PARTI SOCIALISTE DES TRAVAILLEURS

AKABAR ANEMLAY N'IXEDDAMEN   حزب العمال الأشتراكي

* PST, 27 Boulevard Zirout Youcef, Alger - ( 00 213 73 61 41 - 00 213 71 47 72 FAX 00 213 71 47 72 - email : [email protected]

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Déclarations du Parti

SOMMAIRE

2004

- Déclaration de la DN du PST sur les résultats des présidentielles - 16 avril 2004 

- Motion de la DN du PST à propos des présidentielles du 8 avril - 25 mars 2004

2003

- Déclaration de rentrée : Les travailleurs doivent tracer leur propre route

- Communiqué du SN après l'éviction de Benflis

- Déclaration du premier mai : Mobilisons nous contre la mondialisation libérale agressive qui menace nos acquis sociaux et nationaux !

- Irak : Non à la guerre de reconquête coloniale Dehors les troupes d’invasion ! 

- Non à l’agression impérialiste en Irak ! Oui à la grève générale contre les privatisations ! 

- Non à la clochardisation de l’université !Non à la privatisation et à l’exclusion sociale !

- Non à l’agression impérialiste en Irak 

- Contre la répression d' Abrika et de ses camarades

 

2002

- Communiqué de presse après la Conférence Nationale des 24 et 25 octobre 2002 

- Déclaration du 31 mai 2002 sur les résultats des législatives

- Pourquoi nous ne participons pas à ces élections (29 05 02)

- Interview du 28 05 02 à la Nouvelle République (non publiée) 

- Communiqué  18 05 02 arrestations de Bouzaréa

- Interview à Rouge du 11 05 02 sur la situation en Kabylie

- Déclaration du 04 04 02 sur la Palestine

- Message à Solidal du 30 03 02 sur la répression

- Déclaration du 29 03  02 contre la répression

- Déclaration du 15 03 02 après le discours de Bouteflika

 

2001

- Interview Chawki Salhi pour Algeria-interface - 14 septembre 2001. 

- Interview Chawki Salhi pour El Khabar el ousboui - 12 Août 2001.

- Interview pour Rouge - 22 juillet 2001.

- Précisions adressées au quotidien l'expression - 8 juillet 2001.

- L'insurrection sans armes de la Kabylie- Article paru dans inprecor - 19 juin 2001

- Les revendications des comités populaires en débat - inprecor juin juillet 2001

- Déclaration du PST du 13 mai 2001

- Déclaration du PST du 1° mai 2001

 

2000

- Interview jeune indépendant sur l'école 28  juillet 2000

- Déclaration sur la situation politique de la DN - 17 février 2000

- Interview voix de l'Oranie 04 février 2000

 

1999

- Le PST ne participera pas au plébiscite de Bouteflika  13 septembre 1999.

- Résolution politique sur les élections présidentielles 22 avril 1999

- Motion de la DN sur les présidentielles 1er avril 1999

- Questions du Jeune indépendant aux candidats aux présidentielles  24 février 1999

 

 

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Déclaration de la direction nationale du PST sur les résultats des présidentielles

 Le score indécent de Bouteflika le 8 avril témoigne à lui seul de la déloyauté de la compétition politique faite d’intimidations et d’entraves aux libertés, de matraquage médiatique et d’instrumentalisation unilatérale des institutions et des budgets publics. Il est le résultat d’une campagne électorale faite, depuis un an, d’inéquité et de disproportion flagrante des moyens financiers mis en oeuvre.

Mais au delà de ce manque flagrant de légitimité, au delà des coups de pouce dénoncés par les candidats perdants, le vote populaire en faveur de Bouteflika est en réalité un vote refuge. C’est un vote d’allégeance au pouvoir en place des masses populaires qui sont encore marquées par l’impasse sanglante de la décennie 90. L’ampleur inattendue du score annoncé a même réduit les manifestations d’enthousiasme. En l’absence d’une opposition crédible, porteuse des aspirations populaires, ce vote exprime, avant tout, une recherche de stabilité face à l’insécurité et à la crise sociale qui demeure.

 

Le vote en faveur de Bouteflika exprime aussi l’espoir d’un progrès social, ce n’est pas un vote d’adhésion à sa politique libérale antinationale et antisociale ni un soutien à ses projets autoritaires. Car Bouteflika et son équipe ont dissimulé tout au long de la campagne l’intention de privatiser le secteur des hydrocarbures. Ils n’ont pas dit leur volonté d’œuvrer à la disparition du secteur public  et de revoir dans le sens de la précarisation généralisée le contrat social en place. Ils ont tu les engagements pris avec l’UE et avec l’OMC qui menacent la production nationale et les acquis sociaux.  Le soutien précoce de l’OTAN et la visite prématurée de Chirac prouvent cette continuité politique. Bien au contraire, Bouteflika, qui s’est fait élire comme garant de la stabilité et de la paix retrouvée, a mené une campagne populiste arguant d’investissements publics massifs, de soutien aux entreprises publiques et à la production agricole, de prêts aux jeunes et de promotion du logement social, prétendant même à une politique étrangère de dignité nationale et de défense des intérêts du peuple.

 

Ce scrutin révèle aussi cruellement l’absence d’une opposition politique implantée à même de mobiliser au delà des moyens médiatiques, à même de contrôler les urnes et de résister aux entraves à l’expression démocratique. Il condamne ces démarches convergentes qui appellent au despotisme éclairé de l’armée pour imposer ce qu’ils appellent paradoxalement la démocratie.

Louisa Hannoun a fait exister dans cette campagne les arguments antilibéraux mais elle a confirmé l’inconséquence de ses déclarations  dans une démarche politique d’appui à la stabilité qui a servi le vote refuge en faveur du président en place. Sa satisfaction indécente au lendemain des résultats confirme nos réserves. Son score, en recul par rapport à 2002, sanctionne aussi son refus de dénoncer clairement la politique autoritaire et ultra libérale de Bouteflika.

 

L’hégémonie électorale écrasante obtenue le 08 avril offre à Bouteflika une autorité politique nouvelle, dangereuse pour les libertés et les acquis sociaux.. Mais la combativité sociale ne s’est pas démentie des émeutes de Ouargla qui ont imposé, en pleine campagne, la suppression des négriers de la sous-traitance, aux luttes syndicales de divers secteurs ajoutés à l’abstention qui a exprimé une défiance massive. La société n’a pas abdiqué. Ni sur le plan social ni sur le plan démocratique.

 

L’absence d’une candidature conséquente du camp des travailleurs traduit la faiblesse de ce camp. Il devient urgent de reprendre l’initiative pour  rassembler les  énergies disponibles et offrir aux masses populaires un autre choix, en reconstruisant une alternative de gauche conséquente démocratique, antilibérale et anti-impérialiste.

 

DN du PST. Alger, le 16 avril 2004

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Motion adoptée par la direction nationale du PST à propos des présidentielles

Au terme d’une campagne déloyale faite d’intimidations, de répression et de monopole médiatique, le PST considère que la présidentielle d’Avril 2004 ne constitue pas une solution

C’est une campagne populiste encore marquée par la riposte ouvrière et populaire 2001/2003 qui a fait échec à l’ultra - libéralisme présidentiel. Contraint par les explosions de la jeunesse à saupoudrer des crédits d’investissements publics, à promettre  le logement social et à maintenir les systèmes de santé et de protection sociale, obligé sous la pression des grèves à augmenter les salaires, à financer la préservation des entreprises publiques et à reporter son programme de précarisation généralisée, Bouteflika fait de nécessité vertu. Adossé à une aisance financière procurée par les cours pétroliers, il se présente comme le dispensateur des bienfaits dissimulant sa volonté de reprendre son offensive libérale en cas de réélection.

C’est une campagne déloyale faite d’intimidation, d’entrave aux libertés et de matraquage médiatique unilatéral. Une campagne qui marque une régression démocratique. Une campagne qui discrédite et délégitime l’élection prochaine. Cela rappelle la nécessité d’une  assemblée constituante qui mette en place un ordre social au service des travailleurs et des masses populaires.

La mobilisation populaire a pu dans la région kabyle imposer le contrôle de tous les scrutins successifs. C’est cette pression populaire manifestée par les révoltes nombreuses contre l’arbitraire des autorités locales qui empêche Bouteflika d’écraser l’expression populaire. C’est une mobilisation populaire consciente et organisée qui permettra la reconquête des espaces démocratiques perdus.

 

Notre parti n’a pas présenté de candidature du camp des travailleurs. En l’absence actuelle d’élan des luttes populaires elle n’aurait été qu’une affirmation symbolique de début de campagne dont la vocation de  favoriser une dynamique de rassemblement des militants de gauche n’était pas préparée.

Aux partisans du vote utile, il faut répondre qu’il ne s’agit pas de soutenir des choix qui sont de nouvelles impasses. L’absence de l’alternative ouvrière populaire et démocratique, est bien sûr regrettable mais l’élection présidentielle n’est qu’un moment dans la lutte des classes. D’autres rendez vous politiques et sociaux sont prévus. Il vaut mieux préparer politiquement une démarcation programmatique lors de prochaines échéances électorales, il vaut mieux asseoir politiquement la résistance nécessaire aux projets agressifs qu’on nous prépare. 

Bouteflika, Benflis ou tout autre politicien libéral se heurtera à notre résistance s’il entreprend de démanteler nos acquis sociaux et nationaux., s’il envisage de réduire nos espaces démocratiques. Les luttes ouvrières et populaires qui ont stoppé le rouleau compresseur libéral en 2001/2003 sont le seul moyen de bloquer les projets des grandes puissances impérialistes et leurs exécutants algériens.

Si nous sommes intéressés à la défaite de Bouteflika qui se prépare à reprendre son projet de privatisation des hydrocarbures au profit du clan Bush, nous ne sommes pas non plus indifférents à une sanction électorale qui mettrait un coup d’arrêt à la régression  démocratique engagée par Zerhouni Bouteflika. Mais nous pensons que la nécessaire riposte aux projets antisociaux et antidémocratiques qui se préparent serait desservie par le soutien à une alternative électorale qui se révélerait vite une impasse.

 

Le PST se démarque des cinq candidats libéraux, qu’il s’agisse de l’autoritarisme ultra libéral de Bouteflika, du conservatisme rétrograde de Djaballah, du modernisme inconséquent de Sadi, du nationalisme exacerbé de Rebaïne ou du libéralisme modéré de Benflis qui nous fait miroiter une ouverture démocratique.

Cependant le PST ne met pas sur le même plan la candidature de Louisa dont les déclarations démocratiques et anti-libérales éloquentes sont sincères quoiqu’inconséquentes.

Nous aurions aimé appeler à voter pour Louisa Hannoun sur un programme de défense des intérêts des travailleurs et des masses populaires contre la mondialisation libérale et ses partisans algériens qui mettent en œuvre le rétrécissement des libertés populaires, l’asservissement économique et la paupérisation.

Mais sa campagne d’unité nationale frisant le chauvinisme, sa complaisance vis à vis de l’autoritarisme de Bouteflika- Zerhouni, sa distance vis à vis des explosions désespérées de la jeunesse et son attitude mitigée par rapport aux luttes sociales nous obligent à rappeler ces divergences.

 

Il s’agit avant tout, pour le PST qui n’a pas présenté son candidat de prendre date dans le combat pour faire émerger dans les luttes de demain une alternative politique conséquente démocratique antilibérale et anticapitaliste.

Il ne faut accorder aucune voix aux projets libéraux et conservateurs et aux ennemis de la démocratie et des luttes des travailleurs et des masses populaires.

DN du PST. Alger, le 26 03 04

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Les travailleurs doivent tracer leur propre route

Cette rentrée 2003 se caractérise par la crise qui fait rage au cœur du pouvoir et de ses institutions, mais les rivalités aiguës exacerbées par l’approche des présidentielles ne proposent aucun débat clair, aucune controverse porteuse de sens, forçant l’opinion populaire au repli méfiant et à l’attentisme.

C’est pourtant le mouvement social des grèves et de la révolte populaire de 2001, celui des jeunes émeutiers excédés par l’exclusion sociale et l’arbitraire, celui de la grève générale de l’UGTA contre les privatisations, c’est cette expression multiforme de la protestation populaire contre la politique libérale qui a stoppé les projets de Bouteflika. En quatre ans, il n’aura pas réalisé une seule privatisation et c’est tant mieux. Les dégâts commis dans le secteur des télécoms, l’incroyable désarmement tarifaire à la veille de l’accord de soumission à l’Union européenne sont déjà de trop. Et le monarque républicain se voit lâché par l’essentiel de ses appuis qui se groupent autour de la résistance de la direction de l’UGTA. Le débat politique semble alors s’éclaircir. Bouteflika, autocrate, ultralibéral, soutenu par l’Europe et les USA, est opposé à une coalition de libéraux qui s’affirment “modérés”, une coalition qui va de Benflis à Ouyahia, de la presse privée aux grands patrons jusqu’à la hiérarchie militaire et qui peu à peu mettait en avant le personnage du premier ministre Benflis.

Mais le mouvement social qui contraint par deux fois Bouteflika à geler ses projets conduit le président à changer de discours à l’approche des élections. Le voilà prêt à dépenser pour les besoins sociaux  la cagnotte jalousement préservée par Benachenhou sur conseil du FMI. Le voilà dissimulant Temmar, faisant taire Khelil et jouant à préserver l’économie nationale.

La désignation d’Ouyahia est une manœuvre efficace qui désorganise la coalition de ses adversaires et qui escompte notamment la neutralisation partielle de la direction de l’UGTA, fer de lance de la campagne contre l’ultralibéralisme présidentiel. Le choc du séisme du 21 mai qui  provoque, c’est naturel, un certain climat d’union sacrée vient appuyer la manœuvre présidentielle.

Et la rentrée sociale voit des luttes d’une virulence extrême qui ne portent aucun message politique clair. L’affrontement entre le président et son ancien directeur de campagne, l’opposition entre le FLN de Benflis et le RND d’Ouyahia au discours tout pareil, le conflit de légitimité autour de l’appareil du FLN que Bouteflika veut reprendre à Benflis qu'il avait chargé de remplacer Benhammouda. Tout cela laisse un sentiment de malaise. Et nous fait reculer par rapport aux clarifications du champ politique opérées au printemps dernier.

Il est certes aisé de condamner la brutalité de Zerhouni, de s’indigner de ses manoeuvres autour du FLN et de dénoncer ses intimidations contre la presse, mais comment s’intéresser aux questions de légitimité au FLN devant l’incapacité des députés de Benflis à refuser l’éviction de leur leader, quitte à risquer, par une dissolution, de perdre leurs privilèges ? Comment ne pas s’indigner de l’acceptation par les parlementaires de la gestion par ordonnances qui est une injure à la volonté populaire?

Les versions indigénistes qui pour complaire aux campagnes d’outremer refusaient de voir la réalité du jeu politique national ont dû aussi découvrir que l’armée domine (encore qu’en ces temps de monde unipolaire…), mais que le gouvernement gouverne, que le président préside, avec des pouvoirs exorbitants que nous dénonçons comme négation de la démocratie, et que les appareils politiques et syndicaux, mêmes les plus veules ne sont pas de simples pantins, qu’ils jouent chacun son propre jeu.

Bien sûr, pour comprendre le fonctionnement du FLN ou du RND, il vaut mieux se référer aux rassemblements de godillots, à l’UMP, à l’UDR françaises qu’à de vrais partis qui débattent, mais le fonctionnement démocratique et militant ne se trouve pas non plus dans les grands partis de l’opposition.

Même les concessions de la bipartite, spectaculaires pour qui se souvient des propos de Temmar et Khelil, ne laissent qu’un goût amer tant Ouyahia semble en rajouter sur les revendications antilibérales de l’UGTA. Décidément, les masses populaires ne pourront se reconnaître ni en Bouteflika ni en ses chefs de gouvernement successifs, l’établissement de la légitimité statutaire au sein du FLN n’offre aucune clarté en matière de programme politique, économique social.

Les travailleurs, les masses populaires doivent tracer leur propre chemin, affirmer leur propre programme, bâtir leur propre alternative démocratique, antilibérale et anticapitaliste. C’est une longue route à tracer par nos luttes et nos débats.

 SN du PST.  Alger, le 23 septembre 2003 

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Communiqué

L’éviction de Benflis prive le régime d’une dimension de sa façade démocratique : celle qui prétend que, conformément à la fiction constitutionnelle, le gouvernement est responsable devant les représentants du peuple et exprime donc l’opinion majoritaire de l’APN.

Le geste mesquin de Bouteflika comme l’impuissance des rodomontades de Benflis renvoient les députés aussi mal élus que le président au rôle de potiches surpayées que leur connaît déjà l’opinion populaire. C’est l’occasion pour nous de rappeler notre opposition au régime de toute-puissance présidentielle, véritable monarchie antidémocratique. C’est l’occasion d’exiger l’élection d’une Assemblée constituante souveraine qui prendrait en charge les aspirations des travailleurs des chômeurs des jeunes, de l’ensemble des masses populaires.

 Mais le spectacle dérisoire des rivalités du sérail dans la perspective des présidentielles de 2004 ne dissimulera pas la révolte populaire massive contre la politique libérale qui a contraint le régime à l’attentisme depuis 2001 et qui a donné tant de force aux disputes polies qui ont opposé le président et son homme de confiance. La rébellion médiatisée de Benbitour contre les mêmes ministres ultralibéraux du cercle présidentiel n’a pas fait tant de vagues, et le jeu d’équilibre qui oppose le FLN à son sosie le RND n’est pas non plus inédit.

Ce qui a changé, c’est que de la Kabylie à Aïn Fekroun et encore récemment à Ferdjioua, le rejet populaire unanime de la hogra et de la pauvreté a stoppé le rouleau compresseur libéral fauteur de misère. Ce qui est nouveau, c’est que de la grève des pétroliers à la grève générale de l’UGTA, des luttes enseignantes d’une brûlante actualité en cette fin d’année à la mobilisation de la santé encore pressante contre les projets d’Aberkane, les travailleurs refusent le recul du pouvoir d’achat et les menaces sur l’emploi. Ils rejettent la volonté de brader les hydrocarbures et l’ensemble du secteur public, ils ne veulent pas qu’on touche au système de protection sociale. Et ces luttes ont contraint Bouteflika à renoncer à l’application de son programme libéral d’ici 2004. Quitte à se faire sermonner par la Banque mondiale au nom des grandes puissances dont il espère le soutien protecteur.

Benflis et ses alliés se sont appuyés sur cette vague de protestation sociale pour contester avec force les projets de Benachenhou, Temmar et Khelil. La faiblesse de Benflis, c’est qu’il ne représente pas la révolte des masses populaires. Et son projet de tout libéraliser, en douceur, avec le consentement du syndicat n’est pas moins suicidaire pour l’économie.

L’arrêt du programme Temmar depuis décembre, le gel du projet Khelil confirmé en avril, le changement de ton présidentiel en faveur du dialogue dans son appel du 1er mai, l’éloignement de Khelil de la gestion de Sonatrach, l’éviction de Temmar sont des signes de cette volonté de démobiliser le front social confirmée par les appels répétés à l’UGTA. Les accents libéraux d’Ouyahia, le retour de Benachenhou n’influeront pas en dernière analyse sur la mise entre parenthèses d’ici 2004 de l’essentiel des projets antisociaux du président pour cause de rapports de force sociaux défavorables à cette agression contre les masses.

Pour peu que la pression des luttes ne se relâche pas, les travailleurs pourraient concrétiser des acquis appréciables sur le plan du pouvoir d’achat, de la redynamisation des entreprises du secteur public, de la négociation sur le statut de la fonction publique excluant toute dépermanisation, de la mise en œuvre d’un plan de relance économique. Il faut aussi interdire toute concrétisation partielle des réformes libérales qu’Ouyahia envisage comme signal d’allégeance aux multinationales déçues de reporter leur pillage.

Mais la prise en charge des intérêts des masses populaires ne saurait se suffire des concessions accordées par Bouteflika, Benflis et Ouyahia qui, avec leurs styles différents et des divergences parfois importantes sur les rythmes, partagent le même projet historique.

Au-delà des concessions qui récompenseraient nos luttes de ces dernières années, au-delà de l’échéance électorale de 2004, il importe que les travailleurs et les masses populaires tracent leurs perspectives indépendantes et se donnent les moyens de réaliser leur politique propre.

 SN du PST. Alger, le 18 mai 2003

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Mobilisons nous contre la mondialisation libérale agressive

qui menace nos acquis sociaux et nationaux !

L’opération de brigandage international qui a vu la plus puissante armée du monde offrir au capitalisme américain le contrôle des richesses de l’Irak a provoqué un sentiment de colère et d’humiliation parmi les peuples.

L’écrasement rapide de l’Etat irakien exsangue, malgré les espoirs  des premiers jours, malgré la plus gigantesque mobilisation politique de l’histoire, l’arrogance de la superpuissance US qui menace le monde et désigne ses prochaines cibles ont révélé de nouveaux rapports de forces, un nouvel ordre impérialiste mondial porteur de menaces sur les acquis sociaux et nationaux des peuples du tiers monde, lourd de dangers pour le bien être relatif actuel des travailleurs des pays avancés.

 La colonisation de l’Irak a aussi fait progresser le débat politique national en démasquant les véritables contours de l’amitié algéro-américaine et le véritable objectif de l’avant projet de loi sur les hydrocarbures. Les masses populaires savent désormais dans quelle stratégie mondiale les ministres aux ordres des grandes puissances inscrivent leur action de liquidation du potentiel économique national et de désarmement unilatéral des protections du marché national.

Voilà que la presse française dont le Président Chirac osait évoquer à Oran « les ambitions et les rêves de la colonisation », qualifie de pro-américain notre ministre du pétrole et déconseille l’adhésion à l’Otan qui mettrait l’ANP sous commandement américain sans prémunir le régime d’une agression qui prétendrait à nous apprendre la démocratie où à sauver un éventuel Kosovo tout en « sécurisant » Hassi Messaoud déjà interdit, sans laissez passer, aux citoyens dangereux que nous sommes.

 Mais cette clarté retrouvée qui dissipe un peu plus les illusions libérales dans notre jeunesse ne permet encore de tracer des perspectives politiques concrètes. L’indignation devant le scandale du groupe Khalifa, riche des dépôts publics, qui sponsorise l’OM avec l’argent des retraités, ne suffi pas à bâtir notre alternative.

Une stratégie de développement peut-elle être mise en œuvre dans les rapports de force réels du monde d’aujourd’hui ? Peut-on protéger notre marché national dans un tel contexte ? Comment sortir l’outil industriel public du marasme et de la régression comment le préserver des prédateurs qui nous gouvernent ? Comment empêcher le démantèlement, de notre médecine gratuite, de notre enseignement, de notre protection sociale, que nous pensions insuffisants et qu’ils trouvent trop luxueux pour nous ? Comment offrir, vite, un emploi, une vie décente, un espoir à notre jeunesse en plein désarroi ? Ces interrogations, ce doute rejoignent les sentiments de l’humanité entière qui doit réinventer son rêve collectif et poser de nouveaux jalons pour son combat émancipateur.

Répondre à ces questions, c’est aussi éviter que l’énergie de la révolte de la jeunesse se gaspille sous le drapeau de nouveaux partis du désespoir qui nous conduiraient à une régression profonde. Socialisme ou barbarie, depuis plusieurs décennies cette alternative est présente dans la douleur des masses populaires du monde entier.

 Oui notre lutte est possible, oui nous pouvons gagner. Le premier mai a été institué en 1889 comme journée internationale de lutte pour la journée de huit heures à l’époque où les travailleurs trimaient 16 heures par jour.  Aujourd’hui notre combat doit consister d’abord à préserver cet acquis d’un siècle de lutte mis en cause par le travail au noir, par l’enfer du secteur informel par le nouvel esclavage de la sous-traitance dans les chantiers du Sud. L’héroïque lutte de libération nationale a conquis une indépendance, à nous de la préserver. 

Sans le courage des jeunes émeutiers de Kabylie et de tout le pays Bouteflika aurait il consenti les quelques milliards du plan de relance ?  Sans les jeunes de Ain Fekroun lourdement condamnés, la médecine gratuite serait un souvenir. Sans la grève des pétroliers du 20 mars 2001, sans l’insistance de l’UGTA et de ses experts encerclés par les certitudes libérales qui avaient cours dans l’intelligentsia, sans la grève générale des 25 et 26 février derniers, Chakib Khelil aurait déjà offert notre pétrole aux majors du secteur comme il l’a fait en Argentine, comme d’autres l’ont fait pour le téléphone, et Temmar aurait déjà bradé son premier « lot » d’entreprises. Sans la longue et dure grève du CNES, sans les mobilisations des fédérations UGTA de la santé et de l’éducation, sans les protestations déterminées des syndicats de praticiens, les experts du FMI n’auraient pas conseillé au pouvoir d’augmenter les cadres.  Si les négociateurs syndicaux avaient accepté les aumônes proposées pour les corps communs, ils auraient accepté en vente concomitante la dépermanisation de 600 000 fonctionnaires. Et il nous faut saluer l’unité syndicale réalisée pour faire front contre le démantèlement de notre santé publique.

Oui nos luttes ont empêché le bradage. Et maintenant Bouteflika qui recherche la protection du parapluie français ne veut plus céder notre pétrole aux Américains. Préoccupé par sa réélection, il se voit contraint de reporter son programme libéral, et devra faire quelques concessions , saupoudrer investissements et emplois.  

Nos mobilisations convergent avec les résistances massives de la jeunesse du monde entier contre la mondialisation libérale, et c’est ensemble que nous pourrons changer le cours des choses et inverser le rapport de forces.

Il faut redessiner ensemble le projet historique des travailleurs et des masses laborieuses. Le projet socialiste.

Il  faut oeuvrer à rassembler dans la réflexion et dans l’action tous ceux qui se réclament d’une perspective démocratique antilibérale anticapitaliste.

SN du PST. Alger, le 1er mai 2003

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Irak : Non à la guerre de reconquête coloniale

Dehors les troupes d’invasion !


L’humanité entière découvre, en Irak, les horreurs d’une guerre de reconquête coloniale au vingt et unième siècle. Un affrontement disproportionné entre la première puissance mondiale et un pays sous développé, exsangue après deux décennies de guerre et de blocus économique, écrasé par trente ans de dictature féroce. Une guerre technologique où la propagande grossière s’appelle communication. Une guerre qui prépare la fin de l’ordre international bipolaire rendu obsolète depuis l’effondrement du bloc de l’ Est et qui révèle la vigueur des concurrences inter-impérialistes. Mais une guerre dénoncée par la plus gigantesque mobilisation politique de l’histoire.

Cette guerre qui appelle notre solidarité agissante aux côtés du peuple irakien menacé de crime humanitaire, de négation de sa souveraineté nationale et de spoliation de ses richesses, nous concerne directement. Car elle est un épisode sanglant de la même mondialisation libérale agressive qui sème la pauvreté et le désespoir dans notre jeunesse, la même offensive des grandes puissances qui menace nos entreprises publiques et nos acquis sociaux et la même stratégie américaine qui prépare la confiscation des hydrocarbures principale richesse de notre pays.

 Après la mise en place du protectorat américain en Afghanistan sous couvert de lutte contre le «terrorisme», Bush s’occupe de l’Irak.

