part du résultat de
son enquête.
Il précise d'abord que son seul rôle est de s'assurer que les procédures et exigences
prévues par la loi des institutions pour malades mentaux ont été observées et qu'il ne
saurait critiquer ni le diagnostic posé ni la thérapie décrétée.
Monsieur Marceau informe monsieur Delev que son dossier comporte un certificat médical
récent justifiant son admission à l'hôpital et que le conseil médical a décidé un
traitement en cure fermée. Il mentionne aussi qu'il peut, s'il le désire, faire appel
aux services d'un avocat afin d'étudier les possibilités d'entreprendre des procédures
judiciaires.
Je ne saurais terminer cette lettre sans vous remercier de votre collaboration. Soyez
assuré que je conserve un bon souvenir de notre récente rencontre.
Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Raymond Lépine
Assistant du Protecteur du citoyen
* * * * *
1-12-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Participe un peu aux activités de la salle (joue aux échecs
une partie de l'avant-midi).
Se mêle peu aux autres patients. Coopère bien avec le personnel. Comportement peu de
changement.
Écrit cette après-midi. Calme, assez belle humeur. Semble encore méfiant. Rencontre
docteur Dorion.
Monique Couture i.e.
Se mêle peu aux patients car dit que ce n'est pas un climat favorable pour lui. Écrit
encore ce soir. Peu d'auto-critique. Encore méfiant. h.s. aucune médication.
Anne Tremblay e.i.
A bien dormi. Rien de spécial, même comportement.
Denise Prévost i.l.
.....
Note de l'auteur: J'ai déjà mentionné que j'ai non seulement été victime d'un
préjudice mais aussi d'un crime évident, et ce, dès le départ: arrestation sans
mandat, abus excessif de mes droits fondamentaux, traitements cruels et inusités, abus
physique et mental, falsifications flagrantes, contraventions à la loi, etc. Le docteur
P. Vujnovic en a parlé dans sa lettre.61 (lire Exhibit No. 1A, No. 1B)
De plus, j'aimerais souligner un événement qui, de prime abord, ressemble à la chimère
d'un être paranoïaque. Une mise au point en regard de cet incident servira à démontrer
si je suis ou non une personne malade et si ces personnes que j'accuse sont vraiment des
criminels.
Durant mon hospitalisation, on m'a formellement interdit de quitter ma chambre ainsi que
d'entrer en contact avec des gens de l'extérieur. Néanmoins, grâce à l'aide de
quelques infirmières, en particulier Monique Parent Naud, i.a,. et Ginette R. Paré,
i.a., qui étaient de garde à l'Hôpital Saint-Michel Archange, j'ai pu écrire
«illégalement» à qui je voulais.
Selon mes souvenirs et mon journal personnel, j'ai écrit et expédié, immédiatement à
la suite de mon internement, des télégrammes à mon frère, mon beau-frère et à la
tante de mon ex-femme, Chrisula, afin de les aviser que j'étais interné dans un hôpital
psychiatrique. Je les ai suppliés de demander à mon ex-femme d'être raisonnable et de
me faire libérer de l'hôpital.
En particulier, j'ai demandé à mon frère de venir sans délai car, à l'époque,
j'étais certain qu'il pourrait convaincre mon ex-femme d'obtenir mon congé ou
d'intervenir auprès de l'ambassade de Yougoslavie pour éventuellement me ramener avec
lui. Puisque l'arrivée de mon frère a été passablement retardée, en désespoir de
cause, je lui ai envoyé un télégramme le 1er décembre 1971, écrit dans notre langue
maternelle, le macédonien slave, avec le texte suivant: «Viens immédiatement ou je me
tuerai».
J'étais conscient que ce type de télégramme pourrait produire deux effets différents:
il aurait pu convaincre mon frère de venir plus rapidement ou aurait aussi pu être
intercepté et utilisé par les psychiatres comme un prétexte pour m'imposer des mesures
disciplinaires plus sévères. Quoi qu'il en soit, étant en situation désespérée, j'ai
donc choisi l'option du désespoir.
La chambre dans laquelle je dormais seul était idéale pour se suicider. Durant trois
jours, j'ai observé le personnel pour voir s'il y avait quelque changement dans leur
attitude envers moi. Convaincu que mon frère avait reçu mon télégramme, je m'attendais
à ce qu'il demande à mon psychiatre de prendre des précautions et qu'on me garde sous
constante supervision mais, pourtant, je n'ai décelé aucun changement chez les membres
du personnel. Finalement, j'ai confié ce que j'avais fait à deux infirmières, Monique
Parent Naud et Ginette R. Paré, qui se sont montrées sympathiques à mon endroit. Je
leur ai demandé si elles avaient reçu des ordres particuliers me concernant. En
écoutant mon histoire, elles furent surprises et j'ai senti un frisson dans mon dos.
Quelqu'un, quelque part, espérait ma mort!
Après quelques semaines, j'ai reçu une facture du département des Télécommunications
pour le coût de trois télégrammes envoyés antérieurement mais aucune mention de celui
du 1er décembre. Je n'ai aucune idée de ce qui est advenu de ce télégramme. J'ai même
appelé le bureau des télécommunications pour leur demander des explications et me suis
alors rendu compte qu'il n'existait aucune trace de ce télégramme.
Plus tard, après avoir obtenu mon congé, j'étais très intrigué par le sort réservé
au télégramme disparu. J'ai donc appelé de nouveau le bureau des télécommunications
et ai écrit pour exiger une réponse écrite et claire. J'ai reçu une lettre, le 12 juin
1972, dans laquelle un directeur des télécommunications, nommé J.-Y. Boudreault, me
répondait: «comme il vous a été expliqué, tous les télégrammes des patients de
l'Hôpital Saint-Michel-Archange doivent passer par le bureau de l'hôpital et non
directement émaner des patients. Dans les cas contraires, nous ne pouvons recevoir ce
télégramme.» Cette réponse est partiellement vraie.
Les quatre télégrammes furent dictés d'une cabine téléphonique de l'hôpital. Je n'ai
pas demandé la permission des autorités hospitalières et l'employé du bureau des
télécommunications ne m'a pas demandé si j'étais ou non de l'hôpital. Pourtant, trois
télégrammes furent acceptés et envoyés. Seul celui du 1er décembre fut accepté mais
non transmis. Monsieur Boudreault ne m'a pas donné d'explications concernant le double
traitement de mes télégrammes. Je crois que quelqu'un voulait voir mes idées
suicidaires se matérialiser.
Puisque le télégramme était écrit dans une langue étrangère, je suppose que
quelqu'un des télécommunications était curieux d'en comprendre le contenu et fit
sûrement une sorte d'enquête. Dans le cas d'un patient avec l'intention sérieuse de se
suicider, la réaction la plus logique et le devoir de l'employé seraient, me
semble-t-il, d'avertir l'hôpital. À cette époque, je crois que les psychiatres
voulaient uniquement me donner «une leçon»; un suicide à l'hôpital aurait été un
événement gênant pour eux.
Avec le contenu du télégramme, j'ai donné à l'employé l'adresse exacte et le numéro
de téléphone de la résidence de mon ex-épouse. L'hypothèse la plus plausible est que
l'employé ait appelé chez elle pour s'informer du contenu du télégramme. Je crois
qu'elle a conseillé aux gens des télécommunications d'ignorer ce télégramme et,
puisque les employés de cet hôpital ne prenaient aucune précaution, elle n'a de toute
évidence pas avisé l'hôpital du contenu du télégramme. Souhaitait-elle que je me
suicide?
En conclusion, quiconque a arrêté le télégramme l'a, de toute évidence, fait avec une
intention diabolique. Oui, c'est ce que j'appelle un véritable crime.
Alors que l'infirmière responsable de mon cas, madame Fréchette, se montrait la plupart
du temps froide et d'humeur variable, les autres infirmières accomplissaient leurs
tâches de façon routinière, sans me prêter d'attention spéciale. Monique Parent Naud
et Ginette R. Paré se montrèrent, par contre, extrêmement sympathiques. Grâce à
elles, j'étais le seul patient du département à disposer d'une chambre individuelle. Ce
fut également par leurs soins que j'entendis parler du Protecteur du citoyen et de l'aide
juridique et elles m'encouragèrent à leur soumettre mon cas. Madame Paré dactylographia
sans se lasser mes lettres, à même la machine à écrire du département. J'étais le
seul patient autorisé à prendre le café à la cafétéria du personnel et à causer
avec elles de tout et de rien. Elles m'écrivirent au cours de leurs vacances et
également plus tard (voir Pièce No 33: Correspondance
bizarre entre les infirmières et moi).
Après mon internement, nous avons gardé contact et je ne suis jamais allé à Québec
sans que nous ne trouvions le temps de nous rencontrer. Elles m'ont même promis qu'elles
se présenteraient à la Cour pour témoigner en ma faveur. C'est pourquoi j'ai été
extrêmement surpris de constater que leurs notes ne correspondaient aucunement à
l'attitude qu'elles avaient manifestée au cours de mon hospitalisation et par la suite.
