SHIPPING NEWS
Cast: Kevin Spacey, Julianne Moore, Judi Dench, Pete Postlethwaite, Scott Glenn, Cate Blanchett
Année: 2001
Studio: Miramax
Longueur: 117 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

Le studio Miramax semblait avoir trouvé son Père Noël en la personne de Lasse Halström, le réalisateur de The Cider House Rules et Chocolat. Ces deux films sont sortis de nulpart en décembre 1999 et 2000, respectivement, et sont allés décrocher à la surprise générale un total de 12 nominations aux Oscars, dont 2 pour Meilleur Film. Miramax et Halström ont tenté de répéter en 2001, avec leur adaptation du best-seller d'E. Annie Proulx intitulé The Shipping News (Noeuds et Dénouements en v.f.), mais la tentative a échoué sur absolument toute la ligne. Aucune attention médiatique, médiocres résultats au box-office, et pas la moindre nomination. On peut comprendre relativement facilement pourquoi.

The Shipping News ne possède ni la profondeur émotive de The Cider House Rules ou le bon coeur de Chocolat. C'est plutôt un récit rarement très prenant, souvent confus et jamais original. Quoyle (Kevin Spacey), probablement le personnage le plus morose vu au cinéma cette année après celui de Billy Bob Thornton dans The Man Who Wasn't There, se trouve au centre de cette histoire, dans laquelle il se prommène à travers la vie sans la moindre force le motivant. Un jour une femme excentrique (Cate Blanchett) semble devenir la première personne au monde à faire preuve d'un tant soit peu d'intérêt par rapport à Quoyle, alors ce dernier en tombe éperdumment amoureux. Il a rapidement une petite fille avec elle, mais les choses tournent vite au vinaigre et il se retrouve à nouveau seul. Quoyle quitte alors son domicile avec sa tante Agnis (Judi Dench) en destination d'un petit village de Terre-Neuve, où il devient journaliste pour le quotidien local. C'est aussi là qu'il apprendra l'histoire de sa famille et fera la découverte d'une nouvelle femme (Julianne Moore).

Un film ayant une histoire à la base sans grand intérêt requiert pratiquement des magiciens pour l'empêcher de devenir un flop. Avec deux acteurs lauréats d'Oscars (Spacey et Dench), deux nominés (Moore et Blanchett) et un réalisateur nominé, on peut croire qu'ils sont capables de réussir l'improbable. Eh non. Aucun de ce quintet se trouve à son meilleur ici, et ça paraît. Spacey, pour commencer, sort une de ses rares prestations très moyennes. Un comédien pouvant paraître comme l'homme le plus intelligent peu importe où il se trouve, il n'a pas l'habitude de forcer les émotions de ses personnages, et c'est ce qui lui va si bien. Il jouait Lester Burnham avec tant de naturel, de subtilité et de tact dans American Beauty qu'il n'avait même pas besoin de lever le petit doigt pour qu'on croit en lui. Ici, par contre, sans être mauvais, il laisse transparaître ses tentatives répétées d'avoir l'air morose. À plus d'une reprise dans le film, c'est trop apparent pour être vraiment pris au sérieux.

Les co-vedettes se sortent un peu mieux d'affaire avec des rôles beaucoup plus faciles à jouer, faut-il le mentionner. Moore, horriblement sous-utilisée, fait ce qu'elle peut avec le rôle inévitable de l'"intérêt amoureux". Seule une actrice inspirée comme Moore peut parvenir à s'en tirer avec un rôle pareil. Dame Judi Dench ammène quant à elle sa dose d'impassabilité habituelle à sa performance, et elle est correcte dans la peau d'un personnage mal placé dans le scénario (elle apparaît, disparaît, revient, disparaît à nouveau, puis nous sort une grosse révélation). Cate Blanchett s'avère plutôt ordinaire dans un autre rôle bêtement sous-utilisé dans le script. Une actrice comme Helena Bonham Carter ou Parker Posey aurait probablement davantage fait l'affaire, mais on peut difficilement blâmer Blanchett, qui a eu une dernière année incroyablement chargée - elle a aussi apparu depuis les 12 derniers mois dans The Gift, Bandits et The Lord of the Rings. Le reste du cast de soutien fait ce qu'il a faire, ni plus ni moins.

Hallström s'est entouré pour The Shipping News de son équipe technique habituelle, mise à part le compositeur Christopher Young, dont la musique constitue justement le seul accomplissement vraiment digne d'attention de la production. Il crée une mélodie rappelant le folklore, et capture habilement l'atmosphère que la photographie dépressive d'Oliver Stapleton ne parvient jamais à faire. Mais peu importe ce qui se passe à l'écran, rien ne fonctionne vraiment jamais pleinement à cause de la faiblesse du script. Le scénariste responsable d'adapter le roman, Robert Nelson Jacobs, avait certainement une tâche ardue, car The Shipping News n'est pas, à la base, une oeuvre facile à porter à l'écran. Il a alors dû couper beaucoup d'éléments et s'en tenir à l'essentiel. Si John Irving y était merveilleusement parvenu avec The Cider House Rules, Jacobs n'en fait pas de même avec ce travail. Il construit plutôt un univers rempli de personnages grossièrement carricaturés et d'événements soit implausibles ou peu intéressants - parfois même une combinaison des deux. Non mais franchement, qui s'intéresse à l'histoire de la maison des ancêtres de Quoyle? C'est sûr que ça n'aide pas lorsque l'on nous présente un groupe d'une vingtaine de personnes traînant cette énorme demeure par des cordes en pleine tempête de neige et la hissant sur une côte et que l'on espère que l'audience avale ça tout rond.

J'ai probablement davantage aimé The Shipping News que je semble présentement le décrire. Au risque de me répéter, ce n'est pas un mauvais divertissement. On peut toutefois souhaiter qu'à l'avenir, avant que Miramax forme une équipe d'artisans aussi talenteuse, le studio leur mette dans les mains du matériel à la hauteur de leur talent. --RJ

 

Cote: C+

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