Les puissances qui, officiellement, sèment la terreur puisqu’elles nomment leur opération aérienne, choc et effroi, prétendent lutter contre le terrorisme. Mais l’alibi des liens avec l’organisation intégriste islamiste de Ben Laden, destiné à motiver l’opinion américaine, prête à rire quand on sait que le gouvernement islamiste turc marchande en dollars le passage des troupes US et que les pétro-monarchies intégristes du golfe servent de base arrière à l’expédition américano-britannique.

Que dire des armes de destruction massive de Saddam quand les USA déversent leurs engins de morts surpuissants, leurs bombes sales aux déchets nucléaires, leurs bombes à fragmentation destinée à tuer le plus d’humains possibles, et gardent en réserve en Israël, aux USA en Europe des quantités d’armes atomiques, chimiques, bactériologiques etc.. Robin Cook a avoué, en démissionnant, que l’armée Irakienne humiliée depuis douze ans par les inspections des vainqueurs de 91 ne peut disposer que de restes des armes chimiques et biologiques que les USA et les Etats Unis lui ont vendu. Alors, où sont elles ces armes de destruction massive ? Où est elle la quatrième armée du monde ?

Mais c’est finalement en libérateur du peuple irakien que Big Brother a décidé d’engager l’invasion de l’Irak, la spoliation de ses richesses pétrolières, l’asservissement colonial de son peuple. Qui peut croire que la désignation à la tête d’un Irak occupé militairement et régenté par des gouverneurs américains, de quelque Karzaï irakien au service des magnats du pétrole Texan ressemble à la démocratie. La propagande assourdissante sur les méfaits de Saddam nous fera-t-elle oublier que son coup d’état a été soutenu par la CIA, que les puissances occidentales l’ont puissamment armé pour agresser l’Iran dans une guerre cruelle qui met fin au processus révolutionnaire et conforte la domination autoritaire de la dictature des mollahs, et que ces puissances ont cessé leur offensive en 91 pour lui permettre de réprimer dans le sang les révoltes kurdes et chiites et éviter ainsi le désordre si prés des gisements pétroliers les plus importants du monde.

C’est pour asseoir la propagande d’une guerre pour libérer l’Irak de son régime que l’ultimatum de Bush fait mine d’enjoindre à Saddam et à ses fils de quitter le pays. Cette mise en scène est vite abandonnée avec l’annonce que même en cas de départ de Saddam, l’armée US occupera l’Irak. C’est pour nous faire accroire à cette version farfelue d’une guerre contre Saddam que les faux scoops des services secrets lourdement relayés par les médias dits libres s’attardent sur les rumeurs de mort, de blessure au sommet du régime, sur les révoltes chiites non prouvées. C’est pour nous faire oublier les appétits de pétrole que les armes de mort et de destruction sont dites intelligentes ne tuant que les proches de Saddam quand les missiles US s’égarent de Turquie en Arabie saoudite et tuent par dizaines les soldats anglais leurs amis. 

Pourtant, dirigé par Saddam ou par ses sosies, favorable ou non à sa politique, le peuple irakien a résisté. Symboliquement. Les Anglais ont peiné à investir les villes du Sud, réputées rebelles à Saddam, qui refusent leur sympathie aux armées d’occupation. Les bombes n’ont pas immédiatement disloqué le régime de Baghdad malgré la disproportion des forces, malgré le régime Saddam.  Cela dit, il ne faut pas s’illusionner.

Les conditions de l’Irak avantagent la technologie des agresseurs. Elles ne sont pas celles des montagnes de Kabylie et des Aurès ni celles de la jungle vietnamienne. Baghdad n’est pas la Casbah. 

La nature anti-démocratique du régime est un facteur d’affaiblissement de la cohésion politique nationale. D’ailleurs, les blessures de la répression aliènent le flanc kurde qui ne peut s’identifier à son oppresseur.

Malgré tout, la résistance irakienne symbolique des dernières semaines démasque, quel que soit le sort des armes, la nature coloniale de l’invasion US.

La guerre coloniale US exprime l’offensive d’une mondialisation libérale agressive qui entreprend de défaire tous les acquis des combats sociaux et nationaux du vingtième siècle, démantelant les faibles embryons d’industrialisation autonome du tiers monde, réduisant la très relative autonomie politique des nations conquise par les luttes de libération et organisant la régression sociale pour les classes laborieuses des pays avancés. 

Ce rouleau compresseur libéral écrase les aspirations des peuples par la servitude de la dette, entrave le développement par les accords inégaux de l’OMC  et organise l’annexion économique par les traités régionaux  (ALENA, accords d’associations avec l’UE, NEPAD). Une telle violence contre l’humanité et contre les peuples du Sud s’appuie inévitablement sur des agressions armées, des guerres impérialistes pour briser les résistances et valoriser la supériorité militaire et technologique des grandes puissances.

L’enjeu irakien est multiple :

- Mettre la main en Irak sur les deuxièmes réserves mondiales de pétrole permettrait, sans craindre une crise énergétique majeure, de réorganiser la tutelle américaine en Arabie Saoudite et dans les émirats dans la perspective d’une remise en cause de l’OPEP et son corollaire la remise en cause du partage actuel de la rente pétrolière entre pays producteurs et grandes puissances.

- Détruire l’armée irakienne et son régime puis éliminer les régimes arabes nationalistes ainsi que le régime iranien afin de créer des conditions favorables à la destruction du mouvement national palestinien et au crime humanitaire envisagé par la droite israélienne au pouvoir.

- Utiliser le choc encore vivace du 11 septembre dans l’opinion américaine pour libérer la puissance US du syndrome de l’échec vietnamien. Depuis leur déroute au Vietnam les USA n’osaient plus faire intervenir leur troupes. En cas de victoire facile en Irak, les USA pourront faire jouer à plein leur supériorité militaire pour imposer les changements qui les arrangent dans le monde aux dépens des peuples du Sud et aux dépens des appétits de leurs puissants concurrents : l’Europe et le Japon.

- Valoriser la suprématie militaire et politique américaine au profit du maintien de sa prééminence commerciale dans un contexte de concurrence acharnée où l’Europe rivalise économiquement avec les USA et conteste leur domination politique.

 La guerre de 91 visait la destruction du potentiel militaire irakien pour éviter toute menace sur Israël et sur la péninsule arabe sous tutelle occidentale. Elle avait mis en place les prémisses d’un nouvel ordre mondial dominé par la superpuissance américaine marquant la fin du monde bipolaire causée par l’effondrement du bloc de l’Est. L’édifice onusien de l’après guerre, issu du rapport de force des deux superpuissances, a nourri beaucoup d’illusions par la marge de manœuvre que les affrontements Est Ouest avait laissée aux mouvements de libération nationale. Cet ordre mondial a évolué vers une légalité internationale au service exclusif des grandes puissances capitalistes.

La guerre de 2003 révèle les tentatives des puissances européennes d’échapper au leadership brutal des américains et de préserver leur part de domination et de pillage de la planète. Et le Sud reste sans voix. Cela pourrait notamment déboucher sur une refonte de l’ONU.

L’aventure militaire US renoue avec la politique de la canonnière, elle remet en vigueur le discours odieux de la guerre civilisatrice dans la tradition des conquêtes coloniales. Si elle n’est pas mise en échec, elle créera les conditions de changements tragiques pour les peuples du tiers-monde et de remise en cause des acquis sociaux dans les pays avancés.

 Bouteflika a approuvé les inspections de l’ONU au lieu d’exiger la levée du blocus alimentaire qui accable le peuple irakien, le désarmement d’Israël qui menace l’existence physique du peuple palestinien. Les rares dénonciations abstraites de l’agression, concédées tardivement à la solidarité unanime du peuple algérien, ne débouchent sur aucune condamnation des USA, aucune action diplomatique pour contrer les agresseurs. Au contraire Chakib Khelil  aide les USA par ses déclarations indignes sur le pétrole disponible au lieu de suggérer un boycott pétrolier comme en 73.

 Le ressentiment des Algériens contre la hogra US est unanime. La faiblesses des mobilisations renvoie d’abord à la lassitude populaire. La chute de Bagdad assomme le peuple algérien humilié. Mais Bagdad peut tomber, la guerre contre les peuples va continuer. Notre résistance aussi.

Plus que jamais une alternative démocratique anti-libérale et anti-capitaliste demeure nécessaire dans notre pays et dans le monde.

Alger le 10 avril 2003, SN du PST.

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Non à l’agression impérialiste en Irak !

Oui à la grève générale contre les privatisations !

Alors que l’agression impérialiste en Irak paraît imminente la situation nationale est marquée par la mise en échec temporaire par l’UGTA du projet de Khelil sur les hydrocarbures et le report des privatisations annoncées par Temmar.  

Après la mise en place du protectorat américain en Afghanistan sous couvert de lutte contre le « terrorisme », après l’offensive déstabilisatrice au Vénézuela, Bush projette aujourd’hui la mainmise sur l’Irak, dans la perspective d’une réorganisation de la domination impérialiste dans le Golfe et de la remise en cause de l’OPEP, sans parler des menaces sur le peuple palestinien en danger. Bouteflika, qui se veut l’homme de confiance des occidentaux se charge, lui, de  défaire en Algérie, ce qui reste des conquêtes du mouvement de libération nationale et de l’élan populiste des années 70, offrant dans le Nepad la soumission définitive de l’Afrique à l’ordre libéral, osant se satisfaire en Irak de l’indécent contrôle de l’ONU des grandes puissances. Président d’un pays prestigieux de l’OPEP, il offre aux grandes puissances la dénationalisation des hydrocarbures avant les monarchies vassales du golfe.  Les projets anti-sociaux dictés par les grandes puissances en Algérie font partie de la même offensive mondiale contre les peuples que la guerre en Irak.

  Le recul de Bouteflika devant les prises de position de la direction de l’UGTA s’explique par la crainte d’une tempête sociale qui compromettrait sa réélection en 2004 dans le contexte de rivalités exacerbées aux sommets du pouvoir. Le retrait temporaire des privatisations confirmé aux SGP par Temmar, est aussi le résultat des grèves sectorielles dans les secteurs menacés par le rouleau compresseur libéral comme les laiteries et l’ENCG, il est aussi le fruit des luttes dans la fonction publique paupérisée dans l’enseignement, la santé.. Ces retraits sont opérés sous la pression de la survenue continue d’explosions violentes de la jeunesse à travers plusieurs régions du Sud en janvier, plusieurs wilayas de l’est en février malgré les sévères condamnations d’émeutiers, malgré l’impasse kabyle. Malgré le reflux de la révolte populaire, le pouvoir n’a toujours pas réussi à venir à bout de la protestation de la jeunesse en Kabylie.

Le PST salue le triomphe incontestable du forum social mondial contre la globalisation libérale et se réjouit de l’envergure exceptionnelle de la mobilisation anti-guerre de la jeunesse dans les pays industrialisés.

Le PST, qui a tenu à se joindre au regroupement symbolique du 15 février initié par le PT, réitère son appel à une démarche unitaire responsable pour construire un large front des masses populaires de notre pays contre la guerre impérialiste en Irak.  Il appelle à rejoindre les initiatives clairement anti-impérialistes de soutien au peuple irakien et sera présent ce jeudi à la place du 1er mai.

Les protestations de la direction de l’UGTA, les grèves des ports, des enseignants après celles de la formation professionnelle, des travailleurs de l’université ont redonné confiance à des secteurs de plus en plus large des travailleurs qui s’étaient résignés à subir la paupérisation libérale. Mais les projets de privatisation ne sont que reportés, les cimenteries et les laiteries bénéficiaires sont toujours proposées « aux majors du secteur », le démantèlement de la médecine gratuite, des œuvres universitaires sont imminents. L’alternative d’un libéralisme soft piloté par Benflis ou Benbitour, proposée en échange, conduit au même  désastre social. Liquidations, compressions d’effectifs, dépermanisation massive dans la fonction publique sont toujours programmées.

 

Le PST appelle les travailleuses et les travailleurs à faire de la grève générale des 25 et 26 février une mobilisation exemplaire, et à faire de ces journées de protestation un jalon dans une perspective anticapitaliste à même de satisfaire les aspirations des masses populaires. Il appelle tous les secteurs à refuser l’émiettement et à converger dans cette action pour imposer un rapport de force global capable d’obtenir

-          L’abandon immédiat de tout projet de dénationalisation du secteur des hydrocarbures

-          le retrait définitif des projets cyniques de liquidation et de bradage du secteur public.

-          L’annulation immédiate du démantèlement programmé des systèmes de protection sociale.

-          La protection de la production nationale et du marché national et la dénonciation des engagements initiés avec les grandes puissances, l’abrogation de la loi sur les zones franches.

-          La lutte résolue contre la généralisation du travail informel et du travail au noir, contre les contrats temporaires et les emplois sociaux payés en dessous du SMIG.

-          L’engagement d’un programme sérieux de relance offrant du travail à notre jeunesse dans des projets qui prennent en charge les besoins sociaux des masses populaires.

-          L’augmentation immédiate du pouvoir d’achat des salariés et des retraités.

-          La levée des interdictions qui entravent l’expression des masses populaires, le droit de manifester à Alger, la libération des délégués détenus et de tous les jeunes manifestants réprimés à travers les wilayas du pays.

-          Non à l’agression impérialiste en Irak ! Oui à la grève générale contre les privatisations !

 

SN du PST. Alger, le 17 février 2003

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Non à la clochardisation de l’université !

Non à la privatisation et à l’exclusion sociale !

Au delà des circonstances exactes qui ont conduit à la mort d’un étudiant, la tragédie de Tlemcen a révélé les violences multiples au sein de l’université algérienne.

Car l’université aujourd’hui, c’est d’abord la clochardisation des étudiants, aux conditions de vie incompatibles avec les besoins de l’effort et de la production intellectuelle.

Entassés dans des chambres exiguës, trimbalés à travers les bouchons de nos villes, réduits aux portions alimentaires minimales et sevrés d’un véritable accès à la documentation et aux biens culturels de base, les étudiants sont pris en charge par un système pédagogique dont la véritable finalité semble être d’assurer le roulement des flots successifs sur les bancs de l’université.

  La renonciation quasi officielle au but naturel de former les cadres de l’avenir du pays provient de l’évanouissement des perspectives pour l’économie nationale. Lorsque les gouvernants ne renoncent à la vente de 40 entreprises en 2003 que pour nous promettre le bradage de 225 en 2004 qu’importe le profil de la formation qui sera donnée aux futurs diplômés chômeurs, dont il ne s’agit plus désormais que de réduire l’impact sur le budget de l’Etat. Réduire la protection sociale, réduire les dépenses publiques, il s’agit bien là des exigences habituelles du FMI des grandes puissances.

En 2001, Bouteflika nous disait sa mauvaise humeur devant l’ampleur des dépenses sociales causée y compris par les inondations et les tremblements de terre et il trouvait anormal que son gouvernement  continue à payer une bourse dérisoire aux enfants du peuple. Il exonère bien d’impôt, pourtant, tous les milliardaires investisseurs. Récemment, le porte parole du gouvernement s’inquiétait, sans provoquer de scandale, de l’augmentation du nombre des étudiants au lieu de s’en réjouir et il nous était suggéré qu’il soit mis fin à cette … dérive  démocratique.

Le cynisme et la violence subie par les masses laborieuses du pays se prolongent à l’université par une gestion administrative brutale de la progression pédagogique comme de la vie quotidienne.

Dans un espace universitaire envahi par les commerces privés et harcelé par les réseaux de prostitution, les pourcentages infimes de réussite, les humiliations sans nombre, la course éperdue pour sauver une scolarité  sans âme, sont des violences subies qui mènent aux réactions violentes.

Dès le début de l’ouverture politique concédée aux jeunes révoltés du 5 octobre 88, le pouvoir a œuvré patiemment à empêcher l’émergence d’organisations véritablement représentatives de la protestation sociale, et donc à empêcher la consolidation d’un syndicat revendicatif véritablement représentatif  comme l’UNEA de 68 et le SNEA-AD de 90.

La reconnaissance tardive des droits syndicaux pour les étudiants s’est faite en plein reflux des mobilisations et n’a donc servi qu’à couvrir l’émergence subventionnée des organisations étudiantes satellites des partis de la coalition gouvernementale

Dans le contexte national de désespoir social, la mise en œuvre imminente du projet de réforme des œuvres universitaires, qui vise à cesser de financer l’accès de l’université pour les enfants du peuple,  a bien besoin de la caution de ces prétendues représentations de la masse estudiantine.

La hargne des affrontements autour du contrôle des comités de cité n’accompagne aucun débat idéologique, aucune confrontation de projets politiques. En 82, Kamel Amzal,  au moment de poser une affiche pour une élection démocratique, était assassiné par un islamiste fanatique au milieu d’une centaine de nervis intégristes armés d’épées venus des quartiers environnants. Aujourd’hui, les organisations, qui se déchirent pour de dérisoires petits privilèges, sont affiliées à des partis qui gouvernent ensemble depuis huit ans.  Elles veulent être présentes lors de la distribution annoncée des services  universitaires aux intérêts privés.

Pourtant la violence des affrontements nous rappelle les multiples agressions et destructions de cette rentrée,  Elle trahit la profondeur du désespoir social à l’image des émeutes désespérées, qui depuis le printemps 2001, se sont étendues à des centaines de villages et de quartiers de nos villes. Elle pourrait constituer le tremplin pour l’émergence d’un nouveau parti du désespoir.

Pour faire cesser la violence désespérée de notre jeunesse et de nos étudiants, il faut lui redonner espoir par un programme de développement économique qui assure le droit à l’instruction, au travail, à la santé et au logement pour l’ensemble des masses populaires.

Un projet qui permette à nos jeunes de rêver à un emploi, un toit à une vie affective et sociale acceptables. Un projet qui redonne à l’université une utilité nationale, un sens.

Pour faire cesser la brutalité dans les campus, il faut renoncer à la violence inouïe d’une réforme cynique qui veut exclure de l’université les enfants du peuple. Il faut au contraire assurer des conditions décentes de logement, rapprocher les résidences étudiantes et enseignantes des lieux d’études,  faire cesser le scandale des taux de réussite infimes qui condamnent l’institution et non les recalés.

Pour établir une tradition de confrontation pacifique la matraque, on l’a bien vu en Kabylie, ne pourra rien. Les leçons de morale et les appels au calme ne feront rien. Il faut cesser la gestion brutale de l’administration et reconnaître la dignité des collectifs étudiants et leur droit de regard sur la gestion de l’université qui décide de leur avenir.

La défense de l’université n’est pas l’affaire des universitaires mais bien celle de l’ensemble des masses populaires. Elle s’inscrit dans le combat global pour opposer une alternative au rouleau compresseur libéral assassin de nos espoirs et de nos acquis sociaux. Mais elle dépend d’abord de la capacité des étudiants à se mobiliser et à se doter d’une organisation progressiste et représentative qui prenne en charge leurs intérêts d’enfants du peuple en solidarité avec toutes les luttes nationales et internationales pour la démocratie et le progrès social contre toute forme d’oppression et d’exploitation.

-         Non à la clochardisation de l’université !

-         Non à la privatisation de l’université !

-         Pour un syndicat étudiant autonome démocratique et combatif qui se situe résolument aux côtés des travailleurs et des masses populaires

-         Pour une université publique, de qualité, ouverte aux enfants du peuple qui procure un enseignement rationnel ouvert sur l’universalité.

 SN du PST. Alger, le 20 01 03

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 1- Non à l’agression impérialiste en Irak

 Bush prépare sa guerre en Irak malgré l’acceptation par le régime Saddam des contrôles les plus humiliants.

Dans un pays exsangue après une décennie de blocus économique, les grandes puissances prétendent trouver des armes de destruction massive dont tous savent qu’elles sont en général sous contrôle des USA, et de ses alliés.

L’action militaire des grandes puissances se pare des vertus de la défense des libertés  pour le peuple irakien et pour le moyen orient. Alors que les manquements aux droits humains les plus élémentaires et les menaces de génocide, en Palestine, l’absence des libertés élémentaires dans les monarchies vassales du golfe, le danger que fait peser sur la région l’arsenal nucléaire israélien aujourd’hui aux mains des courants les plus fanatiques, ne suscitent aucun intérêt chez les maîtres du monde.

Le silence complice du pouvoir Algérien, son adhésion au contrôle américain sous couvert onusien, ses initiatives sur le plan pétrolier pour rassurer le tuteur américain expriment  une allégeance aux Etats Unis et à l’Europe Occidentale qui rompt avec la pudeur habituelle d’un régime qui se revendiquait encore récemment de la tradition anti-impérialiste du mouvement de libération nationale. La guerre en Irak suit le même plan d’ensemble que le projet de privatiser le pétrole Algérien.

La démobilisation temporaire des masses populaires désorientées, nécessite la prise des initiatives adaptées pour réveiller la solidarité anti-impérialiste.

- Non à la guerre impérialiste en Irak !

Alger le 05 01 03

 SN du PST

 

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2- Communiqué contre la répression d' Abrika et de ses camarades

Le sort de Belaid Abrika, qui fut notre compagnon durant l’héroïque mouvement populaire de Kabylie du printemps 2001, et celui de ses camarades de prison suscite nos plus vives inquiétudes. 

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de rappeler notre opposition aux arrestations. Les cellules de prison nous semblent d’ailleurs un moyen de contact peu glorieux au regard des proclamations officielles de la volonté de « dialoguer ».

Alors que la vie et la santé de ces détenus est en péril. Le PST interpelle le gouvernement sur sa responsabilité.

  Alger le 02 01 03

SN du PST 

 

 

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3- Communiqué de presse après la Conférence Nationale des 24 et 25 octobre 2002 

Alger le 27 octobre 2002

A

Madame, monsieur  le rédacteur (trice) en chef 

Madame, Monsieur
Le Parti Socialiste des Travailleurs a tenu les 24 et 25 Octobre 
une Conférence Nationale à Alger convoquée par la Direction 
Nationale du parti.
Les délégations présentes ont débattu de la situation politique  et de l’état 
du parti  et ouvert les débats du prochain congrès du parti. 

J’ai l’honneur de vous communiquer la déclaration adoptée 
à l’issue des travaux de notre conférence.
Je vous prie d’accepter nos salutations.

Pour le PST     Chawki Salhi Porte parole

 

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- Déclaration du 31 mai 2002 sur les résultats des législatives

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Les premiers résultats officiels des législatives confirment le désintérêt massif de la jeunesse et des masses populaires pour une classe politique méprisante et corrompue.

Zerhouni fait mine de se réjouir d'avoir, au bout de tant de manoeuvres, fait voter moins de la moitié des Algériens selon des chiffres officiels qui semblent pourtant plus optimistes que les premiers pointages  que nous avons effectués à travers le pays. Son échec est pourtant évident.

Le boycott unanime de la Kabylie lors d'un scrutin organisé comme une provocation contre la volonté majoritaire ne saurait  être qualifié de "violence minoritaire".

Le refus de voter de plus de la moitié des Algériens dans le reste du pays, selon les chiffres officiels, traduit l'échec de la campagne indigne qui en appelait, jusqu'au jour même du vote, à la solidarité chauvine contre la Kabylie. Bouteflika a voulu faire oublier que la jeunesse de Kabylie s'est révoltée comme celle de Tarf, de Ain Fekroun, de Ain Naaja ou de Saida contre la même hogra et la même misère, contre la politique libérale qui clochardise le plus grand nombre au profit du bien être d'une minorité de plus en plus arrogante, contre la main de fer qui s'abat sur nos libertés pour empêcher notre résistance.

Aussi illégitime que ces devancières des années 80, l'APN de Bouteflika apparaît bien inutile. 

L'élan populaire du 30 mai qui traduit une défiance massive ravive la nécessité de bâtir un puissant mouvement politique progressiste pour imposer les aspirations des masses populaires.

 

Alger, le 31 mai 2002

Chawki Salhi

porte parole du PST

 

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- Pourquoi nous ne participons pas à ces élections

Le PST ne participe pas à ces élections.

Nous aurions aimé exiger avec le mouvement populaire la satisfaction de préalables démocratiques indispensables à la tenue d’élections. Car nous ne pensons pas qu’il est productif d’attendre « le départ du système en place », de lui même, sans qu’on l’aide à partir en mobilisant le peuple contre lui. Nos exigences ?

D’abord la fin des mesures d’intimidation et de terreur qui sont incompatibles avec la liberté d’expression, et la liberté de voter. Ce qui signifie aussi, bien sûr, la sanction des responsables de meurtres d’exactions, d’abus d’autorité dont l’impunité plane menaçante sur la liberté des citoyens. La démission des responsables politiques et militaires de la répression.

L’abrogation des entraves à la liberté de s’exprimer, de s’organiser, de manifester et de faire grève. Car le choix du peuple n’est pas libre quand on interdit à l’un de faire un parti, à l’autre de tenir un meeting et à tous de manifester dans les rues de leur pays, l’accès aux médias publics de tous les courants d’opinion.

La reconnaissance de Tamazight était aussi un préalable quand on sait l’obligation humiliante de s’exprimer en arabe classique dans la campagne électorale, où sur les bancs du parlement.

D’autres exigences démocratiques existent comme le dépouillement public sous le contrôle de la population, la publication détaillée des résultats pour permettre à tous d’apporter leur part au contrôle des élections, l’annulation de tous les résultats concernant les urnes soustraites à la présence du public et des scrutateurs.

Une campagne électorale exige aussi une obligation de réserve pour les gouvernants en place tenus à attendre le verdict populaire. Et l’on a vu Bouteflika et ses  ministres battre la campagne sous les caméras de la TV sans que ce temps soit décompté pour les partis concernés.

Et comment accepter les graves décisions économiques prises sans attendre le verdict populaire : adhésion à l’OMC, association avec l’UE,  programme massif de privatisation, suppression de la médecine gratuite etc… Un moratoire sur les réformes économiques était le moindre des respects du citoyen. Il a fallu l’exaspération des jeunes de Ain Fekroun qui croupissent d’ailleurs en prison pour faire reporter la décision.

Les concessions tardives et d’ailleurs partielles des revendications du mouvement populaire de Kabylie amènent un autre préalable : le report de la date des élections. Car on ne peut réhabiliter solennellement le combat douloureux de toute une population à quinze jours de la date limite de dépôt de candidatures et  attendre que ces gens participent. On ne peut prendre en charge tamazight le 16 avril et s’attendre à des candidats le 21. Il ne s’agit peut être que d’une région du pays mais nous tenons à toutes les régions du pays et celle là, le pouvoir y a reconnu que ses gendarmes ont assassiné une centaine de jeunes innocents.

Nous aurions alors œuvré à présenter aux travailleurs, aux chômeurs, aux jeunes et aux masses populaires une alternative politique. Car il faut bien saisir que d’Est en Ouest les Algériens se désintéressent de ce vote car ils n’ont vraiment personne pour qui voter.

Mais chacun sait que le pouvoir a préféré la fuite en avant répressive. Il a mis en oeuvre des rafles massives et des répressions brutales et s’est mis alors en place la tentative désespérée de convaincre les autres régions de se distinguer de la Kabylie en votant…

Au soir du 30 mai, Bouteflika et Zerhouni pourront se réjouir d’avoir un parlement aussi docile que les assemblées de cadres de l’Etat d’antan, aussi peu légitime que les assemblées d’avant 88. A quoi peut bien servir une représentation du peuple qui ne fait même pas semblant de représenter le peuple.

A partir du 1er juin la revendication de l’élection libre de députés du peuple prendra tout son sens.

