THE LORD OF THE RINGS
Cast: Elijah Wood, Ian McKellen, Sean Astin, John Rhys-Davies, Viggo Mortensen, Liv Tyler, Ian Holm, Sean Bean, Cate Blanchett
Année: 2001
Studio: New Line
Longueur: 178 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

On pourra accuser Hollywood de bien des choses, de la qualité semblant selon tant de gens se détériorer jusqu'à son esprit commercial à l'excès. Mais après avoir été laissés subjugués par l'épique exceptionnelle qu'est The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux en v.f.), il se fait bien difficile de se plaindre pour un bon bout de temps. De toute façon, même si on le voulait, on se trouve après coup probablement dans un étal tel d'ébahissement que l'on ne peut ouvrir la bouche pour dire quoique ce soit.

Lorsque New Line a acheté les droits à la trilogie de romans de fiction classiques de J.R.R. Tolkien, on était en droit de se demander ce qui en adviendrait. Le studio a annoncé qu'il planifiait tourner la trilogie entière d'un seul coup (en 18 mois au total) pour ensuite faire sortir chacun des films dans l'ordre, respectivement aux Noëls 2001, 2002 et 2003. Il nous parvient donc cette année l'adaptation de la première partie de The Lord of the Rings, intitulée The Fellowship of the Ring (La Communauté de l'Anneau en v.f.). Et si elle peut servir d'indication pour la trilogie entière, on va avoir droit à trois chefs-d'oeuvres totalement certains de marquer l'histoire du septième art.

The Lord of the Rings: The Fellowship of the Ring possède déjà assez à lui seul afin de laisser sa marque, indépendamment de ses deux successeurs. C'est trois heures d'une épique mémorable. Trois heures racontant l'histoire plutôt fidèlement au premier tome de l'oeuvre de Tolkien, c'est-à-dire celle d'un Hobbit nommé Frodo (Elijah Wood) chargé par le magicien sage Gandalf (Ian McKellen) d'aller détruire un anneau ayant le pouvoir de changer le monde. Frodo entâme donc un long et exigeant périple à travers vallées, montagnes, grottes et bois peuplés de créatures se battant pour la possession tant convoitée de l'anneau unique. Afin de mener cette mission à bon terme, une communauté est formée dans le but d'aider le Hobbit (d'où le titre, il va sans dire), aussi composée de deux hommes, trois Hobbits, d'un elf et d'un nain.

Mais une fois faite la mise en situation, par où commencer pour témoigner l'admiration que l'on éprouve envers The Lord of the Rings? Probablement par la provenance même de la production, soit le livre connu de tous de Tolkien. Sans être critique littéraire - et je ne prétends pas l'être - on peut apprécier sans vraiment se forcer la magie de ce travail littéraire monumental. Il a été écrit dans les années 1950, et réussit tout de même à captiver les jeunes d'aujourd'hui mettant un peu de temps pour le lire. Il nous entraîne dans un monde unique et inoubliable, à la fois extrêmement bizarre et différent du notre, et en même temps facile à s'y attacher et à s'y intéresser. Une des raisons pour cela réside dans la morale universelle que Tolkien applique à son histoire; il en fait une fâble de moralité, et, heureusement, on peut également clairement remarquer cet aspect à l'écran. The Lord of the Rings, pour toute sa grandeur et ses énormes proportions, autant sur la page qu'en images, constitue un conte sur la nature humaine pure. Sur la tentation surtout, qui unit l'humanité entière que ça nous plaise ou non, et ce depuis son tout début. D'où la brillance d'employer un objet en apparence aussi inoffensif et insignifiant qu'un petit anneau doré. Peu importe ce que cet objet est, sa valeur est mesurée chez l'homme par le pouvoir qu'il peut lui apporter.

Heureusement, le film conserve la majeure partie de tout cela, et cela lui ajoute une profondeur psychologique et philosophique. On peut donc non seulement vanter le classique écrit de J.R.R. Tolkien, mais aussi le travail remarquable accompli par les scénaristes Frances Walsh, Philippa Boyens et Peter Jackson (ce dernier également réalisateur du film), qui sont parvenus à condenser cette brique en une durée de 178 minutes. Oui, c'est un long film, mais ceux s'intéressant en premier lieu à Lord of the Rings apprécient justement sa longueur, caractéristique du livre. Le scénario se classe avec ceux de L.A. Confidential et The Cider House Rules parmi les adaptations les plus impressionnantes des cinq dernières années de très longs volumes.

