3) Dossier de l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu
NOTES D'ADMISSION (Pièce No 23)
Montréal - Gamlin Salle Saint-Gabriel
DELEV, Risto 75189
07-02-72 J'aimerais l'opinion du docteur Juretic au sujet de ce cas.
(Sign.) F. Juretic m.d.
Per Jean-F. Filotto m.d../cb
11-02-72 Demander au docteur Juretic de contacter personnellement un chef d'une salle
d'admission homme et faire les arrangements nécessaires à savoir faire réserver un lit
(je suis d'accord pour le transfert).
(Sign.) F. Juretic m.d.
Per Jean-F. Filotto m.d./cb
14-02-72 Admettre dans le Service du docteur Legault cette semaine.
(Sign.) F. Juretic m.d.
Per Jean-F. Filotto m.d./cb
17-02-72 J'admets ce malade aujourd'hui selon les arrangements pris. Il ira dans le
Service du docteur Legault et sera traité par le docteur Juretic qui parle la même
langue.
Le résumé de dossier est considérable et il semble bien que le malade souffre de
paranoïa, ce qu'il restera à infirmer ou confirmer ici.
Diagnostic Provisoire: Paranoïa.
(Sign.) F. Juretic m.d.
Per Jean-F. Filotto m.d./cb
Note de l'auteur: C'est le docteur Jean-F. Filotto qui s'est occupé de mon
admission (voir Feuille sommaire Pièce No 27). Cependant les
signatures «per Jean-F. Filotto» sont faites par le docteur Filip Juretic.
Le docteur Juretic viendra me voir le lendemain, le 18-2-1972, ce qui ressort des notes
écrites par le docteur Juretic et les infirmières.
Allons donc! Le docteur Juretic «aimerait l'opinion du docteur Juretic»!? Encore le
docteur Juretic qui demande au docteur Juretic de...??? En fait, nous sommes en présence
des premières manipulations maladroitement fabriquées par mon «bon ami» Juretic. C'est
lui-même qui se déclare mon «bon ami». (Voir Pièce No 03)
Toutes les notes portées sur ce formulaire indiquent que leur auteur, le docteur Juretic,
n'est pas bien orienté et que son discours n'est pas adéquat. En psychiatrie, on dit que
les personnes désorientées qui tiennent un discours inadéquat souffrent de
schizophrénie paranoïde.
De plus, le «diagnostic provisoire» soulève une question sérieuse. Est-ce qu'il est
possible qu'après plus de trois mois de tortures, les psychiatres errent encore. Sans
doute est-ce là une preuve flagrante de leur incompétence et de leur culpabilité.
Après plus de trois mois, ils en sont encore à des diagnostics «provisoires»!
De fait, ceci est la première manipulation avec mon dossier par mon <<ami>>
Juretic. Pourtant, le juge a jouè comme s'il e´tait aveugle.
17-02-1972
ORDONNANCES MÉDICALES:
Analyse dosage - Aucun médicament
(Signature illisible)
Notes de l'infirmière:
2h30: Arrivée du patient accompagné d'un surveillant. Dans le service docteur Legault.
Sous les soins docteur Juretic. Souriant, coopérant, calme. Bien orienté. Discours
adéquat.
H. Simard ilp
11:30 Insomnie. Médication: Tualone 300 mg. Phenergan 50 mg.
R. Pilon il
18-02-1972
Évolution mentale: (Pièce No 24)
Finalement nous avons reçu la nouvelle que le patient de Saint-Michel-Archange, le
docteur Risto Delev, est transféré à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu avec approbation de
la direction de l'hôpital et du bureau d'admission du docteur Filotto.
Nous avons vu le patient immédiatement et nous avons pu constater que le patient n'est
pas profondément dérangé comme le fait croire son dossier, évidemment il est
déprimé. Sa dépression est d'ordre situationnel et du ménage car sa femme, selon le
patient, se comporte plus au moins de façon orthodoxe au point de vue de son devoir
marital et serait à la base de cette hospitalisation qui se prolonge déjà depuis 2 mois
et demi.
Le patient est lucide, bien orienté, assez vivace au point de vue intellectuel mais nous
notons qu'il nous demande beaucoup de choses dont on n'est pas prêt à lui donner. Le
patient est exigeant. Nous proposons de lui interdire tous les téléphones, étant donné
que son compte au Bell Téléphone est déjà monté à $250. 00 et de lui interdire les
sorties. Nous le suivrons le plus fréquemment possible.
Le patient n'a pas encore une idée de ce qu'il fera une fois son congé obtenu, ne s'est
pas encore cristallisé. Le patient a exprimé de façon incertaine et peu déterminée,
l'idée même de son retour en Yougoslavie, pour nous dire 2 minutes plus tard,
qu'éventuellement l'Autriche serait le pays où il pourrait s'établir car il a déjà
séjourné dans ce pays.
Nous croyons que cet imbroglio de son statut d'émigrant reçu mais pas encore de
citoyenneté en étant encore, en effet, citoyen Yougoslave, nous empêche de prendre une
décision immédiate. Nous préférons le suivre, l'observer de près, et lui faire une
psychothérapie de soutien car, à notre avis, il en aurait besoin pour le moment. Le
patient n'est pas psychotique et son état dépressif est susceptible d'être
amélioré de façon significative.
Multiples interprétations paranoïdes et délirantes malgré l'apparence lucide,
compliquées par une agressivité dangereuses (sic).
F. Juretic m. d./ld
Note de l'auteur: Voilà une falsification évidente à la manière du docteur
Juretic. Sur la manoeuvre dolosive de mon «ami», le juge Pierre Boudreault écrit dans
son jugement: «La simple vue de la page de ce document permet de se demander pourquoi le
dernier paragraphe n'a pas été dactylographié avec le même ruban que les précédents.
Les lettres sont plus foncées. Le demandeur a apporté une preuve sur ce sujet. Monsieur
André Munch, un spécialiste en documents et police scientifique, a exprimé l'avis que
ce paragraphe n'a pas été apposé au même moment que les autres parties de l'écrit. Il
se fonde sur le fait que ces deux lignes sont beaucoup plus foncées et que l'alignement
en est différent.... il conclut aussi que le paragraphe a été ajouté après que les
initiales manuscrites eurent été apposées.».
D'ailleurs, il n'est pas nécessaire d'être juge, spécialiste ou psychiatre pour voir la
contradiction bien claire entre les deux dernières lignes et le texte qui les précède: le
patient qui «n'est pas psychotique», ne peut présenter des «interprétations
paranoïdes et délirantes», et vice versa.
Le juge soulève la possibilité d'une manipulation faite par le docteur Juretic mais ne
la confirme pas. Vraiment, pourquoi pas?! (Voir Judgment)
* * * * * 30-03-72
Ordonnances médicales
9 AM: Tualone 300 mg. H.S. Valium 10 mg au besoin.
F. Juretic m.d./ld
Notes de l'infirmière
Vu par docteur Juretic. Médication: Tualone 300 mg. H.S. Valium 10 mg. P.r.n.
L. Bess ilp
21-02-72
Évolution mentale:
Nous avons vu le patient aujourd'hui et le patient nous demande de nouveau certains
privilèges qu'on est pas prêt à lui donner. Nous croyons que l'unique politique
thérapeutique à adopter pour ce patient est une politique inflexible, car le patient ne
montre pas une bonne volonté d'adaptation.
F. Juretic m.d./ld
Ordonnances médicales:
Même Rx (médication). Note dictée.
F. Juretic m.d.
23-02-72
Évolution mentale:
Nous lui prescrivons aujourd'hui Déprex, 25 mg t.i.d. et nous demandons une requête en
thérapie occupationnelle sculpture. Le patient nous dit que pendant 2 mois, il a toujours
été occupé à Saint-Michel-Archange et qu'il pourrait éventuellement avoir le
privilège de passer ses journées en travaillant.
Nous lui faisons savoir que son hospitalisation pourrait se prolonger plus que ce qu'il
espérait car nous avons besoin d'entreprendre des contacts avec sa femme dont nous
aimerons connaître sa propre version de vive voix. Nous signons une requête en thérapie
occupationnelle, nous lui ajoutons Déprex, 25 mg. t.i.d.
