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| A.I. ARTIFICIAL INTELLIGENCE |
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| Cast: Haley Joel Osment, Jude Law, Frances O'Connor, William Hurt, Sam Robards |
| Année: 2001 |
| Studio: Warner Bros. |
| Longueur: 145 minutes |
| Classé Général |
#1 - Top 10 de 2001
Stanley Kubrick fut, jusqu'à sa triste mort en 1999, un des plus grands cinéastes à avoir jamais existé. Que l'on ait aimé ou détesté ses oeuvres excentriques (et dans son cas, c'était souvent l'un ou l'autre), de 2001: A Space Odyssey à Eyes Wide Shut, en passant par A Clockwork Orange, The Shining et Full Metal Jacket, son nom restera immortalisé à jamais. Alors qu'est-ce qui résulte de son union avec un autre des plus grands cinéastes de l'histoire, Steven Spielberg, dans le cadre de son projet inachevé A.I. Articifial Intelligence (A.I. Intelligence Artificielle en v.f.), que Spielberg a adapté lui-même à l'écran? Pour le dire tout de suite et sans tourner autour du pot, un véritable chef-d'oeuvre. Le genre de travail monumental qui risque d'être incompris et mal reçu par plusieurs. Pour l'instant. Et ça va prendre tout une production vraiment colossale pour déloger A.I. du titre de meilleur film de l'année.
Si le titre en dit assez long sur le sujet dont le film parle, les campagnes publicitaires du studio Warner Brothers a tenté le plus possible de demeurer mystérieuse et ne rien dévoiler de vraiment important. Toute cette mentalité ressemble beaucoup à Kubrick, et on sent dans la majeure partie d'A.I. le génie de l'homme. Et quand le génie ne suffie pas afin de propulser l'oeuvre à un niveau supérieur, Spielberg ajoute sa touche personnelle de génie, d'humanisme et d'émotion, ce qui fait d'A.I. un film réussisant à tous les niveaux. Sans Kubrick, ça aurait probablement manqué d'originalité et d'intelligence, et sans Spielberg d'émotion. Voilà donc la rencontre parfaite entre deux Titans, dosée avec une infinie précision.
Alors, devrais-je vous divulger le synopsis du film? En fait, non, car un des nombreux plaisirs réside dans la découverte de cette aventure extraordinaire. Disons seulement que cette fâble suit en quelque sorte le cours d'un Pinnochio futuriste (les hommages y sont nombreux), racontant l'histoire d'un robot-enfant, nommé David (Haley Joel Osment, dans une autre brillante performance), programmé pour aimer et placé dans une famille humaine. Le film est clairement divisé en trois actes, et je ne veux dire davantage que la base du premier. Je risque de donner des "punchs" dans les prochains paragraphes, alors ceux n'ayant pas encore vu le film et désirant le voir, je vous conseille fortement de sauter directement à la cote, ce qui devrait normalement vous motiver à déplacer votre postérieur de votre chaise à cet instant-même et vous diriger au cinéma le plus proche. Allez, qu'attendez-vous!? Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas averti.
Si le film semble difficile d'accès dans ses premières minutes, il rentre progressivement en contact avec l'audience, tout comme le fait David avec ses parents. Si la première heure sert à nous donner une dimension familiale et créer un lien entre le robot et des humains, la troisième partie, que plusieurs jugeront inutiles en ne comprenant pas le schéma entier du scénario, devient indispensable. La première sert à nous initier et à tout mettre en place, la seconde (où arrive le personnage coloré de Joe joué avec charme et énergie par Jude Law) nous émerveille, et puis la dernière finit le tout en revenant à l'initial et en rajoutant une dimension. Toutes ces dimensions, justement, qui remplissent A.I., risquent de ne pas être saisies par une bonne partie du public, et même des critiques. À vrai dire, comme dans certaines des oeuvres de Kubrick on ne peut pratiquement pas tout saisir en un seul visionnement à cause du contenu complexe, subjectif et condensé.
Parmi toutes ces questions posées, des réponses nous sont fournies pour certaines, pour d'autres non. A.I. aborde avec sérieux, compréhension et profondeur plusieurs sujets qu'ils soient universels, contemporains, futuristes ou fondamentaux. Jusqu'où l'Homme continuera-t-il de vouloir jouer à tout prix le rôle de Dieu? En créant un être à son image, il fait comme son supérieur. La réplique d'un personnage secondaire à un certain moment donné, "Que celui n'ayant jamais possédé de robot lui lance la première pierre" ne se trouve pas là pour rien. La machine supplentera-t-elle finalement l'Homme un jour? Que deviendra notre univers, notre monde, et quel rôle y jouerons-nous? À quel point est-ce important de posséder un lien maternel; jusqu'où irions-nous pour retrouver un être cher, une mère, une personne nous aimant? Je pourrais m'étendre sur d'autres dizaines de lignes ainsi, et c'est un peu ce que Kubrick et Spielberg nous demandent de faire, mais je suis ici pour critiquer le film. Et je n'ai pas de raison valable de vraiment le critiquer.
Bien sûr, le tout aurait pu se terminer lorsque David est fait prisonnier sous la glace. Ça, ça aurait été une fin prévisible. Et surtout incomplète. En surface, on avait pas besoin d'aller plus loin, de rajouter une demi-heure de plus, mais c'est en creusant un peu plus loin que non seulement ces 30 minutes rajoutent de l'audace et de la profondeur à l'oeuvre, mais elles sont essentielles. On peut constater que 2000 ans plus tard, selon cette théorie, toute vie propre aura disparue, et il ne restera à peu près que des robots créés par des humains bien après avoir créé le modèle de David, en ayant fait une race supérieure et virtuellement indestructible. Encore là, ceux les prenant pour des extra-terrestres, il y a plus d'un truc que vous n'avez vraiment pas pigé au passage. Spielberg et Kubrick même l'ont dit. Et non, Spielberg n'a pas joué dans le dos en Kubrick en imposant une finale que ce dernier n'aurait jamais conçue, comme certains prétendent. Kubrick voulait cette fin à tout prix, et Spielberg lui a rendu justice, rajoutant un impact émotif qui laissera de nombreux gens en pleurs à l'arrivée du générique de fin.
Au cours du visionnement d'A.I. j'ai vécu un sentiment qui ne m'avait pas habité depuis des années dans une salle de cinéma. Même pour Fight Club et Requiem For A Dream, mes deux numéros 1 des deux dernières années auxquels j'ai accordé des A+, ou pour toute oeuvre de récente mémoire, je ne ressentais pas ce qu'A.I. a fait. Ce bijou artistique a fait revivre l'enfant en moi, au sens pur du terme. Je restais calé dans mon siège pendant des minutes entières avec la bouche ouverte, émerveillé comme je l'étais la première fois que mes parents m'ont ammené voir justement Pinocchio ou Beauty and the Beast. Je ne voyais plus rien que l'action absorbante et hântante à l'écran, figé, renversé et ému au même moment. Le générique ne s'était pas terminé que je voulais revoir A.I.. Pour répondre aux dizaines de questions dans ma tête, pour me surprendre à nouveau, pour me redonner des frissons. Pour la pure magie du cinéma.
--RJ
Cote: A
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