L’incendie des révoltes de la jeunesse a éclairé l’avenir. Mais il faut prendre garde à ne pas décevoir. Si un projet politique progressiste organisé ne prend pas en charge l’immense espoir de nos masses populaires, la rage de ces explosions de colère peut de nouveau se fourvoyer dans une impasse réactionnaire comme en 88.

C’est pourquoi le PST travaille à rassembler les partisans d’une alternative démocratique et sociale anticapitaliste au service des aspirations populaires et appelle les travailleurs, les chômeurs les jeunes à se joindre à ce combat. 

Alger, le 29 mai 2002

Chawki Salhi

Porte parole du PST

 

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- Interview du 28 05 02 à la Nouvelle République (non publiée) 

Comment interprétez vous les mesures de grâce du Président de la République au profit des étudiants condamnés dimanche dernier pour « atteinte à corps constitué » ?

Il était déshonorant pour le président que des étudiants protestant contre sa politique libérale antisociale et antidémocratique soient réprimés. C’est cela la Hogra. Les peines infligées, deux ans fermes et huit mois fermes, sont de nature à briser la vie des jeunes emprisonnés et traduisaient la rage des autorités devant l’insolence populaire qui ne se laisse pas réduire malgré les charrettes de la répression.  Il y a un millier d’emprisonnés actuellement à travers le territoire national suite aux violentes réactions populaires contre la Hogra et la misère. Ici, contre la suppression de la médecine gratuite là, contre l’arrogance et l’impunité des porteurs d’armes. Nous sommes ravis pour nos jeunes militants de Bouzaréa et pour leurs camarades, mais qui se préoccupe des jeunes de Ain Fekroun qui ont, au nom du peuple Algérien, rétabli la médecine gratuite.

Il y a un autre facteur qui explique la décision présidentielle dont nous attendions la survenue après les élections dans un cadre plus large que l’université d’Alger. Aujourd’hui mardi, les étudiants de Bouzaréa,  déterminés, avaient décidés de forcer la sortie pour marcher dans la ville. Des solidarités d’autres centres algérois étaient attendues, et les graves incidents de la cité Bouraoui et de l’EPAU démontraient que la solidarité est réelle. A Béjaïa, et Sétif les étudiants prévoyaient des sorties dans la ville malgré les dispositifs répressifs, à Oran une pétition a circulé, marche prévue à Bouira. Des grèves de la faim étaient programmées après la répression des marches. Des contacts entrepris à travers les universités du pays ; Et ces étudiants non mobilisés qui voient leurs examens empêchés par l’occupation ne manifestaient aucune hostilité, au contraire. Bouteflika a préféré, à deux jours des élections, éviter le risque d’événements graves, à Alger et Sétif notamment, qui risquaient de compromettre la légende entretenue avec bonheur par le pouvoir : la Kabylie et la Kabylie seule conteste le régime et se désintéresse de ses élections.

 Mais il apparaît pourtant que le mouvement de Bouzaréa est le prolongement de la protestation de Kabylie ?

Oui et non.

Oui si l’on considère le mouvement du printemps 2001 comme le commencement en Kabylie d’une révolte des jeunes, contre la misère et l’arbitraire, qui a embrasé toutes les régions du pays. Des parents de détenus rencontrés ce matin à la prison d’El Harrach me disaient : la preuve que le mouvement n’était pas au départ pour la légitime revendication de Tamazight, c’est qu’après avoir eu Tamazight langue nationale,  le mouvement n’a pas ralenti.

Oui si l’on considère les aspirations des jeunes émeutiers, Samir Larabi et plusieurs détenus de Bouzaréa, étaient fondateurs de l’interwilaya, présents le 7 juin à Béjaia et le 11 juin à el Kseur pour adopter les revendications de la plate forme de l’interwilaya.

Non, si l’on veut dire qu’il s’agit d’un mouvement identitaire kabyle. Cela, c’est s’est une mise en scène du pouvoir, provisoirement réussie, qui tend à kabyliser le mouvement de Kabylie pour isoler du reste du pays la révolte populaire la mieux organisée, en raison de traditions historiques. L’anecdote savoureuse du jeune de Kouba, accusé « d’être kabyle » par les policiers venus l’arrêter traduit l’intention manifeste du régime d’identifier contestation et identité linguistique afin d’encourager la majorité arabophone de notre peuple à rester soumise pour se distinguer.

Non si l’on examine les slogans politiques reprochés à l’un ou l’autre des étudiants au long d’une journée d’audience : « Non à la privatisation de l’université, justice sociale, pouvoir assassin, non au FMI, Bouteflika brosseur du FMI, non à la hogra ». Les autres slogans du 18 mai, Ulac smah ulac, el djamiaa lechkoune lewlad echchaab etkoune (l’université pour qui, pour les enfants du peuple), ne sont pas différents.

Bastion syndical depuis sa création, bastion de gauche, mais aussi porteur de la revendication berbère, Bouzaréa qui a été, en 87, le centre de la grève nationale de 180 000 étudiants contre la sélection sociale à l’université, imposant le départ de Brerhi à l’époque, a été en 88 le pôle de la contestation démocratique, en 2001 le centre de la solidarité algéroise à la révolte kabyle et le 19 mai 2002, il y était question de faire campagne contre le dangereux projet de faire monter vers le prix coûtant le tarif des prestations universitaires (resto U, chambres etc..). D’où les mots d’ordre évoqués au tribunal.

 On parle beaucoup du taux d’abstention qui risque d’être élevé le jour du scrutin, rendez vous qui ne fait pas l’unanimité ?

De Tebessa à Tlemcen, de Tarf à In Salah les Algériens répètent :  pourquoi voter pour ces candidats qui une fois élus s’occupent de leurs salaires astronomiques, des affaires de leurs proches et votent sans protester les lois anti-populaires. Le discrédit de la pratique politique des partis bourgeois et des notabilités bourgeoises débouche, même, sur le discrédit de la politique et de l’idée de parti.

Bouteflika a joué sur ce sentiment, en 99, pour se présenter en sauveur national au dessus des puissants appareils partisans corrompus et inutiles, au dessus des représentants élus serviles et cupides et il engageait une déconstruction systématique des acquis démocratiques.

Aujourd’hui Bouteflika, inquiet pour ses élections fait campagne sur le thème les kabyles boycottent, sèment le désordre, brûlent le drapeau (ce mensonge marche à tous les coups), veulent se séparer etc.. les « arabes » doivent se distinguer… en votant. Cette campagne chauvine est engagée en hésitant car le pouvoir sait qu’il peut payer cher ces cris de haine. Mais il s’agit de limiter les dégâts le 30 mai. Il s’agit aussi d’éviter que la Kabylie forte de ses traditions politiques, ne fasse jonction avec les autres régions du pays dont les jeunes d’émeute en émeute expriment le même désarroi.

En fait, les masses populaires ont besoin d’un grand mouvement politique de gauche pour exprimer et porter leurs aspirations sociales et démocratiques. Le PST y travaille et des perspectives prometteuses se précisent.

 

Mais quelle est votre position sur ces élections ?

Le PST ne participe pas à ces élections.

Nous aurions aimé exiger avec le mouvement populaire la satisfaction de préalables démocratiques indispensables à la tenue d’élections. La fin des mesures d’intimidation et de terreur. La sanction des responsables. L’abrogation des entraves à la liberté de s’exprimer, de s’organiser, de manifester et de faire grève. l’accès aux médias publics pour tous. La reconnaissance de Tamazight était aussi un préalable quand on sait l’obligation humiliante de s’exprimer en arabe classique dans la campagne électorale, où sur les bancs du parlement. D’autres exigences démocratiques existent comme le dépouillement public sous le contrôle de la population, la publication détaillée des résultats.

Un moratoire sur les réformes économiques était le moindre des respects du citoyen. Les concessions tardives et d’ailleurs partielles des revendications du mouvement populaire de Kabylie amènent un autre préalable : le report de la date des élections. On ne peut prendre en charge tamazight le 16 avril et s’attendre à des candidats le 21. Il ne s’agit peut être que d’une région du pays mais une région où le pouvoir a reconnu que ses gendarmes ont assassiné une centaine de jeunes innocents. Mais le pouvoir a préféré la fuite avant répressive.

Il y a une transformation dans les rapports entre les pouvoirs publics et la société civile d’une manière générale. Une lueur d’espoir ?

Les investissements des négriers d’Europe et d’Amérique que le pouvoir et l’opposition appellent de leurs vœux ne peuvent exister que si les travailleurs sont soumis et bon marché.

Pour faire accepter la suppression des acquis sociaux issus de la tradition populiste des années 70, médecine gratuite, enseignement gratuit accès massif à l’université même pour les classes populaires, stabilité de l’emploi dans la fonction publique et dans le secteur étatique etc…, il faut empêcher les protestations populaires.

Par définition le libéralisme ne peut être mis en œuvre sans répression politique malgré les professions de foi, fort sympathiques, qu’on peut faire quand on est dans l’opposition. Je parle de la répression des libertés  populaires. Le jeu dérisoire des notables dans les salons des palaces et dans les colonnes de la presse ne gêne pas.

Bouteflika, Zerhouni dont la culture politique est celle du monolithisme d’avant 88, ont aggravé cette tendance. En privatisant (réservant à leur usage strict ndw) la télévision, en humiliant même les partis qui le soutiennent, en vidant l’APN de tout pouvoir, Ces hommes du passé ont montré qu’ils ignoraient la souplesse que procure l’existence d’une façade démocratique. Il a fallu la détermination des jeunes de Kabylie pour qu’ils entrouvrent la télé publique aux représentants des partis, pour qu’ils découvrent les vertus du dialogue politique même avec « des organisations non autorisés », qu’ils concèdent la pluralité linguistique etc…

La campagne assez générale contre « le système rentier bureaucratique » vise à recomposer le bloc social au pouvoir excluant les partenaires populaires, devenus témoins encombrants en ces temps de haute rapine, (appareils syndicaux, associations dites de la famille révolutionnaire), elle veut remettre en cause le contrat social moribond issu des années 70 et asseoir un nouveau contrat social bâti sur la précarité et la soumission des pauvres gens.

Les explosions de Kabylie de Tarf, de Ain Fekroun, Annaba, Mila Jijel Sour el Ghozlane etc… ont temporairement stoppé ce processus.

L’incendie de ces révoltes de la jeunesse a éclairé l’avenir. Mais il faut prendre garde à ne pas décevoir. Si un projet politique progressiste organisé ne prend pas en charge l’immense espoir de nos masses populaires, la rage de ces explosions de colère peut se fourvoyer dans une autre impasse réactionnaire comme l’a fait la belle jeunesse radicale de 88.

C’est pourquoi le PST travaille à rassembler les partisans d’une alternative démocratique et sociale anticapitaliste au service des aspirations populaires et appelle les travailleurs, les chômeurs les jeunes à se joindre à ce combat.

Alger le 28 mai 2002

Chawki Salhi

Porte parole du PST

 

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- Communiqué  18 05 02 arrestations de Bouzaréa

Le PST condamne l’arrestation, aujourd’hui, à l’université de Bouzaréa, du camarade Samir Larabi, militant du PST, et de nombreux  autres étudiants à l’issue de la manifestation qui s’est déroulée dans l’enceinte universitaire à l’occasion du 19 mai et qui s’est transformée en protestation contre la visite présidentielle.

A noter que ces arrestations ont eu lieu après la fin de la protestation massive des étudiants. Samir a d’ailleurs été arrêté alors même qu’il intervenait pour dissuader les policiers d’emmener deux étudiants. Des informations rapportent que d’autres arrestations à l’aveuglette ont aussi été opérées quelques heures plus tard.

Le PST salue les étudiants qui continuent leur mobilisation pour imposer leur droit à l’expression et exige la libération des quatre otages détenus au commissariat de Bouzaréa.

 

Alger, le 18 mai 2002

Chawki Salhi

Porte parole du PST

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- Interview à Rouge du 11 05 02 sur la situation en Kabylie

KABYLIE   Bilan d'étape

La Kabylie continue de vivre sous le joug d'une politique dans laquelle elle ne se reconnaît pas. Chawki  Salhi, le porte-parole du PST, nous livre ici son analyse.

  - Les nouvelles qui arrivent de Kabylie sont assez alarmistes. Qu'en est-il réellement?

Chawki  Salhi- Au lendemain du discours de Bouteflika, les émeutes continuaient à survenir ici et là, indifférentes aux concessions sur le tamazight1. Dans ce contexte, le Front des forces socialistes (FFS) n'osait plus annoncer sa participation aux élections. Lorsque les premières brigades de gendarmerie ont commencé à évacuer leurs locaux, des scènes de joie incroyables se sont déroulées. Ce qui restait de la gendarmerie de Azazga a été détruit et les autres brigades, harcelées, étaient invitées à partir. A travers le pays, d'autres émeutes étaient signalées à Saida dans l'ouest, à Ain Defla au centre. Une attention sympathique était portée à la Kabylie, dont le combat prenait de nouveau l'éclairage de celui des démunis contre l'arbitraire et se dégageait de la coloration identitaire exclusive qu'on s'entêtait à lui coller.

Le pouvoir a alors engagé une vaste traque des militants de la tendance droitière du mouvement, hégémonique depuis la scission de l'été. Un bouclage impressionnant empêchait les manifestations prévues. La chasse aux manifestants se faisait de façon brutale et haineuse, comme à El Kseur. Plusieurs tués, mais pas d'armes à feu. Puis le processus d'évacuation des brigades a repris, le wali de Béjaïa annonçant même que les logements des gendarmes, évacués, seraient distribués à la population !

Sans aucun doute, le pouvoir a frappé ce grand coup pour maintenir la «peur du gendarme», valeur de base de la démocratie bourgeoise.

L'efficacité de l'opération répressive, malgré les milliers de manifestants qui ont couvert à pied des dizaines de kilomètres pour contourner les barrages, s'explique par la lassitude populaire après un an de révolte. Les nombreuses arrestations ont ciblé un courant précis du mouvement, espérant éviter de provoquer une riposte unanime. La brutalité qui a désorganisé une mobilisation qui n'était pas généralisée ne pourra pas tenir au-delà de quelques jours.

J'ai traversé hier, de part en part, une Kabylie paisible, qui tolère, certes, quelques barrages de gendarmes et qui prépare à Béjaïa une grève générale dimanche 7 avril, appelée par une réunion intersyndicale impressionnante qui a regroupé 45 secteurs différents, un collectif étudiant des comités populaires locaux. Tout à l'heure, sur un air de fête, les collégiens, de retour de vacances, sont descendus vers la gendarmerie pour protester contre la répression. On s'attend à du nouveau un peu partout avec la rentrée scolaire.

  - Quel écho ont les thèses autonomistes pour la Kabylie?

C. Salhi- Il y a certes une tentation de repli identitaire et le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK) a eu beaucoup d'écoute. Mais la répression actuelle a permis de constater que cet épouvantail fort médiatisé (pour éviter la convergence nationale autour de la révolte kabyle) ne représentait rien.

 - Les élections n'ont pas l'air de passionner grand monde. Quels sentiments chez les travailleurs et les masses populaires?

C. Salhi- Désintérêt total d'est en ouest. Les travailleurs, les jeunes et les masses populaires ne voient personne pour qui voter: ni islamisme pour contrer le régime honni, ni régime Zéroual pour échapper aux groupes armés islamiques, ni parti kabyle à la FFS, ni illusion Bouteflika, ni même gauche qui tarde à se concrétiser en alternative politique. La pratique politique bourgeoise est vomie.

Après la répression kabyle, le FFS et la plupart des partis ont annoncé leur non-participation. Bouteflika est mis en demeure d'annoncer de grands changements, sous peine de devoir renoncer à la façade démocratique du régime. On attend le remplacement du ministre de l'Intérieur et du chef de gouvernement, ainsi que le report des élections à la rentrée. Au moins. Il est par contre peu probable que Bouteflika ait la dignité de démissionner.

- Les privatisations sont annoncées pour la énième fois, est-ce une tentative de plus du gouvernement de forcer le barrage?

C. Salhi- Bouteflika est soutenu par les Etats-Unis et l'Union européenne, dont la propagande et les associations algériennes satellites s'acharnent sur le «régime des militaires» en épargnant son auguste personne. Son affaiblissement dans la crise actuelle va l'amener à tenter de conforter le soutien impérialiste en bradant de nouvelles privatisations au profit des multinationales et en accélérant l'adhésion à l'OMC, suicidaire pour l'industrie nationale.

- La désaffection pour la politique libérale du régime semble se généraliser. Est-ce une réalité?

C. Salhi- Autant la contestation des méfaits du libéralisme est généralisée, autant cette contestation ne se cristallise pas consciemment dans une expression antilibérale. La centrale syndicale Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et le patronat ont protesté contre le démantèlement des barrières douanières qui favorisait sciemment les multinationales et exprimé des inquiétudes sur l'accord d'association avec l'union européenne qui menace 500000 emplois productifs.

L'antilibéralisme patronal demeurera sporadique et celui de la direction syndicale, plus sérieux, ne prépare aucune offensive conséquente. La course aux places éligibles sur les listes RND et FLN occupe toute l'attention.

En fait, les travailleurs n'ont pas le sentiment qu'une autre politique est possible et la radicalité extrême de la jeunesse au chômage n'a pas non plus d'alternative sociale précise en point de mire. La politique économique refusée n'est pas désignée par libéralisme parce que le non-libéralisme n'est pas encore identifié. Alger, le 11 05 02

Propos recueillis par Malika Aïch

1. Langue berbère récemment reconnue comme une des langues nationales. 

 

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 - Déclaration du 04 04 02 sur la Palestine

Solidarité avec le peuple palestinien !

Alors que l’humanité entière suit avec effroi la sanglante répression engagée par l’armée israélienne dans les territoires autonomes palestiniens, 

alors que nous parviennent tous les jours les images de la lâcheté d’une agression militaire puissamment armée contre les pierres de la jeunesse palestinienne indomptable,

les grandes puissances et leurs institutions internationales alibis se contentent de motions abstraites mettant le plus souvent le bourreau et la victime sur un pied d’égalité.

L’Etat d’Israël, gardien des intérêts impérialistes dans une région stratégique, bénéficie de toutes les complicités. Et l’ONU des grandes puissances qui a couvert l’agression contre la Corée, l’Irak 1991, la Yougoslavie et l’Afghanistan sous le prétexte de divers bons sentiments reste passive devant la négation évidente des droits humains et l’étalage de la terreur israélienne.

Devant la banalisation des représailles collectives sur  tout un peuple pris en otage, comment ne pas souligner le cynisme de ceux qui osent demander à Arafat assiégé au milieu de son peuple accablé par la terreur sioniste de cesser d’être violent,

comment ne pas dénoncer l’indignation sélective des donneurs de leçon en démocratie et droits de l’homme qui se contentent  au mieux de motions vagues

comment ne pas fustiger l’innocuité de l’appareil judiciaire international  dont le bras vengeur ne peut s’abattre que sur les  dirigeants du tiers monde

comment ne pas rire de cette justice qui ne fera rien contre les assassinats ciblés de personnalités revendiqués par le responsable des massacres de Sabra et Chatila.

Le PST

-          dénonce avec énergie l’odieux régime d’apartheid imposé par l’Etat sioniste au peuple palestinien réfugié depuis cinquante ans dans son propre pays

-          condamne la terreur sioniste qui pourchasse les palestiniens dans les bantoustans où ils sont cantonnés, qui détruit une administration reconnue par l’ONU, qui multiplie les exactions et les assassinats

-          Se joint à la réprobation unanime des masses populaires de notre pays et soutient toutes les actions proposées pour exprimer une solidarité agissante

-          Appelle les peuples du monde entier à agir contre l’agression israélienne 

Le PST

-          salue la détermination et la dignité du peuple palestinien et de ses organisations,

-          salue le courage de sa jeunesse qui a su depuis la première intifadha forcer le destin.

-          soutient le combat  du peuple palestinien pour recouvrer ses droits nationaux

-          salue les militants du monde entier et de l’intérieur même d’Israël qui persistent à refuser l’innommable et l’inhumain. 

L’oppression inhumaine vécue depuis cinquante ans par le peuple palestinien met au premier plan le recouvrement des droits nationaux du peuple martyr et la satisfaction des revendications nationales exprimées par ses propres organisations 

-          la constitution d’un Etat souverain débarrassé de toute tutelle regroupant au minimum les territoires occupés en 1967

-          le droit au retour pour l’ensemble des réfugiés qui le désirent

-          le démantèlement complet des colonies

-          le dédommagement pour l’ensemble des préjudices subis et des destructions

 

Alger le 4 avril 2002

Chawki Salhi

Porte parle du PST

 

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- Message à Solidal du 30 03 02 sur la répression

Chers amis

Je vous transmets ci-dessous la déclaration du PST d’hier vendredi sur la répression. Auparavant, j’aimerais vous faire connaître quelques appréciations personnelles sur la situation.

Le mouvement populaire de Kabylie n’est plus, loin s’en faut, ce qu’il était au printemps dernier. La situation de quasi-double pouvoir, l’unanimité populaire derrière les structures d’auto-organisation, l’étendue géographique, la radicalité des consciences tout cela n’est plus.

La courbe descendante a commencé au lendemain de la marche gigantesque du 14 juin dont le succès n’a pu être capitalisé en avancée politique.

Le 5 juillet la marche  des délégués vers … les frontières de la Kabylie a commencé d’enterrer les ambitions du mouvement et de détacher les jeunes.

Chasser les gendarmes sans prendre en charge de façon consciente et systématique les questions d’autodéfense etc.. a contribué à une situation confuse qui a dispersé les différentes composantes sociales de la protestation. Les manifs quotidiennes n’ont plus concerné que des franges de jeunes sans perspectives se reconnaissant de moins en moins dans les structures.

C’est pendant l’été et sa collection de défaites programmées (marches sur Alger par avance avortées) que les structures ont changé de direction et que l’hégémonie de la gauche, PST autour du CPWB a été remplacée par celle de Gherbi et aarouchs soutenus par le RCD et de l’extérieur par le noyau autonomiste (Ferhat Mehenni MAK), le MDS et la presse francophone. Nous avons aussi loupé le redéploiement possible de la rentrée sociale.

L’affaiblissement considérable de la mobilisation et de la représentativité des structures d’auto organisation ne signifie pas que le pouvoir a pu rétablir son contrôle de la situation. Les gendarmes sont toujours boycottés par toute la population. Les différentes tentatives de rétablir le contact par le biais de Gherbi notamment, de remettre en selle des citoyens tranquilles comme ces comités (FFS) de Tizi qui demandait aux autorités de faire la police, ont toutes échoué. Le RCD n’a pu que se fondre dans une dynamique étrangère à sa nature ;

Tout au plus le pouvoir et les partis de droite peuvent se réjouir d’avoir disloqué le mouvement et de l’avoir poussé à une impasse sous la direction aarouchs. Ils peuvent surtout se satisfaire d’avoir progressivement habitué tout le monde à mettre au second plan les revendications démocratiques populaires et surtout les revendications sociales.

Ce rappel très loin d’être exhaustif, est nécessaire pour comprendre aujourd’hui

Il n’y a pas de répression sauvage, Il y a bouclage policier, rafle massive, gaz lacrymogènes, matraquage. Personne ne m’a parlé de tirs à armes « normales » comme en Avril.

Le pouvoir a commencé par céder des choses non négligeables comme Tamazight langue nationale et le départ de brigades de gendarmes. Il espérait faire oublier les revendications sociales. La substantifique moelle. Celle qui a fait la radicalité des jeunes exclus, celle qui fait l’espoir de généralisation nationale.

Les aarouchs ont dû, pour argumenter leur refus des concessions, évoquer les revendications sociales qu’ils avaient évacué de leur discours. Les jeunes sans forcément verbaliser leur démarche ne se sont pas sentis concernés par une …victoire… qui ne change rien à leur vie. Ni à leur désespoir.

La joie furieuse des groupes qui détruisaient les locaux évacués par les gendarmes après le discours, correspond à la rage des gendarmes qui ont saccagé leurs propres logements au moment de les abandonner à d’autres corps de police. On a même parlé dans certains coins de mobilisation de citoyens qui espéraient récupérer les logements de gendarmes.

Le pouvoir a fait des concessions de dernière minute pour sauver la participation du FFS et la crédibilité des élections Il doit vite déchanter. Il se préoccupe aussi d’indiquer les limites de son retrait en faisant une démonstration de force. D’autant que divers échos témoigne d’une sympathie à travers le pays pour ce mouvement populaire qui a chassé les gendarmes.

Le répression a pris le dessus sur le mouvement parce qu’il n’est que l’ombre de lui même. Ils veulent désorganiser et détruire l’aile Aarouchs, ils veulent faire peur mais ils essaient de ne pas reconstituer le front unanime contre eux. Ils  ne pourront pas tenir la région au delà de quelques jours. Ils n’ont pas intérêt à réveiller la rage populaire du printemps surtout que les autres régions ne sont pas loin d’exploser à leur tour si ça s’éclaircit ;

J’apprends ce soir que la brigade d’El Kseur qui a enflammé la ville jusqu’hier a commencé d’évacuer ce matin dix heures. Idem  à Adekar

La grande traque des militants et des manifestants se voulait intimidation générale, et… frappe chirurgicale !! On a systématiquement arrêté des militants liés à la tendance aarouchs  et pas les autres.

On a, paraît il, inculpé Gherbi de création d’association non autorisée et annoncé à la TV la reprise de contrôle des locaux indûment occupés, mais au TRB le comité populaire première association non autorisée de toute la région s’est réuni le vendredi 29 et a même décidé d’une délégation vers le wali qui s’est présentée ce matin.

Le CPWB a reçu des menaces directes pour le cas ou il se mêlerait de la défense des réprimés et pourtant il s’en mêle, ses militants sont dans toutes les initiatives dans les villages. Bien qu’il n’arrive pas pour l’instant à prendre les initiatives nécessaires pour s’affirmer comme direction de la protestation. L’autre courant est plutôt absent arrêté, effrayé ou paralysé. Des délégués fuient leurs domiciles. Le RCD, là où il existe tire à boulets rouges. Comme disait un camarade le RCD a été récupéré par le mouvement. (Car au delà de la stratégie consciente de Sadi de pourrissement pour nuire à Bouteflika ou de reconquête de son honorabilité politique, on peut constater que le RCD n’a aucune marge de manœuvre dans les structures qu’il a rejointes et que ses manœuvres pour se poser en interlocuteur représentatif ou pour éliminer Gherbi ont échoué)

Pendant ce temps les manifestants sont réprimés et arrêtés sans nuance et sans ménagement.

La continuation du retrait des brigades indique le sens à donner à cette répression.

Des camarades estiment qu’il ne serait pas très difficile de chasser les forces de police. Mais la reconstruction du front de lutte n’est pas aisée. Nous en parlerons en temps opportun. Une échéance immédiate est ce mardi pour une procédure engagée contre les inculpés.

Mais souvenons-nous, Bouteflika a perdu. Ses élections sont déshonorées si elles se tiennent à la date prévue. Le FFS à deux doigts de participer a du renoncer. Même si  la formulation de Djeddai se distingue du rejet massif de sa base en Kabylie ;  Et au delà du boycott, le désintérêt populaire est général.

Voilà quelques éléments en désordre . A une autre fois.

 

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- Déclaration du 29 03  02 contre la répression

 

Non à la répression

La répression brutale des manifestations, les arrestations massives viennent piteusement mettre un terme au simulacre de dialogue laborieusement mis en scène par le pouvoir.

