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| REQUIEM FOR A DREAM |
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| Cast: Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly, Marlon Wayans
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| Année:
2000 |
| Studio: Artisan |
| Longueur: 102 minutes |
| Classé 16 ans+ |
#1 - Top 10 de 2000
J'ai vu pour la première fois Requiem For A Dream (Retour à Brooklyn en v.f.) il y a moins de 48 heures. À cet instant même, j'ai cinq visionnements complets dans le corps. Et il n'y a pratiquement rien qui occupe plus de place dans ma tête que cela depuis ce temps. J'éprouve des crampes et je suis victime de sueurs après chaque fois, j'ai de la misère à m'endormir le soir, j'ai peine à demeurer concentré en classe et je suis incapable d'empêcher la musique hântante de demeurer sans arrêt fixée dans mes oreilles. Ah, et, avant que je l'oublie, Requiem For A Dream constitue une oeuvre cinématographique parfaite, la meilleure de l'année, et différente de toute autre forme d'expression artistique jamais produite.
En observant le titre original, le sujet traité, et le classement du film (non-classé aux États-Unis, 18 ans+ à sa sortie en salles au Canada entier), on peut difficilement imaginer que l'on va assister à un conte enchanteur de Disney. On ne peut toutefois pas se douter de quelle fable aussi horrifique qu'hypnotisante est sur le point de nous envoûter. Requiem For A Dream, inspiré du roman tout aussi sombre de Hubert Selby Jr., nous plonge dans l'univers terrorrisant de la drogue, plus précisément d'un quatuor d'accrocs de cette dernière. Harry Goldfarb (Jared Leto) semble posséder comme seule ambition dans sa triste vie de se "shooter" le plus souvent possible. Avec son meilleur ami Tyronne (Marlon Wayans, loin des rôles comiques qui ont fait sa renommée), il désire occuper une place dominante dans le traffic de stupéfiants, en récolter le plus d'argent possible, et se procurer la meilleure héroïne dans la plus grande quantité. Sa petite amie Marion (Jennifer Connelly), une fille de riches mal tournée, s'avère également dépendante à la drogue dure, ce qui ne l'empêche pas de vivre un amour profond avec Harry.
Ce dernier possède aussi une mère, nommée Sara (Ellen Burstyn), et, bien qu'elle ne se trouve pas aux prises avec de tels problèmes à l'origine, elle exprime elle aussi une dépendance indéniable: à la télévision. Son univers bascule du jour au lendemain lorsqu'elle reçoit un appel téléphonique lui annonçant qu'elle passerait à la télévision dans les prochains mois. Sara commence alors à se mettre au régime, d'abbord en se privant de nourriture, ensuite à l'aide de pillules. Et, inévitablement, elle tombe dans le piège de prendre des doubles-doses de plus en plus souvent afin d'accentuer l'effet, et très vite plus rien ne semble pareil. Elle hallucine (se voyant avec sa robe rouge à son émission télévisée fétiche), se sent de plus en plus seule, et puis...perd littéralement la carte.
Plus Sara s'écroule (et vous ne pouvez savoir à quel point), plus l'histoire entière entraîne ses quatre personnages dans une spirale semblant infinie vers leur apocalypse personnelle. Cette même histoire s'étire sur trois saisons, habilement choisies: l'été, l'automne et l'hiver. Au début, comme la plupart des films portant sur sujet semblable, les choses vont relativement bien; au soleil, Harry et ses deux accolytes se paient du bon temps, célèbrent leur style de vie de junkie, s'emplissent les poches et fantasment d'un avenir prometteur. Toutefois, lorsque les feuilles commencent à tomber, leurs existences faciles commencent à en faire ainsi. Et lorsque la végétation a complètement disparu, à l'hiver, leurs espoirs en ont fait de même. Pas notre intérêt, par contre; ni pour eux, ni pour le film.
Darren Aronofsky, un jeune cinéaste ambitieux et génial de trente ans, réussit brillament avec son deuxième film (après Pi il y a deux ans, un petit succès surprise au festival de Sundance) absolument tout ce qu'un réalisateur peut souhaiter accomplir. Il parvient premièrement à nous captiver sans le moindre arrêt pendant une centaine de minutes tout en nous impliquant émotivement à un degré rarement égalé. Pour ce faire, il emploit une technique visuelle et sonore pratiquement aussi hallucinante que la drogue elle-même. Gros plans particuliers, ralentis, accélérés, illustrations, "split-screens", bruits spéciaux, tout y passe, et toujours orchestré d'une manière aussi révolutionnaire qu'irréprochable.