Il n'y a pas un mot sur le télégramme mentionné ou sur les longues et nombreuses
conversations que nous avions tenues ou encore les cadeaux que je leur ai donnés. (Le 16
janvier 1972 madame Naud m'a écrit qu'elle s'est sentie «un peu gênée d'accepter mon
«chef-d'oeuvre». Voir Pièce No 33). C'est une des
raisons pour lesquelles je soupçonne qu'une partie des dossiers médicaux a été
falsifiée (ce qui fut ultérieurement prouvé en Cour), de même que furent falsifiés
d'autres aspects du dossier.
.....
NOTES ÉVOLUTIVES
Monsieur Delev affirme qu'il n'a plus confiance en moi et qu'il n'a rien à me dire. Il
répète toujours les même arguments qu'auparavant. Comportement et état mental idem.
Discussion orageuse.
Au téléphone vendredi, sa femme me dit qu'elle n'a jamais été d'accord pour
interner son mari. Elle demande si elle peut le faire sortir. Elle est maintenant sûre
que son mari a eu une bonne leçon et qu'actuellement elle est sûre qu'il n'est plus
dangereux.
J'explique à madame que nous ne demeurons rigides sur nos positions et je l'invite à me
rappeler la semaine prochaine pour rediscuter.
Le docteur Roy est mis au courant des nouveaux développements.
Pierre Dorion m.d.
* * * * *
Note de l'auteur: (Pièce No 18) La leçon est plutôt
pour les psychiatres que pour moi mais leur intelligence était trop limitée pour qu'ils
puissent identifier une hystérique.
«La re-discussion» ne figure pas dans mon dossier. Pourquoi? Je laisse au lecteur le
soin de répondre.
Ce n'est pas que je n'avais pas confiance au docteur Dorion au départ mais à la longue,
je me suis rendu compte qu'il était complètement incompétent. Exception faite de notre
première rencontre au cours de laquelle nous avons eu une conversation intéressante,
avec le temps, son comportement est devenu pour le moins particulier. Il m'évitait, ce
qui me forçait à le poursuivre dans les couloirs pour lui demander s'il pensait à ma
situation. Généralement, lorsque je réussissais à «l'attraper», sa réponse se
résumait en un haussement d'épaules accompagné d'un «ha!?!» qui exprimait sa
perplexité et son manque d'intérêt. Finalement, un jour, alors que je le confrontais
dans le couloir, je lui dis qu'il était incapable de me suivre comme patient. «Je suis
médecin, lui dis-je, et j'ai beaucoup plus d'expérience que vous. Si vous m'écoutez, je
peux vous prendre par la main comme un petit garçon et vous montrer comment régler mon
affaire en quelques jours, sinon quelques heures. Observez-moi. Est-ce que vous voyez
quelque chose d'anormal. Interrogez mes enfants, mes amis, la police, les voisins, les
propriétaires, mes camarades de classe à Hamilton. Je ne crois pas que vous les ayez
consultés. Si vous l'aviez fait, ils vous auraient dit que je n'ai rien d'anormal. Si
vous écoutez ma femme et ses amis, je vais rester ici pour toujours, mais ça, ce n'est
pas de la psychiatrie.» Après son habituel «ha!?!», embarrassé, il s'est rapidement
éclipsé.
......
3-12-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Participe plus aux activités de la salle. Nous montre un jeu
de cartes qu'il connaît. Passe une partie de l'avant-midi à jouer. Seul par la suite, se
promène et écrit une partie de l'après-midi. Coopère assez bien. Bon comportement -
peu changeant. S'hydrate et s'alimente bien. Calme. Se mêle peu aux autres patients.
Méfiant encore.
Monique Couture i.e.
4-12-71
Notes de l'infirmière:
Difficulté à dormir - sommeil léger. à 1:15 reçoit Chloralol 1 co. Dort bien le reste
de la nuit.
A. Rochefort i.l.
6-12-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Participe plus aux activités de la salle. Se mêle plus aux
autres patients. Belle humeur, calme. Coopère bien. Bon comportement. S'hydrate et
s'alimente bien. Demeure seul moins longtemps, s'assoit avec les autres. Écrit un peu ce
matin.
Monique Couture e.i.
Bon comportement en soirée. Sociable. Se mêle beaucoup plus aux autre patients. Moins
agressif verbalement h.s. Aucune médication.
Ginette R. Paré i.a.
7-12-71
Notes de l'infirmière:
Dort bien. Rien de spécial, bon comportement.
Denise Prévost i.l.
Aucune médication de jour. Moins revendicateur. Se mêle davantage aux autres patients
surtout ceux qui sont dans la même situation que lui. Dit que sa femme ne veut pas lui
parler au téléphone, qu'elle a peur de lui. En parle sans trop d'agressivité. Demande
à plusieurs reprises s'il pourra travailler bientôt. Participe davantage aux activités
de la salle. Appels téléphoniques moins nombreux ces jours-ci. Semble accepter davantage
sa situation sans la moindre auto-critique toutefois.
M. Fréchette i.l.
Auto-critique nulle - Parle de sa femme avec agressivité. Trouve son hospitalisation
inutile. Plus communicatif avec son entourage h.s. Aucun médication.
Ginette R. Paré i.a.
8-12-71
Notes de l'infirmière:
Dort bien. Même comportement.
Denise Prévost i.l.
NOTES ÉVOLUTIVES:
Patient plus calme en entrevue mais affirme que nous perdons notre temps à vouloir
le changer. Demande à travailler pour occuper le temps dans l'hôpital. Veut
encore aller au preuve dit que sa femme est malade. Je lui explique que son caractère est
devenu malade depuis qq temps de même que son imagination etc. Pt argumente en
dessus mais d'une façon plus calme. (Voir Pièce No 19)
Pierre Dorion m.d.
9-12-72
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Se mêle davantage aux autres patients. Participe plus aux
activités de la salle. Je vais avec lui au bureau de poste, s'intéresse aux patients qui
sont à leurs activités A. T. G. Travail sur bois. Fait moins d'appels téléphoniques.
Calme, belle humeur. Coopère bien. Bon comportement. Accepte plus sa situation. Peu
d'auto-critique.
Monique Couture e.i.
Joue aux échecs. S'intègre au groupe davantage. Téléphone à son épouse.
A. P. Lemoine i.a.
Ordonnances médicamenteuses:
Cesser Chloralol Donner Plexonal fort 1 co H.S.
Pierre Dorion m.d.
10-12-72
Notes de l'infirmière:
A bien dormi.
A. Rochefort i.l.
Aucune médication de jour. Calme, belle humeur. Coopère bien Se mêle plus aux autres
patients. Participe plus aux activités, va jouer aux quilles avec un groupe de patients,
rentre content d'avoir jouer. Bon comportement. Moins revendicateur. A dit à une
infirmière de marcher moins fort qu'elle était dans un hôpital. Peu auto-critique.
Journée satisfaisante.
Monique Couture i.e.
Fait plusieurs téléphones en soirée. Écrit à la dactylo. Joue aux échecs.
A. P. Lemoine i.a.
Ordonnances non médicamenteuses:
Peut téléphoner
Pierre Dorion m.d.
11-12-71
Notes de l'infirmière:
Dort bien la nuit, calme. Peu loquace le matin, lit les journaux.
A. Rochefort i.l.
12 août(sic)72
Ordonnances médicamenteuses:
À date Plexonal faible répéter P.r.n.
Pierre Dorion m.d.
12-12-71
Notes de l'infirmière:
N'accepte pas que l'on parle de son «cas» car, dit-il, vous ne me comprenez pas, et
souvent cela me fâche! Joue aux échecs ce soir. Fait de la correspondance. Enfin vient
regarder un peu la T. V. et mes commentaires, sur nos «vedettes canadiennes» le font
rire à gorge déployée. Parle à un philosophe (sic) qui a beaucoup écrit contre les
femmes. Il se dit a 90 pour-cent pour ce philosophe!!! Pourtant il en pris deux, femmes.
Grippé. Tousse beaucoup. h.s. Plexonal fort 1 co. «per os». J'aime bien dormir pour
OUBLIER. Coopère bien. Poli etc....
M. Parent Naud i.a.
13-12-71
Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Rien de spécial à noter.
Denise Prévost i.l.
Aucune médication de jour. Participe plus aux activités de la salle. Se mêle assez aux
autres patients. Calme, belle humeur. Coopère bien, bon comportement. Je vais à la
tabagie avec lui, aime sortir du département pour se dégourdir, dit qu'il sort d'entre
les quatre murs du département. Peu d'auto-critique. Parle de sujets vagues. Écrit un
peu cette après-midi. Moins revendicateur.
Monique Couture e.i.
Souriant. Contact facile avec le personnel. S'intègre au groupe h.s. Plexonal faible 2
co.
A. P. Lemoine e.i.
14-12-71
Notes de l'infirmière:
Dort bien la nuit. Bon comportement.
Denise prévost i.l.
Aucune médication per os. Interprète beaucoup tout ce que l'on dit. Se dit traiter comme
tous les autres et vu qu'il ne se croit pas malade, il accepte cela très difficilement.
