PARTI SOCIALISTE DES TRAVAILLEURS

AKABAR ANEMLAY N'IXEDDAMEN   حزب العمال الأشتراكي

* PST, 27 Boulevard Zirout Youcef, Alger - ( 00 213 73 61 41 - 00 213 71 47 72 FAX 00 213 71 47 72 - email : [email protected]

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LE CARNAGE DE GAZA
CRIMINEL ET ABJECT

 
Il faut le dire et le répéter: ce n'est pas une guerre qui se déroule dans la Bande de Gaza, mais un carnage réalisé par la troisième force aérienne du monde contre une population civile sans défense.
Il faut le dire et le répéter: le carnage de Gaza n'est pas une réaction "disproportionnée" aux roquettes que tirent les militants du Jihad Islamiste et autres groupuscules palestiniens  sur les localités israéliennes proches de la Bande de Gaza, mais une action préméditée et préparée de longue date, ce que reconnaissent d'ailleurs la plupart des commentateurs israéliens.
Il faut le dire et le répéter: ces tirs de roquettes ne sont pas, comme veulent nous le faire croire certains diplomates européens, des "provocations que rien ne peut expliquer", mais des ripostes, assez dérisoires il faut le reconnaître, à un embargo sauvage imposé par Israël, depuis un an et demie, au million et demie de résidents de la Bande de Gaza, femmes, enfants, vieillards compris, avec la collaboration criminelle des Etats-Unis mais aussi de l'Europe.
Il faut le dire et le répéter: il ne s'agit  pas, comme on essaie de l'expliquer à tous ceux qui ont la mémoire courte ou sélective, un acte d'auto-défense, longtemps retardé, face à une agression palestinienne que rien ne justifiait. Ehoud Barak l'avoue sans problème, cela fait des mois que l'armée israélienne se préparait à frapper l'"entité terroriste" dénommée Gaza. Comme l'expliquait avec pertinence Richard Falk, rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'homme dans les territoires occupés, quand on définit comme "entité terroriste" une zone peuplée par un million et demie d'êtres humains, on entre dans la logique du génocide.
 
Tout comme l'attaque du Liban en 2006, l'agression israélienne s'inscrit dans la guerre globale permanente et préventive des stratèges néo-conservateurs en place à Tel-Aviv, et pour quelques mois encore, à la Maison Blanche. Comme son nom l'indique, cette stratégie est préventive, et n'a nul besoin de prétextes immédiats et tangibles: l'occident démocratique serait menac par un ennemi global que l'on a d'abord identifié comme "le terrorisme international" puis comme "terrorisme islamiste" pour devenir finalement l'Islam tout court. Le "choc des civilisations" de Huntington n'est pas une description de la réalité politique internationale, mais le cadre idéologique de la stratégie offensive des néo-conservateurs américains et israéliens, telle qu'elle a été élaborée en commun dès la seconde moitié des années quatre-vingt. Dans cette stratégie de guerre, la menace islamiste est venue remplacer ce qu'avait été le danger communiste pendant la guerre froide: un ennemi global qui justifie une guerre globale.
Si le bombardement criminel de Gaza  jouit en Israël d'un soutien consensuel, si la gauche institutionnelle, et en particulier le parti Meretz, a joint son petit piccolo à l'orchestre guerrier dirigé par Ehoud Barak, c'est précisément parce qu'elle partage cette vision du monde qui fait de l'Islam une menace existentielle qu'il faut impérativement neutraliser avant qu'il ne soit trop tard.
 
À l'horreur du crime, il faut ajouter l'abject des motivations immédiates: dans moins de deux mois se dérouleront en Israël des élections générales, et les victimes palestiniennes sont aussi des arguments électoraux. Les martyrs de l'attaque israélienne sur Gaza sont l'objet d'une concurrence médiatique entre Ehoud Barak, Tsipi Livni et Ehoud Olmert, à qui sera le plus déterminé dans la brutalité. Le criminel de guerre qui dirige le Parti Travailliste, ou plutôt ce qu'il en reste, se vente ce matin d'avoir gagné quatre points dans les sondages. Au-delà du cynisme sans limite qui marchande 350 victimes palestiniennes innocentes contre quelques dizaines de milliers de voix, Barak démontre, une fois de plus, sa myopie politicienne: dans la surenchère de bestialité, et malgré tous ses efforts, il ne parviendra jamais à dépasser Benjamin Netanyahou, les électeurs préférant toujours l'original à la copie. D'autant plus que le chef de guerre se trouve aujourd'hui confronte au même problème que celui qui a transformé la guerre du Liban en fiasco israélien, un problème bien connu de tous ceux qui ont initié des guerres coloniales : comment la terminer ? "On n'arrêtera que quand nous aurons fini le travail" annonce-t-il avec toute l'arrogance des petits chefs. Mais quand est-ce que "le travail" sera achevé ? Quand la population de Gaza et de Cisjordanie acceptera de capituler devant les rêves coloniaux des dirigeants israéliens et de limiter leurs aspirations nationales à un "Etat Palestinien" réduit à une douzaine de réserves isolées les unes des autres et encerclées par un mur ? Si tel est le "travail" que Barak espère pouvoir réaliser, le peuple israélien doit alors être prêt à une guerre qui ne sera pas seulement extrêmement longue mais sans fin. Et si l'Etat Juif est bien armé pour les guerres-éclair (blitz krieg, en allemand), surtout quand elles sont menées par l'aviation, il entre rapidement en crise des lors qu'il s'agit d'une course d'endurance dans laquelle les Palestiniens, comme tous les autres peuples victimes de l'oppression coloniale, sont passés maîtres.
C'est ce qui explique que moins d'une semaine après qu'elle ait débuté, et malgré les déclarations triomphalistes des politiques et des militaires, l'ambiance en Israël est dors et déjà en train de tourner. Samedi dernier, quelques heures après le bombardement de Gaza, nous étions un peu plus de mille personnes à manifester, spontanément, notre rage et notre honte, nous serons beaucoup plus ce samedi soir a exiger des sanctions internationales contre Israël et la traduction d'Ehoud Barak et cie. Devant une cour de justice internationale. J'en suis certain.
 
                                                                        Michel Warschawski
                                                            Porte Parole du Centre d'Information Alternative
Jerusalem, 1 Janvier 2009                                                                                                                                                       

                       

Coordination algérienne des initiatives pour la solidarité avec la résistance palestinienne (CAISRP)

Aujourd’hui 30 Décembre 2008, 4ème jour de l’agression sauvage caractérisée contre le peuple palestinien assiégé et sans défense à Gaza,

Devant le spectacle révoltant des massacres génocidaires et des simulacres de condamnations des instances internationales qui s’apparentent à une caution de cette agression,

 Devant l’absence de toute réaction énergique des régimes arabes qui trahissent ainsi l’obligation de solidarité agissante envers le peuple martyr de Palestine, il est crée une Coordination Algérienne de Initiatives pour la Solidarité avec la Résistance Palestinienne.

 La coordination condamne énergiquement ce crime contre l’humanité perpétré par le gouvernement israélien envers la Palestine.

 Elle relève l’absence de vigueur dans les réactions du gouvernement algérien en discordance avec les attentes légitimes de son peuple traditionnellement à l’avant garde des manifestations de soutien envers les peuples opprimés et agressés et particulièrement le peuple cher de Palestine.

 La coordination, en toute urgence, interpelle les autorités algériennes, afin qu’elles lèvent toutes les restrictions et contraintes envers le mouvement de la sociétés civile pour lui permettre d’exprimer ses protestations contre les crimes d’Israél et sa solidarité morale et matérielle envers la résistance palestinienne.

 Elle demande que soient mobilisées toutes les ressources populaires et nationales au service d’un élan de solidarité effectif avec la résistance.

 Comme elle appelle à un gel de toute participation algérienne aux travaux de l’UPM dont Israél, membre à part entière massacre les populations palestiniennes.

 Elle encourage et soutient toute initiative qui converge vers la solidarité avec le peuple palestinien et sa résistance héroïque et appelle à un large mouvement populaire pour la soutenir.

 -Halte à l’agression criminelle

-Halte au terrorisme israélien

-Pour une large mobilisation autour de la résistance palestinienne

-Non au silence et au mutisme des gouvernements arabes

-Oui à la résistance.

 Cette initiative est ouverte à tous, ses auteurs n’en sont que premiers signataires.

 

Point de contact : 05, rue Saïd Ben Larbi -Alger centre-

Tel & fax : (+213) 21 73 95 20

E-mail : [email protected]

 

Déclaration-Appel

*Non au massacre du peuple palestinien*

*Pour un Etat palestinien maintenant*

Après avoir imposé un injuste et inhumain embargo d’une année, l’Etat sioniste s’acharne avec d’intenses bombardements sanglants sur le peuple palestinien. Rien que pour les 6 premiers jours, l’agression sauvage et aveugle menée contre la population de Ghaza s’est soldée par plus  de 420 morts et plus d’un millier de blessés dont des enfants de bas âge. Soutenue par l’impérialisme occidental en général et américain en particulier, la machines sioniste à démontrer pour l’énième fois toute la barbarie dont elle sait faire œuvre. Et ce dans l’objectif de panser sa blessure occasionnée par sa défaite devant le Hizbollah en aout 2006, d’achever son œuvre d’extension coloniale, et de regagner en crédibilité dans la perspective des prochaines élections israéliennes . 

            Devant cette ignoble atteinte au droit du peuple palestinien,  Ladite communauté internationale, les organisations mondiales (ONU, UE, UA…)  et surtout les pays arabes, se sont contenté d’une  dénonciation de façade.

L’Etat sioniste avec l’appui de la machine de propagande impérialiste, tente par tous les moyens de criminaliser la résistance palestinienne, d’affaiblir les pacifistes israéliens et de faire croire à l’opinion internationale que cette agression est une attaque contre le Hamas, comme Bush a, d’ailleurs tenté de faire croire que l’invasion de l’Irak est une guerre pour «la démocratie».  Or, toutes ces guerres n’ont d’intérêts que la satisfaction des appétits du colonialisme sioniste et de l’impérialisme mondial au détriment des peuples.

L’association Nedjma, fidèle à ses principes ne peut rester indifférente devant cette boucherie, appelle toute la communauté universitaires et toutes les personnes éprises de justice et de liberté à venir massivement assister au

Rassemblement de  Soutien  au  peuple palestinien

Qui se tiendra le Dimanche 04 janvier 2009 à 11h00

à la faculté de Bouzaréah.

Soyons nombreux pour :                                                                                                                     

- Dénoncer  l’agression du peuple palestinien et  le silence complice de ladite communauté internationale.                                                                                                                                                                - Exiger l’arrêt immédiat du massacre, la libération de tous les détenus palestiniens et le retour inconditionnel des réfugiés.                                                                                                                                           - Exiger la constitution et la reconnaissance d’un Etat palestinien.

Vive la résistance du peuple palestinien.

Pour un Etat palestinien démocratique et social.

Pour une solidarité active de tous les peuples contre l’impérialisme et contre toutes formes de colonialisme.

Alger le 01.01.2009


Un regard algérien attendu sur un brasier régional  Grand Moyen-Orient GUERRES OU PAIX ? de Hocine Belalloufi

10-07-2008 Par Mohamed Bouhamidi


Hocine Belalloufi n’a pas fait qu’écrire un livre. Il inaugure –si ma mémoire ne me fait défaut– une écriture sur des sujets brûlants dans notre pays qui ne connaissait que la tradition de l’écriture historique, que la tradition des enjeux déjà tranchés du passé, même si, vous le savez, le présent n’est qu’une forme développée du passé dans laquelle se prolongent les processus engagés hier. Risque bien grand mais risque assumé brillamment dans cette ouverture sur l’histoire se faisant encore hésitante aux abords des carrefours que dessinent les conditions réelles, les rapports de force, les tâches inachevées et les appels du présent. Le regard de Hocine Belalloufi se porte sur cette question qui agite notre région, le projet de Grand Moyen-Orient sorti des cartons états-uniens après la «réussite» de l’invasion de l’Irak, brièvement discuté avec les régimes arabes concernés, despotiques mais irremplaçables, qui surent trouver les arguments convaincants pour leur pérennité aux premiers résultats des élections démocratiques et en qui les Américains crurent trouver une seconde vie et la voie royale qui leur manquait avec l’agression israélienne contre le Liban qui se transforma en «6ème guerre». Les pronostics américains, israéliens et arabes, qui tablaient sur une victoire éclair d’un Israël réputé invincible et d’un désarmement du Hezbollah qui achèverait la déroute du nationalisme arabe, la fin du patriotisme dans la région et administrerait en une magistrale leçon de stratégie et de tactique militaires les preuves finales et définitives d’une supériorité d’un Etat d’Israël qui donneraient les preuves à postériorité de la sagesse de la reddition passée des Etats arabes devant la supériorité militaire et les preuves de la sagesse de toute reddition future. Condoleezza Rice, radieuse, annonçait l’accouchement du Nouveau Moyen-Orient et n’attendait plus qu’impatiemment que la violence, «cette accoucheuse de l’histoire», selon K. Marx, donne naissance au redécoupage politique tant rêvé de la région. Elle a appelé ce processus le «chaos créateur». La résistance libanaise ruinera projets et pronostics mais vous trouverez dans le livre de Hocine Belalloufi la lecture attentive et «armée» de cet épisode inaugural de ce qui devait être la marche tranquille et triomphante du GMO du Pakistan aux rives de  la Mauritanie sous les applaudissements des peuples ravis d’avoir trouvé des maîtres indiscutables par leur stature. Lecture «armée», comme on dit, des expériences de laboratoires qu’elles ont armées c’est-à-dire soumises constamment à la validation de leur objet, la vérification de l’hypothèse, la mise en place d’un protocole de conduite et de vérification. Il existe bien des différences entre la conduite expérimentale en sciences de la nature et pour les sciences sociales mais les deux ne peuvent «parler» sans des validations épistémologiques.

 

La rupture libanaise

Hocine Belalloufi ouvre son livre sur cet épisode libanais d’une lutte et de conflits régionaux qui remontent loin dans les confrontations aux dix-neuvième siècle –déjà– de la Sublime Porte et des puissances coloniales montantes, France et Grande-Bretagne,  en Méditerranée –encore !– pour la domination d’une région clé pour le commerce et les échanges vers l’Asie avant que le pétrole ne vienne mettre son odeur et ses inséparables parfums de sang. Il l’ouvre sur ce moment car –lisez le livre, il est passionnant de tous les points de vue– la victoire de la résistance libanaise ou l’échec de l’armée israélienne va provoquer une rupture. Une grande. Une immense rupture dans des processus de domination et de résistance confus, sans grande ligne générale hormis celle des défaites des régimes arabes nationalistes –pour quelles raisons de fond ?– suivies de l’émergence de nouveaux régimes inféodés aux USA ou le renforcement puis la domination des régimes arabes les plus anciennement soumis plus qu’alliés de l’impérialisme et dont l’Etat-phare reste incontestablement l’Arabie saoudite. La rupture libanaise met fin à la série des défaites visibles mais conforte aussi les petites séries de victoires politiques et militaires dont la libération du Sud-Liban de l’occupation israélienne ; petite série de victoires politiques, sociales, militaires qui n’accédaient pas à la visibilité par leur caractère parcellaire, leur discontinuité territoriale et temporelle, leurs fragilités et leur dispersion hors d’un champ arabe constitué de la résistance. C’est dire si cette victoire de la résistance libanaise était à la fois visible et porteuse, au moins aux niveaux émotionnel et symbolique et peut-être même de la conscience, d’une promesse fédérative, unificatrice, structurante sous la bannière d’une possibilité avérée d’infliger défaite et dégâts à l’ennemi. Vous suivrez dans le livre de Belalloufi la combinaison des facteurs historiques, politiques, militaires, stratégiques qui expliquent cette rupture dans ce qui apparaissait comme un processus inexorable de soumission d’une immense région vouée à être partagée sous le principe d’un peuple, d’une ethnie, d’une confession = un Etat et vouée à devenir ensemble de confettis sous l’hégémonie proche d’un Israël élevée en statue de la victoire et l’hégémonie lointaine d’une Amérique concentrant sa tendresse sur les champ pétrolifères.

 

L’écho lointain de l’histoire

Hocine portera pourtant un regard bien algérien sur cette ouverture de l’histoire. Un regard qui lui vaudra quelques haines solides dans l’establishment politique, quelques quolibets de roquets alertés d’un vague danger sur les certitudes de leurs sectes mais certainement  beaucoup de reconnaissance des lecteurs en attente d’un éclairage sérieux sur cette phase historique marquée par la profusion des fausses identités politiques, des appellations de contrebande et du bonneteau idéologique. Alors qui est qui sur la scène ? Hocine reprend les appellations en cours, les classements lapidaires ou non, les forces en présence et examine dans le détail qui est qui ?  Car, vous l’avez deviné, le principal obstacle pour comprendre la réalité de ce qui se passe, c’est d’abord les mots que nous mettons sur les choses pour les classer. C’est que, au plan national, dans la presse en particulier, le classement du Hezbollah comme parti islamiste a tendu à brouiller complètement le sens de ce qui s’est passé et de ce qui se passe toujours au Liban. Hocine est aussi un homme politique. Il y va avec d’infinies précautions pour agglomérer autour de cette idée d’une résistance possible des peuples aux plans et aux agressions impérialistes. Il ne veut choquer personne, alors il prend le temps et avec quelque tact pour expliquer que notre propre tragédie, notre propre expérience de l’islam politique et les discours qui en ont résulté ne peuvent rendre compte de la variété des courants islamiques et islamistes en œuvre dans le monde arabe. De longs développements sont consacrés à ce mystère politique qui s’appelle Hezbollah dont le discours, contrairement à son identité réclamée de Parti de Dieu, ne produit aucune des rhétoriques religieuses, développe un discours politique séculier et rationnel, appelle à des alliances non confessionnelles, s’allie avec les chrétiens de M. Aoun et avec les communistes, etc. etc.

Malheureusement, notre presse s’est faite aussi l’écho d’un danger chiite imminent sur l’Algérie au moment même où les pays arabes, Israël et les USA annonçaient que le nouvel ennemi dans la région, l’«ennemi mortel» c’est l’Iran. Le renversement d’alliance était spectaculaire. Trois pays, l’Egypte, la Jordanie et l’Arabie saoudite, assumaient ouvertement ce renversement et lançaient une campagne pour faire passer leur message dans les masses arabes. D’ennemi, Israël devient l’ami. Mieux, il devient le bouclier contre les prétentions nucléaires de l’Iran, l’argument militaire dissuasif, voire le protecteur indispensable. Les USA veulent, avec l’aide de leurs amis arabes, généraliser la division sunnite-chiite expérimentée en Irak. La mayonnaise prend dans quelques journaux.

Les mêmes qui considéraient la conversion au chiisme comme un danger défendront la conversion de Habiba au christianisme comme un droit et un exercice de la liberté de conscience comme il avait auparavant mené campagne contre la venue de Majda Roumi comme le FIS avait mené campagne contre Linda de Suza. Vous ne trouverez pas cette vindicte chez Hocine, elle est juste dans mon article ; lui préfère expliquer, mettre dans les racines et dans les perspectives historiques mais je n’ai pas encore avalé le déchaînement de haine contre Majda Roumi venue dans notre pays en plein terrorisme et quand il était infréquentable.

 

Le critère de la pratique

La question du GMO nous concerne directement. Nous sommes dans  cet arc «pétrolier» et la bande sahélienne qui va du Darfour au golfe de Guinée passe par nos frontières sud. Dans notre pays comme dans d’autres des fractions de la société algériennes peuvent souhaiter l’inclusion rapide de l’Algérie dans cet arc sous tutelle américaine. Elles en escompte une intégration aux centres du capitalisme et des moyens et des possibilités d’enrichissement rapide et sécurisé par le parapluie américain. Ce même phénomène de différenciation sociale a maturé dans le monde arabe depuis longtemps. Derrière la notion de monde arabe et d’arabes se profilent des réalités sociales extrêmement complexes, des conflits internes à ces sociétés qui durent depuis des décennies, des luttes sociales qui ont mis en prise des  groupes et des classes qui ont construit comme ils ont pu et sur la base de leurs héritages culturels des représentations idéologiques et politiques.

Parfois même objectivement contraires à leurs propres intérêts mais les peuples n’apprennent pas les luttes politiques dans les académies. Ils font avec l’héritage des ancêtres et la dure expérience des échecs. Hocine va débrouiller pour nous l’écheveau des réalités sociales qui s’expriment dans les empoignades de cette région. Il va ramener cette embrouille des mots et des appellations à leur logique sociale. Celle qui éclaire réellement les choses qui se cachent derrière les mots car les mots justement ne les désignent pas mais les voilent pour jouer leur rôle d’idéologie. Mais les «hommes ne sont pas ce qu’ils disent mais ce qu’ils font» (K. Marx) et les hommes ne peuvent faire ce qu’ils font sans donner à leurs actes des justifications et des finalités qui rendent possible leur réalisation et les rendent désirables pour les autres hommes. Hocine y parvient admirablement, redonnant toute sa force à cet autre écrit de Marx et toute sa fraîcheur : «Si l’essence et l’apparence coïncidaient, alors on n’aurait pas besoin de science.» Hocine va faire ce travail de chercher l’essence des choses derrière leur apparence. C’est quoi l’Iran, qui sont les mollahs, pourquoi ce pays devient-t-il l’ennemi à abattre pour toutes les puissances impérialistes et cela fait-il de lui un pays réellement anti-impérialiste, avec ou sans limite et au profit de qui ?

 

La longue trame de l’histoire

L’âpreté des luttes actuelles autour de ce projet pas du tout abandonné mais re-profilé tactiquement en fonction des résistances a atteint des sommets. L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, l’agression contre la résistance libanaise, la promesse de renvoyer l’Iran à l’âge de pierre après l’avoir fait en Irak montrent à quel degré de barbarie es arrivé le couple à trois : USA, Union européenne et Israël. Rien ne peut arrêter leurs plans sauf la résistance des peuples. Mais les peuples résistent-ils ? En apparence non, mais en apparence seulement. Hocine reprend à zéro la notion de lutte et de résistance. Il montre que le fait militaire ne peut se comprendre sans la politique et que le fait politique ne peut se comprendre sans les faits sociaux. Quel est le point commun entre une grève des ouvriers égyptiens, une lutte des travailleurs marocains, une manifestation des syndicats libanais, la défense des terres d’un village palestinien, la construction d’une organisation de guérilla libanaise ? Le fait qu’elles s’opposent à des orientations dictées de l’extérieur pour tuer toute capacité nationale de production, réduire nos pays à des marchés béants et pour accéder à nos ressources. Il le montre avec une exceptionnelle clarté. Et ces luttes ne sont pas visibles car elles ne situent pas dans un champ politique arabe unifié. Il reste à construire. Quel rêve, quelle utopie ! Pas si utopique si on apprend à voir le réel derrière les apparences et à prendre la pratique comme critère de vérité. Mais lisez le livre, vous en saurez plus long en plus du plaisir de la lecture.

