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   Au-delà de nos rêves
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Lorsque Chris se réveille, après son passage dans l’autre monde, il se retrouve dans un monde bien différent du nôtre, dans un panorama rempli de fleurs multicolores et de nature, de cascades, de montagnes, des falaises verdoyantes toutes faites de peinture acrylique. Ce paysage fait beaucoup penser au tableau sur lequel travaillait Annie alors qu’il était vivant. C’est la représentation qui est faite du paradis, celui de Chris. Selon Albert, le guide de Chris au paradis, interprété par Cuba Gooding, Jr., « C’est toi qui fabrique tout ça. Au début, on est tous désécurisé, alors on se projette dans un lieu rassurant, confortable. Nous peignons tous notre cadre, mais tu es le premier que je rencontre à utiliser de la vraie peinture **».

C’est une illustration pure et simple de cet élément de culture et de civilisation, bien qu’elle soit très personnelle. Dans le cadre du film, cette représentation du paradis est pertinente, vu les liens possibles avec Annie, qui l’a peint en premier lieu. Cependant, ce n’est pas vraiment la représentation qu’on pourrait se faire du paradis tel qu’entrevu dans la Bible. Une chose est sure, c’est que le traitement de l’élément de culture et de civilisation est très original.

Un clin d’œil est fait à la chrétienté lorsqu’on voit Albert marcher sur les eaux. En effet, dans le Nouveau Testament, un des nombreux miracles de Jésus Christ est de marcher sur l’eau.

Quand vint le soir, ses disciples descendirent au bord du lac, montèrent dans une barque et se mirent à traverser le lac en direction de Capernaüm. Il faisait déjà nuit et Jésus ne les avait pas encore rejoints. L’eau du lac était agitée, car le vent soufflait avec force. Ils avaient ramé environ cinq à six kilomètres quand ils virent Jésus s’approcher de la barque en marchant sur l’eau (…). ***

Le rapport entre l’élément de culture et de civilisation tout droit sortit de la Bible et l’image montrée dans l’œuvre cinématographique n’est pas une illustration pure est simple puisque le but du réalisateur n’était pas de représenter cette scène du christianisme. Les circonstances ne sont pas les mêmes. En effet, Albert marche sur l’eau afin de rejoindre Chris et lui prouver, d’une certaine manière, les nouvelles possibilités qui lui seront offertes lorsqu’il aura réalisé qu’être mort ne signifie pas disparaître et cesser d’exister. Ce n’est en fait qu’un petit clin d’œil visuel.

Un peu plus tard dans le film, Annie peint un autre volet à sa toile : un énorme arbre plein de fleurs mauves. Chris, de son paradis, peut le voir. D’après ce qu’Albert dit, si les deux époux sont capables de communiquer par ces tableaux, c’est qu’ils sont « comme des âmes sœurs. C’est extrêmement rare, mais ça existe. Comme deux âmes jumelles qui s’accorderaient l’une à l’autre… apparemment même dans la mort **** ».

Le concept d’âme sœur est un élément de culture et de civilisation qui date de la mythologie ancienne. On raconte que chaque âme fut coupée en deux et passe sa vie à chercher son autre moitié, son âme sœur. L’allusion au concept d’âme sœur est donc pertinente, surtout que les personnages donnent réellement l’impression d’être liés d’une façon toute particulière.

Lorsque Chris se décide à aller voir son épouse en enfer, question de lui faire ses adieux, il passe par un long fleuve dans une barque. L’image apporte un côté mythologique à l’œuvre cinématographique qui est tout à fait pertinent puisque le film se veut en fait être un « melting pot » des croyances entourant la mort d’après plusieurs civilisations. Le cours d’eau fait allusion à l’Achéron, « fleuve de l’Affliction ***** », « dont les méandres entouraient la résidence des âmes ****** ». La barque, quant à elle, fait allusion à celle de Charon. Plusieurs poètes de l’Antiquité en ont parlé dans leur œuvre, dont Virgile.

Un vieux nocher immortel, Charon, prend dans sa barque les âmes des morts et les transporte sur l’autre rive où s’élève la porte du Tartare ( appellation que préfère Virgile). Charon ne consent à prendre dans sa barque que les ombres de ceux qui portent dans leur bouche le prix de leur passage et qui ont reçu une sépulture. *******

Puis, dans le même ordre d’idée, lorsque Chris, Albert et leur guide arrivent aux enfers, leur barque vogue sur un lac où des centaines de personnes semblent se noyer. Ces corps réussissent à renverser l’embarcation. On représente ici les Limbes, lieu où les âmes sans sépulture sont laissées.