Dit à quelques reprises: «Vous me parlez comme à un fou. «Se sent persécuté par
l'équipe de jour (médecin, infirmière, étudiantes). Très tonique lorsqu'il nous
adresse la parole. S'entend très bien avec l'équipe de soirée. Écrit une bonne partie
de la journée. Attache moins d'importance à son travail ici et à sa grippe.
M. Fréchette i.l.
Poli. De bonne humeur au début de la soirée. Aime à jaser avec nous et se trouve
heureux qu'on l'écoute, qu'on discute de mille choses, sauf de sa maladie, ce qui est à
mon avis la meilleure attitude à prendre avec lui, pour le moment. Appelle son fils et
fait bien les choses. Par contre, reçoit un appel en fin de soirée d'un ami yougoslave.
La discussion devient bruyante, brûlante! Monsieur Delev parle fort, est franchement
agressif et devient pâle de rage........ Raccroche le téléphone. Devons intervenir et
avec tact, le calmer en le laissant nous raconter en tremblant, que son ami refuse de lui
aider, en envoyant une déclaration ici, qui prouverait qu'il n'est pas MALADE. Patient
bien malheureux et nerveux. Circule beaucoup pour se calmer....! enfin h.s. Plexonal
faible 1 co. «per os».
M. Parent Naud i.a.
15-12-71
Notes de l'infirmière:
A passé une bonne nuit Semble préoccupé, parle peu.
Denise Prévost i.l.
Aucune médication de jour. Calme, belle humeur. Fait quelques appels téléphoniques.
Moins revendicateur. Coopère bien. Bon comportement Se mêle plus aux activités de la
salle et aux autre patients. Reste toutefois seul de temps à autre. Se promène beaucoup.
Écrit un peu aujourd'hui. S'hydrate et s'alimente bien. Parle peu, nous demande de signer
notre nom sur une feuille, ce matin, à presque toutes les infirmières.
Monique Couture e.i.
De bonne humeur. A fait un appel à l'Ambassade croit qu'on pourra aider, car on a trouvé
bien «épouvantable» qu'il soit retenu ici!!! Mise aussi beaucoup sur l'arrivée de son
frère pour régler son cas et vite. Veut toujours dormir pour O U B L I E R. Gai. A même
chanté un Noël yougoslave ce soir. Ce chant il veut dire «que la vie est belle».
Ironique. Poli. h.s. Plexonal faible à sa demande.
M. Parent Naud i.a.
16-12-71
Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Belle humeur, jasant, rien de spécial.
Denise Prévost i.l.
Aucune médication de jour. Bonne humeur aujourd'hui. Attend avec impatience le
téléphone de l'Ambassade. Participe aux activités de la salle. Se promène beaucoup,
paraît un peu soucieux. Il se mêle davantage aux autres. Vient nous voir seulement
lorsqu'il a besoin.
M. Fréchette i.l.p.
A bien hâte que son frère arrive, compte quasi les heures.... A vu le docteur Dorion en
fin d'après-midi. Demande souvent si son frère pourra le faire sortir d'ici, sans que
son épouse soit tenue de donner son autorisation. A fait plusieurs appels chez lui ce
soir que j'ai moi-même contrôlés. J'ai nettement l'impression qu'on ne veut plus
l'entendre, car son fils répond, comme une leçon apprise: «nous regrettons le
téléphone est défectueux, nous n'entendons rien ici, merci, ne rappelez pas, bonsoir.»
Monsieur accepte pour ce soir, que la glace sur les fils à causé des dommages dans les
poteaux téléphoniques. A appelé la compagnie pour cela. etc. etc.... - En fin de
soirée, j'ai vérifié à mon tour. L'enfant me répond et aussitôt que je me dis
infirmière à Saint-Michel, il me raccroche au nez....... Enfin Monsieur Delev est de
bonne humeur et je réussis à le faire bien rire..... mais demain il comprendra j'imagine
la nouvelle attitude de sa famille....... et alors!? h.s. Plexonal faible 2 co. «per os»
à sa demande. Veut bien dormir. Tousse moins. Bonne soirée donc dans l'ensemble pour
lui.
M. Parent Naud i.a.
.....
Note de l'auteur: Les notes des infirmières de Saint-Michel-Archange sont
tellement bizarres que j'ai l'impression qu'elles ont été écrites après mon départ de
l'hôpital. La plupart des notes sont longues et pourtant ne disent absolument rien. On
suppose que les notes doivent être écrites avec compétence et précision, et porter sur
la relation entre les symptômes et l'attitude du patient. Les points d'exclamation,
d'interrogation, de suspension, et surtout les demi-phrases et les mots énigmatiques ne
signifient rien. À propos des événements décrits dans cette note, tout est présenté
de travers. Je me souviens très bien que la tempête a causé beaucoup de dommages aux
lignes téléphoniques. Les journaux en ont beaucoup parlé le lendemain; quant à
l'attitude de ma famille, elle n'avait en rien changé. Madame Naud se servait beaucoup de
son imagination, qui vraisemblablement était féconde.
..... <
17-12-71
Notes de l'infirmière:
Dort bien toute la nuit. S'éveille vers 5:00 heures. De bonne humeur.
A. Rochefort i.l.
..... Note de l'auteur: Le 17 décembre 1971, le docteur Roy et monsieur
Ljubomir Djukic, secrétaire de l'Ambassade yougoslave, m'ont téléphoné pour me dire
que je serais libre le lundi suivant - le 20 décembre 1971 - étant donné mon bon
comportement. Le même jour, les infirmières Paré et Naud m'ont dit adieu tout en me
recommandant d'être prudent car, selon elles, mon frère arrivait plutôt pour aider ma
femme que pour m'aider. La nouvelle de ma liberté prochaine était agréable mais celle
selon laquelle mon frère penchait davantage vers mon ex-épouse, m'était très
désagréable.
.....
20-12-71
Notes de l'infirmière:
Ne dort pas, préoccupé étant donné la visite de son frère et de sa femme. A 0:15
reçoit Plexonal fort 1 co. à sa demande. Dort bien le reste de la nuit. Bonne
coopération, belle humeur.
Denise Prévost i.l.
Aucune médication de jour. Rencontre du docteur Dorion,messieurs Risto et Constantin
Delev. Son frère passe l'après-midi avec lui.
M. Fréchette i.l.
H.S. Plexonal faible 1 co. Repose. Déprimé ce soir à l'idée qu'il ne sortira pas le
jour tel que prévu. Nerveux. Demande pour se reposer quelque temps. Permission accordée.
Fait plusieurs téléphones en soirée. A 21:30 Plexonal fort 1 co. bien accepté.
N. Dion i.a.
Note de l'auteur: Le 20 décembre 1971, à 11 heures, a eu lieu une réunion avec
le docteur Louis Roy, le docteur Pierre Dorion, l'infirmière Fréchette, mon frère
Konstantin, le docteur Georges Sotiroff, qui agissait à titre d'interprète, et
moi-même. Dès le début de la réunion, mon frère s'est montré très chaleureux et a
demandé s'il pouvait me faire libérer, ce à quoi les médecins ont répondu
affirmativement. Questionné par mon frère sur la raison de mon internement, le docteur
Roy a répondu que c'était parce que j'avais battu mon épouse. Mon frère a
vigoureusement rétorqué que ma femme lui avait avoué qu'elle n'avait pas été battue.
Il s'est ensuite informé de la nature du traitement que je subissais et des médicaments
que l'on me prescrivait. Les médecins ont répondu que je ne prenais pas de médicaments,
pour le moment du moins. Mon frère a alors réagi comme s'il était en colère: «Si mon
frère ne prend aucun médicament, je désire qu'il soit libéré immédiatement et j'en
prends la responsabilité». Les médecins ont répondu que mon congé définitif
dépendait de mon ex-épouse. Sur quoi mon frère a repris: «Qu'est-ce que c'est que
cette histoire? Vous m'avez dit, il y a un moment, que je pouvais faire libérer mon
frère, et maintenant vous me dites que cela dépend de son épouse. Je ne vous trouve pas
très honnêtes envers mon frère.» De cette réunion extrêmement importante, le docteur
Dorion n'a pas écrit un mot dans mon dossier. L'infirmière Fréchette était présente
pendant la réunion mais ne mentionne pas la présence du professeur Georges Sotiroff et
du docteur Roy dans ses notes. Elle ignore aussi le sujet de la «rencontre».
Après cette réunion mon frère et moi avons eu une longue discussion et avons conclu
qu'il devait convaincre mon ex-épouse de me faire sortir. Malheureusement et à ma grande
surprise, quand j'ai tenté de le joindre par téléphone un peu plus tard, il était
très arrogant en me disant qu'il avait conseillé mon épouse de ne faire rien pour moi.
Il ne voulait plus me parler. C'était un grand choc pour moi. J'ai conclu que la réunion
était un bluff de la part de mon frère et mes «traitants».
21-12-71
Notes de l'infirmière:
N'a pas encore dormi, nerveux, se promène, réclame un somnifère à 0:30 hres Plexonal
fort 1 co. Dort par la suite. Plutôt déprimé ce matin.