Les concessions  offertes par Bouteflika, pour cause d’élections proches, n’ont pas entamé la détermination du mouvement populaire de Kabylie, ni affaibli l’attention de la jeunesse et des masses populaires qui continuent de faire éclater leur colère à travers le pays contre l’exclusion sociale et la répression.

Après la carotte, le bâton, Bouteflika et ses amis pensent désormais que la langue de la matraque peut convenir pour le dialogue politique.  La répression ciblée de ces derniers jours entend, elle,  rassurer sur la stabilité du pouvoir et sur la compétence des services de répression à emprisonner ceux qui parlent et à interdire les marches de jeunes, à Alger, à Ain Defla, à Saida, comme à Béjaïa et Tizi Ouzou.

Quelle fâcheuse posture pour ceux qui s’étaient offerts comme médiation entre la révolte populaire et le pouvoir. Quelle piètre légitimité populaire pour les élections du 30 mai  de nouveau souillées par le sang de plusieurs jeunes manifestants ?

En réprimant une part de ce qui reste du formidable mouvement d’auto organisation du printemps, en dispersant les cortèges de jeunes accourus pour protester. Le pouvoir veut donner l’illusion qu’il est capable d’imposer son autorité à la volonté populaire.

En fait, le dispositif répressif veut profiter de la lassitude temporaire des masses populaires et de l’isolement des structures issues de la révolte du printemps.  

Ils ont tort de penser que les masses populaires de Kabylie accepteront sans réagir le retour à la normalité répressive  au mépris des sacrifices du printemps.

Ils ont tort d’espérer empêcher la contagion nationale parmi une jeunesse algérienne, au premier rang des victimes du libéralisme, qui manifeste une solidarité attentive.

Non aux arrestations ! Non à la répression !

Pour redonner confiance aux jeunes, aux travailleurs aux masses populaires et se donner une direction capable de sortir le mouvement populaire de l’impasse

Pour que les explosions de la colère populaire qui continuent de survenir aux quatre coins du pays ne soient pas sans lendemains politiques.

Il est urgent de construire une alternative politique à même de prendre en charge les aspirations démocratiques et sociales des masses populaires.

Il est urgent de construire un rassemblement politique capable de rassembler les énergies populaires et d’organiser les luttes des travailleurs et de la jeunesse.

Alger, le 29 mars 2002

Chawki Salhi

Porte parole du PST

 

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  - Déclaration du 15 03 02 après le discours de Bouteflika

PARTI SOCIALISTE DES TRAVAILLEURS

PST 27 Boulevard Zirout Youcef, Alger. tel 021 73 61 41- tel/fax 021 71 47 72 - email [email protected]

Malgré des concessions au mouvement populaire dont nous prenons acte comme autant d’acquis de notre combat, le discours de Bouteflika apparaît bien insuffisant et bien tardif. Mais surtout, il continue d’ignorer notre refus de sa politique de clochardisation de tout un peuple qui explique la détermination officielle à réprimer les libertés populaires.

Bien sûr, la promesse d’une reconnaissance constitutionnelle de Tamazight, est un acquis chèrement payé par vingt deux ans de mobilisation, une avancée positive dont nous prenons acte, même si nous continuons la lutte pour que Tamazight soit reconnue langue nationale et officielle aux côtés de l’arabe car c’est le seul moyen d’éviter la folklorisation.

Bien sûr, l’acceptation solennelle de la responsabilité de la gendarmerie bredouillée par le président constitue une victoire morale pour les martyrs du printemps noir. Mais ni le rappel des poursuites judiciaires, ni l’éloignement de la quasi totalité de l’effectif des gendarmes déjà réalisés en mai dernier, ne remplacent la sanction des responsables de la répression et de leur tutelle politique.

Le redéploiement des brigades, annoncé un an trop tard, en termes encore vague, est certes un motif de satisfaction, s’il venait à être confirmé sur le terrain. Mais la légitimité du mot d’ordre de la  jeunesse demandant le départ d’une organisation héritée de l’Etat français, qui fonctionne comme un corps d’occupation à travers tout le pays reste entière, l’exigence que toutes les forces de sécurité soient placées sous le contrôle d’institutions élues par la population garde toute sa pertinence.

Mais que dire de cette exaltation des vertus du dialogue, quand on s’est contenté d’un simulacre destiné à sauver la crédibilité des élections avec des interlocuteurs hâtivement désignés par les autorités, incapables de se réunir au milieu des populations qu’ils prétendent représenter ?

Comment peut on reprocher aux jeunes, qui n’ont le plus souvent dialogué qu’avec les matraques de la répression, de sombrer dans le désespoir ; comment s’étonner qu’ils détruisent leurs propres infrastructures sociales et économiques quand, même le droit de dire pacifiquement sa détresse dans les rues d’Alger demeure interdit.

 Mais le plus important de ce discours n’est il pas qu’au moment de glorifier la plate forme d’El Kseur on refuse encore d’entendre la colère des jeunes criée en tamazight à Béjaia, qui a pris l’accent annabi à Sidi Amar  et algérois à Ain Naadja pour dire le même refus de la misère et de l’arbitraire de Tarf à Adrar, de Khenchela à Labiodh Sidi Cheikh.

Comment oser s’accabler du budget social de l’Etat quand les jeunes exigent non l’aumône d’une aide sociale mais le droit au travail et le droit à la dignité. Car la revendication d’une allocation  chômage de 50% du SMIG est la seule demande que mérite un pouvoir qui ose interdire d’activité toute une génération comme s’il n’y avait rien à faire dans ce pays alors que des sommes astronomiques végètent dans les réserves de change.

N’en déplaise aux faiseurs d’opinion du pouvoir et de l’opposition qui sont tous au service de cette minorité qui n’en finit pas de s’enrichir pendant que la pauvreté accable le plus grand nombre, la revendication sociale est bien la mère de toutes les revendications du printemps de Kabylie, le point fort des révoltes aux quatre coins du pays. L’indifférence des jeunes au lendemain du discours  présidentiel est à la mesure de cet oubli consensuel qui met en avant la légitime revendication identitaire pour dissimuler l’unanime contestation du désastre libéral afin d’isoler la protestation organisée de la Kabylie de la révolte nationale de toute la jeunesse algérienne.

A nous de bâtir le puissant mouvement populaire organisé qui saura faire entendre les revendications des travailleurs et de la jeunesse, qu’ils se plaisent à continuer d’ignorer !

A nous de proposer une alternative politique et sociale au pouvoir de la hogra et de la misère !

 Alger, le 15 mars 2002 - 

Chawki Salhi . 

Porte parole du PST   

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1 - L'INTERVIEW D'ALGERIA INTERFACE : CHAWKI SALHI

Paris, 14/09/01 - Le porte parole du Parti socialiste des travailleurs (PST) évoque le rôle joué par son mouvement au sein du comité de coordination de Kabylie.

En juillet dernier des journaux algériens ont affirmé que des trotskistes avaient " infiltré " le comité de coordination en Kabylie, notamment pour " déstabiliser " le gouvernement algérien...

Les premiers qui nous ont dénoncé de cette façon sont des journaux arabophones comme Echourouk El Yaoumi, qui ont désigné des cadres du parti et moi-même comme étant investis dans l'organisation du mouvement. La campagne du journal L'expression, qui ne s'est pas contenté d'un article mais d'une bordée de papiers aussi abracadabrants les uns que les autres correspond, elle, à la période durant laquelle la présidence voulait choisir ses interlocuteurs pour des négociations avec le mouvement, et voulait réduire le rôle joué par des militants du PST et des militants de gauche...

Quelle est votre influence réelle sur ce mouvement en Kabylie?

Je ne peux pas m'attribuer, ce ne serait pas correct, de bonus ou des pourcentages. Mais lorsque cette jeunesse s'est révoltée contre tous les symboles de l'ordre social qui l'excluait, lorsqu'elle a refusé les partis majoritaires aux dernières élections dans la région, lorsqu'elle s'est révoltée contre tout ce qui représentait le monde dont elle était exclue, les militants du PST et d'autres militants de gauche ou syndicalistes ont joué le rôle qui a consisté à transformer les émeutes en un mouvement organisé de contestation(...) Ce mouvement populaire n'est pas une chose bien stabilisée, bien sûr, c'est un mouvement de l'instant, du moment. La gauche a joué un rôle déterminant dans cette construction, mais ce n'est pas un mouvement dont on peut établir de façon définitive la transformation...

Les premières dissensions sont justement apparues en raison de l'émergence de syndicalistes et de militants de gauche au sein du mouvement...

En fait le clash a eu lieu bien avant. En réalité nos militants et dirigeants sont intervenus avant même qu'il n'y ait des comités. Il s'agit de syndicalistes qui sont notamment intervenus pour construire les premiers comités. Pour rappeler que les délégués devaient êtres élus par la base, pour appeler au rassemblement de tout ce qui représentait la population en révolte contre la hogra et la misère. (...) Des attaques de toutes sortes se sont déversées sur nous dès le début du mouvement. Il y a eu cette campagne bizarre qui a consisté à appeler arch (tribu, NDLR) tout un mouvement qui ne s'appelait arch qu'à Tizi-ouzou, privilégiant une composante du mouvement et donnant un retentissement peu représentatif à ses initiatives. Il y a eu ces attaques contre les syndicalistes, qui pourtant agissaient dignement (...) et qui s'étaient tous investis dans cette mobilisation. Il y a eu aussi le silence de toute cette presse, notamment francophone, qui n'évoquait les trotskistes que pour dire leur inexistence, leur caractère d'extrême gauche, ou anarchiste...

Le PST a pourtant disparu du paysage politique, on n'entend pas beaucoup parler de votre parti...

Le PST a certainement disparu du paysage médiatique! Au plan électoral, nous n'avons pas gagné les millions d'algériens dans une phase ou les idées de gauche subissaient une sorte de reflux mondial. Pour son honneur, le parti a toujours continué à militer en Algérie. Il est malheureusement cité avec les usages de la presse de droite: toujours comme comploteur infiltré dans les mouvements et jamais comme partie prenante des combats de la société. (...)

Pour en revenir à la coordination, on a l'impression que le mouvement n'arrive pas à trouver sa voie...

Le mouvement avait sa logique jusqu'au 14 juin (date de la manifestation d'Alger, NDLR). Après cette date il lui fallait un second souffle, au niveau des objectifs. Il fallait certainement radicaliser certains aspects de son affirmation devant le mur opposé par le pouvoir aux démarches les plus rudimentaires d'une manifestation pacifique (...). Il fallait certainement un renouvellement au niveau des formes d'expression, car il était inutile de refaire de nouvelles démonstrations de sa représentativité pour un mouvement désormais massivement appuyé par la population. (...)

Va-t-il se réorganiser et activer sous de nouvelles formes?

Ce mouvement a constitué un choc considérable dans la société. Il a changé les rapports de forces en Algérie, on ne le dit pas assez. Il y a une certaine tradition d'immobilisme dans les partis, mais cette fois les gens ont reconquis le droit de manifester (...) Il y a une avancée qui restera, quel que soit l'avenir immédiat. Le mouvement doit redémarrer à la rentrée, c'est ce que nous espérons, des campagnes sont prévues, nous avons des divergences avec certains irresponsables... Nous pensons par exemple qu'il faut une manifestation nationale à Alger et non pas une manifestation de Kabylie à Alger. (...) Et quand bien même le mouvement aurait des difficultés à reprendre, la colère des jeunes, elle, persistera (...)

Que pensez-vous du rapport préliminaire de la commission d'enquête dirigée par Mohand Issaad ?

Pour être honnête, le rapport reprend des choses connues de tous (...) Il y a aussi un second rapport en préparation: iront-ils jusqu'à dénoncer les responsables, non pas des comploteurs mythiques derrière le pouvoir ou je ne sais quoi (...) Mais en établissant des responsabilités claires. Le président de la république n'a pas donné l'ordre d'arrêter de tirer, le ministre de l'Intérieur a salué les forces de l'ordre pour leur " retenue ", les chefs de la gendarmerie et de l'armée n'ont pas pris leurs responsabilités par rapport à ces actes qui ont duré plusieurs mois. Maintenant, pour le reste, il y a aussi des acquis qui ont été conquis par la pression populaire et qu'il est urgent d'intégrer dans le fonctionnement réglementaire et légal du pays. Les Algériens demandent le droit de manifester sans demander la permission, huit jours avant, de se mettre en colère (...) 

 Quel bilan faites-vous des deux années et demie de pouvoir de Bouteflika.

Bouteflika a été ramené par les chefs de l'armée, qui l'ont aidé à faire sa campagne et à se faire élire, certes. Mais Bouteflika a suscité un espoir immense que les différents commentateurs enfermés dans leur sectarisme n'ont pas vu. (...) Bouteflika a trahi, délibérément, les espoirs qu'il a suscités. Alors que cette popularité lui donnait la possibilité de se soustraire à toute pression (...) Il a continué de démanteler l'économie, il a continué de plonger dans le marasme total les entreprises et les secteurs existants. Si Ahmed Ouyahia (ancien Premier ministre, NDLR) avait, sous couvert d'une opération mains propres, mis en prison des centaines de cadres et mis sur la défensive l'encadrement du secteur public, Bouteflika les menaçait, lui, de réorganisation imminente et de disparition immédiate... Il a produit le même effet de paralysie sur un secteur qui ne bouge plus depuis si longtemps qu'effectivement il ne peut que s'enfoncer.

Le gouvernement n'a pas profité d'une conjoncture économique qui lui était favorable...

(...) Nous avons eu cette anomalie de ces réserves en devises de 14 milliards de dollars - pratiquement deux ans d'importations - qui allaient, je suppose, enrichir un capital déjà considérable des banques suisses. Alors que nous avions un investissement urgent, un investissement dans le développement du pays. Mais (le gouvernement) aurait pu investir dans des travaux d'infrastructure, ou des opérations publiques qui pouvaient fouetter l'économie, au lieu de les laisser en réserve, dans une position absurde, pendant que l'économie se mourrait... Et dans ces conditions, cette jeunesse peut-elle se taire ? (...) Aujourd'hui pour résoudre les problèmes, il faudrait faire tarir la source du désespoir, faire cesser cette politique économique qui fait émerger une classe arrogante de nouveaux riches et qui écrase la grande majorité de la population, il faudrait arrêter de démanteler l'économie algérienne (...). Il s'agit d'écraser le peuple algérien, de lui faire subir une régression au niveau des acquis sociaux, pour que la logique du droit au travail, jugée trop rigide, soit abandonnée au profit d'une jungle comme on commence à le voir dans des chantiers du sud du pays, par exemple: des gens payés quasiment au SMIG qui vivent dans des conditions inhumaines, dans des camps...

Des élections sont prévues au printemps 2002. S'agira-t-il juste d'un duel entre les partis qui soutiennent Bouteflika?

Il faut beaucoup plus qu'une élection classique pour changer les choses. (...) Nous sommes contre la logique d'un peuple appelé à voter une fois tous les cinq ans, et laissant un appareil opaque décider à sa place (...) Le débat dans la société ne fait que commencer: les émeutes des derniers mois à travers une vingtaine de wilayas n'ont accouché de comités véritablement représentatifs que dans la région kabyle. Cela prouve que tout un cheminement reste encore à faire. (...). Mais c'est un combat à long terme: ce ne sont pas les échéances de Bouteflika qui vont changer les choses. Mais au niveau électoral, qui sait? Apparemment les islamistes continuent d'êtres hors du coup, ils sont discrédités, et le RND comme le FLN ne suscitent aucun enthousiasme, ils pourraient juste stabiliser leur hégémonie sur le Parlement. Pour notre part nous jouons sur l'émergence de la gauche, d'un programme alternatif à tous les partisans du capitalisme qui se dispersent en des dizaines de partis et qui d'ailleurs rêvent tous, soudés derrière leur président, d'un parti unique. 

Interview : Djamel Benramdane

 

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2 - Interview pour el Khabar el ousboui

de Chawki Salhi porte parole du PST

par Mr Nouar Soukou

1- Comment analysez vous les évènements de la région kabyle ?

Pour rendre le marché algérien attractif pour les investisseurs étrangers, qui, comme vous le savez, ne sont pas des philanthropes, il faut démanteler le secteur public, diminuer le coût du travail en écrasant les salaires et les dépenses sociales, imposer de nouvelles normes de travail exigeant la soumission du travailleur à la surexploitation. Il est facile à comprendre que pour imposer cette agression contre les acquis sociaux des masses populaires, le pouvoir lance une offensive contre les libertés.

C'est dans ce contexte que la jeunesse s'est révoltée contre la hogra et la misère en Kabylie mais aussi à Tarf, Chlef, Naama Annaba dans des dizaines de communes notamment à l'est du pays. Nous ne parlons pas la même langue mais nous vivons la même misère disait un citoyen de Sour el Ghozlane.

La spécificité de la Kabylie est dans sa tradition politique particulière, qui a permis de transformer les émeutes spontanées de la jeunesse en un puissant mouvement d'auto organisation populaire qui revendique le respect des libertés populaires et la satisfaction des besoins sociaux.

2- S'agit-il d'un mouvement spontané ou d'un mouvement programmé ? Et du point de vue sociologique ?

On nous a dit que c'était un complot des militaires pour discréditer Bouteflika, d'une manoeuvre du président pour salir les gendarmes et l'armée, d'un complot étranger contre l'Algérie, d'une machination séparatiste orchestrée par l'étranger pour les uns ou par des clans du pouvoir pour les autres. On devrait avoir plus de respect pour cette jeunesse qui offre sa vie pour crier la révolte du peuple. Ce ne sont pas des marionnettes.

Même les dizaines de milliers d'invités de l'ouverture du festival que la propagande officielle a encouragé à prendre des distances avec la protestation kabyle ont tenu à interrompre par un vacarme assourdissant l'allocution de Bouteflika et à crier des mots d'ordre virulents.

Avec la liquidation de centaines d'entreprises locales, la réduction massive des effectifs dans les entreprises publiques du bâtiment et des travaux publics, la généralisation des emplois temporaires sous payés et non déclarés, la menace de démantèlement qui pèse sur les entreprises qui existent encore, la société algérienne est menacée d'effondrement.

Diplômés ou pas les jeunes algériens ne voient aucun espoir d'obtenir un emploi stable ni de disposer d'un logement pour mener une vie normale. Même le rêve de partir se heurte à l'impossibilité d'obtenir un visa. Ce désespoir concerne toutes les régions de l'Algérie.

Écoutez les gens qui luttent partout ne Algérie! Ils parlent de pénurie d'eau, de logements insalubres et surpeuplés, de revenus insuffisants et de chômage massif.

3- L'interruption du mouvement est elle venue spontanément ou est elle le fait de certaines parties ?

Après trois mois de manifestations et d'affrontements avec la police, après des dizaines de morts et des milliers de blessés, le mouvement effectue une pause et reprendra avec la rentrée sociale. Certains ne l'ont pas compris qui continuent à se fixer des objectifs irréalistes pour épuiser l'énergie des jeunes. D'autres espèrent que c'est fini. Les jeunes vous répondront partout : ce ne sera plus jamais comme avant. Lisez les journaux on continue en plein été à occuper des logements vides, à assiéger des mairies etc...

4- Quel est le contenu de votre intervention lors du Forum de RAJ ?

Mon intervention s'est attachée à dévoiler les réalités politiques derrière le déguisement des mots, derrière la langue de bois. On entend des partis des anciens ministres et des généraux dénoncer le pouvoir, les clans, le système. c'est incompréhensible. Il y a en Algérie, un système capitaliste en place. L'État est au service de la bourgeoisie. Le groupe politique qui est au coeur du pouvoir et qui vient de l'armée des frontières est soutenu dans sa mission par la plupart des partis qui défendent le même ordre social. C'est pourquoi on a vu des dirigeants très critiques de l'opposition devenir ministres et des généraux très puissants devenir des alliés de l'opposition.

La presse moderniste a soutenu dans le mouvement de Kabylie la tendance qui refusait le mot d'ordre d'abrogation du code de la famille et celui du retrait des amendements au code pénal qui répriment la presse. Qu"est ce qui est plus important que la défense de sa propre liberté ? La défense de l'ordre social des milliardaires menacé par la révolte des pauvres gens.

C'est aussi pourquoi on a trouvé une très large alliance des islamistes aux patrons de cabarets, des associations proches de la présidence aux partis de l'opposition pour manifester à Béjaïa contre le comité populaire et les syndicalistes.

5- Quel est votre position à l'égard du festival de la jeunesse ?

Ce festival boycotte la jeunesse algérienne qui est représentée par des organisations fantoches. L'année scolaire a été raccourci pour permettre les travaux de camouflage de la misère du peuple. N'est ce pas indécent d'organiser une fête pendant que le peuple est en deuil de tous ces jeunes assassinés. N'est ce pas scandaleux de parler de fête de la jeunesse et de débat démocratique alors que le gala de RAJ est interdit, alors que le droit de crier pacifiquement des mots d'ordre se heurte à la brutalité des gendarmes le jour même de l'ouverture.

6- Comment appréciez vous la situation sociale du pays ?

Sans la grève des pétroliers en mars et le soutien populaire qu'elle a suscité, sans la mobilisation kabyle, sans la révolte de Annaba, de Tarf etc... le démantèlement de l'économie nationale se serait continué et le régime aurait continué d'abattre sa main de fer sur les masses populaires sur leurs droits sociaux et sur leur droit de s'exprimer.

La menace persiste. Il appartient aux syndicats de se prononcer plus clairement en faveur de la révolte populaire et d'organiser une résistance efficace au rouleau compresseur du libéralisme.

Il appartient au mouvement d'étendre sa construction à travers le pays pour constituer une alternative. Il nous appartient tous de construire un puissant mouvement de gauche. Une force politique au service des travailleurs et de la jeunesse, au service des pauvres gens contre l'ordre des puissants.

7- Le rapport de la commission d'enquête sur les évènements de Kabylie porte des accusations à l'égard du PST ?

La commission d'enquête présidentielle, boycottée par le mouvement populaire, reconnaît la responsabilité totale de la gendarmerie dans l'agression du peuple et le maintien des provocations durant deux mois. Elle ne désigne pas clairement les responsabilités des chefs de l'armée et des services de sécurité, et celle plus importante du président et des dirigeants politiques qui ont non seulement oublié d'ordonner d'arrêter de tirer sur le peuple mais ont, en plus, accusé les jeunes. Ils ont même salué les forces de sécurité qui tiraient à l'époque avec des armes de guerre sur des poitrines d'adolescents sans armes.

Issaad reconnaît que la violence des jeunes est une riposte à la violence des gendarmes et nous avons l'honneur d'être le seul parti cité comme faisant partie de la révolte du peuple. En fait, les militants du PST ont contribué à transformer les émeutes désordonnées en un puissant mouvement populaire structuré et démocratique.

Ce n'est pas la première fois que nos militants, qui sont des militants du peuple, sont accusés par des rapports de police d'être derrière des manifestations, derrière des grèves , derrière des associations. Alors que nous agissons ouvertement dans la transparence au sein des travailleurs et de la jeunesse au sein des masses populaires.

8- Comment expliquez vous la participation des lycéens et des étudiants aux évènements ?

Le drame de la jeunesse est au coeur de la tragédie sociale de notre pays et de la planète entière livrée aux entreprises multinationales. La jeunesse scolarisée a toujours eu dans l'histoire un rôle d'avant garde. C'est aussi la jeunesse qui a manifesté à Seattle, à Prague, à Nice. C'est sur elle qu'on a tiré à balles réelles à Göteborg et Gênes.

9- Quels sont les points communs entre les évènements d'octobre 88 et les évènements actuels de Kabylie ?

En octobre 88 comme aujourd'hui en Kabylie à Tarf, à Annaba, en 85 à la Casbah, en 86 à Constantine et Sétif, en 82 à Oran, en 98 à Béjaïa et Tizi, la jeunesse exclue de tout avenir exprime sa rage et son désespoir. A chaque fois les commentateurs attribuent à tel clan des services secrets ou à telle puissance une colère facile à expliquer pourtant par l'exclusion sociale et l'impasse politique.

En 89, les jeunes du 5 octobre 88 se sont donné le drapeau de l'islamisme. La déception est profonde après l'échec islamiste et sa dérive barbare. C'est ce qui explique la spécificité de la région kabyle en 2001.

Aujourd'hui, pour la première fois dans notre pays un débat droite gauche se structure parmi les masses populaires.

 

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3 - Interview pour Rouge du 22 juillet 2001

1 Crois tu que le mouvement est arrivé à un tournant de son organisation ?

La Kabylie reste mobilisée comme on a pu le constater dans la marche du 19 juillet à Bouira contre la répression qui continue dans cette wilaya. Une action est envisagée le 8 août pour protester contre le festival international de la jeunesse qui compte festoyer pendant qu'on assassine la jeunesse algérienne. Mais dans l'ensemble il y a une sorte de pause en attendant la rentrée sociale.

Pourtant, la radicalité de la jeunesse algérienne demeure impressionnante. La presse bourgeoise annonce des émeutes tous les jours à travers le pays, des occupations de logements vides, des révoltes contre la pénurie d'eau ou contre le chômage. Mais en Kabylie, après trois mois de lutte et de sacrifices, les jeunes sont en attente d'une perspective, même si des explosions ponctuelles continuent de survenir. Dans ce contexte les couches moyennes, voire une part des gens plus âgés expriment parfois leur réticence. Il faut dire qu'outre les destructions et la perturbation des services collectifs, la saison touristique est ruinée ce qui est dur pour Béjaïa.

Le retard pris dans la structuration du mouvement est coûteux. Car s'il était courageux, hier, de s'impliquer dans un mouvement insurrectionnel, il est beaucoup plus facile aujourd'hui pour des d'arrivistes et des notables mais aussi pour les appareils du FFS, et du RCD, de s'insinuer dans les structures qui ont imposé leur légitimité. Le blocus médiatique contre le PST et contre la gauche fait aussi tout son effet.

Le fonctionnement en coordination de délégués tournants qui convient parfaitement à la gestion d'un mouvement en effervescence se révèle inefficace et pour coordonner utilement dans la durée l'immensité de la révolte kabyle et sa complexité. Au départ le refus d'élire formellement le collectif qui dirige de fait le mouvement permettait de dépasser les méfiances politiques rendues légitimes par la corruption rapide des élus FFS et RCD. En juin, c'est une campagne sournoise contre la présence des syndicats, en fait contre le PST, de l'ensemble des courants de droite relayée en juillet par l'ahurissante offensive médiatique anti-trotskiste orchestrée par la présidence. En tout état de cause, la structuration horizontale ne correspond pas aux besoins du mouvement qui dure et le changement est inéluctable. Il en est de même pour une certaine tendance à faciliter le consensus à tout prix qui a pu nuire à certaines clarifications indispensables.

2 Les différentes formes d'organisation influencent elles les décisions politiques

Les coordinations de village par aarchs dans la wilaya de Tizi Ouzou sont par nature perméables au retour des notables locaux corrompus, qu'il soient liés ou non au FFS au RCD ou aux associations de la présidence. Et ce, même si le mot aarch ne renvoie en réalité, qu'à l'aire géographique de l'ancienne tribu. Le comité populaire de la wilaya de Béjaïa se construit, lui, autour des syndicats qui en sont membres de droit et il intègre, par principe, des représentantes des associations féminines

A Sétif, à Bouira et ailleurs les comités de village et de quartiers ont du mal, à mesure que s'éloigne la radicalité des combats de rue, à endiguer le retour de notables (FFS, RCD) qui étaient , au départ hostiles au mouvement. Les comités de quartiers de Tizi Ouzou ville et même de Béjaïa ville connaissent la même problématique. Quand le critère de l'engagement politique et physique contre la répression n'est plus là, le quartier, le village multiclassiste retrouvent les hiérarchies sociales. C'est pourquoi il était urgent de cristalliser dans une structuration précise les rapports de force imposés par les couches les plus pauvres de la population, c'est pourquoi l'existence des plate formes les plus radicales, notamment celle de l'inter wilaya du 7 juin, sont si précieuses pour perpétuer l'identité sociale radicale du mouvement.