Le docteur Léopold Ferron, assistant-surintendant médical, est au courant du séjour de
ce médecin en qualité de patient à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Le docteur Legault
est d'accord pour adopter une politique disciplinaire la même que pour les autres
patients, qui pourra naturellement être changée par la suite selon le degré de
coopération du patient.67
F. Juretic m.d./ld
Le 23 février 1972, le docteur Juretic a signé la «formule de cure» (Pièce
No 25) qui se lit:
Nous, soussignés, médecins-psychiatres, attestons avoir examiné le docteur Risto delev
et avons noté le diagnostic suivant:
DÉPRESSION SITUATIONNELLE
Nous déclarons que le(la) patient(e) est atteint(e) de la maladie mentale et capable
d'administrer ses biens, nous recommandons la CURE LIBRE.
Note de l'auteur: La dépression situationnelle est plutôt une condition normale
qu'une manifestation psychotique. Un tel diagnostic n'existe pas dans la Manuel de
classification des diagnostics psychiatriques, basé sur la Classification internationale
des maladies, adapté - CIMA-8: Bureau fédérale de la statistique, Ottawa, 1969.
23-02-72
Ordonnances médicales:
Pas de permis de sortir de la salle. Aucune permission de téléphoner. Continuer le
reste. Requête: En ergothérapie (sculpture). Médication: Déprex 25 mg T.I.D.
F. Juretic m.d.
Note de l'auteur: La Loi concernant les hôpitaux pour le traitement des
maladies mentales Geo. VI, Ch. 31, Art. 17, dit: «Un malade traité en cure libre
peut quitter l'hôpital à volonté». C'est là une violation flagrante de la loi.
23-02-72
Notes de l'infirmière:
Vu par docteur Juretic - Médication révisé - Continuer le reste - Pas de permis de
sortir de la salle - Aucun permission de téléphoner.
L. Bess ilp
Le patient a commencé à socialiser avec son entourage et participe à plusieurs
activités au département tels programme de jour, audition de disque, hockey intérieur,
etc. Il est également intéressé aux activités inter-départementales, tels sculpture.
Il est souriant, bien orienté, son discours est approprié.
C. Thériault ilp
29-02-72
Évolution mentale:
Le patient se plaint aujourd'hui comme d'ailleurs la dernière fois, qu'il n'est pas
tellement respecté dans la salle, qu'il n'a pas de privilège. Nous sommes d'accord de
continuer la même politique pour empêcher toute dépense inutile pour des appels
téléphoniques, car il a déjà accumulé une dette de $250.00.
Le patient voudrait sortir immédiatement de l'hôpital en laissant de côté toute idée
de retour éventuel dans son pays d'origine et nous le comprenons très bien qu'il refuse
pour opter définitivement d'aller vivre à Toronto ou Hamilton où la colonie
macédonienne est assez important pour lui permettre de se faire des amis qui pourraient
l'aider les premiers temps, même au point de vue financier. Il ne compte absolument pas
prendre contact avec sa femme et nous rassure pour excluer (sic) toute possibilité
d'agressivité immédiate et tardive vis-à-vis sa femme. Cependant il n'est pas prêt à
renoncer à ses 4 enfants, qui aux dires de notre patient, font des progrès merveilleux
à l'école en sautant continuellement les classes, sauf le dernier qui serait retardé au
point de vue langage et au point de vue développement psychomoteur.
Nous diminuons Elavil, 25 mg. b.i.d. La radiographie d'estomac que nous avons fait faire,
démontre nettement un ulcère d'estomac ancien. Patient refuse tout traitement, en nous
disant qu'il ne se sent pas tellement mal, qu'il connaît sa maladie depuis 2 ou trois
ans, qu'il n'est pas prêt à prendre une médication quelconque et que simplement avec
une diète et une vie tranquille, d'ailleurs n'a pas tous les torts, pourra traiter sa
maladie.
Donc au point de vue son attitude, rien n'a changer.
F. Juretic m.d./ld
Note de l'auteur: Il est bien difficile de comprendre cette note: est-ce que le
docteur, pour quelque raison, veut jouer à l'idiot ou est-il vraiment bête? La raison
qu'il invoque - «m'empêcher toute dépense inutile» - ne tient pas debout car il y a six
jours à peine, il a certifié que j'étais «capable d'administrer mes biens». Il
n'y a donc aucune raison pour «m'empêcher d'administrer mes biens» ni de me garder à
l'hôpital contre mon gré.
Chose encore plus incompréhensible, les patients des hôpitaux psychiatriques ne sont pas
en mesure, même s'ils le veulent, de faire des appels téléphoniques, interurbains ou
autres.
D'autre part, insister pour me garder à l'hôpital sous prétexte que je ne suis pas
«prêt à renoncer» à mes enfants, c'est tomber dans la pure déraison ou peut-être
est-ce la preuve que l'individu est lui-même un psychopathe!
J'ai eu beaucoup de choses à écrire sur les prédécesseurs du docteur Juretic mais il
les a dépassé. C'est là le type de psychiatres qui s'est occupé de ma «maladie».
Finalement, s'il est vrai que, «au point de vue de mon attitude, rien n'a changé», on
doit se poser la question: pourquoi étais-je interné?!
* * * * *
29-02-72
Notes de l'infirmière:
Médication révisée par docteur Juretic. Elavil 25 mg. B.I.D.
L. Bess ilp
Note de l'auteur: Du 29 février au 24 mars, je n'avais pas de médecin attitré
bien que j'aie alors été considéré comme un patient «sérieux». Chaque fois que j'ai
essayé d'approcher le docteur Legault, chef du département, afin de lui demander où
était le docteur Juretic et qui était mon médecin remplaçant, il s'est détourné de
moi affichant un sourire cynique.
.....
Il existe dans mon dossier, en date de 20 mars 1972, un formulaire signé par un
chirurgien (signature illisible) --Voir Pièce No 26.
D'après ce document, on a demandé à mon ex-épouse (à qui d'autre?) la permission
d'effectuer une intervention d'ostéotomie du 5e métatarsien et fixation par broche
i.m.68 Et
pourquoi? Parce que j'ai eu quelques difficultés avec un durillon au pied. Cette
façon d'agir démontre la cruauté la plus brutale. Même si j'étais «capable
d'administrer mes biens» - voir Pièce No 21., Pièce No 23. , selon cette formule, je n'étais pas capable
d'administrer mes os!!! Ils ont également voulu effectuer une opération chirurgicale
pour mon ulcère bien que je n'en n'avais pas besoin.
J'ai éprouvé, en définitive, beaucoup plus de souffrances de la part de mes
«collègues» que de mes pieds et de mon ulcère. J'ai eu de grandes difficultés avec le
chirurgien en essayant de le convaincre que j'étais moi-même médecin, que je savais ce
qui me convenait le mieux, que, comme médecin généraliste, j'estimais que c'était aux
infirmières de régler efficacement et sans effusion de sang, les problèmes de
durillons. La méthode consiste ordinairement à demander aux patients de plonger les
pieds dans l'eau tiède et après 30 minutes, les infirmières parviennent facilement à
extirper les durillons. Le chirurgien ne m'a pas cru. Il a envoyé le formulaire à mon
ex-épouse et, naturellement, elle l'a signé. C'est une preuve de plus que depuis mon
internement, je n'étais pas traité comme un malade, mais comme une «statue de marbre»
ou plutôt, comme un idiot! Mon refus d'ostéotomie et de l'opération pour mon ulcère,
ainsi que des traitements cruels fut interprété par mes psychiatres comme des preuves
que j'étais mentalement malade»?!
22-03-72
Notes de l'infirmière:
Patient socialise bien avec les autres, participe aux activités du département.
Manifeste un intérêt pour les activités inter-départementales, telle sculpture.
Patient réclame un congé - se dit bien et ne voit pas ce qu'on peut faire pour lui. Son
discours est approprié.
M. Gareau, i.l.p.
24-3-72
Évolution mentale:
Malheureusement, nous n'avons pas pu voir le docteur Delev, ces derniers jours, à cause
de nos vacances, mais nous constatons aujourd'hui que le patient est anxieux, ses mains
tremblent, exige son congé de façon un peu plus agressive que d'habitude.
Nous sentons obligés d'avertir sa femme que son congé définitif pourra être envisagé
bientôt et nous attendons sa réponse pour voir l'attitude que madame Delev entend à
prendre en regard de notre décision.