Denise Prévost i.l.
22-12-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Calme, humeur agréable. Coopère bien. Se mêle peu aux
activités de la salle. Fait plusieurs téléphones. A de la visite cette avant-midi.
Demeure seul cet après-midi et lit beaucoup. Bon comportement. S'hydrate et alimente
bien. Se promène beaucoup dans les corridors. Journée satisfaisante.
Monique Couture e.i.
Bon comportement sur la salle. S'occupe à jouer aux échecs. «Très triste», songeur de
longues période. Nerveux...
h.s. Plexonal fort 1 co.
Ginette R. Paré i.a.
23-12-71
Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Songeur, ne parle pas, plutôt maussade.
Denise Prévost i.l.
Aucune médication de jour. Calme, semble fatigué aujourd'hui. Demeure seul assit sur un
fauteuil et dort une partie de l'avant-midi. Se mêle peu aux autres patients. Participe
peu aux activités de la salle. Bon comportement. Coopère bien avec le personnel. Parle
peu, se promène dans les corridors. S'hydrate et s'alimente bien.
Monique Couture i.e.
Comportement idem. h.s. Plexonal fort
Ginette R. Paré i.a.
Semble bien avoir aimé sa soirée. A ma demande, nous adresse des remerciements et je
crois que le fait de l'avoir nommé docteur lui a beaucoup plu. Souriant et regrette de ne
plus comprendre assez bien le français. Nous qualifie d'artistes, il trouve que nous
avons fait un travail monstre ce soir - Content.
M. Parent Naud i.a.
Notes de l'infirmière:
Bonne nuit. Dort bien. Sans particularité.
G. Parizeau i.l.p.
NOTES ÉVOLUTIVES:
La semaine vient de se passer en discussion au sujet de monsieur Delev. Réunion avec le
frère du patient + interprète + docteur Roy + madame Delev (sic). (Voir Pièce No 20).
Monsieur Delev a très bien mis en évidence son délire d'interprétation et de jalousie
accusant sa femme d'infidélité, accusant beaucoup de personnages (sic) à Québec
d'avoir couché avec sa femme et accusant son frère de n'être pas venu de Yougoslavie
pour l'aider mais bien pour coucher avec sa femme. Monsieur Delev continue à dépenser
une énergie très intense à prouver son point et interpréter (sic) tous les moindres
détails.
Madame Delev et ses enfants vont être rapatriés en Yougoslavie le plutôt que possible
mais monsieur Delev cache les documents nécessaires, passeport etc.
Quant à monsieur Delev, depuis aujourd'hui il travaille à se faire rapatrier en
Yougoslavie par l'ambassade; ceci pourra se faire qu'à la condition que l'ambassade
Yougoslave le sachant malade, en prenne la pleine responsabilité.
Actuellement, monsieur Delev accepte plus ou moins notre plan de soins à savoir
réorganiser sa vie indépendamment de sa famille, et ceci, à partir de l'hôpital. Il
est considéré comme un traitement long terme: travailler dans l'hôpital et
graduellement réintégrer la société sans sa famille.
Il est possible que son frère fasse des démarches auprès de l'ambassade pour assurer
une prise en charge médicale en Yougoslavie si le patient est rapatrié. Ceci peut
prendre 6 mois ou plus à se réaliser. Pour le moment nous tenons à notre plan de
traitement.
P. Dorion m.d.
.....
Note de l'auteur: Une note très significative qui indique comment le docteur
Dorion et tous les autres ont fabriqué les symptômes de ma «maladie». La note est
écrite à la main dans un style télégraphique. Elle stipule que je n'étais pas
présent à la réunion et pas un seul mot sur la discussion qui s'y déroula n'y est
inscrit. Cependant, dans le deuxième paragraphe, nous pouvons lire que j'ai tenu toutes
sortes de propos répugnants au sujet de mon ex-épouse. Si je n'étais pas présent,
comment peuvent-ils tirer la conclusion que j'ai «très bien mis en évidence son (mon)
délire d'interprétation et de jalousie...» etc. etc.? Il est fort possible que mon
ex-épouse ait fait jouer son hystérie fantaisiste et que le médecin l'ait interprétée
comme une «preuve» irréfutable. D'autre part, le docteur ne dit pas comment je
«dépense une énergie très intense à prouver son (mon) point et interpréter les
moindres détails».
Ensuite, comment le docteur peut-il parler de «plan de soins» et de «traitements»
puisque je lui ai affirmé quelques jours auparavant que lui et le docteur Roy perdaient
leur temps à vouloir me changer?
Le raisonnement du médecin, quant à son accusation que je «cache les documents», est
fautif. Premièrement, j'étais entre leurs mains et je ne pouvais cacher quoi que soit
dans l'hôpital. Deuxièmement, si mon frère et mon ex-épouse avaient été sérieux au
sujet du rapatriement, l'Ambassade aurait été heureuse de délivrer tout de suite des
passeports. Bien au contraire, mon ex-épouse n'avait pas l'intention d'aller ailleurs.
C'est une supercherie typique de mon ex-épouse.
.....
Le 24-12-71, j'ai écrit une lettre au docteur Louis Roy, surintendant de l'Hôpital
Saint-Michel-Archange:
Monsieur,
Après notre appel téléphonique d'aujourd'hui, j'ai communiqué avec l'Ambassade de
Yougoslavie et reçu réponse que c'est vous qui devez estimer et respecter mon désir de
sortir de l'hôpital et éventuellement être transférer en Yougoslavie. Pour cette
raison, je vous écris cette lettre.
Je désire mon transfert en Yougoslavie immédiatement pour la raison que mon traitement
dans votre hôpital n'est pas adéquat. Premièrement, je ne trouve pas que je sois malade
et deuxièmement, même sous la supposition que je sois malade, un traitement dans un
hôpital de mon pays sera plus efficace. Ma connaissance du français n'est pas suffisante
pour collaborer avec les médecins de votre l'hôpital.
D'autre part, la présence de mes parents et amis aura meilleure influence sur mon
traitement.
J'espère que vous allez accepter mon désir.
Bien à vous,
Dr Risto Delev
.....
25-12-71
Notes de l'infirmière:
Assiste à la messe de minuit et au réveillon. À 2:00 Plexonal faible 1 co. Mécontent
de ne pas recevoir de Plexonal fort. Refuse les explications lui fournissant la preuve que
la prescription est bien ainsi. Se met au lit très coléreux. À 3:30 Plexonal faible
répété. Demeure insomniaque. À 4:00 repose et ça pour le reste de la nuit.
Raynald Hardy i. ant.
29-12-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. A rencontré Monsieur P. A. Ouellet hier en vue d'un travail
futur. Refuse entièrement ce qu'on lui propose. Préfère demeurer sur le département.
Appels fréquents. Dit qu'il doit rencontrer le docteur Roy. Selon lui, tout le monde lui
en veut.
M. Fréchette i.l.
Hésite à prendre sa nouvelle médication. Communication devenue extrêmement difficile.
Agressif envers toute le monde. h.s. Phenergan 50 mg Largactil 25 mg.
Ginette R. Paré i.a.
Ordonnances médicamenteuses:
Phenergan 50 mg H.S.
Largactil 25 mg H.S.
G. St-Hilaire m.d.
30-12-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Méfiant, ne croit pas que sa femme veuille se rendre en
Yougoslavie. Pense que c'est une manigance de sa part. Pese toutes nos paroles. A envoyé
une lettre à Hamilton pour faire venir les passeports mais persiste à croire qu'ils sont
chez lui.
M. Fréchette i.l.
h.s. Phenergan 50 1 co. h.s. Largactil 25 mg 1 co. per os. Communique peu avec
l'entourage. Fait quelques téléphones. Comportement calme.
Marcel Bergeron i.l.
31-12-71
Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Même comportement
Denise Prévost i.l.
4-1-72
Ordonnances non médicamenteuses:
Patient travaille au bricolage
P. Dorion m.d.
5-1-72
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Se rend à son travail au bricolage ce matin. Désire faire
des téléphones en bas ce qui n'est pas accepté par les moniteurs. Préfère revenir au
département. Tonique, n'accepte aucune restriction. Demeure sans auto-critique. Il
interprète tout ce qu'on dit. Manipulateur. Retourne au travail en p. m. Veut s'y rendre
régulièrement. Sourire ironique.
M. Fréchette i.l.
Très manipulateur. Auto-critique, nulle. Demande continuellement pour téléphoner.
Dangereux dans sa conversation (interprète tout ce qu'on lui dit). h.s. Phenergan 50 mg.
Largactil 25 mg. Peu intéressé dans son travail.
Ginette R. Paré i.a.
.....
Le 5 janvier 1972
Monsieur Ghislain Boily,
Représentant,
Allstate, compagnie d'assurance.
965, Route de l'Église, Ste-Foy.
Sujet: monsieur Risto Delev (14 février 1922).
273, Paquin, Duberger.
