Sylvie
Granotier est
une auteure qui est venue tardivement au polar, après une première
partie de vie bien remplie qui la voit résider à l’étranger
durant de nombreuses années, en Afghanistan et aux USA, entre
autres.
Son premier contact avec
Pascale Fonteneau fut fait à l’ occasion d’ un « Cheryl »
qu’elle avait écrit avec ce personnage féminin de la série
du Poulpe. Les deux auteures « kissaient » avec un rouge à
lèvre outrancier leurs livres de Chéryl en guise de signature
lors des séances de dédicaces qui suivirent… Gros succès
!
Sylvie Granotier nous rappelle que son entrée à la
Série Noire fut pour elle une sensation inoubliable et qu’elle
compte bien rester avec la prestigieuse série. Elle se rappelle
aussi le sentiment de quasi-anonymat que donnaient les couvertures
noires, la même pour tout le monde, les auteurs participant tous
à un même courant de littérature. Son style a évolué positivement avoue-t-elle,
dès qu’elle travailla pour la SN.
Fascinée par la langue américaine, d’une grande souplesse
et pleine d’originalité, elle découvrira la richesse de
sa littérature, pas spécialement polar. Elle a découvert
les classiques noirs américains qui auront une grande influence
sur elle et rappelle la qualité d’écriture d’un Raymond Chandler,
tout en conseillant de lire et relire ses « Lettres » qui contiennent
presque tout ce qu’il faut savoir sur l’écriture du polar noir
et des personnages qui y évoluent. (Je seconde cette opinion
et si, comme Sylvie, vous lisez l’anglais, optez pour la VO ! -ndlr).
C’est encore plus vrai pour ses romans et nouvelles dont le style est loin
au dessus de nombre d’auteurs américains.
Le roman noir reste pour Sylvie Granotier un moyen irremplaçable
de saisir le monde et la société qui nous entoure, outil
d’analyse et de critique. Elle avoue ne pas se reconnaître dans la
littérature blanche actuelle, mais rester très sensible à
l’unité, au ciment, qui existe en fond et qui unit les auteurs
de polars noirs, même fort différents, et qui les rend proches
d’elle.
Pascale
Fonteneau explique que bien qu’étant une
auteure « belge », vivant et travaillant en Belgique, pays
où elle et sa famille évoluent quotidiennement, elle en a
une perception parfois différente de celle du Belge moyen :
son père est Allemand et sa mère Française. De même,
son regard sur certains problèmes n’est pas nécessairement
en accord avec une vision française de certaines choses…
Elle souligne que sa passion pour le polar date de son enfance et
qu’elle a toujours été attirée par ce genre
de littérature, que le roman noir lui permet d’examiner les situations
et les problèmes avec liberté et en les scrutant au plus
profond. C’est ce qu’elle fait en étant auteure à la Série
Noire.
Avec conviction, elle nous expliquera que sa vue du monde est plutôt
pessimiste, et qu’elle ne croit en rien : « Mais alors là
à rien . Rien ! ». Mais ce nihilisme apparent est en fait
une forme de réalisme, l’empêchant d’être dupe :
« … ce qui ne veut pas dire que je me fiche de tout ! Autrement je
n’aurais pas d’enfants… Et je peux prendre les choses au sérieux ».
Pascale Fonteneau aime particulièrement mettre ses
personnages en situation, dans des lieux où ils se rencontrent,
et observer ce qui va se passer.
Son dernier roman vient d’être refusé par la Série
Noire (car n’entre pas tout à fait dans la ligne actuelle de leurs
publications semble-t-il). Pascale Fonteneau avait connu auparavant une
situation similaire avec La puissance du désordre, publié
chez Baleine pour les mêmes raisons et qui fut finalement republié
en folio-policier (Gallimard).
Le suivant est en élaboration.
Elle confirme qu’on lui a souvent reproché sa « distanciation
» qui ferait émaner une certaine froideur de ses textes,
mais explique que son rôle est celui de l’observateur, comme elle
le rappelait ailleurs dans l’interview.
Elle souligne le problème de la critique de polar quasi inexistante
(il n’y a que deux quotidien en Belgique qui ont une rubrique «
livres » régulière- en France il y a plus, mais peu
de rubriques régulières dans la presse générale)
ce qui laisse le lecteur seul devant la masse de publications et il est
son propres critique… souvent efficace, car il est sans concessions
et c'est un enthousiaste de cette littérature polar. Il y a aussi
le bouche à oreille qui fonctionne entre ces amateurs qui échangent
leurs impressions.