 M. B.

 

Grand Moyen-Orient GUERRES OU PAIX ? de Hocine Belalloufi – 2008 – Editions Lazhari Labter – 309 pages – 600 DA

 

 

CRISE FINANCIÈRE MONDIALE
La Sérénité inquiétante de l´Algérie
29 Septembre 2008 - sur le quotidien national l'expression

Karim Djoudi, ministre des Finances"Tout va très bien, tout va très bien. Pourtant, il faut, il faut que l´on vous dise, On déplore un tout petit rien: Un incident, une bêtise, La mort de votre jument grise, Mais, à part ça, Madame la Marquise Tout va très bien, tout va très bien"....Ray Ventura

A bien des égards, cette chanson décrit bien la situation financière actuelle. La crise économique connaît de nouveaux rebondissements, de nouvelles faillites ayant eu lieu. Utilisant l´argent du contribuable pour combler les pertes, le Trésor américain annonce un plan de 700 milliards de dollars. Mais la crise n´est pas finie. Il y a quinze jours, c´était la crise réelle qui tenait le devant de la scène, avec un monde développé en récession. Désormais, c´est la crise financière qui passe au premier plan. Elle progresse suivant toujours le même axe: l´effet domino, où chaque pièce qui tombe en entraîne une autre à sa suite. " Après Fannie et Freddie, écrit Isaac Joshua, les deux géants du refinancement hypothécaire américain, la banque d´affaires Lehman Brothers; après Lehman, la compagnie d´assurance n°1 mondial AIG, après AIG, la banque anglaise Hbos, rachetée en catastrophe par la Lloyds TSB. (...) Mais l´effet domino, nous dit Isaac Joshua, a élargi son cercle et concerne de nouveaux acteurs, qui ne sont plus directement liés au marché hypothécaire américain.
La chute de Fannie et Freddie s´explique évidemment par l´effondrement de ce marché. Tel est encore le cas de Lehman, fortement impliqué dans le crédit immobilier aux États-Unis. Nous en sommes même arrivés à un effet domino qui anticipe son propre mouvement. Une fois un domino tombé, les acteurs de la finance cherchent quel sera le prochain, persuadés qu´il y en aura un. Chaque fois qu´une victime est désignée, la meute de loups l´entoure, l´isole, fixant sur elle des yeux de braise, attendant qu´elle tombe pour la dépecer, tout en se lamentant sur la crise effroyable. La logique de la crise financière est désormais auto-entretenue".(1)
"Le plus grave, c´est qu´à côté de l´effet domino, il y a un effet ping-pong, où sphère financière et économie réelle se renvoient la balle.(...) En une dizaine de jours, la probabilité d´une crise mondiale s´est nettement accrue. Mais une autre possibilité est maintenant ouverte: celle d´un effondrement en cascade de l´ensemble du système financier mondial. Et les autorités publiques s´empressent de voler au secours du capital, comme elles l´ont fait avec Fannie et Freddie, puis à nouveau avec AIG.
On nous a longuement et doctement expliqué que les marchés s´équilibraient eux-mêmes, et qu´il ne fallait surtout pas intervenir, ni perturber leur fonctionnement. Mais, dès que le système de profit est menacé, les beaux discours sont jetés aux orties, littéralement piétinés, et il ne reste plus que la réalité toute crue de la défense du fric. Le système capitaliste lui-même n´a-t-il pas démontré sa nocivité, l´effroyable capacité qu´il a d´entraîner avec lui toute l´humanité aux abîmes? Un sursaut s´impose, la contre-offensive doit s´organiser. Il nous faut un nouveau plan d´urgence, un plan d´urgence face à la crise".(1)
Deux événements majeurs retiennent actuellement l´attention du monde: la crise économique mondiale et l´ouverture de la 63e session de l´Assemblée générale des Nations unies. Rares sont ceux qui ont relevé les interventions d´Évo Morales, président de la Bolivie, de Cristina Fernandez, présidente de l´Argentine, de Luis Ignacio Lula, président du Brésil, d´Antonio Lugo, président du Paraguay et ainsi que celles de nombreux autres représentants de l´Amérique latine, de l´Afrique, de l´Asie et du Moyen-Orient. La grande majorité des intervenants de l´Amérique latine ont fait ressortir que le modèle d´un capitalisme laissé à lui-même avait été la principale cause du sous-développement dont souffre toujours le Continent. Le capitalisme ne peut répondre qu´à des intérêts individuels et corporatifs et c´est hors de sa nature même de répondre aux intérêts du Bien commun des peuples.(2)
"Les objectifs recherchés étaient toujours les mêmes: soutirer le maximum des ressources matérielles, humaines et organisationnelles pour en obtenir " le plus " en payant " le moins ". Mais, voilà que depuis une dizaine d´années, la démocratie a ouvert ses portes à la montée de partis politiques qui veulent en découdre avec ce système qui génère pauvreté et misère pour les uns, richesse et pouvoir pour les autres. (..) Plusieurs intervenants n´ont pas manqué l´occasion de faire ressortir que les grands défenseurs du capitalisme, comme système économique idéal, deviennent, dans le cadre de la présente crise, de véritables socialistes en demandant à l´État d´intervenir pour sauver le système de la banqueroute. De mauvaises langues ont parlé d´un socialisme pour les dettes et les déficits et d´un capitalisme pour les profits. Dans le premier cas, c´est le peuple qui s´en charge, dans le second cas, ce sont les maîtres du jeu qui encaissent. C´est ainsi que des centaines de milliards de dollars sortent, comme par magie, des coffres de l´État pour renflouer le système. Par contre, lorsque les "socialistes" parlent de mettre des limites au capitalisme en le soumettant aux exigences d´un bien commun comme le partage des terres, le contrôle des richesses naturelles, la santé, l´éducation, l´alimentation, tout cela devient de l´interventionnisme d´État, jugé inacceptable et néfaste pour l´économie. Je pense que le discours des présidents de ces nouvelles démocraties montantes éclaire les voies de l´avenir pour les personnes et les peuples à la conquête du respect de leurs droits et de leur dignité (...) Lorsqu´Hugo Chavez, président du Venezuela, parle du socialisme du XXIe siècle".(2)
Pour bien décrire la situation actuelle Dominique Dhombres parle de hold-up du siècle. "Le contribuable américain doit sauver les banquiers pourris, sinon il lui en cuira! Dobeliou l´a dit devant toutes les chaînes de télévision américaines réunies. C´est très fort. Le citoyen américain a intérêt à régler l´addition laissée par ces voyous de Wall Street. Sinon, il risque de perdre son travail, sa dignité, sa maison, jusqu´à son pantalon (..) Messieurs les parlementaires démocrates, s´il vous plaît, agissez! Vous devez voter dare-dare mon plan d´urgence de 700 milliards de dollars. Si vous traînez, c´est le gouffre. Si vous rechignez, l´horreur. On admirera, au passage, le combat intérieur, digne des plus grands mystiques, dont Dobeliou est la proie". "Le marché ne fonctionne pas correctement. En fin de compte, notre pays pourrait être confronté à une longue et pénible récession. Chers concitoyens, nous ne devons pas le permettre." En clair, payez! Il faut, à tout prix, verser fissa la caution de tous ces bandits en élégants costumes à fines rayures qui sont en garde à vue au commissariat du coin. Si vous ne les sortez pas du trou, c´est vous qui y tomberez! Payez, mais payez donc! Le Congrès fait des manières? Il voudrait qu´on en laisse quelques-uns, au trou. Dobeliou approuve! Mais par pitié, messieurs les démocrates, majoritaires au Congrès, payez! payez! (..) Il fallait y penser. Le hold-up du siècle!"(3)
Pour Attac France, M. Sarkozy a développé une analyse en apparence sévère par rapport aux excès les plus visibles du capitalisme financier. Mais, ce qu´il n´a pas dit, c´était que la financiarisation, c´est-à-dire l´enrichissement des riches et la spéculation des institutions financières, était nourrie par toutes les dégradations sociales. Plus profondément, la responsabilité en revient à la logique même du néolibéralisme, c´est-à-dire aux politiques menées depuis trente ans et qui n´ont eu pour résultat que de renforcer l´emprise de la finance sur toutes les sphères de la société et ses corollaires que sont l´explosion des inégalités et la marchandisation du monde. (...) Dans ces conditions, une démarche de rupture qui tirerait les leçons de la crise de ce système devrait remettre en cause toutes les politiques de dégradation sociale appliquées aujourd´hui partout en Europe et dans le monde. Parce qu´aujourd´hui un autre monde n´est pas seulement possible, il est aujourd´hui indispensable.(4)
On sait que l´intervention de George Bush, faite pour rassurer, a eu l´effet contraire. Elle est interprétée comme une preuve que les USA sont au bord du gouffre.
Les pays asiatiques, lourdement chargés de la dette américaine, ne cachent plus leur inquiétude. M.Yu Yongding, ancien conseiller de la Banque centrale chinoise, avertit que " la Chine est très préoccupée par la sécurité de ses actifs ", et met les points sur les I: " Si on veut que la Chine garde son calme, on doit aussi garantir à la Chine que ses actifs sont en sécurité. " M.Yu espère qu´un accord entre les principaux créanciers de l´Asie permette d´éviter que ne s´enclenche une incontrôlable " vente panique " des bons du Trésor US. (...) Un accord est nécessaire afin qu´aucun pays ne se précipite pour vendre, " provoquant un effondrement ", déclare M.Yu.
Le Japon est le plus grand détenteur de bons du Trésor américain, avec 593 milliards de dollars, et la Chine vient en deuxième position avec 519 milliards. Les pays asiatiques détiennent ensemble la moitié sur un total de 2670 milliards de bons du Trésor accumulés hors des USA. La Chine, le Japon, la Corée du Sud et d´autres nations devraient se réunir prochainement pour conclure un accord, estime M.Yu. "Cela serait inhabituel. Mais si on s´aperçoit que les nations asiatiques vendent leurs bons du Trésor, les marchés le prendraient très mal.
C´est quelque chose qu´il faut éviter. "La Chine a tiré une leçon de la crise financière aux Etats-Unis, qui est: "Pourquoi continuons-nous à accumuler ces reconnaissances de dettes si elles peuvent ne pas être honorées? " La stratégie économique chinoise, en mettant l´accent sur la croissance des exportations, a produit des excédents commerciaux qui se sont traduits par l´accumulation de 1810 milliards de dollars sous forme de réserves de change, et cela constitue le principal problème, note M.Yu. Sans appréciation du yuan, la Chine continuera d´accumuler des réserves en devises, ce qui signifie continuer à accumuler " des reconnaissances de dettes des Etats-Unis", déclare M.Yu. "C´est du papier, qui peut ne pas être honoré, et qui ne va pas améliorer le bien-être national de la Chine."(5)
Mutatis Mutandis avec la Chine -qui, elle, est inquiète-, comment l´Algérie -force tranquille- s´est préparée à cette crise multidimensionnelle et dont les prémisses sont connues depuis plus d´un an avec le feuilleton des subprimes. Il est hors de doute que le peuple doit savoir ce qui est fait de ses deniers. Les élus qui se dépensent tant pour améliorer leur condition sociale devraient, maintenant qu´ils ont extorqué des salaires aussi élevés, faire en sorte de les mériter. Notre gouvernement doit aussi rendre compte par médias lourds interposés et d´une façon didactique aux citoyens que nous sommes et ne pas les traiter de haut d´une façon condescendante. Que deviennent les 130 ou 140 milliards de dollars en bons du Trésor américain dont on sait qu´ils peuvent subir les retombées de cette crise multidimensionnelle? Doit-on se tenir le ventre devant les convulsions du monde et attendre d´une façon inerte que l´orage passe? Il ne passera pas sans dégâts. Il y a, comme nous l´avons écrit plus haut, une remise en cause salutaire du néolibéralisme prédateur. Nous devons plus que jamais serrer les rangs et avoir une économie de guerre qui doit impérativement se substituer à l´économie de bazar et l´économie du conteneur. Il nous faut réapprendre à fabriquer, pour commencer, le fil à couper le beurre- car nous ne savons plus rien faire- seul voie obligée de recherche et de mise en place d´un savoir-faire pérenne. Il nous faut sauver ce qui reste de notre économie et donner un coup d´arrêt à cette couse effrénée vers l´abîme de la privatisation prédatrice qui jette sur le pavé des milliers de travailleurs au nom de la mondialisation qui fait de nous des victimes consentantes du marché. Il nous faut inventer une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l´éviction des grandes féodalités économiques et financières qui n´apportent rien comme valeurs ajoutées. Cela suppose un retour à la nation et des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun. Nous devons imaginer un plan de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d´existence. Un droit au travail, une sécurité de l´emploi et enfin, un réajustement important des salaires et la garantie d´un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur - en fonction de sa vraie valeur ajoutée et non en fonction d´une quelconque capacité de nuisance,- la sécurité, la dignité et la possibilité d´une vie pleinement humaine. Le monde est en train de découvrir dans la douleur que le marché ne peut et ne doit pas se substituer à l´Etat qui doit, plus que jamais, être présent.
Dans ce cadre, le monde de l´énergie étant ce qu´il est, notamment dans l´irrationalité des prix du pétrole, il paraît inexplicable que l´on continue encore à saigner le sous-sol algérien d´une façon frénétique pour gagner des dollars qui s´effritent à Wall Street. Il faut savoir que les quantités de pétrole vendues ces dernières années, quand le pétrole valait moins de 50 dollars, auraient rapporté deux fois plus de dollars si elles étaient vendues en 2008 avec un prix moyen de 100$. Le pétrole étant de plus en plus rare, la probabilité de découvrir un autre Hassi Messaoud tend vers zéro. Ces mêmes quantités épargnées, vendues dans le futur- au moment où on aura besoin d´un financement bien identifié- nous auraient rapporté beaucoup plus!! Devant les incertitudes du futur, il est nécessaire de jouer la transparence et d´associer le peuple algérien à son destin. Notre meilleure banque c´est - au risque d´être lancinant- notre sous-sol. Les responsables politiques, économiques ne doivent pas se laisser impressionner par l´actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie à l´échelle mondiale et qui ciblent en premier les pays vulnérables comme le nôtre. La crise se résorbera car les loups ne se mangent pas entre eux, elle laissera des séquelles, à nous d´être prudents.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Isaac Johsua. http://www.millebabords.org/ spip.php?article9153# forum923. 27.09.2008
2.Oscar Fortin-La fin d´un empire et l´émergence d´un nouveau monde. Alterninfo 26.09.08
3.Dominique Dhombres: Le hold-up du siècle, Le Monde 25.09.08
4.Discours de N.Sarkozy.Communiqué d´Attac France, 25 septembre 2008
5.Kevin Hamlin, Yu Yongding veut prévenir une "vente panique" de bons du Trésor US Bloomberg, 25 septembre 2008 http://contreinfo.info/article. php3?id_article=2199

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

 

Crise financière : La débâcle du capitalisme mondial et prédateur

25 Septembre 2008 - Prof. C .E. Chitour - Paru dans le quotidien l'expression

« Pile, je gagne. Face, les contribuables perdent. »

Paul Krugman dans le New York Times du 15 septembre : Devise des banquiers

Le monde de la finance est entrain de s’écrouler. Le 11 septembre, a vu une panique généralisée , le dépôt de bilan de Lehman Brithers, le sauvetage de « Freddie", la nationalisation de l’assureur AIG et en définitive l’annonce catastrophe d’un Plan de sauvetage par monsieur Paulson secrétaire d’Etat au trésor, de 700 milliards de dollars, certains parlent de 1300 milliards de dollars.
Pour les démocrates Le plan de sauvetage présenté "n’est pas acceptable" en l’état, a déclaré mardi 23 septembre le président de la commission bancaire du Sénat, le démocrate Chris Dodd. "Ce qu’ils (le gouvernement) nous ont envoyé n’est pas acceptable. Cela ne va pas marcher", a dit Chris Dodd à la presse après avoir auditionné M. Paulson et le président de la réserve fédérale américaine Ben Bernanke. "Ils vont devoir revenir et travailler avec nous", a affirmé M. Dodd "700 milliards de dollars, c’est beaucoup d’argent pour moi, c’est beaucoup d’argent pour les contribuables", a-t-il ajouté.
Les plus hauts dirigeants américains ont imploré mardi le Congrès d’adopter rapidement un plan de sauvetage du système bancaire, alors que les places financières mondiales restaient dominées par l’inquiétude après 10 jours d’une crise sans précédent. Devant l’ONU, le président George W. Bush a assuré que le Congrès allait approuver le plan de sauvetage "avec la rapidité requise". Le président brésilien Luiz Inacio "Lula" da Silva a appelé à "rebâtir" les institutions financières internationales afin qu’elles puissent prévenir les crises à l’avenir. Malgré son ampleur, le plan de sauvetage américain ne lève pas les incertitudes. A l’ONU , Nicolas Sarkozy a invité, mardi 23 septembre, les dirigeants des pays "les plus directement concernés" à se réunir avant la fin de l’année pour tirer "leçons (...) de la crise financière la plus grave qu’ait connue le monde depuis celle des années 1930". (1)

Le G7 soutient "fortement" le plan de sauvetage américain Bruxelles s’est également félicité de la mise en place par Washington de ce plan à 700 milliards de dollars. George W. Bush a défendu une approche "audacieuse", qui va cependant faire passer la dette américaine à environ 11.300 milliards de dollars. La faillite de Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires américaine, fragilise un peu plus un secteur en crise depuis plus d’un an. Chacun craint une réaction en chaîne. Par définition, les sociétés financières reposent sur la confiance. Une fois celle-ci ébranlée, les clients deviennent méfiants, exigent des garanties ou placent leur argent ailleurs, accélèrant la chute. C’est ce qui s’est passé avec Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac, AIG, Washington Mutual, Lehman, Merrill Lynch... Les rumeurs négatives, de ce fait, accélèrent la descente aux enfers. Difficile à ce jour de cerner l’ampleur des dégâts. Tant que les banques créancières ne communiqueront pas sur le sujet, les seules informations disponibles sont consignées dans le document déposé dimanche soir par les dirigeants de Lehman Brothers aux autorités américaines lors de sa procédure de suspension provisoire de poursuites.(2)

D’une façon synchrone à la Fed, les banques anglaises, japonaises et la BCE on injecté des sommes énormes pour donner confiance aux investisseurs. Ainsi Mardi 16 septembre 2008 : La Banque Centrale Européenne a injecté 165 milliards d’euros pour sauver les banques.. Depuis 8 jours, le montant des injections réalisées par la Banque centrale européenne a lui atteint environ 178 milliards d’euros, et quelque 117 milliards pour la Fed. La Banque d’Angleterre n’est, de son côté, intervenue sur les marchés qu’à hauteur de 86 milliards d’euros, comme la BoJ, et la Banque nationale suisse de 7 milliards. Le montant des injections réalisées par l’ensemble des banques centrales atteint ainsi plus de 470 milliards depuis la mise en faillite de Lehman Brothers au début de la semaine dernière.