La présente est pour certifier que monsieur Risto Delev, quoiqu'hospitalisé à
l'Hôpital Saint-Michel-Archange, est suffisamment bien mentalement pour signer des
documents ayant une valeur légale.
Les biens de monsieur Delev ne sont pas sous la juridiction du Curateur public.
Louis Roy, m. d.
Surintendant Médical
.....
Note de l'auteur: (Voir Pièce No 21) La lettre parle
d'elle-même. Bien que je fusse «suffisamment bien mentalement pour signer des
documents», c'est mon ex-épouse qui a signé les documents pour mon internement, pour
mon congé et même pour l'opération chirurgicale - la résection des os pour un durillon
au pied (sic), lire page ).
.....
Lettre écrite le 5 janvier 1972 par le docteur Roy à monsieur M. Djukic, Ambassade de
Yougoslavie, Ottawa:
Sujet: monsieur Risto Delev, naissance: 14 février 1922,
adresse: 273, Paquin, Duberger. notre dossier 23 625
Cher monsieur,
Monsieur Delev, citoyen yougoslave, ayant immigré au Canada, est présentement
hospitalisé à l'Hôpital Saint-Michel-Archange depuis le 12 novembre 1971.
Monsieur Delev souffre de psychose paranoïaque, maladie qui nécessite pour le moment,
son hospitalisation dans un hôpital psychiatrique.
Étant donné que dans l'intérêt de monsieur Delev, il y aurait avantage à ce qu'il
soit traité par des médecins parlant la langue de son pays d'origine et que, d'ailleurs,
ceci est son désir (comme l'atteste photocopie de la lettre ci-joint), nous vous
demandons si vous pouvez faire le nécessaire pour qu'il puisse être admis dans un
hôpital psychiatrique yougoslave.
Son transfert d'un hôpital psychiatrique d'un pays à celui d'un autre pays nécessitera
qu'il soit accompagné d'une escorte qui n'a pas besoin d'être médecin.
Louis Roy, m.d.
c. c. M. Marc Roy, Bureau de l'immigration du Canada,
Docteur P. Dorion, médecin traitant
6-1-71
Notes de l'infirmière:
Dort bien. Bon comportement.
Denise Prévost i.l.
À 17h, monsieur Delev reçoit la visite de son fils. Semble consulter des lettres avec ce
dernier. Continue à interpréter des phrases vis-à-vis sa femme. h.s. Phenergan 50 mg
h.s. Largactil 25 mg.
Ginette R. Paré i.a.
7-1-71
Notes de l'infirmière:
Dort bien. Toujours poli, bon comportement.
Denise Prévost i.l.
Le 7-1-72
Colis reçu par la poste et remis de main à main à monsieur Delev lui demandant de
remettre à son épouse les documents s'il y en avait, pouvant la concerner.
La semaine prochaine, monsieur Marc Roy du Bureau de l'immigration Canadienne, gare
Maritime Champlain, viendra le rencontrer.
Louis Roy m.d.
Surintendant
Note de l'auteur: Ici, le docteur Roy, surintendant, joue le rôle d'un facteur des Postes
et note soigneusement qu'il m'a «remis de main à main» une lettre qui n'avait pas de
sens. Il n'y avait pas des documents dans le colis. Par contre, la réunion du «Bureau
mental» du 22-11-1971 est mentionnée très brièvement alors que la réunion du
20-12-1971 n'est pas du tout notée, pas plus d'ailleurs que les conversation avec
l'Ambassade de Yougoslavie. Au sujet de la réunion du 24-12-1971 , ne sont mentionnés,
d'une écriture presque illisible, que les noms des personnes présentes.
13-1-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Demeure méfiant et interprétant. Régulier à son travail,
semble s'y plaire. Bonne inspiration dans l'ensemble.
M. Fréchette i.l.
Cherche à me causer. Jasons longuement de la Martinique et autres pays. En arrive à me
parler encore de son histoire. Aucune auto-critique. Devient nerveux. Trouve son travail
stupide et souffre de n'avoir personne avec qui jaser pour oublier comme il dit..... h.s.
Phenergan 50 mg h.s. Largactil 25 mg «per os». Dit qu'il est bien nourri ici et qu'il
dort bien depuis quelques soirs. État stationnaire.
M. Parent Naud i.a.
* * * * *
Le 13. 1. 1972, j'ai écrit la lettre suivante:
Me A. Turgeon, avocat,
Assistance Judiciaire,
Québec, P. Qué.
Cher Monsieur,
Lorsque j'ai reçu votre message téléphonique par la secrétaire du Surintendant, le
docteur Louis Roy, madame Thérèse Gagnon, je vous ai écrit la lettre suivante.
J'ai essayé de vous expliquer au téléphone que je suis hospitalisé en cure fermée,
sans examen préalable, sans présentation de mon cas devant un conseil médical et sans
autorisation des tribunaux civils. Je suis simplement hospitalisé sur la base des
déclarations de ma femme, malade mentalement et hospitalisée déjà - ici à Québec -
comme hystérique, et, ainsi qu'à cause d'autres personnes douteuses moralement et
mentalement. Depuis le premier jour, à cause de mon français, j'ai demandé un
interprète ou un psychiatre qui comprend ma langue maternelle afin de faire examiner mon
état mental objectivement, mais tout a été fait en vain.
J'ai demandé même une intervention de la part du Protecteur du citoyen du Québec mais
il a refusé de m'aider.
En bref, mes droits civils et humains sont complètement lésés.
S'il vous plaît, ayez l'obligeance d'arranger une rencontre avec moi pour une meilleure
explication de mon cas et, après, entreprendre tout ce qui est nécessaire pour la
protection de mes droits fondamentaux.
En espérant que vous allez accepter ma demande je vous en remercie d'avance.
Votre tout dévoué
Dr Risto Delev
Note de l'auteur: Cette lettre n'a jamais reçu de réponse. En outre, après mon
hospitalisation, ce monsieur sera l'auteur, appuyé par les psychiatres, d'une requête
pour m'interdire «d'entrer en contact avec les enfants, par quelque moyen que ce soit».
.....
14-1-72
Ordonnances médicamenteuses:
à date Largactil 50 mg H.S. P.r.n.
P. Dorion m.d.
15-1-72
Notes de l'infirmière:
À 0h45 incapable de dormir. À 1:20 Largactil 50 mg. À 2:30 dort profondément, ronfle.
À bien dormi le reste de la nuit.
A. Rochefort i.l.
.....
La lettre au docteur Louis Roy du 15-1-1971:
Le docteur Louis Roy
Surintendant
Hôpital Saint-Michel-Archange
Québec.
Cher monsieur,
Après mes entretiens avec monsieur Tremblay, représentant du ministère de
l'Immigration, j'ai décidé de retirer ma demande qui concerne mon transfert en
Yougoslavie pour les raisons suivantes.
Premièrement, d'après monsieur Tremblay, je n'aurais pas le droit de revenir au Canada
et voir mes enfants après mon hospitalisation même si mon état de santé est
satisfaisant. En Yougoslavie, je ne vois pas de solution possible pour moi, par après.
Ensuite, la situation politique actuelle en Yougoslavie est très tendue.
Pour les raisons ci-haut mentionnées, j'ai décidé de changer ma demande.
En ce qui concerne mon hospitalisation, je maintiens mon désir d'être soigné dans un
autre milieu hospitalier.
Espèrent obtenir une confirmation bientôt,
Je demeure vôtre,
Dr Risto Delev
c. c. Docteur Pierre Dorion, médecin traitant,
Département de l'Immigration,
Ambassade yougoslave à Ottawa, M. Djukic.
.....
16-1-71
Notes de l'infirmière:
N'a pas encore dormi depuis le coucher. A 2:30 reçoit Largactil 50 mg. Dort bien par la
suite. Satisfait de sa nuit, belle humeur.
Denise Prévost i.l.
17-1-72
NOTES ÉVOLUTIVES:
Patient veut toujours prouver qu'il a raison. Contact difficile. Patient travaille au
bricolage. Aucune autocritique. Maintenant il refuse d'aller en Yougoslavie. L'assistance
judiciaire (avocat) commence à s'occuper de son cas. 62
Pierre Dorion m.d.
* * * * *
La lettre du 17 janvier 1972 à Monsieur Lj. Djukic, Ambassade yougoslave, OTTAWA.
Objet: Risto Delev,
Monsieur,
Pour faire suite à notre lettre, par courrier recommandé, du 5 janvier 1972, nous vous
faisons parvenir photocopie d'une lettre reçue aujourd'hui même de monsieur Delev, nous
annonçant son désir de renoncer à une demande de retour dans son pays.
Courrier recommandé
Le surintendant,
Louis Roy, m. d.
* * * * *
Le 17 janvier 1972
Monsieur Clément Tremblay,
Département de l'Immigration du Canada,
Québec.
Sujet:
Risto DELEV
Monsieur Tremblay,
Sous ce pli, photocopie d'une lettre que nous recevons aujourd'hui même de monsieur
Delev. Il nous annonce qu'il renonce à son rapatriement en Yougoslavie.