Se laisser diluer dans un rassemblement flou, c'est trahir la jeunesse et à terme perdre leur confiance et se retrouver isolé au milieu des appareils puissants des courants de droite.

3 Il semble qu'il y a une vraie coalition et à tous les niveaux contre le mouvement .

L'incroyable conspiration du silence de la presse sur la réalité de gauche du mouvement a beaucoup nui. La presse internationale a mis plusieurs semaines avant de s'avouer que le FFS était mis dehors. La presse d'Alger a privilégié les initiatives du RCD avant de faire la promotion de la coordination des arouchs qui ne s'était alors même pas imposé à Tizi Ouzou. La moindre de leur déclaration fait l'objet d'un battage considérable pendant que les comités organisateurs de la mobilisation ne disposent que de moyens dérisoires de communication.

Certains titres arabophones comme Echourouk avaient dés le départ imputé l'encadrement du mouvement à des dirigeants du PST nommément cités. Mais la presse francophone se contentait d'évoquer l'extrême gauche pour ne pas nous faire de publicité. Il n'est pas surprenant que, des islamistes à la présidence du FFS au RCD et au MDS, des notables locaux aux services de sécurité, tous se soient ligués contre un mouvement qui affiche une telle radicalité sociale, une telle intransigeance démocratique.

La disproportion des moyens matériels et financiers est terrible. Pourtant malgré la chasse aux sorcières contre le PST et la gauche, malgré la désinformation, la scission d'un petit groupe droitier à Béjaïa et la marginalisation de certains groupes de notables à Tizi Ouzou indiquent une décantation positive.

4 Tu as parlé dans ta conférence de presse de plan de sortie de crise du PST. Peux tu nous en tracer quelques axes ?

Notre parti appelle à changer d'ordre social. Certes, nous prenons position contre le projet libéral fauteur de misère et appelons au départ de Bouteflika de son gouvernement et des chefs de l'armée mais nous ne serons pas satisfaits par les replâtrages. Nous pensons que l'heure est à bâtir une alternative politique représentative des intérêts de la jeunesse et des masses laborieuses. C'est pourquoi nous insistons sur la construction du mouvement populaire.

Nous avons annoncé la publication prochaine d'un manifeste contenant nos propositions immédiates.

Chawki Salhi

 

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PARTI SOCIALISTE DES TRAVAILLEURS

PST 27 Boulevard Zirout Youcef, Alger. tel 021 73 61 41- tel/fax 021 71 47 72 - Email [email protected]

Alger, le 8 juillet 2001

Monsieur le directeur de la rédaction du quotidien l'expression

Monsieur

Votre édition du jeudi 5 juillet fait référence au parti que je représente, le PST, et me cite nommément dans un article signé Rafik Mokrani et paru en page 2 de ladite édition;

Je vous prie d'insérer les précisions suivantes dans l'une de vos très prochaines éditions.

Veuillez agréer, monsieur, les salutations d'usage.

Chawki Salhi

porte parole du PST

Précisions

En lisant mon nom dans un article signé Rafik Mokrani de votre édition du 5 juillet, je me suis trouvé partagé entre la satisfaction de voir levé le boycott unanime dont fait l'objet le PST et la vigilance devant ce que votre écrit recèle comme menace pour les libertés dans mon pays.

Depuis deux mois, on nous a dit, tour à tour, qu'il s'agissait d'un complot de l'armée pour abattre Bouteflika, d'un complot de la présidence pour discréditer les généraux à travers la gendarmerie, d'un complot de la France pour soumettre le régime algérien, d'une machination séparatiste au service de l'un des comploteurs précédents et aujourd'hui on découvre que dans "l'organisation des archs... dominent des anciens éléments trotskistes".

Il me faut d'abord exprimer avec force que ces jeunes qui crient leur haine de la Hogra et de la misère en Kabylie et dans une dizaine d'autres wilayas, offrant leur poitrine aux "balles normales", ne sont les pantins de personne. C'est le moindre des respects.

Au début vous le savez, il n'y avait rien, aucune structure à "infiltrer" au milieu du désespoir populaire et sous les coups de la répression. En fait les militants du PST actuels et anciens, comme d'autres éléments de gauche ont d'abord rejoint le peuple révolté et exprimé leur solidarité, ensuite ils ont contribué à la construction du mouvement populaire. Ils étaient donc présents avant même la naissance du comité populaire de la wilaya de Béjaïa et de la coordination des archs de Tizi Ouzou.

Il faut préciser que la dénomination Arch retenue par les comités de village de la région de Tizi Ouzou ne peut être utilisée pour désigner l'ensemble de la coordination inter wilaya

Peut-être sont-ce les intitulés comité populaire de wilaya de Béjaïa, coordination des comités de villages de Sétif ou de Bouira etc.. qui écorchent la bouche car ils révèlent l'expression du peuple d'en bas, et qu'ils interdisent toute folklorisation .

Avec la précision et l'incompétence d'un rapport de police, votre article énumère sur le ton péjoratif différents courants impliqués dans les comités. Comment vous expliquer ?

Quand un mouvement décide à l'unanimité de fêter le 5 juillet, et qu'il ralentit ses échéances pour converger avec les wilayas des quatre coins du pays gagnées par la contestation populaire comment y trouver une influence marquante d'un courant isolationniste au sein de sa direction. Le séparatisme, lui, se nourrit des campagnes chauvines entendues sur les bancs de l'APN, sur notre télé nationale, dans les pratiques dénoncées par tous qui opposent une région contre une autre et dans le refus officiel de reconnaître les droits linguistiques légitimes d'une communauté de notre peuple. Si la porte demeure fermée, il ne faudra pas s'étonner des conséquences.

Mais aujourd'hui ce mouvement refuse un bac régional exigeant une deuxième session nationale, ce mouvement insiste sur le logement, le travail, la santé, la dignité pour tous. "Nous ne parlons pas la même langue mais nous vivons la même misère" disait un citoyen révolté de la région de Sour el Ghozlane. C'est aussi le message des jeunes de l'est du pays.

Les militants socialistes n'ont pas "pour référence commune... Pierre Lambert" dont 99% des militants de gauche algériens ignorent l'existence et avec lequel notre parti diverge sur plus d'un point. Pour autant le courant trotskiste français dont vous citez les dirigeants n'a rien à se reprocher pendant la guerre de libération puisqu'il s'est courageusement mis aux côtés du peuple algérien en lutte contre le colonialisme français. Alain Krivine qui a soutenu le FLN pendant la guerre soutient le peuple algérien aujourd'hui et dénonce le sens des affaires juteuses de son propre gouvernement, c'est le moins que l'on puisse lui demander. D'autres sont soutenus par Mr Camdessus du FMI ou par l'internationale socialiste qui dirige l'impérialisme européen. A chacun ses amis.

Le PST est actif au sein du peuple depuis trois décennies. Il est inexistant à Club des pins et dans les grands hôtels de la capitale, son poids électoral dérisoire reflétait le discrédit temporaire des idées socialistes. Aujourd'hui le peuple a ouvert les yeux sur les méfaits des politiques libérales qu'on lui impose. Nous n'avons pour l'instant jamais pratiqué d'entrisme puisque nous agissons en toute transparence dans les syndicats, les associations les mouvements populaires. Vous le savez, nous étions la dans les grèves ouvrières et étudiantes de 77, dans le printemps berbère de 80, dans les collectifs féminins de cette époque et d'aujourd'hui, dans les comités de quartier et les mobilisations étudiantes de 86 et de 88, dans la riposte démocratique du 25 janvier et du 8 mars 90, dans le boycott scolaire de 94, dans la révolte de juillet 98, dans les grèves contre les privatisations. Jamais on ne nous a vu traîner dans les salons d'une ambassade de grande puissance.

Pour autant, notre participation aux combats du peuple, notre contribution à ses mouvements structurés ne fait pas de nous les propriétaires de quoi que ce soit. Il faut s'habituer à l'idée démocratique qui considère que le peuple, que la masse des travailleurs et de la jeunesse est immense et qu'un parti politique, bon ou mauvais, n'y est qu'une petite portion qui contribue à son épopée historique.

Si au lieu d'évoquer avec dédain notre peu de manifestation dans la vie publique vous nous donniez la parole, de temps à autre, vous sauriez que notre parti rejette l'appel à une commission internationale sur l'Algérie qui signifie dans le contexte actuel le renforcement de la mainmise des grandes puissances sur les richesses de notre pays et la remise en cause de l'indépendance politique si chèrement acquise. Pour autant le soutien des peuples nous intéresse comme il a intéressé jadis le glorieux FLN.

Notre parti ne prêche pas le refus de contact avec les autorités en place. Nous avons toujours boycotté les cérémonies d'allégeance où il nous était demandé de faire de la figuration. Nous nous sommes présenté au débat les rares fois où il nous était demandé d'exprimer notre position.

Vous le savez les comités populaires ont eu des contacts avec les autorités locales ou nationales.

Mais pour manifester réglementairement leur colère les citoyens doivent demander la permission huit jours avant la mort de Guermah Massinissa qui déclenche cette colère. Est ce possible ? Est ce respectueux de la dignité du peuple ? C'est pourquoi le mouvement refuse de se soumettre à la réglementation quand elle codifie l'arbitraire.

Quand à dire que le mouvement populaire où une partie de ce mouvement, privilégie "des interlocuteurs internationaux socialistes ou trotskistes" c'est tellement éloigné de la réalité que j'imagine que cette curieuse accusation est destinée à diaboliser ouvrant la porte à l'accusation complot de l'étranger qui fleurira bientôt sous les applaudissements de Bush, de "l'ami de l'Algérie" Camdessus etc...

A ma connaissance le mouvement n'a aucune espèce de relation avec un quelconque mouvement international organisé mais il exprime massivement la détresse sociale du peuple et la détermination de la jeunesse de s'en sortir. Il ne sera pas facile de dissimuler une réalité aussi éclatante

Alger, le 8 juillet 2001- Salhi Chawki - Porte parole du PST

 

 

 

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5 - Article paru dans inprecor - 19 juin 2001

Algérie

L'insurrection sans armes de la Kabylie

Par Chawki Salhi*

Depuis maintenant deux mois la région kabyle est en insurrection et des révoltes éclatent ces derniers jours à travers une dizaine de villes de l'Est du pays, notamment dans les métropoles d'Annaba et Constantine. Dans une Algérie assommée par les sommets de barbarie vécus durant les années sanglantes d'une guerre déroutante, accablée par le programme de démantèlement économique exigé par le FMI au nom des créanciers impérialistes, le désespoir était partout.

La révolte kabyle démarre autour de deux incidents tout à fait ordinaires sous l'état d'urgence dans un pays qui compte ses morts par dizaines de milliers et ses disparus par milliers: fin avril, un jeune lycéen, Massinissa Guermah, arrêté par hasard, meurt dans la gendarmerie de Beni Douala (près de Tizi Ouzou), au même moment, les gendarmes d'Amizour (près de Béjaïa) enlèvent en pleine classe trois jeunes et malmènent le professeur qui s'oppose à la violation de l'établissement(1). Mais cette fois-ci, dans une région kabyle frondeuse, épargnée par la vague islamiste, et qui, dans son flanc bédjaoui, n'a pratiquement connu ni la guerre ni l'abattement de l'après-guerre, la riposte de la jeunesse est d'une radicalité inouïe.

Comme une traînée de poudre, la révolte s'étend à toute la région kabyle, sur sept wilayas (départements), criant la haine de la hogra (algérianisme signifiant arbitraire et mépris), clamant le refus de la misère et dénonçant le pouvoir assassin. La revendication de la reconnaissance de la langue Tamazight est toujours présente mais les mots d'ordre sociaux sont en avant contrairement à l'explosion fortement identitaire de juin 1998, au moment de la mort de Matoub.

Les jeunes révoltés s'en prennent à tous les édifices publics, à tous les symboles de l'État central comme aux notables suspects de corruption. Mais ils s'attaquent aussi aux représentations des partis Front des forces socialistes (FFS), Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) comme à celles du très officiel Front de libération nationale (FLN) condamnant leur gestion municipale scabreuse, leur appartenance au consensus libéral et leur pratique politique bourgeoise. La destruction de la villa du maire de Tazmalt, que toute la population accuse d'avoir en 1998 assassiné un jeune manifestant, le saccage de la maison de son secrétaire général, où l'on découvre un véritable dépôt de télévisions, de frigos,... les corrompus ont été nombreux à subir la colère populaire. La jeunesse assiège à mains nues les locaux des brigades de gendarmeries, incendie les logements de gendarmes, épuise les renforts de police anti-émeutes, malgré les tirs à balles réelles. Au bout de 40 jours, on annonce soixante morts et des centaines de blessés par balles. Le pouvoir annonce même près de trois mille blessés, en majorité parmi ses propres troupes. Les médecins témoignent que la plupart des tirs sont faits dans le dos des victimes et que les snipers tirent pour tuer. Les gradés de la gendarmerie avouent à la télé que les dispositifs répressifs n'ont été opérationnels que durant la première semaine, se contentant par la suite de protéger leurs casernements, leurs logements et leurs familles de la colère populaire. Un responsable policier annonce que les effectifs massivement remplacés sont démoralisés. Les camarades rapportent des témoignages de désertion ou d'automutilation pour pouvoir fuir les combats.

Une révolte contre la misère et l'oppression politique

Avec 50% de la population en dessous du seuil de pauvreté, 30% de chômage, un édifice économique en cours d'effondrement, une privatisation en vue pour les rares secteurs juteux (pétrole, téléphone ) la politique libérale imposée par les créanciers de l'Algérie a conduit la jeunesse au désespoir pendant que l'abattement gagne la classe ouvrière en attente de compression d'effectifs, les licenciements se comptent par centaines de milliers, les retraités sont menacés de non versement de leur pension insuffisante. Pour gérer cette agression inouïe contre le peuple algérien, pour conduire ce processus qui restitue à l'impérialisme les hydrocarbures, l'électricité, l'industrie mécanique, l'aéroport d'Alger et la gestion des palaces, il fallait un pouvoir malléable, rendu incapable de défendre des intérêts locaux contre la recolonisation. Mais ce pouvoir devait être capable d'abattre une main de fer sur une population de tradition populiste afin de la soumettre aux nouvelles normes de l'exploitation capitaliste.

Porté en début de règne par un immense espoir populaire autour de sa promesse de retour à "l'âge d'or" des années 1970, celui de la dictature populiste de Boumediene, le président Bouteflika avait les moyens politiques d'imposer ce tournant brutal au peuple. C'est pourquoi Européens et Américains le soutiennent. Les Algériens avaient, dans l'ensemble, consenti à sa concorde nationale et à l'amnistie des criminels de guerre islamistes. La Kabylie n'avait pas bronché en septembre 1999 quand il avait osé dire à Tizi Ouzou que jamais la langue Tamazight ne serait officielle. La reconduction du personnel politique honni n'avait pas plus empêché l'attentisme que l'autoritarisme agressif de Bouteflika qui éconduisait ceux qui osaient exprimer leur détresse sociale dans ses meetings.

Mégalomane, il avait interdit aux partis politiques l'accès à la télévision qu'il réservait à sa propre expression. Les dirigeants d'entreprises publiques et les responsables administratifs étaient sur la sellette, réduits à la défensive, les manifestations et les grèves étaient sous la menace de ses déploiements policiers et la hiérarchie militaire dont il suggérait publiquement la corruption était sommée de se tenir à l'écart de son pouvoir absolu. Rêvant de modifier la Constitution pour augmenter son pouvoir, sans bien savoir comment d'ailleurs, il s'efforçait de tout concentrer entre ses mains.

Velléitaire, Bouteflika nous a, durant deux ans, repu de déclamations savantes et inutiles, il a parcouru le monde pour solliciter des investissements massifs improbables dans un pays où pourtant "tout est à vendre" selon le propos du ministre Temmar, alors en charge de l'économie. Disposant de tous les pouvoirs, le président ne savait qu'en faire, glissant d'un discours pseudo-populiste hostile aux ultra-libéraux à une version libérale dure sans que ses propos changent grand chose à une économie en plein marasme contrainte à l'immobilisme. Alors que l'évolution des cours du pétrole doublait les recettes de l'État, les conditions sociales ne cessaient de se détériorer et la société menacée de s'effondrer. Alors que le discrédit des partis représentatifs affaiblissait ses institutions, la chape de plomb des interdits imposés à l'expression populaire fermait la page de l'ouverture "démocratoïde" conquise par l'explosion populaire du 5 octobre 1988. Le régime s'est privé de soupape de sécurité.

Des émeutes à l'organisation populaire

Dés les premiers jours, dans la région de Béjaïa, le syndicat des travailleurs de l'éducation s'efforce d'organiser la protestation et appelle à une manifestation le 28 avril à Amizour. La répression immédiate conduit à des affrontements violents. La tentative du FFS, le principal parti kabyle, d'organiser un meeting à Béjaïa tourne court, car les jeunes lapident les orateurs, la tentative de marche initiée par ses militants est dispersée par l'immense cortège des jeunes révoltés. Partout, à travers la Kabylie, se remettent en place les comités de village qui multiplient les initiatives, marches, veillées aux bougies, délégations auprès des autorités.

Mais c'est à Bejaïa, la métropole économique, et dans la vallée de la Soummam, plus urbanisée que la haute Kabylie, dans cette région de vieille tradition du Parti Socialiste des Travailleurs (PST) dans les mouvements sociaux, que se déroule le processus le plus intéressant. Autour du bastion syndical enseignant se construit une coordination avec des comités de villages, des comités de quartiers, des structures syndicales et un collectif universitaire. Au sein des structures de base, initiées par des militants le plus souvent à gauche, on insiste sur l'intégration de jeunes plus représentatifs de la rage populaire. Cette organisation, qui étend progressivement sa représentativité jusqu'aux wilayas limitrophes, poursuit la tradition des comités de village de 1980, celle des mobilisations gigantesques du Mouvement culturel berbère de 1989 à 1993, celle du front contre la misère en 1991. En juillet 1998, les jeunes émeutiers révoltés par l'assassinat de Matoub Lounes s'engouffraient dans le forum des rebelles pour les libertés, dirigé par les leaders actuels du comité populaire de la wilaya de Béjaïa.

Ce comité répète inlassablement ses appels à manifester malgré la répression. Ainsi le 3 mai: "Notre marche a été réprimée dans le sang et stoppée mais demeure notre détermination à imposer le départ des brigades de la gendarmerie de toutes les régions et communes qui le revendiquent, à imposer notre droit de marcher, à avoir un travail et un logement et à faire aboutir le combat amazigh dans toutes ses dimensions. Nous appelons toutes les citoyennes et tous les citoyens à désigner leurs représentants dans tous les quartiers, villages, usines universités, établissements scolaires. Nous appelons à une grève générale, à l'exception des transports, le lundi 7 mai et à venir massivement au meeting populaire"(2). Lundi 7 mai, après le meeting aperçu sur les télés du monde entier, une immense procession, de dizaines de milliers de personnes, traverse les rues de Béjaïa désertées par la police. Le droit de manifester est reconquis par les Algériens.

Mais ce travail gigantesque est occulté, la manifestation du 3 mai appelée par des syndicats et des comités populaires est décrite comme "des troubles à Béjaïa", celle du 7 mai passe comme un petit événement. Rarement on signalera que les animateurs sont "d'anciens militants d'extrême gauche", sans autre précision. Pourtant certains titres arabophones désignent le PST.

La Coordination des Aarouchs de Tizi Ouzou

A Tizi Ouzou, la capitale symbolique de la résistance kabyle, la jeunesse radicale ne trouve pas dans la génération précédente un personnel militant pétri des traditions politiques de gauche. La structuration est plus tardive, la représentativité est imparfaite, les débats sont moins riches mais la presse et les élites sont tournées vers Tizi, centre historique du mouvement berbère.

Des appels contradictoires à des grèves et à des actions de protestation sèment d'abord la confusion. Puis, une première rencontre à lieu à Beni Douala, pour honorer la mémoire du jeune Moumouh assassiné. Les comités de villages qui se proclament un peu partout décident de se fédérer par tribu (Aarch, pluriel Aarouch), mettent l'accent sur une affirmation plus identitaire que sociale et fondent leur coordination à Illoula autour d'une plate-forme qui ne fait pas autant de place aux préoccupations sociales. Renouant avec les rites de l'ancienne structure gentilice(3), ils conçoivent leur action comme une action des sages pour un encadrement du mécontentement. populaire. Les jeunes réussissent, difficilement, à s'y faire accepter et à y faire intégrer les comités de quartier. La marche noire du 14 mai à Tizi Ouzou, immense, établit la représentativité et le rôle dirigeant de la coordination des aarouchs, même si la jeunesse conserve quelque distance avec les organisateurs. Une marche de 10000 femmes à Tizi exprime avec éloquence que les temps actuels ont dépassé l'univers patriarcal bâti sur le droit d'aînesse et l'exclusion des femmes. Les femmes de Béjaïa et d'Azazga manifestent également par milliers. Les revendications des manifestants et des comités sont, à Béjaïa comme à Tizi, le départ des gendarmeries et des brigades anti-émeutes, une deuxième session pour le bac, la punition des responsables, la satisfaction des besoins sociaux, et le tamazight comme langue nationale et officielle.

La coordination inter-wilayas et la marche du 14 juin

Ce mouvement d'auto organisation populaire est appuyé par une mobilisation étudiante à Oran (métropole de l'Ouest algérien) et Alger, la capitale qui est aussi la plus grande ville kabyle (juste devant Paris). Symbolique à Oran, bien qu'elle y constitue le noyau dur de l'expression démocratique, la mobilisation étudiante, initiée par une coordination des comités étudiants autonomes, est décisive à Alger. Rivalisant, le 3 Mai, avec les marches convoquées dans la capitale, par les appareils du FFS et du RCD, les étudiants avaient tenu tête courageusement, le 27 mai, malgré une centaine de blessés, à un dispositif policier impressionnant. Ils étaient dix mille le lendemain, acclamés par la population, à descendre vers le palais du gouvernement où ils devaient déposer leur plate-forme lue à la télé nationale. C'était une petite escarmouche au regard du drame sanglant de Kabylie, elle eut néanmoins une importance considérable : Le spectre de l'extension de la révolte à l'Algérois paralyse le pouvoir et réconcilie un peu les jeunes Kabyles avec leur pays qui s'émeut si peu des odieux assassinats. Plusieurs comités de quartiers sont mis en place dans l'Algérois. La manifestation de Ain Benian se termine par des affrontements. Une coordination locale prépare la libération du "Club des Pins" (une zone touristique réservée aux dignitaires du régime et interdite aux citoyens ordinaires). Une coordination nationale inter-wilayas se met en place le 7 juin et annonce une marche sur Alger pour le 14 juin.

Les débats sur la plate-forme confirment le déphasage des structures de Tizi avec les préoccupations des jeunes révoltés mais l'unité se fait sur le minimum commun en restreignant les préoccupations démocratiques et surtout sociales. Le principal argument des aarouchs est de ne pas se substituer aux partis politiques. Exit, la liberté de la presse, les droits des femmes, le maintien de la médecine gratuite et de l'école publique, la revendication de l'emploi et du logement comme celle de la levée de l'État d'urgence. Mais cette reculade pour la bonne cause, pour ne pas se couper des structures que s'est donné le mouvement réel, nous offre l'occasion d'une magnifique campagne pédagogique autour de ces mots d'ordre.

La gigantesque manifestation du 14 juin, la plus importante de l'histoire du pays, commence avec cinq heures d'avance pour faire de la place aux nouveaux arrivants. Son ampleur renvoie les regroupements militants du RCD et du FFS à l'univers des anecdotes. Le ministre de l'intérieur reconnaît 30 kilomètres de cortège de bus. Et il est vrai que les moyens de transport disponibles constituaient la principale limite. L'insuffisance de la mobilisation algéroise en était une autre car ils n'étaient que quelques dizaines de milliers. Les jeunes venus pour une marche pacifique étaient parfois armés. Déterminés à monter vers la présidence malgré l'interdiction, ils affrontent après douze kilomètres de marche un barrage policier privé d'armes à feu par précaution pour éviter une hécatombe sous les yeux de la presse internationale et du peuple d'Alger.(Des tirs par balles, à confirmer, auraient eu lieu). Mais alors que les habitants de divers quartiers d'Alger distribuent nourriture et eau, recueillent les blessés, le pouvoir réussit à mobiliser de jeunes pillards parmi les groupes de supporters locaux et joue à opposer les Kabyles et les Algérois.

En fait cette marche d'un million de personnes, triomphe de la capacité de mobilisation de la coordination inter wilayas, finit par des combats violents alors que 95% des marcheurs ne sont pas encore arrivés. Quel groupe de perturbateurs, quel barrage de police peut donc arrêter un million de personnes? La faiblesse de la direction du mouvement, encore en chantier, la remise en cause de la plate-forme qui a paralysé tout l'encadrement la semaine précédant la marche, et surtout l'inexpérience sur le plan de l'organisation du service d'ordre, ont empêché le triomphe. A l'annonce de la répression, les manifestations violentes reprennent partout en Kabylie alors même que les marcheurs n'ont pas quitté Alger. Cette formidable combativité se fixe l'objectif d'une revanche dans les rues d'Alger pour le 25 juin ou le 5 juillet. Alors que la direction cherche une perspective plus constructive que de faire déferler des centaines de milliers de Kabyles dans les rues d'Alger sans les Algérois et espère plutôt les faire converger avec les révoltés d'Annaba, Constantine, Tarf, Guelma La rage des jeunes Kabyles blessés par la déconvenue d'Alger est immense. Après la destruction l'avant-veille à Tizi du local fédéral du FFS, puni pour avoir osé diffamer la coordination, ils s'attaquent à ce qui reste de leur ville abandonnée par la police. La direction du mouvement, aujourd'hui en réunion, saura-t-elle offrir des perspectives à la mesure de l'enjeu ?

Contrôle populaire ou double pouvoir ?

La revendication du départ des gendarmeries et des brigades anti-émeutes n'a pas faibli malgré le renouvellement des effectifs et le cantonnement des gendarmes dans leurs casernements. Depuis plusieurs semaines, des comités négocient des trêves temporaires avec le wali, obtenant le retrait des forces de police pour permettre à la population de dormir une nuit ou deux. Puis le comité de wilaya interpelle les autorités pour généraliser ces dispositions. A l'occasion des épreuves du bac, les gendarmes sont refusés par le comité de wilaya de Béjaïa et ils sont remplacés par des policiers communaux tolérés. Parce que leur position est intenable, le pouvoir préfère retirer ses flics et gendarmes de la confrontation et jouer le pourrissement. A Béjaïa, privée de téléphone, on menace de couper l'électricité. Partout des citoyens s'adressent aux comités pour des attributions habituellement dévolues aux gendarmes. Comme ce policier communal qui vient déposer une déclaration de perte devant des militants rigolards expliquant qu'il ne veut pas violer le boycott décrété par le comité ....