Bref retour en arrière pour parler de la précédente crise qui de l’avis des spécialistes est moins brutale que celle déclenchée aux Etats Unis un certain 11 septembre 2008, décidément ce chiffre porte la poisse « Impossible écrit Thomas Wieder d’y échapper. A chaque grande secousse de l’économie mondiale, la question revient sur toutes les lèvres : "Sommes-nous en 1929 ?" Ceux qui la posent ont en tête les mêmes images : hommes attroupés devant Wall Street lors du fameux Jeudi noir ; familles en haillons rassemblées autour d’une soupe populaire ; et puis, bien sûr, ces fermiers de l’Oklahoma chassés de leurs terres et jetés sur les routes, dont Steinbeck a raconté la triste odyssée dans Les Raisins de la colère... Comme le remarquait l’économiste John Kenneth Galbraith (1908-2006), 1929 est l’une des rares années, aux Etats-Unis, dont "chacun se souvient". Au point, ajoutait-il, que la mémoire des Américains s’est longtemps structurée autour de ce sombre millésime ("On est allés en faculté avant 1929, on s’est mariés après 1929, on n’était même pas nés en 1929"). Rien, a priori, ne devait faire de 1929 une année noire. Dans le dernier discours sur l’état de l’Union qu’il prononça avant de quitter la Maison Blanche, le 4 décembre 1928, le président Calvin Coolidge avait déclaré aux membres du Congrès qu’ils pouvaient "considérer le présent avec satisfaction et l’avenir avec optimisme" »(3)

« Au cours des années 1920 poursuit Thomas Wieder, les Etats-Unis se sont en effet considérablement enrichis. Malgré quelques à-coups en 1924 et en 1927, la production industrielle s’est envolée. Or la croissance entretient la confiance. Et celle-ci s’accompagne d’une véritable frénésie spéculative. En 1927, 577 millions d’actions sont échangées à la Bourse de New York ; en 1928, 920 millions. Dans le même temps, les cours grimpent en flèche. Au cours de l’été 1929, certaines valeurs gagnent plus de 25 %. Courant septembre, cependant, le marché commence à s’essouffler. "L’envolée des cours était telle qu’un rien pouvait suffire à inverser la tendance. La faillite de Clarence Hatry, un homme d’affaires londonien à l’honnêteté douteuse, semble avoir joué un rôle déclenchant dans cette époque où la hausse se fragilisait à mesure qu’elle se confirmait", explique Bernard Gazier, professeur d’économie à la Sorbonne Tout bascule le 24 octobre. Ce jeudi, six millions d’actions sont mises en vente. Du jamais vu. Tout au long de la matinée, les prix s’effondrent. La foule se presse autour de Wall Street. Selon un journaliste, on lit sur les regards "une espèce d’incrédulité horrifiée". A midi, on compte déjà onze suicides de spéculateurs ruinés ».(3)
« Au même moment, dans les locaux de la banque J.P. Morgan, en face de la Bourse, une réunion de crise est improvisée en présence d’une demi-douzaine de grands banquiers. Ils décident de soutenir le marché en rachetant massivement des titres stratégiques. L’effet est immédiat. A la fin de la journée, certaines actions sont même en hausse par rapport à la veille. Mais le sursaut n’est qu’éphémère. Le Jeudi noir a définitivement rompu la confiance Lundi 28 octobre, neuf millions de titres sont vendus ; mardi 29, seize millions. Cette fois, les banquiers n’interviennent pas. Plus rien ne peut enrayer le krach. Mi-novembre, l’indice Dow Jones a perdu 51 % de sa valeur depuis septembre. L’effondrement des cours se poursuivra, de façon presque linéaire, pendant plus de trois ans. Le krach de 1929 est donc, avant tout, lié à l’éclatement d’une bulle spéculative. Celle-ci s’est notamment constituée grâce à l’engouement spectaculaire pour les call loans (prêts au jour le jour). ». (3)

"Aucune muraille de Chine ne sépare le fiduciaire du réel, souligne John K. Galbraith dans son étude classique sur La Crise économique de 1929 (Payot, 1970). Le rôle de la catastrophe boursière dans la grande tragédie des années 1930 (...) fut d’une importance indiscutable." La spirale est infernale. La ruine des courtiers accule les banques, dont ils sont les débiteurs, à la faillite - 4 300 établissements ferment entre 1929 et 1931. Des millions d’épargnants perdent leurs économies en un jour. L’effondrement du pouvoir d’achat entraîne une chute de la demande et une contraction de l’activité. Quatre millions d’Américains sont au chômage en 1930, douze millions en 1932. Mais l’ampleur qu’elle prend aux Etats-Unis n’est pas la seule originalité de cette crise. Celle-ci, souligne Bernard Gazier, "se caractérise surtout par sa propagation fulgurante à travers le reste du monde". L’économiste insiste sur "l’effet domino" du krach de Wall Street dans l’épanouissement de la Grande Dépression à partir de 1930-1931. Avec une double conséquence. D’une part, l’abandon progressif de l’étalon-or aboutit à la désintégration du système monétaire mondial. D’autre part Les pays industrialisés recourent à des méthodes protectionnistes (hausse des barrières douanières, quotas, etc.). Pour Bernard Gazier, ce "verrouillage protectionniste" constitue la première différence entre la crise de 1929 et la crise actuelle. La seconde différence, majeure, tient, selon lui, à la place des Etats dans le règlement de la crise. "En 1929, l’Etat n’avait absolument pas les moyens d’intervenir comme il le fait aujourd’hui en injectant des liquidités quand le système menace de s’effondrer. Roosevelt, qui était à la tête d’un Etat fédéral pesant 10 % du PIB, n’a jamais imaginé mener une vraie politique de relance de type keynésien. Aujourd’hui que l’Etat pèse 40 % du PIB, il peut intervenir beaucoup plus facilement. L’Etat doit en effet à la fois punir des spéculateurs et sauver le système. Pour le grand public, c’est incompréhensible." (3)

Déjà en 2007 avec le déclenchement de la crise des subprimes, on s’interrogeait si ce n’est pas une réplique de 1929. « Sommes-nous confrontés à un nouveau jeudi noir ? écrit Danielle Bleitrach La fermeture de trois fonds de la Banque BNP Paris Bas a déclenché un vent à la baisse sur toutes les places boursières. A l’origine de la panique expliquent les commentateurs, il y aurait les « subprimes ». Ces prêts immobiliers accordés aux ménages nord-américains les moins solvables et que leurs débiteurs pourraient de moins en moins honorer. On nous présente la crise comme étant liée au fait que les ménages nord-américains non solvables ont été incités par des prêts à acheter des logements. La baisse du prix des terrains et de l’immobilier n’avantage que ceux qui auraient les moyens d’acheter au comptant, les autres qui à un moment quelconque sont obligés de réaliser leur biens se retrouvent avec un bien moins cher, dont ils doivent continuer à payer les intérêts en hausse. Or les prix ont commencé à redescendre depuis quelques mois. Comme les taux d’intérêt grimpaient, il leur était de plus en plus difficile d’honorer leurs prêts. Plusieurs ménages endettés, qui croyaient faire une bonne affaire, ont cessé de rembourser leurs prêts hypothécaires. Enfin il faut voir que la crise dite des subprimes part des pauvres surendettés, précarisés, au chômage, mais atteint de plus en plus des couches beaucoup aisées de la population . (..) Les subprimes ne sont que le niveau visible de l’iceberg. La crise des liquidités, crise de confiance, n’est pas simplement lié au défaut de paiement des ménages non solvables nord américain, mais c’est tout le système de financement de l’économie par le biais des jeux monétaires, qui est en cause. Nous avons donc une économie de casino qui engendre des phénomènes spéculatifs, mais cette spéculation n’est pas purement virtuelle, elle repose dans tous les cas dans sur un renforcement de l’exploitation, un accroissement monstrueux des inégalités au niveau planétaire (..).Nous sommes non pas seulement dans des crises financières à répétition mais dans une crise systémique ».(4)

Plus dure est la chute après la gloire. Bear Stearns, Lehman Brothers, Goldman Sachs, Merrill Lynch, Morgan Stanley. Depuis vingt ans, ces cinq banques d’affaires américaines faisaient rêver les financiers du monde entier. En raison des profits exceptionnels qu’elles dégageaient et en raison des bonus mirifiques que touchaient les salariés. En 2006, année record, leurs 170 000 employés s’étaient partagés 36 milliards de dollars de primes de fin d’année. Avec des pointes à plus de cent millions de dollars pour quelques-uns des traders stars. Leur puissance et leur opulence se doublaient d’une arrogance sans limites. Mais voilà, en quelques mois, la bande des cinq a disparu, victime de la crise des subprimes et plus généralement des marchés de crédit. Cette déconfiture s’explique facilement lorsqu’on sait que ces banques tiraient l’essentiel de leurs profits des activités de marchés Avec la paralysie observée sur les marchés du crédit à la suite de la crise des subprimes, c’est une bonne partie de leur fonds de commerce qu’elles ont perdu. Fragilisées, elles ont ensuite été victimes de l’action de certains hedge funds qui, en vendant massivement les titres, leur ont fait rendre gorge.

Comme le décrit Michael Shedlock sur le site de Seeking Alpha Financial, ce fut un grand moment de vérité : « Lorsque vous l’entendiez décrire la situation, vous aviez la gorge nouée », raconte le sénateur démocrate de New-York Charles E. Schumer. Ces mesures, au mieux, retarderont l’Armageddon mais qu’ils n’ont pas écarté le danger : « Les interventions gouvernementales ne peuvent jamais empêcher un Armageddon financier. En fait, l’intervention du gouvernement dans les marchés libres garantit l’Armaggedon. L’Armageddon n’a pas été évité, juste retardé, au frais du contribuable. » Ecoutons l’économiste Nouriel Roubini dont la plupart des prévisions se sont révélées exactes Il prédit, selon le journaliste économique Felix Salmon, « des pertes de 2000 milliards de dollars de crédits, la nationalisation de la moitié du système bancaire US, des défauts de paiement, l’accélération de la baisse des prix de l’immobilier, un arrêt brutal de la consommation des ménages, une contagion globale, une récession, que sais-je encore. »(5)

Aujourd’hui, tous les ingrédients d’une récession sont réunis, en particulier aux Etats-Unis. En 2000, l’éclatement de la bulle technologique a provoqué une récession relativement légère. Mais rien ne garantit qu’il en sera de même pour la prochaine récession. En économie, le passé n’est pas un guide pour l’avenir. La crise actuelle des marchés monétaires renforce la perspective d’une récession affectant l’ensemble de l’économie. L’économie n’est pas une science exacte. La morale ce cette débâcle est : « Contribuables : "Payez !" » Quand les banques privées européennes jouent à l’économie-casino, elles gagnent toujours. L’Etat vient au secours de leur gabegie en puisant dans les fonds publics. Par contre quand tout va bien pour elles, ce sont une minorité ; les actionnaires qui empochent la mise ! Joseph Stieglitz prix Nobel d’économie a bien raison de parler de « socialisation des pertes » , mais pas des profits … Pour nous, il faudrait savoir si les 120 milliards de dollars ne vont pas fondre dans cette tourmente.

1.Le plan Paulson n’est "pas acceptable" en l’état, AFP. 23 09 2008.

2.La finance mondiale redoute l’effet domino Challenge.fr. 18 Septembre 2008

3. Thomas Wieder : 24 octobre 1929, tout bascule : Le Monde du 21.09.08

4. Danielle Bleitrach :La crise financière pour les nuls, par une nulle… 11 août 2007

5.D. Schechter Notre 11 septembre financier : http://www.legrandsoir.info/spip.php ?article6879

Prof. C .E. Chitour Ecole Polytechnique

 

 

 

Le bateau algérien vogue sur l’océan de l’économie mondiale

par Mourad Benachenhou*

 

Combien de fois faut-il que l’Histoire se répète, pour que ceux qui sont supposés la faire en tirent les leçons ? Y a-t-il une réponse à cette question ?

On peut suggérer que, le temps aidant, la réponse à cette question pourrait apparaître avec la clarté des vérités qui sont tellement évidentes qu’on ne pense même pas à les proclamer. Dans le long terme, les questions les plus ardues trouveront réponse. Mais, hélas ! Comme se plaisait à le répéter l’économiste John Maynard Keynes : « Dans le long terme, nous serons tous morts ».

 Eviter l’aveuglement de la complaisance

La question posée n’a rien de philosophique : il s’agit simplement de se demander si les réactions officielles suscitées par les crises économiques passées vont se reproduire face aux circonstances actuelles. On sait comment les milieux officiels ont réagi à la crise économique du milieu des années quatre-vingt du siècle passé, qui a entraîné l’effondrement du prix du pétrole. Ils ont simplement proclamé que cette crise ne concernait pas l’Algérie, qui, suivant l’expression utilisée par certains, « n’est pas le Mexique ; » ils ont même été jusqu’à se déclarer « prêts à aider financièrement certains pays industriels s’ils en faisaient la demande ». Il est à souhaiter que la terrible leçon d’économie infligée à l’Algérie du fait de l’irresponsabilité des dirigeants de l’époque a été assimilée et que l’autosatisfaction, la complaisance et la condescendance ne vont pas de nouveau être affichées en réponse à la tempête qui se prépare et dont même l’économie algérienne subira les conséquences destructives, tout comme le reste du monde, dont elle est partie.

Une crise rampante depuis deux années

C’est une crise dont les premiers signes sont apparus, dès 2006, essentiellement dans un certain nombre de pays les plus avancés, dont les secteurs financiers - échappant à tout contrôle au nom du principe cher à Adam Smith suivant lequel les mécanismes du marché constituent les remèdes automatiques aux outrances du capitalisme débridé, et profitant de politiques monétaires laxistes des gouvernements en cause - se sont lancés dans le financement spéculatif d’opérations portant tant sur l’immobilier que sur les matières premières et les transactions en bourse. Il a suffi qu’un élément, important certes, de cette vaste pyramide Ponzi - à savoir le marché des prêts hypothécaires - s’affaiblisse pour que tout l’édifice complexe du système financier de ces pays montre des signes d’effritement, plus ou moins accéléré suivant le pays en cause.
Il se trouve que le pays où le principe de la totale liberté de transaction est appliqué dans toute son implacable et barbare logique, à savoir les Etats-Unis d’Amérique - où la spéculation financière a atteint des niveaux et des montants incommensurables - est celui également où la déliquescence du secteur bancaire est la plus poussée.


L’effondrement de la pyramide Ponzi

A ce jour, 285 banques américaines ont été déclarées insolvables ; deux grandes sociétés d’investissement séculaires et brassant des centaines de milliards de dollars, Lehman Brothers et Merrill Lynch ont été purement et simplement dissoutes, la première se déclarant en faillite, la seconde acceptant d’être vendue à une grande banque américaine ; les deux grandes sociétés d’investissement restantes ont été obligées de transformer leur statut pour diluer les risques causés par leurs pertes dans certaines transactions spéculatives portant sur l’immobilier comme sur les opérations boursières.

La plus grande banque mutuelle américaine - la WAMU - dont les actifs sont évalués à plus de trois cents milliards de dollars, vient de se déclarer en état de cessation de payement, ce qui constitue la plus faillite bancaire de l’histoire américaine.

Les deux grandes institutions de refinancement des prêts hypothécaires - Freddie Mac et Fannie Mae - ont été placées sous administration de l’Etat central. AIG, la plus grande compagnie d’assurance du monde a subi le même sort. Autre mesure indice de la gravité de la situation du secteur financier américain : le gouvernement fédéral, soutenu par le Federal Reserve System, ou FED, la banque centrale des USA, se propose de verser une subvention aux banques dont le bilan est alourdi par des crédits hypothécaires douteux, pour un montant de sept cents milliards de dollars, dont les règles d’utilisation seraient laissées à la discrétion du ministre américain des Finances - le Secrétaire d’Etat au Trésor. Ce montant représente dix-sept et demi pour cent des créances hypothécaires douteuses, dont le montant est évalué à quatre mille milliards de dollars. Le fait même que le Trésor américain ait pris l’initiative de faire cette proposition qui vise à impliquer en concours définitif le budget fédéral dans les opérations de sauvetage des entreprises financières, prouve, s’il le fallait encore, que la situation exige plus que de simples avances à court terme de la banque centrale, et qu’elle va perdurer.

Cette avalanche de mise en faillite et de placement sous administration n’est pas prête de s’arrêter ; il ne semble pas que la débâcle du secteur financier américain ait atteint son paroxysme. D’autres entreprises bancaires sont en situation d’extrême fragilité et peuvent être contraintes d’un moment à l’autre d’arrêter leurs opérations et de connaître le même sort que les 285 banques en état de cessation de payement. Il ne s’agit pas ici de proposer une analyse des multiples causes de cet effondrement cataclysmique du secteur financier américain, qui commence à donner des signes de contagion sur le secteur productif, mais de s’interroger sur les conséquences qui peuvent en être attendues sur l’économie algérienne.

Il apparaît évident, à travers les informations publiques, que l’effet de domino enclenché par le cataclysme financier n’a pas encore fini de dévoiler toutes ses conséquences, quelles que soient par ailleurs les décisions prises en catastrophe pour atténuer ces conséquences. La crise économique n’en est, en fait, qu’à ses débuts et, comme le montrent le cafouillage actuel dans les mesures prises ça et là par les autorités politiques et financières de différents pays industrialisés, nul ne peut prédire comment elle évoluera.

La dévaluation du dollar va se poursuivre

 La conséquence la plus visible est que le taux de change du dollar par rapport aux monnaies internationales principales, à savoir l’euro et le yen, ne se redressera pas de si tôt. L’énorme dette extérieure américaine, évaluée par les services du Trésor à plus de treize mille milliards de dollars, le déficit budgétaire pour l’année fiscale 2009, qui va crever le plafond des mille cents milliards de dollars lorsque la mesure de subventions des entreprises financières américaines sera mise en oeuvre, le déficit de la balance des comptes courants sont des indicateurs qui ne peuvent que corroborer la conclusion que la principale monnaie de réserve mondiale connaitra des jours difficiles dans les années à venir.

La relance de l’endettement international, conséquence de l’accroissement du déficit budgétaire va avoir également des effets sur le service de la dette extérieure, rendant impossible le redressement de la valeur du dollar, et présageant de la continuation de son affaiblissement, même si les pays qui en conservent dans leurs réserves de change n’ont pas intérêt à jouer sa dévaluation, et prendront toutes les mesures nécessaires pour éviter son effondrement sur le marché des changes, y compris des opérations d’achat massives, comme celle des récents jours.



 La dévaluation du dollar inflige des pertes à l’économie algérienne

Du fait de la structure de son commerce extérieur et de la règle imposée d’accepter exclusivement le dollar comme monnaie de payement de ses exportations d’hydrocarbure, qui représentent quatre-vingt-dix-huit pour cent de ses recettes extérieures, l’Algérie continuera à subir la détérioration du pouvoir d’achat du dollar, d’autant plus que ses importations proviennent à plus de quatre-vingts pour cent de pays utilisant d’autres monnaies que le dollar pour leurs exportations ou exigeant le payement en d’autres devises que le dollar, pour se prémunir contre sa perte de valeur. Il est à noter que toute baisse de la valeur du dollar par rapport à l’euro, qui représente 64 pour cent des payements extérieurs algériens, si tenue soit-elle, fait perdre à l’Algérie des sommes importantes : par exemple une baisse du dollar de un pour cent par rapport à l’euro, ce qui n’est nullement rare, représente une perte de change de un milliard de dollars en supposant que quatre-vingts pour cent des réserves de changes algériennes sont détenues en dollars, et de six cents millions de dollars si cette proportion est réduite à cinquante pour cent.

Dans les temps à venir, et malgré la volonté des banques centrales principales de venir au secours du dollar chaque fois qu’il montre des signes d’affaissement, et malgré le fait que les autres pays détenteurs de réserves de changes en dollar ne feront rien pour le miner en tentant de diversifier encore plus la composition de ces réserves, cette monnaie internationale n’est pas prête de s’affermir et il faudra s’attendre à ce qu’elle continue à s’affaiblir dans les mois, si ce n’est les années à venir. Seules des décisions internes dirimantes, telles une réduction dramatique du déficit budgétaire par une politique combinée de réduction des dépenses et d’accroissement des impôts, mesures impopulaires par essence et aux conséquences économiques sérieuses, permettront le redressement sensible du dollar sur le marché des changes ; et aucun gouvernement américain n’est disposé à ajuster sa politique fiscale par souci pour la stabilité du pouvoir d’achat du dollar détenu dans les réserves de changes internationales.

 L’inexplicable passivité du FMI, le donneur officiel de leçons en orthodoxie économique      
Les Etats-Unis ne sont pas tenus de passer sous les fourches caudines des conditionnalités du FMI, supposé être l’institution internationale en charge de veiller à la stabilité des marchés des changes. On ne peut qu’être surpris par le silence assourdissant de cette institution internationale dont la création et le maintien n’ont d’autre justification que de veiller à ce que les pays dont la monnaie est utilisée dans les transactions internationales mènent des politiques économiques et financières propres à maintenir la stabilité du pouvoir d’achat de leurs monnaies nationales pour éviter le désordre dans le commerce international.

On a vu cette institution se faire l’écho des déclarations lénifiantes des autorités monétaires en cause, ou s’en tenir à des banalités, tout en s’abstenant de toute action de réprimande ou de critique, même sous forme de point à l’ordre du jour de son conseil d’administration bihebdomadaire, visant à attirer l’attention du pays en cause sur les effets négatifs de ses politiques économiques et financières sur sa monnaie.

La question qui se pose est donc la suivante : est-ce que le FMI sert encore à autre chose qu’au recouvrement des dettes contractées par les pays les plus pauvres, abandonnant sa fonction principale telle que décrite dans son article premier ? Est-il chargé exclusivement de rappeler à l’ordre, par article 4 interposé, les pays marginaux dans la scène économique internationale, qui sortent de la logique économique ultralibérale, tout en s’abstenant d’imposer les mesures de redressement nécessaires aux pays les plus riches dont les décisions économiques ont des effets négatifs ressentis à travers la planète ?

On peut se poser légitimement ces questions car, face à la passivité de cette institution internationale si prompte à donner des leçons de bonne gestion aux pays marginaux, mais qui garde le silence le plus total quand ce sont de grandes puissances qui créent le désordre dans le monde par des politiques économiques et financières systématiquement mauvaises de la reconnaissance de leurs propres économistes et de leurs propres classes politiques. Si le FMI ne sert qu’à ramener à la raison économique les pays les plus pauvres, il n’a plus aucune raison d’être et sa bureaucratie n’est qu’une machine à distribuer des satisfecit aux plus doués, quoi qu’ils fassent, et des réprimandes aux plus faibles élèves de la classe, quelle que soit la cause de leur faiblesse !

Les placements en obligations du Trésor américain se font à perte

En ce qui concerne les dollars détenus sous forme d’obligation du Trésor américain, ni leur valeur, ni la sécurité de leur détention ne sont garanties. Leur valeur nominale en capital ne change pas, puisque, contrairement aux obligations du Trésor détenues par les particuliers, celles souscrites par les autorités monétaires étrangères, ne sont pas susceptibles de varier en prix suivant l’évolution des taux d’intérêts sur les dépôts en dollar. Cependant, le pouvoir d’achat de ce capital évolue avec le taux de change du dollar comme avec le taux d’inflation international ; et le gouvernement américain ne donne aucune garantie quant au maintien de sommes qui sont mises à sa disposition par les banques centrales étrangères ; un milliard de dollars d’obligations du trésor contracté en janvier 2008 a, en fin d’année, un pouvoir d’achat de neuf cent soixante millions de dollars si le taux d’inflation international a été de quatre pour cent au cours de cette année. Pour que le pouvoir d’achat initial soit maintenu, il faudrait que le taux d’intérêt produit par le placement soit au moins égal à quatre pour cent ; et pour que le rendement du placement soit positif, il doit dépasser les quatre pour cent par an ; or, du fait de la politique de faible taux d’escompte menée par le FED, les placements en obligations du trésor se font à perte.

Les obligations du Trésor américain : des «junk bonds» ?

 Il faudrait calculer ce que l’Algérie a perdu dans ses placements en cet instrument ; on pourrait avoir la surprise de constater qu’en fait, ce n’est pas un placement productif, mais une subvention au Trésor américain égale au différentiel de pouvoir d’achat de ce placement entre le début et la fin de l’année.

De plus, la crédibilité financière du gouvernement américain étant mise à mal par les événements actuels, la prime d’assurance sur les risques de défaut de cet emprunteur a été élevée à 0,26 pour cent des montants assurés, à comparer au 0,09 pour cent pour les obligations du Trésor allemand !
Et nombre d’analystes financiers se demandent si la cotation AAA des obligations du Trésor américain ne doit pas être revue à la baisse, et vont même à estimer que ce sont des obligations à très haut risque - junk bonds.

Il n’est pas raisonnable de conjecturer que les taux d’intérêts des placements en obligations du Trésor américain vont devenir positifs dans les prochains temps. Le FED ne pourra que maintenir le taux d’intérêt directeur à deux pour cent pour éviter que la crise financière ne s’aggrave ; donc, l’Algérie fait un placement à perte sous couvert de solidité de la crédibilité financière du débiteur. Et sans aucun doute, le même raisonnement peut s’appliquer à tous les placements en obligations gouvernementales dans les pays à monnaie convertible.

