BANDITS
Cast: Bruce Willis, Billy Bob Thornton, Cate Blanchett, Troy Garity
Année: 2001
Studio: MGM
Longueur: 126 minutes
Classé Général

Les triangles amoureux font partie intégrale des oeuvres de fiction de toute sorte depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles. Le nombre de livres, de pièces de théâtre et de films avec - la plupart du temps - une femme coincée entre deux hommes est incalculable. Dépendant comment il est traité, le triangle peut être la base solide d'un bon récit tout comme la cause première de son échec. Tout dépend du traitement de ce concept vieux comme le monde. Seulement dans la première partie de 2001, on a pu assister à deux exemples éloquents de cela. Prenez le film de guerre passionnant au budget modéré Enemy at the Gates, où Joseph Fiennes et Jude Law convoitent tous les deux le coeur d'or de Rachel Weisz. On croit non seulement aux relations humaines en découlant, mais on y est profondément impliqués émotivement. Puis, regardez le fiasco que le scénariste Randall Wallace a créé dans le script de la gigantesque production Pearl Harbor. Sans les bêtises rajoutées inutilement entre les jeunes starlettes Josh Hartnett et Kate Beckinsale, le film aurait pu - et je dis bien aurait pu - être passionnant. Ce n'est, comme des millions de gens l'ont constaté l'été dernier, pas le cas...

Nous vient alors maintenant Bandits (même titre en v.f.), une comédie ayant à son centre - bravo si vous avez deviné! - un triangle amoureux. Celui-là implique Bruce Willis, Billy Bob Thornton et Cate Blanchett. Je dois l'avouer, ce n'est pas exactement ce à quoi on peut s'attendre comme casting pour un film du genre. Spécialement avec Willis portant une vulgaire perruque et Thornton jouant les hypochondriaques timides et sensibles. Jouant déjà pour la quatrième fois une Américaine (après ses rôles dans Pushing Tin, The Talented Mr. Ripley et The Gift), la talentueuse actrice britannique Blanchett n'opte pas pour une performance de femme fatale, mais plutôt d'une femme mariée ordinaire, triste et désamparée. Le réalisateur Barry Levinson a donc voulu immédiatement à la base faire de son film quelque chose d'un peu nouveau pour le public, à défaut d'avoir une histoire bien originale à raconter.

Le scénario de Bandits, écrit par Harley Penton, cherche lui aussi à faire de ses héros des personnages inhabituels. Joe Blake (Willis) et Terry Collins (Thornton) ne sont pas n'importe quels criminels. Ce sont deux voleurs de banque gentils, respectueux et justes. Comme le dit si bien Joe, "on ne vole jamais l'argent des gens l'ayant honnêtement mérité". Ils ne dévalisent que les endroits assurés par le gouvernement, et ils le font dans le plus grand calme et la plus grande délicatesse. Leurs coups ne cessent de fonctionner, et ils se bâtissent vite - malgré eux - une réputation qui fait le tour du pays. À la télévision, une émission est déjà consacrée à eux, et ils se font appeler par tous les "sleepover bandits" (à cause de la méthode qu'ils utilisent). Mais tout se complique - eh oui! - lorsque Kate (Blanchett) entre dans le décors par accident. Joe lui fait vite de l'oeil, alors que Terry ne peut la sentir. Cependant, comme on l'apprend vite un peu plus tard, il ne peut surtout pas sentir la relation entre Joe et elle, étant lui-même également intéressé. Bandits part de ce point pour raconter les aventures et mésaventures rencontrées par le trio alors qu'ils continuent leur "collecte de fonds" à travers les différents états américains.

Et on se tanne vite de ce même patron que le film ne cesse d'utiliser. Les deux accolytes refont le même coup à maintes reprises, et on doit assister à chacune des séquences. Puis finalement on ajoute un nouvel élément: à force de les voir paraître comme des "gentils voleurs", la propriétaire d'une banque refuse de leur obéir. Puis on retourne aux problèmes amoureux. Kate qui doit se décider. Et, bien franchement, une bonne cinquantaine de minutes passent bien lentement en plein milieu du film. Levinson profite de l'aspect de la passion médiatique engendrée par Joe et Terry pour essayer de partir une espèce de nouvelle trame à la Natural Born Killers, où le couple de criminels est adoré à travers la nation. Puis Levinson fait le choix stupide d'entre-couper certaines scènes qui auraient pu contenir beaucoup de suspense avec des segments d'entrevue - qui, en bout de ligne, ne nous en disent pas vraiment plus long sur quoi que ce soit - des deux nouvelles célébrités.

Qu'est-ce que le film cherche à être alors? Une simple comédie? Un drame romantique? Un commentaire social? Avec assez de flèches à son arc, Bandits aurait peut-être pu envisager d'aborder toutes ces situations et en faire un joli mélange. Seulement, le matériel ici n'est pas assez suffisant pour maintenir notre intérêt dans une seule de ces lignées! Le scénario de Pento ne contient pas de dialogues assez intéressants pour donner une raison valide de faire durer le film si longtemps, spécialement avec les liens entre Joe, Terry et Kate. Heureusement, la fin vaut la peine d'attendre. Elle est, pour le moins, surprenante, voire intelligente, si ce n'était pas du manque relatif de plausibilité dans les événements. Plausible ou non, c'est certainement satisfaisant, et ça justifie certaines longueurs - surtout avec le personnage du cousin de Joe (Troy Garity) - sans pour autant faire de ces segments des réussites.

Alors, en bout de ligne, Bruce est charmant comme à l'habitude, Billy Bob est bon et amusant (même s'il en met trop par moments), et Blanchett démontre qu'elle mérite pleinement la carrière qu'elle s'est rapidement construite depuis trois ans. Le réalisateur Levinson, en dépit de ne pas créer un divertissement aussi intelligent que son film précédent, Wag the Dog, parvient à nous faire passer deux heures plaisantes malgré leur banalité indésirée. --RJ

 

Cote: B-

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