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   Richelieu ôtant les chenilles d’une fleur de lys
Par Jean Ganière, vers 1637-1638
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Panofsky avait élaboré, en regardant certaines œuvres de la Flandre du dix-septième siècle, une méthode pour tirer du tableau la signification cachée par les symboles. Ce modèle d’analyse est le sujet de mon travail puisqu’il sera utilisé pour analyser une œuvre tirée de l’exposition «Richelieu et le pouvoir» du Musée des Beaux-Arts de Montréal. Le tableau analysé sera Richelieu ôtant les chenilles d’une fleur de lys, œuvre de Jean Ganière datant de 1637-1638.

Commençons par décrire l’œuvre, les objets et les expressions. Tout d’abord, Richelieu ôtant les chenilles d’une fleur de lys est une étampe en noir et blanc dont la grandeur est à peine plus grande qu’une feuille mobile. Voici la description de son contenu. Tout d’abord, au premier plan, sur un sol ondulé, comme s’il était de terre mal tapée, il y a un tas de feuilles et de chardons. Ce tas est situé au centre de l’étampe. Dans ces feuilles se trouvent un escargot qui tente de grimper sur le tas et une chenille. Cette dernière est située vers le droite, dans le ramassis de feuilles. Vers la gauche de l’œuvre se trouve un homme debout et à ses pieds, il y a un chardon. Cet homme est vêtu d’une tunique foncée et longue recouverte d’une chasuble en dentelle et d’une étole qui ressemble beaucoup à une cape. Il porte au cou une croix et sa tunique a un grand col, comme une chemise. Un de ses pieds est découvert et chaussé d’un soulier pâle. Il se tient quelque peu penché vers sa gauche, mais reste face à l’artiste et au spectateur. Il tient dans sa main droite un linge pâle avec, au bout d’un des coins, un gland. Pour ce qui est du visage de l’homme, il porte une barbichette et une moustache. Il est de race blanche. Ses cheveux lui arrivent aux épaules. Il a un grand nez et de grand yeux ouverts, sans expression déterminée. Sur sa tête, il porte un chapeau religieux en forme pentagonale et assez foncé. À sa gauche, il y a une plante à trois fleurs, sûrement un lys, dont les gerbes sont divisées comme ceci : une penchée vers la gauche, un debout bien au centre et une dernière penchée vers la droite. Sur la tige qui soutient les trois fleurs, un escargot est en pleine escalade. La fleur la plus à droite est habitée par un insecte ailé dont la tête est dans la direction de l’homme est les ailes ouvertes. Sur la plus haute et droite fleur se trouve une chenille. L’homme a dans sa main gauche une pince qui tient se dernier insecte. À droite, en bas de l’œuvre, un lion est enchaîné par le cou, l’air menaçant et griffes sorties, l’ombre sous lui. Il est très poilu et est à quatre pattes. Sa queue est vers l’avant et semble en mouvement, comme s’il la battait contre l’air. Sa tête est en direction de l’homme. Un peu plus se trouve un aigle volant vers l’homme, dans la position d’un oiseau de proie qui attaque, l’air aussi menaçant que le lion. Son bec entrouvert, ses ailes sont prêtes à s’envoler et presque ouvertes. Ses serres sont ouvertes sous son corps. Il est attaché par le cou par une grosse chaîne, comme le lion.

Le deuxième plan de l’œuvre sera décrit de gauche à droite. Il commence par un petit coin de mur qui arrête derrière l’homme. Dans le bas du mur sont inscrites une signature, une date et un lieu qui est Paris. Dans le haut de ce même mur se trouve une petite rayure plus pâle. Un peu plus à droite, au sol, il y a un plancher, un palier en damier. Les carreaux sont de trois couleurs différentes : blanc, noir et marbré. Ce parquet dessine un corridor entouré de deux murs qui se jette, au font, sur une petite clôture. Cette dernière est composée de petits piliers rondelets sur lesquels est posée une tablette mince et droite. Le deuxième mur, le côté droit du corridor ci-haut décrit, est de la même teinte de gris que le premier et a deux rayures plus pâles dans le bas, en décoration, ainsi que ce même nombre de lignes du même ton en haut. Une fenêtre ronde, au centre de ce mur, est coupée de trois barres horizontales. On tourne le coin de ce muret et l’on se retrouve face à trois colonnes rondes, sur de petits piliers, comme dans les temples de l’Antiquité. Ces piliers sont carrés, bas de hauteur et ont une rayure dans le haut, comme celles sur les murs. Sur la deuxième des trois colonnes se trouve un anneau. C’est sur celui-ci que les chaînes qui retient les deux animaux sont attachées. En bas, sur le sol, le même damier que tout à l’heure se continue.