Revoir le rôle du dollar comme monnaie
de transaction et de réserve

Le dollar est une monnaie fondante et son redressement n’est pas pour demain du fait même de la crise financière, il faudrait bien qu’un jour on évalue ce qu’il coûte de l’accepter comme monnaie unique pour les transactions pétrolières et comme monnaie de réserve, maintenant que le système monétaire international n’a plus d’institution en mesure de ramener à la raison les autorités politiques et monétaires responsables de la fluctuation de la valeur de ces monnaies sur les marchés de change internationaux.
Se pose donc, et directement, le problème de l’ordre monétaire mondial, qui est supposé fonctionner en parallèle avec l’ordre commercial mondial, représenté par l’OMC. Comment peut-on avoir un système commercial efficace et efficient si chaque pays ou groupe de pays émettant une monnaie acceptée dans les transactions internationales, gère cette monnaie sans tenir compte des intérêts de ses détenteurs internationaux ? On est, en fait, revenu au désordre monétaire international qui prévalait avant la Seconde Guerre mondiale, et qui a été une de ses principales causes. Toute conférence internationale qui se réunirait pour traiter de la tourmente financière actuelle, ne pourra éviter d’aborder de sujet, et, éventuellement de saborder le FMI, s’il continue à négliger la mission pour laquelle il a été créé, à savoir le maintien d’un système de payement international fondé sur la stabilité des grandes monnaies.


Pouvoir d’achat du baril de pétrole : un indice, la santé économique de l’Algérie

Le pouvoir d’achat du dollar pose également le problème du pouvoir d’achat du baril de pétrole, car, qu’on l’accepte ou non, l’économie algérienne est en fait une économie de troc où le pétrole sert de moyen d’échange international par dollar interposé ; on peut même, sans violer les bases d’un raisonnement économique universellement accepté, convertir toutes nos importations en équivalent-baril, par exemple calculer l’équivalent-baril des importations de biens de production, de produits alimentaires, de produits pharmaceutiques ; les deux pour cent d’exportation hors hydrocarbures, dans le contexte actuel, n’achètent pour pas plus de onze jours d’importations, sur la base des trente-trois milliards d’achats à l’étranger projetés pour 2008. Donc, le bon sens même dicterait que toutes les données chiffrées sur nos relations économiques et financières internationales comportent un volet exprimé en équivalent-baril.

Prix du pétrole et spéculation

On ne le répétera jamais assez, malgré les commentaires teintés de scepticisme qu’entraîne cette affirmation : le prix du pétrole n’est pas directement lié à la fluctuation du différentiel entre les quantités produites et les quantités consommées quotidiennement et projetées à trente jours. L’OPEP elle-même reconnaît, dans son site officiel, qu’elle n’est pas seule responsable de la fixation du prix du baril du pétrole, dont le marché est soumis à d’autres facteurs que le pur équilibre entre l’offre et la demande. Peut-on être être plus OPEP que l’OPEP elle-même ? Le taux de change du dollar joue un rôle également, mais ce rôle semble avoir été exagéré, pour des motifs aisément explicables, par les négociants en bourse des matières, qui n’ont pas intérêt à ce qu’ils soient montrés du doigt comme responsables des fluctuations du prix du baril de pétrole. Et pourtant, on ne peut totalement expliquer ces fluctuations sans faire référence à la spéculation. Les observateurs les plus compétents du marché pétrolier attirent, depuis longtemps, l’attention sur les effets de cette spéculation. Les autorités politiques américaines, en l’occurrence le Sénat et la Chambre des Représentants ont, à plusieurs reprises au cours des années passées, et aussi récemment que ces trois derniers mois, ouvert le débat sur les conséquences que la spéculation, à objectifs de profits essentiellement financiers, a sur la fluctuation du prix du pétrole.

Il a même été proposé qu’une loi soit passée, interdisant les contrats de «futures» qui prennent comme base le pétrole, mais ne conduisent qu’à dix-sept pour cent de leur montant à la livraison effective de pétrole aux contreparties de ces contrats. Suivant ce projet de loi, seuls seraient autorisés les contrats «forward » souscrits par des entreprises qui veulent bloquer sur trente jours le prix du pétrole qu’elles achètent pour l’utiliser effectivement dans leurs activités de production, et dont elle prennent effectivement et physiquement livraison à l’issue de ces trente jours. Seule la puissance des lobbies financiers, dont les banques, a bloqué le passage de cette proposition de loi.
On peut aisément multiplier les citations d’économistes et de praticiens dans le domaine des contrats de «futures» qui ont attiré l’attention sur les effets distordants que ces contrats ont sur le marché pétrolier.

 Différentiel de Rendement
des placements et spéculation sur le pétrole

On ne peut pas donc réfuter le rôle de la spéculation. Reste à se demander pourquoi des négociants en bourse des matières premières, évidemment soutenus par les masses d’argent des grandes banques et des fonds spéculatifs - hedge funds - jouent à acheter des contrats de vente et d’achat de pétrole dont leurs clients ne prendront quasi jamais livraison. Il peut sembler que c’est un jeu stérile que de s’entre acheter et s’entre vendre des morceaux de papier signés et dont la garantie est assurée par des maisons de réescompte mobilisant des sommes astronomiques pour maintenir le bon ordre dans ce grand jeu de Monopoly où on s’échange de l’argent contre de l’argent en prenant quasiment prétexte de quelque matière première, dont le pétrole. Mais, tout réside dans la façon dont les spéculateurs font de l’argent sur ce marché des « futures ».

Tout spéculateur est, par définition, une personne qui profite du mauvais fonctionnement d’un marché de biens et services, pour quelque raison que ce soit, pour acheter bon marché un bien et le revendre cher un peu plus tard. Paradoxalement, le spéculateur en pétrole joue sur le différentiel de rendement entre les instruments financiers classiques, comme les placements en bourse, les obligations du Trésor, d’un côté, et, de l’autre les rendements qui peuvent être obtenus en empruntant à bon marché et en utilisant les sommes empruntées à générer des profits par des transactions portant sur des produits dont les prix sont susceptibles de fluctuations rapides.

  Les contrats de « futures »sur le pétrole :

de simples conduits pour des spéculations essentiellement financières

Le pétrole, ou tout autre matière première, sert de conduit ou de prétexte à ces transactions rapides, dont chacune peut donner lieu à faible bénéfice, mais dont l’accumulation, si ces transactions sont répétées fréquemment, génère des profits supérieurs à ceux données par les transactions en bourse de valeurs ou les placements en obligations.

Le spéculateur n’est tenu de payer qu’une fraction du montant du contrat d’achat qu’il souscrit, actuellement environ douze et demi pour cent, en général emprunté à court terme, chaque contrat correspond à mille barils de pétrole ; ainsi, une société suisse a souscrit jusqu’à un milliard de dollars de contrats sur le pétrole en une seule séance, ce qui correspond à huit milliards de dollars en valeur réelle des quantités de barils, ou, en supposant que le baril ait été alors coté à cent dollars, quatre-vingts millions de barils, ou quatre-vingt-quinze pour cent de la production quotidienne de pétrole. Cet effet de levier financier ne peut qu’avoir des répercutions sur le prix du baril de pétrole ; en fait, les transactions sur le marché des « futures » pétrolier, par définition, sont de loin supérieures en volume physique à celle du marché pétrolier réel. Ce type de spéculations, dans lequel sont impliquées toutes les grandes institutions financières transnationales, est d’autant plus lucratif que les taux d’intérêt sont faibles ; la brusque accélération du prix du pétrole à compter du dernier mois de l’année 2007 s’explique essentiellement par le fait que le FED avait réduit le taux d’intérêt directeur à deux pour cent et continue à le maintenir jusqu’à présent à ce faible niveau.

Toute augmentation du taux d’intérêt aura un effet réducteur sur les transactions spéculatives portant sur le pétrole et en poussera le prix à la baisse ; également, tout renchérissement du financement bancaire sous la pression des mécanismes du marché, ou comme conséquence de la tourmente actuelle, qui réduit les sources de financement à faible taux d’intérêt pour les producteurs de biens et services, aura également un effet négatif sur ce type de transaction spéculative et donc sur le prix du baril de pétrole, quelle que soit par ailleurs l’évolution du taux de change du dollar ou les fluctuations de l’offre et de la demande, qui vont vers le sur-approvisionnement, du fait de la réduction de la consommation du pétrole au cours de ces récents mois.

Il suffit que les restrictions d’accès au crédit que le FED imposera dans les temps à venir pour réduire les effets spéculatifs des facilités de crédits qu’il accorde aux entreprises financières en difficulté, aboutissent à l’augmentation des taux d’intérêts sur les crédits destinés à couvrir des transactions sur le marché à terme du pétrole, pour que le prix de ce produit plonge rapidement. Il ne faut surtout pas donner une interprétation erronée à la brusque remontée du baril au cours de ces derniers temps ; il s’agit essentiellement du résultat de transactions spéculatives destinées à tirer profit des facilités accordées ou envisagées par le FED comme par le Trésor américain en faveur du secteur financier.

Une fois absorbé, ce surcroît de liquidité par l’économie américaine, les taux d’intérêts débiteurs et créditeurs augmenteront, que le FED élève -ou même baisse - ses taux d’intérêts ou non.
Donc il faudra s’attendre à une chute du prix du pétrole plutôt qu’à son raffermissement dans les mois à venir, en particulier si s’ajoute au renchérissement du crédit une contraction de la demande qui va au-delà du un pour cent déjà constaté.


En conclusion :
- Malgré l’aisance financière dont jouit aactuellement l’Algérie, il est important de résister à la complaisance, car la conjoncture économique internationale, qui ne fait que se détériorer, finira par avoir des effets négatifs sur la situation économique et financière du pays ;
- La crise financière actuelle, malgré la tournure dramatique qu’elle a pris au cours de ces dernières semaines avec la mise en faillite ou sous contrôle du gouvernement fédéral des E.U. de grandes sociétés bancaires américaines, n’a pas encore donné toutes ses conséquences négatives ;
 - Le dollar, monnaie de transaction obligatoire pour le pétrole, et monnaie de réserve internationale, ne peut que continuer à s’affaiblir du fait des fondamentaux qui concernent la situation financière et fiscale des E.U. ;
 - La perte du pouvoir d’achat du dollar ne peut pas ne pas être comptabilisée et factorisée comme risque sur la situation économique de l’Algérie ;
 - L’absence de réaction pratique du FMI face à la détérioration du taux de change du dollar pose le problème de la mission de cette institution internationale et de son rôle dans la stabilité des taux de change en vue d’encourager les échanges internationaux ;
 - Toute conférence internationale convoquée pour traiter de la crise financière actuelle devrait aborder le problème du rôle du FMI ;
 - Les placements en obligations du Trésor américain s’effectuent à perte, non seulement du fait de la détérioration du taux de change du dollar, mais également du fait que les intérêts payés ne couvrent pas l’effet négatif de l’inflation ; les pertes ainsi causées devraient être évaluées ;
 - Le prix du pétrole continue à être fortement influencé par les activités spéculatives sur les marchés des « futures » où les contrats pétroliers visent essentiellement à profiter du faible taux d’intérêt sur les prêts utilisés pour ce type de transaction ;
 - Ces transactions spéculatives couvrent des montants physiques en pétrole plusieurs fois supérieurs aux montants offerts par la production, et ne demandent que de faibles apports initiaux de fonds par les spéculateurs, tout en leur permettant de contrôler des montants physiques importants en cette matière première ;
 - Tout renchérissement des crédits aura un effet sur les facilités financières à la disposition des spéculateurs et entraînera une chute brutale du prix du pétrole ;
 - Cette hypothèse est d’autant plus crédible que le FED pourrait maintenir son taux directeur à un niveau bas tout en menant une politique restrictive d’accès à sa facilité pour réduire les poches de spéculation encore existantes dans l’économie américaine et qui peuvent avoir un effet aggravant sur la situation de cette économie, et donc sur l’économie mondiale ;
 - Donc, dans la conjoncture actuelle, l’Algérie est soumise au double risque de la continuation de la détérioration du taux de change du dollar, malgré les mesures prises par certaines grandes banques centrales pour stabiliser son cours, et à la possibilité d’une brusque décélération du prix du pétrole du fait de l’assèchement du financement des opérations de spéculation sur cette matière première ; de plus, les placements de ce pays en obligations du Trésor subissent la double perte en termes de taux de change du dollar et d’intérêts négatifs perçus sur ces placements ;
 - Le bateau algérien vogue sur l’océan de l’Economie mondiale, et les tempêtes causées par les grandes puissances économiques sur cet océan ne peuvent que secouer ce bateau ! Oublier cette réalité constitue un aveuglement irresponsable.

 Dans le quotidien d'Oran septembre 2008

 
 
L’islamisme algérien: le MSP entre modération et compromission   Yassin Temlali
(Babelmed, 24 septembre 2008)
 
 

 

Mahfoud Nahnah
 

La presse «démocrate» évoque rarement Mahfoud Nahnah, le père fondateur du courant des Frères musulmans (1) algériens, sans rappeler l’implication d’El Mouwahiddoun, organisation clandestine qu’il dirigeait dans les années 70, dans des «actions de subversion» visant à instaurer en Algérie un «Etat islamique».

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), descendant direct d’El Mouwahiddoun, n’a avec cette organisation qu’une vague ressemblance : la conviction que «l’islam doit retrouver sa place légitime dans le pays». Créé par Mahfoud Nahnah en décembre 1990 sous le nom de «Mouvement de la société islamique» (MSI), il est aujourd’hui représenté aussi bien au gouvernement qu’au Parlement. Certains de ses cadres, comme Amar Ghoul, le ministre des Travaux publics, sont devenus des éléments fixes du décor gouvernemental.

La littérature du MSP situe la naissance du courant des Frères musulmans algériens dans la période qui suivi immédiatement l’indépendance (1962). Mahfoud Nahnah et Mohamed Bouslimani auraient formé, dans les années 60, à l’université, un groupe clandestin opposé à la «politique laïque et socialiste» d’Ahmed Ben Bella, accusé d’être l’allié du communisme mondial. Fort de son prestige international et de sa popularité, le premier président de l’Algérie indépendante (1962-1965) avait déclaré la guerre aux conservateurs radicaux, d’anciens dirigeants de l’«association des Oulémas musulmans» pour la plupart (2). Quant aux plus religieux modérés, il avait acheté leurs faveurs en leur cédant le système d’enseignement traditionnel (dépendant du ministère des Affaires religieuses).

Comme ces conservateurs crypto-islamistes, Mahfoud Nahnah et Mohamed Bouslimani estimaient que l’«identité islamique» de l’Algérie était menacée par le «socialisme» benbelliste et que la langue arabe demeurait minorée, après 132 ans d’embargo linguistique colonial. La «lutte contre les laïcs» et autres «francophones» étaient les deux bannières sous lesquelles ils mobilisaient les tenants d’une Algérie exclusivement musulmane, exclusivement arabe. Leur discours avait quelque écho dans certaines élites, qui voyaient la politique socialisante du régime bouleverser les structures traditionnelles de la société.

Les années 70: opposition violente au pouvoir

Bembella et Nasser
L’opposition à Ben Bella, bien qu’elle eût des motivations d’ordre local, s’intégrait dans un mouvement plus large, hostile aux pouvoirs arabes «progressistes» issus des mouvements de libération (Nasser, etc.). Dans le contexte de la guerre froide, les organisations islamistes étaient considérées par le bloc de l’Ouest, notamment les Etats-Unis, comme d’indispensables «compagnons de route» dans la lutte contre l’«intrusion communiste» au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L’Arabie saoudite, leur principal allié arabe, finançait ces organisations et offrait l’asile à leurs militants qui fuyaient la répression (3).

L’accès au pouvoir de Houari Boumediene, après le putsch du 19 juin 1965, n’a pas tempéré l'hostilité des Frères musulmans au régime. Pourtant, bien qu’allié à l’Union soviétique, le nouveau président n’était pas connu pour sa bienveillance envers le parti communiste. Il avait envers lui une attitude utilitariste : après avoir démantelé ses organisations, il l’a utilisé comme force d’appoint à sa politique de nationalisations (hydrocarbures, etc.). Houari Boumediene n’était pas non plus un défenseur de la «francophonie» (il a entrepris l’arabisation de l’enseignement), ni un «laïc» (son gouvernement a lancé, en 1970, une «campagne contre la dégradation des mœurs»). La haine que lui vouaient les Frères
musulmans ne pouvait s’expliquer que par leur refus de l’alignement de l’Algérie sur le bloc de l’Est et leur rejet des «réformes socialistes» (la réforme agraire…), contraires à leurs yeux aux «règles de propriété en islam».

C’est de l’époque boumédiéniste (1965-1978) qu’on peut dater l’émergence des Frères musulmans en tant que force organisée, implantée principalement parmi les étudiants issus des couches rurales que la politique linguistique officielle - dans laquelle le français tenait malgré tout une place prépondérante – menaçait de laisser sur la marge de la vie professionnelle. Les Frères musulmans se regrouperont en 1976 dans El Mouwahiddoun. Cette organisation clandestine s’est illustrée par des «actions de sabotage» (pylônes électriques, etc.) qui ont valu à ses dirigeants d’être condamnés à 12 ans de réclusion. C’est en référence à ces actions que la presse anti-islamiste, encore aujourd’hui, qualifie Mahfoud Nahnah de «scieur de poteaux».

En dépit de la répression, l’influence des Frères musulmans s’étendait. Le «progressisme» avait fait long feu : la défaite arabe de juin 1967 avait achevé de discréditer les régimes «progressistes», à l’ombre desquels étaient nées de nouvelles bourgeoisies intéressée par la «normalisation des relations» avec le bloc de l’Ouest. La résistance afghane à l’invasion soviétique et la Révolution iranienne donnaient à l’islamisme arabe un nouveau souffle et lui offraient de nouveaux moyens de mobilisation.

Années 80: alliance «anti-communiste» avec le régime
 
Chadli Ben Djedid
Cependant, déjà à l’époque où il «sciait des poteaux», Mahfoud Nahnah était un «modéré» plutôt qu’un extrémiste. Il appartenait à cette fraction du courant international des Frères musulmans, rejetant le discours djihadiste de Sayyid Qotb qui nourrit aujourd’hui des groupes islamistes radicaux, comme ceux issus du djihad islamique égyptien. Ainsi, à sa libération en 1982, il ne cautionnera pas la rébellion islamiste de Bouyali (1982-1985). Cette attitude s’explique aussi bien par les origines doctrinaires modérées des Frères musulmans que par le nouveau contexte national, ouvert par l’arrivée au pouvoir de Chadli Ben Djedid ((1979-1992).

Le président Chadli s’écartait des «orientations socialistes» des années 60-70 et, emboîtant le pas à Anouar Sadate, il entreprenait de libéraliser l’économie. Pour donner à son pouvoir une légitimité religieuse, il a fait voter un Code du statut personnel inspiré de la loi islamique et a encouragé la construction de mosquées. Les Frères musulmans pouvaient dès lors contracter avec lui une alliance tactique. Ils pouvaient l’aider à discréditer les «acquis» du socialisme boumédiénien et se charger pour son compte de contenir la gauche et le mouvement berbériste. En échange de ces services, ils étaient moins exposés à la répression que d’autres courants islamistes radicaux. Leur propagande idéologique et leurs œuvres caritatives étaient tolérées. Leur audience s’élargissait. Elle dépassait à présent les limites de l’université et des franges inférieures des classes moyennes (enseignants, petits fonctionnaires, etc.) et s’étendait à la nouvelle bourgeoise commerçante, en plein essor. La quasi-unanimité des Frères musulmans sur cette alliance tactique avec le régime ne les a pas prémunis des conflits de leadership. Au milieu des années 80, beaucoup de militants les quitteront .. Ils rejoindront le courant dissident (dirigé par Abdallah Djaballah) qui leur reprochait leur grande subordination aux Frères musulmans égyptiens..

A la faveur de l’ouverture relative qui a précédé la révolte d’octobre 1988, les deux courants des Frères musulmans créeront deux associations, qui seront leurs façades légales. Mahfoud Nahnah formera «El Irchad oual Islah» (prédication et réforme) et Abdellah Djaballah «El Nahda El islamiya» (renaissance islamique). La révolte d’octobre 1988, réprimée dans le sang, a ouvert la voie à un multipartisme contrôlé. Rétifs à l’organisation partisane pour des raisons essentiellement doctrinaires, les Frères musulmans n’ont consenti à constituer des partis qu’en voyant l’influence du Front islamique du salut (FIS) menacer la leur (4). Ils créeront deux partis, aux programmes similaires : le Mouvement de la société islamique (MSI, dirigé par Mahfoud Nahnah, 1990) et El Nahda El islamiya (dirigé par Abdallah Djaballah, 1989).

1994-2008 : intégration dans les rouages du système
Inquiété par la montée de l’islamisme radical et les contestations sociales qu’il charriait, le régime a décidé d’annuler les législatives de décembre 1991 - dont le premier tour avait été remporté par le FIS - et d’interdire ce parti. Le MSI, comme El Nahda El Islamiya, a dénoncé ces deux décisions, mais, contrairement à celui-ci, il acceptera, en 1994, de fournir des députés au Conseil national de transition (CNT), une assemblée législative désignée par l’Armée. Il deviendra, de ce fait, une des cibles des groupes armés islamistes. Dans les années 90, ces groupes assassineront des dizaines de ses militants, dont son vice-président Mohamed Bouslimani.

Aux présidentielles de novembre 1995, Mahfoud Nahnah a totalisé, selon les chiffres officiels (naturellement peu fiables), 25% des suffrages (3,2 millions de voix), se classant deuxième après le général Liamine Zeroual, candidat de l’Armée. La participation à ces présidentielles, boycottées par plusieurs partis d’opposition, a ouvert au MSI les portes du gouvernement. En 1996, et après avoir changé de dénomination pour devenir le «Mouvement de la société pour la paix» (MSP), il a obtenu deux ministères. Aux législatives de 1997, caractérisées par une fraude massive au profit du parti gouvernemental RND, il totalisera 71 sièges. Dans le gouvernement formé après le scrutin, le nombre de ses ministres augmentera à sept. Son congrès de mars 1998 entérinera sa ligne «participationniste» en dépit de quelques contestations mineures.