Mais les comités populaires ne sont pas organisés en contre-pouvoir, certes, leur autorité est immense et s'impose même aux représentants de l'État mais si la question du monopole des armes s'est posée dans les AG autour de la question des gendarmes, le comité ne s'organise pas comme autorité locale ni sur le plan administratif ni sur le plan militaire, évidemment. Il se conçoit essentiellement comme un comité organisateur de la lutte revendicative même si l'effondrement des institutions étatiques, la soumission des responsables administratifs qui crient "Pouvoir assassin!" lors de la marche des fonctionnaires, l'allégeance des notables politiques locaux FFS et RCD, ouvre cette possibilité. Certes, il ordonne les boycotts, réquisitionne les véhicules pour marcher, commande toutes sortes de travaux sans payer. Malgré une légitimité populaire incontestable et la disponibilité inexploitée de la force de frappe turbulente des jeunes radicalisés, les comités, embryons de double pouvoir, sont encore loin de se poser en alternative. L'extension nationale de la révolte, qui n'a pour elle ni la tradition kabyle ni la profondeur, tire aussi vers l'arrière une direction soucieuse de ne pas isoler la région. Pourtant, dans les villes kabyles désertées par la police et abandonnées à la colère des jeunes, un pas qualitatif doit être franchi sous peine d'effondrement du mouvement.

Un pouvoir aux abois, des partis discrédités

Le premier discours du pouvoir est celui de la matraque et des tirs à balles réelles. On ose même le justifier en invoquant l'indisponibilité des balles en caoutchouc. Bouteflika prononce un immense discours économique sans le moindre mot de compassion pour les victimes de la tragédie. Il s'envole vers le Nigeria pour présider une rencontre sur le Sida en Afrique. Mais la détermination de la jeunesse ne se laisse pas réduire et ce mépris la conforte.

La parole est alors donnée à des notables de la région pour appeler au calme pendant que le pouvoir continue d'agresser les manifestants. Badredine Djahnine qui est convié en tant que secrétaire général du syndicat des enseignants leur dira: "le pouvoir est responsable, vous voulez le calme, arrêtez la répression, reconnaissez le Tamazight, donnez du travail, donnez des logements".

Après douze jours de violences, Bouteflika parle enfin, pratiquement pour ne rien dire. Le pouvoir s'efforce d'éviter l'irréparable, d'empêcher un bain de sang qui engagerait un processus de séparation inéluctable. Mais ses gendarmes continuent de tirer ; "avec des balles normales", dira un responsable soucieux de démentir l'usage de balles explosives.

La contestation continue de s'étendre. En rupture avec le RCD qui quitte enfin le gouvernement, le pouvoir tente de se donner le FFS comme interlocuteur responsable. Malheureusement la marche d'Alger du grand parti kabyle, fortement médiatisée, n'intéresse personne en Kabylie et le report du bac dans les régions affectées que le pouvoir fait mine de concéder au parti d'Ait Ahmed, provoque de nouvelles manifestations: "Non au bac régional ! Pour une deuxième session nationale!".

A son quatrième discours Bouteflika découvre enfin la volonté des jeunes kabyles de s'identifier à toute la jeunesse du pays et accorde une deuxième session du bac à tous les Algériens. Échaudé par le recours aux notables locaux puis par le FFS totalement discrédité, Bouteflika annonce alors qu'il ne recherchera plus d'intermédiaires et qu'il négociera avec les intéressés eux-mêmes et il se prépare à établir le contact avec les comités populaires. C'est aussi le moment où la presse découvre à l'unisson la coordination des aarouchs. Exotisme des occidentaux, référence identitaire et volonté d'occulter le processus bedjaoui démocratique représentatif mais surtout radical et de gauche, tous ont contribué à dissimuler la réalité populaire grandissant du même coup une direction qui se veut conservatrice.

Un nouvel élan pour la gauche

Le 20 mars, la grève générale impressionnante des pétroliers, soutenue par de nombreux secteurs comme les métallurgistes, est portée par la sympathie populaire. Bouteflika décontenancé par l'audace ouvrière se voit contraint de ralentir le train de sa libéralisation et d'envisager quelques mesures de relance. Un mois plus tard, l'insurrection kabyle commence et bouleverse les données politiques : elle a pratiquement reconquis le droit pour tous de manifester, en dépit de l'État d'urgence. La télé s'est entrouverte alors que Bouteflika l'avait interdite à l'opposition, la police s'est procurée des lances à eau et a été débarrassée des armes à feu, les lycéens de tout le pays ont obtenu une deuxième session du bac, la triplette des ministres ultra-libéraux a été démise ou marginalisée laissant place à des apparatchiks maison Et Bouteflika bredouille même des reproches à ceux qui voulaient tout vendre.

L'espoir est revenu .parmi les masses populaires. Bouteflika, incapable de recevoir un million de personnes qui venaient lui remettre pacifiquement leurs revendications, au demeurant fort modestes, se voit déshonoré. Alors que les responsables venaient de faire savoir leur accord pour laisser les marcheurs avancer vers la présidence, une bombe lacrymogène provoque l'embrasement. Si les organisateurs et le mouvement subissent une déconvenue terrible après un tel effort, Bouteflika et son régime perdent une occasion difficile à retrouver. Leur mise en scène chauvine opposant Kabyles et Algérois est sans effet maintenant que toutes les villes de l'Est connaissent des manifestations sur les mêmes mots d'ordre sociaux et sur la même dénonciation de la Hogra.

Dans les régions arabophones, c'est l'islamisme qui a exprimé la révolte des démunis. Sa défaite, c'est aussi la défaite du peuple. Son impuissance autant que son égarement dans des pratiques barbares ont discrédité avec la révolte islamiste armée, l'islamisme, la lutte armée et même la révolte. Cette démoralisation et ce désarroi ne concernent pas la jeune génération, qui fulmine contre un ordre social injuste et explose à Annaba, Constantine, Guelma, etc. Mais pour déboucher sur un cadre organisé, l'absence de référence adulte semblable à l'exemple kabyle va peser lourd. Pourtant, la sidérurgie d'Annaba, les complexes mécaniques de Constantine, la tradition minière de Tébessa, l'usine de cycles en perdition de Guelma, ont constitué l'avant-garde de la protestation ouvrière. Le pari est de réaliser la jonction entre la résistance ouvrière, la révolte grandissante des jeunes et le mouvement populaire structuré de Kabylie.

Si la pression populaire ne réussit pas à faire progresser ses propres solutions, elle sera instrumentalisée pour mettre en selle un des scénarios qui se discutent en ce moment avec les protecteurs impérialistes. Ils permettent tous d'avancer vers le démantèlement du secteur public et le pillage, ils programment tous la perte des acquis sociaux d'un droit du travail décrété trop rigide, ils préparent tous une aggravation de la pauvreté pour que les produits d'ici soient compétitifs.

Nous ne les laisserons pas faire.

Salhi Chawki - juin 2001

 

Notes

*Chawki Salhi est porte-parole du Parti socialiste des travailleurs (PST), une organisation de gauche radicale dont les militants sont particulièrement actifs au sein des comités populaires.

1. Béjaïa, métropole de 200 000 habitants, débouché de la vallée de la Soummam agricole et industrielle, port pétrolier, zone touristique, disposant de diverses implantations industrielles (huileries, emballage ) et d'une tradition urbaine millénaire. Tizi Ouzou, 130 000 habitants, carrefour de communication au centre d'une zone très montagneuse, dispose surtout d'une université importante et active et d'une gare routière qui disperse chaque jour à travers les villages les milliers de travailleurs de sa zone industrielle.

2. Appel de la communauté universitaire et de la société civile, Bgayeth, le 3 mai 2001.

3. Zone montagneuse, à l'est d'Alger, la région de Kabylie a été à travers les âges un refuge contre les occupants. Et c'est parce qu'elle est ainsi qu'elle a conservé plus qu'ailleurs le parler berbère, tamazight. Du coup, malgré l'émigration massive vers les grandes régions urbaines d'Algérie comme vers la France, la Kabylie est restée longtemps à l'écart du processus de modernisation urbaine, dernière concernée par la généralisation du mode de production capitaliste. Karl Marx, de passage à Alger, avait signalé la survivance de l'organisation communautaire pré-capitaliste.

Tajmaath, en arabe la djemaa, littéralement l'assemblée, regroupe, sur le mode patriarcal, les représentants des familles du village, les vieux sages, bien sûr, et administre le village organisant les travaux collectifs, les travaux de solidarité de la communauté envers un des siens, le règlement des conflits. L'histoire a retenu qu'une coordination de ses structures au niveau tribal et inter-tribal a décidé il y a quelques siècles l'exhérédation des femmes (il est assez naturel que l'organisation patriarcale soit misogyne) pour éviter l'émiettement des terres par l'application du droit musulman des successions. Fondée sur une réalité d'exploitation agricole collective, cette organisation traverse les différentes phases de notre histoire, l'occupation arabe, la domination turque comme la colonisation française, avant de voir l'urbanisation progressive et la généralisation du salariat saper ses bases et réduire son autorité.

Au courant du printemps berbère de 1980, des comités de villages fondés par de jeunes militants radicaux, souvent universitaires, les supplantent et les tajmaath qui survivent inégalement à travers la région se voient réduites à la police des moeurs et à une existence formelle. C'est sur la base de cette forte culture communautaire que s'est ancrée la tradition des comités de village qui ressurgissent à chaque nouvelle radicalisation. Ce sont souvent des militants de ces comités de village de 1980 qui se sont remis en activité dans la région de Tizi Ouzou et leur référence aux Aarchs, fortement marquée d'affirmation identitaire, ne correspond pas à la réalité sociologique. L'urbanisation ayant quand même pas mal brassé les populations.

 

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6 - Les revendications des comités populaires en débat
Paru dans inprecor juin juillet 2001
 
La première plate-forme a été adoptée le 7 juin 2001 par l'Assemblée générale des comités populaires des six wilayas (départements) suivants :
Béjaia, Bordj Bou Arréridj, Bouira, Boumerdès, Sétif, Tizi Ouzou et le Collectif des comités autonomes de l'Université d'Alger, tenue à
l'Université de Béjaïa . Le 11 juin, une nouvelle Assemblée générale des représentants des mêmes structures a décidé de la modifier à la demande de
certains comités plus conservateurs de la région de Tizi Ouzou, pour préserver l'unité des structures du mouvement populaire, certaines des
revendications formulées le 7 juin ­ en particulier celle concernant le Code de la famille ­ apparaissant dépasser le niveau de conscience des
comités dominés par des courants plus traditionalistes. C'est donc la seconde plate-forme qui a été adressée aux autorités par les manifestants
du 14 juin à Alger. Mais au sein du mouvement le débat se poursuit. Nous publions ci-dessous les deux plates-formes.
 
Plate-forme commune de revendications 
(adoptée le 7 juin)
 
I. Contre l'injustice et l'impunité.
1. Pour la prise en charge urgente par l'État de toutes les victimes, blessés et familles des martyrs de la répression durant ces événements.
2. Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corps de sécurité.
3. Pour un statut de martyr à chaque victime de la [lutte pour la] démocratie.
4. Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CNS [Compagnies nationales de sécurité].
5. Pour l'annulation des poursuites judiciaires et l'acquittement de ceux déjà jugés.
6. Pour une session spéciale des examens nationaux pour tous les niveaux d'enseignement.
7. Pour le départ immédiat des responsables et ordonnateurs de la répression et la protection des témoins des drames.
8. Arrêt immédiat des expéditions punitives contre la population, des intimidations et des provocations.
9. Rejet des commissions d'enquête [initiées] par le pouvoir.
 

II. Revendications démocratiques
1. Satisfaction de la revendication Amazighe (1) dans toutes ses dimensions (identitaire, civilisationnelle, culturelle et linguistique) sans
référendum et sans conditions.
2. Mobilisation des moyens humains et matériels pour la consécration du tamazight en tant que langue nationale et officielle.
3. Liberté d'expression, d'opinion et de conscience.
4. Respect des libertés individuelles et collectives.
5. Liberté de manifestation, de réunion et d'organisation.
6. Levée immédiate de l'état d'urgence et l'ouverture des champs médiatique et politique.
7. Contre Tamhoqranit (hogra) (2) et toutes les formes d'injustice et d'exclusion.
8. Abrogation du Code de la famille et la consécration de l'égalité entre les hommes et les femmes.
9. Retrait des amendements du Code pénal relatifs à la restriction de la liberté d'expression et d'information.
10. Mise sous autorité effective des instances démocratiques élues de toutes les fonctions exécutives de l'État ainsi que des corps de sécurité.
 

III. Revendications socio-économiques
1. Contre les politiques de sous-développement, de paupérisation et de clochardisation du Peuple Algérien.
2. Pour une école publique, moderne, gratuite et ouverte sur l'universalité.
3. Pour une santé publique gratuite et de qualité.
4. Pour la réhabilitation des secteurs industriel et agricole et le lancement des projets de développement générateurs d'emplois.
5. Transfert immédiat des logements promotionnels (3) au social et lancement de nouveaux chantiers de construction pour la satisfaction des
besoins du peuple en logements.
6. Institution d'une allocation de chômage pour tout demandeur d'emploi à hauteur de 50 % du SNMG [Salaire national minimum garanti].
7. Pour un plan d'urgence socio-économique pour toute la région de la Kabylie.
8. Non à la dilapidation des biens du peuple.
La coordination Inter Wilaya
 

Plate-forme commune de revendications 
(adoptée le 11 juin en vue de la manifestation du 14 juin à Alger)
1. Pour la prise en charge urgente par l'État des victimes, blessés et familles des martyrs de la répression durant ces événements.
2. Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et pour leur radiation des corps
de sécurité et des fonctions publiques.
3. Pour un statut de martyr à chaque victime de la dignité au cours de ces événements et la protection de tous les témoins du drame.
4. Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des Compagnies nationales de sécurité (CNS).
5. Pour l'annulation des poursuites judiciaires et l'acquittement de ceux déjà jugés.
6. Arrêt immédiat des expéditions punitives contre la population, des intimidations et des provocations.
7. Dissolution des commissions d'enquête initiées par le pouvoir. 
8. Satisfaction de la revendication amazighe dans toutes ses dimensions (identitaire, civilisationnelle, culturelle et linguistique) sans
référendum et sans conditions et consécration du tamazight en tant que langue nationale et officielle.
9. Pour un État garantissant les droits socio-économiques et toutes les libertés démocratiques.
10. Contre les politiques de sous-développement, de paupérisation et de clochardisation du peuple algérien.
11. Mise sous l'autorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l'État ainsi que des corps de sécurité.
12. Pour un plan d'urgence socio-économique pour toute la région de la Kabylie.
13. Contre Tamhoqranit (hogra) et toute forme d'injustice et d'exclusion.
14. Pour un réaménagement au cas par cas des examens régionaux pour les élèves n'ayant pu les passer.
15. Institution d'une allocation de chômage pour tout demandeur d'emploi à hauteur de 50 % du Salaire national minimum garanti (SNMG).

Nous exigeons une réponse officielle urgente et publique à cette plate-forme de revendications.
La coordination Inter-Wilaya
 

notes
1. Berbère en tamazight (langue berbère).
2. "Hogra" est un algeérianisme signifiant arbitraire et misère, "tamheqranit" signifie la même chose en tamazight.
3. Les "logements promotionnels" sont des logements mis en vente avant leur construction, dont les prix définitifs dépassent fréquemment  les capacités
des acheteurs qui ont déjà effectué des versements. Il y a de très nombreux logements de ce type qui sont vides, alors que la crise du logement est
manifeste. 

 

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7 - Tous ensemble contre la Hogra et la misère !

Au moment où la jeunesse de Khenchela, de Annaba de Ain Fakroun et de Sour el Ghozlane vient brutalement rappeler que la haine de la Hogra et de la misère peut se crier dans toutes les langues du pays, la Kabylie prépare, ce jeudi 14 juin, après sept semaines d'insurrection sans armes, le plus imposant rassemblement humain de l'histoire de notre pays.

Après la grève massive initiée par les pétroliers contre la politique de démantèlement économique et de misère, la révolte radicale et unanime de la jeunesse de Kabylie contre l'arbitraire répressif et le mépris social constitue un tournant historique majeur, car elle témoigne du réveil de la mobilisation populaire contre l'ordre des bourgeois civils et militaires.

Tous les jours dans les rues de notre pays le droit de manifester, celui de s'exprimer se reconquiert la douleur. Et si le pouvoir entrouvre sa télé, il interdit toujours aux médias publics de remplir un rôle de service public d'information ; si Bouteflika dégrade les ministres qui voulaient tout vendre et s'il bredouille qu'il ne veut plus céder les usines au dinar symbolique, il continue à négocier la liquidation du secteur public ; s'il achète des lances à eau à ses matraqueurs, il n'a toujours pas compris qu'il n'est pas " normal " d'employer des balles " normales " contre des citoyens sans armes qu'on est censé protéger. Quant aux promesses vagues de s'occuper de tamazight plus tard elles ne sauraient suffire de la part de l'homme qui a osé dire jamais en plein Tizi Ouzou.

Le pouvoir, qui matraque ses propres députés et ministres à Alger, pense qu'on peut lui demander gentiment le droit de crier sa colère huit jours avant la mort de Moumouh qui la déclenche, il philosophe sur la hogra au lieu de donner la parole au peuple des mahgourine, et à ses comités de lutte, il continue d'ignorer notre refus de la misère alors que les ressources publiques permettraient d'engager un gigantesque effort de relance.

Les militants du PST, qui subissent, avec le peuple, la clochardisation sociale décrétée par les gouvernements successifs aux ordres du FMI des grandes puissances, et qui se heurtent au rétrécissement agressif des espaces de libertés conquis par la jeunesse d'octobre 88 sont solidaires de la révolte de notre jeunesse. Partie prenante, dans les quartiers, les villages, les syndicats, les universités et les associations, du formidable processus d'auto organisation des masses populaires de Kabylie, les militants du PST manifesteront ce jeudi sur la plate forme et derrière les cadres organisationnels reconnus par le mouvement populaire lui même.

Aujourd'hui rejointe par Khenchela et Annaba, l'insurrection de la jeunesse de Kabylie, qui retient l'attention de l'Algérie entière concernée par la même misère sociale et la même oppression politique, ne s'arrêtera pas là . Elle pose des problèmes fondamentaux comme celui des libertés populaires, du droit à la dignité sociale et à la dignité citoyenne, le problème des institutions armées et du contrôle populaire, le problème de la pratique bourgeoise de la politique et de la démocratie véritable, et si l'exigence de la liberté linguistique fait l'unanimité le combat pour l'émancipation politique juridique et sociale de la femme a commencé. Le combat continue:

- pour une politique économique au service des masses populaires, pour un programme urgent qui prend en charge la satisfaction des besoins de la population en éducation, santé et logement en utilisant le travail de toute notre jeunesse à l'abandon ;

- pour le respect des libertés populaires, libertés d'expression, d'organisation, de réunion, d'association sans contrainte ni agrément,

- pour Tamazight langue nationale et officielle au côté d'un arabe proche de la langue du peuple.

- pour un ordre politique au service des travailleurs, de la jeunesse et de la majorité populaire.

Alger le 13 juin 2001 Salhi Chawki - Porte parole du PST

 

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 8 - Déclaration du 1er mai 2001

L'expression tragique du désespoir de centaines de milliers de jeunes face à une répression d'une brutalité inacceptable vient opportunément rappeler aux gouvernants qu'ils ne peuvent décider seuls du devenir de notre peuple. Les machinations savantes invoquées ici et là ne sont d'aucune utilité pour comprendre. On a raison de se révolter quand la situation est révoltante. Les responsabilités aussi, sont clairement établies.

Car qui donc est responsable du désespoir de cette jeunesse privée d'avenir, sans travail, sans logement, sans vie sociale sinon cette politique qui a décidé cyniquement de mettre en oeuvre le suicide économique et la régression sociale décidé par le FMI des grandes puissances ?

Qui a osé refuser "à jamais" l'officialisation de Tamazight, refusant l'appartenance nationale à toute une communauté de notre peuple ?

Qui est responsable de l'étroitesse humiliante des moyens légaux et pacifiques d'exprimer sa colère , sinon ce pouvoir qui conteste la liberté de manifester même aux milliers d'ouvriers en grève, ce pouvoir qui régente le droit de s'associer et conteste celui de créer un parti même à ses anciens ministres, ce pouvoir qui monopolise les médias publics et menace la presse.

Qui est responsable de l'absence de représentation crédible des préoccupations populaires sinon ce régime qui s'est attelé à défaire tous les acquis d'octobre 88 et à démanteler les embryons d'organisation populaire au profit de représentations falotes qu'il humilie à loisir au sein de ses institutions discréditées, ce régime qui ose contester aux Algériens le droit à la diversité d'opinion sur la langue, sur la place de la religion, et qui dénonce la lutte légitime pour la défense des intérêts sociaux de la majorité populaire

Les partis bénéficiaires du vote de la région payent aujourd'hui le prix de leur complaisance à l'égard des mesures vexatoires imposées par le régime. Mais ces jeunes qui protestent contre leur exclusion sociale leur font surtout payer leur complicité avec le libéralisme qui appauvrit, leur participation au concert de louanges unanime pour des réformes libérales odieuses, leur participation aux nouvelles élites sociales qui les écrasent avec arrogance. Et la ressemblance de leurs députés et de leurs élus locaux avec le reste du personnel politique soucieux de ses privilèges et de ses petites affaires a discrédité la pratique politique des notabilités bourgeoises.

La répression qui multiplie les morts et les blessés par balles prouve le mépris des gouvernants et aggrave la colère légitime des jeunes. Malgré son opposition à l'islamisme La jeunesse kabyle en désarroi se réfère aux groupes armés intégristes, pour exprimer l'aspiration à un changement radical. Qu'on ne s'y trompe pas, si la tradition politique de la Kabylie est spécifique, le désespoir des jeunes est le même partout. Il s'exprime dans la violence des slogans politiques des stades, il couve dans la marginalité.

L'inquiétude des travailleurs, la détresse des retraités et des "compressés" s'est exprimée dans l'unanimité populaire autour des journées d'action des 20 et 28 mars. Elle s'est confirmée lors de ces journées tragiques par le refus populaire de se démarquer des jeunes malgré les conditions pénibles causées par les affrontements.

Plus que jamais s'impose la nécessité d'un vaste mouvement représentant les aspirations populaires pour imposer le changement.

Après son plaidoyer pour la mondialisation libérale qui contredit mot pour mot ses promesses populistes du début, les promesses tardives et vagues de Bouteflika ne peuvent nous satisfaire. Puisque le pouvoir prétend reconnaître la légitimité de la révolte des jeunes, il doit satisfaire leurs revendications qui rejoignent celle des travailleurs en lutte et celle des masses populaires victimes de la hogra et de la misère :

En annonçant l'arrêt immédiat du démantèlement du secteur public et de l'économie nationale et l'engagement d'un plan de relance sérieux avec une création d'emplois urgente et massive et la prise en charge des besoins sociaux impérieux.

En s'engageant pour l'officialisation de tamazight par des mesures immédiates

En levant immédiatement toutes les entraves aux libertés d'expression, d'organisation, de réunion, de manifestation, et de grève.

En infligeant une punition exemplaire aux responsables de la répression identifiés par une enquête rigoureuse et transparente.

Alger, le 1er Mai 2001 - Salhi Chawki - Porte parole du PST

 

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Interview au jeune indépendant sur l'école 28 juillet 2000

 

La commission de réforme du système scolaire (CNRSE) semble devenir l’otage de pressions strictement idéologiques, islamistes et démocrates. Qu’est ce qu’il est, selon vous, urgent de faire pour que la CNRSE puisse aboutir à un plan de sauvetage de l’école ?

La commission présidentielle sur l’école contient, dans leur diversité, les amis de Bouteflika, accourus au secours de son accession présidentielle. Leurs polémiques ne nous concernent pas. Il ne s’agit pas d’une représentation de la société dont les décisions nous engagent en tant que collectif citoyen. Nous jugerons sur pièce et examinerons ce que Bouteflika fera de ces recommandations sur le terrain concret de la réforme de l’école.

Cela dit, il n’est pas dit que les polémiques apparues dans la presse aient un quelconque effet sur le déroulement des travaux de ladite commission. D’ailleurs, les polémiques politiques, idéologiques et pédagogiques sont nécessaires en démocratie pour avancer. Pensez vous qu’il soit possible de gagner la bataille de l’école qui concerne tout le peuple en concluant un accord au sein d’un comité d’expert ou même de ce que l’on appelle la famille de l’éducation. La crise de l’école algérienne ne fait que refléter la crise de la société algérienne.  

 

Quelle est, selon le PST, l’orientation globale que doit prendre une réforme du système éducatif ?

- Il faut, en premier lieu, relancer l’économie et opter pour le développement et le progrès. Le drame de l’école est d’abord celui de son inutilité dans une politique de régression économique qui n’offre aucun réel débouché aux diplômés. Dans une Algérie qui a besoin de passer d’un rendement de six quintaux l’hectare à quarante ou quatre-vingts, on s’est permis de remercier la plupart des techniciens et des ingénieurs agronomes…

La démotivation des parents comme des enfants est le produit direct de cette inutilité sociale. Souvenons nous de l’engouement et de la mobilisation pour les études à une époque où l’on rêvait de faire de son fils un ingénieur ou un médecin. Les succès relatifs des filles dans les études, parce que le diplôme constitue la seule porte de sortie de l’enfermement familial, éclairent, à leur façon, la démotivation de la grande majorité du secteur de l’enseignement.  

- Il faut, en second lieu, séparer la religion de l’école. L’éducation religieuse telle qu’elle est pratiquée joue aujourd’hui un rôle déterminant non seulement par le volume d’activité, mais aussi parce qu’elle imprime des méthodes d’obéissance aveugle au maître et au texte écrit, d’apprentissage par cœur de textes dont on saisit rarement le sens. C’est le contraire des qualités d’ouverture d’esprit, de logique et d’esprit critique qu’il faut enseigner à nos enfants pour qu’ils maîtrisent le vingt et unième siècle. Il faut résolument prendre le parti de la rationalité et privilégier la science.

- Il faut enfin opter pour les langues populaires. Le drame linguistique qui voit nos enfants apprendre un arabe classique éloigné de leurs langues populaires l’arabe algérien et le tamazight doit cesser.  Assez de former des gens qui ne maîtrisent aucune langue véritablement, assez de ces responsables algériens qui ânonnent à la télévision des discours que le peuple ne comprend pas. 85% des algériens suivent les informations de l’ENTV, combien les comprennent suffisamment ? A part Bouteflika et Boumédienne, quel président a su utiliser correctement la langue nationale ?

Il faut oser l’arabe populaire oser tamazight, algérianiser l’arabisation de nos enfants, sinon le français  va définitivement gagner et cantonner l’arabe comme langue de cérémonie pendant que la majorité populaire va être marginalisée dans son propre pays parlant l’algérien ou le berbère sans contact avec le pays officiel, et sans accès au progrès. Cette reconquête de nos langue nationales n’est évidemment une sanction à infliger au peuple et toutes les mesures réprimant le français portent atteinte aux libertés fondamentales et contribuent à la catastrophe scolaire. C’est en réussissant l’arabe et tamazight que nous enlèverons au français son rôle dominant.