Il ne commet également pas l'erreur facile de rendre ses "héros" carricaturés parce que, comme le public, il est trop humain pour les juger. Ce ne sont ni des vermines, ni des purs perdants, ni des gens méritant la gloire; seulement plutôt quatre personnes atteint d'une profonde tristesse et incapables d'interagirent avec toute l'affection qu'ils le voudraient. Et il soutire de ses quatre interprètes principaux des performances dignes des plus grands honneurs. À un point tel que l'on peut difficilement les appeler "performances" - ils habitent littéralement leurs personnages, avec toute la fougue, l'humanisme, la précision, l'authenticité, le réalisme et le talent nécessaires.
Ces acteurs, comme tout le reste de Requiem For A Dram d'ailleurs, je pourrais les vanter pendant des heures sans me fatiguer. Parce qu'il faut rendre à César ce qui lui appartient, les premières éloges à cet égard ne peuvent ne pas aller à la vénérable Ellen Burstyn qui, après une absence marquée au grand écran depuis sa glorieuse époque des années '70, livre ici tout simplement la prestation de l'année. Sara suit un arc incroyable et le rôle va tout puiser chez l'actrice le jouant, et je crois pouvoir affirmer sans me tromper qu'absolument personne ne l'aurait mieux exéctuté que Mme Burstyn. Sans crédibilité, une actrice moyenne aurait rendu ses scènes risibles. Burstyn fait de tous ses moments devant la caméra tranchants, émouvants, réels, et inoubliables. Le trio des jeunes m'a beaucoup surpris, et je ne peux que les féliciter, non pas seulement pour leur travail exceptionnel, mais aussi pour leur courage personnel de s'être livrés ainsi corps et âme dans un projet aussi risqué et controversiel. Leto saisit enfin un rôle pouvant le faire briller, après un début de carrière banal et décevant. Jennifer Connelly constitue l'équivalent de l'anti-thèse de Sarah Michelle Gellar: une actrice habile, préférant la qualité au status de supervedette. Et ici, elle rend Marion un objet de désir rebel à l'extérieur et blessé l'intérieur, passant d'amoureuse fidèle et affectueuse à prostituée démolie. Finalement, la grosse révélation complétant le quatuor: Marlon Wayans. L'un des quatre frères de la populaire famille noire américaine, Wayans avait déjà facilement réussi à me faire rire dans le passé, le plus récemment avec Scary Movie. Mais jamais je n'aurais pu me douter qu'il se cachait sous ce comédien-né une telle dose de naturel, de charisme et d'émotion. Tyronne n'est pas un criminel raciste et destructeur, mais plutôt un pauvre gamin coincé dans un corps d'homme qui ne demande rien d'autre que retrouver sa jeunesse et son bonheur, et Wayans le rend délicatement.
Il va s'en dire, Requiem For A Dream ne s'adresse pas à tout le monde, loin de là. En fait, seulement un minorité des gens seront capables d'absorber le contenu d'une dureté graphique et psychique extrême. Je vois plus d'une centaine de films à chaque année, et je respirais difficilement au cours du générique de fin, restant inerte après avoir assisté aux quinze minutes de cinéma les plus troublantes que j'aie eu la chance de voir de ma vie. Ceux qui le verront (le plus d'adolescent possible je l'espère), par contre, pourront ensuite dire qu'ils ont assisté à une véritable vision d'enfer pur - et ils n'oseront s'approcher du moindre gramme de drogue pour bien longtemps...
Requiem For A Dream est tellement de choses, en fait, à part une vision de l'enfer. C'est un scénario riche alimenté par des techniciens et une distribution au sommet de leur art. C'est le "fuck you" du cinéma à l'endroit de l'affreux et éternel monde de la drogue. C'est une pince violente et sauvage qui sert les couilles bien fort et qui ne lâche pas avant longtemps après la fin du générique. C'est tout ce dont cinéaste et cinéphile peut jamais espérer. Sara, Harry, Marion et Tyronne ont peut-être chacun vu leurs rêves anéantis après Requiem For A Dream. Le film, de son côté, s'avère à être le rêve artistique ultime réalisé à la perfection. --RJ
Cote: A+
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