Mahfoud Nahnah sera privé par le Conseil constitutionnel de se présenter aux présidentielles d’avril 1999. Ceci n’empêchera pas le MSP de soutenir Abdelaziz Bouteflika, favori de l’Armée, au nom de la défense du pays contre le «danger laïc» et de la «nécessité de la réconciliation nationale» (mesures en faveur des hommes armés qui abandonnent les maquis) promise par ce candidat. Cette position ne lui rapportera pas de nouveaux portefeuilles ministériels : le nombre de ses ministres se réduira même à quatre dans le premier gouvernement Bouteflika. Les législatives de juin 2002 démontreront que son audience se rétrécissait, pendant que celle de son rival plus radical, le mouvement Islah (issu d’El Nahda et dirigé par Abdallah Djaballah) demeurait stable. Le nombre de ses députés a été divisé par deux (38), mais il a gardé ses quatre ministres dans le gouvernement.

Au troisième congrès du MSP (août 2003), Boudjerra Soltani a succédé à Mahfoud Nahnah, décédé le 19 juin 2003. Aux présidentielles d’avril 2004, le mouvement soutiendra la candidature d’Abdelaziz Bouteflika, après avoir constitué avec les deux partis gouvernementaux (le FLN et le RND) l’«Alliance présidentielle». Une de ses récompenses a été la nomination de son nouveau président au poste de «ministre d’Etat auprès de la Présidence de la République». Les législatives du 17 mai 2007 révéleront qu’il n’a recueilli de sa stratégie collaborationniste que de maigres fruits. S’il a gardé le même nombre de députés, il n’a eu que quelques dizaines de milliers de suffrages supplémentaires, qu’il semblait devoir essentiellement à l’appel au boycott lancé par Abdallah Djaballah.

Modération ou compromission ?
La ligne participationniste du MSP ne l’empêche pas de critiquer le régime. Régulièrement, ses dirigeants montent au créneau pour fustiger la corruption, le trucage des élections. L’un d’eux, Abdelamadjid Menasra, a même exigé, en décembre 2007, la démission du gouvernement ! Pourtant, non seulement ses députés votent chaque année la loi de finances et d’autres lois plus impopulaires les unes que les autres, mais ses ministres les appliquent avec un grand zèle. Chargé du secteur florissant des travaux publics, Amar Ghoul gère des milliards de dollars, et c’est un autre ministre MSP, El Hachemi Djaaboub, qui négocie l’adhésion de l’Algérie à l’OMC. La responsabilité du mouvement est également évidente dans la politique musclée du régime, de la répression sanglante des manifestations du «Printemps noir» en Kabylie (2001-2002) à celle des contestations sociales et syndicales au rythme desquelles vit l’Algérie depuis 2001.

Le MSP avance, pour justifier sa ligne participationniste, plusieurs arguments «réalistes» : «ne pas pratiquer la politique de la chaise vide évite au mouvement islamiste d’être marginalisé» ; s’allier aux franges conservatrices du régime «empêchera les laïcs de prendre possession du pays», etc. Toutefois, la constance de cette orientation s’explique par un autre facteur : l’intégration grandissante de ses élites dans les rouages du système.

L’accès de dizaines de cadres du MSP à des postes ministériels et à des sièges de députés a créé en son sein une aristocratie militante, bénéficiant de privilèges qu’elle ne voudrait pas perdre en se montrant critique envers le système. La littérature du mouvement reconnaît ce fait. Sur le site internet du MSP, un article intitulé «Bilan de la participation au gouvernement algérien», avoue que celle-ci «a provoqué le refroidissement du militantisme de certains cadres, qui se considèrent comme une partie du pouvoir en place».

A l’approche des élections, le MSP connaît les mêmes «batailles pour les candidatures» que connaissent le RND ou le FLN. Ces batailles, observe le sociologue Abdelnasser Djabi, «reflètent une lutte sans merci pour le pouvoir entre les élites qui composent [les partis]. Ces élites sont généralement issues de couches pauvres ou de couches moyennes […] Le système leur offre des possibilités d’ascension sociale. Arracher un siège au Parlement permet une promotion d’autant plus intéressante et rapide que le pays connaît une aisance financière sans précédent.» (5)

La mutation de la pratique du MSP s’est accompagnée d’une mutation idéologique réelle - bien qu’encore embryonnaire. On ne peut l’apprécier à sa juste valeur qu’en comparant le discours actuel du mouvement à celui des Frères musulmans dans les années 70 et 80. Bien que fondamentalement conservateur, le MSP ne revendique plus l’instauration d’un Etat religieux. Lors d’une rencontre organisée à Londres, le 28 octobre 2007, par les Frères musulmans égyptiens pour discuter leur programme de gouvernement, son représentant (l’ancien ministre Abdelmadjid Menasra) a longuement critiqué les pouvoirs de contrôle sur le Parlement que ce programme accorde aux religieux, estimant qu’ils étaient «contraires au principe de l’Etat civil».

Malheureusement, cette mutation de l’idéologie est moins le résultat d’une opération d’autocritique que le simple résultat de sa compromission avec le système. «L’intégration de ‘’l’Islam modéré’’ dans les luttes de sérail risque de conduire à l’émergence d’un autre courant radical, certes pacifique mais pernicieux», souligne le politologue Rachid Tlemçani (6). Le MSP lui-même reconnaît que ce risque est réel (7). Cependant, la solution qu’il propose pour l’éviter ne tient pas compte des origines sociales du radicalisme religieux. Elle ne remet pas en cause sa collaboration avec le pouvoir. Elle se résume à ceci : autoriser ses prédicateurs à «réoccuper le terrain de la prédication islamique» dans les mosquées afin d’empêcher les mouvements extrémistes de se l’approprier (8).

Yassin Temlali
(24/09/2008)




Notes
1) Les Frères musulmans sont une organisation panislamiste fondée en 1928 en Égypte dans le but d'instaurer un grand état islamique fondé sur la charia basée sur la sunna débarrassée des influences culturelles locales. Elle a des ramifications dans beaucoup de pays arabes et musulmans.
2) Il a, par exemple, placé en résidence surveillée El Bachir El Ibrahimi, un des fondateurs de l’Association des oulémas musulmans algériens» (1931-1962) en qui, bien qu’il ne fût pas à proprement parler islamiste, certaines organisations islamistes algériennes voient leur père spirituel.
3) Dans les années 60 et 70, beaucoup de dirigeants des Frères musulmans égyptiens y ont trouvé refuge - et, surtout, fait fortune.
4) Beaucoup de dirigeants du FIS (Ali Djeddi, Abdelkader Boukhamakham, etc.) étaient d’anciens militants des différentes organisations des Frères musulmans.
5) Interview. Babelmed, 16 avril 2007.
6) Interview, le quotidien algérien «El Watan», (18 mai 2008)
7) «Certains mouvements islamiques exploitent le vide que connaît le domaine de la prédication pour le remplir d’idées et de méthodes peu conformes à la prédication islamique modérée. Ces mouvements attirent les jeunes musulmans, ce qui prélude de développements dangereux.» Article en arabe intitulé «tqyim tajribat moucharakat Harakat moujtamaâ el silm fi el houjouma el jaza’iriyaa» (Bilan de la participation du MSP au gouvernement algérien). Le site internet du mouvement : www.hmsalgeria.net)
8) Même article.

Des régions séparatistes gouvernées par des Blancs ont enflammé le pays

Bolivie : les Indiens et la lutte des classes

25-09-2008

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Par Mohamed Bouhamidi

Quand vous lisez sur les dépêches de deux grandes agences d’information occidentales puis dans les journaux et les revues que les manifestations antigouvernementales en Bolivie se sont soldées par huit morts, que comprenez-vous ? Que huit manifestants anti-gouvernementaux sont morts. Vous ne seriez pas les seuls dans ce cas. Cinq personnes à qui j’ai soumis le cas ont eu la même compréhension des dépêches : le gouvernement de Morales a fait tirer sur la foule et provoqué la mort de huit opposants. La suite des dépêches comme des articles de la plupart des médias français ne donneront pas plus de précisions sur ces morts ni sur la façon dont ils ont été tués. Bien sûr, les personnes que j’ai interrogées m’ont demandé pourquoi je leur posais cette question. Je leur ai expliqué qu’en réalité des opposants au gouvernement ont tué des Indiens. Elles furent stupéfaites. Elles s’indignèrent carrément quand je leur eus précisé que les tueurs avaient tendu une embuscade et tiré sur les paysans, au moment où ils franchissaient un pont, à la mitrailleuse lourde et aux fusils de snipers. Un site palestinien d’information a repris le témoignage d’un sénateur bolivien, Abraham Cuellar. Lisez-le : «Les gens qui étaient à pied ont été pris dans une embuscade préparée par la préfecture, réalisée avec de l’armement militaire, et le terrible résultat est qu’il y a eu de nombreux morts du côté des paysans, dont la majorité appartiennent aux communes de cette région, qui n’appartiennent pas au MAS [Mouvement d’action socialiste], mais qui font partie d’organismes soutenant le gouvernement.» Les faits se déroulent dans le gouvernorat de Pando, une région amazonienne du nord de la Bolivie frontalière du Brésil où se réfugièrent des rescapés alors que d’autres se cachèrent dans la montagne. L’embuscade n’a pas fait huit morts, sept paysans et un employé du gouvernement, mais beaucoup plus. Quand sont parus ces articles, tout le monde savait que le bilan était beaucoup plus lourd car d’autres dépêches parlaient de 17 morts et d’autres de 28 en précisant que le bilan n’était pas définitif. Depuis des mois, les gouverneurs blancs séparatistes préparaient ces violences contre les paysans, majoritairement des Indiens. Ils n’avaient accepté la proposition de remettre leurs mandats qu’après leurs succès discutables au cours des référendums anticonstitutionnels d’autonomie boycottés par les partisans du gouvernement. Dans la région de Santa Cruz, seuls 25% des électeurs avaient rejoint les centres de vote et près de 75% d’entre eux avaient voté pour le démembrement de l’Etat bolivien. Les mêmes agences et les mêmes médias avaient célébré le triomphe des gouverneurs séparatistes : 75% de 25% des électeurs relevaient du triomphe démocratique ! Le taux de 75% de boycotteurs passait à la trappe. C’est cela la lecture objective et démocratique de la presse occidentale ! Ces gouverneurs, grisés par leurs propres mensonges, par la presse et par les exactions impunies de leurs groupes fascistes sur les Indiens, pensaient rééditer leur «succès». Ils acceptaient, enfin, la proposition par Morales d’un vote confirmatif de son mandat et des leurs. Le résultat fut conforme aux 75% de boycotteurs ignorés par la presse occidentale. Morales rassemblait autour de sa personne et de son programme 67,41% des voix et nettement plus de suffrages que pour son élection. Les commentateurs de presse restent froids devant le fait que le président Morales a proposé un vote de confirmation de sa légitimité. Les médias
occidentaux connaissent certainement beaucoup de «démocraties» dans lesquelles un président prend l’initiative de la sanction électorale. Les yeux sont plutôt braqués sur les exploits du gouverneur de Santa Cruz qui crée une police parallèle, une milice entraînée par des paramilitaires colombiens et qui parade avec l’ambassadeur des Etats-Unis. Mais le séparatisme des gouverneurs prenait des couleurs «démocratiques», des allures de revendication démocratique dans leur langage, les termes q’ils voulaient imposer au débat. Démocratique, c’est-à-dire légitime dans la compréhension du monde qu’il veulent nous mettre dans la tête. Mais la démocratie ne signifie pas seulement cette réduction.
Bref, les gouverneurs perdent la vraie confrontation démocratique, celle des urnes, contre l’Indien et il ne leur reste plus que les voies de la violence. Car un nouveau projet de Constitution déjà adopté par le Parlement en décembre 2007 doit passer à la confirmation par référendum en décembre 2008. Le succès de Morales ne laisse aucun doute sur les résultats du vote populaire d’une Constitution jugée «indigéniste» -cela ne vous rappelle rien ce langage ? Cette formule est celle des gouverneurs, de leurs partis, des groupes fascistes qu’ils rassemblent autour d’eux sur une base raciale et auxquels s’agrègent des métis tout aussi racistes que les Blancs. Désigner sous ce terme d’indigènes des composantes de la population de son propre pays en dit long sur les rapports des descendants des conquistadors avec les Indiens descendants des Indiens qui ont échappé au génocide et qui veulent revenir prendre leur part des terres confisquées de leurs ancêtres. Car, bien sûr, Morales tient à sa réforme agraire et la redistribution des terres des latifundia. C’est bien là le secret du meurtre délibéré, planifié par le gouverneur de la province de Pando. Il aura une justification éloquente du massacre : «Ce sont de faux paysans, des paysans socialistes.» Vous vous rendez compte ! Ce sont de faux paysans car ils sont socialistes. Dès qu’un paysan opte pour autre chose que la soumission, il n’est plus paysan. Notez le caractère discriminatoire de la formule. En Europe, une telle déclaration aurait soulevé un tollé ! Dire de Bové qu’il n’est pas un paysan mais un paysan socialiste aurait été compris comme il se doit, une discrimination inacceptable. Elle passe pour la Bolivie. Une discrimination de plus ou de moins à l’endroit des Indiens ! Cela fait deux raisons de les tuer sans remords : ils sont indiens et socialistes !
Morales ne prévoyait pas que la justice agraire, que la réparation partielle du pillage des terres indigènes par les colons, ancêtres des latifundiaires. Le mouvement social qui le porte veut le rétablissement de la souveraineté de l’Etat sur les hydrocarbures, leur appropriation nationale et une juste redistribution de leurs revenus. Le sénateur Cuellar précise l’une des raisons de l’âpreté de la bataille : la province de Pando reçoit 8 000 Boliviens par an et par personne alors qu’un habitant de La Paz n’en reçoit que 240 venant de l’IDH. Le gouvernement a voulu prélever 30% de ces revenus pour les distribuer sous forme de pensions aux plus démunis, notamment les vieux âgés de plus de 60 ans se retrouvant sans ressources, sous forme d’une «allocation de la dignité». Là se trouve l’explication de l’occupation des champs gaziers par les paramilitaires et les groupes fascistes des gouverneurs séparatistes. Il n’est pas question que le gouvernement nationalise le gaz et centralise la redistribution de la rente. Sinon, tous les médias auraient crié au scandale devant l’occupation des champs gaziers qui aurait mis en danger la sacro-sainte liberté d’entreprendre ! Mais Moral s a déjà nationalisé ces champs. Ce n’est plus du tout la même chose. Résumez et vous trouverez dans l’action et dans les paroles de Morales tout ce que les gardiens des «valeurs démocratiques» de l’Occident abhorrent : l’idée d’un Etat national souverain opposant ses droits et ceux de son pays aux multinationales, l’idée que les peuples ont droit à des droits économiques, sociaux et culturels opposables à la toute puissance du capital international et du capital national, l’idée de la justice par la répartition avec intervention de l’Etat. Voilà les vices rédhibitoires de Morales, des Indiens, des mineurs et des autres couches populaires qui le portent et le poussent à plus de fermeté et de combativité. Si ces médias apportent spontanément leur soutien aux séparatistes, c’est parce les journalistes et les patrons de ces médias portent dans leur tête les mêmes idées, les mêmes valeurs. Le formatage a fait son chemin et la pensée unique a produit ses ravages.
Dans cette désinformation, la palme de ce type de traitement de l’information revient incontestablement à l’Express dans son édition du mercredi 12 septembre. Un lecteur certainement informé par ailleurs des faits
véritables a réagi en soulignant combien cette façon de faire laissait entendre ce que vous avez compris : Morales a ordonné une répression sanglante. L’Express répond au lecteur, persiste et signe, prétextant la solide réputation de professionnalisme des deux agences émettrices des dépêches, Reuters et l’AFP, et reprises par lui-même dans l’urgence. Il n’y aurait vraiment rien à reprocher à l’Express sauf à vouloir lui faire prendre parti et si ce n’est de se départir de sa neutralité. Et quasiment tous les autres médias ont traité l’information de cette façon. La mauvaise foi de l’Express est touchante. Il y a eu juste huit morts dans des manifestations de l’opposition. Choisir les termes, les mots pour dire la «réalité», c’est déjà la reconstruire. Comme le fait cet article, d’ailleurs, en toute conscience. Ce lecteur qui insiste et met le doigt sur la plaie représente une conscience française et européenne de moins en moins dupe des termes que les patrons des médias veulent imposer aux débats et à l’info, patrons des médias, tous patrons, par ailleurs, de grands groupes industriels privés, ce qui nous éclaire sur leur «amour immodéré» de la souveraineté des Etats. Une grande pétition circule pour dénoncer ces dérives, ces manquements et ces mensonges. Son intitulé est en lui-même une dénonciation des tentatives de remettre en cause le résultat des élections démocratiques qui ont amené Morales, Chavez et les autres dirigeants socialistes au pouvoir en Amérique latine. En voici un extrait : «Menace contre la démocratie en Amérique latine [appel collectif]… L’Amérique latine fait actuellement face à l’une de ses plus graves crises depuis la restauration de la démocratie à la fin du XXe siècle. Le complot contre la démocratie au Venezuela via une conspiration, révélée par des conversations téléphoniques entre officiers militaires de haut rang et diffusées à la télévision nationale, visait à faire assassiner le chef de l’Etat démocratiquement élu. En Bolivie, les préfets séparatistes de cinq provinces les plus riches de l’Est et du Sud ont entamé une campagne de violence et de sabotage économique destinée à déstabiliser le régime démocratique. Ces événements démontrent sans équivoque qui sont ceux qui défendent la démocratie et qui sont ceux qui la menacent aujourd’hui. Nous sommes scandalisés devant l’échec d’une bonne partie des médias internationaux à fournir une information précise et fiable sur ces événements. Tous les démocrates doivent se rassembler pour défendre la démocratie en Amérique latine.».
La leçon vaut pour nous Algériens, avant tout autre. Ce qui est insupportable pour la presse de l’Empire n’est pas tant le caractère social des revendications des mineurs et des paysans boliviens. Cela, l’Empire peut l’admettre. Il a même encouragé le développement du Forum social mondial pour «coincer» les revendications populaires dans le strict créneau des questions sociales. Il ne peut admettre que ces revendications se transforment en processus de libération nationale et de rétablissement d’un Etat national souverain, indépendant dans ses orientations et ses décisions. C’est-à-dire un Etat qui oppose des frontières aux lois du marché. C’est cela la ligne de clivage de la révolution mondiale aujourd’hui, la restauration des Etats-nations et des Etats nationaux. L’Empire ne le pardonnera pas à la Chine, ni à Cuba, ni à Chavez, Corréa ou Morales. Et l’attitude de la presse de l’Empire est conforme  aux buts de l’Empire. Ecoutez Labevierre, dernièrement licencié de RFI parce que d’évidence il n’est pas pro-israélien. Il résume la mission essentielle de ces médias : «Derrière la vitrine d’une presse libre, on assiste en fait à la mise en œuvre d’une entreprise flagrante de désinformation et de manipulation des opinions publiques. Je ne suis pas dans la résignation. Je suis un homme et un journaliste en colère, parce qu’aujourd’hui en France, dans ce pays que j’aime tellement, être qualifié de journaliste pro-arabe ou pro-palestinien est devenu un délit d’opinion, un crime pouvant justifier toutes les mises à mort professionnelles. J’ai une autre idée et une autre mémoire de l’histoire de mon pays, qui s’inscrit dans l’héritage de Robespierre, de la Révolution française, de Jean Moulin.»
 Pro-palestinien ou pro-indien, ce n’est pas la même chose ?

Texte paru sur le quotidien national La Tribune

 

La version soft du capitalisme

Le MDS vient d'ajouter la "particule" laïc à son sigle. La montagne qui accouche d'une souris ! Est-ce ainsi qu'il entend répondre aux efforts surhumains des communistes algériens et à l'attente sociale des citoyens qui s'appauvrissent à mesure de l'augmentation de nos réserves de change ?
Loin de renoncer à sa théorie fumeuse de "capitalisme moderne contre le capitalisme archaïque", il aggrave son analyse en prétendant encourager le développement des "forces productives", entendre par-là le prolétariat. Or ce prolétariat existe. Il a été développé , volontairement ou non, par Boumediene qui, à travers sa politique d'industrialisation, a urbanisé et prolétarisé la paysannerie, prenant paradoxalement à contre-pied les thèses de Frantz fanon dont il était partisan et ami. Il a crée des "rurbains", pour reprendre la pertinente expression de notre défunt ami Mustapha Lacheraf.
Le MDS (L !) dont il faut par honnêteté rappeler qu'il fut à l'avant-garde de la lutte contre l'islamisme, veut instaurer en Algérie, mais sous un masque clean,  le programme économique du FIS qui était le capitalisme. Il n'y a pas entre eux de différence mais une nuance: le premier milite pour un capitalisme clean tandis que le second prônait franchement un capitalisme de bazar. Bouteflika les a eu tous deux en instaurant un capitalisme rentier, c'est-à-dire fondé sur les revenus pétroliers. Nos adversaires idéologiques ironisaient en accusant Boumediene de pratiquer "le socialisme de la mamelle" (le pétrole). On ne savait pas qu'un jour ils pratiqueraient "le capitalisme de la mamelle" ! Sauf que le socialisme de la mamelle assurait la gratuité de la santé, des soins et de l'Education, qu'il subventionnait le livre...et les mouvements de libération ! Je vais arrêter ici mon énumération sinon je vais passer pour un nostalgique gâteux, alors que je ne suis qu'un gâteux nostalgique. Nostalgique d'une époque où il était impensable que le FBI ouvre une antenne publique à Alger. Ce dernier fait est unique dans les annales de l'aplatventrisme. Le FBI qui est l'équivalent de la DCE (Direction du contre-espionnage) algérienne, est une agence de sécurité intérieure. Est-ce à dire que l'Algérie de Ben M'Hidi et de Hassiba Benbouali fait partie du territoire étatsunien ? Il faut le croire puisque le clown du Palais d'El Mouradia a autorisé l'installation de bases militaires nord-américaines au Sahara soit-disant pour lutter contre le terrorisme, alors que les services de sécurité algériens peuvent donner des cours au Pentagone en matière de lutte anti-terroriste.
Mais revenons, pour en finir (provisoirement) avec ce MDSL qui a inventé le concept de "capitalisme moderne", cet euphémisme fumiste qu'emploient ça et là ses militants qui ne lui sont attachés que par "le besoin d'un père" que Freud explique en détails.

