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   l'Histoire de la photographie
La photographie est le résultat de la rencontre de deux savoir plus scientifique qu'artistique : l'un d'ordre physique (optique) et l'autre chimique.

On avait déjà remarqué (Robert Boyle, dans les années 1600, Angelo Sala, au début du 17e s.), que certains composés d'argent étaient noircis lorsqu'exposés au soleil; de même, certains liquides (Johann Schulze, 1727) changeaient de couleur. Mais il n'était pas clair à ce moment, si ces changements étaient dus à l'action de l'air, de la chaleur ou de la lumière.

Pour l'optique, on connaissait depuis 800 ans (la première photo date de 1826) les propriétés du sténopé, l'ancêtre de la caméra. Au 10e siècle, Hassan ibn Hassan, un Arabe décrit le phénomène; si on se trouve dans une pièce totalement obscure et que l'on pratique une petite ouverture dans une des parois, on trouvera sur la paroi opposée, une image inversée de ce qui se trouve à l'extérieur, devant l'ouverture. Il précise que l'image sera d'autant plus nette que l'ouverture est petite.

Leonardo Da Vinci avait déjà dessiné en 1519 un croquis d'une invention qu'il nomma « camera obscura » (chambre noire). Plusieurs artistes s'en serviront pour tracer leurs dessins sur papier calque; la perspective rendue facile! Certains d'entre-eux refuseront de l'admettre, mais des historiens soupçonnent Canaletto (1697 - 1768), Vermeer (1632 - 1675), Joshua Reynolds (1723 - 1792), entre autres, d'y avoir eu recours à l'occasion.

La toute première photographie.

En 1826, Nicéphore Niépce (1765 - 1833), un Français, réussit la première photographie : par une fenêtre, une vue de sa cour par une belle journée ensoleillée. Le temps d'exposition est si long (8 heures!) que, le soleil s'étant déplacé, la lumière semble provenir de deux directions différentes.

L'image est floue, mais est très intéressante vue d'une point de vue historique. Par contre, elle n'est pas d'intérêt pour les recherches en arts visuels sur le sujet de la photographie.

Le pionnier le plus connu de la photographie est probablement Louis Jacques Daguerre, 1787 - 1851. Concepteur de décors pour le théâtre, il utilisait souvent la camera obscura pour tracer la perspective des grandes toiles qu'il peignait. En 1826, il prend connaissance des recherches de Niépce et, en 1829, il s'associe à lui; cette association durera peu, Niépce décède en 1833. Poursuivant ses recherches, il découvre accidentellement, en 1835, qu'il est possible de développer une image latente, ce qui fait passer de 8 heures à 30 minutes le temps d'exposition requis. Il ne réussit cependant à fixer ces images que deux ans plus tard. En 1839, le gouvernement français qui avait acheté les droits de ce procédé nommé daguerréotype le rend public et gratuitement accessible à tous. Le succès est immédiat, tant en Europe qu'en Amérique.

Son procédé donne des images claires; on en fait la promotion en annonçant que quiconque ne sait dessiner peut enfin créer des images. Bien sûr, le temps d'exposition est plutôt long et les images sont inversées de gauche à droite, ce qui est un peu embêtant pour le portrait (il s'en produira une multitude). De fait, pour corriger cette inversion, certains photographes cadrent leur sujet dans un miroir!

Il y a un défaut pourtant : il ne permet pas de faire des copies. Chaque image est une pièce unique (certains y voyaient là plutôt une qualité). En 1839, William Henry Fox Talbot (1800 - 1877) trouve une solution en inventant le négatif papier (le Calotype) qui peut être reproduit à l'infini. Mais l'image est très petite (1" x 1''); de plus, la texture et les défauts du papier apparaissent lors du tirage positif. Bien que ce fut le premier procédé « négatif - positif » tel que nous le connaissons aujourd'hui, il ne pouvait rivaliser avec la qualité du daguerréotype.