Le Surintendant Médical
Louis Roy, m. d.
17-1-72
Note de l'infirmière: Docteur Louis Dionne avisé par téléphone.
Note de l'auteur: Comme je l'ai noté au commencement de ce récit, cet
homme sans le moindre scrupule, à l'esprit funeste, était partout et toujours actif
avant et durant mon internement. Il me semble parfois qu'il devait rêver jour et nuit aux
façons de me rendre la vie misérable.
Pourquoi le docteur Dionne a-t-il été «avisé», dans quel capacité? Était-il tuteur
ou curateur responsable de moi ou conseiller de l'hôpital ou autorisé à être tenu au
courant de mon internement? Est-ce que la personne qui l'a ainsi prévenu savait qu'elle
n'avait pas le droit d'aviser quiconque ou de demander le conseil de quiconque, sans
autorisation spéciale? (lire Code de déontologie, Chap. 7, art. 52, alinéa 10 et art.
52a alinéa 4).
.....
18-1-71
Notes de l'infirmière:
Se plaint de sa médication du coucher. Régulier à son travail. Demeure mécontent
lorsqu'on n'est pas de son avis. Fait ses téléphones à l'extérieur du département.
Appelle à Ottawa. Tonique et sans aucune auto-critique.
M. Fréchette i.l.
19-1-71
Ordonnances médicamenteuses:
Plexonal faible H.S. P.r.n. répéter P.r.n.
Si insomnie Largactil 50 mg H.S. P.r.n.
P. Dorion m.d.
La lettre du 22 janvier 1972 à messieurs Louis Marceau, Protecteur du citoyen et à
Raymond Gagnon, Assistance judiciaire:
À qui de droit,
Messieurs, je suis hospitalisé à l'Hôpital Saint-Michel-Archange depuis le 12 novembre
1971. Depuis le premier jour, j'ai demandé à mon médecin, le docteur Pierre Dorion, le
droit de pouvoir choisir le médecin et l'hôpital de mon choix, mais ce fut en vain.
J'ai également fait à deux reprises des demandes pour profiter de ce droit de choisir le
médecin, mais jusqu'à ce jour je n'ai pas reçu de réponse.
Hier, j'ai parlé avec le docteur Dorion lequel m'a promis de s'en occuper, mais je doute
qu'il va réussir. S'il-vous-plaît, pourriez-vous me répondre à savoir si j'ai droit de
choisir le médecin et l'hôpital de mon choix, et si je peux, comment dois-je procéder
pour obtenir ce droit.
Je suis en possession d'une lettre du surintendant de l'Hôpital Saint.-Michel-Archange,
le docteur Roy, selon laquelle je suis «suffisamment bien mentalement pour signer des
documents ayant une valeur légale», par conséquent, je considère qu'à la lueur de
cette affirmation, je me sens capable de déduire ce qui doit être bon pour moi. Je pense
revendiquer un droit qui me paraît fondamental, c'est pourquoi j'aimerais bien avoir
votre opinion légale sur le sujet et éventuellement une intervention si la chose
nécessaire.
Je compte beaucoup sur vous pour une réponse le plus tôt possible. Je vous en remercie
à l'avance.
Risto Delev m.d.63
* * * * *
21-1-71
Notes de l'infirmière:
Écrit en soirée. Se mêle peu aux autres. Circule et songe. Prend bien ses médicaments.
h.s. Plexonal faible 1 co. «per os».
M. Parent Naud i.a.
Note de l'auteur: Par leur contenu et par leur style, les notes écrites
par les infirmières Naud et Paré sont en contradiction évidente avec leur attitude au
cours de mon internement ainsi qu'avec les notes signées par les infirmières de
l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, à Montréal. On peut remarquer que ces notes s'attardent
sur des événements triviaux, dans un style «poétique» nuancé d'ironie et même
parfois de quelques cynismes. La plupart du temps, elles ne répondent pas aux exigences
psychiatriques de l'observation d'un patient mentalement malade. Des expressions comme
«aucune auto-critique», «méfiant», «rejette tout le tort à sa femme»,
«agressif», «jongler», «malheureux», «circule et songe», «très paranoïde»,
etc., ne signifient rien sans une description et une définition claires.
* * * * *
22-1-71
Notes de l'infirmière:
S'endort vers 1:00 ce matin - Dort assez bien le reste de la nuit.
A. Rochefort i.l.
25-1-71
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Travaille au bricolage. En parle rarement. Se plaint d'une
douleur au côté gauche. Doit être vu par un médecin. Aucune auto-critique. Tonique.
Vient à nous seulement lorsqu'il a besoin de quelque chose. Visage contracté. Méfiant.
M. Fréchette i.l.
Comportement idem en soirée Circule nerveusement Communication impossible avec le malade
h.s. Plexonal faible h.s. Largactil 50 mg.
Ginette Paré i.l.
(Note en médecine):
Patient qui se plaint de douleur thoracique inf. post. gauche - l'auscultation pulmonaire
est normale - la T.A. est de 120/80 pouls 112/minute64 - examen abdominal négatif - touché rectal
négatif - le patient insiste un Rx.
Docteur Massicotte
26-01-1972
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Très paranoïde. Se tient surtout avec un jeune patient
sourd-muet. Dit que celui le croit non malade. Pense qu'on a ouvert une de ses lettres.
Réfère à nous seulement lorsqu'il est insatisfait. Travail toujours régulièrement.
M. Fréchette i.l.
Bon comportement ce soir. Regarde un peu la T. V. Moins accaparant. h.s. Plexonal faible
Ginette R. Paré i.l.
NOTES ÉVOLUTIVES:
Monsieur Delev continue à montrer qu'il a un caractère méticuleux, difficile et
interprétatif. Depuis son admission à l'hôpital, il emploie la presque totalité de ses
énergies à nous prouver que nous sommes dans l'erreur. La relation thérapeutique
positive est presque inexistante; monsieur Delev m'affirme que nous tournons tous les deux
dans un cercle vicieux. Il me dit que je refuse totalement de voir son point de vue et
d'affirmer que ce n'est pas lui qui est malade, mais plutôt sa femme.
La venue de son frère en décembre n'a pu régler aucun problème si ce n'est que
confirmer l'état paranoïaque de monsieur Delev. Le frère de monsieur Delev nous a
expliqué la mentalité de son peuple, mais malgré cela, il affirme que son frère Risto
a toujours eu un caractère détestable avec tout le monde. Il dit qu'il a toujours mis
les torts sur sa femme. Il affirme que monsieur Delev a été un des initiateurs de la
révolution contre les Bulgares et qu'après la révolution, il a été disgracié par les
siens et fut emprisonné. En prison, il fut très maltraité par les policiers. Après son
congé de prison, il a une baisse dans ses études et a eu beaucoup de difficultés à
terminer son cours de médecine. Le frère affirme qu'à propos de la première femme, il
n'y a eu aucune preuve établissant qu'elle était une putain. Le frère de monsieur Delev
est un homme costaud, calme et présente une personnalité très acceptable. Au début des
rencontres, il a pris toutes les précautions nécessaires pour garder la confidence de
son frère. Mais malgré ces précautions, monsieur Delev accusa son frère d'être venu
au Canada non pour l'aider, mais pour coucher avec sa femme. Aussi le frère de monsieur
Risto Delev affirme que la femme de ce dernier a beaucoup changé au point de vue physique
et qu'il la voyait comme très amaigrie et dépressive. Après avoir élaboré de nombreux
plans à propos de la famille de monsieur Risto Delev, le frère s'en retourna en
Yougoslavie sans que rien ne soit réglé.
Nous apprenons de source indirecte et par l'entremise de madame Castonguay que madame
Delev a décidé de demeurer à Québec et qu'actuellement, elle veut déménager et
changer de numéro de téléphone. Mais aussi apparemment, elle demeure extrêmement
ambivalente (sic) vis-à-vis la situation de son mari et aurait l'intention de revoir
monsieur Delev périodiquement. Cette situation va certainement compliquer le plan
thérapeutique établi avec monsieur Delev et nous entrevoyons pour le moment une sortie
de ce dernier.
Actuellement, monsieur Risto Delev a fait des démarches auprès de son compatriote
yougoslave, le docteur Juretic à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu afin se faire transférer
dans ce dernier hôpital. Nous avons écrit une lettre au docteur lui expliquant que nous
acceptons un éventuel transfert de monsieur Delev.
Pour le moment, l'état mental de monsieur Delev demeure inchangé. Il collabore plus au
moins à son traitement pour ulcère peptique. Il a contracté des dettes avec le Bell
Téléphone et la compagnie de télégraphe du Canada Pacifique; ses appels d'outre-mer et
ceci pour une somme de plus de $250. 00. Il aurait fait ces appels avant Noël mais nous
pensons que depuis ce temps, il ne fait aucun téléphone payant outre-mer. Il a accepté
un travail d'occupation au bricolage et il nous signifie d'une façon sarcastique que
c'est ce travail que nous voulions qu'il fasse. D'autre part, il semble d'après ceux avec
qui il travaille qu'il aime beaucoup le bricolage.