Chez nous, il existe depuis toujours la "primauté de la morale sur l'idéologie". Or ce particulet n'a aucune morale -comme toute formation capitaliste- puisqu'il marche allègrement sur les aspirations de son peuple et sur les sacrifices des communistes qui ont permis sa création. Certains sont morts assassinés. D'autres exilés. D'autres enfin, et c'est le moins pire des sorts, abasourdis. Ces derniers ont cependant une alternative, mais la seule pour le moment : rejoindre le PST.
Je finirai en signalant que ce MDSL va à rebours de l'Histoire : au moment où s'aiguisent les luttes anti-capitalistes et anti-impérialistes et où sont remporté des victoires éclatants  (voir l'Amérique latine... et même au Nepal), cette formation choisit d'être le pompier du capitalisme. Misère de l'idéologie ou idéologie de la misère, pour paraphraser l'autre.
Une consolation cependant : mes livres ont plus de lecteurs qu'il n'a de militants.

Salutations patriotiques                   

Djamal Benmerad
Journaliste, écrivain
Bruxelles
djamalbenmerad@...
Tel: 00 32 (0) 471 30 11 01
Site : http://dbenmerad.free.fr/
Blog : http://euromed.skyblog.com

 

 

Palestine

L’historien israélien témoigne

Ilan Pappe et le Nettoyage ethnique de la Palestine*

03-07-2008

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Par Mohamed Bouhamidi

Le 21 mai 2008, à la Bibliothèque nationale d
Alger, la Belge Marianne Blum, auteur du livre Gaza dans mes yeux où elle a passé dix ans à enseigner et faire du théâtre avec ses étudiants, parlait de la Palestine. Dans la description du désastre mental que provoquait, chez les Palestiniens, leur enfermement dans des îlots compartimentés par les barrages et les points de contrôle, elle a parlé dun ado palestinien. Les soldats avaient tué son grand frère. A quoi rêvait-il, lui avait-elle demandé. Il rêvait dun travail dans les champs de la colonie voisine. Marianne Blum rappelait ce souvenir pour insister sur un fait qui lui semblait massif chez les Palestiniens : ils navaient pas de haine pour les Juifs et leur écrasante majorité envisageait parfaitement de vivre ensemble avec eux. Javais été à peine surpris car tous mes souvenirs denfant, pendant la guerre de libération, me rappelaient la dualité des sentiments dans mon environnement, tout entier engagé dans la lutte avec son lot de maquisards, de prisonniers, de torturés et de martyrs : la haine totale et absolue du colonialisme (stiâmar, plus rapide à prononcer quistiâmar) et labsence totale de haine pour nos voisins pieds-noirs en tant que personnes, y compris aux moments les plus noirs quand, en 1961-62, laffrontement se généralisa avec lOAS et devint direct avec les plasticages et les ratonnades. Cette réalité sexprima le mieux au lendemain de lindépendance quand, le problème colonial réglé, tout fut oublié et les pieds-noirs souvent surpris, plus tard, de laccueil chaleureux quils trouvaient dans les pèlerinages dans leurs anciens quartiers. Mais cest une vieille histoire que les dominés tournent vite la page.
Cependant, je n
ai pris toute la mesure de ce que voulait nous dire Marianne Blum quen lisant le Nettoyage ethnique de la Palestine. Il ne sagissait pas seulement de cette absence de haine ni dun manque de volonté manifeste de lutter. Mais de quelque chose dinfiniment plus profond qui apparaît parfois, accidentellement, à dautres lectures ou dans la rencontre dautres éclairages. Le livre dIlan Pappe ma irrésistiblement ramené aux propos de Marianne Blum. Sans jamais faire référence spécifiquement aux héritages politiques des uns et des autres, lauteur du Nettoyage ethnique de la Palestine nous découvre locéan culturel, la radicale différence des visions du monde, de la vie et de la politique qui séparait palestiniens et sionistes.

Un auteur au grand courage
Ilan Pappe appartient à cette génération des nouveaux historiens israéliens qui a essayé de porter un regard dé-sionisé sur lhistoire de leur Etat. Il va cependant beaucoup plus loin que ses confrères. Il ne sagit plus chez lui dune critique universitaire devenue possible et même nécessaire au regard des critères académiques dune histoire officielle ou de son réajustement aux critères de vérité et aux faits réels et dont la méconnaissance aurait poussé les historiens israéliens vers une reproduction des «vérités» officielles. A la lecture, Ilan Pappe semble bien avoir franchi une frontière interdite. Il parle de nettoyage ethnique et ce terme désigne bien un crime contre lhumanité. Comme tous les universitaires, il commence par valider la notion, retrouver sa définition la plus consensuelle, cest-à-dire la définition minimale, celle qui ne peut faire lobjet de contestation et au regard de tous les textes disponibles et de toutes les approches avalisées, notamment à partir du cas yougoslave, il montre que, pour lintention, pour les actes ou pour les fins pratiques poursuivies, on  ne peut appeler  autrement que nettoyage ethnique lexpulsion de la moitié de la population palestinienne de ses villages et de ses villes. Le coup est rude. Lhistoire officielle israélienne parle de départs volontaires et jamais cette version na été contestée, mise en doute ou examinée sous son véritable jour. Du point de vue international, dès 1949, il existe bien un problème de réfugiés palestiniens pour lesquels lONU a créé  un organisme mais, de ce même point de vue international, il nexiste pas un crime contre lhumanité -un crime donc passible des tribunaux qui sappelle nettoyage ethnique en Palestine.
Le drame va mettre en présence deux groupes humains. Des Palestiniens, à peine insérés dans le mouvement d
émancipation arabe de la domination ottomane et passés sous domination britannique avant davoir construit leurs structures politiques. Ils nont comme expérience de lEtat que la Sublime Porte sans grande influence sur la vie des différentes sociétés qui continuaient à vivre paisiblement avec leurs différentes communautés ethniques ou religieuses. Ils navaient aucune idée des grands changements culturels survenus en Europe avec la naissance des Etats-nations et leurs mythes dunicité ethnique. Ils navaient, non plus, aucune expérience militaire, monopole exclusif de la Sublime Porte et de ses armées professionnelles avant lheure. Ils nimagineront jamais, même à partir de lexpérience douloureuse de leurs morts et de leurs expulsions, que les juifs arrivés en Palestine voulaient construire un Etat aux formes inédites dans la région : un Etat-nation juif.
En face, les immigrants juifs arrivaient armés d
une idéologie, dun but et surtout dune culture et dune expérience de lorganisation infiniment supérieures à celle des indigènes qui vivaient depuis si longtemps dans une société plurielle quils ne percevaient pas du tout et dailleurs, ils ne lauraient pas compris que dautres hommes ne concevaient la vie que dans luniformité ethnique ou, au pire, dans une écrasante domination démographique de leur groupe. Cette différence essentielle que nous découvrons à la lecture du livre dIlan Pappe ne constitue pas son sujet central ni sa préoccupation. Mais dans lexamen détaillé des plans dépuration et de leur exécution, nous sommes frappés par les réactions des Palestiniens. Certes, lauteur explique que, quand les sionistes, sous la direction politique de David Ben Gourion, passent à lacte, les Anglais avaient décimé les élites politiques et les capacités organisationnelles des Palestiniens dans la répression de 1936. Certes, lauteur rappelle le contexte arabe tout entier pris dans les rets de la politique britannique promettant aux grandes familles princières les dépouilles de lEmpire ottoman et, certes, il rappelle  les connivences et les complicités durables entre sionistes et Hachémites pour se partager les territoires de la Palestine. Certes, il souligne combien le Monde arabe nétait que virtuel et sans capacités réelles de sopposer au projet sioniste. Mais la question reste quand même la réaction palestinienne. Tout au long du livre se dégage limpression dun peuple pris au piège de sa culture ancestrale de paix civile et de paix sociale. Ilan Pappe nous raconte lhistoire de ces habitants dun village côtier, près de Haïfa, qui avaient fait place à des migrants juifs, leur apprenant à produire avec eux un sel de grande qualité alors que les attaques de villages avaient déjà commencé, comme sil sagissait dévénements accidentels et non dun plan qui les visait tous.
Ces villageois seront massacrés et expulsés, leurs maisons et leurs biens pillés, leurs terres confisquées. Evidemment, à aucun moment, il n
exista une résistance systématique, organisée, planifiée en dehors de larrivée de volontaires arabes en nombre insuffisant, dérisoire presque, sous-équipés, sous-encadrés et sans coordination.  Et le livre souligne combien au plus fort des expulsions et des massacres, village après village, les paysans palestiniens restaient sans réaction, cherchant juste à continuer leur vieille vie paisible, à cultiver leurs champs.  

La froide détermination moderne
En face, Ilan Pappe nous aligne des noms et des origines. LEurope de lEst, la France, lAngleterre, lAmérique avec des ingénieurs, des militaires chevronnés, des politiciens formés dans les partis modernes, une tradition politique, des capacités élevées de coordination, de planification, dorganisation et dévaluation permanente des programmes et de leur exécution.
Des capacités scientifiques permettant la systématisation du renseignement, de la définition des objectifs, de la connaissance préalable du terrain, des villages, des hommes qui y vivent, de leurs manières de vivre, de leurs idées, de leurs différends, de leurs aptitudes à résister. Jusqu
à la valeur des terres, la présence de leau, la fertilité de chaque lot, etc. Lattaque dun village était précédée de toutes ces études, de toutes ces évaluations et de tous ces préparatifs. Déjà, les sionistes trouvaient de précieux auxiliaires chez les mouchards qui les aidaient ensuite à sélectionner leurs victimes. La terreur, le meurtre, lassassinat, les incursions de nuit, le dynamitage des maisons devaient inspirer une terreur tétanisante.
Ben Gourion et ses adjoints avaient monté, avant le départ des Britanniques, un service de renseignements qui se chargeait de ces besognes. A côté, un organisme avait pour mission de mettre un véritable cadastre parallèle. A côté de la Haganah, armée officieuse puis officielle des sionistes, opéraient la Stern et l
Irgoun. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Anglais se firent complices des massacres. Lhistoire de Haïfa que vous lirez dans le livre si javais un quelconque pouvoir, je mettrais  ce livre dans le programme de socio, de sciences politiques, de lEcole de journalisme, de lENA et des écoles militaires est bouleversante par sa brutalité inouïe, sa cruauté et la duplicité anglaise. Duplicité qui était le trait dominant des dirigeants sionistes. Quand tous les rapports informaient Ben Gourion de la passivité palestinienne et de son pacifisme, il criait à un deuxième Holocauste et à une menace dextermination des juifs.
Les colons juifs arrivaient avec dans la tête le modèle de l
Etat moderne : lEtat-nation. Ils ont dabord balayé un premier obstacle idéologique : il sagissait bien de coloniser la Palestine mais pas pour en exploiter les habitants. Les dirigeants qui portaient dans leur tête le schéma classique de colons exploitant les indigènes devaient renoncer à leur vision. Cest une colonie de type nouveau dans laquelle non seulement il fallait déposséder lindigène de sa terre mais dont il fallait le chasser. Cétait une colonie, certes, mais juive et, à aucun moment, la présence des Arabes ne devait constituer une menace sur le caractère juif de ce nouvel Etat et encore moins constituer un danger démographique. Voilà la doctrine de base. Le pourcentage acceptable était un rapport de 20% dArabes pour 80% de Juifs. Lobjectif ne variera pas au cours des décennies qui suivirent les quelques mois pendant lesquels le nettoyage atteignit les cimes du crime : entre les mois de décembre 1947 à mars 1948 et une prolongation jusquen 1949. Mais ce pic ne constitue que le modèle achevé de la cruauté. Tous les dirigeants israéliens continueront à appliquer la doctrine judaïsant les territoires, villes et campagnes, avec la même détermination, la même volonté froide, avec les mêmes arguments et avec les mêmes massacres de femmes et denfants, de destruction des vergers et des cultures, le même oubli jeté sur lhistoire palestinienne des lieux conquis, etc.
Ce nettoyage ethnique a été racial, culturel, religieux et il continue. L
appel de Tzipi Livni aux Arabes israéliens pour quils admettent le caractère juif de lEtat dIsraël présage une nouvelle campagne dépuration. Elle a fait cette déclaration quelques jours après le discours de W. Bush à la Knesset. Il avait affirmé le caractère juif de lEtat dIsraël. Tout le monde avait compris quil bénissait une proposition israélienne denvoyer les Arabes israéliens vers les territoires de M. Abbas ou vers des pays arabes contre compensation financière. Ilan Pappe nécarte pas un scénario de ce genre. Il rapporte le consensus général en Israël sur le danger démographique palestinien dans les territoires annexés. Il montre combien les responsabilités internationales sont lourdes sur ce dossier et combien ce crime  bénéficie de complicités pour le taire. Mais Ilan Pappe écrit que cette réalité du crime et du nettoyage ne pouvait rester indéfiniment ensevelie. Il a pris limmense et lénorme responsabilité de le décrire en détail et sous toutes ses facettes dans un livre quon referme en se disant simplement : cet homme ! Quel courage ! Quel courage daller à contre-courant de toute sa société, de toute sa communauté, dappeler au retour des réfugiés et à la réparation du crime. Mais pas seulement le courage. Ce livre est un modèle de travail scientifique et de méthodologie historique et je ne parle pas de son intérêt immédiat pour les débats actuels et pour tous les Algériens qui sintéressent à la politique. Parfois les faits sont tellement durs que le lecteur a de la peine à poursuivre, mais il y apprend tant de choses essentielles, capitales sur le fonctionnement de lintérieur dune idéologie, dune politique de domination  et des institutions et des hommes qui les portent que lintérêt et lenvie de comprendre lemportent. Il frappe, en plus, la propagande sioniste en enlevant aux criminels largument de lantisémitisme et de la haine du juif pour faire taire les critiques. La brèche est immense et seul un homme honnête, profondément honnête pouvait trouver en soi la force de dire la vérité contre les siens. Mais déjà, en la disant, il est aussi palestinien.

M. B.

* Le Nettoyage ethnique de la Palestine (éditions Apic, 2008, 389 p. 800 DA) par Ilan Pappe, professeur dhistoire à luniversité Exeter (Grande-Bretagne). Article paru dans le quotidien national La Tribune. 

 

 

IlanPappe

 Crimes et déni: Ilan Pappé sur la Nakba

Nadine Picaudou *

Le nettoyage ethnique de la Palestine est le troisième livre traduit en français de l’historien israélien Ilan Pappé, et sa publication constitue un événement historiographique majeur à la veille du soixantième anniversaire de la naissance de l’Etat hébreu. Voix singulière au sein des «nouveaux historiens» israéliens qui s’attachent, depuis les années 1980, à revisiter et à déconstruire le récit national, Ilan Pappé fait ici retour sur 1948 en proposant de substituer au paradigme de la guerre celui du nettoyage ethnique, au nom d’un triple impératif, scientifique, politique et moral.

Le retour aux sources du conflit et l’intelligibilité historique de l’événement conditionnent la réconciliation entre les peuples israéliens et palestiniens, mais, pour le citoyen israélien qu’est Ilan Pappé, il s’y ajoute la nécessité morale de se confronter au crime et, plus encore peut-être, au déni du crime. Car les politiques de nettoyage ethnique menées par l’Etat d’Israël n’ont pas seulement arraché un peuple à sa terre, elles l’ont arraché à la mémoire publique et longtemps voué à l’oubli du monde. Or, c’est l’usage du paradigme de la guerre dans le récit national qui a, selon lui, permis la persistance du déni, faisant obstacle à une véritable révision historiographique comme à une authentique réconciliation politique. Tel est le sens du projet Ilan Pappé: restituer l’histoire du nettoyage ethnique de la Palestine, assimilé à un crime contre l’humanité qu’Israël a voulu nier.

Reprenant à l’intellectuel serbe Drazen Petrovic ses critères de définition du nettoyage ethnique (inscription dans un projet nationaliste, place du massacre dans le dispositif, partage implicite des tâches entre politiques et militaires), il n’en place pas moins le cas palestinien dans la perspective d’une histoire coloniale où l’enjeu n’est pas d’exploiter mais d’expulser l’autochtone. Les stratégies israéliennes s’articulent autour du plan Dalet, jadis étudié par l’historien palestinien Walid Khalidi, mais qu’Ilan Pappé relit à la lumière d’une nouvelle documentation israélienne qui fait la part belle aux correspondances et aux Mémoires des acteurs. Ce plan de conquête apparaît ici comme l’émanation directe de Ben Gourion, flanqué des «figures familières du panthéon de l’héroïsme israélien». L’ouvrage s’ouvre à cet égard sur un saisissant effet de réel: on y voit onze hommes, vétérans sionistes et jeunes officiers dont l’historien a patiemment reconstitué les noms censurés, rejoindre Ben Gourion le 10 mars 1948, par un froid mercredi de printemps, à la Maison rouge, un élégant bâtiment «levantin» de Tel-Aviv, pour y mettre la dernière main à la quatrième version d’un plain qui allait «sceller le sort de la Palestine». Le travail d’Ilan Pappé démontre que le document ne se réduisait pas à des directives politiques générales, mais renfermait des ordres militaires précis et immédiatement exécutoires, sans attendre la fin annoncée du mandat britannique. Ces registres dessinaient une cartographie exhaustive des villages dans leur topographie, leurs ressources économiques, leurs caractéristiques démographiques, les affiliations politiques de leurs habitants et leur degré d’hostilité au sionisme. Les Palestiniens n’y étaient pas traités comme une menace militaire mais comme un simple «problème démographique» à résoudre.

Notons qu’Ilan Pappé n’entre pas très avant dans le débat qui oppose les tenants des causalités idéologiques aux partisans de l’explication par les circonstances, ceux qui voient dans l’expulsion des Palestiniens la mise en œuvre d’une pensée du transfert consubstantielle au sionisme à ceux qui font de l’exode un sous-produit de la guerre. Le plan Dalet est ici conçu à la fois comme l’inévitable produit du sionisme et comme la réponse aux évolutions de terrain.

Ilan Pappé s’attache en réalité à instruire le dossier à charge du nettoyage ethnique de la Palestine, dont il restitue une chronologie scrupuleuse, région par région et village par village.

La périodisation proposée, qui conduit le lecteur de février 1947 à janvier 1949, distingue une première phase de représailles et d’intimidations, avant la rupture qualitative qu’introduit le plan Dalet. Avec son adoption officielle le 10 mars 1948, s’ouvre une deuxième phase de mise en œuvre d’un plan d’expulsion qui n’a donc pas attendu l’entrée des armées arabes en Palestine le 15 mai. Le plus souvent, des attaques préalables, parfois accompagnées de massacres, sont menées contre des villages proches pour semer la terreur et faciliter la reddition des villes. La troisième phase, de juin à septembre 1948, marque une escalade: en Galilée d’abord, où s’expérimentent des stratégies sélectives d’expulsion en fonction des appartenances confessionnelles. La quatrième qui s’étend d’octobre 1948 à janvier 1949, touche la Haute Galilée occidentale, proche de la frontière libanaise, où des expulsions sélectives s’accompagnent parfois de massacres et de déplacements de population qui produiront la catégorie spécifique des réfugiés de l’intérieur.

L’ouvrage d’Ilan Pappé ne réduit pas le nettoyage ethnique à la guerre et à l’expulsion. Il y intègre l’ensemble des politiques destinées à empêcher le retour des réfugiés: destructions des villages, remplacés par des implantations juives ou des forêts de conifères, lutte contre les «infiltrés», processus d’accaparement des terres «abandonnées», régime d’exception infligé aux populations arabes jusqu’en 1966. Il y inclut également toutes les formes d’appropriation symbolique du territoire et d’effacement de la mémoire palestinienne par hébraïsation de la géographie, afin d’explorer «le système cognitif» qui a permis l’oubli.

L’épilogue, très engagé, qui conclut l’ouvrage esquisse des continuités entre 1948 et aujourd’hui, à l’heure où le «danger» démographique arabe, inscrit dans le syndrome israélien de la forteresse assiégée, ressurgit dans le débat politique tandis que les citoyens palestiniens d’Israël établissent un lien explicite entre leur lutte pour une pleine citoyenneté et la révision du récit de 1948. Convaincu qu’Israël n’a d’autre choix que de se transformer en Etat civique et démocratique, l’auteur en appelle à la fin de «l’ethnocentrisme sioniste».

* Nadine Picaudou est Professeur à Paris-I. Derniers ouvrages parus: Les Palestiniens, un siècle d’histoire, 2éd., Complexe, 2003 et Territoire palestiniens de mémoire, Karthala/IFPO, 2006. Cet article a été publié dans l’hebdomadaire Politis.

(18 mars 2008)

 

Palestine

Nakba

 

 

 

Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949)

Dominique Vidal *

Il y a soixante ans, presque jour pour jour, l’Assemblée générale des Nations unies décidait, à la majorité requise des deux tiers, de partager la Palestine en un État juif et un État arabe, plus une zone sous «régime international particulier» pour Jérusalem et les Lieux saints.

Un an et demi plus tard, c’est à un tout autre partage qu’a abouti la guerre de 1948: Israël a vu le jour et augmenté d’un tiers son territoire, annexant une partie de l’État palestinien, mort né, dont le reste est passé aux mains de la Jordanie et de l’Égypte. Et surtout plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, qui vivaient sur les territoires finalement occupés par Israël, ont dû quitter leurs foyers.

C’est sur ce dernier point que, depuis soixante ans, une intense bataille de propagande oppose deux versions des événements:

Pour les historiens palestiniens et arabes, il s’agit d’une expulsion. La majorité de ces 700'000 à 900'000 réfugiés ont été contraints au départ, au cours des affrontements judéo-palestiniens, puis de la guerre israélo-arabe, dans le cadre d’un plan politico-militaire jalonné de nombreux massacres. C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi, dans son essai «Plan Dalet: Master Plan for the Conquest of Palestine» (1), et, plus récemment, par Elias Sanbar dans Palestine 1948. L’Expulsion (2).

Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, au contraire, les réfugiés - 500'000 au maximum - seraient partis volontairement, répondant aux appels des dirigeants arabes qui leur auraient promis un retour rapide après la victoire. Non seulement les responsables juifs n’auraient pas planifié d’éviction, mais les rares massacres à déplorer – en premier lieu celui de Deir Yassine, le 9 avril 1948 – auraient été le fait des troupes extrémistes affiliées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

Dès les années 1950, quelques personnalités israéliennes, liées notamment au Parti communiste, contestaient cette thèse. Depuis la seconde moitié des années 1980, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de journalistes et de chercheurs: Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et Benny Morris - c’est ce dernier, avec The Birth of the Palestinian Refugee Problem, qui a donné le signal du scandale et inventé l’expression «nouveaux historiens» (3) . Au point de s’attirer les remontrances plus ou moins acerbes d’historiens plus ou moins orthodoxes (4) qui s’efforcent de faire barrage à cette «révision» de l’histoire d’Israël.