Voici maintenant le troisième plan. Commençons par le bout du dit corridor. On y voit des arbres feuillus. On en voit clairement deux, mais peut-être certains sont cachés par l’homme. Le ciel qui les surplombe est pâle, avec quelques nuages – peu nombreux – encore plus pâle. Derrière les colonnes, on peut voir encore une autre partie de ce même troisième plan. Il y a quelques collines de terre avec d’autres arbres feuillus. Ceux-ci sont grands et très fournis en feuilles. Deux sont très distincts, mais on en devine d’autres un peu moins clairement dessinés dans le coin gauche de la « fenêtre ». Le ciel de ce bout de troisième plan est rempli de nuages pâles, mais aussi de quelques uns un peu plus foncés.

Parlons maintenant du cadre de l’œuvre. Cette dernière est entourée d’un espace blanc. Dans ce même espace, quelques choses sont inscrites. Dans le haut, on peut lire « Embleme sur l’extirpation de l’Heresie, et de la Rebellion par les soins du Cardinal Richelieu », tandis que dans le bas de l’œuvre, il est écrit quatre quatrains de vers en vieux français.

Maintenant, commençons la deuxième étape du travail qui consiste, selon la méthode iconographique de Panofsky, à faire des liens. L’homme qui est debout, portant une soutane, ne peut être que le cardinal de Richelieu. En effet, il porte une pourpre cardinaline, selon la gravure qui n’est pas aussi juste qu’une peinture pour ce qui est du dessin et du réalisme. Cela fait que son expression, malgré les dessins de « L’expression des passions », par Charles LeBrun, est neutre. Aucune des expressions et descriptions d’expression de l’œuvre de LeBrun ne colle au visage passible de Richelieu. Ceci est sûrement encore un effet de l’imprécision des gravures. De plus, l’on peut reconnaître le cardinal au cordon du Saint-Esprit, cette croix qu’il porte au cou. Cet homme est debout. À cette époque, les hommes du clergé, lorsque peints, étaient assis à un bureau, en train de travailler comme, par exemple, dans l’œuvre de Philippe de Champaigne, aussi présentée à l’exposition, « Portrait du cardinal Richelieu écrivant à sa table de travail » . Sur la gravure ici analysée, ainsi que, par exemple, « Portrait du cardinal de Richelieu debout », encore une fois de Champaigne, le cardinal prend plutôt une pose d’homme politique. Ceci est un indice que le cardinal de Richelieu ne faisait pas qu’aumônier mais qu’il avait aussi du pouvoir en tant que politicien.

La fleur de lys est le symbole de la France. Elle est l’Emblème des rois de France puisque, selon la légende, Clovis avait choisi cette fleur comme signe de sa purification par le baptême lorsqu’il devint chrétien. Au douzième siècle, cette fleur fut officiellement adoptée par la monarchie française pour se représenter. Ainsi, la fleur de lys, symbole de pureté, représente ici la France.

Deux animaux sont présents dans cette œuvre. Il y a un lion et un aigle. Les deux sont représentatifs de pays. Le lion symbolise l’Espagne. En effet, le roi des animaux est représenté sur les armoiries espagnoles, comme signe de force. L’aigle est lié à l’empire d’Autriche, dit le Saint-Empire romain germanique. Ici, en plus d’être sur les armoiries impériales, l’aigle montre la continuité avec l’empire romain. En effet, l’empire romain avait lui aussi un aigle comme symbole. Par contre, habituellement, l’aigle austro-germanique du Saint-Empire est bicéphale, c’est-à-dire qu’il possède deux têtes. Les deux animaux, qui ont l’air drôlement menaçant, sont tous deux enchaînés au même poteau. Ainsi, une alliance quelconque est démontrée entre l’Espagne et le Saint-Empire romain germanique.