Le patient s'occupe; il a subi des attaques d'un certain monsieur Duguay, patient de la
salle Saint-Gabriel, mais heureusement sans séquelle majeure. Patient montre des signes
évidents au niveau de son visage, autour de l'oeil gauche, des attaques subies
aujourd'hui et hier. Le patient est isolé (monsieur Duguay).
Notre patient, le docteur Delev, s'occupe. Nous avons l'intention d'accélérer son congé
pour lui permettre de continuer éventuellement son cours d'anglais à Hamilton.
Pour le moment, on peut dire et à cause de l'hospitalisation prolongée, que le patient
affiche une angoisse beaucoup plus évidente qu'auparavant et un degré d'impatience pour
sortir pour toujours de l'hôpital. Nous proposons de parler avec le docteur Legault dès
que nous aurons la réponse du côté de sa femme.
F. Juretic m.d./ld
Note de l'auteur: Le docteur Juretic sait parfois raisonner comme il faut. Mais
est-il nécessaire d'être psychiatre pour savoir que chaque être humain peut «afficher
une angoisse» provoquée par sa simple présence dans un milieu donné? Le traitement de
l'angoisse ou de la dépression, comme il l'a diagnostiquée, par la médication
anti-dépressive (Elavile, Deprex), peut se comparer à la situation d'un patient qu'on
placerait dans un tonneau rempli d'eau bouillante et qu'on soulagerait à l'aspirine au
lieu de l'extraire du tonneau. De plus, un véritable médecin aurait-il eu besoin de
«parler avec le docteur Legault» ou d'entendre «la réponse du côté de mon ex-femme»
avant de prendre une décision concernant son patient?
En médecine, les médecins sont ceux qui approuvent ou désapprouvent un congé médical
ou suggèrent aux patients de rester sous surveillance dans les hôpitaux. Dans mon cas,
c'est ma femme qui a arrangé mon internement et c'est aussi uniquement elle qui a pu m'en
faire sortir. Je souligne que, pendant mon séjour à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, mon
épouse n'est jamais venue me rendre visite ni ne m'a téléphoné. On ne l'a donc pas
interrogée sur ce qu'elle savait de mon état mental; on lui a simplement demandé si
elle voulait que je sois libéré.
* * * * *
Ordonnances médicales:
Même Rx (médication). Diminuer Elavil 25 mg B.I.D.
Évolution mentale:
Nous avons finalement la chance de parler avec madame Delev qui arrive de Québec. Madame
Delev a respecté son rendez-vous et nous a longtemps parlé des problèmes familiaux et
aussi de la maladie de son mari, à son point de vue.
Madame Delev nous a fait une très bonne impression. C'est une personne bien conservée,
convenablement bien habillée, qui a un vocabulaire recherché, très intelligente et nous
croyons qu'elle est aussi une bonne mère de famille. Nous avons eu cette impression au
commencement et à la fin de l'entrevue. Elle est accablée par les événements et est
déprimée à cause de la maladie de son mari et de la tragédie sentimentale qui s'est
abattue sur la famille du docteur Delev. Elle nous a parlé longtemps de leurs enfants, de
façon émotionnellement adéquate. Ce sont des enfants splendides sauf un enfant qui est
âgée de 3 ans et ne parle pas encore et qui a un léger retardement au point de vue
développement psychomoteur. Les autres enfants sont les premiers de classe.
Madame Delev nous a parlé de leur mariage, de leur vie en commun pendant leur séjour en
Yougoslavie, des études de son mari et de la famille de son mari. Elle nous a décrit le
frère de monsieur Delev envers lequel notre patient, le docteur Delev, est tellement
agressif, comme un gentleman et le meilleur de la famille, comme une bonne personne et
honnête qui est venu au Canada pour arranger leur disputes familiales et qui aurait
offert avec les autres familiaux de payer le voyage de toute la famille pour retourner en
Yougoslavie. Certainement, nous n'avons pas l'impression que le frère du docteur Delev
qui est ingénieur, serait venu au Canada pour profiter de la femme de son frère, notre
patient, comme le prétend avec certaines allusions le docteur Delev.
Madame Delev nous dit que ce jeune frère a aidé son frère (docteur Delev) pour terminer
ses études. Il s'est toujours sacrifié pour la famille et nous a parlé aussi du premier
mariage du docteur Delev qui a aussi naufragé, à son avis, à cause du comportement
parfois irresponsable du docteur Delev. Avec cette première femme, il aurait eu une fille
pour laquelle il paierait encore une pension alimentaire régulièrement.
Elle aurait marié le docteur Delev à cause de sa forte personnalité, pouvoir de
conviction des gens. Il apparaît toujours sympathique et amical. Cependant, elle ajoute
immédiatement que n'importe quel service qu'il avait commencé dans sa vie, tout est fini
sans succès. Il a accumulé un insuccès après l'autre. Il s'est occupé d'autres
domaines qui ne sont pas strictement médicaux.
Pour l'accident qu'ils ont subi pendant la dispute qui a amené le docteur Delev dans un
hôpital psychiatrique, elle nous dit que la police n'a pas trouvé la hache et pour elle
c'est un mystère, car seulement une hache a été trouvé dans le sous-sol, dans un coin
mais que cette hache est trop grande et qu'elle a nettement l'impression que c'est une
autre hache avec laquelle elle a été menacée et que cette hache n'a jamais été
retrouvée et que la police a recommandé de se réconcilier. C'est son plus jeune enfant
qui l'aurait sauvée car elle pleurait et l'attention de son mari aurait été détournée
par le petit et elle aurait immédiatement profité de ce moment pour s'enfuir et chercher
dans la rue, habillée en tenue de nuit, de l'aide à la première voiture passante qui
l'a amenée au poste de police. Elle a eu nettement la sensation que son mari voulait la
tuer.
Nous prenons tout ce qu'elle raconte de l'accident avec une certaine réserve car elle met
beaucoup d'émotionnalité (sic) et pourrait, sans le vouloir, exagérer l'accident.
Étant donné que son mari a fait des dettes téléphoniques, qu'elle ne peut pas payer,
conversations téléphoniques parfois inutiles. Elle a payé les dettes de $130 de
communications avec la Mère patrie en Macédonie, mais n'est pas capable de payer celles
de son mari. Ils vivent du Bien-Être social. Ils ne voudraient pas retourner avec les
enfants en Yougoslavie parce qu'ici ils pourraient quand même espérer un avenir pour ses
enfants; cependant en Yougoslavie, serait dans son milieu en Macédonie une honte de
retourner avec son mari et ses enfants et nous sommes convaincus que madame Delev dit la
vérité parce qu'on connaît le milieu, très conservateur où les gens vivent dans cette
république de la Yougoslavie.
Dans tous les cas, elle est un peu ambivalente, voudrait que sa famille en Macédonie paie
le voyage pour ses 2 plus grands garçons, pour qu'ils connaissent leur mère-patrie
l'été prochain.
Pour le moment, il n'est pas question qu'elle pourrait retourner en Yougoslavie. Elle
étudie l'anglais et le français et pourrait bientôt s'employer comme interprète car
elle connaît parfaitement les langues slaves et aussi le grec. En connaissant le
français elle pourrait s'employer au ministère de l'Immigration ou un bureau analogue.
Ses propos pour l'avenir sont assez cohérents et logiques mais il reste toujours la
crainte et la peur mortelle de l'arrivée imprévisible de son mari à la maison qui
pourrait se venger, car selon elle sa personnalité est caractérisée par un sentiment
d'honneur exagéré, comme elle s'exprime, de désir de vengeance et que son mari lui
répète toujours: «Je laverait mon visage, mon visage reviendra blanc, je te retrouvera
partout, soit au Canada, soit en Yougoslavie». Elle nous dit aussi qu'il ne fera pas de
bêtises comme auparavant mais s'il fait quelque chose ce sera définitif. Elle nous dit
que le patient a écrit à ses familiaux en Yougoslavie, à ses soeurs, sa mère, où l'on
peut trouver des nuances et des menaces en regard de sa femme.
Les soeurs du patient recommandent à la femme du patient de nous dire qu'il ne faut pas
le laisser sortir de l'hôpital, sans qu'il soit guéri, parce qu'il serait dangereux.