- Bien entendu, il faudra cesser la politique de désengagement actuel celle des budgets insuffisants pour complaire aux créanciers des grandes puissances qui ne voient pas d’utilité à l’instruction d peuple algérien. L’école fondamentale qui prévoyait dans son projet tant d’innovation pédagogique, tant d’ouverture sur la société a été assassinée par la rigueur des budgets, le sectarisme linguistique, le conservatisme religieux.

- Il y a aussi le problème de la réorientation complète en matière de méthode pédagogique et de profil de l’enseignant.

- Encore une fois ces batailles concernent toute la société. L’expérience tragique de la vague intégriste qui a submergé le pays tout au long de la décennie 90, permet de progresser sur plusieurs points mais le débat doit être gagné dans un débat qui implique toute la société et sûrement pas qui se cantonne à des états majors politiques ou aux personnels actuels chargés de l’éducation de nos enfants.

 

Quelle est la position du PST sur l’école privée et la  libéralisation de l’édition du livre scolaire ?

L’école privée, comme l’édition privée ne sera pas dans les moyens de la majorité du peuple. La solution démocratique aux besoins et au droit à l’instruction sera dans l’école publique que nous devons refaire à la mesure de nos besoins.

Il y en a qui veulent une école à deux vitesses. Sauver la progéniture de nos élites sociales dans des établissements privés et des « pôles d’excellence » publics. Laisser le reste se clochardiser progressivement pour éviter de dire au peuple qu’il n’a pas droit à instruire ses enfants.

Est-il nécessaire de parler de ces nombreux diplômes professionnels délivrés par des établissements privés, parfois dits « agréés », diplômes qui ne correspondent à rien de précis. Les établissements sauvages mais protégés qui accueillent les enfants des riches qui n’ont pas pu s’inscrire à l’étranger, se distinguent essentiellement de l’école publique, par l’usage du français. Ce type d’expérience ne prétend certainement pas à la prise en charge du problème global de l’école. L’édition privée de manuels permet aussi de voir les limites de cette solution.

Le principe de l’école publique, libre et gratuite pour tous est incontournable.

Propos recueillis par Yacine Temlali

 

 

Déclaration sur la situation politique de la DN - 17 février 2000


1- Bouteflika fait désormais face au désenchantement des masses populaires revenues de leurs illusions. S'il se maintient une certaine attente, vu l'absence d'alternative et l'importance du désarroi populaire au sortir de ces années sanglantes, il n'y a plus aucun enthousiasme. 
Depuis la mi octobre, c'est la fin de l'état de grâce pour Bouteflika avec le retour des luttes sociales sur fond de reprise des faux barrages et des massacres. L'inquiétude suscitée par la gestion incohérente de la reddition islamiste et les concessions faites provoque une attitude de méfiance, mais c'est l'arrivée en décembre d'un nouveau gouvernement dans la continuité des précédents qui finit d'achever les illusions sur un changement de politique. Les masses populaires désenchantées prennent leurs distances vis à vis des initiatives du pouvoir. 
La lutte d'El Hadjar, la mobilisation insistante des travailleurs de Béjaïa, les frondes enseignantes témoignent certes de l'état d'esprit des travailleurs accablés par la régression économique mais les frémissements du front social ne signifient pas une mobilisation généralisée. 

2- La défaite des islamistes est au premier plan de l'actualité. Malgré la mise en scène politique et les concessions surprenantes destinées à satisfaire tout autant les tuteurs occidentaux que les investisseurs du golfe, il est clair que ces groupes montés au maquis en pleine hégémonie islamiste, pour nous imposer la Dawla islamiya reviennent isolés et souvent haïs, se contentant de négocier sordidement des pensions pour leurs hommes et des visas pour leurs chefs. Leur réapparition publique comme la position du GIA et de Hattab, évacue le débat sur qui tue qui et désigne bien le courant islamiste comme le principal responsable des assassinats et des massacres. 
L'isolement et la démoralisation du GIA, du GSPC et de quelques autres, disloqués par les redditions ne signifient pas pour autant l'annulation de leur capacité de nuisance au long des prochaines années. Même s'ils sont contraints à une relative inaction pendant l'offensive de l'armée dont il est prématuré d'apprécier l'impact. 
L'islamisme politique qui décline dans toutes ces nuances depuis plusieurs années subit de plein fouet le discrédit de ces redditions massives sur lesquelles même les leaders du FIS n'ont pas prise. Un discrédit auquel n'échappe ni Hamas ni Taleb contraints à une discrétion remarquable alors qu'il apparaît que le courant islamiste tente de se redéployer autour de ses façades légales. 

3- Le scepticisme face à l'absence de rupture avec l'islamisme durant la reddition islamiste et ses rebondissements a quelque peu dissimulé cette défaite islamiste qui rappelons le résulte du retournement populaire en 94, isolant les groupes armés, facilitant leur répression. Le simulacre de réhabilitation a pu démobiliser le dispositif anti-islamiste que ce soit par la grogne des militaires ou par la remise en cause des corps supplétifs. Les villageois, eux, voient revenir impunis et pensionnés des éléments qui ont semé la peur. 
La loi sur la concorde censée de l'aveu même de Bouteflika " offrir une couverture légale " au processus de reddition conclu par l'AIS et l'armée en 97 ne concerne plus que les groupes épars du GIA, de la LIDD etc... coupables de crimes contre l'humanité. Et la grâce amnistiante tente d'absoudre des auteurs de crimes de guerre. Alors que Bouteflika avait promis de ne pas exempter de peine les auteurs de crimes graves. 
Bouteflika soucieux de rassurer et de complaire aux tuteurs impérialistes et aux investisseurs du golfe sans permettre la réémergence du FIS a multiplié les concessions. 
Les illusions d'une sortie de la crise politique après des années de guerre a mis en avant un état fort qui est en train de gommer la victoire des masses contre l'islamisme et d'effacer les avancées démocratiques d'octobre 88.
Des mesures de clémence peuvent être prises pour faciliter les redditions et disloquer les groupes qui continuent de sévir, mais la confusion de ces dernières semaines qui est la cause de l'absence d'adhésion enthousiaste au pouvoir est une faute grave car elle entretient le désarroi du peuple qui voit se dilapider l'acquis de sa résistance douloureuse au projet totalitaire des intégristes. 

4- Où sont les promesses populistes de Bouteflika ? 
De la loi des finances jugée non valable mais pourtant présentée au programme de gouvernement qui contredit ouvertement ses envolées oratoires, Bouteflika continue de décevoir l'attente massive des démunis. 
Le programme Benbitour, qui ne comporte pourtant que de vagues généralités, insiste lourdement sur le rôle de régulateur de l'Etat suggérant sans prendre le risque de l'écrire l'abandon du secteur public. Et les premières déclarations de Temmar enfoncent le clou en reprochant aux holdings leur peu d'empressement à privatiser. La campagne contre les Holdings ressemble à s'y méprendre à une campagne d'intimidation des cadres qui ont pourtant beaucoup contribué à la ruine des entreprises dont, rappelons le, ils étaient chargés d'organiser l'essor stratégique et non la liquidation et la vente. 
On nous avait promis la préservation du secteur public et le partenariat managérial et l'on constate la vente de l'ENAD à une multinationale, des projets qui vont jusqu'aux concessions sur le téléphone et sur la distribution d'eau. Sans parler des rumeurs sur Sonatrach. 
Bouteflika promettait le retour au logement social et Benbitour se contente du " dispositif de 96 ". 
Des discours ronflants sur la nécessité de redresser l'agriculture pour assurer l'alimentation il ne reste que le titre sécurité alimentaire qui examiné en détail ne comporte que des mesures qui aggravent l'insécurité alimentaire au profit d'une agriculture spéculative tournée vers le marché mondial. Que reste-il des coups de gueule contre la politique des containers, les lois qui favorisent les importateurs ou la libéralisation Coca Cola. 
Et pour les autres droits fondamentaux qui nous étaient promis pendant la campagne d'Avril, accès aux soins, instruction et emploi il nous est offert le sympathique intitulé de programme pour un développement humain démenti par la tonalité libérale du projet économique, synonyme de misère et de régression de la condition humaine. Il nous restera les feux d'artifices. 
Bouteflika ne tient pas ses promesses au peuple mais reste fidèle aux clins d'œil qu'il n'a cessé d'adresser au capital étranger. Et le programme Benbitour ne prend même pas la peine de maquiller un discours adressé au FMI, de généralités inspirées des discours de Bouteflika. 

4bis- Que reste t il de l'engagement à changer un ordre mis en place pour les affairistes ? Bouteflika avait promis la rigueur contre la corruption et l'arbitraire et nous avait assuré de la prise en charge des aspirations des masses populaires ; aujourd'hui, il nous demande de nous contenter de la continuité de la dictature de la mafia des containers. Après les envolées de la campagne d'Avril et son discours du 31 Mai, Bouteflika s'est fait plus rare sur le terrain de ses promesses de prendre en charge les besoins sociaux et de défendre la dignité du peuple algérien humilié par la dépendance. 
Mais il a fait miroiter alors l'espoir d'un nettoyage des rangs du pouvoir. Juges, walis, ministres et généraux, rien ne devait échapper au coup de balai de l'homme providentiel qui se permettait alors de se moquer de la détresse de ceux qui rêvaient d'un emploi ou d'un logement. 
Hors quelques coups d'épingle portés pour l'exemple sur quelques obscurs cheffaillons du système, le sauveur de la Nation n'a fait que légitimer la pérennité d'un système dominé par les grands importateurs et envahi par la corruption. 
Dix mois après l'élection de Bouteflika, qui peut se contenter de la coquetterie d'une critique présidentielle à la loi des finances, ou des réserves sur le programme gouvernemental quand le système fiscal continue d'avantager l'importation face à la production nationale. 
Mais le signe le plus éclatant de la continuité est bien celui de la reconduction du personnel politique failli dans le gouvernement Benbitour et la place d'honneur réservée au symbolique Ouyahia prend alors tout son sens. 
LA main de fer de Bouteflika ne s'est abattue que sur les libertés publiques qu'il menace, la presse qu'il tente d'intimider et les médias publics qu'il entend monopoliser. 

5- La personnalité velléitaire de Bouteflika trop hésitant et contradictoire pour mettre en œuvre un projet concret a tôt fait de disperser le capital politique qu'il s'était acquis Le projet bonapartiste de Bouteflika continue de rester inachevé. Le prestige inattendu obtenu par le candidat des généraux lui offrait une marge de manœuvre immense et permettait d'échapper à la tutelle de la caste militaire. Tardant à construire une force politique apte à capitaliser les illusions qu'il a suscitées et à prendre en charge son propre projet, il se contente de s'écouter discourir et organise son impuissance. Il en est réduit à alors à corriger ses discours sur la concorde civile, à présenter des lois de finances qu'il n'aime pas et à se contenter d'un programme de gouvernement qui correspond pas, dix mois après son élection, à ses vœux. 
L'éloignement du 15 Avril complique encore la nécessaire recomposition de la façade politique du pouvoir déchirée entre un RND discrédité et un FLN affaibli. Et Bouteflika continuera de repousser les échéances, incapable qu'il est d'affronter des élections législatives ou de tenir tête efficacement aux militaires. 
Par contre le pouvoir formel lui appartient bel et bien et le rapprochement avec les européens et les américains ne peut que renforcer cette position. 
Quand aux questions de fond, elles ne sont pas de son ressort, le FMI et la caste militaire jouant chacun en ce qui le concerne le rôle d'indicateur de ligne rouge à ne pas dépasser. 

6- Les travailleurs et les masses populaires ont bien perçu le message de continuité donné par la désignation éminente du symbolique Ouyahia, et ils constatent que rien ne change sur le terrain en faveur des couches populaires. Mais leurs espoirs qui s'évanouissent n'empêchent pas une certaine attente et ne sont pas remplacés par une opposition franche. 
La classe politique en pleine recomposition suscite toujours peu d'enthousiasme, au pouvoir comme dans l'opposition. Son inconsistance et sa responsabilité dans le choix libéral affectent sa crédibilité. 
L'UGTA otage du pouvoir joue toujours le rôle de réceptacle pour les protestations sociales mais ne peut constituer dans son rapport actuel au pouvoir une alternative à même de prendre en charge et de bâtir la mobilisation. 
Pourtant la désillusion populaire face au libéralisme est très vaste mais ni les cadres associatifs ni les instruments politiques ne sont reconstruits pour l'exprimer. La situation actuelle est celle de la maturation et de la recomposition politique, du réarmement des masses privées du rêve socialiste par le désastre stalinien. Des masses revenues des illusions islamistes qui cherchaient en Bouteflika une alternative au libéralisme et qui se retrouvent désemparées face aux cascades de privatisations et de liquidation d'entreprises du secteur public qui sont annoncées. 
Le mouvement politique de 89 n'existe pratiquement plus, il nous faut rebâtir le mouvement démocratique et social. L'avenir est à construire en se nourrissant des victoires syndicales d'El Hadjar, du coup de tonnerre de Seattle et de la résistance aux islamistes. 
Car au niveau mondial aussi, le constat du désastre libéral, réveille une dynamique politique à la recherche de ses propres cadres. 
DN du PST. Alger le 17 février 2000.



 

- Interview à la "voix de l'Oranie" 04 février 2000

1-       Depuis quelques temps, la scène politique algérienne a connu de nouvelles données. Quelles lecture fait le PST de cette situation ?

Au sortir des années de terreur, les masses populaires ouvrent les yeux sur une Algérie dévastée par le libéralisme. L’automne social de 98 témoigne assez de ce réveil encore hésitant des travailleurs qui osent enfin contester la politique de liquidation de l’édifice économique existant et son corollaire la précarisation généralisée.

La récente grève victorieuse d’El Hadjar confirme cet état d’esprit.

Mais le mouvement politique issu des aspirations d’octobre 88 est totalement disloqué, mouvance démocratique, mouvement culturel berbère, toile d’araignée associative, collectifs féminins, syndicalisme combatif … et les appareils politiques ne sont que des façades.

Bouteflika, arrivé en cette période d’après guerre civile a tenu un discours promettant une renaissance du projet populiste de Boumédienne en rupture avec le dangereux cours libéral imposé par les grandes puissances. Il a offert la garantie de la stabilité politique. La réalité est moins brillante. La politique économique continue de se plier aux exigences du FMI au détriment du bien être des Algériens, et le spectacle organisé autour de la reddition des islamistes armés destiné à rassurer les investisseurs étrangers ne se préoccupe pas de l’impact sur les citoyens des régions qui ont le plus pâti de l’action de ces groupes.

 

2-       Vous avez parlé d’une recomposition du champ politique. Cela impose, par déduction, logique, une nouvelle redéfinition de stratégie pour les démocrates en particulier ?

La révolte des jeunes d’octobre 88 a été détournée par un islamisme radical qui a plongé l’Algérie dans le drame. Les aspirations démocratiques du peuple se sont quelque peu essoufflées.

La recomposition politique est de rigueur pour toutes les composantes du champ politique national. Le pouvoir qui bénéficie pourtant de la popularité de Bouteflika, ne sait comment organiser sa façade politique qui de FLN en RND souffre d’un terrible discrédit. L’islamisme tente de se redéployer autour de nouvelles enseignes légales mais il n’a plus ni la même surface politique, ni la crédibilité de 90. Les autres forces politiques mises au second plan par l’affrontement guerrier doivent inventer leur nouvelle identité.

Sur le plan des combats démocratiques, nous en sommes à une phase de ressourcement. Les Algériens ne sont pas à l’offensive sur ce terrain et le dévoiement des causes démocratiques au service des éradicateurs ou des réconciliateurs a semé le doute. Les propos de Bouteflika sur la langue berbère, ses indélicatesses sur les souffrances des victimes, l’oubli des femmes dans la composante gouvernementale, l’incroyable confiscation des médias publics, les menaces sur le pluralisme n’ont pas suscité beaucoup de réaction à cause de l’exceptionnelle attente d’un changement espérée de Bouteflika par beaucoup d’Algériens. Mais chacun sait que ces questions ont progressivement altéré son image et ouvert les yeux de beaucoup de monde.

C’est sur le terrain économique et social que l’illusion Bouteflika s’est assise et c’est la dure réalité sur ce même terrain qui risque de provoquer le redémarrage des protestations populaires de masse. Les questions démocratiques prendront alors toute leur place. 

 

3-       Tout à l’heure dans notre discussion en parlant de la concorde civile et des redditions, vous avez dit : « il y a aussi la reddition des démocrates ». Ceci consiste à dire quoi ?

Vous avez la reddition de ces partis qui fondaient leur identité sur le refus de la collaboration avec les islamistes légaux et qui acceptent désormais de gouverner de concert avec des partis islamistes.

Vous avez aussi leurs frères jumeaux du courant réconciliateur pour qui la bataille pour la liberté se limite à la défense de la liberté politique des islamistes. Les uns comme les autres ne défendent que les droits de l’homme du camp qu’ils ont choisi.

 

4-       Concernant le nouveau gouvernement, selon vous, son programme peut-il sortir l’Algérie de la crise, du moins à long terme ?

Il y a d’abord cet air de « circulez, y a rien à voir » où le chef de gouvernement propose un discours vague au lieu et place d’un programme, se dérobant ainsi à l’obligation constitutionnelle de soumettre sa politique au contrôle préalable des représentants du peuple.

Il y a aussi ce dogmatisme libéral furieux qui est le contraire des promesses de Bouteflika au peuple. Ainsi il est répété avec insistance que l’Etat va se centrer sur son rôle de régulateur annonçant le désengagement de l’Etat de la sphère productive alors que Bouteflika insistait sur le maintien du secteur public et son renforcement par un partenariat managérial. Le chapitre trompeur de la sécurité alimentaire annonce le tournant vers une agriculture spéculative tournée vers le marché mondial, c’est dire vers l’aggravation de l’insécurité alimentaire. Et sans provoquer de tempête d’indignation, le gouvernement se propose de nous faire manger moins de pain. Les envolées oratoires présidentielles sur la mafia des containers ne laissent aucune trace dans un programme qui n’envisage pas de législation incitative favorisant la production nationale, aucune mesure pour rectifiant un dispositif légal dénoncé par le président lui-même comme favorable aux importateurs.

Et pour les droits fondamentaux à l’emploi, à la santé, à l’instruction, on doit se contenter d’un slogan creux sur le développement humain que rien ne vient concrétiser puisque le but de ce programme est d’allécher les investisseurs occidentaux. Vous pouvez profiter de notre économie en solde, dans une Algérie pacifiée puisque les islamistes en armes pensionnés par l’Etat déambulent dans les villages de Jijel.

Rien, pour l’instant, n’indique la mise en place de conditions d’un essor industriel financé par ces investisseurs qui sont candidats à venir partager la rente pétrolière. Pas plus.  N’est ce pas un avenir inquiétant pour les couches populaires ?

  

5-       Depuis la sortie de son passage infernal, surtout de 93 à 95  où des massacres collectifs ont été perpétrés par des groupes islamistes armés, le mouvement des luttes sociales des travailleurs a surgi sur la scène. Mais ces mouvements ne se sont pas cristallisés pour apporter quelque changement que ce soit !

Il y a désormais un sentiment largement partagé, en Algérie et dans le monde, celui que les réformes libérales sont porteuses de misère. Même les couches moyennes dans l’intelligentsia, les professions libérales et les petits commerçants ressentent la même insécurité dans un univers livré à la logique du marché. Les illusions d’il y a quelques années se sont évanouies face à la dure réalité.

La disparition du climat d’insécurité a libéré l’expression des travailleurs, mais les voix  sont encore timides. Il faut y voir, d’abord, l’effet de la conjoncture algérienne de sortie d’un traumatisme.

Mais il y a aussi la difficulté à formuler une alternative. Le rêve socialiste qui éclairait depuis 150 ans tous les révoltés de la planète, a été brouillé par le désastre stalinien, consommé dans l’effondrement du bloc de l’Est. Comment s’en sortir dans le monde d’aujourd’hui qui subit la dictature des USA et des multinationales.

Les masses populaires ne sont plus résignées comme en 90 devant les liquidations d’entreprise. La campagne de Bouteflika prônant le retour à l’âge d’or de 70 avait pour but de capter cet élan d’opinion.  Mais comment s’organiser quand les partis les plus implantés défendent le même projet économique, comment faire quand l’UGTA se satisfait du programme gouvernemental.

La remontée du mouvement des travailleurs est un processus à long terme qui ne fait que commencer.

 

6-       Les questions de justice, des holdings, des cadres incarcérés ont constitué et constituent encore des enjeux politiques très sensibles. Qu’y a t il derrière, quels sont les enjeux ?

La justice chez nous comme ailleurs est une justice de classe, au service des riches et des puissants. Rappelez vous ces décisions de justice en faveur des travailleurs que de simples directeurs refusaient d’exécuter.

Plus tard, une opération concertée de déstabilisation du secteur public a permis l’inculpation de centaines de cadres, pour pouvoir démanteler le secteur sans résistance.

Aujourd’hui, on fait campagne contre les holdings leur reprochant de ne pas privatiser, alors que ces holdings ont été créés pour coordonner la stratégie d’un secteur industriel et non pas pour privatiser. Reportez vous à la propagande de l’époque.

Quand les lois servent les puissants comme le reconnaissait Bouteflika, quand le corps judiciaire est imbriqué avec les classes dominantes, l’indépendance de la justice ne suffit pas. D’ailleurs, ce n’est qu’un slogan qui n’a aucune réalité quand la société elle-même n’est pas libéré de la tutelle des gouvernants.

 

7-       Le PST a essayé plusieurs rapprochements avec les syndicalistes, et même avec le parti des travailleurs et avec des mouvements qui se réclament du combat pour la justice sociale. Peut on dire que vous avez échoué ?

La diversité est une richesse. Notre parti avait appelé le PT, le PAGS et les syndicalistes à un front de gauche en 90. Cet objectif demeure. Il se trouve que nous avons été assez esseulé sur le terrain de la gauche. Les uns et les autres de ceux qui sont issus de cette famille s’étant alignés sur des coalitions de la droite. Mais l’unité que nous proposons est avant tout celle des travailleurs et la sympathie que nous avons rencontré doit pouvoir se concrétiser dans un projet cohérent.

 

8-       Comment voyez vous la fin de que vous avez appelé les illusions sur Bouteflika ? Quelles en sont les conséquences ?

Bouteflika bénéficie encore d’une attente populaire vu l’absence d’alternative. Mais le charme est rompu depuis qu’il ne tient pas ses promesses populistes. L’image de continuité que donne la composition de son gouvernement a fait s’évanouir beaucoup d’illusions  et sa concorde civile laisse un goût amer à ceux qui ont tant souffert.  

L’espoir d’un changement, l’attente d’une alternative à iktisad essouk restent vivaces mais la mobilisation est encore modeste.

 

9- Vu ce que vous avez exposé, quelles sont les perspectives et leurs mécanismes que propose le PST pour porter l’Algérie vers une démocratie et une justice sociale réelle ?

Sans une force politique exprimant les aspirations démocratiques et sociales des travailleurs et des démunis, il n’y aura pas de changement. Notre combat s’est fait à contre courant les dix dernières années marquées par l’illusion que le capitalisme était une solution. Maintenant au contraire le vent de l’histoire est avec nous mais si les masses ont pris conscience du désastre libéral, l’alternative n’est pas encore construite et la mobilisation est encore faible.

 

10-     Vous ne pensez pas que le danger islamiste persiste toujours ?

L’islamisme décline au niveau mondial avec le drame afghan et la grisaille iranienne. Les horreurs du GIA ont accentué ce discrédit.

Il se redéploie autour d’expressions plus modérées. Mais l’intégrisme reste dangereux tant que nous n’aurons pas bâti une alternative capable de prendre en charge le désespoir des exclus.

 

11-     Depuis l’arrêt du processus électoral le PST s’est proposé comme une troisième voie dans la solution de la crise. Expliquez-vous ? Pourquoi, à votre avis, vous n’avez pas trouvé d’écho politique dans la société ?

Ni éradicateur ni réconciliateur, ni auxiliaire du régime ni marchepied de l’islamisme, l’histoire nous a donné raison. Mais, vous savez, quand la guerre commence seuls parlent ceux qui ont des canons. Notre expression dans la société était dépendante de nos adversaires politiques nous privant du bénéfice de notre position courageuse. Nous en tirerons les leçons.

 

12- Au niveau international, le monde connaît depuis la chute du mur de Berlin, une effervescence extrême où le tiers monde reste à la marge du développement promis par les pays riches. A votre avis, ceci est dû à une impasse de perspective humaine ?

 Les pays riches ne nous ont offert que la misère et ils engagent actuellement un processus de recolonisation qui prépare le pire. Des millions d’exclus hantent les rues des pays les plus puissants. L’incapacité avérée du capitalisme à prendre en charge les besoins de l’humanité ne signifie pas l’absence totale de solution. Mais la solution que nous préconisons est encore à construire. Socialisme ou barbarie, c’est l’alternative. la barbarie du néo-fascisme, celle des chauvinismes purificateurs, celle des intégrismes religieux garde toute ces chances de prendre en charge la révolte de ceux d’en bas si le mouvement socialiste et humaniste n’est pas à la hauteur.

 13- Quelle lecture faites vous des événements de Seattle et de Davos ?

La manifestation de Seattle est un signe clair de la mondialité de la prise de conscience anti-libérale. Mais ce mouvement ne fait que commencer et il doit définir sa propre identité, son propre but, il doit inventer les moyens d’agir contre la pieuvre capitaliste qui est devenue insensible aux coups portés dans un seul pays.

 14- Le président Bouteflika a essayé de redonner à l’Algérie sa place au niveau international, cela serait-il possible ? 

L’objectif de rassurer les investisseurs occidentaux guide toute la politique intérieure du pouvoir. Bien sûr, si on espère acheter Sonatrach à moitié prix, au cours actuel des créances sur l’Algérie, on va beaucoup sourire. Mais on n’a que la politique étrangère de ses moyens. Celle de l’Algérie, auréolée du prestige de la guerre, qui animait la résistance des pays pauvres après avoir nationalisé le pétrole, celle là n’est pas prévue. Puisqu’à un événement comme Seattle, aucun beau discours présidentiel n’est venu exiger des règles commerciales différentes de la loi de la jungle préconisée par les USA et l’OMC.

 16- Sur le plan politique comment pensez-vous ce siècle ?

Le vingtième siècle fut celui du merveilleux rêve d’une société dirigée par les humbles, un rêve gâché par le stalinisme. Le village planétaire du siècle prochain est plus à même de réaliser un rêve humaniste comme le projet socialiste. Mais la puissance des appareils modernes et la désorientation populaire peuvent servir des tentations totalitaires ou des régressions barbares.

A nous de relever le défi.

 17-Concernant l’annulation de la dette du tiers monde pour laquelle le PST a activé durant des années avec nombre d’autres organisations à travers le Monde, serait-il possible selon vous d’arriver au résultat souhaité ?

Il y a longtemps que notre parti exprime que dans les rapports de force actuels, la décision unilatérale de non-paiement est délicate et la recherche d’un rapport de force international favorable plus praticable.

Des initiatives comme ATTAC, montre que c’est un chemin possible. Et dés que Benbitour à évoqué un effacement partiel, Camdessus est accouru pour indiquer son veto et suggérer de vendre les industries pour rembourser une partie de nos dettes.

En fait, même cette précipitation du patron du FMI est révélatrice du fait que c’est possible à tout le moins de réduire la facture, de refuser de payer plus de 20% par exemple des recettes etc..