Un autre symbole est aussi présent dans l’œuvre. Ce sont les chenilles, escargots et sauterelles (papillons?) qui hantent la fleur de lys. Les dictionnaires de symboles soulignent que les insectes sont habituellement des êtres négatifs, En effet, les chenilles sont des animaux rampants, se rapprochant des larves. Il pourrait donc s’agir d’un peuple que la France, et que le cardinal, jugerait bas et rampant, Toutes ces bestioles sur l’œuvre ont un point en commun qui peut peut-être nous éclairer sur l’importance de leur présence sur cette gravure. Que font tous ces insectes de leur vie? Ils mangent des feuilles. Or, ils sont situés soit sur la fleur de lys, dite la France, ou sur les feuilles par terre, qui sont, d’après le catalogue de l’exposition du Musée des Beaux-Arts, des ronces. Les chenilles n’ont certainement pas grimpé sur la plante pour aucune raison. Ainsi, l’on peut deviner qu’elles y montèrent pour en manger des feuilles, donc pour manger la France. On peut donc penser à des envahisseurs qui essaient de rapetisser la France d’une manière ou d’une autre. Les ronces quant à eux, d’après la définition du « Robert illustré », sont des « branche[s] épineuse[s] ». Étant épineux, les ronces ne doivent pas être aussi agréable que la fleur de lys et doivent certainement contenir moins de nourriture. Le cardinal, avec sa pince, ôte les chenilles de la fleur de lys pour les laisser tomber dans les ronces. Peut-être que cela signifie la prison, ou la misère, ou même la guerre. Une chose est sure, ce ne doit pas être quelque chose d’agréable.

Une autre chose : la fleur de lys est située devant un genre d’ouverture, de porte. Cette dernière débouche sur un balcon et puis sur un boisé. Puisque aucune œuvre littéraire ne m’a éclaircie sur le sujet, j’ai suivi ce raisonnement : la fleur de lys est devant une sortie. Or, si elle avait été située dans une pièce complètement fermée, qu’est-ce que cela aurait pu vouloir dire. La solution de cette question était que la situation dans laquelle était la fleur de lys, ou la France, était sans issue. Puisque la gravure montre le contraire et que l’emblème de la France est situé dans un lieu plutôt ouvert, cela signifie qu’il est possible de s’en sortir. De plus, cette même sortie est situé juste derrière la fleur de lys. Si elle avait été loin, elle aurait pu signifier qu’il serait un peu plus difficile de s’en sortir. Dans l’œuvre de Jean Ganière, elle montre plutôt la facilité. Le boisé derrière peut signifier la paix, puisqu’une forêt, surtout telle que représentée, est paisible.

Finalement, il est temps de passer à la troisième partie de l’analyse selon Panofsky. Cette dernière étape consiste à faire des liens soit avec d’autres œuvres visuelles, ou des livres, ou l’histoire, et j’en passe.

Commençons par le contexte historique de la France à l’époque où l’œuvre a été créée. En 1637-1638, la France était en pleine guerre de Trente Ans. Ce conflit était tout d’abord de nature religieuse et politique et est né en Allemagne en 1618. Elle ne se termina qu’en 1648, alors que l’Europe entière en faisait partie. Cette lutte prit son origine dans l’antagonisme religieux dû à la Réforme protestante. De plus, certains pays, en particulier la France, tenait à abaisser le pouvoir de l’Empire germanique et des Habsbourgs, la famille royale à la tête du Saint-Empire romain germanique. Pour la France le véritable conflit tenait au fait qu’elle disputait avec les Habsbourgs l’hégémonie en Europe. Les motifs religieux furent insignifiants pour eux. La France entra d’elle-même dans la guerre, en 1635, en déclarant la guerre à l’Espagne. Or, l’Espagne est une possession des Habsbourgs aussi. Un fait très important : en 1636, les invasions des espagnols sur le territoire de la France furent enfin repoussées. Ce fut le début des victoires pour la France de Richelieu dans ce conflit.