Pour cette raison, nous avons changé notre attitude et notre intention et nous
préférons encore de le garder sous observation pour lui faire de la psychothérapie et
de l'éloigner physiquement de la famille car la procédure de séparation est en cour et
le patient, lui-même, ne veut vivre avec sa femme.
Ses enfants l'adorent et nous croyons qu'il adore aussi ses enfants mais il existe un
déséquilibre et incompatibilité de caractère entre les deux époux.
Nous gardons les lettres comme documentation et nous insistons à retenir encore le
patient à l'hôpital, au dossier. 69
Ayant parlé avec le docteur Legault, nous étions prêt à le congédier si sa femme
avait été consentante mais ayant constaté que madame Delev craint réellement son mari
vis-à-vis l'attitude qu'il pourrait prendre une fois sorti, nous n'avons pas la force de
le laisser partir et nous préférons l'observer davantage.
Malgré que le patient est lucide, en le voyant avec le docteur Ly à la salle
Saint-Gabriel, nous avons constaté une angoisse extrême car l'hospitalisation s'est
prolongée beaucoup plus longtemps qu'il prévoyait. Ses mains tremblent, refuse de
traiter son ulcère gastrique, refuse la chirurgie, voudrait seulement sortir.
Hier il nous a fait une scène avec les larmes aux yeux parce qu'il était prêt à partir
alors que nous avons éclairci la situation et que nous préférions attendre les
réponses aux lettres qu'il aurait écrites en Macédonie; une lettre devrait être déjà
partie, dirigée à nous-mêmes, médecin-traitant, et une fois que nous aurons reçu
cette lettre, on se consultera avant de prendre une décision.
Pour le moment, le patient ne devra pas quitter la salle, sauf pour occupation
thérapeutique. La médication reste telle quelle. Aucun privilège pour téléphoner ou
sortir seul de la salle.
F. Juretic m.d./ld
Note de l'auteur: Je ne crois pas qu'il ait existé un problème de langue entre le
professeur et mon ex-épouse. Le plus logique était pour le docteur Juretic de demander
à mon ex-épouse s'il était possible qu'un homme pour qui «tout finit dans la vie sans
succès» puisse gagner le salaire d'un spécialiste, comme elle a affirmé au début de
mon internement. Puis, de quels genres de domaines non-médicaux me suis-je occupé?
Est-ce que j'ai volé?
Si le professeur a lu le dossier de l'Hôpital Hôtel-Dieu, pourquoi ne pas demander à
madame qu'elle explique qu'il y ait deux versions différentes au sujet de la hache?
A propos des menaces, c'est une invention typique de mon ex-épouse.
Est-ce que le docteur Juretic et ses confrères ont employé la psychothérapie? Mais non!
Tout d'abord, ils ne possèdent pas les qualifications humaines et morales requises. Puis,
ils n'ont jamais cru que je sois malade. Ils se sont plutôt occupés à réaliser un
«plan de soins», et à complètement détruire ma famille. Ils se sont attelés à
appliquer «une unique politique thérapeutique inflexible» car je n'ai pas «montré une
bonne volonté d'adaptation». Ils ont veillé à ce que je sois «prêt à renoncer à
mes 4 enfants» (sic!). Peut-on imaginer un plan plus barbare?!
J'ai vécu parmi des malades mentaux, j'ai été brutalisé pendant six mois par mes
confrères parce qu'il existait «un déséquilibre et une incompatibilité de caractère
entre les deux époux (mon ex-épouse et moi)». Rien de plus que ça. Les diagnostics et
les épithètes comme schizo-paranoïde, hallucinations, délires, dangerosité,
paranoïa, état paranoïde, etc., sont le fruit de l'imagination de psychiatres sans
scrupule.
On a demandé au docteur Juretic et à mon ex-épouse de produire devant la Cour les
lettres ci-mentionnées; ils ne les ont cependant pas présentées, car elles étaient
plutôt un bluff caractéristique du docteur Juretic et de mon ex-épouse.
Le docteur Juretic a été une petite marionnette. Mon ex-épouse d'abord, et le docteur
Louis Dionne, instigateur de mon internement, ont exercé un pouvoir exclusif sur ma
destinée. Ce sont eux qui ont décidé de mon congé final. Mon état mental ne fut pas
décisif. C'est le consentement de mon ex-épouse et du docteur Legault qui ont donné
lieu à mon congé.
L'occupation thérapeutique était plutôt une humiliation. Les mains tremblantes et une
angoisse extrême ont été l'unique résultat de la «thérapie» du docteur Juretic.
Il est difficile de comprendre à quoi correspond cette longue «évolution mentale».
Est-ce une évaluation de mon état mental ou bien plutôt une suggestion de mon
ex-épouse? On retrouve, à peu de choses près, la même chose dans les notes du docteur
Dorion, surtout dans celle du 19 novembre 1971.
30-03-72
Notes de l'infirmière:
Patient vu par son médecin, très anxieux par la suite, larmes aux yeux, se promène de
long en large, tente d'expliquer que sa réaction est normale - Nozinan 50 mg I.H. - repos
quelques heures, toujours anxieux. M. Gareau ilp
Note de l'auteur: Le Nozinan est un substitut de la morphine. Le docteur Juretic
m'a prescrit ce médicament en injection après ma visite à son bureau, pendant laquelle
je lui demandais pourquoi il ne m'accordait pas mon congé bien qu'il eût reconnu
verbalement que mon hospitalisation n'était nullement justifiée. L'injection était
comme une sorte de châtiment.
On comprendra dans quel état de désolation je me suis retrouvé. Je n'avais plus rien
d'autre à faire que d'écrire la lettre suivante:
04-04-1972.
Le surintendant de l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu - Montréal
Le docteur Raymond Legault, Chef de service de la salle Saint-Gabriel
Le docteur Filippo Juretic
Soeur L. Charland, hospitalière de la salle Saint-Gabriel
Après trois mois d'hospitalisation à l'Hôpital Saint-Michel-Archange de Québec et un
mois et demi ici, mon congé définitif demeure plus incertain qu'au premier jour de mon
hospitalisation.
Mon médecin traitant, le docteur Filip Juretic depuis notre conversation par téléphone
de Québec, m'a répété qu'il ne voit aucun signe maladif en ce qui me concerne. Par
contre, avant ses vacances, il m'a traité comme un grand malade. Durant un mois, j'ai
été traité comme un malade de 1er et 2e groupe. Grâce au personnel de la salle et au
docteur Legault, je suis passé au 3e groupe. Au retour de ses vacances, le 24 mars, j'ai
rencontré le docteur Juretic; il m'a dit qu'il me donnerait mon congé la semaine
suivante étant donné mon bon état de santé. Le 29 mars 72, le docteur Juretic est venu
avec le docteur Ly et m'ont déclaré qu'ils m'accorderont mon congé définitif le
lendemain à onze heures.
Le 30 mars 1972, le docteur Juretic n'est pas venu me voir à onze heures et il a ordonné
par téléphone à garde Simard que je n'aurais plus droit aux sorties extérieures sans
accompagnement et, quelques instants plus tard, est venu me dire que je devais rester
encore quelque temps à l'hôpital sans me donner aucune raison valable. Après ma
rencontre avec le docteur Juretic, j'ai demandé des renseignements sur mon cas auprès du
personnel hospitalier mais je n'ai pas reçu d'explication car, a-t-on dit, mon dossier
était incomplet sur ce sujet.
J'en conclus donc que le docteur Juretic n'est pas apte à suivre et traiter mon cas.
Selon un document de l'Hôpital Saint-Michel-Archange que je possède, je suis
«suffisamment bien mentalement pour signer des documents ayant une valeur légale». Par
conséquent, grâce à cette affirmation, je me considère capable de juger ce qui est bon
pour moi.
Je requiers simplement un droit qui m'appartient fondamentalement. Je demande un examen
sérieux, un colloque des trois médecins-psychiatres rattachés à la salle Saint-Gabriel
qui connaissent mieux mon comportement. Le docteur Juretic, d'ailleurs, m'avait promis à
mon arrivée, qu'une rencontre aurait lieu entre ces psychiatres et le personnel
hospitalier, ce que je souhaite. Je voudrais un examen objectif et valable.