Elle nous expliquera avec passion qu’elle n’est pas certaine que
le polar soit bien connu de la jeunesse actuelle, même si en Belgique
on y a inscrit des auteurs comme Steeman ou Duchateau au programme scolaire.
Il n’est pas certain que les professeurs soient toujours les mieux
informés à ce sujet et donc ne peuvent jouer leur rôle
de guidance pour ce sujet.
Elle rappelle l’exemple de Pennac, superbement ignoré des
profs, jusqu’au moment où passé à la blanche, La
fée carabine est subitement inscrit au programme, et là
personne n’avait plus rien à y redire…
Pascale Fonteneau est donc convaincue qu’il faut se donner la peine
de mieux informer le milieu scolaire, faire admettre la diversité
et la richesse de cette littérature pour amener les jeunes à
s’y intéresser par eux-mêmes. Ce qui repose le problème
de la découverte du livre comme outil d’information, de distraction…etc.
auprès des jeunes et des élèves du secondaire, au
lieu du seul contact par le livre imposé pour dissertation et analyse.
Il faudrait « bien leur expliquer que tous les écrivains
sont pas tous morts… »
Dans une discussion à bâtons rompus que j’ai eu avec
Pascale Fonteneau durant le festival, elle me confirme l’importance qu’à
à ses yeux le contact de la jeunesse avec les livres et pour cela
elle a créé un petit groupe qui fait des « actions
de choc » en commandos–lecture , dans un style à la Matrix,
actions durant lesquelles ils interrompent brutalement les cours dans des
classes d’élèves de 16 à 18 ans pour finalement
leur parler de livres et de littérature, et leur lire des textes
de littérature moderne…
Si vous voulez en savoir plus reportez-vous au site Web de ce groupe
:
http://www.commandos-lecture.be
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-pour compléter votre
information sur Pascale Fonteneau, lire l’interview que Polar Noir a réalisée
à une autre occasion.
-aussi notre commentaire sur un de ses romans : La vanité des pions.
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Dominique Manotti explique
que la raison principale qui la pousse à écrire des romans
noirs, c’est la capacité de révélateur et la grande
liberté qu’offre ce genre de littérature.
Cela lui permet de décrire le mal moderne actuel : la corruption
institutionnalisée, qui ne touche plus seulement des individus isolés
mais gangrène l’entièreté de nos sociétés,
pourrissant les institutions, les états. Ce qui n’exclut pas la
corruption des dirigeants de grosses entreprises, industrielles et financières,
rapaces écrasant les travailleurs dans les débâcles
qu’ils créent pour servir leurs intérêts personnels.
Dominique Manotti rappelle que bien qu’elle soit la plus âgée
du groupe d’auteurs présents, elle se considère comme faisant
partie des « jeunes » auteurs du roman noir, puisqu’elle
s’est mise au polar noir très tardivement, en 1995.
Barbara
Abel nous explique son cheminement depuis
l’actrice débutante qu’elle était pour devenir une auteure
prometteuse de polars dans la veine « meurtres à suspense
».
Cette jeune Belge de 30 ans (habitant Saint-Gilles, commune où
se déroule le festival) se dit comblée. Elle a reçu
le Prix du Roman Policier au Festival de Cognac en 2002 avec un roman très
bien accueilli après publication au Masque : L’instinct maternel.
Roman dont elle a eu l’idée lorsqu’elle était enceinte
de l’enfant qu’elle à mis au monde peu après, et à
cause des angoisses que lui créait sa grossesse. Cet enfant est
l’autre (et le premier) élément de sa satisfaction. Elle
va bientôt publier son deuxième roman.
Elle répondra avec pertinence aux questions du public, les
intervenants étant tous intrigués par le caractère
destructeur et meurtrier d’une mère « sèche »,
personnage sombre qu’ils ont découvert à la lecture de L’instinct
maternel.
Auteure à suivre…
Pour lire le début
de ce texte: les solos de
JB Pouy, Patrick Raynal et
Didier Daeninckx
>>>>>>
cliquez ici
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Sylvie Granotier (gestuelle...)
interviewée par Patrick Moens
(photo : E.Borgers)
Pascale Fonteneau
(à dr.)
Interview publique
(photo E.Borgers)
Pascale Fonteneau
(photo: E.Borgers)
B. Abel et D. Manotti
Scéance de dédicaces
(B.Abel signant) (photo: E.Borgers)
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