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   Peut-on dire que l’organisation du premier chapitre du Libraire de Gérard Bessette est, sur le plan du personnage principal (ses caractéristiques physiques et psychologiques, son rapport aux autres personnages et son rapport à l’espace), caractéristique de l’ensemble du roman? copyrighted… Merci!
L’évolution d’un personnage dans un œuvre littéraire se fait généralement sur différents aspects. Certains d’entre eux sont plus évidents que d’autres. Dans « Le libraire » de Gérard Bessette, le personnage principal, Monsieur Jodoin, montre une personnalité quelque peu différente dans le premier chapitre que dans le reste du roman. Son rapport à son aspect physique est différent, ainsi que son côté psychologique, son rapport avec les autres personnages et avec l’espace.

Tout d’abord, le premier aspect qui nous permet de dire que le premier chapitre ne caractérise pas l’ensemble du roman est le physique. Au cours du premier chapitre, Monsieur Jodoin se décrit, pendant sa quête d’un logement, comme quelqu’un de présentable : « Mon feutre, que je soulevais pourtant dès qu’on ouvrait la porte, présente des bosselures insolites et une raie graisseuse qui ne saurait échapper à un œil perspicace. Les manches de mon paletot s’éliment et mon foulard n’est pas de la dernière propreté. Quant à ma figure, j’en ai vu des plus laides, mais elle pâle, affaissée, avec des rides profondes le long des joues. Mais enfin, je suis présentable ». (p.10) Il ne se trouve, à ses dires, pas si moche, quoiqu’il avoue ne pas être une beauté. Il a quand même bonne allure, sans plus. Puis, un peu plus tard dans le roman, plus précisément aux pages 85 et 86, Monsieur Jodoin se décrit différemment : « Je sais que je suis loin d’être parfait (…). Le faciès, n’en parlons pas, c’est trop évident. Il est long, flasque, avec deux rigoles en forme de parenthèses qui me relient les ailes du nez à la bouche. Ajoutez à cela des sourcils broussailleux qui se rejoignent comme une pointe d’accolade et des oreilles décollées. » Il se trouve alors laid; il n’est plus l’homme présentable qu’il se disait au premier chapitre. Le fait que quelqu’un s’intéresse à lui, Rose, le dérange. Pour lui, il est impossible qu’on puisse le trouver attirant et intéressant. Rose l’aime, elle est charmée par lui et elle semble être la première. Monsieur Jodoin ne peut croire que cela lui arrive. Il se met donc à dire qu’il n’est pas beau et à accentuer ses défauts. Cette situation entraîne également une petite différence au niveau de la psychologie du personnage.

Cela nous mène au deuxième aspect : la différence sur le plan psychologique du personnage dans le premier chapitre par rapport à l’ensemble du roman. Il affirme détester les déplacements. Il s’arrange pour en faire le moins possible. À la fin de la huitième page, il mentionne ce déplaisir à se déplacer : « Comme je déteste les déplacements, je désirais me loger le plus près possible de mon travail. » Plus tard dans ce même chapitre, il dit être trop las pour se rendre à la gare et que ça ne vaut pas la peine d’y aller. Il présente donc un peu de paresse et passe pour un être très sédentaire. Au septième chapitre, il vient se contredire en se rendante à la gare de son propre gré. Il continue à affirmer qu’il n’aime pas les déplacements, mais il a quand même marché de son appartement jusqu’à la gare. Il est dérangé psychologiquement par la relation qu’il entretient avec Rose et qui le met mal à l’aise, vu qu’il n’est pas habitué à ce genre de situation. Il se déplace pour s’éloigner d’elle; il fait un déplacement qu’il n’aurait jamais fait en temps normal. La relation dite amoureuse qu’il entretient avec Rose le fait changer psychologiquement.

Les relations qu’il entretient avec les autres personnages diffèrent également du premier chapitre à l’ensemble de l’œuvre. Monsieur Jodoin semble entretenir une certaine amabilité envers les autres personnages durant le premier chapitre. Il semble plutôt sympathique avec la serveuse, qui est d’ailleurs le seul personnage avec qui il a un rapport pendant ce chapitre. Il donne l’impression d’un homme qui ne crée aucun lien avec les autres, mais qui est tout de même très respectueux. Cette impression change du tout au tout lorsqu’on qu’on lit le reste du roman. Il se met à parler en mal de ses confrères et consœurs de travail, ainsi que des clients. On peut noter de l’hypocrisie dans son tempérament; il n’est pas l’homme qu’il peut le laisser paraître. Son attitude le rend moins aimable qu’il ne le paraissait au début de l’œuvre. Un autre élément qui le rend différent dans ce même aspect est le lien qui l’unit au père Manseau. Cet homme est d’un âge avancé et va au même bar que Monsieur Jodoin. Il est tranquillement assis à sa table et ne préoccupe de rien de ce qui l’entoure. Les sentiments de Monsieur Jodoin envers cet homme sont vagues au début de leur rencontre, mais ils se concrétisent à la fin du roman, à la page 135 : « C’est le seul Joachinois pour lequel j’éprouvais vraiment de la sympathie. » C’est un peu parce qu’il le laisse tranquille à propos du capharnaüm, contrairement à tous les autres, qui lui a valu ce sentiment. Les autres personnages vont tous, en effet, se préoccuper de Monsieur Jodoin à la taverne, lui qui avait précisé vouloir q’on le laisse en paix dans cet endroit.

Le quatrième aspect qui permet de voir que le premier chapitre ne caractérise pas l’ensemble du roman est le rapport qu’a Monsieur Jodoin avec l’espace. Il porte des jugements très sévères envers les lieux qu’il rencontre à Saint-Joachin. C’est le cas des salles de cinéma de la ville : « Mais je ne peux supporter de m’enfermer dans l’un des trois cinémas de Saint-Joachin, des salles infectes dont deux n’ont que des banquettes de bois et dont la troisième est insuffisamment chauffée. » (p.11) Il les trouve très désagréables. En gros, il dit qu’il n’ira jamais dans l’une ou l’autre de ces trois salles de cinéma. Pour lui, ce serait intolérable. Ce sentiment de dégoût pour les salles sera par contre mis de côté au sixième chapitre. Il se décidera à inviter Rose à y aller : « Après l’avoir saluée plutôt cérémonieusement, je lui dis que je ne venais pas pour affaire : j’avais vu un beau programme annoncé au cinéma Palace et je voulais l’y inviter… » (p.77) Malgré tout le mal qu’il a dit de cet endroit, il y ira. Ce qui l’a incité à s’y rendre et à inviter Rose est clair : il souhaite passer la nuit avec elle. Il en a tellement envie qu’il est prêt à aller au cinéma avec elle et ce malgré le fait qu’il trouve les salles tout à fait infectes.

Pour conclure, les différences de Monsieur Jodoin nous permettent de dire que l’organisation du premier chapitre n’est pas caractéristique de l’ensemble du roman. Certaines situations le feront changer d’opinion et il se contredira. Il se décrit différemment parce qu’une femme est attirée par lui; cela influencera aussi son côté psychologique. De plus, il agit différemment avec les autres personnages et il oublie la laideur des lieux pour combler un besoin. Bref, il n’est plus le même homme que l’on croyait avoir perçu au premier chapitre. Le changement et l’évolution des personnages se font principalement par l’entremise de situations nouvelles, qui peuvent parfois déranger émotivement et émotionnellement les personnages. N’est-ce pas la même chose dans la réalité?.

 
 
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