Grâce à ce moment d’histoire, l’on peut comprendre l’œuvre du tout au tout. En effet, on sait maintenant pourquoi les trois emblèmes se retrouvent sur la même gravure. La France, la fleur de lys, combattait l’Espagne, le lion, et le Saint-Empire romain germanique, l’aigle. Si les deux sont attachés au même poteau, c’est parce qu’ils sont dirigés par la même dynastie, soit les Habsbourgs. Il y a donc, comme je l’avais prédit une alliance.

Si Richelieu est debout, c’est qu’il a du pouvoir puisque les grands hommes d’états étaient peints debout, comme dans le portrait de Louis XIV, le « Roi Soleil », exécuté par Hyacinthe Rigaud. En effet, c’est sous sa gouverne, puisqu’il était ministre des affaires extérieures, qu’on attaqua l’Espagne, principale possession des Habsbourgs en dehors de l’Autriche. Le cardinal avait beaucoup de pouvoir. C’est pour ce pouvoir aussi que c’est lui qui tient la pince et qui enlève lui-même les insectes de la fleur de lys. Il a décidé par lui-même que l’on déclarait la guerre à l’Espagne et c’est lui, parce qu’il essayait de consolider l’autorité royale, qui avait intérêt à éliminer l’autre grande force de l’Europe. Les chenilles sont donc les envahisseurs espagnols qui, en mangeant les feuilles de la fleur de lys, de la France, rapetissait la grandeur de cette dernière. Or, les Français connaissaient un regain de victoire à l’époque de la gravure. Ainsi, Richelieu ôtant les chenilles de la fleur de lys représente Richelieu débarrassant son pays des Espagnols qui grugeait son territoire et ainsi, remportant quelques victoires bien méritées, vu que les Espagnols ne sont que des bestioles bonnes à écraser. La porte de sortie montre aussi ces victoires sur l’Empire et l’Espagne.

Dernier fait important, l’œuvre de Jean Ganière est une gravure. Contrairement aux peintures classiques, que l’on accrochait aux murs du Louvre et que seuls les aristocrates pouvaient voir, les gravures étaient multipliées par centaine et distribuée dans le peuple. Le fait que Jean Ganière aie choisi une gravure est très important puisque cela nous indique à qui l’œuvre est adressée. « Richelieu ôtant les chenilles d’une fleur de lys » a été distribuée dans le peuple, la gravure s’adressait donc au peuple. En fait, l’œuvre est un message, une propagande. Elle semble dire : « Richelieu nous débarrasse des méchants Espagnols. Ce qu’il fait est bien. Encourageons-le. » La gravure de Jean Ganière est donc une propagande politique anti-esapgnols et anti-empire.

Bibliographie
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D’HAUCOURT G. et DURIVAULT G. Le blason, Presse universitaire de France, Paris, 1965, 135 pages.
Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 97.
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GOLDFARB, Hillard Todd. Richelieu et le pouvoir, Musée des Beaux-Arts, Montréal, 2000, 422 pages.
La nouvelle encyclopédie des jeunes, France Loisirs, Paris, 1979, 415 pages.
LEBRUN, Charles. L’expression des passions, brique photocopiée.
Le Robert illustré d’aujourd’hui en couleur, France Loisirs, Paris, 1996.
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MILROY, Sarah. Power and glory, The Globe and Mail, 2 Novembre 2002, page V2
NIMOSUS, Christiama. Le monde secret des croix, Guy Trédaniel Éditeur, Paris, 1990, 140 pages.
PILOTE, Carole. Le 17e siècle :Le Baroque et le Classicisme, Éditions Études Vivantes, Laval, 2000, 65 pages.
Richelieu : l’art et le pouvoir, guide de l’exposition.

 
 
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