Dernièrement, il a téléphoné au docteur Bury afin que ce dernier vienne le voir, ce
qui fut fait. Le docteur Bury constate que c'est l'impasse totale avec ce patient et est
d'accord qu'un transfert d'hôpital pourrait peut-être améliorer la condition mentale du
patient.
PD/cl Pierre Dorion m.d.
27/01/71
Psychiatrie
(23h00) Nous avons eu une longue conversation avec monsieur Delev en soirée (de 21h00 à
22h15) durant laquelle le patient a tenté d'expliquer le pourquoi de ce qu'il appelle
«l'échec du traitement et le temps perdu de son hospitalisation».
Il a fait appel tour à tour à la non-intégrité de la relation soignant-soigné, à
l'aspect humain du patient, au respect de la personnalité du patient, à la vocation
mystique du soignant, à la compréhension et du rôle joué par l'éducation, la race et
les coutumes d'un patient dans la formation de sa personnalité enfin, à tous les
mécanismes théoriques que l'on puisse concevoir dans les cadres d'une relation
soignant-soigné.
À plusieurs reprises j'ai tenté de le remettre dans un contexte psychiatrique tenant
compte des symptômes et du diagnostic du soigné, mais il trouvait toujours une voie
d'évitement. À quelques reprises, il s'est cité comme exemple mais le comportement et
le dx qu'on lui connaît était discordant avec l'exemple cité.
Ce qui ressort de cette entrevue est que monsieur Delev a excusé par tous les moyens pour
tenter de prouver à un membre de son équipe soignante qu'il n'est pas malade car il m'a
abordé en disant: «vous êtes très jeune docteur et je veux vous expliquer pourquoi ça
ne marche pas et je vous donne le fruit de mon expérience». Donc ne m'abordant pas comme
quelqu'un que je puisse aider mais m'offrant son aide.
À la fin de l'entrevue, j'ai repris tous les thèmes qu'il m'avait énoncé et les lui
redisant, je lui ai demandé d'interpréter ses préschèmes à la lumière de ces propos
donc en lui disant: «Parfait, maintenant comment concevez-vous votre maladie, d'où
vient-elle, comment pensez-vous guérir? S'il y a échec comme vous dites, quelle en est
la cause, et je vous demande une réponse basée sur toutes les belles théories que vous
venez d'énoncer».
Il serait peut-être parvenu à s'en sortir s'il n'avait pas fait appel à la
«signification des faits». C'est à ce moment que je lui ai demandé de m'expliquer son
comportement vu son frère. Il s'est fâché disant que je ne voulais pas le comprendre et
cherchais à partager le reste de l'équipe, en rendant bien compte que nous avons abordé
le coeur de problème.
Il a ensuite parlé d'expérience disant que son traitement aurait été meilleur si son
thérapeute avait été plus vieux donc plus expérimenté que lui, ne voulant pas parler
du pourquoi de son hospitalisation.
En résumé monsieur Delev concentre toutes ses énergie à nier sa maladie et demeurer
dans son cercle.
À la fin de l'entrevue, il était calme.65
A. Tremblay-IV
Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Rien de particulier à noter.
Denise Prévost i.l.
* * * * *
30-1-71
Notes de infirmière:
Aucune médication de jour. S'est plaint d'une douleur au côté gauche. Docteur
Massicotte appelé. Ne comprend pas qu'il fait une prescription sans le rencontrer.
Soulagé avec Darvon co. toutefois. A 13:20 Darvon comprimé. Semble satisfait. Fait venir
un taxi pour que ses enfants viennent le voir. Car accuse douleur au côté gauche.
Content de sa visite.
M. Fréchette i.l.
Parle de sa visite très content. Après pense transférer bientôt. Bon comportement.
S'intéresse à la T. V. Plexonal faible 1 co.
Ginette R. Paré i.a.
31-1-71
Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Rien de spécial
Denise Prévost i.l.
05-02-71
Notes de l'infirmière:
Bon comportement. S'intéresse aux jeux. h.s. Plexonal faible 1 co. Largactil 25 mg 1 co.
Marcel Giroux i.l.
06-02-71
Notes de l'infirmière:
A bien dormi. Rien de particulier à noter.
Denise Prévost i.l.
07-02-72
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Méfiant, interprétant. Paraît bien aimer son travail
d'après moniteurs. Comportement demeure le même.
M. Fréchette i.l.
Patient passe une bonne soirée. Se fait soigner pour ses pieds. Plexonal fort 1 co. per
os.
Gilles Morceau
* * * * *
07-02-72
SERVICE DES ACTIVITÉS DIRIGÉES
ÉVALUATION DU TRAVAIL
SECTEUR BRICOLAGE:
S'il-vous-plaît, encerclez le numéro qui vous semble le mieux rendre compte de la
conduite de l'apprenti durant les dernières semaines.
«L'observation psychiatrique sérieuse est la source vitale de toute intervention en
psychiatrie».
A. OBSERVATION DU COMPORTEMENT:
1- Ponctualité:
(3) Habituellement ponctuel.
2- Quelquefois en retard, mais c'est justifiée.
1- Retards assez fréquents et injustifiés.
0- Retards très fréquents et injustifiés.
2- Tenue vestimentaire et corporelle:
(3) Très bonne, compte tenu du milieu dans lequel il travaille.
2- Quelquefois négligée, mais tend à s'améliorer.
1- Souvent négligée et s'améliore peu.
0- Très souvent négligée et ne peut s'améliorer pour l'instant.
3- Humeur:
(3) Tonalité affective normale, c'est-à-dire conforme au stimulus du milieu.
2- Quelquefois présente des sautes d'humeur, mais c'est justifié.
1- Souvent déprimé ou excité sans raison.
0- Très souvent déprimé ou excité sans raison.
4- Attention:
(3) Se concentre facilement.
2- Se concentre lentement, mais une fois intéressé est capable de donner une
concentration.
1- Présente beaucoup de difficultés à s'arrêter sur un objet.
0- Réussit presque jamais à centrer ses efforts sur un objet.
5- Intérêt:
3- Manifeste beaucoup d'intérêt et le laisse voir.
(2) Semble intéressé, mais le manifeste peu.
1- Manifeste de l'intérêt dans quelques fonctions particulières.
0- Peu intéressé; fait son travail par routine.
6- Relation avec les autres:
3- Accepté de tout le groupe et s'adapte facilement à tous les individus.
(2) Bien accepté dans l'ensemble, mais se tient souvent avec les mêmes individus.
1- Se tient toujours avec les mêmes et peu accepté dans l'ensemble.
0- Type solitaire et/ou très peu intégré au groupe.
N. B. Ajouter au besoin d'autres observations que vous jugez importantes.
Bon contact avec le moniteur mais très faible avec les autres patients.
B. OBSERVATION DU RENDEMENT:
1- Assiduité au travail:
(3) Régulier dans son travail en qualité et en quantité.
2- Régulier dans l'ensemble, mais présente des périodes moins productives.
1- Peu régulier dans l'ensemble, et présente des périodes moins productives.
0- Très irrégulier; son assiduité est imprévisible.
2- Prudence au travail:
(3) Travaille toujours en respectant les principes de sécurité.
2- Néglige des principes moins importants.
1- Néglige souvent des principes de sécurité importants.
0- Applique presque jamais les principes nécessaires de sécurité.
3- Surveillance nécessaire à l'ouvrage:
3- Demande aucune surveillance moyennant un travail valable.
(2) Demande une surveillance discrète moyennant un travail valable.
1- Demande une bonne surveillance moyennant un travail valable.
0- Demande une surveillance constante moyennant un travail valable.
4- Gratification par le travail:
3- Très satisfait de son travail actuel.
(2) Quelquefois insatisfait de son travail actuel.
1- Souvent insatisfait de son travail actuel.
0- Presque jamais satisfait de ses fonctions actuelles.
5- Initiative:
3- Voit toujours l'ouvrage et s'y intéresse spontanément.
(2) Voit souvent l'ouvrage et s'y intéresse spontanément.
1- Voit quelquefois l'ouvrage, mais seulement les fonctions routinières..
0- Voit jamais l'ouvrage.
6- Rendement en général:
»
(3) Son rendement général est très bon.
2- Son rendement général est bon.
1- Son rendement général est passable.
0- Son rendement général est mauvais.
Formule 5. Signé par: Marcel Gagnon
* * * * *
08-02-72
Notes de l'infirmière:
Dort bien. Rien de spécial.
Denise Prévost i.l.
14-02-72
Notes de l'infirmière:
Aucune médication de jour. Hostilité un peu moins forte depuis qu'il sait devoir être
transféré à Saint-Jean-de-Dieu. Ne peut recevoir ni téléphone, ni visite jusqu'à son
départ. Comportement acceptable sur le département.
M. Fréchette i.l.
Circule. Montre ses travaux sur bois! Se dit maintenant un grand sculpteur!! Ironique - Se
couche assez tôt. Dit qu'il quitte dans deux jours et qu'il est bien content. H.s.