Je considère qu'une hospitalisation de 5 mois c'est trop pour une «dépression»,
diagnostic posé par le docteur Juretic.
Bien à vous,
Risto Delev
Salle Saint-Gabriel
07-04-42
Notes de l'infirmière:
Patient qui manifeste beaucoup de mécontentement vis-avis son médecin, le règlement,
etc. Cherche par tous les moyens de gagner notre amitié. Très nerveux et tendu depuis
qu'on a réduit les privilèges, demande d'être présenté devant toute l'équipe afin
d'éclaircir la situation.
Semble méfiant et interprétatif vis-à-vis certaines mesures prises par le médecin.
M. Gareau ilp
La lettre du 12-04-1972 par l'avocat de mon épouse;
SURINTENDANT MÉDICAL
HÔPITAL SAINT-JEAN-DE-DIEU
Montréal
SUJET: DAME RISTO DELEV NO: 7780
Docteur,
Nous sommes les procureurs de madame Risto Delev, et son mari est présentement interné
à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu; il est sous les soins du docteur Filip Juretic.
Madame Delev reçoit régulièrement des mises en demeure concernant les dettes
contractées par son mari auprès de compagnies d'essences et sociétés de crédit.
Nous demandons à ces compagnies de suspendre leur poursuite pour l'instant, mais en
retour on nous demande la remise des cartes de crédit en question.
Serait-il possible de savoir si monsieur Delev a encore en sa possession quelques-unes de
ces cartes, et pourriez-vous nous les faire parvenir.
Nous vous remercions de votre attention et demeurons,
Biens à vous.
SERVICE D'ASSISTANCE JUDICIAIRE
PAR: ALAIN TURGEON, avocat
Monique Hamel.
* * * * *
Note de l'auteur: Cette lettre est un ruse de la part de mon ex-épouse, ce qu'elle
avait l'habitude de faire. Elle n'a jamais eu à payer quelque dette que ce soit pendant
notre vie commune. Certainement, j'ai eu quelques dettes avant mon internement mais
sûrement pas suffisamment pour en faire toute une histoire. De plus, au lieu d'aller se
plaindre, il lui aurait été facile de faire suivre mon courrier (et les «mises en
demeure») à l'hôpital pour que je m'en occupe. (Pendant toute la durée de mon
internement, j'ai payé régulièrement les bourses universitaires privées pour mes fils
Gligor et Slobodan.
D'autre part, cette lettre démontre implicitement que mon ex-épouse s'emparait de mon
courrier. Plus tard, encore par l'entremise du même avocat, elle se plaindra que c'est
moi qui s'empara de son courrier.
Il est bon aussi de mentionner que monsieur Turgeon était censé être mon procureur
pendant mon internement. Pourtant, c'est lui qui m'a accusé «de manoeuvres dolosives»
visant à m'approprier le courrier de mon ex-épouse.
Finalement, le 24 avril 1972, le personnel attaché à la salle Saint-Gabriel s'est
réuni. Le docteur Juretic, évidemment, était absent. C'est le docteur Legault qui
présidait; il avait l'air d'un bouffon. Il a commencé par me poser des questions
stupides et je n'ai pas hésité à lui dire qu'il était un homme sans le moindre
scrupule. Les étudiantes qui étaient présentes s'en amusèrent et rirent beaucoup
lorsque je répliquais au docteur Legault. Je suis certain qu'il a regretté d'avoir
«présenté» mon cas.
Des personnes présentes, seule une femme a posé une question: «Est-ce que vous aidiez
votre femme avec les enfants?» Plutôt que de répondre, je lui ai demandé:
«Croyez-vous que votre question est pertinente pour déterminer si je dois sortir ou
être incarcéré pour de bon?» Je savais qu'elle était psychiatre. J'ai vu la feuille
dans ses mains sur laquelle, je crois, d'autres questions y figuraient. Mais après ma
question, elle se mit à bouger nerveusement sur sa chaise et répondit: «je ne fais que
vous le demander.» Avec le sentiment d'un conquérant, je poursuivis mon attaque: «vous
devriez poser vos questions à mes enfants et à ma femme avant que je ne sois enfermé
ici.» L'état d'esprit dans la pièce était tendu et déprimant. Le docteur Legault
s'empressa alors de déclarer que la discussion du panel était terminée.
Naturellement, pas un mot sur cette «présentation» dans le dossier. Je présume qu'elle
était trop embarrassante pour le pauvre docteur Legault.
25-04-72
Évolution mentale:
Nous avons vu le patient ces derniers temps à plusieurs reprises en compagnie du docteur
Eric Malstrom, du docteur Ly et du docteur Temchev, d'origine bulgare, qui travaille à
Notre-Dame-des-Victoires.
Le patient nous apparaît encore anxieux, modérément déprimé à cause de
l'hospitalisation qui se prolonge plus que prévu. Nous avons reçu aussi une lettre
d'avocat (A. Turgeon) de Québec qui nous demande de demander au patient de nous donner
les cartes de crédit que le patient continue à utiliser, pour lui envoyer après. Il
semble que la dette contractée s'élève déjà à 200.00 $ environ
Nous avons parlé avec l'assistant-surintendant médical, le docteur Léo-Paul Ferron et
immédiatement après avec le patient en insistant d'avoir les cartes. Le patient a refuse
de nous les donner en nous disant qu'il paie régulièrement et périodiquement une somme
requise et que tout est parfaitement en règle. Nous avons trouvé ce raisonnement logique
et nous n'avons insisté davantage en répondant en ces termes et dans le même sens à
l'avocat, à la lettre déjà mentionnée.
Nous avons finalement reçu aussi la lettre de son frère ingénieur qui habite à Skopje,
en Macédonie, Yougoslavie. Une lettre où son frère s'intéresse à la santé de notre
patient. Nous avons immédiatement répondu et nous pensons maintenant, ayant parlé avec
le docteur Legault, chef de service de la salle Saint-Gabriel, de pouvoir lui donner son
congé bientôt.
Dans la première semaine de mai, nous croyons que le patient pourra quitter l'hôpital et
se diriger à Hamilton pour poursuivre son cours d'anglais. Il nous promet formellement
qu'il n'importunera pas sa femme et n'ira pas à Québec. Il accepte la séparation comme
l'unique solution et nous croyons que sa femme a déjà entamé la pratique (sic) de
séparation.
Nous avons insisté pour avoir les passeports de ses enfants, car deux de ses enfants
voudraient voyager cet été pour visiter le pays de naissance de leur père, car la
famille leur a promis de payer le voyage. Nous incitons madame Delev de les laisser aller
et étant donné que les passeports, comme il nous le dit, ne seraient pas en sa
possession et qu'il sont à la maison, après la vérification que nous avons fait à la
procure (sic) et dans ses effets personnels, n'ayant rien trouvé nous pensons qu'il
serait bien d'essayer d'obtenir les passeports de la part de l'Ambassade yougoslave à
Ottawa de nouveau.
Le patient ne veut pas traiter son ulcère. Il nous dit qu'une diète est suffisante pour
lui et qu'il connaît sa maladie. Nous notons qu'il tremble, qu'il est anxieux. Nous avons
toujours insisté et encore aujourd'hui, à ne lui donner aucun privilège pour le moment
et nous croyons quand même que le patient pourra quitter l'hôpital en état
satisfaisant.
Il reçoit une médication anti-dépressive. Nous ne trouvons absolument rien de
délirant. Il est bien lucide, bien orienté, convenablement bien habillé, fut beaucoup
plus gentil la dernière fois en nous parlant et mes collègues médecins sont aussi
d'opinion que ce patient pourrait être congédié car on ne peut pas le retenir à
l'hôpital sous observation ultérieure n'ayant pas noté d'extrêmes pour prolonger son
hospitalisation.
Le patient par ailleurs donne des choses une version complètement différente et opposée
à la version que nous donne sa femme et nous croyons que le patient s'il avait voulu
faire un acting out, déjà en se trouvant à Saint-Michel-Archange dans une atmosphère
de liberté de mouvements plus considérables, pouvait déjà exécuter les menaces, mais
rien n'est arrivé de sérieux et nous sommes prêt à croire que son congé et sa
convalescence se dérouleront de façon satisfaisante.