 18- Les rapports entre l’Union Européenne et l’Algérie et notamment les rapports avec la France, connaissent un certain développement. Ceci est dû à quoi ?

L’Algérie n’a pas grand chose à exporter. Elle fait partie de la zone de domination européenne et il s’agit de structurer le rapport de dépendance. Les bons sentiments affichés en début de négociation pour favoriser les produits du Sud ne risquent pas d’avoir de suite. Et puis, si le marchandises seront libres de circuler, si les palaces doivent se préparer aux visiteurs d’Europe, les pays du sud seront toujours admis par petits quotas à visiter le monde de l’opulence.

Mais l’Europe, elle- même, qui gère les intérêt par dessus la volonté des peuples, sera à son tour saisie par la soif de justice des peuples d’Europe qui ont intérêt eux au développement harmonieux de la planète et non au déséquilibre actuel fauteur de chômage et de misère.

 

Salhi Chawki       Porte parole du PST

Propos recueillis par Mohamed Yefsah pour la voix de l’Oranie

 

Le PST ne participera pas au plébiscite de Bouteflika SN du PST 13 09 99

 Le 16 septembre, il ne s’agit pas de voter pour la paix comme le dit la propagande. Qui d’ailleurs peut être contre la paix. Il ne s’agit pas non plus d’approuver des mesures de clémence qui d’ailleurs sont déjà en œuvre.

En réalité, l’intitulé de la question posée aux Algériens, le contenu de la campagne de matraquage indique bien qu’il est demandé au peuple Algérien de faire massivement allégeance à Bouteflika qui demande par ce plébiscite un chèque en blanc pour sa politique hésitante et contradictoire. Et l’on ne sait pas encore à quoi s’en tenir que ce soit sur la question de la paix, sur le plan de la lutte contre la corruption ou sur le terrain économique. Qui peut dire vraiment si l’on va privatiser Sonacome ou la conserver, si l’on va ou non compresser à El Hadjar, étouffer la presse ou  amnistier les fraudeurs et corrompus que l’on couvre d’injures.

Bouteflika espère le 16 septembre engranger le grand intérêt populaire pour son discours critique éloquent pour effacer l’échec de l’opération plébiscite du 15 avril dernier.

Cette mascarade n’a rien à voir avec la démocratie. Car il n’est pas démocratique de demander à un peuple de glorifier un homme, il n’est pas démocratique de monopoliser l’expression publique à la veille d’un vote et d’étouffer les voix discordantes. Le PST appelle à ne pas y participer.

 

 

Secrétariat National du PST.

Alger, le 13 septembre 1999.

 

 

 

 - Résolution politique sur les élections présidentielles 22 avril 1999

1. Après des années de violence terrible et l’effondrement social causé par la thérapie du FMI, les élections présidentielles anticipées se sont déroulées dans un contexte de crise larvée du régime et de faiblesse du mouvement social. Les masses étaient peu enthousiastes de se rendre aux urnes encore une fois après les échecs successifs autour d’un changement possible. Les élections de 1999 ont confirmé que les masses, dans un vote-refuge, ont sanctionné les partisans islamistes de la lutte armée sans pour autant retirer leur confiance à l’aile légale de l’intégrisme. L’islamisme a subi une défaite militaire, ses partis légaux ont subi une régression politique mais il demeure un pôle.

 

2. Après le départ de Zéroual, consécutif à l’intensification des affrontements entre les différents clans du régime autour d’enjeux sécuritaire et économique,les contradictions internes ont éclaté au grand jour  avec l’explosion de ses différents relais politiques dans l’Etat et la société civile. L’épisode de l’émiettement du RND et des organisations de masse, la dissension dans les partis politiques en sont l’illustration.

 

3. C’est dans cette ambiance que la caste militaire tente de mettre en place une solution pour maintenir son hégémonie.

La crainte d’un processus démocratique incontrôlable, le syndrome islamiste, les incursions de la revendication sociale dans le champ politique et la faiblesse du régime interdisait un processus électoral qui ne soit pas étroitement balisé.

 

4. C’est dans ce contexte que Bouteflika a été désigné comme candidat du pouvoir. Ce favori du parti des mandataires, dont la caste militaire est la colonne vertébrale, était prêt à jouer le rôle d’un homme au dessus des clans, une pâle image de Boumédienne, figure d’un Etat fort et stable, d’ou sa qualification d’homme du consensus. Mais le rapport de forces entre les clans a empêché dés sa désignation qu’il joue le rôle d’arbitre et l’a contraint à négocier un plébiscite artificiel.

Dans un contexte où le régime bénéficie de l’aspiration à la stabilité après des années de guerre, la caste militaire a fait émerger Bouteflika dont la campagne autour de l’âge d’or Boumédienniste rassure les masses écrasées par l’effondrement économique.

Mais d’autres candidatures issues du pouvoir expriment les différents calculs des clans et assurent l’apparence du pluralisme.

 

5. C’est donc dans cette évolution ambiguë et incohérente du pouvoir qu’ont émergé les candidatures balisée par des procédures contraignantes dans le ramassage des 75 000 signatures, dans les moyens financiers et dans l’expression politique.

En l’absence d’une opposition conséquente, ses candidats pourtant issus du régime sont apparus comme une contestation de la candidature de Bouteflika, autrement dit celle du pouvoir. Ils se sont présentés comme les défenseurs de la transformation du régime, de l’intérieur.

Leur caution à l’ensemble du processus électoral déloyal confirme bien qu’ils ne constituent pas un pôle démocratique radical mais un courant hétéroclite polarisé par l’ambition personnelle et par le discours libéral.

La campagne monocorde de ces candidats proposant tous  le libéralisme, malgré les élans populistes de certains, offrant tous, malgré leurs nuances,  le dialogue politique, a maintenu la suspicion des masses qui se préparaient néanmoins, pour une bonne part d’entre eux, à voter pour le moindre mal. Une fraction significative de l'électorat se cantonnait, elle, dans l’expectative et la méfiance.

6. Leur retrait surprise à 12 heures du vote, s’il a déçu leurs électeurs potentiels, les a placés en tant qu’illusion d’alternative démocratique face à un régime discrédité par la fraude. Porte-voix d’une transition démocratique «soft» sous la tutelle militaire et soutenue par le capitalisme international et par une bourgeoisie algérienne en plein essor, ils pourraient donner l’illusion d’une solution de rechange.

 

7. Bouteflika, dont la légitimité est lourdement affaiblie, est obligé de faire des concessions. Son pouvoir sera soumis au contrôle de la caste militaire, véritable pouvoir occulte. De leur côté, les chancelleries des créanciers impérialistes pèseront de tout leur poids.

 

8. La cristallisation d’un pôle de gauche, déjà fragilisé par la guerre civile larvée, n’a pu se concrétiser malgré l’ampleur des luttes de la rentrée. 

Les errements de Louisa Hanoun, à la recherche d’un consensus national pour la paix, son opportunisme vis à vis des islamistes et sa complaisance vis à vis du pouvoir, l’ont conduite à diluer son identité politique.

Le PST, malgré l’écho de ses propositions et malgré son action pour aider à la convergence du mouvement social, des noyaux socialistes, des syndicalistes n’a pu déboucher sur l’affirmation  forte d‘une alternative de gauche.

 

9 Le score significatif des islamistes, même dans ce vote entaché de fraude confirme leur poids dans l’échiquier politique. Si l’expérience du FIS a enterré le radicalisme religieux, l’islamisme politique demeure. Le désarroi peut encore trouver un refuge dans ce repère identitaire. La trêve de l’AIS, la cohabitation avec le pouvoir va reconfigurer le bloc islamiste dans le champ politique. L’islamisme, malgré sa domestication actuelle, pourrait même, en l’absence d’une alternative politique globale, capter de nouveau, le mécontentement social y compris celui des couches moyennes désabusées dans les crises politiques des années qui viennent.

 

10. Ce scrutin indique aussi un autre pôle de stabilité électorale, celui de la kabylie qui conforte un vote fortement identitaire. Par contre, les score de Sifi, Hamrouche et Khatib est un véritable désaveu.

 

11. Les résultats gonflés d’Abdelaziz Bouteflika constituent une victoire amère, car elle est délégitimée par l’accusation de fraude et déshonorée par le retrait des six. Il dispose de peu de délai de grâce pour renforcer son pouvoir dans un système fissuré par les affrontements. L’illégitimité des résultats interdit à Bouteflika de se présenter comme l’homme du consensus dans le bloc social au pouvoir et interdit au régime une fermeture du champ politique. Le risque d’un effondrement du régime n’est pas à l’ordre du jour.

 

12. Le PST doit maintenir le cap d’une alternative démocratique anti-libérale.

Le PST peut converger ponctuellement avec les six et l’opposition sur des actions contre la fraude et pour la démocratie mais ne doit pas, dans son expression, les innocenter dans ce processus électoral, ni se placer sous la direction d’une opposition qui défend le libéralisme sans parler de la présence d’islamistes ou d’anciens fraudeurs comme Sifi.

 

Direction Nationale du PST      22 23 avril 1999.


 

Motion (de la DN) sur les élections présidentielles du 15 Avril 99 en date du 1er avril1999

 Dans une conjoncture marquée par le reflux politique et militaire de l’islamisme et par le processus d’effondrement économique et social ordonné par le FMI, ces élections se présentent comme une légitimation de la continuité du régime.

En l’absence d’alternative, le pouvoir bénéficie du repoussoir de la barbarie intégriste et du discrédit des partis trop soumis à l’arbitraire du pouvoir et collectivement responsable du choix libéral suicidaire. Il bénéficie aussi, bien entendu, de l’absence d’une alternative indépendante des masses populaires.

Au niveau des masses populaires, la haine du pouvoir corrompu et répressif, la recherche désormais consciente d’une alternative au libéralisme ne conduisent pas encore à une volonté de changement. Elles s’accommodent de la recherche d’un vote utile pour le «moins pire» des candidats en lice.

La déloyauté évidente de la pré-campagne, le discours unicolore de tous les candidats, ajoute à ce discrédit sans conduire les Algériens à une volonté franche de rupture. Les élans populistes de plusieurs candidats, la référence insistante à Boumédienne vont à la rencontre des aspirations populaires sans susciter un réel enthousiasme.

Il n’est pas raisonnable de boycotter ces élections d’autant que la possibilité concrète de réaliser une vraie campagne de boycott n’existe pas. Notre candidature symbolique exprimait déjà cette volonté de saisir cette occasion de campagne, comme elle exprimait qu’aucun candidat ne représente pour le PST les aspirations populaires.

L’écho considérable de notre expression traduit la disponibilité à une autre politique qui soit en faveur des travailleurs et des démunis. Cela signifie que la classe ouvrière et les masses populaires aspirent à une alternative démocratique anti-libérale.

 Il n’est pas question de voter pour le «moins pire »

de candidats partisans du libéralisme, faussement affublés d’une couverture populiste,

de candidats qui s’accommodent bien trop de la tutelle du pouvoir et renoncent au combat pour la démocratie,

de candidats qui caressent l’électorat intégriste jusqu’à réhabiliter les ennemis de nos libertés.  

 Le PST appelle à l’abstention, c’est à dire au vote blanc.

 Votée à l’unanimité par la Direction Nationale du PST du 1er Avril 99.

 

Questions du Jeune indépendant aux candidats aux présidentielles ? 24 02 99

L’élection présidentielle prochaine nécessite, de la part des candidats en course, un éclairage sur les questions brûlantes de l’actualité nationale. Ceci est d’autant  plus vrai, qu’il ne pourrait y avoir de véritables débats d’idées, à la faveur de la campagne présidentielle à venir, que si les «présidentiables » sortent des déclarations protocolaires pour aborder ce qui, de toute évidence, préoccupe au plus haut point le simple citoyen.

  -              1 - Dans le cas où vous seriez élu président de la République, comptez-vous réduire la durée ou supprimer le service national. Etes-vous favorable à une professionnalisation de l’armée ?

Notre parti est, par principe démocratique, opposé à une armée de métier. L’usage de la violence ne doit pas être confisqué par un corps spécialisé séparé du peuple. En termes d’efficacité, l’histoire est notre témoin. D’ailleurs, sans la présence massive des appelés, l’armée aurait-elle pu éviter un isolement fatal dans la lutte contre les groupes armés intégristes ? 

Si les projets de forces d’intervention rapide à but hégémonique confortent ce choix d’armée de spécialistes pour les grandes puissances, au contraire, les armées du tiers monde, dont la fonction politique est de police interne, ne peuvent risquer un divorce avec la société qui compromettrait leur mission principale de défense d’un ordre social oppressif.

La contribution reconnue de l’institution du service national au décloisonnement social et surtout régional n’est pas particulière à notre pays. Sa réalité contraignante et brutale a, par contre nourri bien des réticences dont la plus nette est celle de ces jeunes émigrés qui ont échoué si souvent leur intégration à la nation lors de cette épreuve.

L’Algérie socialiste, que nous voulons, ne peut être sans une armée qui soit la Nation tout entière avec ses tours de garde et ses mobilisations générales. Il y a bien sûr des nécessités de technicité qui peuvent être prises en charge par des personnels permanents.

La conséquence de ce choix est que le service militaire doit être réduit aux classes, à l’apprentissage du maniement des armes et de quelques techniques pour tous les citoyens et toutes les citoyennes. Chacun assumera, ensuite, sa part de la défense de la communauté par des mécanismes qui ne doivent pas le couper de sa vie sociale.

Un service civil, avec un salaire décent, peut aussi être institué pour assurer un roulement des citoyens dans les zones dépeuplées ou dans les grands projets nationaux comme le barrage vert. 

 

-        2 - La révision de la constitution est-elle parmi les priorités de votre action en tant que futur président ? Si c’est le cas, allez vous dissoudre le Conseil de la Nation qui est institué par la Constitution de 1996 ? Etes-vous pour une coexistence avec l’actuelle APN représentant un rapport de forces politiques qui a subi beaucoup de modifications depuis ou, au contraire, vous voudrez dissoudre l’assemblée pour susciter une adéquation avec le paysage politique actuel et à venir ?

L’APN actuelle, issue d’élections contestées et contestables, a très vite perdu toute crédibilité.

Le P.S.T. propose, depuis toujours, l’élection d’une Assemblée Constituante pour proposer au peuple une nouvelle loi fondamentale qui prenne en charge les aspirations à la liberté et au bien être social de la majorité des Algériens. Le texte actuel, lui, a été conçu pour légitimer le processus d’appropriation privée des biens de la communauté.

L’existence même d’une seconde chambre est d’essence antidémocratique. Il s’agit, partout où elle existe, de contrarier la volonté du peuple, exprimée par ses représentants élus, en soumettant ses décisions à la ratification par une autre institution qui n’exprime pas l’opinion du peuple du moment. Notre Conseil de la Nation, dont un tiers est nommé, et, dont la majorité qualifiée pour la décision est des trois-quarts, représente une caricature du genre.

 -               3 - Le dossier de «l’ex -F.I.S. » est projeté au devant de la scène politique nationale, avez-vous l’intention de l’ouvrir à nouveau et dans quelles perspectives ?

Tous les dossiers doivent être ouverts et traités en toute clarté. Il est prématuré de fixer les modalités précises du règlement de chaque question mais les principes sont clairs.

Malgré une opposition bien connue à l’intégrisme, qui a été exprimée avant que ce genre d’opinion ne soit à la mode, notre parti avait fermement déclaré, au moment de l’interdiction du F.I.S., qu’un courant politique, de cette envergure, ne pouvait être dissous par une décision administrative. Cet acte antidémocratique l’a, au contraire, légitimé en lui offrant : «le statut de victime et la stature d’unique opposition ».

Qui peut nier que le courant F.I.S. a été la principale force active dans ce pays depuis sept ans ? Les exactions et les violences contre les civils, commises par des groupes issus de ses rangs, ont grandement affecté le crédit de ce parti intégriste. Ses dirigeants n'ont pas dénoncé, en leur temps, les crimes de guerre de 94 – 95. Les politiques du F.I.S. ont aussi tardé à s’émouvoir des massacres de 96-98 et à reconnaître leurs véritables auteurs même après l’appel à la trêve  de l’AIS qui accuse le GIA. Beaucoup d’Algériens, même parmi ses partisans, lui ont retiré l’agrément pour cela, mais d’autres gardent encore la blessure d’une interdiction qui ne respectait pas l’opinion du peuple.

Notre combat contre ce courant rétrograde ne peut faire l’économie d’une pédagogie politique. L’exigence du respect par tous, du droit à la vie et de la liberté des autres à s’exprimer quels que soient leur opinion, leur doctrine philosophique ou religieuse, leur sexe, leur langue etc. doit se conquérir avec le respect de la liberté pour tous de s’organiser librement. 

         4 - En héritant du dossier des éléments de l’AIS qui auraient signé une trêve avec le pouvoir actuel, allez-vous continuer dans la voie de l’élargissement de cette trêve en tentant de rallier le GIA ? Par exemple ? Dans ce cas de figure, opterez-vous pour une amnistie générale en faveur de tous les auteurs des actes terroristes connus depuis 1992 dans l’espoir de rétablir la paix ? Avez-vous d’autres propositions ?

Nous ne savons rien de ce qui s’est décidé entre les autorités et les groupes de l’AIS. C’est une anomalie. A priori, l’évolution évidente du rapport de force politique et militaire suggère qu’il s’agisse d’une reddition de groupes à la capacité réduite, pressés de se démarquer des massacres du GIA. Pour faire cesser ces agressions barbares, il n’y a pas de solution répressive. Il est nécessaire de reposer sur la mobilisation du peuple, sur l’autodéfense armée des citoyens.

Il n’est jamais déshonorant de rechercher une trêve, quel que soit l’adversaire. Il est fréquent qu’une amnistie, plus ou moins étendue, puisse être offerte.  La loi sur la Rahma en est une, par exemple.

On ne peut, dés à présent, être si précis.  Il faut disposer des données militaires exactes, connaître les intentions des uns et des autres.

L’idéal serait d’avancer vers une solution qui préserve les vies humaines et la dignité de tous. Bien entendu, il doit être clair qu’en aucun cas nous n’accepterons de compromis sur les droits des femmes, la liberté de conviction, la démocratie et que nous serons toujours prêts à combattre les ennemis de ces droits humains élémentaires… D’un autre côté, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qui ont révolté le monde entier ne peuvent être oubliés.

 -               5 - Le redressement de l’économie nationale que les holdings publics ont en charge aujourd’hui est décrié par plusieurs acteurs économiques. En tant que présidentiable, pensez-vous que ces institutions mènent à bien leur mission de libération du secteur de production ou, au contraire, vous donnez raison à ceux qui réclament leur dissolution pure et simple, eu égard aux lourdeurs bureaucratiques et à leur blocage dans la gestion du passage à l’économie de marché ?

L’organisation en Holdings permet l’action économique contrairement à la tutelle administrative des Fonds de participation. La correction des énormités de la restructuration des années 80 qui séparait les fonctions de l’entreprise est positive. Cela dit, les Holdings ont reçu comme mission de conduire le secteur public à sa perte et c’est inacceptable.

Il est inadmissible que ces groupes industriels, formellement autonomes, aient l’obligation d’aller à la privatisation par un a priori dogmatique issu de la religion libérale. Le bilan de 16 ans d’ajustement structurel, publié par le CNES, indique bien que la voie choisie est une impasse tragique et que le noyau dur de l’industrie algérienne est menacé de disparition et qu’il entraînera le reste.

Notre conception est que l’Etat doit agir de façon volontariste pour réaliser un objectif, absolument pas naturel dans le capitalisme : le développement d’une production algérienne malgré l’existence de produits plus compétitifs à travers le monde.

Des budgets colossaux de la politique agricole commune européenne à la subvention des agriculteurs américains, des quotas imposés aux voitures japonaises aux guerres commerciales Europe Etats Unis, les puissants ne se gênent pas. Et le secteur public est une arme incontournable en situation de moindre compétitivité. L’Etat français soutient même une banque publique, le Crédit Lyonnais, malgré ses engagements européens.

 Ces quelques éléments de stratégie économique font partie d’un programme minimal dans le contexte de l’Algérie capitaliste. Ce programme immédiat doit ouvrir la voie à la mise en place d’une société différente au service des humains. 

 -               6 - L’acquisition d’un logement social constitue un véritable parcours du combattant pour la majorité des algériens. Pensez-vous que le problème en Algérie est un problème du logement ou un problème de l’habitat ?

Il y a un problème industriel : les chantiers durent trop longtemps et les coûts sont trop élevés.

Il y a ensuite un choix politique contestable : le financement du villa-boom qui a détourné les moyens et désorganisé le secteur pour des constructions très partiellement utilisées.

La sous utilisation des logements existants, révélée par le dernier recensement, est un désaveu cinglant à ceux qui faisaient de l’appropriation privée une panacée et un élément de dynamisme.

 -               7 - Qu’est-ce que vous préconisez pour résorber le déficit et faciliter l’accès au logement social aux Algériens à faible revenus ?

Il y a eu une absence de discernement de toute une caste de dirigeants, aveuglés par le dogmatisme du FMI, qui n’ont pas vu que le financement massif de logements pouvait tirer l’économie vers le haut.

Une politique de crédit à long terme à faible taux d’intérêt mobiliserait l’épargne des salariés redynamiserait le secteur et libérerait le logement social proprement dit pour les plus démunis.

 -               8 - Le chômage, et son corollaire la pauvreté, constituent une équation que les pouvoirs publics n’ont jamais réussi à résoudre à ce jour malgré moult formules et tentatives. Avez-vous une stratégie à même d’absorber le chômage endémique, qui frappe surtout la majorité constituée des jeunes, et stopper la paupérisation effrénée de larges couches de la société ?

Il faut frapper fort et mettre en œuvre un programme global qui mette au travail l’ensemble de la population. Il ne s’agit pas de trouver de petites astuces convenables. Tous doivent travailler et très vite dans le cadre d’une guerre totale pour changer notre avenir.

Les besoins sont immenses dans tous les secteurs. Il faut relancer le bâtiment et les infrastructures, un programme d’équipement pour nos entreprises exsangues, des travaux d’envergure pour procurer l’eau et protéger de la désertification, l’indispensable modernisation de l’agriculture…

 -               9 - La polémique récente, autour de la nécessité d’un troisième rééchelonnement de la dette extérieure, renferme, en son sein, des doutes, sur l’application du programme d’ajustement structurel (PAS), conclu par les autorités algériennes avec les instances financières internationales. Etes-vous pour un nouveau «reprofilage» de la dette extérieure ? Le cas échéant, comment ferez-vous pour équilibrer le budget de l’Etat ? 

L’échec patent du néo-libéralisme, celui des recettes monétaristes, conduit les décideurs occidentaux à revoir leur politique et à envisager plus d’Etat, plus de contrôle… Quant aux peuples, ils ont payé le prix fort. Il faut bien comprendre, ici, en Algérie que quelques années de plus de cette médication signifient la clochardisation généralisée. Sans préjuger de ce que la situation réelle des finances du pays peut nous contraindre à accepter, il est possible de dire que nous mènerons la politique économique la plus éloignée du FMI que nous pourrons concrètement mener.

Les rapports de force actuels ne permettent pas de décider unilatéralement du non-paiement de la dette. Nous travaillerons à réaliser un front mondial pour l’effacement des dettes du tiers - monde.

En attendant, nous ne permettrons pas que nos moyens limités soient gaspillés et nous consacrons nos ressources à assurer la survie alimentaire du peuple et le fonctionnement de notre outil productif.

Pour le budget de l’Etat, nous appliquerons les mêmes principes et veillerons à nous procurer des ressources en imposant les fortunes.

 -               10 - Fruit d’un long combat contre le règne du monolithisme, la presse écrite indépendante continue de subir le double diktat du pouvoir qui tente vainement de la museler et du terrorisme qui veut la mettre au pas. Si vous présidez aux destinées du pays, comptez-vous travailler avec une presse libre en levant tous les interdits qui la frappent (concurrence déloyale, rétention de l’information et chantages de toutes sortes) ? En outre, vous engagerez-vous pour une plus grande libéralisation de la presse et surtout de l’audiovisuel et du secteur radiophonique ? Y aura-t-il place, selon vous pour une presse publique ?

C’est la révolte d’octobre 88 qui nous a obtenu la pluralité des partis et des journaux. Mais nous sommes loin de la liberté d’expression et d’organisation, car tout est sous contrôle. Nous sommes pour supprimer toute forme d’agrément ou de contrôle a priori. Une simple déclaration doit suffire pour s’associer, s’exprimer ou se réunir dans le respect des lois qui interdisent la violence contre autrui, l’injure, la diffamation etc.

La liberté d’expression des puissants du régime et des gens fortunés ne nous suffit pas. Nous ne sommes pas pour financer la presse selon les règles de la commercialité. Ces règles favorisent les gens déjà riches et la presse à scandale. Les moyens de l’Etat doivent être utilisés pour faciliter l’expression de toutes les opinions avec comme seule limite l’honneur des autres citoyens. Une presse publique peut être le meilleur moyen d’assurer un service public de cette nature tel que celui exigé de l’ENTV.  

Dans les conditions économiques actuelles, les télés privées permettent à des puissances financières nationales et internationales de matraquer les citoyens. Les satellites permettent de toute façon échapper aux décisions d’un état. L’ordre mondial de l’information est régi par les multinationales qui prennent le droit de censurer et de promouvoir ce que bon leur semble. La liberté d’expression des peuples du monde nécessitera d’intervenir sur ce terrain et d’exiger comme nous le faisons pour notre presse publique et privée une obligation de service public.

 -               11 - L’état d’urgence  instauré depuis février 1992 suite à la dégradation brutale de l’ordre et de la sécurité, suscite toujours des divergences au sein de la classe politique quant à son maintien ou son efficacité. D’aucuns considèrent sa levée comme une condition sine qua non pour le rétablissement de la paix. Et à l’instar du rejet par l’APN d’une récente motion, allant dans ce sens, proposée par le FFS, seriez-vous pour la levée de l’état d’urgence ou bien allez-vous le maintenir tout en apportant des modifications aux mécanismes mis en place dans le cadre de la lutte contre le terrorisme en Algérie ?

Ceux qui disent que la guerre fait rage veulent lever l’état d’urgence et ceux qui la pensent presque finie veulent le maintenir. Illogique. Pourquoi ne pas reconnaître que nous sommes dans une sorte de guerre depuis sept ans et que cela mérite une mobilisation générale des citoyens et notamment dans les régions rurales ? Il y a ensuite à régler la question des entraves à la liberté d’expression de manifestation et d’organisation qui prennent prétexte de l’état d’urgence mais qui tiennent d’une tradition ancienne qui ne sera pas abolie par la levée de l’état d’urgence. Et le respect des droits de l’homme est exigé de toutes façons.

 -               12 - Une dernière question. Quel doit être, selon vous, le rôle exact du Haut Conseil de Sécurité (HCS), si vous décidez de le maintenir ?

La souveraineté doit appartenir au peuple et s’exerce par ses représentations élues. Le rôle de tuteur du peuple qu’on fait jouer à une instance consultative est étranger à la démocratie.

Il est, en outre, totalement inopérant de considérer les questions militaires comme des questions techniques.

L’affrontement avec le projet intégriste liberticide a commencé dans les pires conditions : celles qui lui offraient un statut de victime et donc une légitimité populaire étendue. La défaite des groupes armés est directement le fruit du discrédit politique et de leur isolement. Le pouvoir le plus fort est celui qui peut compter sur sa légitimité démocratique.

Salhi Chawki

 

 

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