Plexonal faible 1 co. h.s. Largactil 50 mg
M. Parent Naud i.a.
Ordonnances non médicamenteuses:
Ne peut recevoir ni téléphone ni visite.
Pierre Dorion m.d.
15-02-72
Notes de l'infirmière:
Passe une bonne nuit. Rien de spécial à noter
Denise Prévost i.l.
17-02-72
Notes de l'infirmière:
Aucune médication per os. Patient radié par docteur Dorion Rx de départ Plexonal faible
h.s. P.r.n.. Répéter Plexonal faible P. R. N. Si insomnie Largactil 50 mg h.s. P.r.n..
Semble satisfait de son transfert. A 10:30 quitte avec un préposé M. Roger Boutin.
M. Fréchette i.l.
17-02-72
NOTE DE DÉPART:
Raison d'admission: Patient délirant, paranoïde, a menacé de tuer sa femme avec une
hache.
Antécédents familiaux: Pas de maladie mentale rapportée dans la famille. Père
assassiné à l'âge de 46 ans par un ami de la famille qui a voulu le voler. Mère, 80
ans, possibilité de diabète, en bonne santé par ailleurs. Une soeur souffrirait
d'ulcère gastrique. Un frère et quatre autres soeurs en bonne santé.
Antécédents personnels: Le patient est le premier de sept enfants. Pas d'antécédents
médicaux et chirurgicaux, ni psychiatriques. Scolarité: le patient est un médecin
yougoslave. Antérieurement, le patient s'est impliqué activement dans la politique et
fut emprisonné pendant trois ans, mais il dit que cela n'a pas réussi à lui faire
changer ses idées. Le patient se marie une première fois vers l'âge de 37 ans, a un
enfant, puis divorce en alléguant que son enfant n'est pas de lui. Il se remarie un an
après et a quatre enfants de sa deuxième femme. Cependant, à cause des troubles de
ménage et de jalousie, le patient change d'endroit de pratique à plusieurs reprises en
Yougoslavie, puis pour les mêmes raisons décide d'immigrer au Canada.
Histoire de la maladie actuelle: Selon les allégués, l'épouse du patient rapporte que
les soupçons du mari auraient commencé en Yougoslavie et se seraient accentués au
Canada. Le patient est venu à accuser son épouse d'infidélité et de coucher avec pas
mal d'individus, y compris ses amis. À cause de ses troubles de ménage, et des idées du
patient, ce dernier a passé la majeure partie de son temps au Canada à surveiller sa
femme et à prouver qu'elle lui était infidèle et par conséquence, à prouver qu'il ne
pouvait rien faire d'autre. Il n'a pu passer son examen préliminaire qui lui aurait
permis de faire son internat dans les hôpitaux et par la suite, obtenir sa licence du
Collège des médecins. Par ailleurs, le patient a dû travailler comme infirmier, mais il
s'est retrouvé vite en chômage. Avant son admission à l'hôpital, le patient suivait
des cours d'anglais en Ontario.
Selon l'épouse, les événements se sont précipités en octobre dernier quand cette
dernière reçut la visite de parents d'une amie qui parlaient yougoslave. Elle avait
servi d'interprète. Le mari était devenu très soupçonneux et à la suite d'une visite
dans sa famille à Québec, il a menacé de tuer son épouse avec une hache. Celle-ci
appelle les policiers qui n'ont pu trouver aucun indice pour impliquer le mari. L'épouse
se rend à l'Hôtel-Dieu de Québec pour y conter son histoire et par la suite, lors d'un
examen du patient pour ulcère d'estomac à l'Hôtel-Dieu de Québec, le patient
soupçonnant qu'on voulait lui faire voir un psychiatre est devenu agité, puis fut
conduit à l'Hôpital Saint-Michel-Archange avec un certificat médical.
A l'examen mental, il s'agit d'un patient de 49 ans qui paraît son âge. Il paraît être
en bonne forme physique. Au début, la collaboration est difficile parce que le patient
dit qu'il n'est pas malade et qu'il n'y a aucune raison pour qu'il soit hospitalisé. Il
se présente d'une façon tonique au début, mais peu à peu il collabore et revient
calme. Il met en doute sa parole contre celle de sa femme étant donné les circonstances
actuelles et le fait qu'il soit malpris à l'hôpital. Son affect demeure concordant, mais
parfois le patient montre un sourire sarcastique. Il n'y a aucune évidence
d'hallucinations ou de délire désorganisé; si le patient présent un délire, c'est que
le délire est extrêmement bien organisé et ce serait au sujet d'un délire de jalousie.
Le patient nie avoir eu quelques phénomènes bizarres. Il est bien orienté dans le
temps, le lieu et l'espace. Il semble être très intelligent. La mémoire est bonne, le
jugement et l'autocritique relatifs si on parle de délire de jalousie.
Évolution: Durant tout le temps de son hospitalisation, le patient met la totalité de
ses énergie à prouver que ce n'est pas lui qui est malade mais bien sa femme et qu'il
n'a aucune raison d'être hospitalisé. A cause de ses actions, il mobilise une quantité
d'heures assez considérable de la part de l'équipe thérapeutique afin de s'occuper de
son cas. Le patient fait appel au Protecteur du citoyen, puis à des avocats, mais le tout
reste sans lendemain. Le patient fait une foule de téléphones à l'extérieur de
l'hôpital et en Yougoslavie, mobilise une quantité de monde assez considérable qui tour
à tour font pressions pour qu'il demeure à l'hôpital où viennent à l'hôpital pour
essayer de solutionner son problème. La venu de son frère de Yougoslavie ne fait que
confirmer l'état paranoïaque du patient. Le patient se montre détestable, méticuleux,
exigeant. Il essaie par tous les moyens de montrer à ses enfants que c'est leur mère qui
est malade et ces derniers deviennent très mêlés et anxieux.
En dernier, le patient demande un transfert à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Montréal
où il a un confrère yougoslave, le docteur Filip Juretic. Ce dernier nous écrit pour
nous dire qu'il va s'occuper de son transfert et nous faisons parvenir à l'Hôpital
Saint-Jean-de-Dieu une photocopie du dossier de monsieur Delev. Quelque temps après, le
transfert est accepté et monsieur Delev quitte pour l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu.
Diagnostique: État paranoïaque. État mental au départ: inchangé.
Médication au départ: Plexonal faible ou Largactil 50 mg. h.s. p.r.n.
Le patient est transféré à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu.
* * * * *
Note de l'auteur: Selon les notes précédentes écrites par le médecin lui-même, il
apparaît que personne n'est venu exercer des «pressions pour que je demeure à
l'hôpital ou pour essayer de régler mon problème». D'après les lettres que j'ai
réussi à obtenir, mon frère est bien venu à Québec mais c'était afin de
«solutionner» les problèmes de mon ex-épouse. En outre, je n'ai pas inventé la
maladie de mon ex-épouse: il en existait une preuve irréfutable et le médecin n'avait,
pour le savoir, qu'à décrocher le combiné téléphonique et téléphoner à l'Hôpital
de l'Enfant-Jésus où mon ex-épouse avait déjà été hospitalisée! L'hôpital en
question est situé juste à côté de l'Hôpital Saint-Michel-Archange! C'est plutôt mon
frère et mon ex-épouse qui ont rendu les enfants perplexes et anxieux. Il est bon ici de
comparer les notes du docteur Dorion avec les notes du docteur Juretic.
* * * * *
Note évolutive: 17 février 1972
Depuis sa demande de transfert à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, monsieur Delev s'est
montré très actif à faire des téléphones tant à Saint-Jean-de-Dieu que dans sa
famille. Il s'est ingénié à mettre en contradiction autant l'équipe traitante que le
personnel de l'unité de soins.
Les visites de sa famille lui furent permises étant donné qu'il devait partir pour
Montréal, mais les téléphones de l'extérieur ne tardèrent pas à venir, nous
expliquant que monsieur Delev avait une influence néfaste sur ses enfants, en leur disant
que c'était plutôt leur mère qui est malade; ceci ayant pour conséquence de les
tourner contre elle.
En conséquence, nous avons dû faire cesser les visites et les téléphones.
D'autre part, il est à noter que le docteur Delev n'a jamais accepté de se faire traiter
pour son ulcère peptique, commentant qu'il savait quoi faire dans cette circonstance.
Madame m'apprend par téléphone qu'elle fait actuellement des démarches pour obtenir sa
séparation. 66
Médication au départ: Plexonal faible ou Largactil 50 mg. h.s. P.r.n..
PD/jdt Pierre Dorion m.d.
Pièce No 22: «LIBÉRÉ définitivement»
Suit la copie de la formule selon laquelle j'étais LIBÉRÉ définitivement par le
Comité de révision de l'Hôpital Saint Michel-Archange!? (Sceau du Comité de
révision). De fait, j'ai étè escorté à Montréal à l'Hôpital St Jean de Dieu --
Pour le <<traitement disciplinaire.>> Je suis allé out of the frying pan into
the fire, comme on dit en anglais. Le juge a oubli de mentionner cette pièce accablante.
(Voir Pièce No 22: «LIBÉRÉ définitivement»).