Curieusement, pendant plus de dix ans, aucun ouvrage des «nouveaux historiens» consacré à l’analyse de ces événements – les premiers datent pourtant de 1987 – n’a été traduit en français. Comment accepter qu’une contribution aussi importante à des événements fondateurs du Proche-Orient contemporain, disponible en anglais et en hébreu, reste inaccessible au public francophone ? C’est pourquoi, en 1998, j’ai écrit, avec Joseph Algazy, un livre de synthèse de leurs travaux, qui vient d’être republié, dans une version actualisée et augmentée, Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949). L’écho de la première édition a sans doute contribué, comme je l’espérais, à débloquer la situation: le fait est que, depuis 1998, Benny Morris, Ilan Pappé, Tom Segev, Avi Shlaïm ont vu six de leurs livres traitant entièrement ou notamment de la guerre de 1948 publiés en français (5).

Ce retard dans la publication en français des travaux des «nouveaux historiens» n’aide pas à comprendre comment cette école s’est développée. En réalité, deux phénomènes se sont conjugués pour inciter ces chercheurs à se pencher sur les origines de l’État d’Israël et du problème des réfugiés palestiniens: le premier, c’est bien sûr l’ouverture, à partir de 1978, des archives israéliennes concernant cette période: les chercheurs y puisent l’essentiel de leurs sources. Or, comme le note à juste titre l’historien palestinien Nur Masalha, «l’histoire et l’historiographie ne devraient pas nécessairement être écrites, exclusivement ou essentiellement, par les vainqueurs» (6)  ; mais la plongée dans les archives israéliennes - ainsi qu’américaines et britanniques - n’aurait pas été si fructueuse si les années suivant leur ouverture n’avaient pas été marquées par la guerre du Liban et le déclenchement de la première Intifada. Bref, les «nouveaux historiens» mettent à jour l’origine du problème palestinien alors même que celui-ci revient au premier plan et appelle des solutions nouvelles.

Encore une précision, avant d’entrer dans le vif du sujet: ces chercheurs ne constituent pas un groupe homogène, ni sur le plan méthodologique ni au niveau idéologique. Pour tenter d’éviter le débat sur le fond, certains polémistes – comme Pierre-André Taguieff – ont pensé pouvoir balayer leurs travaux en les qualifiants d’«intellectuels d’extrême gauche». Absurde: ce qui frappe au contraire, c’est la diversité de leurs opinions politiques et, plus important encore, de leur positionnement par rapport au sionisme. L’enquête que Sébastien Boussois a menée en Israël, pour la postface de mon livre, auprès des «nouveaux historiens» comme de leurs adversaires le démontre clairement.

De tous les historiens de cette école, seul Ilan Pappé se définit comme «antisioniste». Tous les autres s’affirment sionistes, à des degrés divers. Et, comme chacun sait, leur pionnier, Benny Morris, a connu une évolution politique qui l’a amené, après l’échec du sommet de Camp David de juillet 2000, à soutenir de plus en plus nettement la politique menée par Ariel Sharon. Dans une retentissante interview au quotidien Haaretz, le 8 janvier 2004, il est allé jusqu’à défendre l’épuration ethnique: «Il y a des circonstances dans l’histoire qui justifient le nettoyage ethnique», déclarait-il. Et de poursuivre: «Je sais que ce terme est complètement négatif dans le discours du XXIe siècle, mais, quand le choix est entre le nettoyage ethnique et le génocide - l’annihilation de votre population - je préfère le nettoyage ethnique (...) C’était la situation. C’était ce que le sionisme affrontait. Un État Juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner 700'000 Palestiniens. Par conséquent il était nécessaire de les déraciner».(7) Curieux gauchiste !

Cette dérive du citoyen Benny Morris n’a pas pour autant amené l’historien Benny Morris à renier les résultats de vint années de recherches. Au contraire: ses recherches, depuis vingt ans, ont approfondi la rupture majeure qu’avait marquée, en 1987, la parution de The Birth of the Palestinian Refugee Problem. C’est en effet à Benny Morris et à son premier livre qu’on doit les révélations les plus novatrices sur la période 1947-1949.

Synthétiser en quelques minutes des années de recherches historiques est une impossible gageure. Disons, pour schématiser, que les «nouveaux historiens» ébranlent en particulier trois mythes de l’historiographie traditionnelle:

Le premier, c’est la menace mortelle qui aurait pesé sur Israël à l’époque. Comme l’écrit Benny Morris dans 1948 and After: «la carte qui montre un minuscule Israël et un environnement arabe géant ne reflétait pas - et, jusqu’ici, ne reflète toujours pas - avec exactitude le véritable rapport des forces militaires dans la région » (8

Contrairement à la légende dépeignant un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les «nouveaux historiens» confirment la supériorité croissante des forces israéliennes (en effectifs, armement, entraînement, coordination, motivation...) à la seule exception – peut-être – de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948.

A quoi s’ajoutent, pour Israël, l’appui politique des États-Unis (en tout cas de leur présidence) et le soutien diplomatique et militaire de l’URSS - à l’époque, même lorsque la répression s’abattra sur les juifs soviétiques, le Kremlin continuera de livrer des armes à Israël et de le défendre inconditionnellement à l’ONU.

Dernier élément, décisif, étudié par Avi Shlaïm dans Collusion across the Jordan: l’accord tacite passé le 17 novembre 1947 (douze jours avant le plan de partage des Nations unies) par Golda Meïr avec le roi Abdallah de Transjordanie. Il constitue une garantie stratégique majeure pour Israël: la Légion arabe, seule armée arabe digne ce nom, s’engageait à ne pas franchir les frontières du territoire alloué à l’État juif en échange de la possibilité d’annexer celui prévu pour l’État arabe.

Assuré, dès février 1948, du feu vert explicite du secrétaire au Foreign Office, Ernest Bevin, ce plan sera effectivement mis en œuvre: si la Légion arabe participe à la guerre à partir du 15 mai 1948, elle ne pénètre jamais en territoire israélien et ne prend jamais l’initiative d’une bataille d’envergure contre Tsahal - sauf à Jérusalem, exclue de l’accord. D’ailleurs, le schéma du 17 novembre 1947 se substituera bel et bien, à la fin des hostilités, au plan partage du 29: la Jordanie occupera et annexera la partie arabe de la Palestine, moins les zones conquises par Israël (qui a augmenté sa superficie d’un tiers) et la bande de Gaza occupée par l’Égypte...

Le deuxième mythe concerne la volonté de paix qu’aurait manifestée Israël au lendemain de la guerre. Organisée par la Commission de conciliation sur la Palestine sur décision de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1948 – celle qui affirme le droit au retour ou à une compensation des réfugiés – la conférence de Lausanne a notamment été étudiée par Avi Shlaïm, dans le livre déjà cité, et par Ilan Pappé dans The Making of the Arab-Israeli Conflict. Leurs conclusions contredisent largement la thèse traditionnelle.

Les archives montrent en effet qu’Israël est venu à Lausanne uniquement pour complaire aux Américains et aux Européens afin d’obtenir ainsi son admission aux Nations unies. A cette fin, Tel Aviv ratifiera, le 12 mai 1949, un protocole réaffirmant à la fois le plan de partage - jusque-là refusé par les États arabes - et le droit au retour des réfugiés. Mais il reniera aussitôt sa signature: comme l’écrit un mois plus tard Walter Eytan, codirecteur général du ministère israélien des Affaires étrangères, «mon principal objectif était de commencer à saper le protocole du 12 mai, que nous avions été contraints de signer dans le cadre de notre bataille pour être admis aux Nations unies.»(9)  De fait, Lausanne finira dans l’impasse. Et Eliahou Sasson, le chef de la délégation israélienne, confiera: «Le facteur qui bloque, c’est aujourd’hui Israël. Par sa position et ses demandes actuelles, Israël rend la seconde partie de la Palestine inutilisable pour tout projet, sauf un - son annexion par un des États voisins, en l’occurrence la Transjordanie.» (10

La meilleure preuve de la mauvaise volonté israélienne, c’est la manière dont David Ben Gourion rejette l’offre incroyable du nouveau président syrien, Husni Zaïm, qui propose non seulement de faire la paix avec Israël, mais aussi d’accueillir 200'000 à 300'000 réfugiés palestiniens. Le temps que Tel Aviv prenne conscience de l’intérêt de la suggestion, il est trop tard: Zaïm est renversé par un coup d’État militaire...

Bref, conclut Ilan Pappé, «contrairement aux opinions de nombreux historiens et au mythe israélien concernant la guerre de 1948, il y avait bien des leaders arabes qui recherchaient la paix avec le nouvel État juif au milieu d’eux, et certains d’entre eux subirent des rebuffades de la part d’Israël.» (11

Mais le mythe le plus sérieusement ébranlé concerne l’exode des Palestiniens. Résumons. Benny Morris le montre, les archives réfutent formellement la thèse de l’appel arabe à la fuite. «Il n’existe pas de preuve attestant, écrit-il, que les États arabes et le Haut Comité arabe [HCA, palestinien] souhaitaient un exode de masse ou qu’ils aient publié une directive générale ou des appels invitant les Palestiniens à fuir leurs foyers (même si, dans certaines zones, les habitants de villages spécifiques ont reçu de commandants arabes ou du HCA l’ordre de partir, essentiellement pour des raisons stratégiques).» (12) Quant aux fameuses exhortations qu’auraient diffusées les radios arabes, on sait depuis l’étude systématique, à la fin des années 50, de leurs programmes enregistrés par la BBC qu’il s’agit d’inventions pures et simples (13).

Certes, dans les semaines suivant le plan de partage, il y eut quelque 70’000 à 80’000 départs volontaires, pour l’essentiel de riches propriétaires terriens et des membres de la bourgeoisie urbaine. Mais après ? Le premier bilan dressé par les Services de renseignement de la Hagana, daté du 30 juin 1948, estime à 391’000 le nombre de Palestiniens ayant déjà quitté le territoire alors aux mains d’Israël. «Au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opérations», écrivent les experts, qui ajoutent les opérations des dissidents de l’Irgoun et du Lehi «qui ont directement causé environ 15 % de l’émigration». Avec 2 % attribués aux ordres d’expulsion explicites donnés par les soldats juifs et 1 % à leur guerre psychologique, on arrive ainsi à 73 % de départs directement provoqués par les Israéliens. De surcroît, dans 22 % de cas, le rapport met en cause les «peurs» et la «crise de confiance» répandues dans la population palestinienne. Quant aux appels arabes à la fuite, ils n’entrent en ligne de compte que dans 5 % des cas.... Les objections de l’«orthodoxe» Shabtaï Teveth sur ce document doivent certes nous inciter à être prudents dans son utilisation, mais certainement pas à remettre en cause les grandes lignes de l’analyse.

A partir de la reprise des combats, en juillet 1948, la volonté d’expulsion ne fait plus le moindre doute. Un symbole: l’opération de Lydda et de Ramleh, le 12 juillet 1948. «Expulsez-les !» a dit David Ben Gourion à Igal Allon et Itzhak Rabin – récit censuré dans les Mémoires de ce dernier, mais publié dans le New York Times (14). De fait, la violente répression (250 morts, dont des prisonniers désarmés) est suivie de l’évacuation forcée, accompagnée d’exécutions sommaires et de pillages, de quelque 70’000 civils palestiniens des deux villes – soit près de 10 % de l’exode total de 1947-1949 ! Des scénarios similaires seront mis en œuvre durant l’été, l’automne et l’hiver du Nord (la Galilée) au Sud (la plaine côtière et le Néguev).

Ces Palestiniens qu’on expulse, on fait en même temps main basse sur leurs biens. L’été 1948 voit se généraliser la politique de destruction des villages arabes, puis, de plus en plus, leur simple restructuration de façon à accueillir rapidement les nouveaux immigrants juifs. La Loi sur les «propriétés abandonnées» – destinée à rendre possible la saisie des biens de toute personne «absente» – «légalise», en décembre 1948, la confiscation. Israël mettra ainsi la main sur 73’000 pièces d’habitation dans des maisons abandonnées, 7800 boutiques, ateliers et entrepôts, 5 millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et - surtout – 300’000 hectares de terres (15).

Dans 1948 and After, Benny Morris revient plus longuement sur le rôle joué par Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif (16). Dans son Journal, le 20 décembre 1940, ce sioniste aux convictions tranchées confiait sans détours: «Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (...) et la seule solution, c’est la Terre d’Israël sans Arabes (...) Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins (...) Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine

Ce programme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l’appliquer lui-même. Dès janvier 1948, il orchestre, ici et là, l’expulsion des Palestiniens. En avril, il obtient la constitution d’«un organisme qui dirige la guerre avec pour but l’éviction d’autant d’Arabes que possible». Informel jusqu’à fin juin, officiel ensuite, le «Comité du transfert» supervise la destruction des villages arabes abandonnés ou leur repeuplement par de nouveaux immigrants juifs. Bref, quand David Ben Gourion déclare au Conseil des ministres, le 16 juin 1948, vouloir éviter «à tout prix» le retour des réfugiés, il s’agit, non d’une phrase en l’air, mais d’un programme politique très concret...

Entre historiens anciens et nouveaux, et au sein même de la nouvelle école, le débat le plus vif porte sur la nature de la politique arabe du Yichouv et de ses forces armées durant les six premiers mois de 1948. Dans son premier livre, The Birth, Benny Morris s’en tenait à une thèse «centriste»: «Le problème palestinien, assurait-il, est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe.»(17) Il a nuancé cette appréciation dans son deuxième livre, 1948, en définissant le transfert comme «un processus cumulatif, aux causes enchevêtrées, mais [avec] un déclencheur majeur, un coup de grâce [en français dans le texte], en forme d’assaut de la Hagana, de l’Irgoun ou des Forces de défense d’Israël dans chaque localité» (18). Benny Morris nie cependant l’existence d’un plan d’expulsion, et tend à disculper David Ben Gourion, président de l’Agence juive, puis Premier ministre et ministre de la Défense du jeune État d’Israël. Peut-être tactique, cette attitude contredit en tout cas nombre d’éléments que l’historien rapporte lui-même.

Benny Morris souligne l’engagement de longue date de Ben Gourion en faveur du projet de «transfert» (notamment à partir de 1937, en réponse à la Commission Peel). Il nous apprend de surcroît, archives à l’appui, que les textes du mouvement sioniste comme les Journaux de ses dirigeants ont été systématiquement expurgés pour gommer les allusions au «transfert» et les opérations d’expulsion, envisagées ou réalisées.

Benny Morris décrit en permanence Ben Gourion menant d’une main de fer l’entreprise d’expulsion des Arabes et de confiscation de leurs biens. Et il le dépeint toujours soucieux de ne laisser aucune trace de sa responsabilité.

Benny Morris insiste également sur ce qu’il appelle le «facteur atrocité». L’historien montre en effet que, loin de représenter une «bavure» extrémiste, le massacre de Deir Yassine a été précédé et suivi de nombreux autres commis par la Hagana, puis par Tsahal, de la fin 1947 à la fin 1948. L’historien reviendra, dans la seconde édition de The Birth, en 2004, sur l’étendue de ces tueries, à partir des archives récemment ouvertes: «Ce que montrent les nouveaux matériaux, c’est que les Israéliens ont commis bien plus de massacres que je ne l’avais pensé auparavant.»

Enfin Benny Morris admet clairement que l’opération Nahshon et le plan Dalet comportent une indiscutable dimension d’expulsion. A la page 62 de The Birth, il estime que «l’essence» du plan D était «de chasser toutes les forces hostiles et potentiellement hostiles de l’intérieur du territoire futur de l’État juif, d’établir une continuité territoriale entre les principales concentrations de population juive et d’assurer la sécurité des futures frontières avant l’invasion arabe attendue. Comme les irréguliers arabes étaient basés et cantonnés dans les villages, et comme les milices de nombreux villages participaient aux hostilités contre le Yichouv, la Hagana considérait la plupart des villages comme activement ou potentiellement hostiles». A la page suivante, il reconnaît que le plan D représentait «un ancrage stratégico-idéologique pour l’expulsion par les commandants de front, de district, de brigade et de bataillon» auxquels il donnait «post facto une couverture formelle et convaincante pour expliquer leurs actions». Et pourtant, Benny Morris assure, page 62, que «le plan D n’était pas un plan politique d’expulsion des Arabes de Palestine». Après quoi il affirme page 64: «A partir du début avril, il y a des traces claires d’une politique d’expulsion à la fois au niveau national et local en ce qui concerne certains districts et localités stratégiques-clés»...

Le fait que les archives n’aient pas – jusqu’ici – révélé de directive globale d’expulsion suffit-il pour nier le phénomène et les responsabilités de la direction du Yichouv ? Tout indique qu’il existait sur ce point un consensus extrêmement solide dans l’appareil politique et militaire, y compris parmi nombre de cadres du Mapam. Si le Parti sioniste socialiste (Mapam) et ses ministres mènent bataille contre l’expulsion, ses dirigeants et militants directement engagés dans l’affrontement, eux, n’hésitent pas, qu’il s’agisse des combattants du Palmah («unité de choc» de la Hagana]  ou des membres de kibboutzim situés en première ligne.

Comme l’écrit Benny Morris, «Ben Gourion voulait clairement que le moins d’Arabes possible demeurent dans l’État juif. Il espérait les voir partir. Il l’a dit à ses collègues et assistants dans des réunions en août, septembre et octobre. Mais aucune politique d’expulsion n’a jamais été énoncée et Ben Gourion s’est toujours abstenu d’émettre des ordres d’expulsion clairs ou écrits ; il préférait que ses généraux "comprennent" ce qu’il souhaitait les voir faire. Il entendait éviter d’être rabaissé dans l’histoire au rang de "grand expulseur" et ne voulait pas que le gouvernement israélien soit impliqué dans une politique moralement discutable.» (19

Ilan Pappé va, lui, beaucoup plus loin. Et son dernier livre, The Ethnic Cleansing of Palestine – qui va paraître chez Fayard au printemps 2008 – constitue une somme, sinon définitive (il n’y a jamais de point final dans la recherche historique), en tout cas majeure sur 1948. Certes, l’historien avait déjà écrit plusieurs essais importants qui, tout en s’inscrivant dans le mouvement de la «nouvelle histoire», le distinguaient nettement du pionnier de cette dernière. Dès 1992, avec The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, il opposait aux thèses «centristes» de Benny Morris une analyse plus radicale de l’expulsion des Palestiniens: pour lui, il ne s’agit pas d’une conséquence de la guerre, mais du résultat d’un plan mûrement réfléchi.

Non seulement il développe cette approche dans son nouvel ouvrage de manière approfondie et cohérente, mais il le fait à la manière de... Benny Moris: avec forces citations tirées des archives de la Hagana, du Palmah et des Forces de défense d’Israël, ainsi que des Journaux de David Ben Gourion et d’autres dirigeants juifs. Mais, contrairement à son collègue et adversaire, il évoque aussi les travaux d’historiens palestiniens et arabes ainsi que les témoignages de protagonistes palestiniens des événements. Après The Ethnic Cleansing, nul ne pourra plus raconter - honnêtement - 1948 comme avant...

Le livre s’ouvre sur la «Maison rouge», cet immeuble Bauhaus de Tel-Aviv devenu, en 1947, le quartier général de la Hagana. Ce 10 mars 1948, onze hommes, «vieux dirigeants sionistes et jeunes officiers juifs, apportent la touche finale à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine. Le soir même, des ordres militaires sont diffusés aux unités sur le terrain afin qu’elles préparent l’expulsion systématique des Palestiniens de vaste zones du pays. Ces ordres comprenaient une description détaillée des méthodes à employer pour chasser les gens par la force». Six mois après, «plus de la moitié de la population autochtone de la Palestine, soit près de 800 000 personnes, avait été déracinée, 531 villages détruits et onze villes vidées de leurs habitants».

Le plan du 10 mars «et par-dessus tout sa mise en œuvre systématique dans les mois suivants constituent donc un cas évident d’opération de nettoyage ethnique, lequel est désormais considéré par la loi internationale comme un crime contre l’humanité». Avec l’irruption des moyens de communication électroniques, poursuit Pappé, «il est devenu quasiment impossible de dissimuler des crimes contre l’humanité à grande échelle». Et pourtant «un de ces crimes a été presque totalement effacé de la mémoire publique globale: la dépossession des Palestiniens en 1948 par Israël». Pis, il a été «systématiquement nié et n’est toujours pas reconnu aujourd’hui comme un fait historique.» (20

Les «nouveaux historiens» se sont bien sûr efforcés de réviser la version traditionnelle de la guerre de 1948. «J’étais l’un d’eux», ajoute Pappé qui, autocritique, estime néanmoins que ses confrères et lui ont «éludé la question du nettoyage ethnique»: comme les «historiens diplomatiques», ils se sont «concentrés sur les détails». Certes, grâce aux archives militaires israéliennes, lui et ses confrères ont pu non seulement démontrer l’absurdité de la thèse selon laquelle les Palestiniens seraient partis volontairement, mais aussi confirmer «beaucoup de cas d’expulsions massives» de villages et de villes et révéler «un nombre considérable d’atrocités, y compris de massacres.» (21

Mais leur démarche comportait, ajoute Pappé, une limite majeure cependant, évidente chez le précurseur de la «nouvelle histoire»: le fait de s’appuyer exclusivement sur les archives, considérées comme l’expression d’une «vérité absolue», l’a conduit à une appréhension déformée de la réalité sur le terrain. Si Morris et les autres s’étaient tournés vers l’histoire orale, y compris arabe, ils auraient pu mieux saisir la «planification systématique derrière l’expulsion des Palestiniens en 1948» et fournir «une description plus véridique de l’énormité des crimes commis». D’où l’objectif que Pappé assigne à son nouveau livre: «défendre le paradigme du nettoyage ethnique et le substituer à celui de guerre» - pour la recherche universitaire comme pour le débat public sur 1948.

Il est évidemment impossible de résumer ici les 320 pages de The Ethnic Cleansing of Palestine: après une définition du concept de «purification ethnique» et une étude sur la place du «transfert» dans la pensée sioniste, Pappé y décrit dans le détail comment, dès le début des années 1940, la direction du Yichouv a préparé, puis mis en œuvre, étape après étape, l’expulsion des Palestiniens.