En 1851, on invente le « collodion humide », un liquide visqueux qui en séchant produit une mince pellicule transparente. Grâce à lui, une émulsion sensible peut enfin adhérer à une plaque de verre. Le procédé réunit les qualités du daguerréotype et du calotype : une image de grande qualité pouvant être tirée à plusieurs exemplaires. De plus, cette émulsion est beaucoup plus sensible à la lumière, ce qui permet de réduire les temps d'exposition à 2 ou 3 secondes. Autre aspect non négligeable, il est plus abordable : il en coûte le dixième d'un daguerréotype pour une épreuve au collodion. Parmi ceux qui ont eu recours à ce procédé, signalons Lewis Carroll (1832 - 1898); l'auteur de « Alice... » était aussi photographe en son temps.

Son défaut est la difficulté à l'utiliser, en particulier pour les prises de vues extérieures qui obligent le photographe à traîner une chambre noire mobile! Comme son nom l'indique, la plaque devait demeurer humide durant toutes les étapes : sensibilisation de la plaque, exposition et développement.

Ensuite vient Eadweard Muybridge (1830 - 1904), célèbre pour ses études du mouvement et inventeur du zoopraxiscope (l'ancêtre du cinématographe), s'était déjà fait connaître par ses paysages de l'Ouest américain. Près de 2000 images extérieures au collodion, certaines de 20" x 24". Connaître les contraintes liées à ce procédé permet d'apprécier son travail à sa juste valeur; le film n'était pas vendu au coin de la rue! Cette photo prise au clair de lune mène à un excellent site sur Muybridge : paysages, mouvement, zoopraxiscope, biographie, etc.

Ainsi donc, ce procédé, bien qu'il permette de produire et de reproduire des images de qualité, n'est pas très pratique en plus d'être quelque peu risqué. Le collodion est non seulement inflammable mais aussi explosif! Plusieurs photographes y ont laissé leur chambre noire, leur maison, certains leur vie.

On tente donc de trouver un procédé pour faire de la photo "sec". La découverte de la gélatine et l'invention du celluloïd dans les années 1860 mènent à la création du premier support flexible par George Eastman, en 1884. Quatre ans plus tard, il lance sur le marché le Kodak; la photo est maintenant accessible au grand public. Jusqu'à ce moment, le photographe devait être à la fois artiste et chimiste; il « fabriquait » des photos. Avec le Kodak, on « prend » des photos et on laisse à d'autres la préparation du film et son développement. Le Kodak est vendu chargé d'un film de 100 poses qui, une fois exposé, est retourné avec l'appareil pour le développement. On le récupère ensuite chargé d'un nouveau film.

En 1907, les frères Auguste et Louis Lumière, à qui nous devons le cinématographe (1895), inventent le premier procédé couleur, l'Autochrome, dont voici ce que certains reconnaissent comme étant le premier exemplaire (ci-contre).

Sur une plaque de verre enduite d'une émulsion panchromatique (noir et blanc), on étendait une mince couche de particules de fécule de pomme de terre, teintes des couleurs primaires (bleu, vert et rouge), qui faisaient office de filtres lors de la prise de vues.

Pour une quelconque raison, cette méthode, utilisée jusque vers les années '30, ne fut jamais adapté pour le film cinématographique.

Comment les contemporains ont-ils accueilli la photographie?

Cela ressemble à la réaction de nos contemporains à l’arrivée de l'informatique et de l'Internet.

Euphorie pour certains, et très rapidement pour plusieurs, qui pouvaient enfin créer des images (ou croyaient pouvoir le faire...) sans s'astreindre au long apprentissage du dessin.

Les artistes peintre reçurent plutôt cette invention avec inquiétude voyant leur gagne-pain menacé par cette invention. On prête même à Paul Delaroche (1797 - 1859), un peintre illustre de cette époque, une déclaration à l'effet que « la peinture était morte, appelée à disparaître »! Ceci était particulièrement vrai pour les miniaturistes, des peintres spécialisés dans le portrait de petit format. L'invention de l'appareil photo « Carte-de-visite » par Disdéri (1819 - 1890), en 1854, leur a porté un dur coup.

