PEARL HARBOR
Cast: Ben Affleck, Josh Hartnett, Kate Beckinsale, Cuba Gooding Jr., Jon Voight, Alec Baldwin, Tom Sizemore
Année: 2001
Studio: Touchstone
Longueur: 155 minutes
Classé G - Déconseillé aux jeunes enfants

Ça prenait bien le producteur Jerry Bruckheimer pour financer, en compagnie de son partenaire habituel Michael Bay, la production cinématographique la plus coûteuse de l'histoire du 7ème art. Et quoi de mieux, pour dépenser des dizaines de millions de billets de banque, que de raconter à coups de gigantesques effets spéciaux l'attaque marquante des Japonais de la base navale américaine de Pearl Harbor! Bien sûr, on se rappellera que cette surnoise invasion, le 7 décembre 1941, avait causé la participation de la nation des Yankess à la Seconde Guerre Mondiale. Et Pear Harbor (même titre en v.f.) ne manque pas de nous montrer à quel point ce fut un point tournant.

Pour ce faire, le duo Bruckheimer/Bay, responsable des "blockbusters" fort profitables Armageddon et The Rock, a engagé le scénariste Randall Wallace (Braveheart) dans le but de faire de Pearl Harbor un nouvel équivalent de Titanic, c'est à dire une épique majeure d'un événement connu par tous mis sur un fond romantique. La romance, dans Pearl Harbor, constitue l'élément le plus important, en terme de minutes du moins. On a droit à un triangle amoureux, celui de Rafe (Ben Affleck) et Danny (Josh Hartnett), deux meilleurs amis d'enfance devenus pilotes pour l'Armée, qui tombent tous les deux fous d'une infirmière nommée Evelyn (Kate Beckinsale). Le film nous présente cette liaison pendant sa première moitié, avant que les explosions et les séquences d'action pour lesquelles Bay est réputé s'enchaînent. Et une fois que cela est fait, on offre au public tout un spectacle.

Autrement dit, l'attaque à elle-seule vaut amplement le prix d'admission. Elle dure près de trois quarts d'heure, et ce sont trois quarts d'heure à vous couper le souffle littéralement. Comme Steven Spielberg et Oliver Stone l'ont fait auparavant avec un indéniable succès, Bay, à ma grande surprise, s'avère capable de donner à l'assaut de Pearl Harbor sa version propre et originale, ce qui entraîne non seulement un réalisme aussi frappant que terrifiant, mais également un style spécial. Un plan de caméra en particulier, nous laisse tout simplement bouche-bée, alors que pour une bonne dizaine de secondes, on assiste au trajet ininterrompu d'un missile partant d'un avion japonais et allant s'écraser sur un navire. En voyant cela, on ne se demande pas trop longtemps pourquoi la production a coûté plus de 130 millions$ - et on ne doute pas non plus des réussites techniques accomplies avec tout ce fric.

Cet argent a également servi à payer une distribution généralement solide. À commencer pour le principal intéressé, Ben Affleck qui, avec sa présence frappante (même si pas toujours convaincante) ici, atteint le statut de vedette majeure. Aussi bons même si inférieurs sont ses deux co-vedettes Hartnett et Beckinsale. À plusieurs égards, on pourrait considérer ces derniers comme des coups de casting publicitaires - les deux ont parfois davantage l'air de participer à une annonce de Tommy Hilfiger qu'à un drame de guerre. Mais, compte tenu des circonstances, ils font amplement bien leur possible. La démarquation dans les rôles de soutien vient de Jon Voight qui incarne avec une habilité frappante le célèbre président Theodore Roosevelt. Et toutes les scènes dont il fait partie revêtent un côté réel et authentique.

Bien sûr, puisque Pearl Harbor provient directement de plus profond patriotisme américain, le récit ne peut se terminer sur une amère note de défaite. Le film, de ce côté, a d'ailleurs largement été accusé de narcissisme démesuré. Où je partage en partie cette opinion est dans le fait que je ne juge pas nécessaire d'avoir droit à une narration avant le générique de fin vantant la nation d'être "ressortie plus forte comme toujours" de ce conflit. Où je comprends la glorification américaine du film, c'est qu'il ne faut pas se le cacher, tous ces gens impliqués ont été de véritables héros. Alors pourquoi ne pas le montrer quand c'est vrai? Justement, la séquence d'environ 30 minutes suivant l'attaque et montrant la réplique des Américains qui ont décidé d'aller bombarder Tokyo en 1942 offre un grand divertissement (pour une fois, on ingore qui va survivre), et permet au scénario jusque là plutôt moyen de conclure sa boucle.

Ce script comporte ses points facilement reprochables, comme le triangle entre Rafe, Danny et Evelyn, loin de toujours servir au film en général. De plus, la tentative d'insérer Cuba Gooding Jr. dans le rôle de Donnie Miller, le premier noir à s'être servi d'une arme à feu sur un navire de l'Armée (parvenant à descendre deux bolides japonais), ne parait pas toujours utile. La même chose s'applique à la réalisation de Michael Bay: oui, il en met trop, mais à quelque part, c'est nécessaire afin de capturer entièrement l'essence de cette histoire. Cela dit, Pearl Harbor possède une quantité de failles flagrantes que déjà bien des critiques se sont plus à dénoncer. Et du côté profondeur et volonté d'envoyer des messages importants sur la guerre comme Spielberg et Stone l'ont fait, Pearl Harbor ne leur arrive pas à la cheville. Et puis? Ce n'est pas parce que l'on produit un film de guerre que l'on doit absolument ajouter un aspect d'"importance" nécessaire; voilà un préjugé stupide. Si l'on peut se rentrer ça dans la tête, comme bien peu de critiques l'ont fait, on a la chance d'assister, avec Pearl Harbor, à un pur divertissement grandiosement kinétique malgré ses importants défauts de surface. --RJ

 

Cote: B-

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