Je ne citerai qu’un fait qui, à mes yeux, ébranle la thèse d’une expulsion non planifiée: la constitution, dès avant le Seconde Guerre mondiale, d’un fichier de tous les villages arabes établi dès avant la Seconde Guerre mondiale. C’est un jeune historien de l’Université hébraïque de Jérusalem, Ben-Zion Luria, qui en proposa l’établissement: «Cela aiderait grandement à la rédemption de la terre», écrivit-il au Fonds national juif (FNJ). Recruté pour s’en charger, un topographe de l’Université hébraïque «suggéra de conduire une inspection à l’aide de photographies aériennes». Les meilleurs photographes professionnels du pays contribuèrent au projet, un laboratoire étant installé dans la maison de Margot Sadeh... l’épouse de Itzhak Sadeh, le chef du Palmah !(22)

Ainsi furent constitués des dossiers détaillés sur chacun des villages de Palestine, qui comprenaient, explique Pappé, «les routes d’accès, la qualité de la terre, les sources, les principales sources de revenu, la composition sociologique, les affiliations religieuses, le nom des muktars, les relations avec les autres villages, l’âge des habitants hommes (de 16 à 50 ans) et bien d’autres choses». La plus importante était «un index de l’"hostilité" [à l’égard du projet sioniste], à partir du niveau de la participation du village à la révolte de 1936. Une liste comportait quiconque y avait pris part et les familles de ceux qui avaient perdu quelqu’un dans le combat contre les Britanniques. Une attention particulière était prêtée aux gens qui avaient prétendument tué des Juifs. Comme nous le verrons, en 1948, cette dernière information alimentera les pires atrocités dans les villages, conduisant à des exécutions de masse et à des tortures».

En 1943, Ezra Danin, qui jouera cinq ans plus tard un rôle dirigeant dans l’épuration ethnique, systématisera tout le fichier. À partir de ce moment, les dossiers inclurent «des descriptions détaillées des liens familiaux, les cultures, le nombre d’arbres dans les plantations, la qualité de chaque verger (et même de chaque arbre), la quantité moyenne de terre par famille, le nombre de voiture, les propriétaires de commerces, les membres des ateliers et les noms des artisans dans chaque village avec leurs compétences. Plus tard, s’ajouteront des indications méticuleuses sur chaque clan et son affiliation politique, la stratification sociale entre notables et simples paysans ainsi que les noms des fonctionnaires du gouvernement mandataire.» (23)

Plus la fin du mandat britannique approcha, et plus «l’information s’orienta de manière explicitement militaire: le nombre de gardes (la plupart des villages n’en avaient aucun) et les quantité et qualité des armes à la disposition du village (en général archaïques ou même absentes)». Pour compléter leurs fichiers, Ezra Danin et son assistant, Yaacov Shimoni, recrutèrent deux autres collaborateurs, Yehoshua Palmon et Tuvia Lishanski, mais aussi des «informateurs» palestiniens. «L’actualisation définitive des dossiers des villages, précise l’historien, se déroula en 1947. Elle se focalisa sur la constitution de listes de personnes "recherchées" dans chaque village. En 1948, les troupes juives utilisèrent ces listes pour les opérations de recherche et d’arrestation qu’elles conduisaient dès qu’elles occupaient une localité. Les hommes étaient alignés et ceux qui figuraient sur les listes étaient identifiés, souvent par la même personne qui avait fourni les informations à leur sujet (...), la tête recouverte d’un sac avec deux yeux afin de ne pas être reconnue. Les hommes ainsi choisis étaient souvent abattus sur le champ.»

Toute affiliation au mufti ou à son parti politique «constituait un crime aux yeux des experts sionistes. En consultant les fiches de 1947, nous voyons que des villages de 1’500 habitants comprenaient environ entre vingt et trente de ces suspects». Igaal Yadin l’a reconnu, conclut Pappé: «C’est cette connaissance détaillée de ce qui se passait dans chaque village palestinien qui a permis au commandement militaire sioniste en novembre 1947 de conclure que "les Arabes de Palestine n’avaient personne pour les organiser correctement". Le seul problème sérieux était les Britanniques: "S’il n’y avait pas eu les Britanniques, nous aurions écrasé l’émeute [contre le plan de partage] en un mois.» (24

* Dominique Vidal, membre de la rédaction du Monde Diplomatique est l’auteur de Comment Israël expulsa les Palestiniens : Les nouveaux acquis de l'Histoire (1945-1949), Editions de l’Atelier, novembre 2007


1. In Middle East Forum, novembre 1961, republié avec un nouveau commentaire par le Journal of Palestine Studies, vol. XVIII, n° 69, 1988.

2. Les livres de la Revue d’études palestiniennes, Paris, 1984.

3. Leurs livres les plus importants sont: Simha Flapan, The Birth of Israel, Myth and Realities, Pantheon Books, New York, 1987 ; Tom Segev, 1949. The First Israelis, Free Press MacMillan, New York Londres, 1986 ; Avi Schlaïm, Collusion across the Jordan. King Abdallah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Clarendon Press, Oxford, 1988 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, MacMillan, New York, 1988, et The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I. B. Tauris, New York, 1992 ; et Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, et 1948 and After. Israel and the Palestinians, Clarendon Press, Oxford, 1990.

4. Notamment Shabtaï Teveth, Avraham Sela, Itamar Rabinovich et, dans la rubrique purement polémique, Ephraïm Karsh.

5. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Complexe, Bruxelles, 2003 ; Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine et Les Démons de la Nakba, La Fabrique, Paris, respectivement 2000 et 2004 ; Eugène Rogan et Avi Shlaïm (dir.), 1948. La Guerre de Palestine: derrière le mythe, Autrement, Paris, 2002 ; Tom Segev, Les Premiers Israéliens, Calmann-Lévy, Paris, 1998.

6. Nur Masalha, «1948 and After revisited», Journal of Palestine Studies, 96, publié par University of California Press for the Institute of Palestine Studies, Berkeley, vol. XXIV, n° 4, été 1995.

7. Haaretz, Tel-Aviv, 9 janvier 2004.

8. Benny Morris, 1948, op. cit, p. 14.

9. Ilan Pappé, The Making, op. cit., p. 212.

10. Cité par Avi Shlaïm, Collusion...., op. cit., p. 474-475.

11. Ilan Pappé, The Making..., op. cit., p. 193.

12. The Birth..., op. cit, p. 129.

13. Voir Erskine Childers, «The Other Exodus», The Spectator Magazine, Londres, 12 mai 1961, cité par Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997, p. 115.

14. 23 octobre 1979.

15. Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.

16. 1948 and After, op. cit., chapitre 4.

17. Benny Morris, The Birth..., op. cit., p. 286.

18. Benny Morris, 1948..., op. cit., p. 32.

19. Benny Morris, The Birth..., op. cit., pp. 292-293.

20. The Ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publication, 2007,, pp. xii et xiii.

21. Ibidem, pp. xiii à xv.

22. Ibidem, pp. 17 et 19.

23. Ibidem, pp. 19 et 20.

24. Ibidem, pp. 20 à 22.

(11 janvier 2008)

 

 

Déclaration de la commission des femmes travailleuses à l'occasion du 8 mars 

Union Générale des Travailleurs Algériens

  COMMISSION NATIONALE DES FEMMES TRAVAILLEUSES

Non à la précarisation qui menace les droits des femmes !

 A l’occasion de ce 8 mars 2003,  il est nécessaire de faire le point sur les chantiers engagés par le programme d’action issu de la conférence nationale des femmes travailleuses du 17 mars 2002 :

 Nous nous réjouissons des promotions de femmes à la SNTF, à Naftal, dans la douane et dans diverses institutions à des responsabilités dont nous étions exclues

-         Mais comment obtenir partout un égal accès à la formation et à la promotion  à l’heure des départs volontaires quand le marasme économique qui résulte de l’absence d’une politique de développement raréfie les postes intéressants qui permettent la promotion dans la société.

-         Mais comment concrétiser l’égalité des droits dans l’entreprise quand l’heure est à la liquidation des entreprises publiques tenues à respecter la législation du travail et que se généralise le travail au noir dans le privé et l’emploi informel qui ne nous garantissent aucun des droits sociaux acquis congé de maternité, heures d’allaitement, l’égalité des salaires,..

 Nous apprécions que notre campagne pour la défense de la dignité de la femme travailleuse dans l’entreprise ait pu briser le tabou sur le harcèlement sexuel,

-         mais il est plus difficile de se faire respecter quand on est vacataire ou non déclarée

-         mais les cas concrets que nous prenons en charge indiquent que le phénomène s’étend avec la peur de perdre son emploi, avec les emplois précaires et la pauvreté

 Nous voulions la défense de la promotion des femmes dans la société, et nous sommes dans l’attente d’une refonte de la législation qui consacre l’égalité juridique et la citoyenneté.

-         Mais si on continue de liquider l’industrie publique beaucoup seront renvoyées au foyer

-         Mais les emplois précaires fréquents dans le privé et les emplois informels qui se développent sont souvent compatibles avec le statut traditionnel des femmes.

 Au lendemain du succès éclatant de notre grève générale, nous devons exprimer ce 8 mars, notre protestation contre les répercussions négatives des réformes libérales sur les femmes

Le 8 mars en effet est une journée de lutte dont la tradition a été instituée depuis 1910 par le mouvement des travailleurs en souvenir d’une grève historique d’ouvrières du textile.

Opposées comme tout le peuple au projet de dénationalisation des hydrocarbures, et à la politique de liquidation du secteur public de l’emploi et des acquis sociaux, les femmes ont encore plus à perdre avec la politique libérale et doivent massivement adhérer à l’UGTA et s’en saisir : 

-         Contre une politique économique qui détruit l’emploi et les entreprises et sème la pauvreté,

-         Contre la précarisation généralisée, contre le travail au noir et le travail informel, contre la dépermanisation massive dans la fonction publique où se trouve l’essentiel des travailleuses,

-         Pour une stratégie de développement créatrice d’emploi, pour  des infrastructures sociales qui permettent de lever les entraves à l’activité professionnelle de la femme,

-         Pour des emplois décents, pour des droits sociaux qui nous permettent de défendre notre dignité, et d’imposer l’évolution des pratiques sociales. 

Alger, le 1er mars   2003

Mme Salhi Soumia

Présidente de la commission nationale des femmes travailleuses

 

Texte intégral de la déclaration du secrétariat national de l’UGTA présentée lors de la réunion du 17 février 2003 regroupant le secrétariat national et les secrétaires généraux des Fédérations, les SG des unions de wilaya, plusieurs SG de syndicats d'entreprises, de la présidente de la commission des femmes travailleuses. La présidente de la commission des femmes travailleuses a appelé à faire du 8 mars une journée de protestation pour dénoncer les effets négatifs de la politique économique libérale actuelle sur les femmes travailleuses. 

Le 24 février, les travailleuses et travailleurs algériens vont célébrer le 47e anniversaire de la création de l’UGTA et le 32e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures. 
La célébration de ces nobles dates se déroulera dans un contexte international particulier caractérisé par une aggravation sans précédent des tensions et une montée des périls véhiculés par les menaces d’agressions contre le peuple irakien et la guerre faite au peuple palestinien.
Au plan national, cette célébration sera marquée par un contexte social très fortement déprimé et par un climat général porteur de lourdes menaces sur la pérennité des services publics essentiels, du secteur public économique et plus généralement de l’entreprise et partant, de tous les instruments nationaux patiemment mis en place pour assurer un développement harmonieux et durable de notre pays et diffuser le progrès social à toutes les catégories de la société. 
En effet, le monde du travail se trouve, aujourd’hui, confronté à :
- La montée du chômage, le développement dde la précarité, l’expansion du secteur informel et du travail au noir ainsi que l’élargissement de la pauvreté dans un contexte de quasi abandon des entreprises publiques et privées aggravé par l’absence d’une véritable stratégie économique élaborée dans la concertation et ayant pour finalité le partage équitable des richesses produites entre l’ensemble des citoyens. 
- La régression continue du pouvoir d’achaat des salariés et des citoyens disposant de revenus fixes dont les mesures de rattrapage dernièrement arrachées par notre organisation ne sauraient, à elles seules, corriger sans une véritable politique de revenus, fruit d’une franche et loyale concertation. 
- La fragilisation des systèmes de sécuritté sociale, de santé publique, soumis à de très fortes pressions visant à leur démantèlement dans le cadre d’une démarche qui cache mal les desseins inavoués aux relents néolibéraux.
- L’inadéquation des politiques et des resssources mobilisées en faveur de la réhabilitation de l’administration et des services publics. 
- L’absence d’une vision cohérente et apprropriée des missions de l’État en cette étape particulière de construction nationale qui exige, à la fois, la consolidation de l’autorité de l’État, de ses capacités pour restaurer la sécurité des personnes et des biens et d’éradication du terrorisme ainsi que le renforcement des assises de l’État de droit et la lutte contre toutes les formes de fraudes et de corruption. 
Face à ces défis, la direction nationale de l’UGTA appelle l’ensemble des travailleuses et travailleurs algériens à faire suivre la célébration du 47e anniversaire de création de l’UGTA par la mobilisation en faveur de l’organisation de deux journées de grève nationale de protestation en la forme d’un arrêt collectif de travail durant les journées des 25 et 26 février 2003, tout en veillant à assurer la continuité des services publics essentiels et en s’attachant à la mise en place concertée du service minimum dans le respect de la législation en vigueur.
Les travailleuses et les travailleurs saisiront cette occasion pour réitérer les revendications maintes fois exprimées et notamment : 
- le refus d’un programme de privatisationn unilatéralement élaboré.
- Le rejet du projet de loi sur les hydroccarbures et la confirmation de son retrait. 
- La nécessité d’une évaluation sereine ett sans complaisance des réformes mises en œuvre ces dernières années et de leurs conséquences négatives sur le plan social et sur le fonctionnement des entreprises.
- La nécessité d’élaborer une véritable sttratégie économique porteuse de bien-être pour l’ensemble des citoyens.
- L’engagement d’un processus autour de laa modernisation du système de sécurité sociale et des retraites. 
- La mise en place des moyens et des mécannismes à même de préserver l’entreprise algérienne face à la concurrence déloyale et aux velléités de déstabilisation. 
- La prise en charge du dossier “Fonction publique” dans le sens de la mise en place d’un statut qui consacre et approfondit la culture d’État, réhabilite le fonctionnaire et donne corps aux impératifs de service public en direction de tous les citoyens. 
La plus que nécessaire revalorisation des salaires et autres revenus fixes. 
Vive l’Algérie
Vive l’UGTA
Gloire à nos martyrs 
 

Surprise une interview de notre camarade Soumia dans El Watan du jeudi 02/01/2003

Soumia Salhi : «La crainte d’être mal vues...»

Syndicaliste dans une entreprise publique, Mme Salhi a été à la Commission exécutive nationale (CEN) lors du 10e congrès de l’UGTA. Elle s’est vu confier la mission de diriger la commission nationale des femmes travailleuses.

Où en êtes-vous dans la campagne sur le harcèlement ?

Nous avons entrepris un travail de formation de nos cadres et encouragé nos structures à se solidariser des victimes. Des cas concrets sont pris en charge. C’est difficile pour une femme de se livrer aux regards de l’entourage, c’est difficile aussi de prouver des violences, en général, sans témoin. Notre campagne publique pour imposer le respect de la dignité de la femme travailleuse dans l’entreprise a brisé le tabou. Elle a eu des échos positifs dans la presse, et divers acteurs sociaux et institutions inscrivent désormais de façon naturelle la question du harcèlement sexuel parmi leurs préoccupations.

Mais concrètement, quels progrès espérez-vous ?

Notre pays n’a pas inventé le harcèlement sexuel. C’est un vieux problème. Il s’agit d’abord d’obtenir, comme nous l’avons demandé à la ministre en juillet, une loi spécifique qui réprime cette violence faite aux femmes. L’idée fait son chemin, et notre commission va saisir officiellement le ministre de la Justice. Nous espérons changer le regard de la société. Si nous faisons déboucher quelques affaires avec le soutien de la presse, nous ferons que les victimes ne soient plus honteuses. Au contraire, ce seront les auteurs des violences qui seront rejetés par les collègues, la famille et le quartier. Bâtir une nouvelle culture par nos luttes.

Votre commission est-elle impliquée dans le débat actuel sur les réformes économiques ?

J’allais intervenir quand a eu lieu le clash avec Temmar qui ne comprenait pas que le syndicat critique la politique de son gouvernement ! Nous avons préféré sortir. En tant qu’élues syndicales, toutes les sœurs de la commission sont impliquées dans cette bataille pour préserver les entreprises publiques, sauver l’emploi et les acquis sociaux menacés par le suicide économique libéral. Les travailleuses sont souvent les premières concernées par les compressions, elles souffriront plus que les hommes de la disparition du secteur public, elles sont mises en danger par la précarisation qui se généralise et perdent leur meilleur atout si l’Etat se désengage de l’effort d’éducation généralisée.

Mais du point de vue des femmes, les sociétés libérales ne sont-elles pas meilleures ?

On nous fait rêver à la Suède, mais ce qui est prévu pour nous, c’est la Thaïlande ou la Côte d’Ivoire. La précarisation des salariés, érigée en idéal, fragilise la femme travailleuse qui doit compter avec l’environnement social hostile. Et la prostitution sévit quand la misère avance. La privatisation menace de priver les femmes de la protection du droit algérien du travail qui garantit l’égalité des droits et du salaire et qui protège la femme durant sa maternité. Car dans le privé, nous ne sommes souvent pas déclarées, et la possibilité de se syndiquer est faible. L’effondrement programmé de l’industrie publique renvoie au foyer un secteur important de l’emploi féminin qui sera remplacé par des emplois informels compatibles avec le rôle traditionnel de la femme. L’émancipation des femmes aurait eu besoin de la possibilité concrète d’occuper des emplois décents au niveau de formation acquis, de la possibilité concrète pour les jeunes couples, pour les travailleuses d’accéder à un logement, alors que la pénurie actuelle retarde l’évolution des pratiques sociales. Sans parler des crèches et des cantines scolaires nécessaires pour que les obligations familiales ne soient pas vite déclarées incompatibles avec le travail de la femme. Avec les menaces sur l’université, que restera-t-il de nos espoirs et de la marche des femmes vers la citoyenneté ?

Il y a aussi le débat actuel sur le code de la famille...

Ce code inégalitaire, contradictoire avec la Constitution, est à abroger. Il réprime les secteurs de la société qui avancent, il empêche la femme, cadre ou simple travailleuse, qui a réussi à se faire respecter dans le monde des hommes, de décider de sa propre vie.
Une femme wali a besoin d’un wali pour décider à sa place de sa propre vie !!! Même les traditionalistes n’acceptent plus que leur sœur ou leur fille soit coincée dans un mariage sans issue. Bien sûr, tout progrès est le bienvenu. Mais des lois civiles égalitaires sont nécessaires.

Que pensez-vous de ce que dit la ministre de la Famille ?

Mme Cheriet propose le débat. Mais qu’a-t-on débattu au long des quinze dernières années plus que cette question ? En 1998, Mme Mechernène proposait quelques trop modestes améliorations. Le 8 mars 2001, Bouteflika semblait nous promettre des progrès et la levée des réserves sur la convention de Copenhague. Ouyahia, ministre de la Justice, annonçait l’abrogation du code. Et là, on nous dit d’attendre l’avis des exégètes. Ce n’est pas la bonne piste. Il faut parler du droit de la citoyenne à disposer de sa propre vie dans l’Algérie de 2003. Assurer l’égalité et le respect mutuel lors du mariage et de sa rupture dans le couple en fonction des aspirations d’aujourd’hui.   


Par Karim Amoura.

Sommaire


Victimes du harcèlement

Les femmes algériennes n’ont plus à prouver leurs compétences, elles ont seulement besoin qu’on ne les empêche pas de les exercer», cette réflexion a été faite par une enseignante en droit lors de la rencontre organisée par l’Institut national du travail.


Cette discussion a porté sur le thème «Les femmes cadres au travail : pratiques discriminatoires et harcèlement».  D’aucuns estiment qu’aujourd’hui la femme algérienne a investi pratiquement tous les domaines. Elle est majoritaire dans le secteur de l’éducation et de la santé. Toutefois, la représentation féminine dans les institutions étatiques reste très réduite et l'accès des femmes à des postes importants dans les sphères du pouvoir est aussi très minime. Pourquoi ?   C’est la question qui se pose et qu’actuellement personne ne peut y apporter une réponse concrète ou convaincante. «Nul n’est en position d’avancer des réponses à cette question. Nous ignorons toujours où se situe le blocage. Il est cependant important d’analyser les mécanismes qui empêchent l’ascension des femmes vers les postes de responsabilité», affirme une sociologue. Néanmoins, pour permettre à de plus en plus de femmes de travailler dans des conditions qui soient égales à celles des hommes, il faudra trouver des solutions permettant de concilier vie familiale et vie professionnelle. Il est en effet difficile d’accepter des responsabilités pour les femmes quand c’est encore sur elles que reposent exclusivement l’essentiel des tâches ménagères et l’éducation des enfants. En outre, la gent féminine est confrontée à d’énormes problèmes dans l’exercice de sa profession, entre autres le harcèlement, les intimidations, la discrimination... Pour ce qui est du harcèlement, qu’il soit moral, verbal ou bien sexuel en milieu de travail, la plupart des observateurs et des personnes qui luttent contre ce phénomène soutiennent que la femme, pour de multiples raisons, notamment la peur d’être licenciée, la crainte d’être mal vue par sa famille et son entourage, ne dépose pas plainte pour harcèlement. «Nous n’avons pas de statistiques sur ce phénomène, et ce, parce que les femmes ne dénoncent pas ce genre de pratiques. Dans la plupart du temps, elles ont peur des représailles de la part de leur agresseur et également, il faut le dire, elles ne connaissent pas bien les lois», déclare une syndicaliste. Il reste que la lutte contre la discrimination constitue un élément majeur pour asseoir les principes de liberté, de démocratie, du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que l’Etat de droit. L’emploi et le travail sont des éléments essentiels pour garantir l’égalité des chances pour tous et contribuent, dans une large mesure, à la pleine participation des citoyens à la vie économique, sociale et culturelle. Même si l’interdiction des discriminations en matière d’emploi et de travail a été consacrée par la législation du travail, la portée de cette interdiction, son contenu et sa force exécutoire ne sont pas évidents. C’est dans ce sens que l’ensemble des organisations et associations féminines se battent pour une meilleure prise en charge des problèmes des femmes.

Par Nabila Amir

A la veille d'un odieux crime contre l'humanité, Gérard Amelineau que nous remercions a fait circuler cette radioscopie du discours US qui permet d'identifier les tumeurs malignes qui expliquent tout.

Voici un courrier que j'ai reçu de G. W. BUSH en personne.
bonne lecture.  Gégé 

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