Après des débuts modestes, Disdéri connaît sa chance quand Napoléon III, en route vers l'Italie avec ses troupes, s'arrête à son studio pour faire prendre sa photo (ci-contre). Du jour au lendemain, il est célèbre! Des photographes entreprenants partent alors à la poursuite des célébrités de l'époque et les gens commencent à collectionner ces petites cartes photo plus qu'abordables à l'époque.

D'autres, qui voyaient l'Art (avec majuscule cette fois) concurrencé par cette machine, ont même exprimé leur mépris. Baudelaire, commentant une exposition photographique en 1859, est d'avis que la photo devrait être au service de la science et des arts, et encore, un bien humble serviteur. Il considère les coloristes, ces peintres qui colorent des photos en noir et blanc pour certains studios, comme étant des ratés de peu de talent... Et pourtant il posa pour le photographe Etienne Carjat, en 1863!

La photo se cherche.

La photographie a sucité beaucoup d'enthousiasme à ces débuts, mais plus le temps avance, des questions commencent à surgir...

Le réalisme des photographies n'est plus aussi séduisant qu'il l'était. Le milieu des arts et son public n'accordent pas à la photographie la même reconnaissance qu'à la peinture (c'est encore vrai pour certains aujourd'hui...); la précision de ses images devient même un défaut. On lui reproche de faire des portraits « sans âme », froids, et les nombreuses scènes du quotidien qu'elle présente ne sont même pas des sujets recevables pour la peinture. On ne sent pas l'artiste, son « coup de pinceau » dans une photo; en fait, quiconque possède la machine peut en faire autant!

Pendant la deuxième moitié du 19e siècle, des photographes commencent à se regrouper dans des sociétés. Conscients du modeste statut accordé à la photographie et aussi sensibles aux tendances artistiques qu'ils côtoient (dont l'impressionnisme), ils jettent les fondements du premier mouvement photographique, le pictoralisme. Le sujet lui-même passe au second plan; ce sont les qualités esthétiques de l'image qu'on en tire qui font foi de tout, et ces photos se donnent des airs de peintures! Apparaissent alors des images volontairement plus floues, manipulées au tirage, texturées, l'assemblage de plusieurs prises montées en une seule image, les mises en scène rigoureuses, etc.

Ce mouvement a exercé son influence partout et a valu à cette photographie « artistique » une meilleure reconnaissance du milieu des arts. Cependant, cette nouvelle approche n'était pas vraiment la voie à suivre pour que la photographie puisse enfin affirmer son originalité, sa personnalité propre.

La photo se trouve. En 1902, aux États-Unis, des artistes d'avant-garde, avec à leur tête Alfred Stieglitz (1864 - 1946), forment le groupe Photo-Secession, et ouvrent en 1905 la galerie « 291 » (291 Fifth Avenue, New York) qui, en plus des photographes contemporains, présente aux Américains les oeuvres de Picasso, Rodin, Matisse et Toulouse-Lautrec. Au pictoralisme, ils opposent la « straight photography ».

La photo a trouvé sa voie : finies les manipulations de l'image, la photo se distingue par le regard qu'elle seule sait poser sur le sujet. Un regard concentré sur les structures, les formes, la lumière, reconnues et saisies du monde réel, et conduisant à une composition telle qu'aucun artifice ne sera requis au tirage. Une photographie qui aussi, grâce aux films plus sensibles et aux équipements moins encombrants, descend dans la rue et nous propose des sujets pour lesquels les pictoralistes et les autres artistes avaient manifesté peu ou pas d'intérêt.

Les historiens reconnaissent « The Steerage » (Stieglitz, 1907), et « The White Fence » (Paul Strand, 1916), comme deux images clefs de ce nouveau mouvement esthétique.

Dans le sillage de la « straight photography », s'ouvrent deux voies essentielles et toujours contemporaines de l'histoire de la photo : l'une repose sur la « vérité de l'instant » et trouvera son prolongement dans le reportage documentaire, et l'autre, fondée sur une approche formaliste du paysage, de la nature morte, du nu.

Sources: http://cours.cstj.net/570-346-f.d/chronolo.htm

 
 
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