Et pour ce qui est du transfert de la page à l'écran, ayoye. Tenez-vous bien. Si l'on attribue comme meilleure qualité à un cinéaste d'avoir une grande vision, alors Peter Jackson peut prétendre la posséder. Car tout ce à quoi The Lord of the Rings peut nous faire rêver lorsqu'on le lit est multiplié par 10 et bien remué par Jackson et son équipe. Ils redéfinissent le genre du film d'aventure dans tous ses sens. Dès ses premiers instants, alors qu'une narration nous explique le contexte de l'histoire, on sent le côté épique, on le voit venir. Puis il ne se fait pas prier pour arriver. Et alors on reste tout simplement renversés jusqu'à la fin. Ceux vantant les combats truqués avec trop de conviction à l'ordinateur dans The Mummy Returns rougiront à coup sûr de honte en voyant le travail tout simplement colossal accompli par l'équipe d'effets visuels de The Lord of the Rings. Sa plus importante qualité est peut-être, étrangement, que, comparativement à The Mummy Returns, on ne l'utilise pas trop. On le fait seulement dans les situations vraiment nécessaires, et on tourne le reste. Mais dans ces situations vraiments nécessaires, c'est vraiment quelquechose à voir. De multitudes images ne me quittent pas l'esprit depuis mon premier visionnement du film, mais la plus marquante à mon avis reste sans doute cette scène aussi surréaliste que terriblement convaincante où le personnage de Liv Tyler voit des cavaliers du Mal la pourchassant assaillé par de gigantesques chevaux... formés par des vagues d'eau hautes d'au moins 30 mètres. Bienvenue au multimédia du 21ème siècle.

Et ça ne s'arrête pas là. Les séquences de combat ont indéniablement leur mot à dire dans tout ça, mais encore une fois, l'idée de bien les doser ne les rend que plus excitantes. Les autres techniciens majeurs de The Lord of the Rings doivent attendre impatiemment février pour l'annoncement des nominations des prochains Oscars, car ils seront assurément presque tous retenus. La cinématographie majestueuse d'Andrew Lesnie ne peut laisser personne indifférent, spécialement au grand écran, et elle ne fait que mettre en valeur davantage la conception visuelle phénoménale de Grant Major et le montage de John Gilbert. Les cinéphiles remarqueront qu'aucun n'est vraiment très connu à travers l'industrie. Croyez-moi, cela ne saurait tarder. Et puis le "punch" du son et de la musique, comme si ce n'était pas déjà assez. Le compositeur Howard Shore a déjà accompli du travail plus que remarquable à Hollywood depuis des années(notamment avec The Silence of the Lambs, Se7en et The Cell, et voilà sa chance, avec son superbe thème ici, d'enfin ammasser les récompenses. Notons finalement la douce et magnifique chanson originale d'Enya intitulée "May It Be", qui s'ajoutera probablement à son succès précédent de 2001 "Only Time" dans les palmarès.

Je ne peux conclure sans glisser un mot sur la distribution, élément souvent oublié dans une production à si grand déploiement. Si l'aspect technique leur vole un peu la vedette, il reste qu'ils remplissent amplement leur mandat. J'applaudis spécialement le casting d'Elijah Wood dans le rôle principal de Frodo. Après l'avoir vu pour cinq minutes, on n'a plus la moindre hésitation qu'il constitue le choix tout à fait parfait. Espérons toutefois voir un peu plus de Liv Tyler et de Cate Blanchett dans les épisodes suivants.

Somme toute, ce premier film place la barre bien haute pour que la règle stipulant que l'original du série n'est jamais égalé soit abolie par les futurs Lord of the Rings (The Two Towers en '02 et The Return of the King en '03). Mais plus que tout, il donne à l'industrie hollywoodienne entière un souffle nouveau dont elle a un besoin constant. C'est difficile pour quiconque de ne pas admirer le cinéma américain après avoir assisté à The Lord of the Rings - et Hollywood le sait.

J'avais écrit, lors de ma critique d'A.I. Artificial Intelligence, en juin, que ça prendrait "une production vraiment colossale pour déloger A.I. du titre de meilleur film de l'année". A.I. demeure peut-être toujours numéro 1, mais depuis juin, il n'y a pas une production plus colossale qui soit passé plus prêt que The Lord of the Rings: Fellowship of the Ring de le détrôner. --RJ

 

Cote: A

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