Le spectacle le plus extraordinaire était (…) celui de la foule en désordre qui se ruait sur Charon. Des mères, des hommes, les corps désormais sans vie de héros grandioses, des garçons, des jeunes vierges, autant de morts qui suppliaient qu’on les fît passer les premiers vers l’autre rive. (…) Tous ceux à qui le nocher refuse accès sont les âmes sans sépulture. Nul ne peut traverser ces flots sans que ses os reposent au préalable dans une demeure. Ceux-là sont condamnés à errer cent ans avant de pouvoir traverser (…). ********

L’illustration pure et simple de ce lieu qu’est les Limbes est très pertinente et les rend facilement reconnaissable. En effet, il ressemble beaucoup à plusieurs autres représentations qu’on en fait dans les livres ou les films. Prenons par exemple le film de Disney Hercule où le héros va sauver l’âme de son amoureuse dans des Limbes très semblables à celles qui sont représentées dans Au-delà de nos rêves.

Toujours d’un point de vue mythologique, on peut dire que l’histoire fait allusion à un mythe bien connu. Le but du héros, qui est d’aller sauver sa femme des griffes de l’enfer et de la damnation éternelle que lui entraînerait son suicide, est, en effet, le même que celui d’Orphée qui décide d’aller chercher son Eurydice qui lui a été arraché trop tôt, par la morsure d’un serpent. « Il osa ce qu’aucun homme, jamais, n’avait osé pour son amour. Il entreprit le redoutable voyage dans le monde souterrain ********* ».

La reconstitution de ce mythe est pertinente. La fin fut par contre changée. Dans l’histoire d’Orphée et d’Eurydice, l’homme, qui doit attendre d’être sortit de la caverne avant de regarder son épouse, se retourne trop tôt et perd donc son Eurydice. Dans l’histoire de Chris et Annie, les deux époux passent près de se perdre, mais ils ne se perdront pas.

Un autre élément de culture et de civilisation présent, et fort important, dans l’œuvre cinématographique est l’enfer. Chris et son guide s’y retrouvent après être tombés du pont de visage. La représentation qu’on en fait est celle d’un enfer personnel à chacun. Dans le film, Annie est enfermée dans sa propre maison en ruine, sans électricité ou eau courante, où courent des tarentules dont elle a visiblement peur. « Les suicidés sont extrêmement tourmentés, fortement enclins à se punir eux-mêmes ********** ». Cette illustration de l’enfer est pertinente vue le traitement qu’on a fait du paradis, tout aussi personnel que l’enfer. Par contre, elle diffère beaucoup de l’enfer où règne Satan et où des diables en tenues rouges nous torturent avec des lances ardentes, illustration qu’on en fait habituellement et qui commence à être cliché.

En conclusion, le film Au-delà de nos rêves, du réalisateur Vincent Ward, est bourré d’éléments de culture et de civilisation dont la majorité se rattachent au thème principal du film, l’après-vie. Ces éléments sont tirés, entre autre, de la mythologie de l’Antiquité, du christianisme et des mythes modernes. Ce travail se terminera donc sur ces mots, tirés de ce même film : « Là où nous allons tous, ça ne peut pas être mal. »

* Pascal Lapointe, « La vie et la mort », La Presse, 10 juillet 1995.
** Vincent Ward, Au-delà de nos rêves, États-Unis, 1998.
*** Jean, « Évangile selon Saint-Jean », Bonnes Nouvelles Aujourd’hui, Montréal, Société Biblique Canadienne, 1986 Jn 6, 16-19, p. 230.
**** Vincent Ward, Au-delà de nos rêves, États-Unis, 1998.
***** Édith Hamilton, La mythologie, Alleur (Belgique), Marabout, 1978, p. 45.
****** Colette Barbé, Mille ans de conte : Mythologie, Paris, France Loisirs, 1996, p. 339
******* Édith Hamilton, La mythologie, Alleur (Belgique), Marabout, 1978, p. 45.
******** Colette Barbé, Mille ans de conte : Mythologie, Paris, France Loisirs, 1996, p. 340.
********* Édith Hamilton, La mythologie, Alleur (Belgique), Marabout, 1978, p. 133.
********** Vincent Ward, Au-delà de nos rêves, États-Unis, 1998.

 
 
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