L'amélioration au point de vue angoisse se cristallisera en sortant car le patient n'a
jamais accepté de bon gré de rester à l'hôpital si longtemps. Donc son état est
satisfaisant. Congé envisagé.
F. Juretic m. d. /ld
Note de l'auteur: Les médecins ci-mentionnés n'ont jamais eu l'occasion de venir
me rendre visite bien que je les aie tous connus avant mon hospitalisation. (Le docteur
Eric Malstrom m'a recommandé à un ami aux État-Unis pour que j'aille y travailler comme
médecin). Ils ne sont venus qu'une fois, le 24 avril 1972, une semaine avant que je ne
quitte l'hôpital mais leur intention était plutôt de couvrir l'escroquerie de leurs
collègues.
Il est presque incroyable de constater à quel point une personne peut jouer à l'idiot
tout en continuant à exercer son métier de médecin, d'avocat ou autres. La manoeuvre de
mon ex-épouse à mon endroit est évidente: ses amis et elle ne peuvent se contenter de
me laisser en paix à 400 kilomètres de là. J'ai déjà eu, à ce moment-là, à subir
largement le «traitement» du docteur Juretic. Il est probable que mon ex-épouse et le
docteur Dionne aient décidé, même à cette distance, de me causer des ennuis. Ils ont
réussi à ensorceler - leur imagination est très riche - l'avocat qui devait travailler
à obtenir mon congé.
Ils l'ont convaincu (il s'agit de Me A. Turgeon) d'écrire au docteur Juretic, apparemment
afin de lui demander de rendre mes cartes de crédits car je «continuais à les
utiliser» et «que la dette contractée s'élève déjà à 200 $». Notons d'abord qu'à
cette époque, il y a de cela 25 ans, il était absolument impossible d'utiliser des
cartes de crédits dans les hôpitaux, surtout dans des hôpitaux psychiatriques. De plus,
même si j'avais eu l'occasion de les utiliser, j'étais constamment sous surveillance et
escorté partout où j'allais. Cette demande avait pour seul but de m'embarrasser. Le
docteur Juretic était déjà fort compromis dans cette affaire et je ne m'étonne guère
du comportement des amis de mon ex-épouse. Toutefois, je me demande comment un avocat
peut tomber aussi bas dans le seul but de faire plaisir à une femme hystérique.
Tout compte fait, j'en suis presque venu à croire que mon ex-épouse dispose d'un pouvoir
diabolique qui lui permet de rendre les hommes ridicules, y compris moi-même.
Notons aussi que le docteur Juretic, professeur en psychiatrie, n'a pas honte d'avouer
qu'il a «vérifié» mes effets personnels, et ce, bien sûr, sans mon consentement!
* * * * *
Suit la lettre de mon ami, le père Claude Lavergne, datée du 31-03-1972. Je l'ai reçue
le jour qui a précédé mon congé, soit plus d'un mois plus tard, le 1er mai 1972. Les
malfaiteurs m'ont empêché de communiquer même par des lettres avec un religieux
respectable comme le père Lavergne.
Cher monsieur Delev,
J'espère que cette lettre-là vous rejoindra. Il m'a été impossible de communiquer avec
vous dans les derniers temps, pour la raison que les visites et les téléphones
m'étaient interdits. Je suis retourné vous voir une fois et il m'a été impossible de
vous rencontrer.
Je vous écris au sujet des bourses Universitaires du Canada. J'ai reçu une réponse
d'eux hier seulement. Ils me disent que l'inscription de Gligor est à jour avec 427 $ en
dépôt mais que celle de Slobodan a une déficience de trois mois, soit 42.75 $. Je ne
sais si vous continuez à payer pour les deux. De toutes façon, je vais payer pour les
mois de mars et avril de façon à faire mettre les dépôts au point pour les deux. Si
quelque chose n'est pas selon votre désir faites-le moi savoir.
Je suppose que vous êtes content d'avoir été transféré à Montréal et que vous avez
confiance en ceux qui s'occupent de vous. Ils vous feront sans doute suivre des tests
sérieux de façon que vous sachiez si oui ou non vous devez restez à l'hôpital pour un
traitement. Je prie pour vous et j'espère que le seigneur Jésus dont nous commémorons
la mort en ce Vendredi-Saint vous aidera à passer à travers cette épreuve.
Je demeure votre ami.
Claude Lavergne
* * * * *
02-05-72
Notes de l'infirmière:
Patient vu par le médecin, congé définitif autorisé, semble un peu déprimé. Congé
en médecine.
M. Gareau ilp
FEUILLE-SOMMAIRE
(Voir copie de la formule Pièce No 27)
Date d'admission: 17 février 1972; Médecin de l'admission Dr. Jean Filotto70
Transfert de Saint-Michel Archange
Médecin recommandant: Docteur Pierre Dorion M.D.
Adresse: Hôpital Saint-Michel Archange.
Première Admission: x; Hôp. psych.: x;
Date d'admission à cet endroit / L. P.
Date de départ: 02-05-1972.
État au départ:
guéri -; très amélioré -; amélioré X; Non amélioré -; non traité -
Diagnostic final (psychiatrique): Dépression psychotique situationnelle.
No de code 300.0
Autre diagnostic (psychiatrique): Personnalité paranoïde. Schizo-paranoide71.
Note de l'auteur: J'ai finalement reçu mon congé le 2 mai 1972, m'étant
«amélioré». Le docteur Juretic a eu par la suite le culot de maquiller la
«feuille-sommaire du dossier». Je préfère ne pas me prononcer sur l'effronterie de mon
«ami», préférant citer l'Honorable Juge Pierre Boudreault: Devant une preuve aussi
accablante, le défendeur Juretic a dû convenir qu'il s'agissait de modifications qu'il
avait ultérieurement apportées au dossier. Il a aussi reconnu qu'il avait modifié la
feuille-sommaire du dossier de Saint-Jean-de-Dieu dans le rectangle réservé aux
diagnostics. Sous la partie «Diagnostic final (psychiatrique)», il a ajouté le mot
psychotique à la mention originale «Dépression situationnelle». Sous la mention
«Autres diagnostics (psychiatriques)», qui avait originalement été non complétée, il
a écrit «Personnalité paranoïde schizo-paranoïde».
Évidemment, le juge n'avait d'autre choix que d'y voir «une preuve accablante», la
preuve d'une fraude évidente. Mais il allait, dans son jugement, qualifier le geste
frauduleux du docteur Juretic de «modifications au dossier». Pas plus que ça!
Précisons, d'autre part, que le docteur Juretic se devait de me recommander à un autre
médecin s'il jugeait que je n'étais pas guéri. La mention «amélioré» suppose que je
ne sois pas totalement guéri. Selon le Code de déontologie, «le médecin ne doit cesser
de traiter un malade que pour juste cause; il doit alors s'assurer que celui-ci peut
continuer à obtenir les soins requis et y contribuer dans la mesure nécessaire». «Le
médecin désirant adresser son malade à un autre médecin doit assumer la
responsabilité de ce malade tant que le nouveau médecin n'a pas pris la charge du
malade». «Le médecin doit, lorsqu'il adresse un malade à un autre médecin, fournir à
celui-ci les renseignements qu'il possède pouvant aider au traitement de ce malade».
Ces principes s'appliquent à tous les médecins, dans le monde entier; ce qui est tout à
fait logique, humain et médicalement compréhensible. Dans mon cas, les psychiatres m'ont
maltraité pendant six mois, en me renvoyant l'un à l'autre. Je fus interné à titre de
schizo-paranoide (sic) et, au terme de plusieurs diagnostics et traitements biscornus,
j'étais congédié encore avec un autre diagnostic biscornu mais n'étant pas «guéri»
ni «très amélioré». J'étais congédié comme m'étant «amélioré» c'est-à-dire
que, selon cette feuille-sommaire, j'avais besoin d'être traité comme malade. La
responsabilité des psychiatres ne se termine pas le jour de mon congé.
Comme je l'ai écrit à plusieurs reprises, je n'ai jamais cru être malade et les
psychiatres ne le croyaient pas non plus. Dès ma première rencontre avec ces
psychiatres, j'ai compris que j'étais entre les mains de gens que l'on ne peut qualifier
d'êtres humains et cette note le confirme.
