| La Page de Jean-Marc Bélanger |
| - Le contrôle qu'exercent les hommes sur la vie des femmes ne saurait être effectif s'il ne s'appuyait sur un recours à la force physique. L'agression physique, sous la forme de coups, de contraintes, de viols, n'est pas un instrument de dernier recours pour faire plier une ou des femmes à ses exigences. - Les comédiens que l'on considère ont tous des points en commun. Leur visage est racé et viril; ils ont du caractère, sont tous considérés comme étant très séduisants et leur force physique de même que leur impassibilité semblent refléter une paix intérieure qui sécurise et qui apaise. - L'homme viril, "en possession de tous ses moyens", se donne le devoir de contrôler son désir et son expression d'une part, de contrôler l'objet de ce désir d'une part. - Aussi l'homme viril moderne se fait-il un devoir de "satisfaire" sa partenaire et sa capacité de retarder le moment de l'éjaculation devient la mesure tant de sa "compréhension des femmes" que du contrôle de soi, l'orgasme de la femme rejaillissant sur lui comme une reconnaissance de sa virilité accomplie. - Lorsque l'on parle de contrôle de soi, il s'agit principalement d'opérer un contrôle sur ses émotions. L'homme est enjoint depuis son enfance à devenir et demeurer maître de lui-même -condition pour maîtriser les autres- en réprimant ses peurs, souffrances, peine et désirs non conforme à ce que l'on exige et attend de lui. Toute émotion doit être repoussée à l'extérieur des domaine décrétés comme proprement masculins: hors du travail et de la rationalité des moyens et des fins. Afin d'exercer efficacement un pouvoir, l'homme doit nécessairement se projeter hors de soi, pour être en mesure de s'intéresser à des systèmes abstraits ou concrets, vidés de relations humaines authentiques peuplés peuprès d'organigrammes, d'inputs et d'outputs, de produits, etc. - Ne s'ouvrant plus facilement ni à lui ni aux autres, il se fait silencieux, de sorte que l'on ne peut savoir ce qu'il ressent émotivement en telle ou telle situation. Taisant ou atténuant la plupart de ses émotions, il se montre sourd aux siennes et à ceux des autres. - Les seules émotions que l'homme s'autorise d'exprimer nettement sont celles qui servent le nôtres associés aux positions de pouvoir: l'agressivité et la colère. La colère qui apparaît en effet comme un symptome au manque de contrôle de soi. - Les qualités viriles de l'homme au travail varient selon son appartenance de classe sociale. - Tout l'apprentissage scolaire tant par les contenus que par les formes qu'il prend, met en oeuvre des pratiques susceptibles de développer chez le garçon l'esprit de compétition en soi, à tous propos, donc le goût de la "réussite", c'est à dire le désir de gagner la première place, le prestige et les gratifications qui y sont associées. - Dans toutes les classes sociales, courage, ambition, vanité, agressivité et surpassement sont présentés comme les normes du comportement de l'homo faber. - L'homme prouve et éprouve sa virilité au jeu et au sport. L'audition des comptes rendus médiatiques de matchs sportifs nous indique sans détour, par le vocabulaire en usage, de quoi il s'agit dans ces activités: attaquer, dominer, vaincre, écraser l'adversaire, afin d'être le meneur de la compétition et emporter une victoire. On y apprend à se défendre lorsque l'on est attaqué et à attaquer les autres délibérement. - L'homme se veut "responsable, chef". - La sphère domestique, donc l'ensemble des tâches d'entretient des membres de la famille et du foyer, est surtout du ressort de la classe des femmes. - L'homme est réputé propriétaire de "sa" femme et des enfants qu'elle lui a donnés. |