Cette FEUILLE-SOMMAIRE mérite un peu plus d'explication. Le code 300.0 correspond au
diagnostic Névrose d'angoisse. D'après la Classification internationale des maladies,
adapté - CIMA-8, «L'angoisse est la caractéristique principale des névroses. Les
névroses, contrairement aux psychoses, ne sont causes ni de grossière distorsion ou
fausse interprétation de la réalité extérieure, ni de désorganisation évidente de la
personnalité. Cette névrose est caractérisée par une grande inquiétude pouvant aller
jusqu'à la panique et fréquemment accompagnée de symptômes somatiques. Contrairement
à la Névrose phobique (q.v.), l'angoisse peut se produire dans n'importe quelle
circonstance et n'a pas trait à un objet ou à une situation déterminés. Il importe de
la distinguer de sentiments normaux d'appréhension ou de peur, lesquels sont liés à des
situations présentant réellement un danger».
J'étais vraiment placé dans des situations présentant réellement un danger.
Constamment menacé et parfois attaqué par les patients dangereux, dans une atmosphère
d'hostilité de la part des psychiatres, j'ai eu peur que ces même psychiatres, avec
malveillance afin de «prouver» ma maladie, utilisent des électrochocs.
Ainsi, cette «feuille sommaire» est une disgrâce outrageuse, au même titre que le
dossier entier.
* * * * *
Je profite de cette occasion pour dire quelques mots au sujet des infirmières de
l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu et sur les notes qu'elles ont consignées. Contrairement aux
notes longues et insensées de leurs collègues de Québec, celles des infirmières de
Montréal sont dignes d'éloges. Bien qu'elles aient manifesté une attitude distante et
très réservée à mon égard, surtout au début de mon séjour dans leur département -
je présume qu'elles ont agi ainsi sous la pression des docteurs Legault et Juretic - j'ai
été très surpris par leurs notes objectives et empreintes de professionnalisme.
Si nous comparons les notes des infirmières de Québec avec celles de leurs collègues de
Montréal, nous pouvons constater ce qui suit:
Sur une période de 93 jours, les infirmières de Québec ont écrit 133 notes. Les
infirmières de Montréal ont écrit seulement huit notes en 74 jours. La plus longue
note, datée du 4 avril 1972, est de huit lignes. Pourquoi n'ont-elles pas écrit
davantage? Parce qu'il n'y avait rien à écrire. Les notes qu'elles ont jugé bon de
rédiger sont celles qui sont reliées aux problèmes rencontrés avec mes «traitants»,
les inséparables docteurs Juretic et Legault.
* * * * *
03-05-72
Évolution mentale:
Dans la journée d'hier, le 2-5-72, en compagnie du docteur Malstrom, docteur Ly et
docteur Temchev, d'origine macédonienne, qui travaille à Notre-Dame-des-Victoires qui
est radiologiste, un compatriote du docteur Delev, nous l'avons vu ensemble et nous avons
constaté l'amélioration cristallisée de son état.
Ayant reçu auparavant une lettre de son frère, ingénieur en Macédonie et ayant
répondu à cette lettre, ayant averti la famille et ayant obtenu nihil obstat du docteur
Legault, chef de service, nous avons procédé à son congé final.
Le patient est parti accompagné par son compatriote, docteur en radiologie, jusqu'au
terminus sur la rue Berri Demontigny où il a pris l'autobus pour Hamilton.
Nous avons donné toutes les suggestions nécessaires à savoir comment s'intégrer en
Ontario en faisant l'internat régulier dans les hôpitaux reconnus par leurs stages par
le Collège des médecins chirurgiens de l'Ontario. Nous avons donné aussi d'autres
suggestions dans le domaine médical comment il pourrait aller éventuellement travailler
dans le Grand Nord canadien72,
pour le gouvernement fédéral, s'il existe une possibilité.
Il n'importunera jamais sa femme, selon ses promesses, et les passeports de ses enfants
sont, selon lui, à Québec chez lui et sa femme saurait où. Mais il a demandé quand
même à l'Ambassade yougoslave d'Ottawa de nouveaux passeports.
Le docteur Legault fut consentant.
F. Juretic m.d. /ld
05-05-72
Évolution mentale:
Patient de 50 ans, de nationalité bulgare, citoyen yougoslave, émigré au Canada il y a
3 ans, marié, père de 4 enfants, orthodoxe-chrétien, n'a eu aucune histoire
psychiatrique antécédente avant son hospitalisation à Saint-Michel-Archange.
C'est le 12-11-71 que le document d'internement à Saint-Michel-Archange fut signé par le
docteur Jacques Dufour, appuyé par la recommandation des médecins de l'Hôtel-Dieu de
Québec73.
À la base de son internement, il y eut une dispute conjugale avec sa femme, selon la
version de la femme compliquée par des menaces réelles vis-à-vis sa sécurité
personnelle.
Le patient fut examiné à l'Hôpital Hôtel-Dieu de Québec et une fois la formule
d'internement complétée, interné à Saint-Michel-Archange après avoir été arrêté
par la police sur la rue. Une fois hospitalisé, les médecins traitants74, incluant le
docteur Pierre Dorion, ont décelé, en examinant au point de vue psychiatrique le malade,
des traits d'une personnalité paranoïde caractérisée par un orgueil excessif75, agressivité
et méfiance. Le patient présenta aussi quelques symptômes dépressifs de dates
récentes.
Naturellement, l'hospitalisation à Saint-Michel-Archange fut caractérisée par des hauts
et des bas au point de vue comportement du patient vis-à-vis sa femme qui est venue le
visiter à plusieurs reprises et vis-à-vis son frère venant de Yougoslavie pour lui
rendre visite.
Certaines interprétations d'ordre paranoïde ont été décelées par le docteur Dorion
et par les médecins qui l'ont traité à Saint-Michel-Archange.
Le patient a eu dans son histoire médicale une histoire d'ulcère gastrique qu'il n'a
jamais traité de façon satisfaisante en se maintenant de temps en temps à un régime
adéquat pour ulcère mais refusant toute thérapie chirurgicale comme suggérée.
Étant donné que le docteur Roy, surintendant médical de Saint-Michel-Archange, aurait
donné son nihil obstat pour son transfert à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu pour être
traité par quelqu'un comprenant sa langue maternelle c'est-à-dire le docteur Juretic,
psychiatre, et après avoir consulté le docteur Filotto, chef d'admission, nous avons
accepté le patient avec le permission du docteur Legault pour rester son médecin
traitant à la salle Saint-Gabriel.
Nous avons vu le patient à plusieurs reprises, nous avons empêché au commencement et
même après les sorties car il faisait des téléphones de longue distance. Nous avons
permis de s'occuper en thérapie occupationnelle. Nous l'avons vu à plusieurs reprises en
compagnie du docteur Malstrom, docteur Pierre Ly et son compatriote, un radiologiste,
médecin origine bulgare travaillant comme interne à la salle Notre-Dame-des-Victoires,
département du docteur Duguay.
Après une observation prolongée avec une médication anti-dépressive modérée, ayant
averti sa femme, ayant eu aussi une entrevue avec madame Delev et ayant eu des nouvelles
de son pays d'origine la Macédonie par son frère et ses parents, nous avons décidé,
consultant le docteur Legault, après un nouvel examen d'ensemble avec plusieurs
psychiatres, de le laisser en congé définitif en le dirigeant vers Ontario (Hamilton),
ayant eu sa promesse verbale qu'il n'importunera pas sa femme et ses enfants.
Le patient est parti, accompagné par son collègue-radiologiste, jusqu'à la gare
d'autobus, pour s'embarquer pour Hamilton.
Patient a quitté l'hôpital soulagé, souriant, en bon état, aucunement déprimé.
Le docteur Legault était consentant pour son congé.
Donc, il sort de l'hôpital nettement amélioré.
F. Juretic m. d. /Ld
* * * * *
08-05-1972
RÉSUMÉ DU DOSSIER ET RECOMMANDATION DE CONGÉ:
ADMISSION
Il s'agit d'un patient âgé de 50 ans, admis ici pour la première fois le 17 février
1972, en provenance de l'Hôpital Saint-Michel-Archange.
DOSSIER D'INTERNEMENT Docteur Jacques Dufour
Le docteur Delev, un schizo-paranoide non coopératif, connu du docteur Grenier qui a
déjà fait envoyer l'histoire à Saint-Michel-Archange est amené à l'urgence par le
docteur Louis Dionne pour évaluation psychiatrique et investigation gastro-duodénale
(ulcus?).
Délirant, paranoïde, a menacé de tuer sa femme avec une hache, halluciné, méfiant,
non coopératif.
Diagnostic: Schizo-paranoide. Danger d'homicide.
DIAGNOSTIC: Dépression situationnelle, greffée sur schizo-paranoide.
MALADIE ACTUELLE
Patient de 50 ans, de nationalité bulgare, citoyen yougoslave, émigré au Canada il y a
3 ans, marié, père de 4 enfants, orthodoxe-chrétien, n'a eu aucune histoire
psychiatrique antécédente avant son hospitalisation à Saint-Michel-Archange.
C'est le 12-11-71 que le document d'internement à (Hôpital) Saint-Michel-Archange fut
signé par le docteur Jacques Dufour, appuyé par la recommandation des médecins de
l'Hôtel-Dieu de Québec.
A la base de son internement, il y eut une dispute conjugale avec sa femme, selon la
version de la femme compliquée par des menaces réelles vis-à-vis sa sécurité
personnelle.
Le patient fut examiné à l'Hôpital Hôtel-Dieu de Québec et une fois la formule
d'internement complété, interné à (l'Hôpital) Saint-Michel-Archange après avoir
été arrêté par la police sur la rue. Une fois hospitalisé, les médecins traitants
ont décelé, en examinant au point de vue psychiatrique le malade, des traits d'une
personnalité paranoïde caractérisé par un orgueil excessif, agressivité et méfiance.
Le patient présenta aussi quelques symptômes dépressifs de date récentes.
Naturellement l'hospitalisation à Saint-Michel-Archange fut caractérisée par des hauts
et des bas au point de vue comportement du patient vis-à-vis sa femme qui est venue le
visiter à plusieurs reprises et vis-à-vis son frère venant de Yougoslavie pour lui
rendre visite.
Certaines interprétation d'ordre paranoïde ont été décelées par le docteur Dorion et
par les médecins qui l'ont traité à Saint-Michel-Archange.
Le patient a eu dans son histoire médicale une histoire d'ulcère gastrique qu'il n'a
jamais traité de façon satisfaisante en se maintenant de temps en temps à un régime
adéquat pour ulcère mais refusant toute thérapie chirurgicale comme suggérée.
Étant donné que le docteur Roy, surintendant médical de Saint-Michel-Archange, aurait
donné son nihil obstat pour son transfert à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu pour être
traité par quelqu'un comprenant sa langue maternelle c'est-à-dire le docteur Juretic,
psychiatre, et après avoir consulté le docteur Filotto, chef d'admission, nous avons
accepté le patient avec le permission du docteur Legault pour rester son médecin
traitant à la salle Saint-Gabriel.
Nous avons vu le patient à plusieurs reprises, nous avons empêché au commencement et
même après les sorties car il faisait des téléphones de longue distance. Nous avons
permis de s'occuper en thérapie occupationnelle. Nous l'avons vu à plusieurs reprises en
compagnie du docteur Malstrom, docteur Pierre Ly et son compatriote, un radiologiste,
médecin origine bulgare travaillant comme interne à la salle Notre-Dame-Des-Victoires,
département du docteur Duguay.
Après une observation prolongée avec une médication anti-dépressive modérées, ayant
averti sa femme, ayant eu aussi une entrevue avec madame Delev et ayant eu des nouvelles
de son pays d'origine la Macédonie par son frère et ses parents, nous avons décidé,
consultant le docteur Legault, après un nouvel examen d'ensemble avec plusieurs
psychiatres, de le laisser en congé définitif en le dirigeant vers Ontario (Hamilton),
ayant eu sa promesse verbale qu'il n'importunera pas sa femme et ses enfants.
Le patient est parti, accompagné par son collègue-radiologiste, jusqu'à la gare
d'autobus, pour s'embarquer pour Hamilton.
Patient a quitté l'hôpital soulagé, souriant, en bon état, aucunement déprimé.
Le docteur Legault était consentant pour son congé.
Donc, il sort de l'hôpital nettement amélioré.
EXAMEN PHYSIQUE:
Ulcus gastrique à investiguer, cérumen dans les conduits auditifs externes, par ailleurs
en assez bon santé physique.
CONSULTATION:
Cérumen bilatéral
Callosités sur la tête des 5e métatarsiens de chaque pied.
RADIOLOGIE:
Estomac: Ulcère bulbaire duodénal avec déformation constante du bulbe duodénal.
Poumons: Normal.
SORTIE:
Le 2 mai 1972.
MÉDICATION AU DÉPART:
Tualone, 300 mg. h.s.
Déprex, 25 mg. t.i.d.
Elavil, 25 mg. b.i.d.76
(Pas de signature)
____________________________
Docteur Raymond Legault M.D.
Chef de Service
(Signature)
/ld Docteur Filipo Juretic M.D.
Chef de Service
* * * * *
Note de l'auteur: Il s'agit ici de la troisième «édition» du résumé, en fait,
de la cinquième manipulation de dossier du professeur Filip Juretic. Une manoeuvre
vraiment digne d'un professeur! Pour démontrer une meilleure image des qualités
professionnelles et des moeurs du professeur Juretic, je donne la copie de la page en
question. Voir Pièce No 28: Cinquième manipulation du
professeur Juretic. Sauf pour les falsifications flagrantes (que l'honorable Juge Pierre
Boudreault appelait, par euphémisme, une «modification»), le reste du paragraphe
«Patient de 50 ans, de nationalité bulgare...» jusqu'au paragraphe «Donc, il sort de
l'hôpital»..., est la transcription textuelle de l'«évolution mentale» précédente.
Cependant, nous avons ici deux en-têtes du «Diagnostic», l'un à la suite de l'autre.
Le premier est écrit en lettres minuscules et le deuxième en majuscules. Il évoque le
diagnostic de «schizo-paranoide», un terme que les psychiatres n'ont utilisé que le
premier jour de mon internement. Par la suite, ils n'y ont plus jamais fait mention. Pour
impressionner les profanes en psychiatrie, il invente le diagnostic non-psychiatrique de
«dépression situationnelle, greffé sur schizo-paranoïde». Cette manipulation prouve
que le professeur manque autant d'intelligence que d'honneur.
Le juge Boudreault a écrit dans son jugement: «L'expert (A. Munch) a aussi témoigné
que les mots «greffés sur schizo-paranoïde» et la virgule qui les précède, que l'on
retrouve sous l'en-tête «DIAGNOSTIC», ont été ajoutés au document après la
rédaction et après avoir changé en virgule le point situé à la fin des deux mots
«Dépression situationnelle». >
Le juge, plein d'attentions pour le docteur Juretic, n'ajoute pas qu'il s'agit d'une
tromperie bien évidente! Il acquittait le professer comme étant un psychiatre honnête,
compétent et diligent...
Selon la déclaration hors-cour du docteur Juretic, faite le 24
octobre 1973, il a rencontré mon ex-épouse «à trois reprises, mais on a échangé
aussi des lettres». Quant à moi, ma femme» n'est jamais venue me voir et ne m'a écrit
aucune lettre.
Il est fort possible que ces rencontres entre Juretic et ma femme aient été trop
chaleureuses, de sorte que ma bonne épouse a oublié de jeter un coup d'oeil sur son
«mari malade» et que mon «traitant» Juretic a oublié aussi d'écrire quelques mots
sur les sujets abordés au cours de ces trois visites! Pendant son interrogatoire
préliminaire, où on lui demandait s'il pouvait «résumer en substance» ce que mon
épouse lui a écrit et dit pendant mon internement, selon mon avocat Me Philip Goulston,
il était incapable de répondre à la question parce qu'il était trop bouleversé.
Au sujet la décision du docteur de me «diriger vers l'Ontario (Hamilton)», la Déclaration
canadienne des droits est explicite: «Nulle loi du Canada ne doit s'interpréter ni
s'appliquer comme autorisant ou prononçant la détention, l'emprisonnement ou l'exil
arbitraire de qui que ce soit».
C'est une preuve de plus que mes droits ont été lésés du tout premier instant jusqu'au
jour de mon congé définitif.